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De l eveil

De l'Eveil

Le 14/07/2018

De l eveil

 

 

 

 

    A ce stade de ma chronique, un retour en arrière me paraît nécessaire... Dès le départ, je me suis retrouvé dans un monde hostile, que je ne comprenais pas et qui me faisait souffrir. Je n'ai trouvé autour de moi aucune complicité, ni aucun secours, et c'était d'autant plus horrible qu'apparemment j'étais le seul à endurer ainsi...

    Je me suis donc isolé très tôt et je passais mon temps à me rendre justice, à donner à mes blessures une existence réelle, de sorte qu'elles puissent guérir; car il y avait toujours un doute, puisqu'on m'assurait qu'on ne me faisait pas de mal, qu'on n'avait à mon endroit nulle haine, nul mépris!

    Dans ces conditions, il est deux fois plus pénible de souffrir, car la douleur, bien que présente, semble sans raison... et il faut que la victime soit également le policier et le juge; il faut que dans son esprit elle place le bourreau devant les faits, qu'elle doit elle-même reconstituer, et c'est un travail de titan!

    Mais il n'est pas d'innocent sans coupable! Et il n'est pas de guérison sans dommages, sans peine! Si ceux-ci ne sont pas avérés, l'âme reste détruite! On comprendra alors que j'ai dû précocement réfléchir à la nature du mal, à sa logique, car il s'agissait pour moi de trouver des preuves qu'on me piétinait bien!

    N'en déplaise à la science, elle ne m'a pas donné de solutions... Pour la psychologie notamment, le mal vient des névroses, mais c'est faux! Tout au plus, nos traumatismes ou nos troubles psychiques amplifient ou même diminuent le mal, mais son origine est ailleurs et bien plus simple, comme nous allons le voir (et comme je l'ai déjà expliqué maintes fois!)

    Cependant, devant l'insuffisance de la science, j'ai dû croire encore pendant longtemps à l'explication de la Genèse, à savoir que le péché originel existait et que même le diable nous retentait! Mais l'Evolution a fini par me gagner et j'ai rejeté avec joie les calembredaines empoisonnées de la cosmogonie hébraïque! (En fait, c'est la "vérité" de l'Evangile qui nous les masque!)

    Dieu d'un coup devenait plus grand et même infini, comme il doit l'être, et je respirais à pleins poumons! Sur ma lancée, je ne tardais d'ailleurs pas à situer évidemment l'origine du mal dans le règne animal, pour des raisons que j'ai données par le menu dans d'autres textes! Mais résumons encore une fois...

    Le développement de notre personnalité est causée par notre besoin de dominer et nous sommes donc poussés instinctivement à satisfaire notre égoïsme... Voilà le mal! La civilisation est le contrôle de l'instinct par la raison, qui est elle-même nourrie par l'expérience et sa transmission, l'éducation! C'est ce qui permet la vie en société!

    La logique du mal est donc des plus élémentaires... et pourtant, sur le terrain, on ne cesse de s'interroger... Qu'est-ce qui rend le mal si aveugle? Pourquoi s'obstine-t-il? Ne voit-il pas les avertissements, la souffrance d'autrui? Il semble qu'il soit immature, que le monde n'existe que tant qu'il lui est soumis! Et c'est pourquoi je parle d'éveil...

    Apparemment, pour le mal, l'autre n'a pas d'existence propre! Le mal est tellement persuadé de sa supériorité qu'il ne voit aucun inconvénient à écraser un plus faible que lui! Celui-ci est là pour le servir! N'est-ce pas là encore un comportement animal? Le vaincu, ou celui qui apparaît tel à cause de son infériorité, doit obéir! Ainsi, le mal, en suivant un penchant naturel, n'a pas le sentiment de faire le mal et ne change pas!

    Prenons le cas d'Hitler, car "dans la partie, c'était quelqu'un"! Hitler est absolument convaincu que les Juifs sont des sous-hommes et pire, qu'ils constituent une sorte de cancer, empêchant le développement d'une Allemagne idéale! A partir de là, il décide de les exterminer totalement, comme si c'était une corvée nécessaire, sans même qu'il se sente un monstre!

    Aujourd'hui, évidemment, quand nous voyons des images des victimes des camps de concentration, nous sommes horrifiés; nous nous demandons comment il est possible d'en arriver là! Mais au quotidien, la majorité d'entre nous agit comme Hitler, avec le même mépris pour le monde, sauf qu'on reste dans le cadre de la loi!

    J'exagère? Voyons cet exemple que j'utilise souvent, car il nous est très familier, celui de la file d'attente à la boulangerie. Vous patientez pour avoir votre pain, quand subitement vous sentez une présence derrière vous... Vous la sentez parce qu'elle est oppressante, elle a l'air de vous dire: "Maintenant, il faut faire vite, car je suis là!"

    Comment se fait-il que la personne qui vient d'arriver ne calme pas son impatience, car comme chacun vous avez droit au respect... Pourquoi ne vous voit-elle pas comme un être humain à part entière? Vous pourriez susciter sa curiosité; elle pourrait se demander qui vous êtes, ce que vous faites, si vous êtes timide, etc.! Elle serait alors sur le chemin de la connaissance de l'humanité (et donc d'elle-même)!

    Mais elle fait preuve au contraire d'une tension, d'une agressivité, qui ne sont que le reflet de son égoïsme et des craintes qui lui sont attachées, comme celle de ne pas être assez respectée! On méprise donc par peur que l'autre en fasse autant! Voilà qui peut donner matière à réflexion..., mais rappelons que l'immaturité est un trouble, une incapacité à discerner, un brouillard même, un voile, comme nous allons le voir...

    Toujours est-il que de cette façon, on commande le monde à la baguette (normal, me direz-vous, dans une boulangerie)! On impose son rythme, la force de ses appétits: les autres ont intérêt à marcher droit! Un tel état d'esprit n'est possible que si on se sent au-dessus du voisin, plus important que lui; comme si on était d'une race supérieure... Mais ce n'est ni plus ni moins que de l'hitlérisme policé!

    C'est encore la tyrannie du bébé, mais sans l'excuse de l'innocence! Et on peut se demander comment arracher l'individu à ses "langes", afin qu'il prenne véritablement conscience de l'autre, de sorte qu'il évite de lui faire du mal! Pour répondre à cette question, il convient d'examiner exactement les raisons qui empêchent le développement, la croissance du plus grand nombre. 

    D'abord, notre amour-propre connaît normalement des hauts et des bas, parce que tout ce qui existe fait l'objet d'une maturation et nous devons donc traverser des périodes de doutes, et d'inquiétudes, qui sont forcément empreintes de tristesse... On doit alors faire preuve de patience et de persévérance, mais la solitude ne paraît jamais autant insupportable que dans ces conditions, car notre vie nous semble à charge et on voudrait s'en "débarrasser", en la mêlant à une autre!

    Et quoi de plus naturel a priori! Deux individus ne sont-ils pas plus forts qu'un seul? Et n'est-ce pas rassurant de rejoindre l'ensemble, de faire comme tout le monde? L'écrivain Hermann Hesse va même plus loin, en disant dans Le loup des steppes qu'il est bon d'obéir! Et en effet, nous voilà dans la vie comme dans un train, sans la nécessité d'utiliser notre cerveau!

    Mais ne devrait-on pas plutôt réduire, voire supprimer le besoin ou l'envie de se fuir soi-même, de s'échapper de soi; car si nous ne pouvons pas tout le temps être heureux, il y a des raisons pour que nous soyons plus ou moins malheureux! Qu'est-ce qui peut nous rendre dépendant de l'alcool, de la cigarette et même de la nourriture, si ce n'est le sentiment de notre fatigue, de notre usure, de notre peine?

    Il s'agit donc d'abord de se pacifier entièrement! Ne plus lutter contre nous-mêmes étend notre indépendance! Car pourquoi vouloir sortir de chez soi, quand on y est bien? Et je rappelle notre but: prendre la plus grande conscience de l'autre..., mais comment songer y parvenir, si une partie de nous-mêmes est éteinte ou remplacée par une pratique collective, d'autant que la société, au fond, n'est rien d'autre qu'un aménagement de l'instinct de domination?

    La guerre en effet ne s'arrête jamais! Les uns cherchent incessamment à dominer les autres, mais la civilisation fait croire le contraire, en changeant les armes en objets de consommation! en appelant le chef président, préfet ou docteur! Mais c'est à qui aura la plus belle voiture, les plus beaux bijoux, la plus grande maison, le poste le plus important, etc., pour en imposer aux autres!

    C'est un progrès, me direz-vous, qui évite le sang! Certes et il a fallu aussi beaucoup de temps pour que nul ne soit plus considéré comme un esclave! Et pourtant, nous continuons à mépriser notre prochain tous les jours et même nous le jalousons et voulons le détruire! Car ceux qui se sentent les plus dominants n'agissent pas moins que comme les chiens d'un troupeau!

