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De l ambiance

De l'ambiance

Le 08/09/2018

De l ambiance

 

 

 

 

    Comme chaque année, à la même époque, et je crois que c'était l'objet d'une de mes premières chroniques, on est assailli par des sirènes d'ambulance, au point que cela devient tel un acouphène horrible, une plainte lamentable, le cri de la souffrance d'une ville ou d'une époque!

    Inutile de dire que ce phénomène ne concerne pas uniquement les blessés, les victimes des accidents, c'est toute la société qui en pâtit, car bien entendu les secours, les soins ont un coût et même s'il est normal que les assurances jouent leur rôle, cette "hécatombe" ne laisse pas de grever le budget national!

    Il est donc essentiel de comprendre pourquoi il en est ainsi et la première raison, que j'ai déjà évoquée, c'est le changement de saison et en l'occurrence la baisse des températures! Au plus profond de nous, celle-ci suscite un sentiment d'insécurité, car elle est synonyme de la fin des récoltes et elle annonce la future arrivée de l'hiver, c'est-à-dire la rareté de la nourriture! Même si aujourd'hui nos frigos restent pleins, nous ne pouvons pas empêcher notre inquiétude de ressurgir et de nous rendre nerveux... Que l'on songe à l'apaisement que produit un beau soleil de juillet!

    Mais cela prédispose et non détermine... Il y a d'autres facteurs bien plus importants et citons d'abord notre bonne volonté, car nous ne sommes pas tous mauvais évidemment! Mais beaucoup d'entre nous ont pris de bonnes habitudes cet été, notamment sportives, et on veut les faire durer! Cependant, même en nous, la nature a commencé son "repli" et nous n'avons plus les forces dont nous disposions naguère, si bien que la fatigue insidieusement nous mine déjà!

    Ah! Mais nous ne "lâcherons" pas! Ce n'est pas notre genre! Nous ferons l'effort... et c'est le corps qui cède! La blessure apparaît et quand on est jeune, ce n'est pas bien grave, on se répare vite, mais il en va tout autrement passé un certain âge! Des gens boitent et bientôt on verra des plâtres! C'est réglé comme du papier à musique et seule la patience permet d'éviter cela...

    Mais justement parlons de la patience, car ce qui produit aussi en ce moment notre nervosité, ce sont bien entendu nos plaisirs et il ne faudrait surtout pas les oublier ceux-là, sinon nous serions de fieffés coquins, s'pas!  Nous brûlons de faire telle chose, comme par exemple exhiber notre dernier achat vestimentaire, ce qui doit provoquer l'intérêt, voire la jalousie de tous! Mais même achever une corvée nous apporte un soulagement et donc une satisfaction, mais notre impatience est telle qu'elle tourne à la rage, à la maladresse et qu'elle peut nous envoyer dans le "décor" un peu plus loin! Il n'est donc pas exagéré de dire que nous rejoignons l'hôpital poussés par notre plaisir!

    Cependant, notre impatience a bien sûr à voir avec notre immaturité! Plus notre amour-propre est vif, gourmand et même vorace et plus inévitablement nous sommes sujets à l'irritation, la colère et même à la haine et au mépris! Dans ce cas, nous "écrasons", nous affolons le faible, qui ne tarde pas à rompre, à se briser... Il arrive même qu'il pleure, mais c'est la loi du plus fort, s'pas? Du moment que les brutes passent, c'est le principal! N'en a-t-il pas toujours été ainsi? Le tyran fait peur et on craint plus que tout son emportement, sa furie, sous les étoiles, quelque part dans la Voie lactée, dans l'Univers sans fin! ou bien par là, non loin du cimetière, où dorment tant d'autres coléreux ou peureux, la mâchoire saillante, comme s'ils rigolaient tout leur soûl!

    Frénésie du trafic, qui nous use, nous démolit! Agitation de gens qui ne savent vraiment ni qui ils sont, ni ce qu'ils font! Monde injustifié! Pourquoi ne pas regarder le ciel bleu et se demander si tout cela a un sens, si on peut être heureux? Encore faut-il déjà s'arrêter un peu, faire donc appel à sa patience, ne serait-ce qu'un tantinet! C'est ce que j'appelle un effort! Tout ce qui satisfait notre égoïsme, même soulever cent kilos en grimaçant, n'en est pas un! Mais, baste, celui qui prend le temps de dévider l'écheveau des lois qui nous gouvernent va de surprise en surprise, jusqu'à son triomphe final, sa joie infinie et dansante! Les autres ne quitteront pas leur vallée de misère et resteront commandés par la haine!

    Mais j'entends le pas d'une morte; un pas sec, claudicant, quasi métallique, lugubre en tout cas! C'est un spectre qui vient maintenant à nous... Qui est cette vieille décharnée, dont l'haleine pue à cent mètres? C'est l'hypocrisie! Elle habite l'immeuble d'en face! Chaque matin, elle part travailler! C'est son devoir, dont elle n'est même pas fière! Au contraire! L'hypocrisie sort comme un serpent menaçant! ou plutôt comme une troupe de la Gestapo!

    "Qui ne travaille pas?" demande l'hypocrisie. Son œil en colère sonde les façades, fouille les silhouettes! Elle essaye de dénicher les resquilleurs! les profiteurs! Si elle pouvait, elle installerait des contrôles, ferait des vérifications... Elle découvrirait le parasite, qui prendrait peur et qui s'enfuirait! Qu'à cela ne tienne! Les chiens sont dressés pour ça! On va le débusquer et le ramener le fuyard, à moins qu'il ne résiste trop et qu'on soit forcé de l'abattre! Parmi les fainéants, seuls ceux qui portent le sigle DE (demandeur d'emploi) peuvent aller à leur guise!

    Dans son intérieur, l'hypocrisie se raconte toujours la même histoire; elle est comme une vieille folle autour de son feu... Elle se plaint, elle gémit... Elle dit: "Ah! Si tout le monde pouvait travailler comme moi, j's'rais heureuse! Moi aussi, j'voudrais m'la couler douce! Moi aussi, j'voudrais prendre mon temps, rester buller comme on dit! Pour qui j'cotise? Pour qu'on m' méprise, oui! Chaque matin, par tous les temps, faut qu'j'aille! Personne me respecte! Ni au boulot, ni même ailleurs! Et pourtant y a qu' moi qui vaille la peine! Snif! Ah! Les gredins! Si je pouvais leur marcher d'ssus, sentir leurs viscères sortir et même gicler! Hi! Hi! J'en ai déjà l'eau à la bouche! Allez, faut aller se coucher... C'est pas tout d'rêver! D'main ça r'commence!"

    Un jour, Dieu fut fatigué d'entendre se plaindre l'hypocrisie et il alla frapper à sa porte. Dès qu'elle ouvrit, l'hypocrisie fut aveuglée par une lumière tellement éblouissante qu'elle ne put se tromper sur l'identité de son visiteur! "Seigneur! dit-elle en tremblant, si j'avais su, j'aurais fait les carreaux... et mon plaid affreux que je tiens encore dans la main!

    _ C'est égal, dit Dieu, viens avec moi!

    _ Mais pour aller où? Y a mon pot-au-feu qui mijote...

    _ On va chez le "profiteur" d'en face! Un ange va s'occuper du reste!

    _ Bon, bon..., mais peut-on se fier à un ange?"

    Sans répondre, Dieu prit l'hypocrisie dans sa clarté, en se pinçant tout de même le nez, et ils apparurent au-dessus d'un dormeur, car entre-temps la nuit était venue... Mais le dormeur était agité, il gémissait même!

    _ Oh! Là! là! Il n'a pas l'air bien! fit l'hypocrisie, et c'est...?

    _ C'est celui que tu hais chaque matin, parce qu'il reste "planqué", alors que toi, tu vas au boulot!

    _ Mais pourquoi il semble pleurer comme ça?

    _ Mais parce qu'il a peur! Depuis le départ, il a peur! Il est dans un monde qu'il ne comprend pas!

    _ Ah? Mais qu'est-ce qu'il ne comprend pas?

    _ Mais le mensonge! C'est-à-dire toi! Il est tout seul et il a dû grandir avec un profond sentiment d'insécurité! On dirait un combattant du Vietnam, tu trouves pas?

    _ Vous voulez dire qu'il est traumatisé..., mais c'est quand même pas à cause de moi! J'mens pas, moi! J'suis honnête, j'travaille, j'accomplis mon devoir, tandis que lui, y n'a que c'qu'il mérite!

    _ Ecoute, j'te propose un "deal"! Pendant un mois, j'te fais comme un coq en pâte! T'auras plus besoin d'aller bosser, j'arrange tout avec tes employeurs! T'auras tout l'argent qu'tu veux et t'auras tout ton temps à toi! D'acc?

    _ Vrai?

    _ Tope là!"

    L'hypocrisie commença ainsi une nouvelle existence! Elle chantonnait en revenant des magasins, elle achetait plein de choses, elle avait plein de projets! Elle prit son chien et décida d'aller se promener, d'aller respirer sa liberté! La chance n'avait-elle pas fini par lui sourire? Sur le trottoir, elle croisa un groupe qui s'amusait et le regarda d'un air mauvais... Elle pensa: "Si seulement ceux-là allaient bosser, étaient plus sérieux!" Puis, soudain, elle se figea: "Mais... mais je n'ai plus droit de parler comme ça, se dit-elle, puisque moi-même, désormais, je ne fais rien!"

    Sa haine était pourtant toujours là et elle se demandait pourquoi. "C'est parce que tu veux dominer! lui murmura Dieu dans l'oreille. C'est parce que tu veux être le maître, que tout le monde t'obéisse! Tu es le chef et les autres tes esclaves! Et tu hais ceux-là parce qu'ils t'échappent! Leur bonheur est une preuve de leur liberté! Et tu les veux assujettis, à ta botte! Ton mépris, ta colère, ton dégoût ne sont pas une question de bosser ou de ne pas bosser! C'est ton égoïsme qui souffre, qui détruit tout ce qui n'est lui, tout ce qui ne le valorise pas! qui détruit l'autre, simplement parce qu'il existe!

    C'est toi, ma vieille qui fait le monde dur, sans pitié! C'est toi qui fais hurler les sirènes, au secours des blessés! C'est toi qui remplis les hôpitaux! C'est toi qui uses, qui broies! C'est même toi qui désempares le sage, qui le ronges et qui le brises; le sage que j'aime tant! Car lui, il m'aime de toute son âme, de tout son cœur! Mais, toi, tu lui dis: "Porte ce sac là-bas, même s'il est lourd! car c'est la règle!" Et quand le sac est là-bas, tu lui dis encore: "Il y a d'autres sacs! Eh! eh! C'est ça, la vie! On rigole pas!" Alors que tu te dorlotes, tu te choies, tu t'adores! Toi et moi, on sait que tu n'as jamais porté de sacs!

    _ Chaque matin, je...

    _ Chaque matin, tu fais acte de présence, puis tu t'ennuies... C'est tout juste si tu ne te rendors pas! Et ce qui te rend malheureuse, c'est qu'on ne s'occupe pas de toi! A part ta personne, le reste ne vaut rien! Tu détestes comme tu respires!

    _ Mais vous m'avez inventée!

    _ Oui-da! On doit avoir le choix, même celui de mentir, sinon la conscience ne serait pas la conscience! Au fait, mon ange a raté ton pot-au-feu!

    _ Espèce de saligaud!"

    Ici, l'hypocrisie essaya d'attraper Dieu, mais il était déjà parti! "Et d'abord, tu n'existe pas!" cria-t-elle sous l'effet de la rage, puis elle se mit à pleurer! Elle voulait tellement être heureuse! Mais alors il eût fallu aimer l'autre, le considérer, se diminuer! Horreur! Plutôt mourir! Et l'hypocrisie retourna chez elle, gémissant sur son souper raté, regardant avec mépris les lumières qui brillaient dehors: autant de gens indifférents et paresseux!

    Le sage va sous le ciel bleu, léger, joyeux, car il sait! Il a l'éternité devant lui, pour lui! Elle est même déjà présente, l'éternité, car qu'est-ce qui pourrait troubler le sage? Il n'a pas faim, ni froid... Qu'est-ce qui pourrait le troubler? Il ne veut pas ceci ou cela, il est, c'est tout!

    Il étend les pieds, il bouge les jambes, il chantonne; il est en paix! On peut attaquer sa vie matérielle, essayer de lui empoisonner l'existence, c'est possible! Mais rien, ni personne ne pourra lui enlever ce qu'il sait, ce qu'il a appris; alors il est heureux! et même immortel! car le temps n'a plus de prise sur lui!

    Le sage refuse le monde du mensonge; il ne se laissera pas entraîner par lui! Car le sage connaît le monde et peut même le guérir! Mais l'inverse n'est pas vrai!

    Le sage est indépendant, il possède un véritable trésor, dont il jouit et qui grandit sans cesse! Le sage voit les malheureux et les plaint... Le sage voit les méchants et leur résiste!

    On peut tuer le sage et c'est même la seule manière, au fond, de lui enlever sa joie! "Le monde est fou sous le ciel bleu!" se dit le sage et il hausse les épaules. Là-haut, un nuage passe; là-bas de la lumière dore des feuilles... Le sage sait et s'en étonne, et cela le ravit!

    C'est un bonheur sans fin!

