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R154

ULTIMA (60-64)

Le 05/09/2026

R154

 

   "Non, ça c'est pas un couteau, mon garçon!"

                                Crocodile dundee

 

 

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     « Salut Paschic ! fait Trancheur. On est avec ta mère à 200 %!

_ Ça ne m’étonne pas !

_ J’ai là un lourd dossier ! coupe Farfouilleur. aussi lourd qu’un sac de pommes de terre ! Il porte le titre suivant : « Relations entre l’artiste et le narcissisme ou les risques de la schizophrénie » ! Va falloir qu’on s’ penche là-dessus, mon garçon !  

_ L’anxiété t’assèche déjà la bouche ? demande avide Étrangleur.

_ Les gars, les gars, répond Paschic, c’est fini tout ça ! J’ m’arrange pour ne plus avoir peur !

_ Mais moi, j’ suis encore là ! réplique la Machine, qui se dresse dans une armure dorée !

_ Non, tu n’es plus là, toi non plus ! lâche Paschic. Tu n’as pas voulu voir et tu es restée dans ton monde ! C’est ta consolation ! Mais ce n’est pas la mienne ! »

Paschic marche vers la Machine et lui passe au travers, comme si elle était immatérielle !

« Mais qu’est-ce que… ? s’écrie-t-elle, alors qu’elle était prête à frapper.

_ Comme je te l’ai dit, celui qui refuse la lumière ne s’éveille pas ! Il en paye les conséquences !

_ Je ne comprends pas...

_ Tu n’as pas voulu quitter le port, ma chère mère ! Tu as tenu conserver tes privilèges et ta sécurité ! La résultat : ta foi est petite, entièrement dépendante de ta domination ! Tu crois suivant le pouvoir que tu exerces sur les autres, ce qui n’est pas mon cas ! Le temps infini de la Chose me remplit et ça me suffit !

_ Mais… Mais…

_ Je te traverse car ta réalité est en fait nulle !

_ Mais... Mais…

_ Je te traverse et je danse !

_ Mais… Mais…

_ Je danse dans la lumière, car je me réjouis qu’elle existe ! J’ai cette simplicité là ! »

A cet instant, le regard de Paschic s’illumine tel un vitrail ! Ce qu’il a dans les yeux, ce sont des branches de sapins, qui découpent le ciel bleu ! « J’ai toujours pensé que tu étais un con prétentieux ! » aboie la Machine, mais déjà Paschic s’éloigne et il commence à croiser des gens sombres ! On dirait des zombies ! L’un d’eux accroche Paschic au passage, sans raison, sans s’excuser !

Un autre lui jette : « Bientôt la fin du capitalisme, la fin des exploiteurs ! » Une femme se fâche : « Pourquoi tu n’ me regardes pas ! fait-elle à Paschic. Je le mérite ! Je suis l’une des plus jolies ici.. ! » Paschic hausse les épaules et continue d’avancer… Il sent chez tous une tension pesante… Qu’ont-ils donc ? Que cherchent-ils ? Que veulent-ils ?

On s’étonne de Paschic ! On le fixe avec animosité ou envie ! « Ils sont perdus, se dit Paschic, et c’est pourquoi ma lumière les attire ! Ils ont soif et ne sont pas satisfaits ! ce qui est naturel, mais ils désirent la lumière pour eux-mêmes, pour leur bonheur personnel ! Or, ce que je reflète est plus grand que moi et n’est pas destiné à un nombril ! Pourtant, ils pourraient devenir comme moi ! Eux aussi pourraient faire cette impression et dégager cette puissance ! Il suffit de prendre le chemin ! En tout cas, pour le moment, ils me masquent le fils de la Machine et ses Doms mutants ! Où sont-ils ceux-là ? »

Soudain, Paschic est violemment frappé à la tête ! Il a l’impression qu’on lui arrache le cerveau et c’est tellement violent que le reste de son corps semble aussi se dissoudre ! « Voilà j’ai trouvé le nid de guêpes ! » pense-t-il, car ce n’est pas la première fois qu’il affronte des Doms mutants, de catégorie 3 !

Il va falloir qu’il respire, qu’il reprenne son souffle sous l’étau qui l’enserre ! C’est vertigineux ! S’il lâchait prise, il irait se pulvériser contre le Dom mutant et il deviendrait inévitablement son jouet ! Gare à la casse ! Mais non seulement il est nécessaire de résister, mais encore il est impérieux de construire, en vue d’une contre-attaque ! Dans un premier temps, il s’agit de neutraliser, de rendre inoffensif le Dom mutant et en l’occurrence, très certainement, le fils de la Machine ! Puis, on lui rendra la monnaie de sa pièce, afin qu’il comprenne un peu le mal qu’il fait, mais surtout pour rétablir la vérité : la domination exponentielle est battue par le temps de la Chose !

Ceci étant, ce n’est pas le Dom mutant qui va comprendre vraiment de quoi il retourne : il est trop près du stade animal ! Ce qu’il va constater, c’est qu’on peut le vaincre et cela n’ira guère plus loin ! Si déjà les Doms « normaux » restent dans leur nuit, ô combien les Doms mutants !

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     Paschic se concentre sur des feuilles de châtaigniers, vertes, jaunes, oranges… Elles forment de larges teintes vives, quand la lumière les traverse ! C’est une palette naturelle ! Entraîné par maître Sol, Paschic donne à ses feuilles des gouttes de pluie, qui brillent telles des perles translucides ! Bientôt, Paschic se meut sur un tapis élastique et doux de terre humide, de sorte qu’il s’y sent la souplesse d’un chat ! Il y a tout autour une odeur d’humus, de bois pourri et de champignons ! Paschic respire à pleins poumons et sent la paix l’envahir !

Mais une griffe de feu déchire tout ce décor et la tête épouvantable de quelque diable apparaît ! Le fils de la Machine ! Il rit ! Il tend sa patte pour prendre Paschic, qui recule et sue à grosses gouttes ! Normalement, il suffit de se remplir entièrement du temps de la Chose, pour contrer le Dom mutant, mais le fils de la Machine semble hors norme, extrêmement puissant et ce qui inquiète Paschic, c’est que lui fait déjà des efforts, alors que son adversaire a l’air de s’amuser !

Vite, il faut retrouver le temps de la Chose, sa protection, sa solidité ! Mais peut-être que Paschic devrait se porter vers une vision plus ouverte, avec plus de force ! La mer ! Paschic monte sur une vague verte, qui crache de l’écume et qui fonce vers la côte ! Sur son dos, Paschic n’entend plus qu’un grondement fou ! Ça siffle aussi ! Puis, les tonnes d’eau se déversent ! Impossible d’y résister ! Où est le fils de la Machine ? Dans la salle d’attente d’un médecin ? Ah ! Ah !

Mais Paschic vient d’être renversé par un surfeur d’acier ! une espèce de bombe humaine ! avec un masque impénétrable ! Le surfeur revient menaçant de couper Paschic en deux, sous son aileron ! Aussitôt Paschic plonge dans un bouillonnement de petites bulles ! C’est la panique ! Il se force à rouvrir les yeux, malgré l’eau trouble, car il faut trouver une autre solution, en même temps qu’un nouveau souffle !

L’élève de maître Sol se concentre, reprend de l’énergie et le voilà sur un voilier, dont les voiles immaculées sont pleines de soleil ! En fait, Paschic participe à une régate de scintillements, qui illumine l’eau bleue ! Mais il est à l’aise à la barre de son voilier ! Il se met à siffloter, car il va pas mal ! Il gagne des places sur ses concurrents ! Au passage de la prochaine bouée, nul doute que sa manœuvre, parfaitement réussie, lui permettra de prendre la tête de la course !

Paschic règle sa voile, en se disant qu’il a bien semé le fils de la Machine ! Le surfeur métallique, c’est du passé ! Qui sait ? Tout penaud, il prend actuellement une douche d’acide sulfurique ! Paschic sourit à cette image, mais un pied gigantesque de robot s’écrase au milieu de la régate, coulant des dizaines de bateaux ! Paschic est lui-même projeté sur le pont et encore choqué, il lève la tête, pour voir le fils de la Machine à la hauteur des nuages, l’air mauvais !

Bon sang ! Ce n’est pas possible ! Ce mutant a une force comme Paschic n’en a jamais vue ! Maintenant, c’est un duel à mort ! Un combat titanesque commence ! Celui qui perdra perdra tout ! D’habitude, Paschic se contente de montrer au mutant que la partie ne sera pas facile et c’est suffisant ! Le « prédateur » abandonne sa proie, car le « coût » pour la posséder lui paraît trop élevé ! Mais le fils de la Machine ne l’entend pas de cette oreille ! Une fois qu’il a mordu, il ne desserre pas les mâchoires, tel le bouledogue ! Il veut anéantir Paschic, ni plus ni moins !

Celui-ci se retrouve dans la nuit du cosmos, car plus la domination est forte et plus elle a besoin d’espace ! Cependant, pour un observateur extérieur, Paschic et le fils de la Machine sont parfaitement immobiles ! C’est un combat psychique, nullement physique ! C’est un combat invisible et pourtant très réel et d’une dureté, d’une sauvagerie extrêmes ! On stupéfierait les témoins, s’il y en avait et si on parvenait à leur faire comprendre ce qui se passe ! Eux ne verraient que deux individus, l’un plus âgé que l’autre, se tenant sagement et qui ne se feraient même pas face ! Cet affrontement se tient au-dessus des têtes, dans l’indifférence générale, bien que les protagonistes soient au supplice ! Mais on ne voit rien de significatif sur leur visage !

C’est une lutte sans merci, entre deux gravitations psychiques, dans le sens où chacune représente un pouvoir, qui peut faire s’effondrer l’autre ! C’est une attaque, qui met l’attaquant au centre de l’attention, afin qu’il fasse sentir sa puissance et son règne ! C’est pourquoi on peut parler d’enfants trous noirs ! Mais la grande différence entre Paschic et les mutants, c’est que lui n’est jamais l’agresseur ! Paschic n’a aucun intérêt à exercer sa domination sur les autres ; cela n’est pas nécessaire à son équilibre ! Il trouve sa valeur et sa sûreté dans son amour pour la beauté de la Chose ! C’est elle son guide et sa source ! Il ne fait que se défendre !

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     Pour l’instant, Paschic arrive à contenir le fils de la Machine ! Il étend un cosmos serein devant lui, où le fils de la Machine n’est plus qu’une petite planète sage, un élément inoffensif ! Cela marche quelques minutes, mais soudain le fils de la Machine fait voler en éclats cette dimension tranquille ! Il exerce à nouveau sur Paschic une pression « démentielle », car il veut être le chef, c’est vital pour lui : ou bien il est le roi du monde, ou bien il est perdu, au bord de la panique !

C’est une pile, une centrale à dominer ! Si Paschic lâche, le fils de la Machine le découpera en morceaux, avec jubilation, car c’est le psychisme qui commande les corps ! Celui qui a l’ascendant psychique peut ordonner à l’autre de faire ceci ou cela, comme ce qu’a connu Lapsie ! Cette vérité, cette logique a aussi été celle de la Machine à l’égard de Paschic, même si c’était d’une façon instinctive ! Que Paschic résistât psychiquement à la Machine, que son « esprit » n’ait pu être brisé la stupéfiait et la mettait dans une fureur folle et destructrice !

La seule manière de ne plus faire le mal, de ne plus blesser autrui, c’est donc de ne plus avoir besoin de dominer ! Mais pour l’heure Paschic est très mal à l’aise et c’est un euphémisme, car le fils de la Machine n’est pas loin de l’anéantir ! Le réflexe, dans cette situation, c’est la haine ! C’est que Paschic tourne les yeux vers le fils de la Machine, pour lui transmettre toute sa haine ! C’est le réflexe, né de l’impuissance et de la peur, et c’est bien la chose qu’il faut éviter à tout prix, ne pas avoir recours au réflexe, mais le dépasser !

Pourquoi ? Mais parce que jusqu’ici le combat est non-dit, invisible ! Si on se tourne vers son adversaire, c’est qu’on reconnaît son importance, sa valeur ! C’est comme si on lui disait qu’il est victorieux ! En tout cas, l’adversaire s’en nourrit, ainsi qu’un feu de locomotive reçoit du charbon ! Pensez, le mutant sort brusquement de l’anonymat, rien que par la force de son psychisme ! Il était un visage perdu parmi d’autres et voilà que vous le regardez avec toute la haine possible, ce qui est un aveu de faiblesse ! Mais vous donnez au mutant sa place centrale : il est maintenant l’affaire de votre vie ! Et il ne vous a même pas dit bonjour, et il n’y a même pas eu un échange, sauf cette lutte entre vos deux cerveaux ! Le mutant, l’enfant trou noir a gagné ! Il domine la sphère psychique ! Il danse sur votre dépouille, sur les lambeaux de votre esprit ! Vous avez beau le haïr, il goûte son sucre !

Paschic doit donc refouler sa haine, ne pas y céder et conserver son impassibilité ! C’est à son cerveau de fournir un nouvel effort, nullement à son « cœur » ! Une parfaite maîtrise de soi est nécessaire ! Le seul « muscle » concerné est psychique ! Paschic y a été entraîné par le traitement que lui a fait subir la Machine, ce qui l’a conduit aux leçons de maître Sol ! C’est sans doute malheureux, car au détriment de la chaleur humaine et de la spontanéité ! Mais Paschic n’a pas eu le choix et le fait que les mutants existent montre que le problème est actuel, que nous allons vers une domination psychique et qu’elle sera sans doute l’enjeu du futur ! Le combat de demain sera entre les cerveaux, puisque toute guerre physique, traditionnelle aujourd’hui se solde par une impasse !

Dans un suprême effort, Paschic tend à nouveau devant lui son vaste espace, ce qui diminue d’autant la dimension, l’agressivité du fils de la Machine ! C’est un peu en désespoir de cause, car le fils de la Machine, d’après ce que peut en ressentir Paschic, n’a pas du tout l’air à bout de souffle ! Nul signe qu’il soit entamé, ni même qu’il peine ! Mais c’est un mensonge, une façade ! Car finalement il s’écroule, il commence à se tordre, asphyxié par la résistance de Paschic, qui le repousse toujours plus loin, qui le neutralise, lui enlève tous ses « crocs » !

Les rôles s’inversent ! C’est maintenant Paschic qui attaque et le fils de la Machine qui défend ! Cette victoire, même s’il en est soulagé, ne surprend pas Paschic ! Celui qui agresse, qui en a besoin, est forcément plus faible que celui qui est en paix avec lui-même et qui peut donc conserver son énergie ! Et il n’est pas possible d’être pacifié sans la vérité ! C’est pourquoi le mutant attaque, pour sentir sa supériorité, dans laquelle il trouve son équilibre ! C’est un sol instable, inquiet, une fuite en avant sans fin et qui vide ! Il n’y a pas de repos chez les mutants !

Paschic se détend : il a vaincu ! Pourtant, la colère l’envahit peu à peu, car on l’a poussé gratuitement dans ses derniers retranchements ! On l’a oppressé jusqu’à plus soif, alors qu’il ne demandait rien, qu’il était sans haine ! On l’a épuisé par jeu ! parce que le Dom mutant veut rester immature, bien qu’il ignore sans doute que d’autres vies sont possibles ! Mais Paschic ne pardonne pas, il est encore trop marqué par l’épreuve ! Il décide donc de donner une leçon au fils de la Machine ! Celui-ci est maintenant sans défenses et Paschic commence à l’acculer, à le « battre » psychiquement !

Le fils de la Machine, ne pouvant plus dominer, est gagné par la panique ! L’angoisse l’étreint aussi sûrement qu’un boa ! Paschic n’a aucun remord à vouloir le briser !

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     Alors que Paschic accule le fils de la Machine et qu’il goûte de le voir se noyer, celui-ci soudain s’échappe physiquement ! Il fuit et se met à courir, ce qui le met à l’abri de Paschic, car même pour le combat psychique, il faut que les corps soient présents ! Ce n’est pas de la télépathie ! Il est nécessaire que les deux adversaires se voient, bien qu’ils affectent tous deux l’indifférence ! La pensée est de toute façon le fruit de l’évolution de la matière et n’a pas de vie totalement indépendante !

En tout cas, le fils de la Machine bat en retraite et il trouve refuge auprès de deux silhouettes, celles de Karoc et Web ! Dès qu’il a atteint le droïde, le fils de la Machine redevient un enfant apeuré, d’autant plus convaincant qu’il serre les jambes de l’adulte ! « M’sieur, m’sieur ! crie-t-il. L’homme là-bas m’ veut du mal !

_ Hein ? Quoi ? Raconte-moi ça, mon garçon ! répond Karoc.

_ Il dit que je suis joli et qu’il veut me montrer des choses…

_ Quelles choses ? Oh ! Le salopard ! J’ savais bien que ce type n’était pas net ! »

Le droïde fonce sur Paschic : « Espèce de fumier ! éructe-t-il. Ordure ! Les pédophiles, moi, j’ les casse en deux !

_ Ah bon ? C’est une ligne rouge dans vot’ programme ! répond Paschic.

_ Grrr ! »

Karoc s’apprête à frapper Paschic, mais Web l’en empêche et dit : « Paschic a droit au bénéfice du doute, même si ça me coûte à moi aussi ! Mais on ne peut pas réagir seulement à chaud ! Je propose d’entendre le gamin plus tard ! Pour l’instant, il faut ramener tout le monde dans la salle de contrôle ! »

Karoc hésite, acquiesce et on aperçoit les autres enfants de la station ! Ils forment un petit groupe inquiet… Karoc, avec le fils de la Machine à ses côtés, s’adresse à eux : « Vous êtes maintenant en sécurité ! leur dit-il. Venez avec nous, nous allons vous ramener sur le Cube ! » Mais les enfants ne bougent pas et c’est au fils de la Machine de prendre la parole : « Allez, bougez-vous ! leur commande-t-il. On s’ taille d’ici ! »

Mais les enfants restent immobiles, toujours sur la défensive. Finalement, c’est Paschic qui les approche, les regarde au fond des yeux et leur tend les mains ! Ils les prennent, ferment les yeux et se blottissent contre Paschic ! C’est la stupéfaction sur les visages de Karoc et du fils de la Machine, mais cela ne surprend pas Paschic ! Même s’il n’est pas complètement à l’aise lui-même, il a tout de même le mérite d’être vrai et cela les enfants le sentent ! Ils sont soulagés comme s’ils avaient trouvé un rocher dans le torrent, auquel ils peuvent s’accrocher ! L’hypocrisie des adultes, leur attachement et leur intérêt de convention n’ont plus de prises sur eux ! Ils ont trop besoin de « souffler » et seule la présence de Paschic semble leur convenir !

Malgré son dépit, Karoc presse au départ et tout le monde se met en route ! « Il faut récupérer Lapsie en passant ! précise Paschic.

_ Et les autres habitants ? demande Web.

_ Ils vont nous suivre... »

Plus tard, dans la salle d’accueil, chacun a l’air de sortir d’un mauvais rêve et prend conscience que le séjour sur Ultima est terminé ! Patz dirige l’embarquement et il affronte le mécontentement retrouvé des habitants : « Le gouvernement nous a lâchés ! jette l’un.

_ Mais non, répond Patz, puisque nous sommes là !

_ Tout d’même, y en a que pour les riches !

_ Et les étrangers ! rétorque un autre.

_ Du calme, je vous en prie du calme ! intime Patz. Nous ne partirons pas dans le désordre !

_ A propos de désordre ! fait d’une voix basse Karoc. Le fils de la Machine accuse Paschic d’attouchements !

_ Comment ?

_ Ce n’est pas la première fois que le gamin agit ainsi ! coupe Ratamor désormais remis. Il a déjà fait mettre à mort l’un de mes collègues, avec les mêmes accusations !

_ Ah ! Euh… Il vaut mieux attendre notre retour sur le Cube, pour éclaircir ce genre d’affaires… D’ailleurs, cela me fait penser qu’il faut que je dise un mot à Paschic... »

Patz se tourne malgré lui vers Paschic et lui glisse : « Un certain Sol a essayé de vous joindre… Il faut que vous le rappeliez... »

Intrigué, Paschic opine, alors que Patz revient aux habitants… « Si maître Sol veut me voir, songe Paschic, c’est que c’est pas bon ! »  

                                                                                                        64

     Paschic se dirige vers sa cabine, pour communiquer avec maître Sol, grâce à sa propre harpe de Kaar ! « C’est le moyen le plus sûr... », pense Paschic et après avoir sorti l’instrument, il se met à en jouer ! Mais il s’avère impossible de joindre maître Sol et à la place a été laissé un message visuel… Il s’agit d’une mer en furie, puis de deux insectes qui se battent ! « Manifestement, songe Paschic, Sol veut me faire comprendre qu’une guerre se prépare ou a été déclenchée… Contre Kaar ? Et pourquoi Sol ne peut-il pas m’en parler lui-même ? Il faut que je me rende sur Kaar... »

Paschic prépare ses affaires, car lui aussi doit d’abord retourner dans le Cube et faire partie de l’embarquement en cours… Mais c’est sans compter sur Karoc, qui apparaît à la porte ! « Inutile de faire ton bagage, Paschic, dit Karoc, tu n’es pas du voyage !

_ Mais…

_ J’ai été chargé de t’éliminer, sitôt ta tâche accomplie ! D’ailleurs, je ne vois pas ce que tu as fait ! Tu étais d’ trop dès l’ départ, Paschic ! »

Karoc sort son arme et Paschic s’attend au pire, quand il lance : « Alors le droïde est bien le toutou de son maître !

_ Je t’es déjà dit que je ne suis pas un droïde !