    Ils montrent les dents dès qu'ils se croient menacés, dès qu'en réalité leur dominance ou leur orgueil n'est plus reconnu, flatté! Et c'est ce qui arrive à chaque fois que la nouveauté, le changement se présentent! Et c'est ce qui arrive à chaque fois qu'apparaît un sage, qui est toujours un étranger aux yeux des tyrans!

    D'ailleurs, notamment, il ne faut pas chercher plus loin le pourquoi de la condamnation de Jésus! Avancer, comme quelques scientifiques, que celui-ci est mis à mort, parce qu'il dénonce la corruption de certains prêtres, est de l'enfantillage! De même, soutenir, comme Scorsese, que le même homme est victime de sa seule névrose est de la haute fantaisie!

    Le rapport de forces entre les individus est bien réel et bien cruel! Le véritable artiste, qui peut être considéré comme un sage, puisqu'en nous tournant vers la beauté, il nous invite à nous dépasser...; celui-là n'aura le plus souvent qu'à affronter l'indifférence, mais celle-ci est également destructrice...

    Enfin, nous voilà devant les trois raisons qui empêchent l'Eveil de la majorité:

    1) Faire comme tout le monde, c'est la sécurité!

    2) On se débarrasse de soi, en se diluant dans la multitude!

    3) Les dominants sont hostiles au changement!

    Pourtant, le but de nos vies est le développement de notre personnalité! La mort n'est-elle pas l'individualisation ultime? Elle met un sceau sur notre unicité! Notre histoire se termine et nous ne reviendrons plus! Personne dans le passé ni dans l'avenir n'a eu et n'aura le même parcours! Et même si nous vivons en couple, c'est bien notre personne qui doit faire face aux étoiles! Nous entrons seuls dans l'éternité!

    Comment peut-on alors limiter la vie au sentiment du pouvoir, à la dominance, à la satisfaction de l'amour-propre, puisque nous disparaissons? N'est-ce pas comme jouer une pièce de théâtre, par peur de l'inconnu et de la nuit noire? Notre jalousie et notre haine ne nous mettent-elles pas comme dans un cachot? Nous murmurons, nous gémissons sur la paille, en dédaignant la lumière qui y tombe!

    Il y a là comme un paradoxe: nous voulons vaincre, briller, donner à notre personnalité tout son éclat, et nous voilà esclaves de notre soif de dominer! Je connais des gens qui se sont empressés de se fixer un boulet au pied et qui ne finissent pas de s'en plaindre!

    Ah! Mais notre égoïsme a la force de l'instinct! Il nous tient, nous mène et nous aveugle! Nous tirons l'épée dans le brouillard! Nous suons sang et eau sur des ponts de singes!  Nous succombons en tombant d'une chimère!

      Au contraire, l'Eveil nous délivre, nous libère! Sa clé, c'est reconnaître notre instinct de domination et de comprendre pourquoi il ne peut pas être notre futur, parce qu'il ne peut que nous conduire à la tyrannie! A partir de là commence véritablement l'aventure humaine! Le reste n'est qu'une histoire d'animaux sophistiqués! L'homme n'est vraiment créateur que du moment où il atteint un degré supplémentaire de conscience!

   Mais baste! J'ai déjà dit tout cela dans une autre forme et je ne dois pas m'attendre à ce que le monde change à ma vitesse, à mon échelle! Demain, à la boulangerie, on se plantera de nouveau derrière moi et on me fera sentir toute son immaturité, toute sa tyrannie! "Encore un bébé!" penserai-je, mais si c'est une femme, je pourrai me retourner vers elle, en lui demandant d'une voix métallique: "Sarah Connors?"

    Vous connaissez la suite...

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Sur le foot

Sur le foot

Le 07/07/2018

Sur le foot

 

 

 

 

 

    Le Mondial 2018 bat, paraît-il, des records d'audience et a priori quoi de plus normal, puisque c'est un événement hors du commun et que le football est un jeu aussi populaire que spectaculaire?

    Mais, à bien y regarder, quelque chose de plus sombre apparaît et nous allons voir que la façon dont nous percevons les résultats des matches en dit long sur ce que nous sommes!

    Cependant, pour bien comprendre ce qui va suivre, il nous faut comme souvent revenir d'abord aux bases, aux fondamentaux, comme disent d'une voix rocailleuse les rugbymen!

    De quoi avons-nous besoin? Quelle est notre essence, notre aliment principal? Il y a bien sûr la nourriture et le sexe, mais même ces besoins sont quasiment sous la tutelle d'un autre (et c'est déjà valable chez les animaux!), je veux parler de notre besoin de dominer!

    Ceux qui lisent régulièrement cette chronique voit bien de quoi il s'agit et ils peuvent trouver que je rabâche, mais on ne le dira jamais assez: ce qui est vital pour nous, c'est que nous ayons eu dans la journée l'impression que nous avons de la valeur, que nous avons avancé, que la vie ne nous a pas "abandonnés"!

    Autrement dit, il est impératif que notre amour-propre, ou notre égoïsme, ou notre orgueil, ou notre vanité (car tous ces termes recouvrent la même réalité!), soient d'une quelconque manière satisfaits, nourris!

    Sinon, c'est la maladie, la dépression, le désespoir qui s'emparent de nous..., au point que nous perdions le goût de manger ou de faire l'amour! Voilà pourquoi notre domination ou notre amour-propre ont priorité! C'est notre instinct fondamental, bien que sans les autres nous ne puissions vivre, et il est à l'origine, il est le foyer de notre développement personnel! C'est la flamme de notre individualité, avec les risques de brûlures ou d'incendie évidemment!

    Mais dès que nous comprenons cela, alors notre attrait pour les sports et le foot en particulier s'explique aisément! La performance, la victoire sportive flatte notre amour-propre, donne de l'importance à nos existences (même si c'est par procuration); elle nous répare, nous console, nous enchante!

    Le pays qui gagne se réveille le lendemain avec de l'élan, de l'entrain: il semble approuvé dans son mode de vie, dans ses choix, dans son travail! Tandis que celui qui perd se lève avec la gueule de bois, comme on dit; il est amer, en proie aux doute, aux idées les plus sombres; l'avenir lui paraît incertain, inconsistant; son chemin de croix continue!

    Et ceci n'est jamais aussi vrai que quand il s'agit du football! C'est le jeu démocratique par excellence, à cause du peu de moyens qu'il demande et de la simplicité de ses règles! D'ailleurs, pour moi, les véritables jeux olympiques ont toujours été le Mondial: le drapeau y est représenté infiniment plus nettement que dans la myriade des jeux qui sont censés symboliser l'olympisme et qui sont par leur complexité le domaine des plus riches (presque toutes les médailles sont pour une dizaine de nations!) Le Mondial est vraiment la fête de tous les pays, même s'il y a une présélection!

    Mais qu'il y ait une audience record pour l'édition 2018 montre aussi combien notre amour-propre est exsangue, asséché, assoiffé! Nous paraissons comme des naufragés qui touchent enfin un rivage, alors que celui-ci n'est qu'un jeu, un plaisir et même une mascarade sous bien des aspects, et même aussi, nous le savons, une gigantesque "machine à faire de l'argent", notamment par la publicité!

    On peut encore rajouter que les politiques se félicitent probablement que "quelque chose" nous occupe et nous distrait de la conjoncture ou de leurs mesures impopulaires... et ils peuvent certainement, à l'occasion, nous traiter de "couillons" (même si eux-mêmes de plus en plus se montrent intéressés et voient comment utiliser l'événement!)

    Plus nous avons l'air, devant la télévision, de recevoir du pain après une forte privation et moins nous semblons maîtres de nous-mêmes, forts, matures, sereins! Nous sommes faibles quand nous sommes dépendants et comment se fait-il que nous n'ayons rien d'autre pour nous faire tenir debout, nous rendre heureux et confiants? Car il faut bien le reconnaître, beaucoup de choses déplaisantes accompagnent également le Mondial...

    Comment ne pas être pris de dégoût devant certaines attitudes, qu'elles soient celles de joueurs ou de supporters? La passion mène à des comportements animaux, d'autant que l'alcool s'y mêle! Spectateurs, nous fermons les yeux devant certaines injustices, quand elles nous sont favorables... Nous approuvons en secret quelques haines... Nous sentons en nous la bête prête à bondir!

    Et que dire de ceux qui ont voix au chapitre! Journalistes, consultants, critiques laissent libre cours à toutes leurs humeurs, à tous leurs jugements! Ils s'étrillent, se déchirent, ils bavent sous le coup de la colère; comme les philosophes du Gil Blas, au sujet du sens de la vie; ce qui est, il faut bien le dire, l'un des sommets du ridicule!

    Et comment ne pas être las et même honteux de voir à quelle tension on peut arriver dans certains matches! Si la Syrie pouvait recueillir le dixième de notre intérêt, elle serait sauvée! Que l'on ne se trompe pas, je ne fais pas le procès du football, mais de ses excès, dont nous sommes responsables! Il est bon que notre amour-propre ne soit pas affamé et que nous sachions le "tenir en laisse"! Ainsi, nous pourrons garder de la mesure, ne pas nous laisser aller dans la laideur et le mal n'aura qu'à bien se tenir!