Sur vichy

Sur Vichy

Le 01/09/2018

Sur vichy

 

 

 

 

    L'exemple de Vichy va nous servir pour rappeler une vérité que nous oublions trop souvent, notamment parce que nous sommes influencés par la psychologie ou la psychanalyse; même si à l'égard de ces savoirs je ne voudrais pas paraître tel Molière au sujet des médecins!

    Mais, avant de retourner dans le temps, il nous faut considérer ceci... Les faibles, les fragiles, les sensibles, les inquiets sont dominés par les forts et malmenés par eux! Les forts exercent leur pouvoir, imposent leur rythme, veulent des hommages et qu'on leur obéisse! Ils écrasent, meurtrissent et prennent la patience, la bonne volonté des doux pour de l'impuissance ou de l'hypocrisie, et bref, ils ne voient le monde qu'à travers leurs désirs, et c'est ce qu'on appelle la tyrannie!

    Dans ces conditions, les forts n'évoluent pas et les sociétés ne changent pas ou peu! C'est pourquoi, malgré la modernité de la nôtre, nous sommes toujours aussi perdus et... malheureux! Nous ne comprenons toujours pas que notre soif de domination est instinctive, qu'elle est à l'origine de notre égoïsme et que celui-ci ne peut que nous conduire dans une impasse! Car nous ne pouvons pas vivre tels des animaux, même si nous sommes habillés à la dernière mode!

    Nos angoisses doivent trouver une autre réponse que celle de notre domination et c'est la spiritualité ou le développement de la conscience qui sera le futur de notre équilibre! Toujours est-il que pour l'instant les victimes des tyrans sont toujours aussi nombreuses! Et l'un des symptômes de la dépression est notamment de se sentir exclu! (Même si pour la science on est affecté d'une tel sentiment par l'opération du Saint-Esprit!)

    Ceux qui dès l'enfance se retrouvent dans un monde hostile et se voient rejetés appartiennent à la catégorie des faibles et ils nourrissent rapidement un complexe quant à la vie des forts! Malgré leur résistance, ils se jugent inférieurs, inadaptés, ignorants et même idiots, quand ceux qui apparaissent comme supérieurs, semblent à l'aise, heureux et clairvoyants!

    Il n'est donc pas étonnant que le faible se désintéresse de l'actualité, de la politique et encore de l'histoire de son pays! N'est-ce pas l'affaire des responsables, dont il ne fait pas partie? Le faible se recroqueville sur lui-même et croit fermement que la sphère des adultes, celle qui prend des décisions, n'est pas pour lui! Notez que l'on a tout fait pour cela, car aux forts il faut des faibles!

    Cependant, ce n'est que bien plus tard que le faible, si par hasard il survit, peut ouvrir les yeux! Il a suivi son chemin, atteint lui-même la maturité et il constate alors une chose incroyable: les forts sont aveugles! Leur soi-disant savoir n'est rien d'autre que le pouvoir qu'ils exercent sur les plus faibles! Dès que leur domination s'arrête, ils sont vides, anéantis et peureux comme des enfants! Le fort reste immature!

    Pour le faible, qui l'est de moins en moins, les choses progressent! La société est de plus en plus claire et aussi de plus en plus petite! Elle devient le fruit d'une histoire, à laquelle le faible maintenant s'attache! Car rien n'est figé! Ni la croûte terrestre, ni l'humanité! Ni la condition du faible, ni le pouvoir du fort!

    Mieux comprendre l'histoire permet au faible de se développer davantage, de diminuer le sentiment de son exclusion, de guérir en mesurant toujours plus l'ignorance et le mensonge du fort! Il gagne des armes pour combattre la tyrannie de l'égoïsme, car le voilà en plein dans le monde des adultes, celui qui lui paraissait fermé! Et il y est encore plus sûr que la plupart! Le faible qui grandit ne perd pas son temps, le fort si!

    Donc, imaginons-nous au printemps de 1940, parmi les forts, les acteurs de leur temps, et que découvrons-nous? Les forts de France sont balayés par les forts d'Allemagne! Ceux qui chez nous se disaient avertis, compétents; qui trouvaient normal leur pouvoir, qui méprisaient les faibles, qui vivaient dans les ministères; le gratin, les ronds de cuir, l'élite, qui avait la charge de diriger le pays, de le protéger; celle-là même est mise en déroute et prend la fuite! C'est une faillite totale et la panique a gagné la population!

    Notez que tous ces chefs responsables de la défaite n'admettront jamais leur erreur, leurs fautes! Qu'ils aient eu pour nom Reynaud, Gamelin, Waygand ou Lebrun, et la liste serait quasi interminable, ils resteront persuadés d'avoir agi au mieux et s'efforceront après la libération d'en convaincre l'opinion; comme si la victoire allemande avait échappé à toute logique, ainsi qu'un phénomène paranormal!

    C'est que l'apanage des forts, ce qui fait leur sève, c'est l'orgueil! qui n'est en l'occurrence que notre instinct de domination poussé à l'extrême! Le pouvoir pour l'orgueil est un dû! Il n'est pas question pour lui d'occuper quelque poste subalterne, mais néanmoins utile! L'anonymat, la simplicité, la patience, la douceur, la modestie et a fortiori l'humilité sont ses ennemis! Le décorum, le luxe, la pompe, la déférence dont il est l'objet sont ses amis! De même, marcher sur un serpent lui inspire moins d'horreur que s'il devait écouter, respecter et surtout s'excuser, car il a dans ce cas l'impression de déchoir, de se faire injure et curieusement encore d'être manipulé!  

    L'orgueil a une idée si haute de lui-même qu'il est parfait! Il est face à la critique comme une forteresse imprenable! sauf pour les Allemands, bien entendu! qui dévastent le pays! Pourtant, un homme avait averti les forts! Tel un prophète, il a voulu changer leur mentalité! Il voyait la guerre à venir comme Hitler! Il avait compris toute l'efficacité de la force mécanique! Il était de la nouvelle ère!

    Mais il a été raillé, méprisé, tourné en ridicule, car on n'impressionne pas l'orgueil, on ne lui apprend rien, car c'est lui qui sait! N'est-il pas au pouvoir? Cet homme, on s'en doute, c'était Charles de Gaulle, qui était mieux considéré outre-Rhin! Non seulement il soutient sa théorie, mais encore il la met en pratique! Car il est l'un des seuls à opposer aux agresseurs une défense valable, en utilisant la même arme qu'eux, à savoir une division de chars, de blindés! Cela lui vaudra d'être promu général!

    Il accompagne aussi le gouvernement dans sa fuite et il tente de convaincre le généralissime Weygand, son supérieur donc, qu'une installation en Afrique du Nord permettrait de continuer la lutte! Il explique que le conflit va devenir mondial, par l'entrée en guerre des Etats-Unis! Mais le fort Weygand hausse les épaules, il ne donne pas une semaine à l'Angleterre pour se rendre, et plus tard il dira à Reynaud et à Pétain que de Gaulle est un enfant! Car c'est là encore une des caractéristiques du fort: tout ce qui le contrarie ou lui est étranger se résume à de l'enfantillage, de la rêverie! Le mépris est la transpiration de l'orgueil!

    Par deux fois, le futur est montré aux forts et ils ne veulent pas le voir! Après la guerre, Weygand niera avoir eu cette discussion avec de Gaulle, car l'orgueil fait sa lessive: il oublie tout ce qui pourrait gêner la perfection de son image! On connaît la suite: Pétain, au nom de la France, demande l'armistice et de Gaulle s'enfuie, telle une luciole dans la nuit! Puis, comme tous les prophètes, il sera condamné à mort!

    On en arrive à Vichy, cette monstruosité! On commence par donner au Reich tous les opposants allemands qui se sont réfugiés chez nous et qui faisaient confiance à la réputation de notre pays d'être une terre d'asile! de libertés, de droits! Plus tard, on livrera les Juifs, plusieurs milliers, dont seules quelques centaines survivront! Pétain, pour sa défense, dira à son procès qu'il a évité le pire, qu'il a été un bouclier contre les coups de l'oppresseur et qu'il avait chaque jour un couteau sous la gorge! Mais là encore c'est l'orgueil qui parle! qui ne se rappelle plus son rêve, son ambition, son plaisir! C'est l'orgueil tel qu'il est! pauvre, mesquin, sec, malhonnête, sans grandeur d'âme!

    Car la réalité est toute autre! Montoire, c'est Pétain qui veut plaire à Hitler, car il a un cadeau pour lui! La France nouvelle! celle qui remplace la France républicaine, minée, affaiblie par la guerre des partis politiques, pervertie par l'enseignement laïque, fragilisée par l'exode rural! La France nouvelle, c'est la France d'autrefois, mais à l'heure allemande! C'est la campagne solide, l'ordre dans les esprits grâce à la religion; c'est une jeunesse dynamique et pur; c'est un pays sain, dévoué!

    Evidemment, si la France nouvelle séduit Hitler, il pourra compter sur elle, lui faire confiance, et il retirera ses troupes, et Paris sera de nouveau la capitale de la France, et les Français obéiront au dominant allemand! Par son offre, Pétain espère faire d'une pierre deux coups! retrouver la France qu'il aime, avec l'assentiment d'Hitler! Il a les yeux qui brillent, mais il rêve!

    Car le Führer n'est pas seulement un névrosé obsessionnel, un mystique, un nerveux irascible, une personnalité complexe! C'est aussi un voyou sans scrupules, dont la haine, l'égoïsme et le dégoût sont portés au paroxysme! La France nouvelle ne l'intéresse pas! Pour lui, le cas de la France est réglé: elle a perdu et n'est plus qu'une vache à lait! Il faut qu'elle paye! N'est-ce pas elle qui a déclaré la guerre? Elle sera pressée comme un citron!

    A cause de Vichy, la France va devenir sans le vouloir le meilleur allié de l'Allemagne! Elle va lui donner des millions! de la main d'œuvre en veux-tu en voilà, par le STO! Elle va dresser ses enfants les uns contre les autres, à Dakar, en Syrie! Sur son sol, ce sera la milice opposé au maquis! Elle combattra durement ses futurs libérateurs et son égarement pèsera sur tous les esprits libres!

    Car Vichy a perdu de vue la vérité essentielle: c'est qu'il y a un ennemi et que c'est l'Allemagne! Comment une telle chose a été possible? D'abord, les circonstances sont exceptionnelles! L'Allemagne a gagné, mais si rapidement qu'il n'y a pas eu de destructions! Le choc est bien là, mais chacun peut désirer regagner sa place! reprendre sa vie d'avant! Et comme les forts ne cherchent qu'à retrouver le sens de leur importance, ce qui garantit leur équilibre, ils sont de nouveau pleins d'ambitions et Vichy se crée!

    Qui sont les enfants? De Gaulle et ses va-nu-pieds, ou bien Pétain et ses ministres? Qui sont les rêveurs, les aveugles, les irresponsables? Les résistants, les révoltés, les rebelles, les fauteurs de troubles, ou bien les bien-pensant, les doctrinaires, les ambitieux, les dominants? Qui voit? Le sage ou le tyran? Qui est lucide? Celui qui rit de son égoïsme ou celui qui en est l'esclave?

    De même que Vichy a oublié son ennemi, nos sociétés ignorent le leur! Somme toute, c'est Vichy qui continue! Nous vivons en collaborant avec ce qui nous détruit! Et notamment la psychologie et la psychanalyse nous induisent en erreur, nous masquent la réalité; car elles nous font croire que si nous n'allons pas bien, la solution, le remède est seulement en nous; ce qui est faux! Il y a bien quelqu'un qui nous veut du mal! Mais ne dit-on pas à celui qui nous gêne: "Va consulter!"

    Qui est notre ennemi? C'est le même que celui qui a produit Hitler ou le nazisme! C'est celui qui hait, qui méprise, qui bouscule, qui presse, qui écrase, qui dévore! C'est l'animal qui est en nous quand il est choyé, favorisé, le maître! C'est celui qui jalouse, qui ment, qui triche, qui défie, qui use! C'est le dominant qui veut des dominés, des esclaves, des serviteurs, des admirateurs, une cour!

    Qui est notre ennemi? C'est celui qui exclue, qui ne voit que ses plaisirs, qui fait tourner le monde autour de lui, qui ne grandit pas, qui reste un bébé, qui crie, qui est coléreux, violent! Cet ennemi-là, nous ne le combattons pas, puisque apparemment il n'existe pas! Au contraire, nous le flattons! Nous rêvons avec lui d'une France nouvelle, nous aussi! Nous serons un partenaire exemplaire de notre égoïsme, de notre soif de dominer!

    C'est Vichy qui continue et qui nous entraîne dans sa misère! C'est nos vies lourdes, la tristesse de notre incompréhension! Ce sont nos maladies, notre angoisse, nos inquiétudes, notre peur de la mort, car notre ennemi nous mène, nous assèche, nous casse, nous brise, nous vide! C'est le prix de notre collaboration! C'est nous la vache à lait!

    Des résistants? Il y en a, quelques uns! Ils voient le drame, mais ne peuvent intervenir! L'ennemi règne en maître! Il est dur comme l'acier, il forme un bloc! Il ne veut que sa propre logique, sa seule vision, son monde unique; celui qu'il connaît et qui le favorise! Peu importe que ce soit aussi celui qui le condamne!