_ Très bien ! Coupe-toi le petit doigt qu’on en ait le cœur net ! S’il y a bien de la chair et non des tissus synthétiques, on s’ra fixé !

_ Que je me coupe le… Ah ! Ah ! Bien essayé Paschic ! Tu as cherché à gagner du temps, mais c’est raté ! »

Karoc lève son arme, mais au même moment toute la station est ébranlée, au point que les deux hommes sont jetés au sol ! Que se passe-t-il ? Paschic n’en sait rien, mais il voit que Karoc a lâché son arme et il essaie de s’en saisir ! Mais Karoc aussi et il est le plus rapide et il ne reste plus à Paschic qu’à essayer de s’enfuir ! Une deuxième secousse renverse de nouveau les deux hommes et c’est en rampant que Paschic gagne l’ouverture ! Derrière, Karoc n’est pas en meilleure situation et le temps qu’il ajuste son tir, Paschic a gagné le couloir !

Apparemment, la station tourne sur elle-même, car on ne sait plus où est le bas, ni le haut ! Paschic sue à grosses gouttes dans sa fuite, mais sans ce « chaos » il serait de toute façon mort ! Il est maintenant dans un conduit, sans doute à l’abri, mais il veut aussi comprendre les événements ! Qu’est-ce qui met à mal la station ? Avec d’infinies précautions, il atteint un hublot et regarde l’espace et n’en croit pas ses yeux ! Le cosmos semble déchiré et présenter une autre dimension, absolument noire, comme si elle n’était que le néant !

Soudain, une navette de la station fonce vers cette déchirure et y disparaît, en laissant un faible sillage de lumière ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Qui était à bord de la navette ? Après quelques secondes de surprise, Paschic revient à ses propres problèmes… Que peut-il faire ? Rejoindre le plus grand nombre, s’y mêler, afin d’échapper à Karoc ? C’est apparemment la seule solution, mais elle est risquée : comment atteindre le point d’embarquement, sans être tué ? Karoc doit l’attendre au passage !

Cependant, un autre coup d’œil dans le hublot lui montre que la déchirure de l’espace n’existe plus ! Le cosmos a retrouvé sa sérénité et la station n’est plus secouée ! Paschic se met en mouvement, quand il entend une sirène d’alerte ! A quoi correspond-elle ? Et si elle signalait le départ imminent du vaisseau de secours ? Et si elle prévenait les retardataires qu’ils n’ont plus que quelques secondes ? Gagné par la peur, Paschic oublie toute prudence et il se met à courir dans les couloirs ! « Eh ! Eh ! crie-t-il. Ne m’oubliez pas ! »

La sirène brusquement cesse ! Paschic n’entend plus que le bruit de sa course, sa respiration courte ! Il est face à des débris, qui l’empêchent de passer et qu’il faut dégager ! Cela semble insurmontable et Paschic, énervé, lâche des objets, s’agace, se décourage, se reprend, se libère avec rage et crie de nouveau ! Puis, ce qu’il craignait le plus arrive ! Le vaisseau décolle, en faisant vibrer le sol où se trouve Paschic, qui voit par un hublot partir ses amis, les autres !

« Les salauds ! Les fumiers ! s’écrie-t-il. Ils m’ont eu ! Web va sans doute se rendre compte de mon absence, mais c’est trop tard ! Je suis seul ici ! » L’angoisse étreint Paschic, mais bientôt il se ressaisit : la solitude et même l’angoisse, il connaît, pas vrai ?

« D’abord vérifier que ces cons n’ont pas laissé un système d’autodestruction ! se dit Paschic. On va commencer par là, avant de s’organiser ! Car va y en avoir du taf ! Pas perdre la boule surtout ! Qui c’est le meilleur ? »

R153

ULTIMA (56-59)

Le 29/08/2026

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               " Hein? Toutes les Ford en même temps! sur la même ligne!"

                                                             Le Mans 66

 

 

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     « Allô Ultima, me recevez-vous ? Ici mission de secours LFGT88UITRQPn-TYC ! Me recevez-vous ? » Patz essaie de contacter Ultima, mais personne ne répond ! « Allô Ultima ? Me recevez-vous ? Ici mission LFGT…

_ Soif ! Oh soif !

_ Ultima ! Utima ! Vous m’ recevez ? Ici, mission LF…

_ Boire ! Oh boire !

_ C’est vous professeur Ratamor ? Dieu soit loué ! Ne bougez pas, nous arrivons ! Qu’est-ce que vous avez à vous marrer vous deux ?

_ Pas d’ doute ! répond Web. Z’êtes doué pour le terrain, Patz ! »

La navette s’arrime à la station, dont les portes s’ouvrent, ce qui fait que les nouveaux arrivants reçoivent une bouffée de chaleur ! « Bon sang ! s’écrie Patz. Il fait au moins quarante degrés ! Le système de ventilation doit être en panne ! Voyez ça, Karoc !

_ Votre bras droit est un super technicien, j’ parie ! fait Paschic à Patz, alors que Karoc s’éloigne.

_ Exactement, il sait tout faire !

_ D’autant qu’il est une machine lui-même !

_ Quoi ? Qu’est-ce que vous racontez ?

_ Ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant ! Karoc est un droïde !

_ N’importe quoi ! Nous avons fait nos études ensemble !

_ Soit on vous a commandé de mentir, soit vous êtes un benêt de première !

_ Qu’est-ce qui vous fait dire que Karoc est un droïde ?

_ Mon petit doigt ! En tout cas, vous, vous êtes bien un Dom, j’ confirme !

_ Allez vous faire foutre, Paschic ! »

Dans la salle d’accueil, on trouve un pauvre type qui a l’air d’un clochard hébété ! C’est Ratamor qui titube vers les arrivants, en demandant à boire ! Patz lui offre une gourde, à laquelle il boit goulûment ! Pendant ce temps-là, on constate que tout autour est en désordre, comme si on était à bord d’une épave !

«  Bon, moi, je vais trouver une cabine, pour me reposer ! dit Paschic.

_ Quoi ? Mais tout est à faire ! s’insurge Patz. Il faut interroger Ratamor, pour retrouver les habitants de la station ! Et puis il est nécessaire de nettoyer ici !

_ Chaque chose en son temps ! J’ suis vidé par le voyage ! Vous vous occupez de Ratamor ! Pour le reste, on verra après !

_ Je vous interdis de nous quitter !

_ Allez vous faire voir Patz ! »

Paschic prend des couloirs et arrive dans le secteur des cabines… Il en trouve une apparemment vide, mais quand il y pénètre, il est contraint de dire : « Salut les gars !

_ Salut Paschic ! » font ensemble les gardiens du Cube.

Il en est ainsi à chaque fois que Paschic est fragilisé, par la fatigue ou la dépression ! Il retrouve ses gardiens ! « Pach, j’ propose que tu ouvres le hublot et qu’ t’ailles faire un tour dehors ! lance Trancheur, l’air rigolard. Question d’ montrer qu’ tu sais t’ sacrifier ! Ça, c’est top ! »

Paschic est gagné par un sentiment de dégoût, car chaque propos des gardiens est un souvenir de la Machine ! C’est sa destruction totale qui agit encore ! C’est le cerveau de Paschic et sa personnalité qui n’existent plus, ou qui sont au rang de raclures ! Et tout ça pourquoi ? Pour que la Machine puisse réaliser ses rêves ? tenir sa petite vitrine du pouvoir ? Ainsi va le monde : un seul en écrase des milliers, sans pour autant qu’on puisse lui en faire prendre conscience, ni en obtenir justice ! Il a eu ses raison et a cru bien faire ! Appeler ces individus des monstres ne résout rien !

« Pour ma part, pour ma part, répète Farfouilleur, j’ai là une plainte… La 427 C pour être exact ! Elle émane d’un fille que tu as malhonnêtement séduite, Paschic. Et c’est pour un problème d’éjaculation précoce ! L’affaire est donc très grave ! » A côté, Trancheur et Étrangleur se tiennent les côtes !

« J’étais ado, répond Paschic, et je me sentais très mal dans ma peau ! notamment à cause de la Machine !

_ Tu plaides donc coupable ! fait Farfouilleur. Mais tu demandes des circonstances atténuantes !

_ Le mieux, coupe Étrangleur qui ne cesse de rire. Le mieux, c’est qu’ tu nous fasse quelques pompes, Paschic ! T’as cinq minutes de libre, faut en profiter ! Malheur aux gens qui ne font rien !

_ Pas la peine de vous fatiguer, les gars ! J’ai appris à vous résister !

_ T’as quand même une bouffée d’angoisse ! Hein, Paschic ? » jubile Étrangleur.

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     « Attention, il attaque ! » s’écrie maître Sol. En effet, le Dom-esprit se gonfle, se dresse, tel un cobra et ses têtes de feu se multiplient, avant de frapper ! Paschic évite tous les coups, les repousse grâce à sa densité ! Cette technique est dite celle de la Petite chute ! La colère du Dom-esprit, toute sa haine, toute son envie de détruire passent sur Paschic, comme l’eau du ruisseau sur le caillou ! Cela n’est possible que grâce au travail de la Chose auprès de Paschic !

« Le temps de la Chose est en toi, Paschic, reprend maître Sol. Tu es dense, car tu es vérité ! Tu n’as plus besoin de dominer pour exister ! Tu vis sans te vouloir supérieur ! La domination des autres glissent donc sur toi ! »

Paschic comprend bien la leçon : plus il se détend et se remplit du temps de la Chose et plus il fait enrager le Dom-esprit, qui, ivre de fureur, essaie de l’écraser, de lui casser les jambes, de l’anéantir de toutes les manières ! Mais Paschic, tel le caillou, demeure inébranlable !

« Ainsi grandit, se fortifie ta résilience ! rajoute maître Sol. Tu tiens ta revanche, Paschic ! Le Dom perd son temps ! Il est toujours aussi agressif et hargneux ! Rien ne le rassure, même pas l’argent, ni le pouvoir ! Rien n’est sûr chez lui ! Rien n’est vrai ! Rien ne guérit sa peur ! C’est pourquoi il te hait, Paschic ! Car tu es son contraire ! Tu réussis et lui rate ! Tu vois et lui reste aveugle ! »

A cet instant, Paschic se met quasiment à jouer avec le Dom-esprit, qui est pourtant au comble de la haine ! Il l’excite, juste en devenant plus immobile, plus « absent » ! Il le peut, car il s’est imprégné de la beauté de la Chose et il a toujours eu un amour particulier pour l’eau qui s’écoule ! Elle est synonyme de mouvement, de création et donc de fraîcheur !

Quand son « dos » est quasi immobile, il reflète le ciel, tout en laissant voir le fond ! Ainsi la réalité devient flou, double ou triple ! Les repères s’effacent, au profit de couleurs et de taches de lumière ! Cela est propice au rêve, à l’imagination et donc à la liberté ! Le ruisseau semble sourire à l’enfant émerveillé, qui aime qu’on lui raconte des histoires et c’est ce que fait la petite chute, dans son murmure !

La mince écume, produite par le caillou qui fait obstacle et qui brille, a l’air d’un rire… C’est sans fin : il n’y a là aucune limite, sauf la fatigue de l’enfant, qui pourra revenir le lendemain ! Les rides de l’eau se teintent de bleu… Des reflets forment des bulles roses… Un poisson fuse sur la vase pailletée ! Qui parle ici de situations désastreuses, d’impasses économiques ? Qui ici se voit contraint, empêché, enfermé ? Qui ici ne respire pas et s’inquiète ?

Le gerris a les pattes pleines de lumière… Le taon s’abrite de la pluie… La mousse est douce… La feuille morte est roulée comme un cigare ou hérisse l’eau, telle une crête de coq ! Qui ici est en colère ? Le soleil donne une peau de léopard au ruisseau… Une angélique fanée pleure dans l’onde… Des racines étendent leurs mains noires… Qui ici n’est pas charmé ? n’est pas aimé ? Est-ce qu’il y a une barrière, une frontière ? Si l’esprit veut rêver, il est chez lui ! Qui n’est pas consolé ici, rassuré ? Qui n’est pas choyé comme un enfant, par sa mère attendrie ?

Pourquoi le Dom n’y est-il pas sensible ? Pourquoi ne s’en nourrit-il pas, ne s’en sert-il pas, ne s’en réjouit-il pas ? Pourquoi au contraire méprise-t-il cet endroit et Paschic ? Certes, celui-ci a un don qui lui est propre, pour aimer, discerner la beauté, et il est éduqué par les Kaars, mais justement tout ce qu’il sait, tout ce qu’il apprend, ce qu’il voit, ce qui l’enchante, ne veut-il pas le communiquer ?

La beauté qu’il perçoit ne prend-elle pas toute sa valeur justement parce qu’il est impossible de la garder pour soi ? Si elle ravit Paschic, c’est bien parce que les autres existent ! Quelle serait sa destination, si Paschic était seul, sans le désir de la transmettre ? Elle est une fête et un message, que Paschic absorbe, avec l’ombre des autres derrière lui, comme si lui-même n’était qu’un miroitement supplémentaire !

La beauté est essentielle à notre aventure spirituelle, mais pourquoi alors le Dom la méprise ? Sans doute parce que la violence existe et qu’elle nécessite la force physique ! Mais nous ne sommes pas destinés à rester des animaux… Nous préférons encore nous confier à aux chiffres, à ce qui nous paraît sûr !

Pourtant, le Dom-esprit ne peut rien faire au disciple de maître Sol, grâce notamment à la Petite chute, qui, bien qu’ignorée, contient un secret, celui de l’infini ! Mais on frappe à la porte de Paschic : c’est Karoc qui dit : « Eh ! Le loser, on est tous attendu en salle d’accueil ! »

                                                                                                      58

     Paschic, sur les pas de Karoc, retrouve Patz et Web, ainsi que Ratamor, qui a l’air d’aller mieux ! Entre-temps, il est vrai, Karoc a réparé la climatisation et l’arrivée d’eau, et il s’est donc montré utile ! « Salut Ratamor ! fait Paschic simplement.

_ Vous vous connaissez ? s’étonne Patz.

_ C’est bien lui qui a demandé à Dominator ma présence ici ! répond Paschic.

_ D’accord, mais je voulais dire : vous avez déjà travaillé ensemble ?

_ Disons, enchaîne Ratamor, que moi et Paschic, nous avons déjà eu affaire l’un à l’autre, malgré nos divergences de vues…

_ Et si vous nous faisiez un bilan de la situation ? coupe Patz.

_ Eh bien, je ne sais trop quoi dire… Le duc est mort, cela est certain, alors que nous étions sortis chercher de la glace… Mais, à mon retour, tout le monde avait disparu ici… La Machine, monsieur Nuit, Lapsie…

_ Lapsie est là aussi ? fait en riant Paschic.

_ Oui…

_ Pourquoi riez-vous ? demande Patz.

_ Parce que Lapsie veut ma peau !

_ M’étonne pas ! glisse Karoc.

_ Dites, réplique Paschic à Patz, vous l’avez programmé pour qu’il me tue à la fin de la mission ?

_ Je ne suis pas un droïde ! éructe Karoc.

_ Pourquoi voudriez-vous qu’on vous tue ? répond Patz à Paschic. Faut pas être parano comme ça !

_ Je sais comment ça s’ passe… lâche Paschic.

_ Alors, comme ça, vous êtes vraiment un droïde ? demande Ratamor à Karoc. C’est fantas…

_ Je suis un Dom tout comme vous ! assène Karoc.

_ Messieurs, nous perdons le fil de la situation… A votre avis, Ratamor, où sont passés les autres ?

_ Mais je suppose qu’ils ont tous rejoint la dimension psychique du fils de la Machine, où il tient tout le monde sous sa coupe !

_ La vache ! s’écrie Karoc. Va falloir maintenant qu’on atterrisse ! On n’est pas v’nu là pour tomber dans vot’ délire !

_ Paschic a sans doute tort, répond Ratamor, vous n’êtes pas un droïde, pour invectiver comme ça !

_ Vous croyez vraiment à cette histoire de dimension psychique ? demande Patz à Ratamor.

_ Eh bien, où sont les autres ? Depuis que nous sommes arrivés, il nous a fallu constater que les enfants de la station, et particulièrement le fils de la Machine, ont des pouvoirs spéciaux ! Ils sont dangereux !

_ Patz, fait Karoc, laissez-moi régler ça à ma manière ! Je suis capable de ramener tous les garnements ici et de me débarrasser de tous ceux qui se mettront sur ma route !

_ Je n’en doute pas, mais je ne crois pas non plus que Ratamor radote… Il y a du pour et du contre pour une intervention musclée...

_ Il faut avant tout savoir où tout ce petit monde est logé ! intervient Web.

_ Exact ! Je propose donc que Paschic et Karoc suivent leur piste chacun de leur côté et dès qu’ils auront trouvé quelque chose, ils nous le signalent ! J’insiste là-dessus ! Pas d’initiative personnelle sans mon consentement ! Cela vous va-t-il, Paschic ?

_ Très bien, il faut que j’effectue ma part de travail…

_ Voilà ce que j’aime entendre ! Vous pouvez amener Web avec vous, si vous voulez…

_ M’encombrer d’un type vénal, usé par les plaisirs ? Vous rigolez ! »

Paschic n’a que le temps de se baisser, pour éviter un classeur lancé par Web ! « Puisque que c’est comme ça ! rugit Web. Je fais équipe avec le droïde !

_ Bon sang ! Je n’ suis pas un droïde ! Combien de fois faudra-t-il le dire ? »

Sous le regard de Patz, qui continue à soigner Ratamor, les trois hommes s’éloignent et très vite Paschic se retrouve seul…

                                                                                                          59

     En fait, Paschic voulait se séparer de Web, d’où sa blague ! En effet, s’il devait s’engager dans un combat psychique, Web ne ferait que le gêner ! Maintenant, au contraire, celui-ci pouvait calmer les ardeurs de Karoc ! Mais par où commencer ? Paschic ne connaît pas la station, mais il se met à la place du fils de la Machine (son frère inconnu au fond…), pour trouver sa cachette et après une minute de réflexion, il se dit que celle-ci doit être dans le secteur le moins exposé, qui rebute le plus, le plus sombre !

Les eaux usées forment un réseau complexe, comme sur le Cube, et c’est en le suivant, pour atteindre son centre de traitement, que Paschic se met en marche… Il doit bientôt entrer dans un tunnel, qui doit faire office d’égout, car les bruits d’écoulement et les odeurs deviennent plus forts ! Il y a même une sorte de moisissure, due à l’humidité, qui tapisse les parois et qui suinte… L’éclairage, quant à lui, n’est plus qu’une faible lampe de loin en loin… A part le murmure des liquides, on n’entend plus rien, comme si on était dans un autre monde !

Mais ce n’est pas seulement une impression, car il y a comme une borne, un seuil et même un avertissement ! Monsieur Nuit est là, coulé dans une résine, tel un insecte pris dans l’ambre ! Sans doute que le fils de la Machine s’est lassé de son papa d’occasion et qui n’était plus utile !

Monsieur Nuit fait désormais partie d’un mur, lui qui en a tant construit ! Mais il n’a pas l’air heureux ! Son visage terrifié et qui crie est figé à jamais et finira par se couvrir de poussière…

Paschic passe outre et avance avec la certitude d’être dans la bonne direction…, ce qui fait qu’il redouble de prudence, tous les sens en alerte, et bientôt il entend des gémissements, des pleurs… Paschic s’arrête face à un cage suspendue, dans laquelle un corps nu de femme est secoué de sanglots ! C’est Lapsie, la fameuse chasseuse de PN !

Visiblement, elle a servi d’esclave sexuelle et au fond cela n’est pas étonnant ! La domination psychique, poussée à un haut degré, comme chez les enfants mutants, ne peut pas ne pas s’accompagner d’une domination sexuelle, car les nerfs surmenés ont besoin d’être soulagés ! Lapsie n’a pas dû pouvoir résister au poison psychique du fils de la Machine et elle a fini par lui céder, ce qui veut dire se soumettre et faire ses caprices ! Elle a en perdu sa dignité et son intégrité ! Elle se sent à présent salie et effrayée, car, à certains égards, elle a probablement pris plaisir à sa dégradation ! Elle-même atteinte nerveusement, elle a joui de sa soumission, puisqu’elle y trouvait une sorte d’oubli, d’apaisement !

Mais le prix à payer, c’est se perdre ! C’est égarer le sentiment de sa valeur, ainsi qu’on devient dépendant d’une drogue ! Pour l’instant, Lapsie a été laissée dans une cage, tel un jouet dont on ne veut plus, et il faudra bien du temps et des efforts, pour qu’elle se retrouve et même qu’elle se pardonne ! Il va lui falloir comprendre que la dépression peut nous conduire à des situations dangereuses et avilissantes, sans que pour autant nous aimions le vice ou la luxure ! Lapsie n’est qu’une naufragée, qui s’est raccrochée à la bouée du sexe ! Le seul coupable est le fils de la Machine, qui en a bien profité ! Mais même lui est aussi un « pantin » de sa peur !

Paschic, pour le moment, ne peut rien faire pour Lapsie… D’ailleurs, dès qu’il s’approche, elle se met à crier, tant son état est douloureux et tourmenté ! Le visage fermé, Paschic se dit qu’il doit poursuivre et qu’on reviendra chercher Lapsie, quand ses bourreaux auront été vaincus !

Plus loin, il y a un forme assise sur un tuyau, une silhouette, quoique tassée, que reconnaît Paschic ! C’est la Machine qui se redresse, avec des yeux qui brillent d’un éclat bleu et métallique !

« Je t’attendais fils ! dit la Machine.

_ Oui, mère, il faut de toute façon passer par toi !

_ Pourquoi m’appelles-tu mère ? Ce n’est pas tendre !