    Mais j'ai dit que la façon dont nous recevons l'événement en dit long sur nos personnalités, et c'est évident, c'est notre amour-propre qui parle, qui se révèle! L'avis sur un plat fait voir le mangeur, ses goûts, son appétit et même sa santé!

    Il y a d'abord ceux qui sont totalement indifférents, qui vous disent: "Oh! Moi, le football, ça n'a jamais été ma tasse de thé!" On voudrait bien les croire, mais cela voudrait aussi dire que leur amour-propre a trouvé une toute autre nourriture, qu'ils n'ont nul besoin d'une victoire même sportive, qu'ils sont apparemment absolument insensibles à tout triomphe de leur pays!

    Cela ne se peut évidemment, car même si on préfère un autre sport, on ne peut pas ne pas tendre une oreille vers la performance, d'où qu'elle vienne! L'esprit de compétition ramasse même les miettes! Et, en définitive, l'indifférence marquée, radicale, cache malheureusement une monstruosité! 

    Il y a des individus qui ne sont intéressés que par eux-mêmes, au point que tout le reste, absolument, les laissent de marbre! Si ce n'est pas quelque chose qui sert directement leur nombril, ils ne réagissent pas! Ce sont des gouffres et ils se mettent si haut qu'il leur est impossible de se réjouir par procuration, ni de se nourrir du succès d'autrui!

    Ils sont seuls et asséchants! En dehors d'eux, rien n'existe! Ils attendent perpétuellement ce qui flattera leur personne et ils ne font qu'absorber et ne donnent rien! A fuir sans regrets!

    Ensuite, il y a ceux qui sont hostiles, qui condamnent l'événement avant même qu'il commence! Leurs critiques prennent le contre-pied du contentement général, de la fébrilité de tous, comme une douche froide! Ainsi la présentatrice, Anne-Sophie Lapix, dit en plein journal télévisé: "On va pouvoir regarder les millionnaires taper dans un ballon!"

    Cette remarque n'est pas dénuée de fondements, mais elle est trop acerbe, trop radicale, pour être juste et constructive! En effet, un peu plus de lucidité montrerait qu'un footballeur de vingt ans est surtout préoccupé par sa passion... Qu'il soit riche à outrance est secondaire et même abstrait pour lui!

     Mais quand la critique est trop vive, elle n'est pas le signe d'un équilibre, mais plutôt d'un égoïsme souffrant, avide et frustré, qui attire l'attention sur lui par sa marginalité et son apparente fermeté! Mais il ne sert à rien de débattre avec lui, car c'est un mur et son propos n'est qu'un prétexte, qui masque la plaie qui saigne et que nul compliment ne peut soigner! Seule l'eau de la sagesse peut apaiser notre amour-propre!

    Puis, il y a les pessimistes! ceux qui traînent les pieds, malgré l'enthousiasme ambiant! Ils cultivent le doute, l'embarras, l'objection! Ce sont des éteignoirs, qui grimacent sous l'effet de leurs craintes! Jamais ils ne sont confiants, rayonnants et ils sont même prêts à parier contre leur équipe, pour ne pas espérer, ce qui les ferait souffrir, mais aussi pour exprimer leur dégoût, ce qui les rend supérieurs!

    Et pourtant ils "boiront" la victoire avec délices, comme les autres; mais sans le montrer, cherchant déjà de nouvelles plaintes, de nouvelles restrictions, pour être encore le centre d'intérêt! Car eux aussi se sentent lésés, mais ils sont plus dolents, plus mous que les précédents!

    Leur égoïsme est plus trouble, c'est une matière visqueuse, qui englue celui qui s'y laisse prendre! Là encore, nul remède, sinon la sagesse; mais comment appeler quelqu'un à l'autre bout de l'Univers? Il est des gens obstinés, que les rapides emportent et qu'on ne peut raisonner!

    Enfin, il y a le supporter exubérant! Quand son équipe gagne, il exulte; sa joie retentit dans toute la ville! Mais si c'est la défaite, alors il est plein de tristesse ou de colère, et il demande que des têtes tombent!

    Son amour-propre est sans nuances, mais il n'a pas non plus de hauteur, et curieusement ce supporter-là, quand tout le monde est amer, remet les choses en place... Il dira par exemple que les premiers déçus, ce sont tout de même les joueurs... La simplicité est parfois bien plus sage que l'intelligence!

    En tout cas, on le voit, moins nous contrôlons notre amour-propre et plus nous blessons le monde et pesons sur lui! plus nous rendons la vie des autres difficile, et la nôtre également, par voie de conséquence! Mais encore, moins nous sommes libres, placés dans un état de dépendance!

    En effet, plus l'amour-propre est avide et même fragile et plus il a besoin de nourriture, plus il lui faut de "petites victoires", de compensations, de flatteries; toutes choses qui permettent de se sentir un peu plus important, un peu plus "existant"!

    On le redit, mais que le Mondial soit accueilli comme de l'eau dans le désert n'est pas une bonne chose, car cela laisse lieu à de l'agressivité, de l'intolérance et à beaucoup de bêtise aussi! C'est un tohu-bohu qui ne fait pas grandir! Les sentiments y sont pêle-mêle et amènent souvent des regrets!

    L'amour-propre doit veiller à son indépendance, s'il veut éviter le mal et même garder sa santé! Car, notamment, comment peut-on espérer se séparer de l'alcool ou de la cigarette, tant qu'on recherche obstinément des satisfactions rêveuses, à se mettre en scène... L'introspection peut devenir une sorte de culte..., mais c'est surtout sans fin! En tout cas, nul fumeur ou nul buveur ne peut sérieusement parler de liberté!

    Notre besoin des autres est encore lié à notre amour-propre... Bien sûr, il y a le sexe qui nous rapproche d'un partenaire, mais, si on y regarde bien, c'est bien plus notre amour-propre défaillant et pauvre qui nous entraîne dans ces moments-là, car il rend notre solitude absurde et même insupportable!

    Il nous faut parfois à tout prix quelqu'un et dans le pire des cas n'importe qui! Malheur à celui ou celle qui ne sondent jamais son amour-propre ou sa soif de dominer... Il recommencera les mêmes erreurs, produira les mêmes blessures et sera toujours plus désolé!

    Il est bon de se contraindre, et même de tâter de la solitude... Il s'agit de trouver une "nourriture" qui rend indépendant et qui doit être différente de celle que notre amour-propre a priori apprécie... Elle doit être plus haute et plus large!

    Cela pourrait être le sommet de l'orgueil, remarquez...; si cette même nourriture n''était pas la sagesse, qui est elle-même dépourvue d'égoïsme! Elle est tournée vers les autres, dans le sens qu'on veut vivre mieux ensemble (on sait déjà le prix du triomphe personnel!)

    Le sage aime la vie, comme un navigateur solitaire ou un alpiniste... Il attend d'elle des vérités et c'est la récompense du risque! Dès qu'il sent une dépendance, il s'en méfie, il cherche à s'en défaire...

    Il explore alors son amour-propre et conquiert sa liberté!

De la jalousie

De la jalousie

Le 30/06/2018

De la jalousie

 

 

 

 

 

    Rien n'est plus lénifiant, ni même consternant, comme de lire la presse! Les faits s'y succèdent apparemment sans raisons, comme si nous n'étions que des vaches, broutant chaque jour; pendant que la mort nous "gobe" les uns après les autres, dans un monde qui nous serait au fond étranger!

    Mais n'est-ce pas ainsi que vit le plus grand nombre, l'ensemble de la société?

    Certes, nous sommes "forts en gueule", nous nous voulons acteurs, et nous croyons réellement à notre importance, mais nous subissons plus les événements que nous les comprenons; nous sommes tout de surface et nous n'avons pas plus de poids que des ballons qui s'envolent!

    Finalement, la société n'est pas plus fortement attachée à la réalité qu'une toile d'araignée à un mur! Sa vie est celle du souffle qui soulève le voile arachnéen et elle semble ainsi "être à son affaire", mais elle ignore ce qui la motive au plus profond, comme l'insecte ne voit pas les nuages, qui annoncent le vent qui pourrait détruire son abri!

    Je prends un exemple... Je lis dans le journal: "Collision frontale entre deux véhicules, sur la route dite des..." Une photographie montre la violence du choc, car une des voitures n'a plus de moteur! Heureusement, il n'y a que des blessés légers, mais c'est quasiment un miracle!

    Imaginez maintenant à la une: " Aujourd'hui, montée d'angoisse et risque accru d'accident!" Dans l'article, on ferait appel à la prudence, de même qu'en cas de verglas! Car nous savons, ici, que notre moral n'est pas unique, qu'il est partagé par les autres plus ou moins chaque matin, et qu'il est sous l'influence de la quantité de lumière, de la température, de la pression, de la saison...; autant de facteurs que la science (dès qu'elle commencera à travailler) pourra déterminer avec précision!