    L'ennemi est voué au désert, à la soif inaltérable! Mais nous continuons, nous ne changeons pas, car nous rêvons, comme Vichy! Nous voulons être heureux à côté du monstre, avec la bête! Nous voulons dominer dans la joie, ce qui est impossible!

    Seul le sage voit son bonheur grandir! Lui seul connaît la paix! Lui seul apprend que chaque jour est une éternité! Lui seul peut être léger comme l'oiseau, doux comme le bon pain! Lui seul a vaincu l'ennemi!

D obeir

D'obéir

Le 25/08/2018

D obeir

   

 

 

 

 

     Quand nous étions enfants, notre monde s'arrêtait à l'autorité des parents; d'où notre sentiment de sécurité, malgré nos peurs ou nos drames, car il y avait une limite, un terme à nos choix! A partir d'un certain stade, il n'y avait qu'à obéir, qu'à suivre un ordre, qu'à respecter certaines règles et cela nous semblait naturel, indiscutable, bien qu'à l'occasion nous puissions renâcler ou nous révolter, ce qui montre par ailleurs que nous ne demandions pas mieux que de conquérir notre liberté et combien nous étions impatients d'en jouir, car alors on aurait pu être et faire ce qu'on voulait! Notre personnalité se développait ardemment et on rêvait d'entrer dans la vie active, d'échapper à la tutelle des parents!

    Si cette soif d'indépendance est en chacun de nous, on peut se demander si elle n'est pas amplifiée à mesure qu'elle est contrariée, si elle ne devient pas d'autant plus vivace qu'elle rencontre des restrictions, comme si l'esprit se plaisait à imaginer toutes sortes d'aventures, à condition qu'elles ne soient pas réellement sérieuses, puisque l'autorité des parents les empêcherait; comme si la sécurité pouvait servir tel un trampoline, pour sauter plus haut! Car dès que les portes de la vie s'ouvrent en grand, un courant d'air glacial semble souffler sur la majorité et nos destins deviennent compliqués, comme un champ de fleurs bouleversé par le vent! Où sont passées nos aspirations si vives qu'elles devaient nous faire pousser droits?

    C'est qu'au fond nous sommes tous devant l'inconnu! Et c'est même là peut-être le grand miracle de la vie! Des milliards d'êtres nous ont précédés et pourtant nous n'en savons pas beaucoup plus qu'eux; notre présence sur Terre a toujours un caractère d'étrangeté, mais cela veut dire aussi que nos vies peuvent être inventées, devenir une création! En somme, notre individualité garde toute sa chance de prendre toute sa dimension! Nous n'avons pas à suivre le chemin des autres, à mettre nos pieds dans leurs traces, à moins que nous ne le voulions! Autrement dit, l'homme est toujours nouveau, car son questionnement demeure! Certes, l'expérience de l'humanité grandit sans cesse; la science apporte des réponses; les arts changent notre regard, mais la mort et la majesté des nébuleuses gardent leur secret!

    A priori donc, nous disposons d'un terrain de jeu infini! Bien entendu, la société a des lois, des règles, elle exige de nous des devoirs et en échange elle nous offre une protection, un cadre de vie; mais il n'en demeure pas moins que notre conscience reste libre et qu'on peut même s'aménager un quotidien qui soit le moins contraignant possible, afin justement d'avoir plus de temps pour réfléchir! Mais veut-on vraiment cela? L'inconnu n'est-il pas précisément ce qui nous effraie, ce qui nous rebute?

    Si nous avons des questions, des peurs, des tensions, ne cherchons-nous pas le plus rapidement possible des réponses, un soulagement, de la distraction? N'évitons-nous pas autant qu'on le peut ces moments qui justement sont flottants, incertains, ténus, apparemment dénués d'intérêt, qui semblent même maussades, tristes, au point de nous mettre mal à l'aise? Mais comment pourrions découvrir sans trouble, sans émotion, sans gêne, sans anxiété? Pourrait-on ne pas quitter la tranquillité des sentiers battus et trouver en même temps une chose nouvelle? L'invention, l'idée n'a-t-elle pas un prix; c'est-à-dire peut-elle être obtenue sans difficultés? 

    Où est l'enfant qui "rêvait de tout casser"? qui brûlait d'être? qui voulait les étoiles? Devenu adulte, il a le champ libre, mais il n'est plus là! Il n'est pas au rendez-vous et chacun ici a une explication, une histoire, un prétexte! Ecoutons-les!

    " Rêvez, c'est bien! Faut rêver! Mais vous verrez, quand vous s'rez grands! Y faudra gagner sa vie! avoir un métier! Et là couic, faudra marcher au pas! Plus question d'battre la campagne! C'est ça, la réalité, les p'tits gars!"

    Et en effet ce raisonnement a sa part de vérité: "Faut bien gagner sa croûte!", mais on peut se demander à quoi sert une vie livrée à un travail qui ennuie, qui n'est qu'une corvée! Imaginez plus de quarante ans à se contenir, à s'efforcer de "tuer le temps"! On donnerait le vertige si on répertoriait tous les moyens trouvés pour que la journée passe, quand il n'y a rien à faire! J'ai connu une équipe qui tournait trois fois de suite autour du même rond-point, afin de ne pas arriver trop tôt au dépôt! C'est l'homme qui apprend à devenir une tortue, et qui même rentre comme elle la tête! Tout ça, pour la sécurité!

    Inutile de dire que ces conditions sont propices à l'alcoolisme, à une sexualité morbide et aux énervements! La moindre tentative des employeurs pour changer les choses est sentie comme une perte et provoque une crise!

    Mais voici un autre discours: " Profite de ta liberté, mon garçon! Quand tu auras fondé une famille, tu n'auras plus une minute à toi! Les enfants te prendront tout ton temps! Il y a leur éducation, leur santé; ils te donneront des cheveux blancs et même te conduiront à la tombe! Le rêve, c'est bon pour les célibataires! Les égoïstes autrement dit! Enfin, la famille reste quand même une aventure!"

    Ces dernières paroles sont généralement dites avec regret, comme s'il fallait être quand même content de son sort; question d'orgueil sans doute! Cependant, il est vrai que nul ne peut prévoir où le mènera une famille et c'est sûrement bien des soucis et peu de libertés! Nous voilà responsables des autres!

    Mais au lieu de s'en réjouir ou d'en être absolument fiers, nous présentons la chose comme une prison, un devoir et on oublie un peu vite que seul le plaisir a normalement dû guider nos pas; car c'est bien par amour que nous nous sommes unis à quelqu'un, et c'est bien par espérance que nous avons souhaité des enfants! Rien ne nous forçait sur ce chemin, à part peut-être toute l'horreur que nous avons perçue à vivre solitaire!

    Car toutes ces explications, qui tendent à nous faire croire que nous n'avons jamais eu le choix, ont tout de même un dénominateur commun, une cause récurrente, à savoir un désir inavoué d'obéir, de "rentrer dans le rang", d'être privé de sa liberté par des devoirs, un fonctionnement indiscutable!

    En fait, quoique adulte, nous n'avons pas quitté la situation de notre enfance, alors que nous n'avions qu'une seul hâte, celle d'en changer! Mais nous nous retrouvons de nouveau avec une tutelle et des règles que nous ne pouvons transgresser! L'autorité de nos parents est devenue celle de la personne avec laquelle on vit, ou bien celle de notre employeur, ou bien même celle produite par les obligations de notre quotidien!

    Mais si nous avons voulu obéir, c'est bien entendu par peur de l'inconnu! Pour certains, d'ailleurs, il n'est même pas été question d'entrevoir quoi que ce soit: la quête de sécurité est si forte qu'on "glisse" d'un "système" à un autre, d'un joug à un autre; comme on évite de regarder le fond d'un précipice, en longeant ses bords, par peur du vertige! 

    Pour d'autres, l'inconnu a été comme de mettre le pied dans une eau glacée; il a provoqué un dégoût, une épouvante qui a marqué à vie, et l'on passe le restant de ses jours dans la chaleur du foyer, avec le travail en semaine et la promenade dominicale!

    Mais il y a une autre raison que la peur ou l'angoisse qui nous fait fuir l'inconnu! C'est qu'apparemment il est sans grades! Loin des hommes, il n'a pas l'air de conduire à la réussite! Il ne flatte pas l'orgueil, ni l'égoïsme! Tout au contraire, il a tous les symptômes de la maladie; il paraît aussi inutile qu'anormal! N'est-il pas opposé à la chaleur humaine, au simple bon sens, à la notion de devoirs, de responsabilités!

    Nous, qui sommes dans la normalité, dans la chose reconnue, approuvée par tous, n'avons-nous pas fait le bon choix? Ne sommes-nous pas les gens vraiment responsables, courageux, qui affrontons la vie comme une figure de proue, dignement, fièrement?

    Et le faible qui doute opine, reconnaît son erreur! Celui qui cherche est fragile et parfois il ne demanderait pas mieux que de rejoindre le plus grand nombre, d'être lui-même asservi par quelque fonctionnement! Il est alors la dupe des autres, car tout le monde ici a oublié sa peur de l'inconnu et même la réalité! Car la société est bien différente de ce qu'elle prétend être!  

    D'abord, nous ne sommes pas heureux! Nous traînons notre ennui dans la rue, quand ce n'est pas notre dégoût! Malgré tout notre confort! Nous n'arrivons même pas à être en meilleure santé, car nous sommes victimes de troubles de toutes sortes! Mais comment pourrait-il en être autrement?

    Nous ne regardons pas nos peurs en face! Nous les refoulons, au profit de notre orgueil! Car en plus la rue est un théâtre! où il s'agit de s'afficher comme les plus beaux, les plus forts! Nous ne calmons, ni ne comprenons donc nos inquiétudes et notre environnement, produit par un mélange de craintes et d'égoïsme, ne peut pas ne pas être agressif, épuisant, destructeur!

    Mais ce n'est pas le pire! Il y a en effet un signe qui ne trompe pas sur nos états d'âme! C'est que si nous rencontrons quelqu'un qui nous paraît plus heureux, plus libre, quelqu'un qui justement a eu le courage d'explorer l'inconnu, son inconnu, alors nous le haïssons, nous le jalousons, nous lui faisons connaître tout notre mépris, au lieu de lui demander les clés de son éclat, de son épanouissement! car encore une fois une telle démarche, une telle demande déplairait à notre orgueil! à notre amour-propre ou notre soif de domination!

    Cette attitude témoigne sans conteste de notre misère! de notre pauvreté d'esprit, de notre profonde insatisfaction, de la souffrance de notre vanité et par là de notre ignorance crasse, dont nous voulons quand même être fiers! Un homme heureux, à l'aise, content de son sort, ne perd pas ses forces; il peut se montrer curieux des autres, car il est disponible! Il possède surtout son propre trésor, celui qui le nourrit et lui fait savoir qu'il est sur la bonne route, et il ne jalouse donc pas (pourquoi le ferait-il?) et la différence chez lui suscite un intérêt sincère, très rarement un rejet!

    Notre mépris à l'égard des "sages" a une conséquence tragique! Nous répétons les mêmes erreurs! Comme nous ne voulons pas de l'inconnu, ni de ceux qui en rapportent une connaissance, un enseignement, qui pourrait être à l'origine d'un nouveau progrès, nous recommençons des parcours qui ont déjà fortement saigné l'humanité et on peut ici prévoir sans se tromper d'autres guerres à venir, avec leur lot de souffrances infinies!     

    Cependant, il est vrai que faire face à l'inconnu chaque jour est une épreuve! Cela demande des efforts constants! Etre différent exige d'être un monde tout seul, car il faut répondre à toutes ses questions! Il est nécessaire de s'appuyer sur une logique générale; une véritable création en somme, car sinon ce sont les opinions des autres, celles qui sont le plus souvent fausses, parce que nées de l'hypocrisie, qui gagnent, qui dévorent, qui délitent, qui emportent l'esprit à vau-l'eau!

    Il faut donc chaque jour combattre pour son indépendance, sa vérité, ses convictions, et cette lutte va même dans les petits faits journaliers, ce qui peut paraître épuisant! Obéir apparaît alors comme une planche de salut, un Eldorado, un paradis! On remet les clés, on suit les ordres et on ne pense plus! On s'endort, non? On sommeille debout! La quille, enfin! Vive le somnambulisme! Et surtout qu'on ne me réveille pas! Parce que moi, j'bosse! moi!

    Non! Le véritable travail, c'est bien d'affronter l'inconnu! C'est celui-là qui est vraiment difficile et exigeant! Ne serait-ce que parce qu'il s'oppose a priori à notre égoïsme, parce qu'il nous contrarie dans ce que nous avons de plus profond! C'est lui qui nous fait risquer le plus, qui nous engage totalement! Car, je le répète, c'est un parcours sans grades, c'est une aventure sans public! Ce sont des victoires sans témoins, c'est une hostilité de la part des autres pour récompense!   

    C'est aussi une découverte spirituelle; car notre développement est celui de notre conscience! Et c'est pourquoi encore le message religieux n'est jamais loin, il est inspirateur! Il y a bien sûr la science à prendre en compte et l'athéisme existe, mais je doute que celui-ci nous rende heureux et même nous mène quelque part! 