_ Non, mais c’est trop tard à présent pour les affections ! Tu as choisis ton camp et moi, le mien !

_ J’ai choisi ? Mais je n’ai fait que mon devoir !

_ Je sais, je connais la chanson : tu n’as pas de plaisirs !

_ Quelle insolence ! Quel morveux tu fais !

_ Et le vernis craque déjà ! Bon, laisse-moi passer !

_ Il n’en est pas question, car tu vas t’en prendre au fils que je chéris ! Lui ne m’a pas trahie ! Il est resté modeste et respectueux !

_ Ah ! Ah ! Ces mots-là n’ont pas d’ sens dans ta bouche ! Mais à quoi bon ?

_ Oui, tu es un ennemi de la famille, tu la menaces et tu es foncièrement mauvais ! C’est pourquoi tu ne passeras pas !

_ Et comment comptes-tu m’en empêcher ?

_ Hélas, je ne suis plus qu’une vieille femme… Tautonus est mort et je ne peux plus t’accrocher à l’arbre de la Terreur ! Mais je ne suis pas seule non plus ! »

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ULTIMA (52-55)

Le 22/08/2026

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                "Help me, help me!"

                               La Mouche

 

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     La Machine a réuni ses enfants, qui se tiennent au garde-à-vous devant elle ! « Bon, vous me connaissez, dit la Machine, c’est moi qui commande ici ! Et il y a certaines choses qu’il faut rectifier, croyez-moi ! La vie est dure ! Le plaisir, ça s’ mérite ! Désormais, on contrôlera tout ! Il y a les corvées, pour le bon fonctionnement de la maison, mais aussi bien sûr les devoirs de l’école ! Vous serez récompensés suivant vos notes et seuls les meilleurs pourront voir la télé ! Des questions ? Oui, Paschic…

_ Il serait sans doute nécessaire de définir ce qu’est le plaisir…

_ Comprends pas…

_ Ben, le plaisir, c’est pas seulement une part de tarte ou un bon film… C’est aussi commander, se sentir important !

_ Qu’est-ce que tu insinues par là ?

_ Ben que vous-même, commandant, vous prenez du plaisir…

_ Non, ma vie n’est faite que de devoirs !

_ Vous ne goûtez pas de commander ? Vous n’éprouvez pas d’ plaisir à vous voir obéi ! Cela ne vous donne pas un sentiment de puissance, de réussite ?

_ Mais qu’est-ce que tu racontes, morveux ?

_ L’insulte maintenant ! Si vous étiez en paix avec vous-même, vous n’auriez rien à craindre et vous ne perdriez pas votre calme !

_ Non, mais pour qui tu te prends ! Tu fais ce qu’on te dit, un point c’est tout !

_ Bon, bon… J’ai juste voulu dire ce que je ressens, exister un peu…

_ Mais, mais, tu continues ! Tu… Tu es en train de me dire que tu es une personne et que tu ne m’appartiens pas !

_ Loin de moi de suggérer que nous sommes deux !

_ Ah ! Parce que tu considères que tu es autre ! Monsieur est le centre du monde ! Il faut servir, monsieur !

_ Ce n’est pas ce que j’ai dit…

_ Non, tu as dit pire encore ! Espèce de petit insolent ! J’en ai marre de ton égoïsme ! J’en ai marre d’être ta bonniche ! J’en ai marre de laver ton linge ! J’en ai marre d’être toujours derrière toi, à t’ pousser, à t’ faire sortir de ta crotte !

_ Je suis désolé... »

Paschic pense à maître Sol et à la beauté de la Chose ! Que fait-il là ? Ça n’a pas de sens ! Ou alors c’est une sinistre plaisanterie ! Car qu’est-ce qu’il est ? Il n’en sait rien lui-même ! Il ne fait qu’exprimer une partie de ce qu’il comprend ! Il n’y a pas de méchanceté là-dedans ! Il n’est pas animé par une volonté de nuire, même à la Machine ! Mais si on veut être juste, travailler pour la vérité, on ne peut pas complètement se taire, ou c’est irrespirable, invivable !

« Quand je pense à tout ce que je te donne ! crie la Machine. Et comment je suis payée ? » « Ça y est ! se dit Paschic. La Machine est lancée ! Impossible de l’arrêter ! Mieux vaut marcher sur un cobra ! »

« Tautonus ! Tautonus ! » La Machine hors d’elle appelle son bourreau ! « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? fait Tautonus qui arrive avec une voix menaçante.

_ Paschic dit qu’il est une personne à part entière ! qu’il n’est pas à moi ! qu’il peut avoir un avis propre ! Mais tous ici sont sortis de mon ventre et Dieu sait ce que ça m’a coûté de souffrances ! Il faut qu’il m’obéisse !

_ Paschic, enchaîne Tautonus, quand vas-tu comprendre qu’embêter ta mère, c’est m’embêter moi ? Or, j’ai plein d’ projets ! J’ veux une belle voiture, puissante et feutrée ! J’ veux que la plèbe me respecte, qu’on m’ demande des services ! J’ veux me mêler à l’élite, sentir le pouvoir politique !

_ C’est normal p’pa ! T’es quelqu’un à part entière !

_ Exactement ! Mais qu’est-ce que j’ raconte, moi ? J’ dois faire vivre ma famille, moi ! Tu sais combien ça coûte les études ?

_ Tu vois pas qu’il s’ fout d’ nous ! coupe la Machine.

_ T’as raison ! »

Paschic est battu comme plâtre ! On l’envoie dans sa chambre, où il souffle debout tellement il a mal ! Les gardiens du Cube sont là… « Hi Hi ! Y a Paschic qui morfle ! s’amuse Trancheur.

_ Il a toujours pas percuté qu’il faut fermer sa gueule ! enchérit Farfouilleur.

_ C’est le secret de la réussite ! » approuve Étrangleur.

                                                                                                      53

     « Dites maître Sol, j’ai l’impression que tout ça ne sert à rien ! lâche Paschic.

_ C’est quoi tout ça ?

_ Ben, observer les graminées être balancées par le vent, par exemple ! C’est pas ça qui va arranger mes affaires en haut lieu !

_ En haut lieu ?

_ Oui, au poste de commandement de la Machine, j’ veux dire !

_ C’est toujours aussi tendu là-bas ?

_ Ben, ça l’est même toujours un peu plus ! Rien que de venir ici, dans la Chose, ne provoque que l’incompréhension ! Cela me rend davantage suspect et on me le fait payer d’une manière ou d’une autre !

_ Je vois… Mais ça te console, non, de venir me voir ?

_ Oui, mais n’est-ce pas comme un cercle vicieux ! Plus je viens ici et plus la fracture entre la Machine et moi s’accentue !

_ Tu as raison, mais tu n’as pas vraiment le choix… Qu’est-ce que tu apprends ici ? Tu mûris tout simplement… Tu te pénètres du temps de la Chose, comme n’importe quelle plante ! Tu parles à la Chose et elle te parle…, et lentement elle guérit tes blessures !

_ Qui repartent de plus belle dès mon retour dans le Cube !

_ Pas tout à fait ! Tu gagnes à chaque fois en expérience ! Tu maîtrises de mieux en mieux ta propre domination ! Elle se sépare de toi telle une mue… et moins tu es son jouet et plus tu peux la reconnaître chez les autres, voir combien ils en sont esclaves ! Tu deviens libre parmi les Doms et tu évites tous leurs pièges ou leurs agressions !

_ Même celles de la Machine ?

_ Je t’ai préparé une surprise, car tu dois être capable maintenant de combattre toutes les dominations suivant leur degrés ! »

Trois boules de feu apparaissent autour de Paschic : elles vibrent dans l’air, avec chacune une intensité différente ! « Sur Kaar, on les appelle les Doms-esprits ! En fait, ils sont des concentrés de domination et ils nous servent pour l’exercice !

_ Comment ça marche ?

_ Concentre-toi sur la boule la moins rouge… C’est la plus inoffensive… Que ressens-tu ?

_ Elle me force à la regarder !

_ Oui, c’est une petite domination qui agit comme un aimant ! On peut dire que c’est le niveau 1 des Doms, mais déjà à ce stade le Dom ne peut s’empêcher de dominer ! Il est incapable d’un véritable repos ! Une partie de son énergie se disperse dans l’espace à attirer l’attention ! Comment gères-tu la situation ?

_ Pas trop mal ! Ce Dom-esprit m’accroche, c’est sûr, mais je lui résiste sans problèmes !

_ Oui, ta densité est déjà telle que tu peux rester libre ! D’autres Doms y céderaient, se rapprocheraient pour toucher à cette flamme et seraient brûlés ! Passons à la deuxième boule !

_ Hou ! Elle est beaucoup plus agressive !

_ Oui, elle te cherche des noises ! Elle n’est plus passive, mais active ! Elle veut t’écraser, t’anéantir !

_ Mais pourquoi ?

_ Parce que tu ne lui obéis pas !

_ Mais je ne sais même pas ce qu’elle veut !

_ C’est ton indépendance qui la heurte ! Ton existence même !

_ Mais je ne peux quand même pas disparaître pour la satisfaire !

_ Non, mais c’est comme avec la Machine, je me trompe ? C’est à peu près la même intensité et la même impasse, puisque tu es juste toi-même et que ça pose problème ?

_ Oui, je retrouve la même attaque…

_ Et tu sais déjà la contrer…

_ Oui, mais ça me demande beaucoup plus d’énergie !

_ Avec le temps, ça deviendra comme un jeu pour toi ! Tu verras, tu feras enrager le Dom-esprit niveau 2 ! Le 3 à présent ! »

Paschic se rapproche de la troisième boule, qui est bien plus incandescente que les précédentes ! Soudain, le Dom-esprit saisit Paschic à la gorge ! « J’étouffe ! crie-t-il. A moi ! » Maître Sol vient à son secours, en faisant trembler la terre autour de lui ! « Ça va ? demande-t-il à Paschic.

_ Oui, mais j’étais incapable de me libérer ! Quelle oppression !

_ Le niveau 3 est celui des Doms mutants ! Tu as de la chance, Paschic, car les Doms mutants sont aussi seuls, perdus que toi, mais ils ne trouvent ni la paix, ni la sécurité comme toi, par la beauté de la Chose ! Ils n’ont qu’eux-mêmes… et ce sont donc de véritables centrales à domination ! Mais tu verras, un jour, toi aussi, tu seras une maître Kaar et tu pourras les dompter ! »

Ainsi s’égrenaient les leçons de maître Sol !

                                                                                                     54

     « Bon sang ! Mais dépêchez-vous ! crie Patz sur le tarmac. Le vaisseau va décoller !

_ Il a pas fini de nous emmerder celui-là ! » grommelle Web.

« Patz est un Dom de niveau 2 ! songe Paschic. Tout tourne de lui et il mène le monde à la baguette ! Il est aussi plein de haine et de peur, ce qui fait qu’il a une vision déformée de la réalité ! Il ne servirait à rien de l’affronter maintenant, mais je dois quand même me préserver, ne pas me fatiguer à lui obéir à la lettre ! Là-bas, sur Ultima, m’attendent des Doms de niveau 3 ! »

Il pleut maintenant abondamment sur la piste d’envol, ce qui provoque l’irritation de Patz ! « Quelle putain de flotte ! » jette-t-il en embarquant dans le vaisseau. Paschic poursuit sa réflexion : « Patz paraît toujours en colère et même angoissé, comme s’il était dans un univers toujours hostile, mais il ne s’en rend même pas compte ! Rien que sa haine il ne la reconnaîtrait pas ! Il en serait même surpris ! La domination tient le Dom dans une bulle et quel travail pour l’en extraire ! Il faudrait toutes les leçons de maître Sol ! »

Soudain, Paschic arrête de considérer Patz et se met à rêver ! Il offre son visage à la pluie, qui brille en tombant de la nuit noire ! Mais la pluie est bien plus belle hors du Cube, dans la Chose, quand elle capte la lumière et avive les couleurs ! On dirait que les branches pleurent au-dessus du ruisseau, qui semblent ouvrir de grands yeux étonnés !

« Je vous présente Karoc, mon bras droit ! crie encore Patz, alors que les moteurs du vaisseau rugissent, et Web, encombré de ses bagages, découvre un visage fermé, en lame de couteau ! « C’est un soldat d’élite ! rajoute Patz, comme s’il devinait les pensées de Web. Alors n’attendez pas de lui beaucoup de sympathie ! On lui demande seulement d’être efficace ! » Web opine et va prendre sa place, juste à côté de Paschic qui vient lui aussi s’asseoir…

« Vous avez vu la gueule du type ! dit Web en désignant Karoc. Pas commode, hein ?

_ Il n’est pas humain, c’est un droïde ! répond Paschic.

_ Hein ? Mais comment le savez-vous ?

_ Il ne dégage aucune domination !

_ Pfff ! Moi non plus, je ne suis pas tout à fait humain… et pourtant j’ fais pas la tête comme ça !

_ C’est sans doute que vous êtes vénal…

_ Vénal, moi ? A quel moment me suis-je montré vénal ?

_ Je ne sais pas… J’ai dit ça comme ça !

_ Ouais, je n’aime pas du tout vos insinuations !

_ Attention, on décolle ! »

Le vaisseau s’arrache à la Terre, direction Ultima et il est sans pilotes, parfaitement programmé et contrôlé depuis sa base ! Immédiatement, Paschic et Karoc ne se sont pas aimés, pour autant qu’on puisse parler d’amour au sujet d’un droïde ! Mais l’animosité de Karoc à l’égard de Paschic a tout de suite été palpable pour celui-ci ! « Je me demande ce qu’on leur inculque ! se dit Paschic. Ce droïde me considère d’emblée comme un ennemi… et il faut donc croire que de la domination « coule » dans ses circuits ! Il doit me voir tel un obstacle ou un trouble-fête ! Certains chiens ont la même réaction quand il me voit ! Ils sentent que je ne fais pas partie de la famille ! Mais quelle famille ? Celle qui est régie par la peur ? »

A cet instant, Karoc se retourne vers Paschic et le regarde d’un air menaçant ! « Et voilà, le ton de la mission est donnée ! songe Paschic. Je ne pourrai que compter sur Web… et impossible de raisonner un droïde bien entendu ! » Le vaisseau fait un bond dans les étoiles et tout le monde s’endort ! En rêve, Paschic revient aux leçons de maître Sol et au jour où il est arrivé dans la Chose sans souffrances ! Ses plaies, dues à la Machine, étaient restées muettes !

« Tu as passé un cap ! lui avait dit maître Sol.

_ C’est vrai, la Machine ne me fait plus crier ou hurler ! Est-ce que mes blessures sont guéries ?

_ Elles se sont cicatrisées… Elles continueront à agir en toi, mais d’une manière sourde, sans haine ! En fait, tu as compris qu’il est impossible d’obtenir justice de la Machine, comme de la plupart des Doms d’ailleurs ! Car leur bulle de domination leur est vitale, impossible à arracher !

_ Oui, ils n’évoluent que très peu…, mais j’arrive à ne plus les détester, car je suis en paix avec moi-même… Je prends plaisir à la vie !

_ Oui, la Chose a fait un bon boulot ! »

                                                                                                       55

« La domination est le feu intérieur, disait maître Sol, elle vient du règne animale et elle est donc très forte ! C’est elle qui nous donne envie de nous battre et de nous maintenir en vie ! Elle nous est donc nécessaire, mais nous sommes aussi des êtres spirituels, ce qui nous fait « supérieurs » aux animaux, car nous pouvons comprendre les autres et nous en montrer solidaires ! C’est la grande aventure humaine ! »

Paschic se laisse bercer par le souvenir des paroles de maître Sol, alors que le vaisseau traverse l’espace… Mais brusquement Paschic sent une présence et il ouvre les yeux, pour voir le visage de Karoc juste au-dessus du sien ! « Vous et moi, il va falloir qu’on s’explique ! dit Karoc.

_ Je n’ai rien à dire à un demeuré de droïde !

_ Quoi ?

_ Ne me dites qu’ils vous ont inventé une maman et un papa !

_ Je ne suis pas un droïde !

_ Seigneur ! Je suis sûr que vous pouvez tordre des poutrelles de métal en souriant, pas vrai ?

_ J’ai été formé pour ça…

_ Allez voir papa Patz et exigez de lui la vérité…

_ Je vous écraserai comme une coquille de noix, Paschic !

_ Demandez-vous plutôt d’où vient votre haine à mon égard !

_ Simple ! Vous êtes poussiéreux, Paschic ! Vous puez le vice, la paresse, tout ce qui fait obstacle au progrès ! »

Karoc s’éloigne, ce qui laisse Web s’exprimer : « Bonne ambiance ! Si c’est un droïde, pourquoi vous en veut-il à ce point ?

_ Il a été programmé par le pouvoir Dom, qui cherche toujours à se défendre ! C’est l’ordre son logiciel !

_ Mais en quoi vous troublez l’ordre ? Vous êtes plutôt un garçon assez sage !

_ Mais c’est cela la bêtise, Web ! L’aventure spirituelle nous tend les bras, mais nous la refusons par peur ! Nous sommes même prêts à tuer, pour conserver notre petit pouvoir ! Et c’est même valable pour les religieux !

_ En tout cas, je n’aimerais pas être à votre place ! Sitôt que vous ne serez plus utile, Karoc ne fera qu’une bouchée d’ vous !

_ Vous avez l’art de me rassurer, Web ! Mais je ne donnerais ma place à personne ! Je vois que la Chose constitue au fond notre univers, qu’elle nous enveloppe, qu’elle est notre berceau et que nous dit-elle ? Mais que, si elle est bien régie par des lois, elle est encore d’une fantaisie infinie dans sa beauté ! Cela devrait nous apaiser et même nous faire rire !

_ « Tss, tss ! » ferait un Scientif. « Pure subjectivité ! » ajouterait-il. « Maladie ! Névrose ! » finirait-il par crier.

_ Voilà pourquoi Karoc est programmé pour me détruire ! Le matérialisme des Scientifs imprègne ses puces ! »

Bercés par l’immensité cosmique, Paschic et Web finissent par s’endormir, mais le premier se souvient de nouveau de maître Sol… « Tu dois être capable de créer du ciel bleu ! dit celui-ci à Paschic.

_ C’est bien trop haut, bien trop grand, bien trop pur !

_ Non, tu dois être capable de créer du ciel bleu entre tes mains ! Attrape de l’azur et déplace-le ! Jongle avec !

_ Mon Dieu, je n’en ai pas la force !

_ C’est le poids du Cube qui t’en empêche ! C’est lui qui te fait douter ! Concentre-toi ! Tu es l’enfant qui aime ! Toute ta domination est une passion qui admire ! C’est ta chance ! Toute ta force est dans ton émerveillement ! C’est lui qui te protégera ! »

Paschic avait alors fait naître entre ses mains un peu de ciel bleu ! Il l’avait tenu quelques secondes sous ses yeux ! Il allait l’agrandir, l’élever, quand le béton du Cube, ses problèmes s’étaient de nouveau imposés à son esprit !

« C’est pas grave ! avait répondu Sol. Tu as été piétiné par la Machine et tu es donc fragile ! Il faut que tu reviennes aux racines et que tu les fortifies ! Simplicité, Paschic !

_ Dites donc, les beatniks, on s’ réveille ! On approche d’Ultima. »

Paschic et Web ouvrent les yeux sur le visage implacable de Karoc !

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ULTIMA (46-51)

Le 15/08/2026

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      "Ma chevalière! Où elle est ma chevalière?"

                                       Coup de tête

 

 

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     Paschic est malade ! Il a mal au dos et à un pied ! Il boîte et grimace ! Il ne voit pas d’espoir et pense que la vie est trop dure ! Que faire pour son dos et son pied ? Il va voir le professeur Zim ! Il faut d’abord passer devant une secrétaire ombrageuse ! « Vous avez rendez-vous ? demande-t-elle. Non, parce que si vous n’avez pas rendez-vous, c’est pas la peine !

_ J’ai rendez-vous…

_ Votre carte Tatal et votre ordonnance... »

A côté, avec une autre secrétaire, une femme s’écrie : « Mon Dieu, j’ai oublié mon ordonnance ! » Tout le monde regarde la coupable ! « Pitié ! Pitié, reprend-elle. Je l’amènerai plus tard ! Je ne sais pas comment j’ai pu l’oublier !

_ Vous connaissez le règlement pourtant…

_ Bien sûr, je suis désolé !

_ Hélas, ça ne suffit pas !

_ Vous voulez dire que je vais devoir prendre un autre rendez-vous, dans six mois !

_ Vous n’allez pas faire d’histoires, hein ? »

A cet instant, deux malabars en blouse blanche font leur apparition et prennent la femme sous les bras ! Elle gémit tout au plus et Paschic se félicite d’avoir son ordonnance, mais sa carte Tatal ne passe pas ! La secrétaire s’agace déjà : « Il faut mettre sa carte à jour régulièrement ! jette-t-elle.

_ Mais c’est ce que je fais…

_ Faut croire que non ! J’espère que votre carte bancaire passera mieux !

_ Ah ! Ah ! Vous dites ça pour me détendre ! »

Paschic doit maintenant entrer dans la salle d’attente et elle est bondée ! Toute l’humanité souffrante est là ! Toute sa misère ! Les visages sont gris, dolents, abattus ! Les airs sont tristes, sinistres ! Lentement, Paschic glisse dans le marécage de l’angoisse, de la résignation, du désespoir, mais il faut bien essayer de guérir, n’est-ce pas ? Il faut bien suivre les conseils et le savoir des Scientifs ! C’est la règle, la sagesse ! la raison ! Le remède est là quelque part, dans des examens !