    Si on voyait les choses ainsi, on arriverait à mieux se comprendre; on serait sur le chemin des grandes lois qui nous régissent; sûrement pas encore avec le flair d'un chien de chasse, mais on aurait au moins l'air un peu plus digne, comme un commandant qui regagne son bord et donc ses responsabilités, après une regrettable nuit de beuverie!

    Cependant, comme on approche du soleil, on approche de la vérité et déjà certains auraient l'encolure qui les démangerait... L'hypocrisie en effet est comme un âne qui refuse d'avancer... Quoi? Reconnaître qu'on peut, que tout le monde même peut être sujet à l'angoisse? Mais ne vaudrait-il pas mieux se pencher sur l'énigme du saint suaire, puisque nous avons l'air décidés, hein?

    L'orgueil empêche le progrès, la connaissance! Il est une façade de théâtre que l'on veut impeccable! C'est une affiche du bonheur portée par des morts! C'est la vitrine de Noël qui cache le taudis! "Messieurs, l'orgueil meurt, mais ne se rend pas!"

    L'orgueil n'avouera jamais son malheur, ses peurs, car il devrait reconnaître son impuissance, sa faiblesse, son ignorance! On peut lui chauffer les pieds, c'est un monstre de glace! Et il n'a qu'un seul destin, c'est d'être marié à la réussite!

    Pourtant, son origine est des plus simples... Il n' a pas, comme le suggère la Bible, la marque de Belzébuth sur le front! Il vient bêtement de notre instinct de domination, qui lui-même, bien qu'ignoré de Freud (comme on voit la lune et pas le soleil!), est le fruit de l'évolution!

    Vouloir dominer, être supérieur, nous érige évidemment en guerrier tout puissant, ou en reine implacable! Notre orgueil trouve là sa raison d'être, son auberge, où il sera traité comme un coq en pâte, à côté de l'égoïsme, de la vanité ou de l'amour-propre, car tout ce beau monde constitue la même chambrée et ronfle à l'occasion tout son soûl!

    Mais imaginez encore que tout le monde finisse par comprendre que la domination qui nous mène fait de nous des tyrans et que c'est cela le mal qui nous éloigne du bonheur! Ne pourrait-on pas alors rêver de la scène suivante?

    Le maire d'une grande ville arpente son bureau: " Je veux évidemment que ma ville se développe, soit la plus dynamique et même la plus belle! Mais quelle est la part de mes ambitions personnelles dans mes projets d'urbanisation, car détruire la nature plus qu'il est nécessaire, c'est aussi nous condamner?"

    Ce serait là un véritable travail de discernement, qui témoignerait d'une élévation générale de la conscience et qui éviterait sans nul doute des situations empoisonnées, comme celle de Notre-Dame-des-Landes! Un maire mâture provoquerait une discussion infiniment plus saine et n'aurait aucune peur d'exposer ses arguments! Il serait sûr de son fait et d'ailleurs il pourrait juger de son honnêteté, par son calme, à mesure que se dresserait l'opposition, car notre égoïsme est bien plus sensible que notre sentiment de la vérité! On se regarderait enfin!

    Imaginez toujours Macron disant à Trump: "Nous savons que vous êtes un tyran... Non! Ne montez pas sur vos grands chevaux! Ecoutez-moi jusqu'au bout! Ce que je veux dire, c'est que vous prêt à tout pour qu'on parle de vous, pour que vous soyez la vedette! Et c'est ce qui explique pourquoi que vous avez rejeté les accords de Kyoto, ceux établis avec les Iraniens et que vous avez installé votre ambassade à Jérusalem! Nous comprenons cela, mais pas au prix de faire des morts (50 terroristes selon l'ambassadrice israélienne de Bruxelles!), ni de menacer la paix mondiale!"

    Hein, ce serait mettre Trump au pied du mur..., ce serait le responsabiliser, le faire grandir; lui qui, avant d'être président, participait à des shows télévisés, où il adorait dire à de pauvres candidats: "Vous êtes viré!"

    Imaginez enfin que tous hors de chez nous, nous pensions: "Dominer ne servant à rien, qu'est-ce que je peux faire? Mais je peux me montrer curieux de mon prochain, et même prévenant avec lui, car plus je lui faciliterai la vie, et plus la mienne sera libre et agréable elle aussi!" Nous aurions alors de véritables êtres humains dans la rue! Et ce serait encore mille fois mieux que dans la chanson de John Lennon!

    Mais non, nous ne voulons pas de l'évidence! de la vie au grand air et du soleil! Nous ne voulons pas de la santé, de l'avenir, du changement et de l'espoir! Bien au contraire! Ce que nous voulons, c'est vivre comme des rats! d'affreuses araignées! sous le joug de notre instinct, de notre orgueil, de notre amour-propre! Ce que nous adorons, ce sont les sentiments bien sales, c'est notre petite cuisine poisseuse, nos machinations, nos calculs d'usuriers, nos victoires de demi-sel!

    Et l'un des poisons que nous goûtons particulièrement, c'est celui de la jalousie! Il nous saisit, nous fige, nous ferme, nous fait bouillir et de la marmite monte la haine, l'envie de détruire!

    Et c'est le mépris qui est notre arme de civilisés! Le dégoût, l'indifférence, le dénigrement sont destinés à rabaisser, à blesser, à nous conserver dans une position supérieure, car il est inutile de dire que plus nous cherchons à dominer et plus nous sommes susceptibles de jalousie!

    Mais les hommes heureux n'envient personne (sinon ils ne seraient pas satisfaits!)! Et ici les bras m'en tombent! Je connais des gens qui ont tout ce qu'on peut espérer, qui possèdent le paradis aux yeux des plus pauvres, qui gagnent bien leur vie, avec un travail intéressant; qui vivent en famille dans une belle maison et qui pourtant sont capables de jalousie, de la haine la plus sombre!

    Mais alors qu'est-ce qu'il leur manque? Pourquoi ne sont-ils pas épanouis? Qu'est-ce qui pourrait les rendre heureux?

    Pour le savoir, il faut se demander ce qui déclenche leur jalousie... et c'est toujours la même chose, c'est la liberté, la joie, le plaisir que semble ressentir en plus l'autre! Mais pourquoi ne pas s'en réjouir pour celui-ci? Eh! C'est que cette satisfaction qui émane de l'autre nous enlève a priori de notre pouvoir, comme si on comptait subitement moins, comme si notre route était moins importante ou moins bonne!

    L'air nous manque à présent et la haine nous remplit, aussi sûrement que si nous étions une bouteille sous un robinet!

   Mais pourquoi alors ne pas courir vers l'autre, vers celui qu'on envie, pour lui demander comment il fait, quel est son secret, sa méthode, celle qui le fait si radieux, si à l'aise, si libre?

    Eh! Mais c'est que l'orgueil nous retient, nous ceinture, nous dit que nous sommes fous, ainsi qu'on voudrait se jeter à l'eau! L'orgueil est l'ami sournois, apparemment dévoué, mais qui dans le fond ne nous aime pas, en voulant notre perte!

    Reste qu'on pourrait tout de même faire taire la haine en nous, car c'est un sentiment laid, destructeur, indigne de nous-mêmes, et on pourrait se consoler en se remémorant les qualités qu'on possède, l'évolution que nous savons être la nôtre! Du moins, ainsi serait-on sur le chemin de la sagesse, puisqu'on contrôlerait l'instinct!

    Mais non! La plupart ne voit aucun inconvénient à leur jalousie, leur mépris, comme s'ils étaient un droit! Leur dominance leur paraît si légitime, leur orgueil si important qu'ils ne pensent même pas une seconde à se remettre en question! Ils blessent, ils détruisent en toute impunité! Ils créent un enfer pour eux, comme pour les autres, et ils sont tout étonnés de leur malheur, car les années passent, sans leur apporter de solutions, mais au contraire la maladie et le désenchantement s'installent! Et on finit par rejoindre le domaine des vers, ou on part en fumée, non sans avoir maudit la vie et les autres tous les jours, et on pourrait conclure ainsi: une taupe rejoint sa famille, ou du vide l'atmosphère!

    Mais même d'exposer que la jalousie révèle un manque de joie, un échec, est impossible! Car immédiatement tout le monde est parfaitement heureux, équilibré, sans haine et on vous demande si vous n'avez pas rêvé, si vous n'êtes pas vous-même paranoïaque, pour soupçonner chez les autres un sentiment aussi vil, aussi dégradant que la jalousie! Et vous voilà comme David Vincent, dans une petite ville du désert! On vous regarde avec commisération, alors que vous savez chacun dans l'impossibilité de bouger son petit doigt, signe que tous sont des extraterrestres, venus pour détruire la Terre!

    Face à l'orgueil, il ne vous reste plus qu'à reprendre la route, avec le secret espoir que vous arriverez, un jour ou l'autre, à en convaincre d'autres; qui se mettront en marche, vers un monde meilleur!

    On comprend aussi pourquoi les hommes ont toujours cru qu'il y avait comme une sorte de damnation en nous..., car nous pouvons tous être le témoin de l'impasse dans laquelle nous conduit l'orgueil!