    Toutefois, aussi rebutante que puisse sembler cette recherche, elle est la seule capable de nous donner la paix! la tranquillité d'âme! Et on comprend bien pourquoi: tous ceux qui refusent de se regarder tels qu'ils sont, qui restent attachés à leur "gloriole", et qui haïssent pour la défendre, ceux-là demeurent comme le cul entre deux chaises! Et ils ne peuvent trouver de certitudes! Ils sont toujours à la merci des angoisses et du jugement des autres!

    Or, nous sommes uniques, absolument uniques! Même si des caractères se ressemblent, les différences d'époques et de conditions font de nous des êtres sans pareils! La vie est la chance pour que notre personnalité grandisse et devienne entière! Il n'y aura pas d'autres opportunités! Face à l'Eternité, si vous rendez une peau de chagrin, quelque chose d'informe, qui n'est ni chair ni poisson, vous serez le premier à en avoir honte! Qu'est-ce qu'un chiffon, pétri de jalousie, peut réclamer à la grâce merveilleuse de ceux qui sont morts pour elle!

    PS: il existe tout de même des "trucs" pour vivre mieux votre combat au quotidien, notamment le stretching, et je vous conseille à ce sujet le très beau livre de Craig Ramsay, Stretching, anatomie et mouvement, aux éditions du Courrier de livre. Il est clair comme de l'eau de roche et dès les premières séances, vous serez un autre vous-même! Vous retrouverez la magie de votre corps et vous verrez que les autres n'ont aucune excuse, à se traîner comme ils font, telles des limaces! Car ce moyen est quasiment gratuit et ne demande qu'une trentaine de minutes de son temps!

    Bien sûr, le sage ni ne boit ni ne fume; il n'a pas besoin de l'ivresse pour oublier, car il aime ce qu'il fait, sinon il serait un hypocrite! Il ne veut pas non plus que son cerveau soit comme une chaudière, car la patience est sans doute sa plus grande vertu!

    Je vous invite encore à jeter un œil sur ma dernière peinture, vous en prendrez plein les mirettes et un voyage dans l'espace n'est jamais inutile!

Du doute

Du doute

Le 18/08/2018

Du doute

    Le doute est un de nos adversaires quotidien... Chaque jour, il nous attend sur l'aire de combat... Parfois, il dresse sa stature monstrueuse et il nous enserre immédiatement par une méchante prise... Nous suffoquons, nous demandons grâce et quand il relâche enfin son étreinte, nous ne sommes plus que l'ombre de nous-mêmes, et nous voilà à nous traîner, sous les huées, vers un coin sale du ring!

    D'autres fois, c'est tout le contraire! Nous regardons calmement le doute et il tremble déjà! Non sans raison! Car nous l'envoyons dans la foule d'un simple mouvement de bras! Devant le public médusé, nous nous demandons même comment peut-on nous opposer pareille lavette! Et dans le vestiaire, nous martelons à notre manager, dont le cigare tombe, que c'est bien la dernière fois que nous devons offrir un tel spectacle!  

    Entre ces deux extrêmes, c'est plutôt une guerre d'usure... Le doute profiterait de la moindre fissure, pour nous pénétrer et nous ronger, comme s'il exerçait sa propre pression... et de même nous le chassons suivant notre moral, qui est plus ou moins "gonflé"!

    On comprend bien que le doute dépend de la conscience que nous avons de nous-mêmes... Plus celle-ci est forte et plus elle s'impose et rejette le doute, et il importe donc de revenir sur ce qui nous constitue, nous construit et nous rend sûrs de nous-mêmes! Cependant, nous allons aussi voir que ce travail, que cette lutte avec le doute nous est somme toute nécessaire, et que ceux qui ne la connaissent pas et qui même la refusent sont les vrais poisons de la Terre!

    Mais personne n'ignore le test psychologique qui demande de dessiner un arbre! Si les racines sont bien plus petites que le feuillage, une main lourde s'abat sur l'épaule du dessinateur! Il est catalogué comme fragile et il est emmené dans un camp spécial, où il pleure loin de sa maman!

    Mais il nous faut bien entendu revenir aux origines, car c'est d'abord durant l'enfance que s'établissent nos fondations... et principalement ce sont nos rapports avec nos parents qui vont constituer notre équilibre. S'il y a respect mutuel, si nous avons le sentiment d'avoir notre place, il n'y a a priori aucune raison pour que nous perdions un œil avec son ressort, ou une jambe avec son mécanisme coulissant! Et le doute dans ce cas nous regarde comme un "partenaire fiable"; il nous propose un tas de contrats et c'est un bras de fer commercial qui commence; nullement un affrontement de chars!  

    Par contre, si nous sommes grevés de chagrin, le doute vient nous voir en fredonnant et prend nos mesures, car il ne s'y trompe pas: nous "sentons déjà le sapin"! En effet, nous voilà dans cette partie obscure de l'humanité, celle des "perdants", des introvertis, des souffreteux, des dolents; de ceux qui se traînent et qui se plaignent toujours! de ceux qui ralentissent la société, des éteignoirs, de ceux qui devraient consulter et que même les psychologues morigènent, agacés qu'ils sont par tant de léthargie, de mauvaise volonté! La vie n'est-elle pas une fête?

     Mais ce n'est pas fini! On n'est pas seulement piétiné au départ! On n'émerge pas dans la vie active, comme à la suite d'un mauvais rêve, tel Belmondo au mieux de sa forme! Non, le doute, la fragilité en somme, va nous entraîner dans un fabuleux voyage! Son petit train entre dans le château des mille épouvantes! C'est le lot du raté! Et ici un masque affreux surgit, avec un affreux ricanement! Mais c'est de la pacotille! Voici le numéro de la scie circulaire... Un volontaire dans la salle? Oui, vous le type éteint au troisième rang! Venez!

    _ Non, je ne peux pas... En ce moment, mon sciatique...

    _ Et hop, je vous tire sur scène! Et on le remercie bien fort, par de chaleureux applaudissements! Merci! Alors je vous explique le truc...

    _ Oui...

    _ Vous êtes fragile... Vous doutez donc!

    _ Je goûte?

    _ Non, vous doutez! Encore un qui ne pense qu'à manger! Mais, mon pauvre monsieur, qui croyez-vous paie la boulimie? Nous, les contribuables, les gens sérieux! Je reprends donc, vous doutez! Comme vous êtes aussi plein de bonne volonté et un gentil garçon, vous faites des efforts et du fait de votre fragilité, vous pensez que jamais ils ne suffisent! Conclusion, vous vous... détruisez! Ah! Ah! C'est là toute l'astuce! Car non seulement vous avez déjà du chagrin, mais on va vous en donner encore! Allongez-vous sur la table!

    _ Mais non!

    _ Vous êtes bien tous les mêmes! Sécurité! A chaque fois, il faut faire appel à la force! Un numéro du tonnerre, j'vous dis! J'mets en route la scie circulaire...

    _ Mais vous êtes fou!

    _ Ne renversez pas les rôles, s'il vous plaît!"

    Ci-gît le "mollusque", le doute et la fragilité l'ont tué! Passant, qui que tu sois, prie pour les faibles!

    Mais qu'est-ce qui peut conduire des parents à "meurtrir" leur progéniture? Il y a des faits graves, comme l'abus sexuel, qui brise l'intégrité... Il y a aussi le grand film de la psychanalyse, en cinémascope, avec comme vedette le complexe d'Oedipe! L'enfant suit plus ou moins mal la notice freudienne! S'il est maladroit et qu'il se met de la colle sur les mains, il assemblera des pièces dans le mauvais sens! Il présentera une chaumière informe et restera bloqué à une étape du rallye! avec souvent une furieuse envie de faire pipi, ou pire! En se dandinant, il pourra réfléchir à ses petits plaisirs de pervers polymorphe, non mais! 

    Hélas! hélas! L'épopée hollywoodienne est passée, faute de crédits! Et nous allons nous montrer bien plus réaliste, bien plus pragmatique même que tout le peuple américain réuni! Car on peut en vouloir à un enfant, on peut l'écraser pour une raison simple, très logique, et qui se rencontre tous les jours, sous nos yeux, partout, et qui pourtant semble absolument ignorée, en particulier par la psychologie! (Qui a crié: "Les psy au poteau!"?)

    Et si un "môme" pouvait aider à se remettre en forme, hein? C'est qu'la vie, elle est bien injuste! Elle s'occupe pas toujours de nous! Moi, l'bourreau, j'aime bien qu'on soit aux p'tits soins pour moi! J'le mérite! Mais y a des moments où les autres y rigolent entre eux! J'me sens subitement seul et puis j'vois dans son coin une belle victime, genre enfant doux, attentif et sage; c'est ceux qu'je préfère !

    La docilité, y a qu'ça de vrai pour un bourreau! La bonne volonté, c'est comme un mur quand on joue au tennis! T'as beau frapper le môme, y revient y goûter! Le c...! C'est qu'il aime ses parents!

    L'enfant paillasson, vous connaissez? Non? On "s'essuie les pieds" dessus pour retrouver un peu d'allant! On le conduit avec autorité, on le presse, on l'humilie, on le fait pleurer pour se sentir à nouveau chef! On retrouve le sentiment de son importance, par l'exercice du pouvoir! Peu importe les dégâts, faut qu'ça fume!

    Vous pensez que j'évoque là un cas particulier, extrême, anormal; le fruit véreux de quelque parent monstrueux! Mais les rapports de l'enfant avec ses parents sont généralement ceux qu'il aura avec la société et si vous regardez autour de vous, vous verrez que constamment les plus faibles servent de faire valoir aux plus forts!

    Tout s'éclaire dès qu'on prend conscience de notre instinct ou de notre soif de domination! Le tyran n'est rien d'autre qu'un individu qui ne voit que la satisfaction de son égoïsme; le doute il ne le connaît que les années bissextiles!

    Le tyran est le type le plus courant, car c'est le plus facile; celui qui fait plaisir immédiatement: on a du succès parmi les hommes! On peut s'admirer, mais quand le public manque; quand on n'a personne pour se mettre en valeur; il reste l'oppression, le mépris, la haine que l'on peut faire subir à tous ceux qui justement sont hésitants, gauches, fragiles à cause du doute!

    Ces scènes-là ont lieu chaque jour! On toise, on commande, on pousse, on moque, on écrase, on avilit, on injurie, on bat même les doux, les patients, les timides, les silencieux, les pauvres! On accentue le travail du doute chez eux, sa destruction! On fournit des victimes à la dépression! On les jette dans son feu en grognant!

    Pour certains, le doute prend des proportions colossales! Il occupe toute la maison, tout l'esprit! Il conduit à se blesser cruellement! Il peut mener au suicide! à la boulimie, à l'anorexie! à toutes sortes de maux qui transforment la vie en chemin de croix!

    Et que fait le tyran pendant ce temps-là, mesdames et messieurs? Il se goberge, il s'en "met plein la lampe"! Il accumule tous les plaisirs, il ne perd jamais une occasion de paraître, de dominer, de montrer sa supériorité, sa superbe!

    On pourrait me croire manichéen, simpliste; mais le tyran a le nez dans son amour-propre comme un cochon dans sa bauge! Rien ne le dérange et invariablement il revient sur lui-même; vous n'existez que si vous le flattez, que si vous vous occupez de lui!

    Le tyran trouve votre attention parfaitement naturelle! Il n'y voit aucun effort et si vous y manquez, vous aurez droit à son mépris! même si cela fait plus de dix ans que vous nettoyez sa voiture! Car le tyran a tous les droits! Quand il veut haïr, il hait! C'est juste! C'est son monde qui compte, c'est le seul qu'il connaît!

    Le doute supplie le tyran de l'écouter! Il lui parle des arbres, des fleurs, des torrents, du bleu de la mer, de l'écume immaculée, des nuages, des papillons! Mais le tyran fulmine, il bout, car on a osé lui dire qu'il avait un ongle peut-être trop long! Il reste sourd aux appels du doute, qui lui rappelle l'histoire, les millions de morts, tous ces jeunes tués, massacrés, loin de chez eux, comme ça, comme on souffle une bougie! tous ces crimes, toutes ces souffrances, tous ces cris, tout ce désespoir produits par les guerres!  

    Mais on a osé "effleurer" le tyran! Il est plein de rage, de mépris; c'est un mur, son ombre se dresse jusqu'au ciel! Il médite sa vengeance! Elle sera terrible! Déjà des corbeaux , des vautours survolent le tyran! On sait combien il est dur, cruel, qu'il ne fait pas de quartier et que son sillage est facilement encombré de cadavres!

    Le doute revient à la charge! Il rappelle au tyran la mort, la triste fin, le trou dans la terre! Il enchaîne sur la misère, les enfants squelettiques, la poussière, les mouches; le confort de nos sociétés, l'eau à volonté, les boulangeries illuminées!

    Mais la haine du tyran est implacable! Qu'est-ce qui pourrait le dérider, sinon des plaintes et des gémissements montant vers lui? Et le doute s'en va! Il rejoint le plus faible, celui qui boite, celui qui tremble! Le doute creuse l'âme fragile, comme une coquille d'huître; il en fait un vase, prêt à se remplir de la sagesse!

    L'esprit du tyran est comme un château fort; celui du sage est vide, humble, pour recevoir l'eau limpide du savoir! celle qui est comme la rosée sur les fleurs, celle qui rafraîchit éternellement, celle qui apaise! qui console et qui donne de la joie! celle qui fait danser! qui donne la victoire! la seule qui soit sans morts, sans victimes!