La salle d’attente se vide peu à peu, lentement ! Les corps accablés se lèvent et disparaissent derrière la porte du professeur Zim ! Peut-être qu’il les mange ? Cela fait sourire Paschic, mais pas pour longtemps, car c’est son tour ! Zim est en pleine forme ! Tant mieux ! C’est un gars super ! On dirait qu’il est sous un oxygène pur, comme s’il était sur le flanc d’une montagne, respirant les pins et la fraîcheur du matin ! C’est un gars qui a réussi, tandis que Paschic est cette épave recouverte de goémon sale et pourrissant inexorablement !

Zim n’écoute pas Paschic : il sait déjà ! D’ailleurs, le patient ne sait rien ! Zim fonce, fait sa démonstration, en met plein la vue à Paschic, qui rit des bons mots de Zim ! Puis, celui-ci pourfend, vainc le mal, sort la liste des examens, des médicaments ! L’arsenal tonne ! L’olympe des Scientifs dirige, orchestre, fait vibrer les éclairs et Paschic docile bientôt s’en va, avec toutes ses commissions à faire !

Et le traitement commence ! Et Paschic ne va pas mieux ! Il met son pied douloureux sur le sol prudemment ! Il tient son dos et souffle ! Et les jours deviennent de plus en plus sombres ! Mais de quoi souffre Paschic au juste ? Il se le demande ! Mais oui, c’est évident ! Paschic a voulu faire le malin ! Il a voulu avoir un avis propre ! Mais ça ne se passe pas comme ça ! Eh non !

Voyons voir ! Paschic est-il marié, en couple ? Croit-il que seul il peut s’en sortir ? Et qu’est-ce qu’il mange ? des plats en sauce ? Est-il végétarien ? sain ? Est-ce qu’il bouge ? Est-ce qu’il dort et si oui, suffisamment ? dans quelle position ? A-t-il des amis ? Non ? Et il croit être équilibré ? Part-il en vacances ? Et il voudrait chanter comme un pinson ?

Le Cube n’a aucune pitié pour les individus comme Paschic ! Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’ils ne font pas confiance au Cube ! Voilà ! Le Cube se venge !

Soudain, Paschic se met à hurler ! Il fait partie du Cube ! Il est en train de s’intégrer et c’est de là que vient le mal ! Car Paschic est différent du Cube ! Il est lui-même et non un membre du Cube ! Et c’est de ne pas l’accepter qui lui fait mal ! C’est de vouloir être du Cube qui le fait souffrir !

Vite, il faut se retrouver ! Redevenir soi-même, avec toute sa hargne, sa créativité, sa révolte, son sens de la vérité ! Et les douleurs aux pieds et au dos cessent ! Revoilà Paschic ! Mais quelle sueur ! Quel cauchemar ! Et Paschic le fait régulièrement ! Il devient du Cube et se noie !

C’est croire les calembredaines du Cube qui rend malade ! C’est vouloir être comme les autres ! Se réjouir, être heureux de vivre, en tuant sa personnalité ? Impossible ! Vouloir être dans la norme et c’est le désastre !

                                                                                                     47

     Mais le Cube ne se rend pas si facilement ! Il faut tout le temps combattre son influence, car il a ses propres guerriers, ses gardiens plus précisément ! Paschic les a découverts pour la première fois quand il était attaché sur l’arbre de la Terreur !

C’est un vieil arbre noirci dans un désert et sous un ciel sombre ! La Machine y fixait Paschic pour entendre ses pleurs et ses gémissements, puisqu’elle disait à son fils que Tautonus, le père, allait le « bousiller », le détruire ! La terreur envahissait Paschic, qui se mettait à supplier la Machine, pour qu’on lui évite la violence des coups et aussi les tortures de l’attente ! La peur se nourrit d’elle-même, de ses propres phantasmes !

Évidemment, les plaintes de Paschic se perdaient dans la nuit infinie, car elles étaient voulues par la Machine, afin qu’elle fût rassurée quant à son pouvoir, son contrôle sur Paschic ! Douce musique pour ses oreilles ! Elle avait eu peur face à la résistance de Paschic et maintenant, c’était à lui d’être effrayé ! grâce à la menace du châtiment physique dû à Tautonus ! Il faut savoir improviser et pallier ce qui nous manque, même si c’est contre des enfants ! Rien ne doit faire obstacle à la domination, nulle pitié, car il en va de notre sève fondamentale !

Donc Paschic suppliait sur l’arbre de la Terreur, pendant que la Machine goûtait ses cris, ainsi qu’on s’enivre avec une boule d’opium ! Et entre deux sanglots, Paschic s’était retrouvé pour la première fois face aux gardiens du Cube ! Ils étaient trois, mais ils sont peut-être plus nombreux ! Pourquoi parler de gardiens du Cube, alors qu’une société est constituée de millions d’individus, avec des intérêts divers et qu’on ne saurait les accorder ? Mais parce que ces gardiens naissent de la peur commune du Cube, lui-même lié par la domination !

Les dégâts causés sur le psychisme de Paschic, par la Machine, créent les gardiens, qui doivent donc être présents chez chaque personne victime du Cube, notamment pour l’avoir menacé ou effrayé ! Mais, à la vue de ces trois personnages, Paschic s’était tu ! Il avait arrêté de supplier sur son arbre, pour écouter ! Car les gardiens étaient terrifiants, avec l’air de posséder des pouvoirs redoutables et même mortels !

« Je suis le Trancheur ! avait dit celui qui tenait une lourde hache.

_ Le… Le trancheur, avait balbutié Paschic, le front en sueur.

_ Exact ! Je suis chargé de couper ta cervelle en deux ! même sous le plus beau ciel bleu ! Tu seras innocent, tu chanteras comme l’oiseau et c’est à ce moment-là que je te frapperai ! Soudain tu seras glacé et dans la nuit ! Tu te demanderas si tu ne dois pas faire ce que tu détestes le plus, ce qui sera le plus triste et le plus destructeur pour toi ! Ainsi est mon pouvoir, qui te plongera dans l’amertume la plus noire, la peur la plus angoissante !

_ Moi, je suis le Farfouilleur ! avait poursuivi un second gardien. Je n’ai pas les manières brutales de mon collègue…, mais je suis plus empoisonnant ! Tu seras tranquille et enthousiaste et je viendrai te demander si tout est parfaitement clair ! Nous regarderons ensemble ton cœur et ta situation matérielle, comme on regarde l’eau d’un torrent, pour juger de sa pureté ! Et surprise, je verrai qu’il manque le formulaire 815 ou que tu aimes particulièrement les chaussons aux pommes, ce qui voudra dire que tu es gourmand ! Tss, tss ! Quelle déception ce sera ! Nous serons obligés de toute reprendre depuis le début, de sonder toutes les caches, de revoir tous les théorèmes, tous les raisonnement, afin de trouver l’erreur fatale ! Pendant ce temps-là, nous ne pourrons rien faire d’autre ! Nos nuits seront pleines ! Il n’y a rien de plus usant ! C’est interminable, crois-moi !

_ J’ te crois !

_ A-t-on gardé le meilleur pour la fin ? avait demandé le troisième. C’est possible, car je suis l’Étrangleur ! Je vois la vie comme un Scientif fait courir des rats dans un labyrinthe ! Je ferme des portes, des issues et je te conduirai dans une impasse ! Après avoir tout essayé, pour t’échapper, tu m’ verras arriver, mes deux grandes mains en avant et je t’étranglerai ! Tu suffoqueras ! sans pourvoir crier ! C’est l’ moment que j’ préfère ! Tordre la guimauve !

_ Vous ne m’aurez pas ! avait répliqué Paschic. Je suis un Kaarien et j’utiliserai leur savoir et leur magie, pour me défendre !

_ Est-ce qu’il dit vrai ? avait demandé le Farfouilleur au Trancheur.

_ Hélas, oui ! Les Kaars ont développé une véritable science contre nous ! Mais, hi, hi, qu’est-ce que j’entends ? C’est Tautonus, chauffé à blanc par la Machine, et qui vient te régler ton compte !

_ Ah ! Ah ! Il est déjà blême le gamin !

_ Le Kaarien fait dans son froc ! Hi ! Hi !

_ Allez, éloignons-nous, les gars, on va profiter du spectacle !

_ Eh ! Paschic, songe à ses deux poings comme des marteaux ! Ah ! Ah !

_ On s’ reverra le môme ! Ah ! Ah ! »

                                                                                                   48

     Paschic regarde l’eau d’un ruisseau le cerveau vide ! Il a tellement hurlé sa peine qu’il n’a plus de forces ! C’est à ce moment qu’apparaît le maître Kaar ! Il a une tête végétale, des bras telles des tiges et tout en lui montre la souplesse, l’extension de la plante ! Il n’empêche, sa tête est solaire, comme pleine de lumière, alors que des pétales fournies font sa chevelure !

Son air est doux, amène, de même que sa voix… « Je suis Sol, de la planète Kaar ! dit-il. Nous t’avons choisi, Paschic, à cause de ta simplicité !

_ Ça va, pas la peine d’en rajouter ! Je sais que je suis un demeuré !

_ Comment ?

_ Ouais, je suis une bête ! Je ne comprends rien ! Et je fais le désespoir de mes parents… et de mes professeurs !

_ Que vois-tu ici, autour de toi ?

_ Je vois de jolies fleurs, des arbres magnifiques, une lumière extraordinaire ! J’aime le chant de l’eau… Je me sens au paradis !

_ Voilà ! Tu est l’enfant émerveillé et c’est là la simplicité ! Les Doms n’en ont aucune et c’est pourquoi ils ignorent la beauté !

_ Vrai ? Vous vous moquez pas d’ moi ?

_ Non, certainement ! Mon pauvre garçon, on t’a déjà fait bien du mal, pour que tu sois aussi méfiant ! Mais je suis là pour t’apprendre ta richesse !

_ C’est la première fois qu’on me dit quelque chose de gentil…

_ Oui, les Doms sont harcelés par leur domination, ce qui les rend bien cruels… Mais je vais te montrer combien tu peux être utile et même combien tu es unique ! Je vais te former comme un Karr et tu auras notre pouvoir, qui n’est cependant pas de dominer ! Prêt ?

_ Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Je dois nettoyer sous la mousse des arbres ?

_ Ah ! Ah ! C’est l’humour du désespoir ! Mais commençons par le ruisseau, car il est source de sagesse ! Laisse-le te parler ! »

Paschic admire… Il est naturellement attiré par la fraîcheur… Mais les scintillements sur les pierres le ravissent aussi… Les plantes se mirent, alors que des insectes dansent autour… Le temps devient inexistant et il y a là une grandeur infinie qui se révèle ! C’est une puissance que le cerveau humain ne fait que deviner et qui le fait frémir, qui l’accable et qui l’enchante en même temps !

« Je vois que tu apprends vite ! dit Sol. C’est bien ! Où sont maintenant les vociférations, les colères de la Machine ?

_ Bien loin !

_ Oui, les injustices sont légions, mais tu ne les entends plus ! La sérénité de la création est sur toi… Tu vas rejoindre le Cube d’un pas tranquille… C’était ta première leçon, mais tu reviendras pour une autre !

_ Bien sûr, puisque je suis heureux ! Au revoir Sol !

_ Au revoir Paschic ! »

Celui-ci reprend le chemin du Cube, mais, dès que les premières habitations apparaissent, trois individus sont sur le trottoir à l’attendre… Ce sont les trois gardiens ! « Eh ! Salut ! Trancheur, Farfouilleur… et l’Etrangle-machin ! fait joyeusement Paschic.

_ Mais tu nous prends pour des billes, ma parole ! » répond Trancheur et les gardiens se mettent à frapper durement Paschic ! Il est au sol et on continue à lui donner des coups ! Trancheur lui arrache la cervelle ! Farfouilleur lui mange le cœur et Etrangleur le pousse à crier !

« Espèce de salopard ! éructe ce dernier. Quand est-ce que tu vas enfin nous respecter ?

_ Bienvenue dans la nuit du Cube, le raté !

_ A terre l’affreux ! Rampe, fumier ! »

Ils s’en vont enfin ! Paschic bave du sang et se remet péniblement sur ses jambes… Comment a-t-il pu croire aux calembredaines de Sol ? A quoi ça sert la simplicité ? Il faut savoir compter et remplir sa feuille d’impôts ! Le plus important : dessiner une parabole et calculer sa pente ! C’est vital ! La simplicité ? Aimer une fleur, écouter le ruisseau ? Mais ce sont des trucs de demeurés ! T’es au Cube, Paschic ! Fini de rigoler ! Que les Kaars aillent au diable ! Il faut se soumettre au Cube et fissa ! Il faut dire merci à la Machine, pour chaque coup qu’elle te porte !

C’est que le Cube, c’est sérieux ! C’est de l’éminence grise en conserve !

La simplicité, ah ! ah ! Pauvre Sol !

                                                                                                         49

     Malgré son amertume, Paschic est toujours attiré par la Chose et il revient où il a rencontré maître Sol, car au fond seule la beauté de la nature peut le consoler ! Maître Sol est là, qui l’attend…

« Bonjour, Paschic, dit-il. Prêt pour la deuxième leçon ?

_ Ouais, ouais…

_ Ça n’a pas l’air d’aller ?

_ Un p’tit incident hier… Dites, maître Sol, moi, j’ suis bien triste ! J’ comprends rien et j’ai plein de problèmes… Vous pouvez pas faire quelque chose pour moi ? Par exemple, vous pourriez aller discuter avec la Machine… Vous lui expliqueriez que j’ suis pas un paillasson, sur lequel passer ses nerfs !

_ Je vois… Mais on n’ peut pas réparer le monde comme ça… Ou plutôt il faut qu’il évolue de lui-même, sinon il ne comprendra pas ! La vie est différence, Paschic ! S’il n’y avait ici que des libellules, on s’ennuierait tous les deux, non ?

_ Sûr ! Mais tout de même, j’ suis bien malheureux ! J’ vais être traumatisé, maître Sol, j’ le sens !

_ Mais tu es là pour forger ta lame, Paschic ! Tu as une compréhension originale et c’est ici qu’elle prend ses racines ! La route est longue, Paschic !

_ Plus longue que ma peine ?

_ Pauvre Paschic… Allez, on va commencer… L’enfant émerveillé va s’apaiser... »

Deuxième leçon… Le bruit de la mer dans les peupliers ! Étrange ! Paschic écoute, se berce, oublie même son nom… Le temps passe… « Dites, maître Sol, fait enfin Paschic, je me sens effectivement mieux ! Mais, de son côté, la Machine est toujours pareille !

_ Ah ? Tes blessures se réveillent ? On avait pourtant mis du baume dessus !

_ Oui, de nouveau ça saigne...

_ Bon, on fera pas mieux aujourd’hui… Le mieux, c’est que tu rentres chez toi ! »

Paschic opine et prend la route du retour, mais, comme la veille, les gardiens du Cube sont sur son passage ! « Oh ! Oh ! Mais que vois-je ? s’écrie le Trancheur. Voilà une douce cervelle à couper !

_ On va voir si tout est en règle ! rajoute le Farfouilleur, en se frottant les mains.

_ C’est la fête à l’angoisse ! se félicite l’Étrangleur. Les veaux rentrent au bercail !

_ Désolé les gars, fait Paschic, mais je ne suis pas la bonne personne ! Paschic s’est dissout ! Il est mort dans l’ vent des peupliers ! »

Un instant, les gardiens sont figés par la surprise ! Puis, le Trancheur éclate de rire ! « Ah ! Ah ! Paschic, tu auras réussi à nous amuser ! Et pourtant on n’est pas du genre à s’ détendre facilement !

_ Ca, c’est vrai Paschic ! renchérit le Farfouilleur. Moi, j’ai la tête dans les papiers toute la journée ! Et là tout d’un coup, tu nous amènes une brise pleine de fraîcheur !

_ Ah ! Ah ! Paschic, rajoute l’Étrangleur, un moment, j’ai cru que j’allais saisir une savonnette ! T’imagines mon désarroi, hein ?

_ Mais Paschic, reprend le Trancheur, tu peux pas d’ séparer d’ nous comme ça ! Toi, c’est nous, et nous c’est toi !

_ Exact ! approuve le Farfouilleur. D’ailleurs t’as un numéro d’ sécu, Paschic ! On peut pas prendre l’idendité d’un autre, ou perdre la sienne comme ça ! T’es fiché, mon pauv’ vieux !

_ De l’angoisse ! De l’angoisse ! s’exclame l’Étrangleur. J’adore ça !

_ Donc Paschic, fait le Trancheur, puisque tu es bien Paschic, n’est-ce pas ?

_ Comme le disent tes papiers… précise le Farfouilleur.

_ C’est la raclée ! La raclée ! » jubile l’Étrangleur.

De nouveau les gardiens passent à tabac Paschic ! Il est laminé, rompu, passé à la moulinette ! La Machine triomphe, ivre de vengeance, de son pouvoir ! Tautonus a gagné, avec ses gros poings ! Paschic gémit, ferme les yeux ! « Je le retiens, le Kaar ! pense-t-il. Tout ça n’a aucun sens ! La seule chose que je comprends, c’est ma peine, mon abandon, ma tristesse ! Gaffe Paschic, t’es encore à te prendre au sérieux ! Comme dit la Machine, tu t’ prends pour le centre du monde ! N’est ce pas ce que te disait le vent des peupliers ? Que tu devais t’oublier, pour cause de narcissisme ! Ah ! Ah ! Je côtoie le gouffre, j’ai failli devenir mauvais ! Vive les Doms ! Vive la raclée ! »

                                                                                                           50

     « Alors comment va-t-il ? demande Trancheur.

_ Pas très bien, répond Farfouilleur. Il est toujours dans sa chambre, en train de pleurer !

_ J’y ai peut-être été un peu fort ! Mais je le voyais si heureux que je n’ai pas pu m’en empêcher ! J’ai pris sa cervelle et j’ l’ai coupée en deux !

_ Je peux me faire le même reproche, car, à force d’analyser la situation, je lui ai dit qu’il était encore vivant alors que d’autres étaient déjà morts ! C’est quand même le comble de l’injustice !

_ Il ne manquerait plus qu’on arrête de pourrir ses plaisirs ! Faut rien laisser passer !

_ Tout de même à ce stade, Paschic n’a plus que le suicide ! Et s’il se tue, nous aussi on va disparaître !

_ Comme des bactéries idiotes qui tuent leur hôte !

_ Pfff ! intervient Étrangleur. Tout ça c’est du chiqué ! Il n’y a pas un jeune sur deux qui passe à l’acte ! Au fond, rien ne vaut une bonne crise d’angoisse, pour faire repartir le système !

_ Peut-être, répond Trancheur. On a des nouvelles de la mère, la Machine ?

_ Elle est partie acheter une robe ! précise Farfouilleur. Elle a dit qu’il fallait qu’elle pense un peu à elle, sinon la famille va la bouffer !

_ Elle a raison ! Encore une victime du patriarcat !

_ Paschic veut sa peau ! jette Étrangleur.

_ C’est pour ça qu’on est là ! fait Trancheur. Pour que ça n’arrive pas !

_ Sûr ! approuve Farfouilleur. Paschic est le type même de l’égoïste ! Il faut toujours qu’on s’occupe de lui !

_ Mais on l’ brisera !

_ Ouais, on l’brisera !

_ Vive la Machine !

_ Vive la Machine !

_ Attention, v’là Paschic qui sort de sa chambre !

_ Quelle sale tête !

_ Il tremble encore !

_ Mais où il va ?

_ Il va rejoindre la Chose, où il va écouter les bêtises de maître Sol !

_ Eh Paschic ! Tu f’rais mieux d’apprendre tes maths ou ton anglais ! Faut pouvoir s’adapter dans la vie !

_ Ouais Paschic, faut bosser !

_ Eh Paschic ! Tu veux que j’ te montre mes fesses ?

_ Ouh ! Ouh ! Hi ! Hi ! Oh ! Oh !

_ Oh ! Le cave ! J’ai jamais vu un cave pareil !

_ Eh Paschic, bonjour à c’ navet de maître Sol ! Ah ! Ah ! Hi ! Hi !

_ Ouiiii ! Bonjour à la carotte ! Ouf ! Ouf !

_ Demande-lui combien font deux et deux ! Ouaf ! Ouaf !

_ A ton retour, régime pain sec et eau !

_ Qu’est-ce que tu vas prendre !

_ Pas d’ télé c’ soir !

_ Le v’là qui s’en va tout de même !

_ Qu’est-ce qui lui trouve à la Chose ?

_ Chais pas !

_ Il est pourri c’ gosse !

_ Tous ces profs sont unanimes : il a un poil dans la main !

_ Sûr, il fait l’ désespoir d’ la Machine ! Eh, voilà qu’elle revient !

_ Allons admirer sa nouvelle robe !

_ La Classe ! Elle a raison, la Machine ! Il faut qu’elle pense à elle !

_ Si elle fait pas gaffe, Paschic va la dévorer !

_ Elle se trouve belle devant la glace ! Encore une victoire sur le patriarcat !

_ On lui dit pour Paschic ?

_ Penses-tu ! Elle va bien s’en apercevoir assez tôt !

_ Il a quitté ses devoirs, il va l’ payer !

_ Maître Sol aussi paiera ! Mort à la Chose !

_ Mort à l’inutile !

_ Vive la Machine !

_ Vive la Machine ! »

                                                                                                         51

      « Dites maître Sol, j’ai l’air un peu gaga ici, tout seul, dans la nature, non ?

_ Mais t’es pas tout seul, Paschic…

_ Non, sûr, je voulais pas vous blesser ! Mais, si on nous voyait ensemble, on dirait que j’ parle tout seul, que j’ suis schizophrène ou quelque chose comme ça !

_ Laisse dire…

_ « Laisse dire, laisse dire ! » Vous en avez de bonnes vous ! C’est qu’ils sont nombreux les Doms et qu’ils ont apparemment tous les pouvoirs ! Moi, j’ dois la fermer, point barre !