    Pourquoi cet acharnement, cette fermeture, ce gouffre? Comment expliquer une telle persévérance dans la nuit, l'ignorance et le mal? La seule solution qui me vient à l'esprit est que le tyran n'est pas développé, qu'il est encore un bébé dans ses langes!

    Rappelez-vous, le bébé crie et ses parents accourent normalement pour le satisfaire... et n'est-ce pas ainsi que fonctionne la jalousie? En blessant de son mépris ou en affichant son dégoût, ne fait-on pas tourner le monde autour de soi, comme si les autres n'avaient pas d'existence propre, ni droit au respect? N'est-on pas ainsi le centre de l'Univers, la seule personne qui compte? Ne reprend-on pas le pouvoir?

    Je crois que si... et le tyran vit encore dans l'illusion qu'on peut triompher sur les autres et que c'est cela le bonheur! Si seulement, il pouvait regarder autour de lui! voir qu'il ne mange en fin de compte que des cailloux, que sa peine est sans fin, sa soif inaltérable et que le chemin de la domination n'est qu'un immense désert!

     Et le sage doit affronter cet obscurantisme désespérant! Mais apparemment nous ne vivons qu'en lutte...

    "A la gare, il y avait trois cache-poussière... et dans les cache-poussière, il y avait trois balles!

    _ Non! l'Harmonica! Non! C'était pas mes hommes! Mais surtout pas de fausses notes, hein, l'Harmonica!

    _ Zzzzouitt! Comme celle-ci?"

   

De la marche

De la marche

Le 23/06/2018

De la marche

 

 

 

 

 

    La marche est peut-être ce qui nous permet le mieux de comprendre ce que nous sommes et le montrent, bien que sans le vouloir, ceux qui prennent inconditionnellement leur voiture, qui ne savent plus marcher et qui constituent le tumulte du trafic.

    En effet, la conduite, même si elle est sérieuse, est d'abord un jeu, avec ses règles, et l'automobiliste qui prend les commandes de sa voiture est aussitôt rassuré! Il intègre un fonctionnement reconnu par tous; il a un rôle qu'il peut élever jusqu'à la virtuosité. Sa place dans le monde ne fait plus aucun doute!

    Mais la connaissance de soi est ainsi amputée... Elle perd ce que la conduite offre... Elle gagnerait à s'étendre dans l'inconnu... et ce n'est pas par hasard que tant de gens évitent de marcher, ont recours à leur véhicule..., car conduire sécurise, tandis que marcher fait peur!

    On voit aussi, par cette simple observation, combien il est impossible de lutter efficacement contre le réchauffement climatique, sans un changement profond des mentalités; car bien entendu le trafic pollue, d'autant qu'il n'obéit pas à la seule nécessité!

    Marcher est sans média et n'est que le fruit du corps, qui n'est lui-même que le fruit de l'esprit, et comme on pense, on marche!

    Autour du marcheur, il n'y a plus le cadre métallique de la voiture, ni ses commandes, ni son confort... Toute son attitude est alors le reflet de son "âme", de son équilibre, et chacun peut l'observer, quasiment comme s'il était mis à nu!

    On comprend que le plus grand nombre craigne cet effort, cette position...

    Cependant, toutes nos pensées influent sur notre pas, mais c'est aussi le pouvoir du regard des autres. La marche a donc deux niveaux: l'un extérieur et l'autre intérieur, en nous!

    Ce sont deux "sources" qui communiquent, qui se répondent: ce que vous êtes fait réagir et vous positionne à votre tour!

    En voiture, l'échange est pauvre, souvent agressif, car la conduite éprouve les nerfs et la carrosserie masque autant qu'elle protège!

    Notez que le succès du SUV n'est pas innocent... Ce véhicule est une berline habillée en tank, ou l'inverse!

    La marche au contraire calme, mais rend forcément plus vulnérable... L'esprit en effet n'a rien de métallique et sa fluidité n'est plus à démontrer!

    Cependant, cette exposition elle-même conduit à une communication plus riche avec les autres... Ce que nous percevons d'eux et sur nous est forcément plus prégnant et plus révélateur aussi! Le mensonge n'a plus de protection et ne résiste pas au regard!

    Quand les hommes (et les femmes) se croisent, ils comparent leur présence au monde: sont-ils forts, séduisants? sûrs d'eux-mêmes? dominants ou dominés? heureux ou malheureux? perdants ou gagnants? On se jauge en un coup d'œil, puis on s'éprouve...

    Mais avant d'aller plus avant, il vaut mieux d'abord considérer le niveau intérieur de la marche, c'est-à-dire le fonctionnement de notre esprit!

    Comme nous sommes exposés, c'est bien sûr notre fragilité, notre perméabilité qui se signalent le plus intensément... et notre tête est une véritable passoire! Cela peut paraître une évidence, mais nous allons voir qu'il n'en est rien pour la majorité!

    En réalité, tous nos traumatismes, toutes nos blessures constituent autant de "trous" dans notre cervelle! Et c'est par ces "trous" qu'entrent et nous pressent nos peurs, nos phobies! C'est par eux que murmurent, parlent et même crient nos névroses!

    Un exemple... Si je suis fatigué, j'ai parfois l'impression que quelqu'un arrive derrière moi et va me bousculer. Cela vient sûrement de mon enfance pleine de tension, de heurts, de drames aussi!

    On m'a si souvent tourmenté que j'en porte forcément l'empreinte et dès que j'ai ce sentiment gênant, qu'on vient à grands pas dans mon dos, ma marche évidemment se tend, se contracte et je finis même par m'écarter, en me rapprochant des façades... Il me faut faire un petit effort pour me retourner et constater encore une fois que j'ai été victime de mes nerfs... ou d'un fantôme!

    Mais, ainsi, chacune de nos pensées commande notre pas et même tout notre corps! C'est notre psychisme qui nous tient comme une marionnette, qui nous redresse ou au contraire nous affaisse! Evidemment, notre condition physique, si elle est bonne, pourra nous aider d'autant... Celui qui a du souffle sera à même de respirer plus facilement et donc de plus vite récupérer! Il possède là un atout qu'il ne finira pas de louer!

    Cependant, une inquiétude et la marche perd de sa souplesse, devient dure... Chacun de nous d'ailleurs à une zone corporelle où toutes les tensions se concentrent... C'est une zone qui devient symptomatique: elle indique par sa douleur notre état de stress et sa dégradation peut conduire à la maladie...

    Je ne saurais trop vous conseiller à ce sujet la lecture du Curiste, d'Hermann Hesse... Ce sont les rhumatismes qui y sont à l'honneur et les vicissitudes de l'écrivain sont aussi drôles que pertinentes!

    Mais l'angoisse même est capable de rendre nos jambes flageolantes! L'individu vit alors une véritable torture et ne cherche plus qu'à se dérober! Il est donc nécessaire de bien connaître son psychisme, afin de mieux le contrôler, et le sage, lui, connaît ses peurs, comme un agriculteur ses vaches...

    Elles ont beau être nombreuses, il pourrait donner à chacune un prénom et il les conduit aussi paisiblement qu'un troupeau qui rentre des champs... Il est donc capable de trouver un équilibre... Il marche avec harmonie, il sait se détendre, éviter les points douloureux... Il ne s'use pas et gagne toujours en force!

    Maître à l'intérieur de lui-même, le sage ne se prive pas de contempler l'extérieur, ceux qu'il croise et il voit avec intérêt quel effet il produit, comment sa présence est perçue!

    La logique est quasiment toujours la même: on essaie de susciter l'attention et l'admiration du sage, car il est considéré comme dominant: sa force est évidente et sa présence et donc son regard comptent! Les femmes veulent lui plaire, car c'est par la séduction qu'elles cherchent elles-mêmes à dominer! N'oublions pas que ce besoin ou ce désir de dominer est instinctif!

    Les hommes voient le sage comme un concurrent, un rival et ils tentent de le supplanter. Ils bombent le torse et font voir un aspect physique dont ils sont fiers! Cela va de la démarche altière jusqu'aux biceps saillants, en passant par la très grande taille ou les abdominaux de fer! Il faut que l'adversaire se sente écrasé!

    Mais c'est un numéro de cirque pour le sage, qui n'y voit que du ridicule et qui n'y cède jamais! Car lui-même n'a pas besoin de se montrer supérieur, pour être à l'aise. De même, il ne répond pas aux femmes, car pourquoi irait-il avec une personne qui est encore en proie à son égoïsme, qui ne s'est pas éveillée en se séparant de lui! Le sage aurait tout à perdre en nouant une telle relation!

    Il est tout de même des réactions qui surprennent le sage, l'inquiètent et le consternent même! Ce sont les femmes chez qui la séduction est absente et qui haïssent d'emblée! Je me rappelle une montée dans un car, au cœur d'une petite ville... J'achetai mon billet auprès du conducteur et regardai où il y avait des places... Je dus alors croiser le regard résolument hostile d'une dizaine de lycéennes et j'aurais été mieux accueilli par des loups affamés!