    C'est la récompense du doute, de celui qui cherche! Le doute marche dans la nuit, trouve les portes closes et doit lutter contre le froid! Le doute gémit, pleure, maudit, boit le sel du chagrin! Le doute pense qu'il est fou, abandonné, méprisable; il mange des pierres!

    Le tyran, lui, festoie; il n'en a jamais assez! Il s'ennuie! Il n'est pas satisfait, il veut toujours plus de distractions! de plaisirs! On lui doit tout! Il ne comprend rien et ne veut rien comprendre! Il tape sur la table s'il se sent lésé; il terrorise! Il veut des comptes! Il menace, il crie; il pèse sur les autres! Son égoïsme l'accompagne comme son chien!

    Le doute a mené le sage au puits intarissable, à la source qui rend clairvoyant! Le sage reconnaît, devine, prévoit, tend vers l'infini, vers le regard de Dieu et ainsi se forme sa paix!

    Le tyran gronde encore, son cercueil est trop petit!

    Le sage rejoint la lumière!

   

De la paix

D'un joyau

Le 16/08/2018

De la paix

 

 

 

 

 

    Quel est le bien le plus précieux sur Terre? L'argent? A en croire certains, oui... L'argent dirigerait le monde! Eh bien, dans ce cas, raison de plus pour s'en rendre maître, car à quoi bon une vie d'esclave!

    "On ne gagne jamais assez d'argent!", disent d'autres, qui révèlent ainsi un profond sentiment d'insécurité, lui-même causé par le manque de confiance en soi!

    Bien entendu, l'argent permet de se "détendre", de voir davantage la vie en rose, mais sont des hypocrites ceux qui voient la félicité dans le pactole, car l'expérience la plus simple nous enseigne que, sitôt nos désirs satisfaits, nous sommes de nouveau inquiets!

    Le sexe? Le sexe serait-il le trésor de nos vie? Mais qui peut supporter les défauts de l'autre, quand le plaisir est passé et que les sentiments ne sont pas là?

    L'amour? Mais qu'est-ce l'amour, sinon une chose qui évolue avec nous? Quand on est jeune, on croit à l'amour comme à un idéal qui doit triompher de tout! C'est la passion qui parle! La conscience n'a pas encore émergé du feu! Plus tard, quand on se connaît mieux et qu'on tient enfin sur ses jambes, l'amour est forcément plus réfléchi! Il n'a pas perdu en intensité, il est seulement mieux dirigé; il en est aussi plus efficace et plus fidèle!

    La famille? Oh oui! Elle semble l'image même du bonheur! On forme un groupe et la solitude n'a même plus d'existence! C'est une dynamique, des affections constantes! L'angoisse n'entre pas dans la maison et la vie passe dans un tumulte chaleureux!

    Mais les familles soudées sont souvent injustes; elles sont exclusives et le monde doit tourner autour d'elles! Malheur à celui ou celle qui dans leur sein sont marqués du sceau de la différence! Ils y seront broyés, car la force appartient au nombre!

    D'autre part, les enfants sont appelés à devenir des individus à part entière et cela ne va pas sans déchirements, ni désillusions pour chacun! Les parents maudissent une progéniture qui leur résiste et qui dans le meilleur des cas en est accablée de chagrin! C'est le difficile chemin de la croissance, qui est pourtant inévitable!

    Enfin, la mort lève le voile sur les caractères! L'héritage montre le plus souvent les égoïsmes et le temps du bonheur familial est oublié! Ce sont des cadavres qui disent au revoir à un autre!

    Le pouvoir? Le pouvoir, qu'on peut associer à la gloire, la notoriété, serait-il susceptible de combler tous nos vœux? A priori oui, puisque nous voulons instinctivement dominer... Ne nous donne-t-il pas le sentiment de notre importance, de notre réussite, de notre valeur? Ne nous préserve-t-il pas des inquiétudes, sœurs de l'échec et de l'anonymat?

    Cela est vrai, mais en partie seulement! Car le pouvoir est comme un feu dans une grotte de glace! Il faut le nourrir sans cesse, pour en sentir l'effet bienfaisant! Il conduit donc à la tyrannie, aux calculs et même aux plus sombres bassesses, comme on le voit à la télévision! Le dernier recours du pouvoir est le mépris, le ragot; c'est nager dans l'égout!

    Le pouvoir est rarement bon, car il est le domaine des spectres! Et son bonheur, sa chance n'est qu'une façade!

    Non, le bijou, la lumière de nos existences, c'est la paix intérieure, celle de l'esprit! Ne serait-ce que parce qu'elle peut bonifier tous les éléments qui sont déjà sur ma liste!

    En effet, le sage est détaché de son amour-propre; il n'en est pas le jouet et c'est un maître ruineux! Il veut la vitrine la plus belle, qu'on puisse l'envier et qu'elle n'offre pas de prises aux critiques! Cela crée beaucoup de besoins et demande autant d'argent! Dans ce cas, qui est le plus courant, on est facilement inquiet et agressif; on a peur de perdre, de manquer, on craint l'avenir et la violence n'est jamais loin!

    On demande des comptes aux plus faibles; on regarde comme un inquisiteur ceux qui bénéficient des minima sociaux; on est prêt à brûler le profiteur avéré! On pèse sur le monde; on se méfie de l'inconnu, qui a déjà un air de voleur; on se ferme pour se protéger de la différence; le raisonnement se sclérose, on est plein de jugements! On est envieux, amer, alors qu'on a fait son propre malheur, parce qu'on a voulu posséder, pour paraître supérieur! Mais l'hypocrisie empêche d'ouvrir les yeux!

    Au contraire, la sage vit de peu et il reste calme... Il ne perd pas de vue l'essentiel, qui est d'avoir de quoi manger! Le spectre de la pauvreté doit l'effrayer de moins en moins et sa paix qui grandit ne blesse personne!

    On comprend aussi que la patience augmente le plaisir sexuel, mais surtout l'amour trouve chez le sage une portée infinie, comme nous allons le voir!

    Enfin, la gloire ou le pouvoir ne s'intéressent que rarement au sage, car on voit mal des fauves céder le passage... Pour que cela arrive, il faut des circonstances exceptionnelles, qui révèlent l'impuissance des chefs et qui font qu'ils s'inclinent! Mais ce n'est pas le sage qui triomphe; ce sont ses idées, sa foi, dont il est le serviteur... Ainsi encore il n'y a nulle avidité, nulle destruction!

    Mais une question se pose: comment acquérir cette paix intérieure, de l'esprit? Autant le dire tout de suite, il faut se vaincre soi-même; il faut dépasser ses limites pour mieux les connaître! Il faut se mettre en danger, il faut chercher! Il faut oser et persévérer!

    On comprend très bien les choses quand il s'agit d'un alpiniste ou d'un navigateur solitaire! Ils sont mis à l'épreuve par la difficulté du but qu'ils ont choisi! La nature les éprouve, au-delà même de ce qu'ils avaient pu imaginer! Ils doivent lutter; ils gémissent, ils souffrent, ils se reprennent et continuent!

    C'est un rendez-vous ultime avec soi! Le péril met à nu l'individu; c'est sa vie qu'il risque!   Son courage le sauve et après l'épreuve, il n'est plus le même! Son expérience fait sa fierté et désormais le nourrit! Ce qu'il sait sur lui et donc sur le monde est vrai, car cela a été frappé sur l'enclume de la seule nécessité! Celui qui revient parmi les hommes, après son exploit, est fort d'un secret! Jamais plus il ne regarde les autres de la même manière!

    Il en va tout autrement quand on ne quitte pas les oripeaux du confort! On peut toujours s'y tromper, s'y raconter des histoires, élaborer des théories, rester aveugle... Une partie de soi peut y demeurer cachée, ignorée, car rien ne vient la menacer, lui demander des comptes! On est comme un gamin qui rêve qu'il pourra se défaire d'une bande de voyous, mais quand surgit la violence, il n'est pas à la hauteur et il se montre lâche!

    C'est ainsi notamment pour tous les psychologues de la Terre, qu'ils soient encore psychiatres ou psychanalystes! Cela ne veut pas dire que la psychologie ne soit pas utile auprès de certains malades, comme "garde-fou" notamment, car elle a une présence rassurante..., mais ce que je combats, c'est la théorie et le danger de l'analyse ou de la psychothérapie est une légende!  Ceux qui y croient se mettent en valeur, se donnent de l'importance; quand notre alpiniste ou notre navigateur solitaire se taisent, en se rappelant tout ce qu'ils ont enduré et à quelle faiblesse ils ont été réduits!

    La souffrance psychologique pourrait-elle conduire à se "livrer" entièrement? à abandonner tout orgueil, tout amour-propre? Il est vrai qu'elle crée déjà la demande d'une aide..., mais encore faut-il donner au thérapeute un savoir, une autorité indiscutables, et quel esprit, même sous le joug de la souffrance, pourrait-il s'abuser au point de ne plus voir un être humain en face de lui, mais un dieu?

    La salade de la psychologie n'a pas de fin, car il n'en va pas de sa survie! Le thérapeute ne voit pas son égoïsme, car, quoiqu'il en dise, il n'est jamais vraiment dépouillé de son pouvoir! Qu'on puisse être brisé, vaincu par une analyse est une farce, qui satisfait secrètement le patient amoureux de lui-même! C'est un séisme d'alcôve, sans la "patte" de la nature! C'est encore chez le thérapeute, comme chez le patient, une belle complaisance à leur égard, même si les dehors peuvent être austères! Il n'y a pas de vérités, quand le risque est feutré! Bref, c'est bon pour les enfants!

    Mais comment replacer dans le domaine de l'esprit, de la paix intérieure, l'expérience de l'alpiniste? Il faut un moteur, un sommet..., une quête qui incite à se dépasser et qui doit engager toute la conscience!

    Je n'en vois qu'une, la foi! l'amour que l'on peut vouer à Dieu! A partir de là, on a bien le moteur: ne pas décevoir celui qu'on aime! On a bien la difficulté, car le message religieux invite à s'opposer à l'instinct! autrement dit à la facilité! N'oublions pas que le développement de l'homme ne peut être qu'un chemin vers la connaissance!

    Mais déjà résonnent les trompettes de la psychanalyse! sa sirène d'alerte ("T'es foutu, Boyington!")! car qui dit refoulement dit risque de névrose! Mais oui! Le risque est réel et il est nécessaire, sinon il n'y aurait pas de parois! pas de vertige, pas d'ascension! Si on ne secoue pas l'arbre, il n'y aura pas de fruits!

    Mais la psychanalyse va plus loin: elle soutient que si on se tourne vers la foi, c'est pour satisfaire autrement une pulsion sexuelle refoulée! comme si à défaut d'ami (ou de partenaire!) on ne trouvait que Dieu (je passe sur le complexe du père, mais il ne perd rien pour attendre!)!

    On connaît la forêt d'ombres où se "réfugie" la psychanalyse; c'est l'enfance dont nous n'avons qu'un vague souvenir et il est difficile d'y voir clair! Pour ma part, je vois plutôt, même si cela peut paraître choquant, surtout sur un plan scientifique, je vois plutôt des hommes et des femmes qui naissent en n'étant pas du monde, à cause de leur sensibilité particulière! Quand je dis qu'ils ne sont pas du monde, c'est que celui que nous connaissons leur est absolument étranger: ils ne le comprennent pas et n'en partagent aucunement les mécanismes! Même si au tréfonds, évidemment, ils sont du même bois que les autres, ils ne mentent pas, ils ne cherchent à pas supplanter qui que ce soit, ils n'ont nulle hypocrisie; ils sont particulièrement attentifs à la souffrance, chez eux, comme chez les autres! Ils sont pleins de bonne volonté et autrement dit, ils sont purs!

    Ce serait des esprits éveillés, de même que, à l'autre bout de l'éventail, il y en aurait de farouchement égoïstes! Tout cela peut ressembler à un beau charabia, mais je ne crois pas que l'influence du milieu, c'est-à-dire en l'occurrence les traumatismes, puissent être à l'origine de la foi!

    (Je rappelle que la psychanalyse ne voit pas du tout que nous voulons nous détruire! Pour elle, le tyran n'existe pas! d'où son incroyable naïveté et son infini aveuglement! Ce n'est pas parce que vous "réglez" vos problèmes personnels, que le monde va devenir gentil et que vous allez pouvoir vous y sentir comme un poisson dans l'eau! Bien au contraire, suis-je tenté de dire, car le monde se protégera de votre indépendance!)

    En tout cas, je n'ai jamais vu un thérapeute lucide, quant à l'importance de son amour-propre, et l'individu qui veut plaire à Dieu et donner le meilleur de lui-même, celui-là s'engage dans une aventure extraordinaire, aux proportions toujours plus vastes et dont il recueille des trésors sans prix!

    Car les résultats sont là, ce qui n'est pas vraiment le cas ailleurs! Et ils sont inestimables, divins pour ainsi dire! Celui qui "s'est vaincu", qui a atteint son sommet, qui par sa force d'âme a éprouvé ses limites, qui par sa persévérance n'a pas renoncé, qui par amour même s'est mis en danger, celui-là redescend de la montagne avec d'autres yeux, avec une paix que nul ne connaît autour de lui!

    Plus rien ne peut détruire notre ami, ni même l'entamer! Le cri de ses propres fissures restent sans effet sur lui... et les influences extérieures, les haines et le mépris dont les autres, par jalousie, voudraient l'empoisonner, glissent sur lui et le font même sourire! Que pourraient-ils savoir, ceux-là, des vents qui soufflent sur les sommets et des précipices que l'on franchit?