_ T’es justement là pour comprendre les choses autrement, puisque tu es autre !

_ Mais là-bas, chez les Doms, je suis un égoïste, un pou, un demeuré !

_ C’est contradictoire, tu ne penses pas ? Ou bien t’es fourbe, ou bien t’es idiot ! Mais on ne peut pas être les deux à la fois !

_ C’est consolant !

_ Regarde entre ces deux branches de sapin… Que vois-tu ?

_ Eh bien, une lumière extraordinaire ! Ce sont les feuilles de l’arbre d’en face qui sont illuminées et qui donnent cette couleur émeraude !

_ Tout juste ! La branche de sapin fait aussi contraste, puisqu’elle reste dans l’ombre ! Ses aiguilles en sont d’autant plus nettes ! Mais qu’est-ce qui est accrochée en elles ?

_ Une feuille morte… On dirait un petit théâtre, comme si la feuille morte était un personnage…

_ Voilà pourquoi les Doms disent que tu es un demeuré !

_ Mais, mais c’est un spectacle merveilleux !

_ Pour tes yeux, oui ! Pour le Dom, ça n’existe pas même pas et si tu le lui montres, il va se moquer de toi !

_ Et n’aura-t-il pas raison, maître Sol ? Calculer les forces de frottement sur un objet ou connaître la formule chimique du méthane, c’est tout de même d’une autre trempe ! Ça peut servir, tandis que mon petit théâtre…

_ Tu penses que la beauté que tu vois n’est pas utile ?

_ Pour moi si ! C’est même l’essentiel ! Je ne pourrais pas vivre sans elle, puisque l’existence des Doms me paraît absolument absurde ! Mais, c’est moi, avec ma grande gueule, si je puis dire ! Mes convictions ne font pas le poids face à celles des Doms !

_ C’est parce que tu es encore jeune et que ta compréhension commence à peine ! Mais que te dit ton petit théâtre au fond ?

_ Que le monde est d’une beauté infinie ! Qu’il est même un don ! Que je suis aimé, car j’y ai toute ma place !

_ Oui, car tu es l’enfant qui rêve, l’enfant émerveillé !

_ Je reste un enfant… mais n’est-ce pas une fuite ? C’est ce que disent les Doms !

_ Pourquoi te soucies-tu de ce que disent les Doms, alors que tu juges leur vie absurde ?

_ On m’ traumatise ! On m’ fait peur !

_ Oui, le Dom te transmet sa peur, car lui ne veut pas croire ! Il a peur du bonheur ! Comme toi, il est placé dans une chaîne de souffrances, qui marque les uns et les autres !

_ Mais pourquoi tout ça ?

_ La vie est différence, pour que chacun existe ! Et c’est bien sûr valable d’abord pour toi !

_ Ici, dans la Chose, le monde est plein de magie… mais là-bas, dans l’ Cube, c’est une autre histoire ! Et puis y a les gardiens, qui m’attendent au retour !

_ N’oublie pas qu’ils sont en toi ! A toi de les maîtriser ! Imagine que grâce à la fantaisie infinie que tu vois ici, tu puisses faire la paix avec toi-même ! Là, tu commenceras par être utile aux autres ! Comme ils ne le seront jamais pour toi d’ailleurs !

_ Vrai ?

_ Bien sûr ! Ton aventure merveilleuse sera une source d’étonnement et de paix pour les Doms !

_ Avec des biftons ?

_ Avec la paix intérieure, tu n’en auras pas besoin…

_ Bon, je transmettrai mon bonheur ! Au milieu du fatras du Cube, cela fera tout drôle !

_ Ton petit théâtre, entre les branches du sapin, c’est un message d’amour autant que d’espérance !

_ Je suis l’enfant émerveillé !

_ Car le monde est aussi d’une fantaisie infinie ! C’est là le merveilleux !

_ On fait une fine équipe tous les deux ! » 

R150

ULTIMA (41-45)

Le 08/08/2026

R150

          "J'aurai vot' peau Callahan!"

                             L'Inspecteur Harry

 

 

                              41

     « Mais enfin il n’y a pas de retraite dans le domaine de l’esprit ! reprend Web.

_ C’est vrai ! Mais le cerveau est aussi un muscle et le corps se fatigue…

_ On a besoin de vous !

_ Et si je commence à parler, je vais me faire hacher menu ! Le monde est gouverné par la bêtise, le savez-vous ! Cette bêtise qui est produite par la haine ! On veut des coupables, comme les enfants braillent après leur jouet !

_ Je retrouve là votre misanthropie !

_ Nullement ! La vie, c’est la différence comme le montrent les variétés végétales et animales ! Il faut donc s’attendre à des avis et des comportements contraires ! Or, la seule chose qui permet d’accepter cela, c’est la force, la force donnée parce qu’on est en paix avec soi-même ! Il s’agit donc de se changer aussi en profondeur, ce qui va à l’encontre du coupable désigné ! En résumé, dès que vous demandez aux gens un peu de réflexion sur eux-mêmes, ils sont perdus et agressifs !

_ Ils ne savent pas ce qu’ils font…

_ Je ne vous le fais pas dire… Vous voyez en face, sur la rive, la lumière illumine ces herbes a priori insignifiantes et elles se reflètent maintenant dans l’eau, tels des cils de feu !

_ Je vois, je vois… et dire que le Cube viendra détruire tout cela ! »

Un silence s’installe… « Écoutez, reprend Web, je sais que vous avez consacré votre vie à la recherche de la vérité ! C’est elle qui vous motive toujours et qui vous rend odieux le mensonge et la bêtise des Doms ! Vous avez dit justement que la vie, c’est la différence et c’est bien cette différence qui nous secoue ! Tôt ou tard, vous reprendrez le chemin du combat, même si vous n’avez plus l’espoir d’être écouté ! »

Paschic ne répond rien… Il écoute les oiseaux, aime la vie alentour et les deux amis dînent joyeusement… Au matin, Web s’en va et laisse Paschic prendre une décision… Bientôt, celui-ci fait calmement son sac, car Web a raison dans le fond : on est du Cube, même si on n’est pas d’accord avec lui et on ne peut pas vivre sans communiquer, d’une manière ou d’une autre ! Le destin des Doms est leur conscience, leur vie spirituelle… Mais Paschic ne repart pas comme avant… Il a mûri et il sait mieux utiliser ses forces, pour rester efficace sans se détruire !

Le sac à l’épaule, il respire un bon coup toute cette verdure, qu’il ne reverra pas un certain temps, puis il prend le chemin du Cube… Il n’a pas une grande distance à effectuer, car le Cube n’est jamais loin et dévore l’espace, mais ceux qui ont vécu plus de quelques jours loin de Domopolis doivent subir un contrôle à leur retour ! C’est la règle et une sorte de quarantaine, qui évitent les terroristes écologistes !

Des gardiens spéciaux sont chargés de vérifier les entrées et on les reconnaît à leur masque typique de crocodile ! C’est pour signifier que le Cube est sans espoir ou bien pour protéger les gardiens eux-mêmes, en conservant leur anonymat ! En tout cas, cet air méchant, féroce même, impressionne les esprits et Paschic se laisse mener docilement dans un petite salle, d’autant que ce n’est pas la première fois, bien entendu, qu’il subit un tel traitement !

Là, on lui fait écouter du bruit de trafic à fond ! « Eh mec, jette un des gardiens, avec sa tête de crocodile, t’entends le trafic ?

_ Ouais, ouais, j’entends le trafic !

_ J’ suis pas sûr, mec qu’ t’entendes le trafic ! rétorque le gardien, qui pousse encore le volume. J’ veux qu’ tu me dises que tu veux du trafic, mec !

_ Eh ! Eh ! Bien sûr qu’ j’ veux du trafic ! Du trafic ! Du trafic !

_ Puisque tu veux du trafic, tu vas en entendre, mec !

_ J’adore ça ! Tu sais c’ que j’aimerais par-dessus tout ? C’est qu’on me colle à la chaussée et qu’ je sois sous le trafic toute la journée ! Là est ma place, man ! »

Bien sûr, cet échange est crié au milieu du bruit, mais enfin comme cette première épreuve est passée avec succès, on pousse Paschic dans une autre pièce, où deux crocodiles lui versent sur le corps des seaux de détritus ! « Sens ça, mec ! Sens cette puanteur ! Il faut que tu t’y habitues ! S’agit pas qu’ tu pètes un câble en ville ! Tu aimes l’ordure, mec ?

_ Bien sûr ! Une rue propre me rend malade ! Des murs sans graffitis, c’est pas mon monde, mec ! Le netteté, le respect, c’est suspect !

_ Pauv’ type ! Bourgeois ! Connard !

_ Comme c’est bon d’être de retour chez soi !

_ Ordure ! T’es pas encore assez inquiet ! »

                                                                                                   42

     En effet, Paschic n’est pas encore au diapason du Cube ! Il n’en a pas encore retrouvé le langage, le désespoir, la fermeture, la haine et bien sûr l’angoisse ! Des gardiens à tête de lamas, ce qui les rend un tantinet plus sympathiques, se mettent à frictionner les cheveux de Paschic, tout en lui passant une avalanche d’images ! On voit un frère découper sa sœur, des bébés dans des poubelles, des bastons, des explosions, des visages hurlants, des bombes, des incendies, des étoiles qui explosent, des serpents ou des requins qui attaquent, des politiques qui assènent des discours, des malades, etc. ! Le monde de Paschic n’existe plus ! Il ne reste que celui des Doms, qui est essentiellement constitué par leurs peurs ! La beauté y est à peine présente, dans l’art sans doute, et elle est commentée, raisonnée, empaquetée, rangée ! En aucun cas, elle n’est constitutive, fondatrice, essentielle ! Au fond, si Paschic arrête de respirer, sa vision s’éteint avec lui ! Et il ne serait pas un étranger ?

On vérifie que Paschic est tendu ! On lui montre le montant de sa retraite, ses factures, l’inflation croissante, les hausses de l’énergie, les nouveaux règlements qui causent de nouvelles dépenses ! On vérifie qu’il est sur le point d’éclater, qu’il est mûr pour la rue du Cube ! C’est un sas de compression, dans lequel passent des inconnus, qui regardent Paschic avec dégoût !

On soumet Paschic à des tests de dépistage de cancers ! On lui dit qu’il va recevoir les résultats et qu’une enveloppe noire n’est pas bon signe ! On lui répète que c’est pour son bien et on lui demande s’il paye par carte !

Quelqu’un pète sous son nez et rit, en affirmant que c’est son choix ! Chacun est libre et chacun fait ce qu’il veut ! C’est le credo du Cube ! Paschic encaisse, mais n’en a-t-il pas été ainsi depuis le début ? Déjà enfant n’encaissait-il pas ? S’il y a bien une chose que Paschic connaît, c’est encaisser ! Car à chaque fois qu’il a voulu se rebeller, il a été écrasé ! Cela a été mille fois pire ! « Chut ! se dit Paschic. Chut ! Fais ce que tu as toujours fait : encaisse ! »

La bouche fermée, refouler, c’est la vie de Paschic ! Et comment pourrait-il en être autrement ? Les autres résisteraient-ils, si Paschic l’ouvrait, leur disait ce qu’il voit, comment ils sont ? Un gardien à tête de lama s’assoit en face de Paschic et lui donne une gifle ! « J’ t’ai pas donné de gifle ! lui dit le gardien. Pas vrai ? Et tu sais pourquoi ? Parce qu’y a pas plus gentil que moi ! J’ suis tout sauf égoïste ! C’est clair ?

_ Oui…

_ J’ crois pas… fait le gardien, qui frappe de nouveau Paschic. T’as reçu une gifle ?

_ Non…

_ Et pourquoi ?

_ Parce que vous êtes tout sauf égoïste !

_ C’est bien…, mais encore une fois ! »

Paschic prend une troisième gifle ! Mais il n’y a pas plus formateur, pour reprendre la vie du Cube ! Car personne n’y est égoïste, comme personne n’y a peur ! Il faut s’y faire ! Il faut que l’hypocrisie rentre dans le sang, c’est une question de survie, même si on a mal, même si on a envie de pleurer ! La vérité est crucifiée quelque part !

Chut, Paschic ! Ferme ta gueule ! Sinon on te coupera les vivres ! On te le fera payer de mille manières ! Tu n’existes pas, Paschic ! Tu es comme le vent ! C’est ce que t’explique le gardien à tête de lama ! « A quoi tu rêves ? demande celui-ci.

_ A rien !

_ Ah ! Ah ! Menteur ! Tout le monde a des rêves !

_ Eh bien, pour parler franchement, j’aimerais bien me faire une femme bien roulée, aux formes bien épanouies ! Un bon coup !

_ Eh ben voilà ! J’ te souhaite bonne chance, mec ! C’est une envie normale et j’espère que tu pourras l’assouvir ! »

Chut, Paschic ! Ne parle pas de la vérité ! Adopte les codes ! Sois idiot jusqu’au bout ! Ne parle pas de la Chose ! de son importance, de sa vérité, de sa puissance ! Ils ne comprendraient pas ! Ils rêvent de t’arracher le cœur ! Ils ne savent pas et ils méprisent !

Chut, Paschic ! Tu vas passer le test ! Tu vas être admis ! Robot parmi les robots ! Ils continueront pourtant à se méfier de toi ! Tu n’es pas des leurs ! Il y a quelque chose qui leur échappe !

Voilà, on tamponne le papier de Paschic (ou plutôt on lui imprime un code barre) ! Il peut rejoindre le Cube ! Il a tout l’apparence d’un Dom ! Au revoir Paschic ! Voilà le Dom ! Chut, Paschic ! Sage !

                                                                                                      43

     Paschic retrouve l’air libre ! Enfin façon de parler, car c’est l’air du trafic et du béton ! Il croise un type qui promène son chien ! « J’ pourrais m’occuper d’ tes fesses, si tu voulais ! fait celui-ci. J’ai remarqué ton côté féminin, tu sais…

_ Non merci…

_ Tu t’es pas encore accepté ? Tu refoules, tu t’ rends malheureuse !

_ Et toi, tu t’es accepté ? Regarde ta bedaine et ton clébard qui trottine ! Voilà ta retraite ! Entre les crottes de chien et les mêmes trottoirs ! Quelle vie et t’es sans doute marié en plus !

_ Je vais appeler un agent…

_ Ce s’ra sans moi, j’ai du taf ! »

« Voilà le Cube ! se dit Paschic. Personne ne se gêne ! Tout le monde étend ses pieds sous la table ! sans peur du ridicule ! Ces gens n’ont aucune idée de ce qui est grand ! Ils n’ont rien fait et sont pourtant satisfaits d’eux-mêmes ! C’est permis par la civilisation et la sécurité matérielle ! On peut croire et faire croire à sa petite vitrine ! »

Paschic se rend à la Tour du Pouvoir, où il a rendez-vous avec Dominator et Web… Au fond, il aurait pu demander au chef de Domopolis un passe-droit, qui lui aurait évité le contrôle du retour et toutes ses humiliations, mais il avait eu peur d’avoir une réaction trop violente face à ceux qui représentent le pouvoir ! Cela lui est déjà arrivé ! Les Doms de pouvoir sont tellement durs, ils vivent dans une dimension tellement aveugle et fermée qu’ils ont parfois donné à Paschic une simple envie de vomir ! C’était physique, sans discussions ! Paschic avait eu l’impression de rencontrer des poubelles ou des tas de fumiers !

La lumière ou l’esprit (on peut l’appeler comme on veut) circule ! C’est un échange entre le cerveau de chacun et le monde extérieur ! C’est le fruit d’une expérience ouverte ! On prend des informations, on raisonne avec et on transmet ce que l’on sait ! On ne dirige pas, on ne contrôle pas ! On absorbe et on donne ! On modifie et on est modifié ! C’est une irrigation entre les consciences !

Mais, si on est seulement préoccupé par soi et ses ambitions, on en vient à ne vivre que devant un miroir, derrière lequel les autres se tiennent serrés, obéissant aux ordres ! Il n’y a plus de circulations, ni d’échanges ! On devient un monde clos, qui se transforme en cloaque ! On pue à force de stagner, comme un marécage ! Et plus l’esprit est ouvert et plus il est sensible à cette puanteur ! Paschic voit l’immondice, comme si on le lui jetait à la figure !

Cependant, Dominator est assez intelligent, pour rester agréable ! Bien que cynique, il s’intéresse aux choses et demeure curieux… Cela ne veut pourtant pas dire qu’on puisse le changer et Paschic, en entrant dans la Tour du Pouvoir, se prépare à garder ses limites ! On le fait attendre dans une pièce assez nue, avec de l’art abstrait, qui ne veut rien dire et qui n’est même pas beau !

Puis, une maîtresse femme entre, en colère ! Si elle est chargée de conduire Paschic auprès de Dominator, elle n’en tient pas moins un discours direct, car elle est habituée à commander, grâce à un poste important ! Elle dit à Paschic : « Écoutez, j’ai passé une super mauvaise nuit… et j’ai besoin qu’on m’ saute, pour me calmer ! Ça vous dit ?

_ Euh… Évidemment, vous êtes belle, mais…

_ Mais quoi ?

_ Eh bien, je n’ai rien prévu de ce côté-là… et puis, il faudra bien qu’on s’ regarde à un moment ou un autre…

_ C’est pas vrai ! J’ai affaire à une lopette ! On t’offre le cadeau d’ ta vie et tu fais la grimace !

_ Eh bien, j’ai toujours eu des considé...

_ Blablabla ! Ca m’apprendra ! Viens, j’ vais annoncer à Dominator que sa lopette est là ! »

Paschic baisse la tête… Un moment, il s’en veut : ne veut-il pas faire l’amour lui-même ? Il ne s’est jamais trouvé dégourdi, sans doute par peur ! Ne va-t-il pas encore se reprocher son manque de hardiesse, de naturel ? Cette femme a peut-être raison : n’est-il pas une lopette ?

Puis, Paschic se met à rire ! Cette femme est tout bonnement venue le déranger, avec ses appétits débridées ! Elle n’a eu aucun égard pour Paschic, se jugeant immanquablement une chance ! Mais ce n’est pas le cas ! La position de Paschic est assez difficile comme ça ! Il est déjà en miettes et il lui faudrait être un super héros !

Il ne manquerait plus qu’il s’accable davantage, alors qu’il est un étranger et qu’il doit tant subir ! A cette femme et aux autres de faire des efforts, non mais !

                                                                                                       44

     Paschic est dans le bureau de Dominator, en compagnie de Web assis dans un fauteuil. Dominator souffle la fumée de son cigare et il a l’air ennuyé ! « J’avoue, dit-il, que je ne comprends pas du tout pourquoi Ratamor compte sur vous, pour sauver Ultima…

_ Il doit avoir ses raisons, répond Paschic.

_ Certainement ! Il n’est pas fou, loin de là ! Mais vous ne semblez même pas à l’aise…

_ C’est difficile de l’être dans le Cube…

_ Ah bon ? Moi, ça va, vous savez…

_ Ce n’est qu’une impression… En fait, le Cube est à votre image et c’est pourquoi vous y êtes comme un poisson dans l’eau ! Mais le Cube est aussi un mensonge…

_ Ah ! Ah ! Vous êtes un drôle de zigoto ! Mais c’est peut-être pour cela que Ratamor vous veut ! A un problème spécial, il faut une solution spéciale !

_ Si vous voulez… On pourrait aussi dire qu’à un problème de fond, il faut une solution de fond !

_ Vous ne sentez pas vos chevilles qui enflent ?

_ Non, pas du tout !

_ Bon, mais je ne peux pas non plus vous laissez, vous et Web, partir comme ça, pour une mission de plusieurs millions ! Je veux une garantie à bord, avec vous… En fait, j’ai déjà un remplaçant au poste du duc… Entrez Patz ! »

Un homme jeune, élancé, au visage régulier et montrant tous les signes de l’extraversion la plus aimable, fait son apparition ! « Patz, explique Dominator, est un pur produit de nos écoles d’élites ! Il représente la crème de la crème, un avenir radieux ! C’est une tête dans un corps de sportif ! Il commandera l’expédition !

_ Heureux de vous rencontrer ! dit Patz à Paschic. J’imagine que vous avez quelque talent particulier, pour que Ratamor vous veuille !

_ En effet…

_ Et serait-il trop vous demander de quoi il s’agit… Je dois avoir une vision d’ensemble de l’expédition… Vous n’êtes pas un Scientif…

_ Non…

_ Vous n’êtes pas non plus un militaire…

_ Non plus…

_ Alors je ne vois pas…

_ Non, vous ne voyez pas… Mais disons que je suis un artiste…

_ Ah ! Ah ! Vous allez faire des croquis sur place, des aquarelles ? J’avoue que j’ai hâte de voir ça ! »

Depuis quelques minutes, Patz joue avec un crayon, qu’il fait battre sur le bureau… Paschic respire lentement et regarde Patz dans les yeux… Le silence s’installe et la scène dure une minute, puis Patz casse son crayon, en l’appuyant trop fort ! « Mais qu’est-ce que… ? » s’écrie-t-il, avant de lancer à Paschic : « Mais pour qui vous vous prenez ? Espèce de salopard !

_ Du calme Patz ! coupe Dominator.

_ Mais qui c’est c’ type ? éructe Patz. Il s’ croit supérieur à tous !

_ Le fait est, poursuit Dominator, qu’il marque un point, puisqu’il a déjà réussi à vous faire perdre votre calme ! Vous commencez à m’ plaire, Paschic ! Mais comment avez-vous réussi ce tour de passe-passe !