    Que signifiait une telle haine à l'égard des hommes? Autrement dit que veut cette nouvelle génération de femmes, sinon exclusivement dominer? L'homme est tellement méprisé qu'il n'est même plus vu comme un marchepied, ce qu'il peut être au pire! Le romantisme, visiblement, n'a pas fleuri chez ces femmes et si elles fondent un foyer, elles en seront les maîtres absolus!

    Aujourd'hui, les femmes se plaignent avec raison des abus des hommes, mais elles semblent ignorer que parmi celles qui sont le futur, beaucoup ont déjà quelque chose de monstrueux!

    Pourtant, la haine est la voisine du sage, car si on ne l'impressionne pas, on le méprise! C'est là en effet l'ultime façon de se sentir encore dominant! Mais ce comportement montre aussi combien l'équilibre général, celui de la majorité, n'existe pas, qu'il est une fable, une tromperie, un leurre!

    En effet, tant que nous voulons dominer, nous ne sommes pas libres! Nous avons besoin des autres pour les assujettir ou les tyranniser! C'est leur infériorité qui affirme notre supériorité!

    Mais ce n'est qu'une fuite en avant! Car dans ces conditions nos questions, nos craintes, nos angoisses ne sont ni examinées, ni traitées! Elles n'ont que pour seul remède notre domination et si celle-ci ne fonctionne pas, nous haïssons, car c'est encore l'abîme de l'inconnu qui nous menace!

    Il n'y a pas de paix ici, ni d'évolution! On reste tourmenté, malheureux, prompt au mal!

    Le sage, lui, voit dans la marche son triomphe! Il est sans dominer; c'est ce qui fait sa force d'attraction, sa densité exceptionnelle! Il ne peut rien lui arriver: l'abîme est vaincu!

    Par quel miracle?

    Aucun! Ce n'est que le fruit d'un long travail de patience et de sincérité! Pendant que les autres voulaient jouir, s'imposer, le sage, lui, se demandait s'il était juste; il se diminuait, s'interrogeait laborieusement, même douloureusement!

    Le chemin du sage était plein de cailloux, quand celui des autres avait tout d'une autoroute!

    La nuit du sage paraissait sans fin, quand les autres semblaient briller!

    Le sage avait de la peine, les autres de la morgue!

    Le sage était gauche, hésitant; les autres sûrs d'eux et fonçaient!

    Le sage avait l'air stupide, les autres s'en moquaient!

    Le sage se croyait le dernier, les autres les premiers!

    Le sage était écrasé, les autres péroraient!

    Le sage pleurait, les autres riaient!

    Mais la récompense est là!

    Le sage marche et les autres s'attachent à lui!

    Le sage est tranquille, les autres troublés!

    Le sage est heureux, les autres fermés!

    Le sage sourit, les autres grimacent!

    Le sage devient plus fort, les autres se brisent!

    Le sage rayonne, les autres s'éteignent!

    Le sage aime, les autres détestent!

    Le sage est confiant, les autres maudissent!

    Le sage chante, les autres ruminent!

    Le sage respire, les autres s'étouffent!

    Le sage vit, les autres meurent!   

Casse tete

D'un casse-tête

Le 16/06/2018

Casse tete

 

 

 

 

 

    Comme il est dur de changer les gens! On a les solutions, pour que la vie soit meilleure et même pour que le plus grand nombre soit plus heureux, mais on est forcé de garder pour soi ce que l'on sait; on est condamné au mutisme, ou peu s'en faut, et chaque jour on voit se répéter les mêmes erreurs, les mêmes pièges et donc les mêmes larmes, les même cris, les mêmes désastres!

    C'est que l'orgueil, ou l'amour-propre, empêche l'écoute, la docilité, le changement, le progrès; chacun tenant à se montrer le plus fier, le plus fort, comme ayant le mieux réussi! Chacun aurait l'impression de s'humilier, s'il venait à demander conseil, s'il se présentait diminué, désemparé... et on en veut à ceux qui nous ont vus ainsi!

    Il n'est pas question non plus d'imposer les remèdes, de menacer, de terroriser, même si c'est la raison qui nous guide, même si le but que l'on veut atteindre est le plus louable qui soit! Que serait un sage qui s'inquiéterait? qui réclamerait comme n'importe quel quidam, comme n'importe quel égoïste primaire, son droit de parole, sa juste place dans la société, les égards qui lui sont dus?

     Ce serait un sage illogique, absurde, inconséquent, qui prônerait la modestie, la patience, avec morgue et colère! Il ne serait pas une bonne enseigne pour sa pensée, une bonne publicité pour son savoir! Il vaut mieux que le sage attire justement par sa différence, sa force mystérieuse, sa beauté même! Il doit être un questionnement pour les gens, une sorte d'extraterrestre! On doit se demander comment il fait, quel est son secret?

    On doit avoir envie de le regarder, de le croiser, de susciter son attention! On doit vouloir s'en faire remarquer, car on doit penser que son œil compte, que son avis est important! Que serait un sage qui ne serait pas l'image même du bonheur qu'il est censé posséder? Il serait comme un psychiatre ou un nutritionniste qui fument! à peine plus qu'un charlatan!

    Mais même si le sage provoque l'intérêt, il ne peut brusquer et il intervient beaucoup moins qu'il n'est témoin! Pour qu'un individu accepte de changer, il faut qu'il soit placé devant une impossibilité, une impasse, et peut-être même faut-il qu'il soit "anéanti", que ses défenses soient brisées, que son orgueil ait disparu!

    Tant que les conditions de vie sont les mêmes et surtout si celles-ci sont confortables, l'homme ne voit aucune raison d'évoluer, de "s'ouvrir" à la nouveauté (ceci ne concerne pas les gadgets) et encore moins de se laisser conduire! L'histoire est riche d'exemples qui illustrent bien ce quasi principe!

    Revenons aux événements les plus extraordinaires et les plus dramatiques qui ont touché l'Europe et sans doute l'humanité! A peine la deuxième guerre mondiale est terminée, que le peuple anglais limoge son guide, son défenseur, son meneur, Winston Churchill! Il ne reste pas un jour de plus en place!

    On lui avait remis les clés de la maison, quand l'ombre d'Hitler la couvrait en entier, mais sitôt le soleil revenu, l'orgueil de chacun reprend ses droits, crie de nouveau famine! Dehors le leader, on n'a plus besoin de lui! N'avaient été les bombes, l'autorité d'un seul aurait été insupportable!

    Ce fut différent en France, où l'écrasement, le malheur fut plus complet, fut radical; où on ne fut pas moins menacé que d'"extinction"! La France de Vichy, c'est la nuit, c'est la trahison qui s'ajoute à la défaite; la honte à la terreur! On ne peut pas tomber plus bas! Il n'y a aucun honneur auquel se raccrocher, aucune compensation à la reddition! Cela n'a été qu'un renoncement, un glissement de vieillard!

    Aussi, du fond de son cachot, la France désespérée salue-t-elle la lumière du général de Gaulle, comme celle du sauveur! Elle ne veut que lui! Elle ne veut être conduite que par lui! Car l'épreuve l'a anéantie! Son orgueil n'existe plus! Elle veut simplement "boire", respirer, et le général est son eau, son air! Elle sera docile, elle lui obéira!

    Et le général construira sa politique grâce aux referendums, au soutien, à l'amour, au respect de la population, pour celui qui l'a libérée, qui a mis fin à son cauchemar! Cela durera des années! Tous les chefs de parti, qui rêvent du pouvoir, devront se plier à cet hommage, à cette façon de faire; devront reconnaître l'autorité, la suprématie du général, jusqu'à ce qu'il "tire trop sur la corde"!

    En 1969, lors d'un referendum sur les régions, il dira:" Françaises, Français, dans ce qu'il va advenir de la France, jamais la décision de chacune et de chacun de vous n'aura pesé aussi lourd!" Comment le général peut-il faire croire que dans une réforme administrative, il y va comme à la libération du pays? La situation a bien changé; depuis longtemps déjà le quotidien est redevenu rassurant, l'effroi est bien derrière!

    Les paroles du général jettent même un voile sur sa conduite passée, puisque la gravité d'hier semble confondue avec la tranquillité d'aujourd'hui! Et la sanction tombe: le referendum est hostile au général, de sorte qu'il démissionne! Le prophète s'en va de lui-même, après s'être inexplicablement discrédité! Mais cette histoire d'amour était sans doute trop forte, pour que le général accepte un refroidissement, et c'est une rupture, sèche!

    Cependant, les catastrophes naturelles produisent un terrain également favorable à la diminution des égoïsmes... Faut-il entasser des sacs, pour empêcher l'eau d'envahir la ville? Et voilà tous ses habitants mobilisés, soudés, retrouvant le sens du mot solidarité; et même plaisantant, présentant tous les signes du bonheur, malgré le danger! C'est que celui-ci focalise l'attention, enlève le poids des tourments quotidiens, clarifie pleinement la voie à suivre, ce qui en définitive apaise et responsabilise!