    Surtout, surtout, la paix intérieure donne un équilibre étranger à la domination! Il n'est plus question de se sentir supérieur, quitte à écraser le voisin, pour se rassurer! On ne voit plus la liberté des autres comme une menace! On ne fait plus le mal pour donner un sens à sa vie!

    Mais à quoi servent nos vies, sinon à développer nos personnalités? Comment peut-on se contenter des joies du despotisme, alors que les inquiétudes nous ouvrent les portes de l'infini? Et quels peuvent être nos fruits, si notre sève n'est que celle de notre égoïsme? Les feuilles ne sont-elles pas les ailes des plantes?

   

 

Sur van gogh

Sur Van Gogh

Le 05/08/2018

Sur van gogh

 

 

 

 

    Quand on lit les biographies de Van Gogh et notamment celle de Wikipédia, on est assommé, abasourdi! Mais voici la teneur générale... Vincent naît dans une famille bourgeoise, d'un père pasteur... C'est un enfant sérieux, silencieux, pensif...

    A vingt ans, il réussit chez Goupil et Compagnie, une firme internationale, qui vend des tableaux et qui a été fondée par son oncle Hein. Cependant, cinq ans plus tard, il en est licencié parce qu'il est choqué qu'on y traite l'art comme n'importe quelle marchandise!

    On a donc perdu en route l'enfant sage et chez les Van Gogh, on ne badine pas avec l'argent!

    Mais, après son échec dans le commerce de l'art, voici que Vincent se tourne vers le deuxième centre d'intérêt de la famille, à savoir la religion! Quelle belle fidélité, quel beau respect pour les idées de tous ceux qui l'entourent! Vincent chercherait-il à prouver quelque chose?

    Cependant, il met la même passion à vouloir évangéliser qu'à vendre des tableaux! Son zèle inquiète même ses parents et un témoin note à l'époque: "Il ne mange que du bout des lèvres..." Vincent est par conséquent déjà dépressif, mais pourquoi?

    Ses parents, toujours attentifs à son bien-être, à son épanouissement, décident de le soutenir dans son désir de devenir pasteur et ils lui paient ses études de théologie; mais, à leur grand dam, Vincent échoue à tous ses examens et pour atteindre son but, il est finalement conduit à un poste de prédicateur laïque, auprès des mineurs de charbon du Borinage.

    Face à la misère, le fragile Vincent va se blesser cruellement! Il va se dépouiller de tout, devenant plus pauvre encore que ceux qu'il veut secourir, et il va se demander toujours plus, jusqu'à sombrer dans la plus noire dépression, en croyant suivre le message évangélique!

    Bien plus tard, quand il repensera à cette période, Vincent dira dans ses lettres que la religion chrétienne est atroce; mais ce que nous enseigne cette expérience, c'est que Vincent n'est pas "construit", qu'il ne sait pas se préserver, que sa personnalité est incapable de se "défendre"! Ceci est essentiel et devra être retenu pour la suite...

    Toujours est-il que l'autorité religieuse dont dépend Vincent ne comprend pas son "chemin de croix", qu'elle en est inquiète et pour se débarrasser de celui qu'elle juge à présent comme un gêneur, elle le soupçonne d'être socialiste et le remercie!

    De nouveau rejeté, Vincent est en proie au doute et ne sait que faire, et cet état, qui pourrait être pris pour de la paresse, provoque une violente dispute entre Vincent et son père. On imagine assez les reproches de ce dernier, qui devient las de ce qu'il considère comme les "frasques" de son fils! Mais qu'est-ce qui l'effraie dans la bouche de Vincent, au point qu'il se renseigne sur la façon de le faire interner?

    En fait, le génie de Vincent gronde, comme un volcan! La lave veut trouver sa route et elle écarte la surface, les apparences, et c'est cela qui fait si peur au père de Van Gogh! Mais également Vincent commence à voir pour quoi il est fait et ce sera la peinture!

    Cependant, les atermoiements ne sont pas finis! Au fond, même si Vincent sent bien en lui une force vive, une création, il porte déjà le poids de son inadaptation: il ne peut pas, dans la nuit de sa personnalité, ne pas se considérer comme un être repoussant, décevant (voir la Métamorphose de Kafka!), et aussi ses débuts dans son art sont-ils timides, prudents; il lui faut toujours la sécurité d'un enseignement, la perspective rassurante d'un diplôme!

    Il s'inscrit donc à l'Académie royale des beaux-arts, comme il suivra plus tard çà et là les leçons de quelques peintres indépendants, mais il ne sera véritablement l'élève de personne et il continuera de rompre avec toutes ces formations, ce qui se soldera encore par de fréquents retours à la maison familiale et ce qui renforcera l'impression de dilettantisme et même d'égoïsme que produit désormais le peintre et qui mettra de nouveau son père en fureur (celui-ci mourra d'ailleurs d'une crise cardiaque!)

    La même apparente instabilité se retrouve dans la vie sentimentale de Vincent... Avec les femmes, le peintre se montre maladroit, naïf, incertain, mais surtout chaque rebuffade est vécue comme un drame, car Vincent est devenu très sensible à l'hostilité dont on peut faire preuve à son égard!

    Il peut aussi faire peur, car, perdu dans le tréfonds, il en vient à croire que s'il n'arrive pas à conquérir, à "trouver chaussure à son pied", ce qui le ferait rentrer selon lui dans la normalité, c'est parce qu'il manque de courage, de détermination, chose qu'on lui reproche effectivement!

    Devant son insistance, qui est plutôt le fruit de l'angoisse que d'un réel désir, on s'effraie inévitablement, on "montre les dents" pour chasser l'intrus! Si en plus la jeune fille perturbée fait une tentative de suicide, ce qui se produit avec une voisine, il n'est pas difficile d'imaginer Van Gogh se prenant déjà la tête entre les mains, en se trouvant le monsieur à l'origine de toutes les catastrophes!

    Mais, baste, de fil en aiguille, il se retrouve à Paris et d'après la biographie de Wikipédia, qui n'est que consensuelle, c'est comme si on revivait l'histoire du Vilain petit canard! Vincent serre des mains, on lui tape dans le dos, il sourit à un tel, écoute un autre; c'est le cygne qui a trouvé sa véritable famille, celle des peintres modernes de l'époque! On citera Lautrec, Seurat, Pissarro, Gauguin et tant d'autres!

    Pourtant, Vincent ne s'attarde pas en aussi bonne compagnie... Il a besoin de solitude pour être lui-même, ne serait-ce que pour échapper à toute influence, dont il aurait du mal à se défendre, et il s'installe donc à Arles, comme chacun sait, sous la lumière qui le passionne!

    Mais Vincent ne sait pas vivre seul sans se blesser! Il n'a aucune confiance en lui! N'est-il pas un paresseux, un menteur, un sournois, une "planche pourrie", un dilettante, un profiteur! Il a le choix, au bord du puits sombre que les nombreux reproches qu'il a dû déjà subir ont construit! Il travaille donc en se soupçonnant du pire, en étant son propre geôlier, son propre bourreau et seul l'alcool lui apporte quelque réconfort!

    Il n'a surtout pas besoin d'une nouvelle contrariété... Ses nerfs éprouvés ne pourraient supporter de se disperser et c'est pourtant ce qui se produit avec la visite d'un autre "titan", Paul Gauguin. Tout le monde connaît l'épisode de l'oreille coupée, mais il n'est pas plus étrange que les blessures que s'infligent aujourd'hui certains adolescents, à coups de cutter! Ces actes révèlent essentiellement une angoisse extrême et sont loin d'être incompréhensibles, mais il serait trop long ici de se lancer sur le sujet...

    Toujours est-il que les habitants d'Arles, en témoignage de la charité humaine, demandent l'expulsion du peintre et son internement. Il n'en demeure pas moins qu'un seuil a été franchi: à partir d'une certaine dose de fatigue, Vincent est sujet à des crises, durant lesquelles il se comporte d'une manière absurde, en mangeant par exemple sa peinture!

    Il est quasiment impossible que Vincent soit une menace pour les autres; c'est un doux, mais il comprend que désormais il doit se ménager, et il a sûrement pris connaissance de certains signes avertisseurs chez lui, qui lui indiquent qu'il est de nouveau, à cause du surmenage, sur une pente dangereuse... Cela va-t-il lui servir?

    Après un séjour à l'hôpital de Saint-Rémy-de-Provence, qu'il avait rejoint de son propre chef, Vincent se retrouve à Auvers-sur-Oise, sous la protection du docteur Gachet. Ici, la biographie nous surprend par son optimisme, puisqu'elle nous dit que Vincent est alors tout proche de sortir de l'anonymat... et en effet, quelques articles ont paru à son sujet dans la presse..., mais on pourra même lire plus loin, dans un paragraphe intitulé Reconnaissance, que le peintre était connu et apprécié de son vivant et que, s'il est de notoriété publique qu'il n'a vendu qu'un seul tableau, rien ne prouve qu'il n'en a pas vendu d'autres!

    Vincent, lui, est plus réaliste et un dernier accès de désespoir lui fait penser que "la plaisanterie a assez duré"! Il s'est battu de toutes ses forces pour rien! Il est toujours dépendant financièrement et il n'a fait qu'aller vers le pire, puisque sa vie de forçat est maintenant agrémentée de crises de démence! Il se hait sûrement et le monde qui l'entoure également! Il se tire une balle dans la poitrine..., mais ce n'est pas fini! Il faut encore qu'il se traîne seul jusqu'à sa chambre, où son agonie commence, sans aide médicale réelle, bien que la présence de son frère Théo, prévenu, soit tout de même une consolation! 

    En fait, Vincent n'a jamais été fou; ses lettres le prouvent amplement, mais il faut beaucoup de temps pour se pacifier! Il faut aussi un peu de chance..., mais il faut surtout voir les hommes tels qu'ils sont, pour s'en faire justice! Sans cela, il est impossible de créer les fondations qui manquent et qui permettent l'assurance... et donc la paix! C'est cette opération indispensable que nous allons réaliser maintenant...

    Cependant, l'impression générale de la biographie que nous avons utilisée est celle-ci: tout le monde a donné le meilleur de soi pour aider van Gogh (même l'arme à feu qui a servi pour son suicide!) et n'était cette "stupide" maladie mentale, le peintre aurait pu réussir et avoir une vie heureuse!

    "Jo", la femme de Théo, n'a-t-elle pas, juste après la mort des deux frères, multiplié les expositions, les vernissages, au point qu'on pouvait se demander, une coupe de champagne à la main, si l'absence du peintre ne venait pas de ce qu'il n'avait pas trouvé de taxi? Ne s'en était-il pas fallu d'une cheveu? Le succès, pour ainsi dire, ne pendait-il pas au nez de Vincent?

    Mais il y avait cette maladie..., cette étrange maladie, car paraît-il plus de cent cinquante psychiatres ont voulu la diagnostiquer (gratuitement!), sans qu'on parvienne à une certitude! S'agissait-il de la schizophrénie, d'un trouble bipolaire, de la syphilis, du saturnisme, etc. 

    Il existe pourtant une piste dans la correspondance de Vincent, car il s'y plaint vivement du mépris de son père à son endroit, comme s'il n'avait jamais été pris au sérieux! Ceci est essentiel, car c'est d'abord l'affection de nos proches qui nous construit! Et d'ailleurs cet aspect, qui expliquerait parfaitement l'instabilité de Vincent, n'a pas échappé à une certaine psychologie, qui donne la raison du comportement du père...

    Il n'aurait jamais fait le deuil d'un premier enfant! Et effectivement, les parents Van Gogh ont eu d'abord un fils mort-né, qui s'appelait lui aussi Vincent! On a donc donné au peintre le même prénom, sans doute en souvenir du bébé défunt, mais cela veut-il dire que le chef de famille fût rongé par une douleur secrète, de sorte qu'il négligeât celui qu'il devait considérer comme l'aîné?

    Malgré des études très sérieuses sur ce problème, on demeure sceptique, car on voit mal le pasteur Van Gogh, clamant chaque dimanche du haut de sa chaire, que la main de Dieu est parfois lourde, mais qu'il faut tout de même aimer sa Volonté toute puissante, car la récompense sera grande; tout en n'y croyant pas lui-même! C'eût été docteur Jekyll et mister Hyde dans la sacristie!

    Par contre, au contraire de la psychologie, nous, nous savons que c'est notre soif de dominer qui est à l'origine du développement de nos personnalités, qu'elle ne peut que nous conduire à la tyrannie et que c'est pour cela que dans nos sociétés, bien que nous ayons tout, nous ne sommes pas heureux (encore faut-il le reconnaître!)!

    Aussi devons-nous comprendre que même des parents peuvent jalouser et mépriser leur progéniture, s'ils sentent chez elle une liberté, un bonheur qui semblent une injure, une menace pour leur pouvoir, leur importance! De même, il est nécessaire d'admettre qu'écraser le fruit de ses entrailles est encore une manière de restaurer son autorité et donc son amour-propre!

    Le monde n'est pas lisse, mais nous dormons! Nous préférons mille fois répéter les mêmes erreurs, plutôt que de changer! Toutefois, tant que notre instinct de domination ne sera pas pour nous une réalité, nous n'avancerons pas! Et tant que nous croirons au monde enchanté de la psychologie et de la psychanalyse, nous ne progresserons pas!