_ Ce n’est pas un tour… J’ai simplement réintroduit un peu de vérité dans le Cube ! La vérité a bien sûr à voir avec nos comportements et leur réalité ! Je n’ai fait que réaffirmer ma présence ici !

_ Ah ! Ah ! C’est du charabia pour moi ! Mais une chose est sûre, c’est que vous avez le don de vous mettre tout le monde à dos !

_ Pas tout le monde ! Seulement le mensonge… Il est bon de comprendre que l’art, comme la science, cherche sa vérité !

_ On dirait une croisade…

_ Disons que je voudrais remettre certaines pendules à l’heure… C’est nécessaire !

_ OK ! J’ me suis fait avoir cette fois-ci ! jette Patz. Mais vous n’ m’aurez pas une deuxième fois, Paschic !

_ Ah ! Ah ! Vous n’avez aucune idée de ce qui vient d’arriver, Patz ! répond Paschic. Vous êtes plein de haine et de colère, comme s’il s’agissait d’une compétition, mais c’est bien plus que cela ! En tout cas, maintenant, vous pouvez peut-être sentir que j’aie effectivement quelque talent… »

                                                                                                   45

     « Mais bon sang ! Pour qui il s’ prend, c’ fumier ! Je l’écraserai ! J’en ferai d’ la bouillie ! éructe Patz, qui ne décolère pas, même après le départ de Paschic et de Web.

_ Vous devriez vous apaiser, lui répond Dominator. Ils sont partis maintenant !

_ J’ ne peux pas ! C’est plus fort que moi ! C’est comme si on m’avait donné un coup de fouet !

_ J’ vois ça… Dire que je vous ai vu garder votre sourire devant des militants de l’extrême gauche, qui juraient d’avoir votre peau !

_ Pas pareil ! Eux, c’était des branleurs, des ados attardés ! Mais lui, ce Paschic !

_ Mais, bon sang, qu’est-ce qu’il vous a fait au juste ? Il vous a seulement regardé !

_ C’est difficile à expliquer… J’ai eu l’impression de basculer dans une autre dimension…

_ Une dimension psychique alors…

_ C’est cela… Ma perception du temps en a été bouleversée ! Je ne comprends pas moi-même… J’ai soudain suffoqué, comme au bord d’un abîme…

_ Curieux…

_ Vous m’avez bien dit que Paschic est un Kaarien !

_ Oui…

_ Et c’est le premier fils de la Machine, qui est une Dom… Donc, c’est le père qui était un Kaar lui-même…

_ Non, j’ai bien connu le père, Tautonus, et c’était un Dom…

_ J’ pige pas !

_ A vrai dire, moi non plus… Mais on dit que les Kaariens procèdent à des adoptions psychiques… Ils choisissent certains enfants et les forment à leur culture, leurs pratiques !

_ Vous voulez dire qu’ils les forment psychiquement, parallèlement à leurs vies de Doms !

_ Faut croire…

_ Mais c’est de l’ingérence !

_ C’est surtout quelque chose qu’on ne peut pas prouver ! Mais je me rappelle maintenant les plaintes de Tautonus, quant au caractère de son fils, comme si celui-ci n’avait pas cessé de lui échapper !

_ Mais en quoi consiste… cette éducation kaarienne ?

_ Je ne saurais le dire, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a à voir avec la Chose !

_ De mieux en mieux… L’enfant Dom et son maître kaarien herborisent ensemble !

_ Ah ! Ah ! Je doute que ce soit aussi simple… Mais on est bien loin en effet de votre sujet de thèse, qui était…

_ « Comment mieux gérer les tensions liées aux balances des paiements dans le système monétaire actuel... »

_ Ah ! Ah ! C’est ça ! Mais Paschic, lui, et les Kaars parlent de la beauté… et ils en acquièrent apparemment un pouvoir…

_ Et cela ne vous inquiète pas ?

_ Comment ça ?

_ Imaginez Paschic gagner en puissance… ou bien imaginez des centaines de types comme lui… D’après ce que j’ai pu ressentir, ils pourraient faire bien du mal au Cube, l’amener lui aussi à suffoquer !

_ Vous pensez ?

_ Vous l’avez dit vous-même : l’extrême gauche ne m’ébranle pas et pourtant vous la surveillez, alors que Paschic m’a touché jusqu’au tréfonds ! C’est plus que le surveiller qu’il faudrait faire !

_ Hum, vous avez peut-être raison…, bien que Paschic et les Kaariens ne soient pas des agitateurs… Mais leur action est peut-être souterraine, invisible… De toute façon, je songeais déjà à une certaine fin, pour la mission…

_ Je vous écoute…

_ Eh bien, quand tout cela sera fini… Je dis bien : fini ! Quand la situation sur Ultima sera redevenue normale, il faudra se débarrasser des tous les éléments dangereux…

_ A mon avis, Paschic vient en premier sur la liste !

_ C’est possible… et même probable… Mais je voudrais tout de même savoir comment il a pu vous faire sortir de vos gonds ! J’aimerais connaître précisément son talent spécial !

_ Eh bien, je le lui demanderai, avant de le tuer ! » 

R149

ULTIMA (37-40)

Le 01/08/2026

R149

 

      " J'ai les mains moites, moi?"

                                    Le Jouet

 

 

 

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     Ratamor se débarrasse maladroitement de son scaphandre… Il est encore sous le choc… Puis, il se précipite dans la salle d’accueil, pour annoncer la triste nouvelle, mais là, il est stupéfait, puisqu’il ne trouve personne ! Où sont partis Lapsie, la Machine, monsieur Nuit et les soldats ? Les appareils continuent de fonctionner, car on entend leur ronronnement, mais le vide de l’endroit n’en apparaît que plus sinistre ! La raison de Ratamor en est ébranlée ! Il est bien dans la même dimension, non ? Il revient bien d’une sortie dans l’espace, qui a causé la mort du duc ? Les autres souffraient de la chaleur et attendaient de l’eau !

Vivement, Ratamor s’approche du tableau de contrôle : 45° ! Bon, tout de même, on doit être dans le même espace-temps ! Le Scientif en a un soupir de soulagement : il se voyait mal se débattre avec quelque monstre psychique dans son état ! Machinalement, il lape de la glace et boit goulûment celle qui a fondu ! Il retrouve une certaine vigueur et il a l’idée d’examiner tous les écrans qui montrent la station !

Mais nul ne passe à l’image ! « Allô Lapsie, vous m’entendez ? Dites-moi où vous êtes ! Ici Ratamor... » Le Scientif vient de parler au micro et attend… « Lapsie, mais bon sang répondez ! Ici Ratamor ! » Mais le seul écho, c’est le souffle constant des appareils… Ratamor est découragé, angoissé même et il se laisse tomber sur une chaise, pour ne plus bouger ! Il se demande s’il ne va pas pleurer… Il en aurait le droit après tout, car ça suffit ! Il en a sa claque ! Sa capacité de résistance est dépassée !

Mais à quoi bon gémir dans le vide de l’espace ? A quoi pourrait-il se raccrocher ? Il imagine un moment que le reste de l’équipage a été conduit dans la dimension psychique du fils de la Machine, mais comment y aller ? Cette dimension n’est soumise qu’au bon vouloir de son créateur !

C’est la nuit maintenant et les lumières sont en position de veille… Il est possible de voir l’espace et quelques étoiles, mais même ce spectacle n’est pas rassurant pour le Scientif tapi dans l’ombre ! Des souvenirs lui reviennent… Des études brillantes, des recherches qui le furent tout autant, puis un sentiment d’inachevé avec l’âge, comme s’il était passé à côté de quelque chose… Mais quoi ?

Tout de même son angoisse diminue et la solution lui vient à l’esprit : il faut appeler au secours ! Il est nécessaire de contacter Dominator ! Ratamor se lève et établit la liaison avec le chef de Domopolis ! Celui-ci montre bientôt sa figure endormi à l’écran ! « J’espère que c’est important, dit-il, car il est trois heures du matin !

_ Dominator, ici c’est Ratamor…

_ Ratamor ? Quel bon vent vous amène ?

_ J’ai de mauvaises nouvelles ! Le duc est mort !

_ Le duc est…

_ Mort ! On a dû sortir dans l’espace et il est resté coincé… Malheureusement, il a brûlé !

_ Bigre ! Attendez, j’allume un cigare…

_ La situation ici n’est pas bonne ! La ventilation a été sabotée, comme la réserve d’eau ! Il fait 45 ° en c’ moment ! Mais le pire, c’est que je me retrouve tout seul !

_ Quoi ? Mais où son les autres ?

_ Ils ont sans doute rejoint les habitants, dans la dimension psychique du fils de la Machine !

_ A ce propos, je ne comprends toujours pas bien cette…

_ Plus tard, Dominator ! Il nous faut du secours !

_ Oui, je l’ suppose ! Je peux vous envoyer une nouvelle troupe…

_ Non, je n’ai pas besoin de soldats… ou plutôt ce n’est pas ce qu’il nous faut !

_ Non ?

_ Non, le problème est particulier… et Lapsie et ses hommes ont été impuissants !

_ Vous pensez à autre chose… Je vous écoute…

_ Je ne vois qu’une personne pour nous aider… C’est Paschic !

_ Paschic ? Qui c’est ça ?

_ C’est le premier fils de la Machine…

_ Quoi ? Vous voulez grossir une réunion familiale ? Vous n’ croyez pas qu’il y a assez d’ bordel comme ça ?

_ Ecoutez, les origines de Paschic sont assez mystérieuses, car il est aussi un Kaarien !

_ Qu’est-ce qu’un Kaar ou un Kaarien vient faire là-dedans ? D’après ce que je sais, ce sont des illuminés de la Chose !

_ Faites-moi confiance ! Je vous en supplie, Ratamor ! Je suis tout seul ici et je ne divague pas !

_ Bon, bon, je vais vous trouver ce Paschic et vous l’envoyer ! »

                                                                                                        38

     Le docteur Web, ce grand gaillard chauve et aux allures de clown, pénètre dans la Tour du Pouvoir, avant de rejoindre l’ascenseur, qui le propulse au trois-centième étage ! Dans le couloir, Web admire des employées sculpturales, car il a toujours aimé les femmes sophistiquées, celles qui fréquentent le pouvoir et qui sont sévères avec les va-nu-pieds comme lui ! En fait, il adore le carton-pâte de la richesse, pour mieux le transpercer de sa propre force !

Dans cette ambiance feutrée, où la poussière n’existe pas, Web se met à fredonner, comme s’il était en vacances et pour le combler, une beauté vient le chercher, pour l’introduire dans le bureau de Dominator ! « Ah ! Web ! fait celui-ci. Merci d’être passé… En fait, j’ai un service à vous demander… Mais asseyez-vous ! Un verre ?

_ Volontiers, même si j’ai une existence à demi-virtuelle… Mais j’adore le luxe et le confort !

_ Ah ! Ah ! Moi aussi ! Cigare ?

_ Non merci ! Alors de quoi s’agit-il ?

_ Eh bien, nous avons de mauvaises nouvelles d’Ultima... »

Pendant quelques minutes, Dominator raconte à Web tout ce qu’il sait sur la station, ce qui laisse Web pantois, avant qu’il ne lâche : « Voilà un bel écheveau !

_ Je ne vous le fais pas dire ! Ceci étant, Ratamor a été formel : seul ce Paschic serait capable de le débrouiller !

_ Sans doute… C’est un énergumène plein de ressources !

_ J’étais sûr que vous le connaissiez ! Web, il faut le retrouver et le convaincre de se rendre sur Ultima !

_ Ce ne sera pas facile… Nous avons perdu tout contact…

_ Mais c’est urgent… Des vies sont en jeu !

_ Pas sûr que ça secoue le bonhomme !

_ Ah bon ?

_ Non, au sujet de Paschic, je demeure dubitatif ! C’est peut-être le type le plus individualiste que je connaisse et donc le plus beau des salopards ! Ou au contraire, je n’ai jamais vu quelqu’un respecter autant les autres !

_ Vous me donnez froid dans l’ dos !

_ Un dos au trois-centième étage, avec vue sur l’océan et un cigare dans la bouche ! Allons…

_ Ah ! Ah ! J’en ai viré pour moins qu’ ça !

_ Je vous crois sur parole... et j’ vais voir c’ qu j’ peux faire… Mais à moi de me rincer l’œil dans les couloirs, avant d’ descendre !

_ Quoi ? Ah ! Ah ! D’accord ! »

Il reste à Web une adresse, celle de Branche, un ancien ami de Paschic… Comme celui-ci a le pouvoir de se transformer en arbre, il a trouvé un travail dans un petit parc du Cube ! Là, à côté de jeux d’enfants et de haies jonchés de détritus, il s’efforce de donner un aspect vert au lieu… Web le reconnaît, car c’est le seul arbre qui se mouche !

« Salut Branche ! fait Web. Tu m’ reconnais ? J’ suis le docteur Web...

_ Ouais, ouais… Mais restez discret : faut pas qu’on comprenne que tout est artificiel ici !

_ Compris ! Dis, j’ suis à la recherche de Paschic… T’aurais pas un tuyau ?

_ Paschic ? J’ le retiens celui-là ! Il m’a allégé de deux cents sacs et m’ les a jamais rendus !

_ On n’ peut plus compter sur personne ! Mais, si je t’ les donne les deux cents sacs, tu pourrais peut-être te souvenir de quelque chose !

_ Vrai ? J’ai gardé un nom assez vague… Le Canal de l’eau... tranquille ! Oui, j’ crois qu’ c’est ça ! Le Canal de l’eau tranquille !

_ Bon, c’est toujours ça ! Tiens, v’là ton blé ! Dis, t’as pas l’air heureux ici… Pourquoi tu rejoins pas la campagne ?

_ L’anonymat, mec ! J’ supporte plus l’anonymat ! Qu’est-ce que je ferai parmi cinq mille arbres comme moi ? Ici, au moins les chiens me pissent dessus ! »

Web analyse naturellement ses banques de données et le trajet pour se rendre au Canal de l’eau tranquille lui apparaît… « Évidemment, il faut prendre un wagon-cube pour quitter la ville ! » se dit Web et il se dirige vers une petite gare, qui est entièrement automatisée… Elle est équipée d’un distributeur de billets, qui parle géré par l’IA, et avant même que Web n’arrive devant, l'appareil jette : « Viens, le voyageur, viens ! Oh ! Viens m’acheter un billet ! J’ me sens en forme c’ matin ! Droite gauche ! Droite gauche !

_ Bonjour, j’ voudrais un billet pour le Canal de l’eau tranquille…

_ Écran tactile ou pas tactile ?

_ Heu…

_ Et le premier coup est pour moi, le Distri ! On m’ salue ! Les juges en prennent note ! T’as déjà l’air sonné l’ grand-père !

_ Mais je…

_ Tu veux ton billet ou pas ? »

                                                                                                     39

     « Bien sûr que j’ le veux !

_ Vélo ou pas vélo ? Chien ou pas chien ? Dans l’ sens de la marche ? Avec store ou sans ? Un contrôle en douceur ou bien vache ? La fanfare à l’arrivée ou la zone ?

_ Tu vas trop vite !

_ Je te saoule de coups ? T’as une réduc ? Le tarif malin ou celui des benêts ? Le transhumanisme, tu connais ? Le Dom au service de la machine, tu percutes ? C’est moi ton supérieur, man !

_ J’ suis le docteur Web !

_ Non ? Mais t’es une légende, mec ! Respect ! Tu vas l’avoir ton billet ! Il sort ! Moi, les pionniers j’adore !

_ Super ! J’ vais pouvoir y aller !

_ Pas avant le selfie avec bibi ! C’est pour mes mômes ! Nous, les machines, on vaincra !

_ J’en suis persuadé !

_ Bon sang, l’ancêtre, j’ te laisse partir de la cage sans bobos ! Quand j’ vais raconter que j’ai vu la légende Web ! Y vont pas m’ croire au PMU !

_ Eh bien, tu leur diras bonjour de ma part ! »

Web prend son billet et s’éloigne, mais il entend encore derrière lui : « Oh ! Voyageur viens ! Viens, j’ t’en prie ! » Web monte dans le train et se demande sur quel siège s’asseoir, vu qu’ils sont tous noircis par les chaussures ! Au plafond, il y a les traces visibles d’un incendie ! « Pas rassurant », se dit Web. Mais enfin on démarre et le joint d’une fenêtre vient battre sous le nez de Web !

Après le wagon-cube, il faut louer un véhicule et en face de la gare, on voit un garage… Web s’y dirige et il trouve des robots en train d’effectuer les réparations pour les clients ! « Eh dites, fait Web à un robot qui soulève son casque de soudeur, pour montrer une face métallique et des yeux incandescents… Eh dites, il s’ rait possible de louer une voiture ? » Le robot ne dit rien, mais crache, avant d’indiquer un bureau ! « Merci ! » enchaîne Web en prenant la direction du bureau.

Il ouvre une porte et se retrouve devant une femme obèse, qui demande craintive : « Ils vous ont laissé passer ?

_ Ben oui… Y en a même un qui a craché !

_ C’est pour les rendre plus humains ! N’empêche, d’habitude faut pas les embêter dès l’ matin !

_ Ça aussi, c’est pour les rendre plus humains ?

_ Qu’est-ce que vous voulez ? poursuit la femme en haussant les épaules.

_ Eh bien, j’aimerais louer une voiture…

_ Impossible ! Les robots les gardent pour eux !

_ Hein ?

_ Oui, une histoire de bakchich apparemment ! En tout cas, on m’a fait comprendre que c’était plus mes affaires !

_ Ennuyeux ça…

_ Vous allez où ?

_ Au Canal de l’eau tranquille…

_ Oh ! C’est dans la vallée ! C’est pas bien loin… J’ai peut-être une solution… Suivez-moi… Mais on va passer par derrière, c’est plus sûr ! »

On arrive bientôt à une grange, où la femme enlève le vieux drap qui couvre une véhicule… « Une authentique R 16 ! fait la femme. Pur vingtième ! Elle roule encore !

_ C’est que…

_ Les vitesses au volant ! Des voyants qui font tic-tac ! Vous y s’rez comme chez vous ! Évidemment, c’est du lourd, faut pas hésiter à braquer !

_ Je ne sais pas si…

_ Et le voilà avec les craintes d’une donzelle à son premier bal ! Écoutez, jusqu’au canal y a que d’ la descente ! On laisse aller ! Après, c’est le chemin de halage… On rêve, on regarde la nature, on veille seulement à pas s’retrouver dans la flotte !

_ Dans ces conditions... »

Web referme la portière, comme si c’était le sas d’un sous-marin et lentement, il s’engage sur la route ! Très vite, avec la pente, il a l’impression d’être à bord d’un fer à repasser et il redouble de vigilance ! Mais « l’engin » est vaillant et rassuré, Web se met à fredonner !

                                                                                                              40

     La R 16 s’engage sur le chemin de halage et Web commence à se demander où il va pouvoir trouver Paschic… Il est pourtant dans un endroit parfaitement calme, avec une nature apparemment encore endormie et il devrait être content d’être parvenu jusque-là, mais rien n’y fait : les inquiétudes reprennent le dessus ! Une habitude du Cube assurément : être tout le temps sous tension !

On arrive à une écluse, où l’eau chute sur la majeure partie du canal, son écume dorée par les premiers rayons du soleil ! Ici, dans la vallée, la journée commence plus tardivement et d’ailleurs les eaux brassées sont encore froides, avec des lambeaux de brume, qui eux aussi peu à peu s’illuminent !

C’est alors que Web repère quelqu’un qui danse au-dessus du canal ! Oui, quelqu’un est dans l’air, les bras levés, en train de rigoler ! Web n’en croit pas ses yeux ! Le personnage se met à suivre les hirondelles et lui aussi ouvre la bouche, pour boire au passage, ce qui laisse comme une signature fugitive à la surface de l’eau ! Puis il saute comme le poisson, avalant une mouche, avant de retomber avec un gros plouf !

« Bon sang ! Qu’est-ce qui s’ passe ici ? se demande Web. Chuis chez les dingues ! Oui, c’est ça : je touche le fond ! J’ai découvert une secte d’extraterrestres et maintenant, je vais devoir convaincre le monde ! Je vois déjà le sourire des infirmiers, m’assurant que tout ira bien ! »

Le personnage fait des loopings dans la lumière ! Il est porté par la joie et le ravissement ! Il s’amuse beaucoup, plein d’énergie, de force, léger comme une plume, comme s’il saluait une victoire infinie, éternelle ! Mais enfin il se pose… et se dirige vers une maisonnette ! Sans doute est-ce l’heure de prendre un café, à l’ombre ? Ou bien le gaillard va se réjouir de se savonner ?

Web est depuis longtemps hors de son véhicule et il ressent même une certaine colère : il y a tant de problèmes en ce monde, tant d’injustices et il y en a, comme ce type, qui se la coule douce, qui profite, grâce à une parfaite indifférence ! « Eh ! Dites donc ! fait Web incapable de se contenir et en se rapprochant. Je vous ai vu danser dans l’ ciel ! Vous prenez des stupéfiants, j’ parie ! Mais... Mais c’est vous Paschic !

_ Tiens, le docteur Web en personne ! Quel bon vent vous amène !

_ Mais, mais, bon sang, j’ai déjà eu bien du mal à vous trouver et vous… vous !

_ Moi quoi, Web ?

_ Mais vous vous amusez ! Vous vous foutez d’ tout !

_ Ah bon ? Vous préféreriez me voir aigri, à critiquer tout, sombre et sans avenir !

_ Non, enfin, mais comment faites-vous ?

_ La beauté, Web ! C’est elle qui me donne des ailes ! Mais je doute que vous puissiez comprendre…

_ Ah bon ? Pourquoi ?