    Bien sûr, il y a toujours des esprits contraires, des brebis radicalement galeuses, qui voient au contraire dans le moment une occasion supplémentaire d'accroître leur profit, leur pouvoir; mais, dans l'ensemble, les circonstances exceptionnelles, si elles ne nous détruisent pas, nous rendent meilleurs, selon la formule presque consacrée aujourd'hui. 

    Mais cela veut dire que tant que l'environnement ne change pas, nous ne sentons nul besoin de grandir, et pourquoi alors se contrarier? C'est donc à un tumulte journalier, à une ménagerie bruyante et féroce, qu'assiste le sage, en se demandant quel pourrait être son rôle, s'il sert vraiment à quelque chose et ses questions peuvent finir par l'étioler, comme une fleur qui ne peut pousser faute d'espace!

    Prenons par exemple un problème qui préoccupe en ce moment l'actualité, celui du gouffre produit par les aides sociales! Il est normal que Macron, qui veut rétablir la puissance de la France et son équilibre, soit horrifié par ce budget aussi bigarré que colossal! Il est normal encore qu'il s'interroge sur la valeur, la nécessité de ses aides, car elles sont sans pareilles dans le monde vraisemblablement, et nous savons combien ailleurs il faut lutter pour vivre et que même le sens de l'existence ne peut se passer de cette lutte!

    Notez cependant un signe inquiétant chez Macron, c'est qu'il peine à formuler exactement ses phrases, ce qui traduit son impatience et son manque de sang-froid, tant il est vrai que s'énonce bien ce qui se pense bien et précisément! L'inexpérience et même l'immaturité de Macron seront certainement pour nous, comme pour lui, la source de bien de déconvenues et de chagrins!

    Mais de l'autre côté, face à lui, il y a bien entendu les ardents défenseurs de ces mêmes aides sociales, et qui crient aussitôt au président des riches, comme si on les égorgeait au coin d'un bois! Ceux-là, on les comprend aussi, mais nous savons tous que "ça" ne peut pas continuer comme ça; que nous sommes trop privilégiés, que nous vivons au-dessus de nos moyens, etc.!

    Il faut donc des réformes, mais le problème est autrement plus complexe qu'il n'y paraît, comme le sait le sage. De même qu'on ne pourra pas résoudre le réchauffement climatique, uniquement en diminuant les gaz à effet de serre, de même on ne peut traiter la pauvreté uniquement sur le plan économique... Il faut voir d'une manière bien plus profonde et considérez par exemple ceci...

    Beaucoup de bénéficiaires du RSA sont des exclus; ils ont été écrasés par l'égoïsme ambiant, en fait des plus forts! Ce qu'ils demandent d'abord, c'est un peu de sécurité, afin de panser leurs plaies! Mais cela veut dire qu'on ne pourra éradiquer la pauvreté, si on ne travaille pas à une justice plus générale, ce qui implique un changement dans les comportements, qui ne pourra lui-même se faire sans donner les raisons qui font que l'égoïsme constitue une impasse, en étant incapable de nous rendre heureux! Ouf!

    Imaginez le sage expliquant cela, en plein débat sur la question! Il ne serait même pas entendu, tant les passions sont fortes! On se demanderait quel doux dingue il est! Et on passerait rapidement aux choses sérieuses, à l'affrontement musclé, et on n'apporterait rien de solide pour l'avenir!

   Le sage doit donc en prendre son parti; il sera toujours en butte à l'incompréhension... et même à la haine! En effet, le bonheur et la paix du sage, qui apparaissent comme sa réussite, suscitent bien des jalousies et donc de la colère et du mépris! Ce sont les ingrédients du même poison!

    Les plus voraces d'entre nous ne cherchent pas à comprendre, mais à détruire! Ils suspectent aussitôt le sage de mille travers, de mille fourberies, car pour eux une telle santé, un tel éclat ne peut que venir d'une tromperie... C'est comme une injure à leur propre intégrité! Et comme ils sont prompts à faire valoir leurs qualités, leurs efforts, leur valeur! Ils pourraient même faire trembler Fouquier-Tinville, tellement ils sont persuadés d'être justes!

    Il ne viendrait même pas à l'idée de ces mêmes violents que c'est justement leur avidité, la férocité de leurs appétits, qui les condamne et en fait des âmes en peine! La sagesse est accessible à tous, il suffit de vouloir la comprendre et l'acquérir! Mais même cela donne la nausée et provoque le dégoût de cette France irascible et tout le temps inquiète!

    Là encore le sage est poussé vers le calme de la nature, où sûrement Dieu se repose! Le sage reprend ses esprits au contact de la beauté des fleurs et des animaux... et il pourrait céder à la mélancolie des solitudes, si lui-même n'était pas au fond un homme comme les autres, que le printemps influence et fait fleurir!

    Car le sage a dû gagner en force, à la suite de l'hiver! Si ce n'est pas le cas, il était et est sur la mauvaise voie! Pour son plus grand plaisir, il doit être maintenant capable de dire à certains leur fait! La clarté de son jugement, la finesse et l'étendue de sa compréhension doivent éclater au grand jour! Car c'est celui qui est proche de la vérité qui est le maître! Car le monde n'est pas abandonné au chaos et aux mensonges! 

    Le tumulte des villes ne règne pas sous les nuages; tout au plus peut-il avoir cette illusion! Le sage est la lumière du monde, car lui-même a cherché la lumière! Sa force, sa paix témoignent de la bonne direction de ses pas... et peu importent les rages et les grincements de dents, de tous ceux qui le jalousent et ne veulent pas l'imiter!

    Le sage doit à présent être capable d'essuyer la contradiction, la mauvaise foi, le reproche et la haine! La fleur de la sagesse a gagné en maturité et en solidité, sinon elle ne poussait pas dans le bon sens! Ce qui l'effrayait hier doit maintenant lui faire hausser les épaules; ne pas lui donner de sueur froides, ou l'envie de fuir!

    C'est le sage qui sait, c'est lui qui possède le monde, car celui-ci est aussi gouverné par la sagesse! Le sage, de par sa perfection, en est le garant! Ce n'est pas le violent, celui qui crie, qui est amer, ou même sournois, qui commande! même s'il en donne l'impression!

    Le sage n'en finira pas d'être toujours plus tranquille, et plus heureux! Les conditions de la vie lui feront toujours de moins en moins peur... Il se dégagera de lui comme un parfum d'éternité, et pour celui qui sait regarder, un espoir sans bornes!

    Le sage pourra réduire le tyran à la taille d'un petit pois, et lui montrer que sa vie, que les honneurs qu'il croyait posséder, ne sont rien! que la puissance dont il se targuait a disparu! Le sage fait voir que le vent emporte le méchant (ou la méchante bien entendu!), qu'il suffit d'un souffle pour le chasser!

    Le sage est utile à la société sans qu'elle s'en doute et donc le reconnaisse... Il organise, il solidifie, il répare, il construit sans le dire, sans le revendiquer... Il travaille aussi à la justice, mais sans haine et sans s'énerver... Il est comme un trésor au-dessous des vagues; il est comme un baume dans le flot des blessures!   

Rimbaud

Sur Rimbaud

Le 09/06/2018

Rimbaud

 

 

 

 

 

    "Reprenons les chemins d'ici, chargés de mon vice...", disait Arthur Rimbaud et oui, reprenons cette chronique, mais pour parler justement du poète légendaire!

    On a bien entendu beaucoup dit sur le personnage, car il est fascinant (quoique l'oubli accomplisse son œuvre...) et surtout on trouve à son sujet beaucoup de bêtises! Certains, pour expliquer son insuccès, l'ont qualifié de génie impatient, car la société est juste et nous brûlons tous de reconnaître le vrai talent!

    Nous ne sommes pas guidés par notre égoïsme, comme je l'ai déjà maintes fois démontré, et si Rimbaud, ma foi, avait bien voulu attendre, se contenir un tant soit peu; s'il s'était montré raisonnable, comme tout citoyen qui se présente aux portes de la vie et qui prend le nom d'homme, eh bien, nul doute que serait venue la reconnaissance, les honneurs, la célébrité! La justice n'est qu'une question de temps; elle n'a pas à lutter contre l'avidité générale, et bref, dormez braves gens, tout va bien! Le mal est une invention des fanatiques et "quand on veut, on peut"!

    Certains sont tellement hypocrites, qu'ils bâillent assis sur le faible!

    D'autres, plus sévères, plus responsables aussi, accusent, montrent du doigt et traitent Rimbaud de déserteur! Ils se placent ainsi d'emblée dans une position supérieure au poète! Mais à quel devoir aurait manqué celui-ci? Mais, monsieur est parti en Afrique, alors qu'il y avait la société de demain à construire ici! Monsieur a préféré mettre son intelligence au service de je ne sais quel négoce! Il a renié son génie pour l'aventure!

    Egoïste, va! Le confort de nos pays ne favorise-t-il pas les affres de la conscience? La recherche de notre identité, une fois notre ventre rempli, ne requiert-elle pas tous les talents? Oh! Rimbaud, n'aurais-tu pas voulu siéger au parlement européen, en compagnie de MAM ou de Rachida Dati?