    Cependant, avec notre nouvelle lanterne, la vie de Vincent s'éclaire! Il est celui qui dérange, qui inquiète, qui remet en cause et c'est pour cette raison qu'il n'est pas aimé, mais craint, rejeté et haï!

    La nature est-elle sadique, pour placer certains dans un milieu qui leur est résolument hostile et qui les anéantit? Evidemment non, mais l'homme est la seule créature qui peut refuser de "grandir", au profit de son égoïsme! Et l'humanité devrait être jugée sévèrement pour la peine infinie de Van Gogh, puisqu'elle-même l'a déjà jugé!       

   

De la lutte

De la lutte

Le 30/07/2018

De la lutte

 

 

 

 

    Chaque jour, nous nous demandons comment pourrions-nous être plus heureux. En effet, il n'est pas rare que nous nous sentions inquiets, lourds, abattus. Nous cherchons alors quelle est la faille, l'erreur de notre vie... Est-ce notre solitude ou au contraire notre couple? Travaillons-nous trop ou pas assez? Avons-nous fait preuve d'arrogance, de suffisance, d'égoïsme, ou ne sommes-nous pas plutôt trop accommodant, trop serviable, trop laxiste?

    Nous essayons de voir clair dans les brumes de notre cerveau, nous voudrions une éclaircie, un peu de joie, un peu d'espoir... Nous serions tellement heureux d'être sur la bonne route! Mais, hélas, la solution se dérobe; le raisonnement se perd; les frêles idées que nous avions édifiées s'écroulent et nous avons l'impression que notre réflexion ne sert à rien, qu'elle est vaine, puisque sans fin!

    Pour échapper à notre tourment, nous nous donnons des devoirs, des obligations... C'est d'abord un métier, avec des horaires, des ordres, un fonctionnement que l'on ne discute pas! Certes, il faut travailler pour vivre, mais on comprend bien que plus on a peur et plus on veut que sa chaîne soit lourde!

    On fonde encore une famille, plus par crainte que par envie! On se rassure de ne plus être seul  et bientôt l'éducation des enfants ne laisse guère de libertés! Il faut incessamment s'occuper d'eux et le temps passe comme un tourbillon!

    On obéit et on ne pense plus... On en vient pourtant à se plaindre de sa situation! On est exploité au travail; les enfants n'ont pas de cœur; les impôts, le gouvernement, les Russes, les émigrés! On est insatisfait, comme si notre vie nous avait été imposée, comme si on n'avait pas eu le choix, ainsi qu'on aurait habité dans l'ancien empire soviétique!

    Par ignorance, mais aussi par hypocrisie, on oublie qu'on a fui la liberté, l'inconnu, le douloureux effort d'être soi! On n'a pas voulu découvrir, attendre; on a jugé la solitude trop lourde et même anormale!

    D'ailleurs, pour éviter tout embarras, toute angoisse, nous voyons des signes, comme si la Providence décidait pour nous! Nous nous inventons des TOC ou nous consultons l'astrologie! La télévision n'est-elle pas comme une seconde famille, un indéfinissable cordon ombilical? (Mais qui n'a jamais été saisi de dégoût devant l'égoïsme de ses animateurs ou la bêtise de ses journalistes?)

    Mais on veut tout, sauf cette incertitude, ce vide qui semble s'ouvrir devant nos vies et qui nous met si mal à l'aise! De là, l'idée de la psychanalyse que nous avons la nostalgie du stade fœtal! Dans le liquide amniotique, nous étions effectivement sans soucis (quoique déjà influencés par l'environnement!) et peut-être vient de là encore notre penchant pour la perfection, car ne symbolise-t-elle pas un état dépourvu de questions, de tensions?

    Cependant, vivons-nous vraiment comme à regret? La psychanalyse est teintée de tragédie et c'est sans doute dû aux origines germaniques de Freud, car les grandes forêts font les grands rêveurs et ce sont bien les Allemands qui ont inventé le romantisme!

    Mais, par ailleurs, quel est le message essentiel de la psychanalyse? que si nous refoulons trop nos pulsions, nous sommes conduits à la névrose? Nous sommes d'accord! Mais satisfaire ses pulsions ne nous rend pas heureux pour autant! Nous ne sommes pas faits pour vivre comme les animaux; ils n'ont pas nos inquiétudes!

    En fait, la psychanalyse ne sait pas ce que nous voulons et c'est pourquoi elle ne peut pas beaucoup nous aider... Elle n'utilise pas l'Evolution... Mais nous voulons être! Nous voulons dominer, que notre personnalité prenne toute sa dimension, nous voulons réussir, sentir toute notre valeur! Et a priori quoi de plus naturel! C'est bien un héritage animal! Le cerf qui triomphe, c'est nous! La lionne qui tue, c'est nous!

    Nous glissons donc vers la victoire, l'égoïsme, le culte de soi! De là encore notre aversion pour l'anonymat, la patience et même l'effort! Ce n'est pas par nostalgie que nous fuyons ce dernier, mais c'est parce qu'il nous semble contraire à notre idéal! Pourquoi s'astreindre à la nuit, quand on veut le soleil?

    Mais regardons le monde! Normalement, la compétition sportive devrait être le meilleur moyen d'exprimer notre soif de vaincre! L'épreuve est la même pour tous et c'est le plus fort qui gagne! C'est l'instinct satisfait sans effusion de sang! C'est la domination dans la paix! C'est la loi de la jungle civilisée!

    Mais les Bleus gagnent le Mondial et les Belges les méprisent, et certains Italiens racistes les traînent dans la boue! C'est la jalousie qui parle et qui ne respecte plus le sport! On bout, on veut tellement gagner!

    [Notez qu'au lendemain de la résistance héroïque de Bir Hakeim, le ministre de Mussolini, Ciano, a déclaré que si les troupes françaises s'étaient si bien comportées, c'était parce qu'elles étaient majoritairement constituées de Juifs et de Tziganes, qui savaient qu'ils seraient condamnés à mort s'ils étaient pris! La façon italienne de dénigrer le voisin n'est donc pas nouvelle!]

    Cependant, des manifestations qui fêtent l'Equipe de France émergent des casseurs, car c'est l'occasion pour eux de se montrer, de se faire valoir, par la violence, la crainte qu'ils inspirent!

    De même, des spectateurs du Tour de France s'exhibent, gênent les coureurs, prennent quasiment leur place, ou les menacent ou les insultent!

    Chez les femmes, l'égoïsme est plus feutré, plus séduisant, plus ambigu aussi... et il est surtout visible sur les réseaux sociaux. On y expose son superbe corps, on s'adore, on se divinise sous les yeux de milliers d'abonnés!

    La réalité est toute autre: on est crispée devant l'objectif; les photos sont retouchées; on est déjà vieille ou c'est une lutte acharnée pour montrer qu'on est encore là, alors que de plus jeunes sont prêtes à tout pour s'imposer! On y fait aussi souvent preuve de mauvais goût et d'une sensualité qui se veut torride, mais qui tourne au ridicule!

    [Savez-vous qu'il est possible d'acheter des "followers"? En Russie, paraît-il, n'importe quel kiosque en vend par "paquets" de mille!]

    Quant à l'Amérique de Trump, combien ne serait-elle pas surprise si on pouvait lui faire comprendre qu'elle se comporte comme l'Allemagne nazie! Bien sûr, elle ne partage pas ses idées racistes et sa folie meurtrière, mais elle obéit somme toute à la même logique!

    Trump, tout comme le Führer, flatte l'égoïsme des masses; il le grandit, l'affirme: c'est la montée d'un nationalisme qui s'ignore! Même si Trump fait des erreurs et apparaît sur bien des points insupportable, sa popularité ne baisse pas, car la majorité y trouve son compte! On lui raconte toujours la même histoire, qu'elle est supérieure, plus puissante que les autres, qu'elle peut dominer le monde!

    Comme 1940 est passée par là (autre temps, autres mœurs!), il n'est pas pour l'instant question pour Trump d'engager un grand conflit armé, mais il mène pourtant une guerre mondiale, qui est commerciale, et l'Europe principalement s'inquiète de ses agissements, comme elle redoutait ceux d'Hitler... L'angoisse, bien qu'à un degré moindre, est de nouveau là!

    On retrouve aussi les armes de tout dictateur, l'actualité de toute dictature... Ce sont les  pressions, les ultimatums, les ruptures d'alliances! Tous les partenaires commerciaux de l'Iran notamment sont menacés de représailles, s'ils ne quittent pas le pays! Trump veut économiquement mettre à genoux l'Iran, comme si elle n'allait pas réagir, comme si on pouvait anéantir une nation et que la différence n'était pas nécessaire à l'équilibre général! Les leçons de l'histoire, du Viêt-Nam ou du 11 septembre, sont oubliées!

    Dans le même temps, Israël se voit des ailes! Le "rugissement" de Trump lui donne des coudées plus franches et on bombarde volontiers la bande de Gaza et on "fait des cartons" en Syrie! On "roule des mécaniques" sur la scène internationale, avec des morts!  

    Inutile de dire que les vues étroites de l'égoïsme tourne "l'élastique" de la planète et que tôt ou tard il faudra qu'il se libère! Il y aura alors de nouveau des pleurs et de la souffrance, mais personne encore une fois ne s'en sentira responsable! On "chauffe" la Terre, comme si elle n'était pas déjà sur le feu!

    N'en déplaise à Trump et consorts, mais la domination "absolue", la suprématie de la vie animale chez les hommes, a déjà été essayée, par Hitler, et on a vu avec quel résultat! Mais on répète les mêmes comportements, faute de les comprendre et parce qu'ils nous séduisent!

    Cependant, à l'inverse de ces attitudes, il y a le regard de la personnalité dépressive... C'est le pôle opposé, qui va nous aider à trouver le juste milieu... Avec la dépression, le sentiment de soi disparaît; l'individualité devient même quelque chose d'incompréhensible, d'absurde et même de repoussant, car on n'est plus capable de lutter! Le désespoir est un poison qui travestit les idées!

    Sous son joug, on peut par exemple faire preuve d'une générosité excessive, tel Van Gogh dans le Borinage, offrant ses chaussures en hiver à des pauvres, comme si lui-même n'en avait pas besoin! Dans ces conditions, il n'est pas rare non plus d'être habité d'un message de paix (on voudrait que tout de monde sur le champ s'embrasse!), mais celui-ci nie notre soif naturelle de dominer et il reste donc lettre morte, car il est impossible de détruire l'instinct!

    Par contre, diriger la lutte, le développement de notre personnalité, vers autre chose que notre suprématie n'a rien de maladif! Au contraire, c'est un progrès, à condition déjà de se rendre compte de l'impasse de notre comportement animal! La nature nous a dotés de la conscience, demandons-lui des comptes! puisque c'est elle qui fait notre spécificité! Si elle n'était pas capable d'invention, si elle n'était que matière inerte, il n'y aurait aucune avancée ni dans les sciences, ni dans les arts, ni même ailleurs!

    Chaque jour, inventons notre vie! Ayons le courage de sonder, d'éprouver l'inconnu! Posons le pied sur des idées, pour voir si elles sont solides! Si elles s'écroulent, on restera de marbre devant ceux qui les colportent! Si au contraire elles affermissent notre pas, personne ne pourra plus nous en faire douter! Cet exercice, cette pratique et même cette aventure ne contredisent en rien la sélection naturelle... et les Républicains américains, qui voient dans le manque de libéralisme un risque de dégénérescence pour l'humanité, peuvent être rassurés (je suis soucieux du bien-être de tous...)!

    Car on comprend bien tout le poids d'un choix quotidien! Il est tellement plus facile d'obéir! et même de crier après les devoirs, les obligations d'une vie qu'on s'est pourtant empressé d'adopter, pour se sentir en sécurité! Et même de jalouser et de mépriser ceux qui paraissent plus libres, plus heureux, bien que eux aient eu le courage de braver leur peur, de mettre en péril leur domination, leur supériorité... La connaissance, la vérité sont hors des sentiers battus et demandent moins d'audace que d'humilité!

    Seul celui qui cherche peut savoir! C'est sa richesse! Et que vaut une existence qui balance entre l'ignorance et la haine? Elle n'a pas d'excuse! Si encore on avait essayé de voir plus loin que son égoïsme, comme on regarde au-delà d'une chaîne de montagne! Si on l'avait laissé là, comme un chien à la niche, et si on était revenu déçu par la "grande ville"; ainsi que les hommes eussent englouti, ignoré nos meilleurs efforts; alors là, oui, on pourrait murmurer et même maudire à l'aise, les pieds dans les chenets! Mais s'il y a bien une chose dont on n'a jamais voulu se séparer, qu'on a préservé comme une relique, c'est bien son amour-propre! On veut être au sommet sur une carte postale!

    On veut obstinément être le chef et peu importe au fond si on est malheureux! On juge, on discrédite, on a des opinions sur tout; on affirme qu'il n'y a pas de vie après la mort; on est fier de son athéisme, car on se sent affranchi; mais on n'a jamais même mis le nez dehors! On a toujours évité les courants d'air et a fortiori on n'a aucune idée de la puissance du vent, de l'infini de la vie, de sa richesse inépuisable, de sa force inaltérable, de son mystère prenant, captivant, ensorcelant, aussi profond que lumineux!