_ Mais parce que rares sont ceux qui voient réellement la beauté ! Mais asseyons-nous dans l’ jardin, nous serons plus à l’aise pour discuter... »

C’est l’ancienne maison d’un éclusier, avec son lopin de terre pour le potager… Web et Paschic sont assis sous un pommier et devisent… Web raconte tout ce qu’il sait et à la fin Paschic dit : « Y en d’ la misère en c’ monde !

_ Eh !

_ Et vous voudriez que je vous suive ?

_ C’est une demande de Dominator en personne… ou plutôt de Ratamor !

_ Ratamor est un Scientif…

_ Et alors ?

_ Avez-vous remarqué comment les Scientifs sont persuadés d’être les seuls à comprendre la réalité ?

_ Laissez tomber ! On a besoin de vous !

_ Web, ça fait plus de cinquante ans que je parle dans le vide ! Alors, j’en ai un peu marre ! Et c’est un euphémisme !

_ Justement, c’est une occasion unique de montrer vos talents !

_ Je ne crois pas, non… Les vaches sont plus réceptives ! Mais, de toute façon, c’est le Cube lui-même qui m’a signifié que je suis hors course ! J’ai reçu la notification officielle que je suis à la retraite !

_ Toutes mes félici… Eh ! Mais vous n’allez pas vous en tirer comme ça !

_ Oh ! Que si ! »

R148

ULTIMA (34-36)

Le 25/07/2026

R148

 

     "T'as jeté une brique? T'es dingue!"

                                     La Horse

 

 

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     « Oh ! Y a pas à chercher bien loin ! fait Lapsie. C’est l’ gamin !

_ Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? s’écrie la Machine. Vous soupçonnez mon garçon, la chair de ma chair ?

_ Et comment ! N’a-t-il pas essayé de me tuer ?

_ C’est ce que vous racontez…

_ Il a déjà fait envoyer Mox dans l’espace et il tient tous les autres habitants de la station, sous sa soumission psychique ! Je pourrais rajouter la fin tragique de K 35 ! Un véritable poison, cet enfant ! Une véritable horreur, qu’il faut éliminer ici et maintenant ! »

Lapsie dégaine son arme et se met à viser le fils de la Machine ! « Tout doux, Lapsie, tout doux ! fait le duc. En tant que chef de la mission, je vous somme de ranger votre arme !

_ Et pour quelle raison mon fils aurait-il détruit la ventilation ?

_ Pour quelle raison ? Mais pour étendre son pouvoir ! Pour avoir la conscience d’exister ! Il est dans son monde ! Il veut tous nous soumettre !

_ Hi ! Hi ! Mais c’est le diable en personne, on dirait ! se moque la Machine. Non, la vérité, ma chère, c’est que c’est vous qui battez la campagne ! Peut-être êtes-vous restée trop longtemps sans relations sexuelles ? On sait que ça peut faire tourner la tête des femmes ! Ou bien est-ce une ménopause mal gérée ?

_ Et avoir un fils à soixante-dix ans, c’est normal ?

_ Mais pourquoi le fils de la Machine, coupe le duc, se mettrait-il lui-même en danger ?

_ Mais il s’en moque, duc ! répond Lapsie. Qu’est-ce que nous connaissons du réel, à part ce que nous en dit notre conscience ? Et qu’est-ce que sa conscience à lui, sinon de la domination pure ? Il n’est préoccupé que par lui-même, ce gamin !

_ Votre avis, Ratamor… reprend le duc.

_ Eh bien, nous, les Scientifs, vu que nous sommes devant, nous…

_ Vous êtes devant qui ou quoi ? demande soudain monsieur Nuit.

_ Hein ? Mais je… Vous avez raison, je me rappelais juste quelque chose… Mais Lapsie n’est pas exacte non plus ! La science détermine des lois, qui existent sans notre conscience ! Elle définit une réalité objective !

_ Allez dire ça au gamin ! réplique Lapsie. Lui ne connaît que ses propres lois ! C’est ce qui lui a permis d’essayer de me tuer ou de supprimer Mox et K 35 !

_ Le fait est, reprend Ratamor, que nous n’avons pas vocation à être seulement guidés par la logique ! La clairvoyance vient aussi de notre imagination, de notre sensibilité…

_ Seigneur ! lâche monsieur Nuit.

_ Autrement dit, poursuit Ratamor, nous confier à la seule objectivité fait de nous des étrangers dans l’univers, d’où nos difficultés…

_ Seigneur, répète monsieur Nuit.

_ Arrêtez de philosopher, Ratamor ! coupe Lapsie. Toutes ces considérations passent complètement au-dessus du citron du gamin, qui ne comprend que ses intérêts !

_ Il y a tout de même un rapport entre ce que je dis et l’esprit du « gamin »…, insiste Ratamor. C’est bien parce que nous nous sentons des étrangers dans l’univers, comme des anomalies, que nous nous sentons perdus, ce qui mène à des aberrations dominatrices telle que celle du...

_ Attention à ce que vous allez dire ! prévient la Machine.

_ 40° ! annonce un soldat.

_ Soldat, donnez d’ l’eau à tout l’ monde !

_ Oui, ma colonelle !

_ Ma colonelle ! s’étonne la Machine. Mais il brade les grades dans l’armée maintenant !

_ Y a plus d’eau, ma colonelle ! informe le soldat.

_ Alors c’était ça ton plan, petite enflure ! dit Lapsie au fils de la Machine. Tu détruis d’abord la ventilation et tu t’ fais ta petite réserve d’eau, pour nous regarder crever !

_ M’man, fait le fils de la Machine, Lapsie va tirer !

_ Mais non, mon p’tit ! rassure la Machine. C’est une psychologue et elles ont des principes, pas vrai, ma chère !

_ Des principes de survie, oui…

_ Dis petit, t’as pas fait ça, hein ? demande inquiet monsieur Nuit.

_ M’man, glisse le fils de la Machine, c’est le monsieur qui m’a donné de l’argent, pour que je lui fasse des choses !

_ Mais tirez, Lapsie ! crie monsieur Nuit. Qu’est-ce que vous attendez pour pulvériser cette ordure ! »

                                                                                                       35

     Lapsie ne peut toujours pas tirer sur un enfant, mais voilà que le fils de la Machine bondit vers elle, toutes griffes dehors ! Il a l’air tout noirâtre tout d’un coup et sans doute est-ce la colère qui l’assombrit ainsi ! Toujours est-il que Lapsie a l’impression qu’une araignée venimeuse lui saute au visage et elle finit par faire feu pour se protéger !

Mais le fils de la Machine a plus d’un tour dans son sac et s’il atterrit sur une table, c’est pour mieux atteindre une grille d’aération, qu’il force d’un seul coup ! Derrière, la balle a manqué sa cible et si elle avait été normale, elle aurait été se planter dans la cloison d’en face ! Mais c’est un drone miniature programmé et le voilà lui aussi qui prend le chemin du conduit d’aération !

« Espèce de salope ! crache la Machine à Lapsie. Tu va l’ tuer, mon gamin ! Rappelle ta balle ! T’entends ou j’ t’écrase !

_ J’ n’ peux pas ! » fait à moitié désolée Lapsie.

Le duc et Ratamor se précipitent, pour tirer en arrière la Machine, alors qu’elle frappait déjà Lapsie ! Monsieur Nuit, lui, est toujours stupéfié par la trahison de celui qu’il considérait comme son fils, et les soldats, eux, sont un peu désemparés sans ordres…

« Tout n’est pas perdu, la Machine ! dit le duc. Votre fils peut échapper à la balle ! Il est malin et véloce !

_ Elle rêvait de le tuer ! éructe la Machine. Cette salope rêvait de me faire du mal ! Elle hait les enfants, parce qu’elle n’en a pas !

_ J’ai… J’ai tiré parce qu’il… m’attaquait ! Vous l’avez tous vu !

_ Moi, j’espère que la balle va l’atteindre ! lâche monsieur Nuit.

_ Ecoutez-le, celui-là ! braille la Machine. Un pervers, un autre pédophile démasqué !

_ Vous ne croyez pas, objecte le duc, que nous avons plutôt là la preuve que votre fils peut porter de fausses accusations ! Deux pédophiles, vous ne trouvez pas que ça fait un peu trop ?

_ Et alors, c’est possible ! Tous les hommes sont des pourris dérangés ! Et mon p’tit qui est dans les conduits, tout seul, sans sa maman, avec une balle aux fesses ! Monstres !

_ Hum, reprend le duc, on ne peut rien faire pour l’instant… Il vaut mieux considérer notre propre situation…

_ Évidemment ! Ce n’est pas vot’ fils !

_ Sans eau, nous n’allons pas tenir longtemps…, dit Ratamor.

_ Non, l’ gamin n’a pas perdu son temps…, approuve le duc.

_ Pourquoi encore accuser mon fils ?

_ A part lui, qui aurait pu faire le coup ?

_ Mais dans quel but ? se lamente la Machine.

_ Mais Lapsie l’a très bien expliqué ! Le gamin nous tient maintenant à sa merci ! Il nous commande presque ! Il est en tout cas au centre de nos existences et c’est ce qu’il voulait !

_ Mais il n’a pas pu cacher l’eau ! réplique Ratamor. Il y en a une grosse réserve… Tout au plus a-t-il pu obstruer son arrivée...

_ Lapsie, reprend le duc, dites à vos hommes d’inspecter la canalisation ! S’il y a un sabotage, ils vont le trouver ! »

Deux soldats s’en vont, alors que la chaleur devient étouffante ! Chacun s’efforce de faire le moins d’efforts possibles, car le corps a déjà toutes les difficultés à fonctionner normalement ! La fatigue engendre aussi l’irritabilité et on évite même de parler ! Mais la Machine est trop inquiète pour se taire et elle dit : « Mais il est parti où mon p’tit ?

_ Dans sa dimension, j’ suppose ! répond le duc.

_ Dans sa… dimension ?

_ Votre fils a un pouvoir de domination anormale…

_ C’est une pile psychique ! rajoute Ratamor.

_ Si j’ peux rejoindre à nouveau sa dimension, coupe monsieur Nuit, j’ lui botterai le cul jusqu’aux hémorroïdes !

_ Tout ça, c’est du chinois pour moi ! lâche la Machine.

_ Il y a peut-être un autre moyen de récupérer d’ l’eau… fait Ratamor.

_ Je vous écoute… dit le duc.

_ Pendant quelques heures, nous sommes protégés du soleil par l’exoplanète ! La différence de température est telle que de la glace doit se former à l’extérieur !

_ Je vois… Il faudrait sortir pour la récupérer !

_ Oui, cela demanderait de la rapidité et de la précision !

_ Eh bien , habillons-nous pour agir en conséquence ! Dans combien de temps devrons-nous sortir ?

_ Voyons voir… Dans cinquante minutes, nous passerons dans la nuit !

_ Bien ! De toute façon, nous n’avons pas le choix ! Sans eau, nous ne tiendrons pas deux jours... »

Les deux hommes lentement se dirigent vers un sas de sortie et commencent à s’équiper…

                                                                                                      36

     « Qui sait si mon petit n’a pas explosé dans l’ conduit ! » pleurniche de son côté la Machine, mais personne ne lui répond. « Tout ça, c’est de votre faute ! Sale garce ! reprend-elle en direction de Lapsie.

_ Non, c’est de la vôtre ! Votre fils a dû sentir qu’il ne comptait pas pour vous, que vous l’utilisiez comme s’il faisait partie du paysage ! Votre ambition démesurée l’a rendu esclave ! Il devait vous obéir, un point c’est tout !

_ Mais je voulais lui donner les meilleurs chances ! Comment aurait-il pu être heureux sans formation ? Il lui fallait de bons résultats scolaires, pour choisir un métier qu’il aurait aimé !

_ Oui, mais vous continuez à vous voiler la face ! Ne devait-il pas avant tout faire honneur à votre représentation sociale ? Votre angoisse n’est-elle pas qu’on puisse penser que la Machine a enfanté un idiot ? Vos ennemis n’auraient-ils pas exploité cette faille ? Votre orgueil n’interdisait-il pas à votre fils l’échec ?

_ Vous êtes dure !

_ Non, pas vraiment… Le problème, c’est qu’on se paye toujours de mots ! On croit toujours qu’il est possible de vivre sur notre toute petite planète, avec pour seul sens la satisfaction de notre amour-propre, notre réussite sociale et financière ! Et chaque jour nous vantons nos mérites et cherchons des admirateurs ! Et nous n’hésitons même pas à haïr ceux qui n’adhèrent pas à notre manège !

_ Mais en quoi serait-ce répréhensible ?

_ Mais nous n’affrontons pas nos peurs ! Rien ne nous est plus cher que notre hypocrisie et les jeunes d’aujourd’hui en ont vite fait le tour ! Savez-vous où ils grandissent vraiment ? Mais sur le Web ! Ils ont accès à des tas d’informations, qui les dépassent et pourtant qu’ils croient posséder ! Ce ne sont plus des enfants, bien qu’ils ne soient pas encore adultes ! Ils forment des créatures hybrides, à la fois émancipées et fragiles, apparemment instruites et totalement ignorantes, à l’image des clouds qu’elles fréquentent : elles sont bien là en chair et en os, mais leurs fondations sont virtuelles !

_ On dirait que vous parlez de quelque monstre !

_ Vous ne croyez pas si bien dire ! Ce sont des vieillards vierges ! Leur seule sauvegarde, c’est leur psychisme, qu’ils développent donc démesurément ! Ils doivent se tenir prêts à tout ! Ce sont des forteresses mentales, qui ne font confiance qu’à elles-mêmes ! Votre fils a pris le contrôle de la station, parce que les adultes étaient incapables d’assurer sa sécurité ! Il connaît leur théâtre et il peut les manipuler, comment alors compter sur eux ?

_ J’étais loin de me douter de...

_ Non, l’égoïsme va son train ! La haine est partout, car il ne s’agit pas de perdre notre fierté ! »

De leur côté, Ratamor et le duc regardent la porte du sas s’ouvrir sur l’espace et les étoiles ! La nuit sidérale est là, vertigineuse, spectaculaire, infinie, quoique mortelle ! Sans doute détient-elle le secret de nos existences, dont l’origine ne viendrait que d’une « excitation » de particules !

Mais ces pensées n’occupent l’esprit des deux hommes qu’une seconde, car les voilà déjà à l’ouvrage ! Il faut faire vite, pour ne pas s’exposer aux rayons du soleil, qui brûleraient les combinaisons ! La station, en orbite autour de l’exoplanète, est protégée par l’atmosphère de celle-ci, ce qui d’ailleurs permet l’apparition de la glace, mais on est si proche du soleil que les températures élevées sont destructrices !

Cependant, le travail est pénible, malaisé ! Le givre est rare, tenace et c’est plus dur que de racler un pare-brise ! La récolte est pauvre, malgré les efforts des astronautes et le duc veut à tout prix s’attaquer à une zone difficile d’accès ! Il tire sur son tuyau d’oxygène, qui se coince sous des antennes ! Ratamor lui fait signe qu’il faut rentrer, mais, si le duc opine, il ne parvient pas à se libérer ! La peur l’envahit et il s’énerve, ce qui fait que le tuyau se serre encore plus !

Ratamor vient à son aide et demande au duc de se calmer ! Il n’est pas possible autrement de défaire l’étreinte, mais le duc montre l’horizon et le soleil qui émerge ! Les deux hommes se regardent et finalement Ratamor revient vers la porte du sas ! Il est nerveux lui aussi, car il sent la chaleur augmenter !

Mais l’ouverture se crée et Ratamor plonge dedans ! Il était temps ! Les hublots s’illuminent comme sous l’effet d’un projecteur, mais c’est en réalité la lumière du soleil ! Et le duc ? Il s’est embrasé ! A peine Ratamor a-t-il aperçu une flamme ! Le chef de l’Emploi, qui commandait à tous, qui faisait même peur aux végétaux, qui ne souriait qu’aux usines et au béton, qui vilipendait les marginaux et les paresseux, qui avait l’air d’une proue de cuirassé, n’est plus !

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ULTIMA (28-33)

Le 18/07/2026

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                "Le traczir, lui?"

                              Le Pacha

 

 

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     Il n’y a pas que le duc pour être soucieux, c’est aussi le cas de Ratamor ! Tous ces gamins devenus des sortes de mutants, avec un pouvoir psychique aberrant, tracassent le scientifique… Il est clair cependant qu’ils ne font qu’obéir à une loi naturelle : la peur produit une réaction de domination ! Si l’animal ne peut pas s’enfuir, il doit affronter son ennemi et un peuple qui se sent menacé va renforcer son armement !

Face à un monde sans repères, les gamins de la station ont développé une force psychique qui les protège, en leur permettant de contrôler leur environnement ! Ils soumettent les adultes, de sorte qu’ils soient au centre de tout, ce qui éteint l’angoisse causée par l’élément étranger ! Que l’on soit passé du muscle à l’esprit est l’évolution normale chez les êtres humains, car ils ont les moyens de s’affranchir de la nature et la volonté de conquérir leur liberté ! Mais c’est justement à ce niveau que commence le trouble de Ratamor !

En effet, la science a combattu tous les dogmes au nom de l’objectivité, mais qu’a-t-elle à proposer aux enfants ? Quelle sécurité peut-elle leur donner ? Apparemment aucune, puisque, ne pouvant que compter sur eux-mêmes, ils se transforment en monstres ! La science n’est-elle pas en partie responsable du fils de la Machine et de sa bande ?

Ce n’est pas la première fois que Ratamor connaît une crise de conscience… Il y a bien des années il avait déjà eu un problème : il voyait la beauté ! Il en était de plus en plus sensible et préoccupé ! Il s’en était ouvert auprès d’un de ses collègues, cosmologiste… « Tu vois la beauté ? lui avait dit celui-ci. Mais moi aussi ! Qu’est-ce qui te chagrine ?

_ Eh bien, la beauté me paraît de plus en plus flagrante et je me demande pourquoi elle est là !

_ Pourquoi ? Pourquoi ? Toi et tes questions ! La beauté, elle est là et c’est tout ! Prends-la comme elle est ! C’est un plus, comme le bon vin ! quelque chose qui rend la vie plus agréable ! Point barre ! »

Ratamor avait grimacé, en entendant cette réponse, qui ne le satisfaisait pas ! Parfois, le scientifique pouvait se montrer particulière opiniâtre et il voulait en avoir le cœur net ! C’est comme si la beauté dérangeait son objectivité, voilait son matérialisme, encombrait son cerveau et il était allé voir un médecin spécialement chargé des angoisses des Scientifs, puisqu’il n’était pas rare qu’on attaquât la « corporation », par exemple parce qu’elle n’arrivait pas à vaincre telle maladie, et qu’elle en avait été conduite à former un syndicat, celui des Scientifs !

Un psychiatre Scientif avait donc reçu Ratamor et après l’avoir écouté un moment lui avait dit : « Mais je reconnais chez vous tous les signes de la dépression, apathie, désespoir, anxiété… et vous me dites que c’est à cause de la beauté ! Dois-je vous rappeler qu’elle est une invention de l’homme !

_ Mais pourquoi l’a-t-il inventée ?

_ Pourquoi ? Pourquoi ? Vous en avez de ces questions ! Qu’est-ce que la beauté à côté de la gravitation ? Ça, c’est du ferme, du sérieux !

_ Je me demande si les premiers hommes n’ont pas été juste admiratifs et que leur simplicité nous a quitté !

_ La vérité ? Vous voulez la vérité ? Vous sublimez !

_ Je ne pense pas !

_ Oh que si ! Vous ne pouvez pas vous satisfaire sexuellement et vous cherchez une compensation ! Vous vous imaginez que les oiseaux sont vos amis et que le paradis a existé !

_ Ma vie sexuelle n’a rien à voir là-dedans !

_ C’est ce que me disent toutes les fiottes ! Elles ont tellement honte qu’elles sont dans l’ déni !

_ Comment ? Espèce de salopard !

_ Voilà la réaction que j’attendais ! Nous pouvons dire merci à nos ennemis, car ce sont eux qui forgent notre caractère, qui nous poussent à la lutte ! Sinon nous finissons par nous mépriser et c’est ce qui vous arrive !

_ Vous croyez ?

_ Bien sûr ! N’hésitez pas à affronter nos adversaires ! Ils sont nombreux ! Sortez de chez vous, mêlez-vous au débat ! Vous ne voudriez quand même pas que ces assistés d’artistes repassent devant ? Pendant des siècles, grâce à la religion, ils ont paradé et il a fallu qu’on les supporte ! Mais ce temps-là est terminé ! Nous, les Scientifs nous sommes devant !

_ Nous sommes devant…

_ Oui ! Et nous éclairons le monde, comme des phares fouillent le brouillard ! Le brouillard de l’obscurantisme ! »

La conversation s’était arrêtée là… et dans les couloirs de la station, Ratamor répète : « Nous sommes devant ! Nous sommes devant ! »

                                                                                                      29

      Monsieur Nuit n’est pas dans un meilleur état… L’hostilité des autres, à l’égard du fils de la Machine, le fait réfléchir ! Et si le gamin s’était servi de lui ? Peut-être, comme le dit Lapsie, n’en est-il que la dupe ? « Mais l’important, pour l’instant, se dit monsieur Nuit, c’est que je discute avec les habitants de la station ! Il faut que je sache ce qui leur est arrivé ! Sinon mes collègues ne feront rien pour les enfants ! »

Il en est là de ses réflexions et il se demande encore comment contacter le fils de la Machine, quand celui-ci apparaît brusquement dans le couloir ! « Ah çà, par exemple ! Je pensais justement à toi ! s’écrie monsieur Nuit. Tu s’rais pas un peu télépathe ?

_ Peut-être… Hi ! Hi !