    On ne connaît rien de la peine, du désert, du silence; et même de la vaillance! On ne sait rien du désarroi, de l'abandon, de la peur! On ne voit pas la dureté du combat, ce qu'il demande chaque jour! On est dans son "fauteuil", ruminant, l'air altier dans la rue; on n'a qu'un dieu, soi-même! Et on s'éteint dans le brouillard, qu'on n'a jamais quitté!

 

 

 

De la revolte

De la révolte

Le 21/07/2018

De la revolte

 

 

 

 

    J'aimerais reparler peinture, car le sujet, outre qu'il est bien entendu riche, va nous permettre de traiter de la nature de l'art et donc du fonctionnement de la conscience et donc finalement de la destinée de l'homme! "Rien qu' ça!", pourrait-on me dire, mais il nous faut nous donner du champ, pour laisser battre "nos ailes", afin de jouir du spectacle! Rien de tel qu'un petit tour dans le cosmos, qui nous fera voir dans notre ensemble, pour nous aérer et nous donner de l'énergie!

    Mais commençons par notre quotidien et comme je l'ai déjà dit dans quelques textes précédents, il existe aujourd'hui une nouvelle mode, qui est de peindre d'après photographies! A priori, c'est le résultat d'une bonne logique et on peut très bien imaginer que les peintres impressionnistes, notamment, eussent applaudi à un telle solution, en la trouvant idéale!

    Car, sur le terrain, à combien de difficultés ne devaient-ils pas faire face? D'abord, il fallait transporter le matériel et on se rappelle peut-être cette image de Cézanne, le dos courbé par le poids de son chevalet... C'était un moyen pour sympathiser avec les ânes!

    Ensuite, la technique à l'huile demande de revenir sur le même lieu plusieurs fois et à la même heure..., car on a besoin de la même lumière et on espère donc de tout son cœur que le temps ne change pas! Cela fait beaucoup, surtout à notre époque, troublée par le réchauffement climatique; mais il n'est pas possible de réaliser une œuvre à l'huile d'un seul coup! (Cependant, on peut s'opposer à cette "règle", mais le danger alors est de "salir" sa peinture par les mélanges: on n'est plus capable d'obtenir la couleur du tube, même en le vidant!)!

    Dès que les premières touches d'une séance commencent à sécher, on est dans ce qu'on appelle le "demi-frais" et continuer comporte un risque... En effet, une couche a été constituée et si on la recouvre, son huile détruira l'obstacle, pour pouvoir s'évaporer... C'est ce qui fait que la peinture sèche, mais il faut donc respecter le temps qu'exige ce processus et entre chaque couche, on est forcé d'attendre deux ou trois semaines, voire plus! Sinon, la sanction est terrible! Alors que le peintre est rayonnant devant son tableau achevé, plusieurs mois et même plusieurs années plus tard, il est en larmes, car son beau travail est craquelé comme un marais desséché!

    Enfin, la poussière contenue dans l'air se dépose sur la toile et va en ternir la couleur avec le temps elle aussi... On le voit, le peintre qui utilise l'huile, à force de ronger son frein, peut devenir la proie de tics, avant d'être accueilli avec patience dans un établissement spécialisé! Et on comprend que l'idée de peindre d'après une photographie, même pour la peinture acrylique, ait paru comme la panacée et qu'on crie volontiers eurêka devant cette façon de faire!

    Pourtant, le résultat est très étrange, car s'il est d'abord séduisant et même impressionnant, il conduit les œuvres à toutes se ressembler! Elles ont toutes un point commun, qui rend leur origine parfaitement identifiable! Elles contiennent une exactitude impossible à l'œil humain, mais qui est propre à l'objectif photographique! Et c'est d'autant plus vrai que le sujet est difficile à saisir, comme le ciel, une vague ou un reflet!

    Qu'est-ce que dit la photographie au peintre: "Tu disposes de l'éternité pour me peindre! N'est-ce pas merveilleux?" Et que répond le peintre: "Ma chère, je vais même te quadriller, comme ma toile! Ainsi, je vais reproduire chacun de tes points!

    _ Je savais que je pouvais compter sur toi!

    _ Appelle-moi Mimile!

    _ Hi! Hi!"

    Malheureusement, leur enfant a quelque chose de monstrueux, c'est cette exactitude inhumaine, cette précision digne de l'horlogerie! Et si on peut saluer la performance, où est la création?

    Peindre en plein air présentait tellement de difficultés et montrait tellement combien la nature par sa richesse dépasse le peintre, que celui-ci était forcément conduit à trouver des solutions, des "raccourcis", pourrait-on dire, qu'il ne trouvait qu'en lui! Autrement dit, il était comme poussé vers la création! Il se devait d'être inventif! (En fait, le génie synthétise...)

    Au contraire, la photographie laisse croire qu'il est possible de saisir véritablement, objectivement, le réel, la réalité! C'est faux bien entendu, car autrement la photographie ne pourrait aucunement prétendre être un art... Sa technique même transforme le sujet, produit un résultat particulier, qui s'étend notamment de la gestion de la profondeur de champ jusqu'à celle des couleurs, qui elle-même dépend de votre ordinateur et de votre imprimante!

    Mais il n'en demeure pas moins que la grande qualité de la photographie est la précision, mais pourquoi la reproduire, d'autant que la photographie qui sert de modèle n'a pas le plus souvent d'intérêt pour l'art photographique lui-même (un beau cliché est en effet très difficile!)?

    Comment peut-on se rendre esclave ou servile à ce point? Pour montrer qu'on peut faire aussi bien qu'un boîtier et son objectif? Presque toutes les peintures d'aujourd'hui l'affirment! Nous, les hommes, nous pouvons concurrencer Nikon et Canon, nous pouvons valoir à peu près 5000 euros, c'est le prix de nos vies, celui d'un appareil complet de qualité! Il ne reste plus au Noël prochain qu'à couvrir nos peintres d'un emballage cadeau!

    Pourquoi s'astreindre à ce travail minutieux de reproduction? Parce que c'est la normalité? parce qu'on comprend mieux ainsi la nature? parce qu'on veut être géographe, géologue, entomologiste ou ethnologue? N'est-ce pas plutôt qu'on a peur d'être original? parce qu'on veut rentrer dans le "rang"! avoir la caution de l'exactitude!

    Ah! Mais on désire une médaille, un prix! On veut être au garde-à-vous devant les journalistes, être reconnu, avoir sa place dans cette société juste et bonne! On se sert d'une soi-disant création pour être comme tout le monde! On est prêt pour la fête des mères! On est l'auteur d'une œuvre polie et disciplinée, et on voudrait être l'égal de quelques parias que personne n'a aimés, mais dont les noms brillent dans l'histoire de l'art et dans l'histoire tout court! On ne doute de rien!

    Mais qu'est-ce qui fait un véritable créateur? Mais c'est d'abord sa sensibilité, qui est unique! C'est elle qui lui fait comprendre les choses différemment des autres! Sinon, il n'y a pas d'originalité, de création!

    Et c'est d'ailleurs encore cette sensibilité qui met les scientifiques sur la piste de l'autisme, pour expliquer le génie artistique, car on comprend bien le danger: si la sensibilité est excessive, elle devient paralysante, voire handicapante, comme dans le cas où l'émotivité est si forte qu'elle conduit à la panique, ainsi qu'on le voit chez certaines personnes autistes!

    Et la science est d'autant plus à l'aise sur cette voie qu'elle considère que son propre génie possède un garde-fou, qui est bien entendu la preuve, fruit de l'expérience! C'est elle qui valide l'hypothèse et qui garantit à la science son objectivité, loin des brouillards de la création artistique; bien qu'elle-même n'explique en rien pourquoi apparaissent par exemple Pasteur ou Newton et qu'elle doive être changée avec le temps!

    Mais c'est comme si derrière chaque véritable artiste, il n'y avait pas un penseur de première force, qui réfléchit à son art et au sens de la vie! Comme si l'art n'évoluait pas grâce à un patient travail de la logique! Comme si ses tâtonnements n'étaient pas sous le joug de la raison! Comme si ses solutions n'étaient pas le fruit d'une analyse rigoureuse! Comme si ma chronique était dépourvue de fondements! Comme si mon lecteur ne pouvait pas se faire sa propre idée, en évaluant mes arguments!

    Que le véritable artiste soit le seul juge de son univers, c'est il est vrai une énigme, mais c'est aussi un fait! Que la science soit prompte à parler de maladie sur le sujet montre plus sa suffisance que sa pénétration! Freud, notamment établissait une nette distinction entre les scientifiques et les artistes... ; ceux-ci étant des névrosés, créant pour compenser leur pulsion sexuelle refoulée, à cause de traumatismes!

    Les scientifiques, eux, étaient des gens normaux, gouvernés par la raison et qui n'oubliaient de faire l'amour une ou deux fois par semaines, pour l'hygiène ou tout du moins pour la détente! Mais qui oserait dire aujourd'hui que les chercheurs ne sont pas également des névrosés? Et que se serait-il passé si on avait interdit au père de la psychanalyse de suçoter son bâton de chaise? Sur quelle gorge aurait-il sauter, ou plus simplement se serait-il mis à pleurer?

    Le regard de la science sur l'art révèle un hiatus bien plus profond et qui concerne la place de la conscience dans l'univers... Si on la considère comme un accident, on a forcément tendance à la voir comme une ennemie et on se tient alors avec une extrême rigueur à ce qui est objectif, c'est-à-dire à ce qui existe a priori sans la conscience (et donc sans nous!)!

    Par exemple, le généticien Jacquard déclarait benoîtement: "La beauté est une invention de l'homme!"; sous-entendu la gravitation ne l'est pas, car elle existerait (ou existe) sans lui! On imagine quelques beaux sujets pour le bac de philo: "Une chose est-elle réelle si la conscience l'ignore? (autrement dit: la gravitation est-elle une réalité pour le bousier?)" ou bien: "L'homme pourrait-il vivre dans un monde qu'il percevrait comme foncièrement laid?"

    Ce sont peut-être là des questions stériles, mais on peut encore voir la conscience comme une suite logique de la complexification de la matière et dès lors elle s'inscrit dans un ensemble plus harmonieux..., car revenons à cette sensibilité particulière et même exceptionnelle du véritable artiste!

    On comprend aisément qu'elle lui donne un regard neuf, d'autant que nous sommes tous le fruit d'une époque, qui ne voit pas bien entendu les choses comme la précédente, puisque nous profitons aussi de toute l'expérience passée! Mais le véritable artiste va être charmé par la beauté de la nature (ce qui est le cas pour nous tous, mais à des degrés divers...) et il va peu à peu chercher à exprimer sa vision, ce qu'il ressent. C'est sa personnalité qui se développe, c'est son être qui grandit et qui s'affirme; et son travail est une création, de même que voit le jour une nouvelle théorie scientifique!

    Mais si le véritable artiste se "mesure" au réel, ce n'est pas pour le copier! Cela ne ferait pas son affaire! Ce qu'il veut, comme chacun d'entre nous, c'est d'être lui-même; mais il est tellement riche que c'est un monde à part qui va naître! Son originalité est telle que la précision photographique lui paraît une diminution et qu'il considère tout enseignement de l'art comme une hérésie et même comme une souillure! Comment pourrait-on se prévaloir de connaître mieux que lui ou d'influencer ce qui en lui est de plus "sacré', de plus pur, de plus essentiel!

    Bas les pattes! Certes, il faut que le véritable artiste connaisse les bases de la technique, mais il inventera même la sienne, et qui ne sera jamais un but! Car la technique n'est là que pour servir; jamais elle ne doit être mise en avant! Et pourtant nos librairies sont pleines de livres consacrés à la technique, comme si on pouvait devenir créateur en adoptant la façon d'un autre!

    D'après le portrait que je dresse, le véritable artiste peut se voir comme un nerveux facilement irritable, et certains scientifiques en profitent pour crier haro sur le baudet! N'avons-nous pas là un beau névrosé! Mais le véritable artiste est avant tout un étranger, un paria! Son acuité, sa pénétration le place à un niveau supérieur dans l'évolution de la conscience! Il est lucide et clairvoyant, quand les autres sont aveuglés par leurs passions, leur égoïsme ou leur hypocrisie! Il est, malgré sa fragilité, une "lumière" qui éclaire les ténèbres!

    On lui en veut donc! Il provoque la jalousie et on cherche à le diminuer, à le mépriser, à le ridiculiser! quand ce n'est pas l'indifférence générale qui le broie! Il combattra pour survivre, pour faire valoir ce qu'il croit juste et vrai! Il sera souvent seul, révolté dans son coin! Il continuera contre vents et marées, persuadé d'avoir raison, sans l'appui de la science! haussant les épaules devant toute la bêtise ambiante, et les faux dieux que la société se donne, parce que ça l'arrange!

    Il connaîtra le désespoir et il supportera des souffrances, que la plupart des hommes ne soupçonnent même pas! Mais sa révolte est une chance pour l'humanité! Son témoignage, son œuvre, son regard, son analyse changeront peut-être plus nos mœurs que n'importe quelle découverte scientifique! Il nous est plus intime... et pourquoi ne pas le voir comme une sorte de mutation, qui donnerait à notre espèce une nouvelle capacité de s'adapter, afin de mieux survivre?