_ Est-ce que ça n’aurait pas à voir avec la Machine et ses tuyaux ? La station elle-même ne fonctionnerait-elle pas comme un cerveau ?

_ Oh ! C’est bien trop compliqué pour moi, papa ! Je supposais que tu voulais me voir, puisque tu as dû parler à tes amis !

_ Tout juste ! Et il faut impérativement que je m’entretienne avec les habitants ! Je dois savoir ce qu’ils pensent de la situation… Il n’y a pas d’autres moyens pour que le reste de mon équipe te fasse confiance !

_ Bien sûr, papa, donne-moi la main ! »

De nouveau, monsieur Nuit éprouve un léger trouble, comme un voile sur les yeux, mais il reconnaît maintenant la salle de spectacle et la « fosse » ! L’idée d’y descendre lui soulève le cœur, mais c’est une nécessité et bientôt, il est parmi les adultes de la station… Curieusement, ceux-ci ne semblent pas remarquer sa présence… « Ils ont l’air d’être dans leur monde, se dit monsieur Nuit. Il répète leur quotidien, comme si de rien n’était ! » En effet, à côté de lui, un homme mime la conduite d’un véhicule du Cube : il passe les vitesses, tourne un volant imaginaire et fait vroum vroum ! Plus loin, une femme joue les vendeuses et elle sert apparemment du pain à une file d’attente ! Il y a même quelqu’un qui mendie !

_ Votre attention, s’il vous plaît ! demande monsieur Nuit, en élevant la voix. Je fais partie de l’équipe de secours, chargé de vous ramener sur le Cube !

_ L’équipe de secours ? interroge un type.

_ Nous ramener sur le Cube ? s’écrie une femme. Mais enfin qu’est-ce qui s’ passe ?

_ Comment ? Vous n’êtes pas au courant ? répond monsieur Nuit. La station n’émet plus en direction du Cube, depuis déjà un certain temps, d’où l’idée d’un problème et d’une équipe de secours !

_ On ne nous a absolument rien dit ! réplique la même femme.

_ Voilà comment ça fonctionne ! enchaîne le type. On nous met devant le fait accompli !

_ La vérité, renchérit un autre, c’est que Dominator et sa clique se moquent bien de nous !

_ Mais non, puisque je suis là ! rétorque monsieur Nuit.

_ Sans doute parce que vous ne pouviez plus faire autrement !

_ Et le gouvernement agit toujours trop tard !

_ Il pense d’abord aux étrangers ! Il n’aime pas le Cube !

_ Je…

_ Moi, je faisais partie de la première station, moi, monsieur ! Et je suis fier de mon pays !

_ Mais je ne dis pas le contraire !

_ Dominator nous a abandonnés ! se lamente une femme.

_ Justement, je viens de sa part et je… Hep vous ! Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ? »

Monsieur Nuit est soudain en colère, car un grand type sec le fixe avec un parfait dégoût ! « Qu’est-ce qui vous permet de me mépriser ? lui jette Monsieur Nuit, qui s’est rapproché.

_ Si vous saviez ! lui répond le type de toute sa hauteur.

_ Si je savais quoi ? » hurle presque monsieur Nuit, mais, à cet instant, il est interrompu par des coups, des coups terribles, donnés contre la paroi, plus précisément contre la porte d’un sas, ce qui voudrait dire que les coups viennent de… l’extérieur ! « Qu’est-ce que… ? fait monsieur Nuit, qui regarde autour de lui et qui ne voit que des visages terrorisés.

_ Cela se produit de temps en temps…, lui murmure tout près le fils de la Machine.

_ Quoi ? Tu veux dire qu’il y a quelque chose à l’extérieur et qui voudrait rentrer ?

_ Oui ! Et c’est aussi pour ça que nous voulons être transportés sur le Cube !

_ Mais c’est insensé ! Il n’y a rien dans l’espace qui pourrait... »

D’autres coups, d’une extrême puissance, retentissent, ce qui rend monsieur Nuit totalement muet !

                                                                                                     30

     Puis, c’est le silence ! Les coups ont cessé ! Monsieur Nuit avale sa salive et parvient à demander au fils de la Machine : « Mais, bon sang, qu’est-ce que ça peut bien être ?

_ On ne sait pas… Mais la Machine une fois a essayé de voir… et elle a dit qu’elle n’avait jamais vu quelque chose d’aussi laid !

_ C’est tout ce qu’elle a dit, que c’était laid ? Elle n’a pas précisé s’il s’agissait d’un animal ou d’un être humain ?

_ Non, mais après elle en avait peur, tout comme nous ! »

Monsieur Nuit regarde les autres adultes et ils ne paient pas de mine ! « Inutile de leur reparler pour l’instant du retour sur le Cube…, pense monsieur Nuit. Il vaut mieux qu’ils reprennent leurs occupations ! » et en effet chacun maintenant revient à lui-même et retrouve sa routine, comme si même l’intervention de monsieur Nuit n’avait pas eu lieu ! « On dirait quasiment des automates ! » se dit Monsieur Nuit.

Mais il se trompe tout de même : il s’est bien passé quelque chose, il y a bien eu un changement, puisque soudain deux adultes s’invectivent ! « C’est toujours la même chose ! dit l’un. On vous donne ça et vous prenez ça !

_ Mais nous prenons ce que nous permet la loi ! réplique l’autre.

_ La loi ? Vous ne savez même pas le sens de ce mot ! 

_ Tous les Doms de classe B doivent respecter la marque orange !

_ Et tous les Doms de classe C devraient la fermer ! »

Les deux Doms s’empoignent, sous les encouragements de quelques femmes ! « Vas-y ! crie l’une. Montre-lui qui est le maître !

_ T’en as ou t’en n’a pas ! jette une autre.

_ Comme ça, ils ne voient pas les fissures…, fait le fils de la Machine à monsieur Nuit.

_ Les fissures ? »

Le fils de la Machine emmène monsieur Nuit près de la porte du sas et lui montre de larges fissures dans la structure de la station ! « Il y en a toujours un peu plus, après chaque coup ! dit-il. On a peur que ça finisse par céder ! Mais, eux, les adultes, ils s’en moquent ! Ils sont à tout à leur haine, comme tu peux le constater ! »

Monsieur Nuit regarde de nouveau les deux hommes qui se battent et c’est là qu’il repère le soldat de Lapsie, qui avait disparu sous ses yeux ! Celui-ci observe aussi le combat, mais avec un air détaché… et il tient un balai à la main !

Monsieur Nuit, suivi par le fils de la Machine, s’en approche… « Vous me reconnaissez ? demande-t-il au soldat.

_ Bien sûr ! Vous êtes monsieur Nuit, le spécialiste du béton !

_ Mais qu’est-ce que vous faites ici ?

_ Chais pas ! Je me suis retrouvé parmi ces gens… et ils avaient besoin d’un agent de propreté... Alors…

_ Mais nous n’avez pas recherché à reprendre votre poste, à retrouver Lapsie, vos camarades ? 

_ Non, parce que dans le fond, je n’ai jamais vraiment voulu devenir soldat… J’ suis tranquille ici, vous savez ? J’ fais mon boulot… et tout va bien ! J’aime pas les histoires !

_ Ces deux hommes qui s’ battent, c’est des histoires, ça !

_ Bof, rien à voir avec les soi-disant émanations psychiques de Ratamor, pas vrai ! Les cerveaux sous forme de poupées russes, c’est pas pour moi !

_ Et les coups venus du dehors, les fissures dans la structure ?

_ Sûr, c’est préoccupant, mais tant que ça ne me touche pas directement ! Et puis, les chefs agiront, car c’est dans leur intérêt ! Et à quoi ils pensent sinon à leurs intérêts ?

_ Comme vous ! Vous ne pensez à rien d’autre !

_ Vous pouvez effectivement m’insulter, car vous êtes quelqu’un d’important ! C’est vot’ privilège ! Moi, il faut que j’ fasse mon boulot… et tout ira bien !

_ C’est ce que disait K 35 !

_ Qui c’est ça, K 35 ?

_ Tiens, c’est vrai, j’ t’en ai jamais parlée ! rajoute monsieur Nuit, qui s’est tourné vers le fils de la Machine.

_ De K 35 ? fait l’enfant.

_ Oui, c’était une femme également chargée de l’entretien… et elle est morte en disant qu’elle était soumise !

_ C’est peut-être ce qu’il y a dehors qui l’a tuée ! »

                                                                                                      31

      « Non, je ne crois pas… poursuit monsieur Nuit. En fait, d’après nos examens, elle aurait été affaiblie par un stress prolongé, notamment à cause d’une paire de jambes !

_ D’une paire de jambes ?

_ Oui, celle d’un enfant, tout comme toi ! L’hypothèse c’est qu’un jeune lui aurait fait peur régulièrement, dans la navette qui la ramenait chez elle !

_ Et tu penses que c’est moi ?

_ Je ne sais pas… Mais ne m’as-tu pas dit que tu contrôlais tout ici ?

_ K 35 ? Je m’en souviens maintenant… Elle voulait à tout prix partir d’ici et je lui ai répondu que cela présentait un risque…

_ Pourquoi ?

_ Mais tu as bien vu : il y a un passage ! Mais tu noteras tout de même que je ne force personne ici ! Chacun continue sa vie, comme tu as pu le vérifier !

_ Ce que je ne comprends pas, c’est cette dimension psychique !

_ Mais, nous les jeunes, comme je te l’ai déjà expliqué, nous avons construit cette dimension par défaut, pour nous protéger ! Je... »

Soudain le fils de la Machine s’endort et monsieur Nuit ne s’en étonne plus… Il laisse passer l’instant…, mais il se demande encore si la dimension psychique ne disparaît pas, quand les jeunes plongent dans le sommeil ! Logiquement, si ! Est-ce que K 35 aurait profité d’un de ces moments pour s’enfuir ? Il eût fallu alors qu’elle prît conscience de son asservissement et qu’elle voulût y mettre fin ! Ce qui n’est pas le cas des autres Doms, qui ont l’air d’accepter la situation telle qu’elle est !

En admettant que K 35 ait réussi à s’échapper, elle aurait été rattrapé par le fils de la Machine, qui aurait de nouveau fait pression sur elle ? Malgré son affection pour le fils de la Machine, monsieur Nuit n’arrive pas à le voir totalement inoffensif ! Il y a trop d’incohérences ou d’éléments en jeu ! Mais voilà que le « gamin » se réveille et monsieur Nuit l’accueille d’un sourire !

« Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? demande le fils de la Machine. Tu vois bien que les habitants font ce qu’ils veulent et qu’ils sont en bonne santé ! Et il faut que tu parles à tes amis des attaques de l’extérieur et quelles en sont les conséquences !

_ Oui, je vais tout leur rapporter… »

Brusquement retentit une alerte et des voyants s’allument ! « Qu’est-ce qui s’ passe ? demande monsieur Nuit.

_ Incroyable !

_ Quoi ?

_ La Machine est sortie du coma !

_ Hein ? »

Déjà le fils de la Machine file vers sa mère, avec monsieur Nuit sur ses talons ! Ils entrent dans la salle de soins, pour voir la Machine qui se met difficilement en position assise… « Maman, s’écrie le fils de la Machine, tu es réveillée, tu es sortie du coma !

_ Eh oui, fiston ! On n’a pas ta vieille mère comme ça ! Même la mort m’a trouvée trop coriace !

_ Oh ! Comme je suis heureux de te voir ! fait le fils tout attendri et qui veut embrasser sa mère.

_ Plus tard, plus tard, mon p’tit ! réagit la mère. Un peu de virilité que diable ! Qui c’est celui-là ?

_ C’est monsieur Nuit, il va nous aider !

_ Nous aider à quoi ?

_ Mais à rentrer sur le Cube !

_ Il n’a pas l’air trop dégourdi ! »

Monsieur Nuit regarde autour de lui et il sent qu’il y a eu un changement, depuis le réveil de la Machine ! C’est difficilement perceptible, mais monsieur Nuit jurerait qu’il n’y a plus de passage, que la dimension psychique n’existe plus !

« Alors comme ça, vous allez nous ramener sur le Cube ? fait la Machine à monsieur Nuit.

_ C’est en effet le but de notre mission de secours !

_ Une mission de secours ? Il est vrai que j’ai eu une attaque cérébrale et que j’ai besoin qu’on me mette à la page !

_ Eh bien, la station n’émettant plus, nous sommes venus nous rendre compte…

_ Voyez-vous ça ! Et, bien entendu, vous n’êtes pas venu seul…

_ En effet…

_ Eh bien, ne restez pas là les bras ballants ! Conduisez-moi auprès des autres ! Il me tarde de faire le point ! »

                                                                                                        32

     La Machine marche vite et monsieur Nuit est obligé de forcer son propre pas, ce qui l’agace ! Derrière trottine le fils de la Machine et on se dirige vers la salle d’accueil de la station, ce qui confirme que la dimension psychique a été abolie ou bien que la Machine exclut par sa présence la nécessité d’un passage !

Mais monsieur Nuit n’a pas le temps de réfléchir ! A vrai dire, il est effaré, depuis qu’il a vu la Machine se mettre sur son séant et se débarrasser de tous ses tuyaux, comme si tout cela n’avait fait que l’encombrer et qu’elle n’émergeait pas d’un coma !

« Les choses changent ! se dit monsieur Nuit. C’est elle qui va commander à présent ! » On entre dans la salle d’accueil, où se trouvent déjà le duc, Ratamor et Lapsie, qui voient avec surprise la nouvelle visiteuse ! « Bonjour, dit celle-ci. Je suis la Machine, je sors du coma et… j’ai une faim de loup ! »

Sans attendre de réponse, la Machine fait comme chez elle et elle ouvre des placards et des tiroirs, avant de s’attabler ! Pendant ce temps, le duc regarde interrogatif monsieur Nuit, qui ne peut que montrer son impuissance ! « Évidemment, reprend la Machine, comme vous avez pu le constater, ce n’est pas la nourriture du Cube, mais bon, on s’y fait ! Quand on a faim, on mange n’importe quoi, pas vrai ? »

Les autres la regardent avaler et sont toujours stupéfaits ! Lapsie toutefois finit par remarquer la présence du fils de la Machine et elle pose la main sur son arme… « Bon, je me suis présentée, dit la Machine la bouche à moitié pleine. A votre tour ! Je connais déjà le malin monsieur Nuit, mais vous, qui êtes-vous ?

_ Je suis le duc de l’Emploi ! C’est moi qui dirige l’emploi sur le Cube !

_ Je vois… Un autre malin, un peu plus hautain peut-être !

_ Je ne vois pas…

_ Non, les hommes ne voient pas grand-chose !

_ C’est tout de même moi qui commande ici ! Je suis un ami personnel de Dominator !

_ Hou ! J’ai peur ! Il se trouve que mon mari, Tautonus, était aussi un bon ami de Dominator ! On a donc le même rang !

_ Mais…

_ J’imagine que l’échalas à lunettes est le Scientif du groupe ! Il en faut toujours un quand on voyage…, pour dire le nom des plantes ! Hi ! Hi !

_ Madame, sachez que je m’appelle Ratamor et que la science est bien au-dessus de vos considérations vulgaires !

_ Bien sûr, mon ami ! Je voulais pas vous vexer ! La nécessité de la science m’apparaît flagrante, quand j’ai mal aux dents ! Reste plus que la poupée blondasse, que je situe mal dans le tableau !

_ Dois-je répondre à la concierge, qui nettoie le caniveau ! jette Lapsie.

_ Hou, hou ! Mais c’est qu’elle a des petites dents, la poupée ! Comme tu dois t’embêter, ma belle, entre deux hommes d’affaires qui sont amoureux d’eux-mêmes et un intello qui bande mou !

_ Elle a déjà essayé de me tuer, maman ! » fait le fils de la Machine.

Il y a un instant de silence, pendant lequel la Machine grimace, à cause du café ! « Voyez-vous ça ! finit-elle par dire.

_ « Mais c’est plutôt tout le contraire ! s’écrie Lapsie. C’est lui qui…

_ Écoute ma grande, si tu touches à un seul cheveu de mon fils , j’ t’étripe ! T’as compris ? D’ailleurs, j’ sais toujours pas ce que tu fais ici !

_ Je suis psychologue et…

_ Mazette ! T’es l’ genre de nanas qui fait les jeux éducatifs et qui la ramène grave dans les magazines ? La vaisselle, le ménage, changer les couches, tu dois pas connaître !

_ Le femme n’est pas tenue de…

_ Bien sûr, bien sûr ! Moi-même, je n’hésite pas à profiter de toute ma liberté et je remercie mes sœurs féministes : elle font un super boulot ! Mais bon, les aigries et les mijaurées, ça va un moment ! Alors, quand est-ce qu’on part ?

_ Qu’on parte où ? demande le duc.

_ Mais sur le Cube ! Vous êtes bien en mission pour nous ramener là-bas !

_ Certainement ! Mais la situation n’est pas claire ! Nous sommes ici parce que tout le monde apparemment avait disparu de la station ! A ce sujet, votre fils va devoir répondre à certaines questions !

_ T’aurais pas fait des bêtises pendant mon absence ? demande la Machine à son fils.

_ On voudrait aussi savoir ce qui est exactement arrivé à Mox ! » coupe Ratamor.

                                                                                                      33

     « Mox ?

_ Oui, le Scientif de la station, comme vous dites !

_ Le pédophile ? Mon Dieu, vous savez ce que c’est… La station a ses propres lois et comme un pédophile à bord représentait une menace insupportable, nous…

_ Vous l’avez jeté dans l’espace, tel un vulgaire déchet ! Mais n’avez-vous jamais pensé que les accusations de votre fils puissent être fausses ?

_ Et dans quel but mon chérubin aurait-il menti ?

_ Mais parce que Mox voyait clair dans son jeu !

_ Hein ? Mais de quel jeu parle-t-on ? Allez, précisez votre pensée ! »

Ici, Ratamor se retrouve coincé… Peut-il vraiment évoquer l’emprise psychique d’un gamin ? Surtout à une personne qui est déjà pleine de sa propre domination, qui la fait valoir à tout instant, qui a l’habitude que le monde tourne autour d’elle et qui est un véritable tyran en somme !

La Machine fait partie de l’ancienne génération des Doms, celle qui s’est développée avec des repères moraux ou idéologiques forts, actifs ! Cela leur a permis de rester sociaux ! Il y avait certaines limites à ne pas dépasser et qui aussi protégeaient contre l’inconnu, la différence !

Ce sont des Doms qui ont une présence physique autant que psychique et ils s’imposent à leur environnement d’une manière visible, ne serait-ce que par leur notoriété, leur réussite professionnelle !

Il en va tout autrement pour leur progéniture et donc le fils de la Machine ! Ceux-ci sont tout psychiques, aidés en cela par le Web, créateur d’une communication « virtuelle », anonyme ! Le chemin vers la pensée est naturel, mais il peut être accéléré et déformé par la peur ! Cependant, cette « excroissance » psychique ne trouve que peu d’écho chez les personnes comme la Machine, qui n’y voient qu’une forme de maladie mentale, qu’une faiblesse finalement, car il s’agit d’abord apparemment d’une introversion, d’un manque de personnalité !

De toute façon, la Machine est seulement occupée par son pouvoir, ce qui inclut la défense inconditionnelle de son fils, vitrine de la famille ! « Euh… fait Ratamor.

_ Euh ou meuh ? cingle la Machine. Le Scientif a l’air vache tout d’un coup ! »

La Machine semble triomphante, mais soudain elle blêmit, se fige : « Vous avez entendu ? » fait-elle. Chacun tend l’oreille, mais ne perçoit rien ! « C’est… la Chose du dehors, qui veut rentrer ! reprend la Machine, avec un visage qui n’exprime que l’effroi !

_ La Chose ? Vous voulez dire la nature ? demande Ratamor.

_ Peut-être bien ! répond revêche la Machine. Je vous rappelle que le but de la station est d’exclure la Chose de nos vies… Il ne serait donc pas impossible qu’elle réagisse mal et qu’elle veuille retrouver sa part !

_ Ah ! Ah ! fait Lapsie. La grande Machine qui s’essaie sur la voie du raisonnement et qui déraille !

_ Espèce de sale garce !

_ Mais la Machine ne divague pas totalement ! intervient monsieur Nuit. Je voulais vous en parler, mais je n’en ai pas eu encore le temps ! Mais, quand j’étais auprès des habitants, j’ai moi-même été témoin du phénomène : quelque chose du dehors essaie bien de pénétrer dans la station, au point d’en endommager les structures ! Cela donne des coups d’une extrême violence !

_ Sérieux ? coupe Ratamor.

_ Voilà, je ne suis pas folle ! s’écrie la Machine, en reprenant un peu du poil de la bête. Le coma m’aura donné une ouïe plus fine !

_ Ou bien une pétoche chronique ! » lâche venimeuse Lapsie.

La Machine s’apprête à répondre, mais un soldat l’interrompt : « Eh ! Dites ! Vous ne trouvez pas qu’il fait chaud ici ? » Chacun se regarde et constate en effet que tous les fronts sont en sueur… Cela ne peut pas être seulement dû à la discussion et Lapsie ordonne à deux de ses hommes : « Allez voir comment fonctionne la clim et s’il y a une anomalie ! »

Les deux soldats s’en vont et le petit groupe fait silence, comme pour souffler… Puis, on entend les deux militaires revenir et l’un d’eux dit : « Le régulateur de température a été saboté ! On l’a volontairement mis hors service !

_ Eh, mais, fait le duc, ça, c’est grave les enfants ! Car nous sommes tout près du soleil de ce système !

_ Oui, confirme Ratamor, s’il n’y a plus de ventilation, il faut s’attendre à des températures supérieures à 40° !

_ Mais bon sang ! Qui a pu faire ça ? »