    Et Houellebecq, et d'Ormesson, et France culture?

    Ceux qui traitent Rimbaud de déserteur auraient été les premiers à le mépriser et à vouloir le détruire, s'il avait rejoint leur rang! "Ses ailes trop grandes" auraient fait éclater leur médiocrité! Comment peut-on être aussi aveugle sur soi et sur le monde? Mais "quand le loup n'y est pas", on passe pour courageux, pour avertis!

    Toutefois, ceux encore qui croient que Rimbaud a été plus heureux en Afrique qu'en France; ceux-là ont bien découvert la terre sèche et la pauvreté noire; mais ils ne s'y sont pas "jetés" entièrement: leur passeport est resté propre et leur bourse bien cachée!

    Vouloir réussir dans le commerce, où les lois sont celles du plus fort, et a fortiori pour une nature d'abord sensible, se révèle forcément un chemin de croix: il faut être né pour ça! Il faut être plus dur que les autres, sans pitié: la réussite est à ce prix!

    C'est bien simple: la dernière photo de Rimbaud pourrait être celle de Seznec à Cayenne!

    Mais là encore on a des voyageurs et des admirateurs du poète, comme de grandes oies blanches, et dont l'affectation n'est pas loin de celle des milieux littéraires des capitales!

    Rimbaud blessé souffre bientôt le martyr... Sur le paquebot qui le ramène en France, sa gangrène est comme en croisière... A Marseille, on lui coupe la jambe et il meurt en s'écriant: "Pourquoi vivons-nous?" Qui voudrait d'une telle fin?

    Allez, on va rafraîchir tout ça! On va en profiter pour en extirper quelque chose d'intéressant, d'utile! On va se servir de notre expérience anonyme, car la perversion ou la cécité ne viennent-elles pas avec la satisfaction?

    Cela commence par "un caprice" de la nature, un "casse-tête" pour la science! Dans un "trou" de province, Charleville-Mézières et dans une famille "rurale" naît un étrange garçon, rêveur, secret et d'une imagination débordante!

    C'est l'enfance, l'adolescence, l'éveil des forces et des sens, comme les jeunes animaux se découvrent, et le poète apprend à connaître son bizarre instrument: c'est assez rigide à cause des mots, de la grammaire, mais par contre, oh là, l'idée fuse! La vison est infinie! Elle est ici sur la fleur et attention! elle est maintenant sur Mars! dans un cratère! Ou bien elle accompagne les morts, qui marchent péniblement! Ou bien elle sourit à la baleine!

    Elle a la vitesse de la lumière! Elle est même peut-être plus rapide qu'elle! Toutes les fêtes sont possibles! Le poète s'émerveille de son don: "Oh là là! Que d'amours splendides j'ai rêvées!" C'est une danse de l'esprit! Un enchantement! Une valse!

    L'énergie semble inépuisable! La verdeur de la vie foisonne! On fait tourner le vers autour de son doigt: on est comme un forgeron des mots! On frappe l'incandescence! On la trempe et on la jette en pâture, comme un diamant qui roule! Allez, dégustez! Je suis le plus fort! Tu veux quoi, mon bonhomme? Des topazes, des rubis, des émeraudes? Tiens, prends!

    Ivresse!

    Le printemps, c'est la fête de la lumière! C'est le bourgeon qui éclate en fleur! Et puis...

    Et puis, brusquement, tout est gris! Il y a des bruits de cachots! des murmures! Il y a le vent contraire, qui n'en finit pas! On peine à marcher! On ne comprend pas! Pourquoi soudain toute cette misère? cette pesanteur? Hier, on volait! Aujourd'hui, on a froid, on boit sa soupe, en silence, sous l'œil goguenard de quelques uns!

    Que s'est-il passé? Voyons voir: "Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin...", mais maintenant? Quelle marche ai-je loupé? J'ai pourtant donné le meilleur de moi-même! Comprends pas!

    Qu'est-ce que je suis fatigué? J'ai l'impression d'avoir mille ans! "Moi qui me suis dit mage ou ange, me voilà avec un devoir à chercher!" C'était si bon là-haut! C'était si fort!

    En fait, chacun est appelé à mûrir et à découvrir les autres... Le monde ne tourne pas autour de nous! Il est là, ici, là-bas... Il est constitué des aspirations de tous; il est le fruit de tous les égoïsmes et de toutes les sagesses! Il est impossible de le transformer tel qu'on le voudrait... C'est plutôt à nous de nous adapter!

    Et d'abord, qu'est-ce qui nous blesse, nous use, nous détruit? C'est bien sûr nos névroses, nos failles, nos peurs , nos traumatismes! Qui viennent d'où? Mais de toute la chaîne de l'évolution humaine! Chaque homme est conduit à se développer et s'il refuse de s'améliorer, parce qu'il préfère jouir de ses appétits, nier ses peurs, il est pour les autres "à charge"! Il est une source de blessures, de désordre, de chaos, de peines!

    Nos tourments nous épuisent et nous font penser ou écrire des bêtises...: "Par l'esprit, on va à Dieu! Déchirante infortune!" s'écrie Rimb, qui n'avait pas son pareil pour la formule!

    Mais pour qui prend-il Dieu? Pour un usurier, un sadique, un esclavagiste? Celui qui se pacifie voit très bien qu'il n'y a pas d'opposition entre la chair et l'esprit! On peut renoncer au sexe, ou tout du moins s'en méfier, mais parce qu'on comprend qu'il peut conduire à l'égoïsme, à la domination! Mais alors, cela n'a rien de "déchirant"! C'est voulu, compris, senti comme un progrès! Il n'y a là rien de forcé!

    Rimb refuse la morale, l'effort "chrétien", "Patience et science, le supplice est sûr!" dit-il. Mais la sagesse n'est pas une souffrance! C'est une harmonie! C'est une joie, une paix, ce que désirait justement Rimbaud, être heureux!

    La vie est faite pour nous, pour qu'on "s'y sente bien". Les animaux s'y épanouiraient et pas nous? Cela n'a pas de sens!

    Et la sagesse n'est pas le seul fruit de la religion! Tout le monde peut y avoir accès, à condition de le vouloir, et cela ne demande que de l'observation et un peu de jugeote! Les lois sont simples! Si nous voulons satisfaire notre égoïsme, c'est-à-dire dominer ou nous montrer supérieurs, nous ne pouvons pas ne pas devenir un tyran et ne pas faire le mal! (car chacun bien entendu veut être le chef!)

    Mais comment alors être en paix ou heureux, si on veut calmer les vagues, les aplatir, les diriger, les contrôler?

    Comment ne pas être gagné par la haine et le mépris, quand on veut dominer le monde?

    L'orgueil souffrant, l'amour-propre blessé, calculateur; la parade, ce sont les gangrènes de nos sociétés!

    Rimbaud est sans doute impatient, mais partir en Afrique n'est pas, comme il croit, un chemin vers l'arc-en-ciel; ce n'est pas le refus du dur labeur quotidien; mais c'est encore un coup de cravache, d'éperon qu'il se donne! Il continue à se faire mal!

    Il veut montrer qu'il peut être un bon commerçant, que ses employeurs pourront être fiers de lui! Oui da, le poète sait aussi travailler avec ses mains! Vous allez voir! Passez-moi la faux et vous verrez que j'arriverai avant vous au bout du champ! Le paysan regarde le phénomène... et le prend en pitié!

    Il s'agit de se connaître, de s'accepter tel qu'on est! On est une personnalité, pas mille! On est fait pour certaines choses, pas pour d'autres!

    D'accord, au début, on est dans le brouillard... et on peut même se tuer sur le parcours, tellement on est malheureux! Et j'ai dit que chaque homme qui refuse d'évoluer ajoute au chaos!

    Mais la vie n'est pas faite pour souffrir, elle ne nous est pas hostile par essence! Bien au contraire! La nature est généreuse au-delà même de tout ce que nous pouvons imaginer!

    Je le répète, la beauté est infinie! Et cela devrait être pour nous plein d'enseignements!

    C'est pas le malheur que fuit Rimbaud, c'est le bonheur!

    Son rêve ne devient plus que celui des hommes vides: gagner de l'argent!

    Pourquoi agit-il ainsi? Mais parce qu'il se blesse encore!

    Il y a ceux qui se persuadent que le bonheur est dans leur tyrannie, et s'ils s'ennuient ou sont déçus, ils veulent encore plus de tyrannie! Ils se disent qu'il faut encore en "mettre une couche"!

    _ Le char ne passe pas, mon commandant!

    _ Essayez encore! Appuyez sur l'accélérateur!

    _ On dirait qu'on est passé sur quelque chose!

    _ Oui, des faibles! Ils ont failli nous engluer! A force de fayots sans doute! Ah! ah!

    _ Vous êtes génial, mon commandant!

    Et puis il y a ceux qui, comme Rimbaud, essayent, cherchent, mais qui sont détruits en route!

    L'apaisement a manqué à l'auteur du Bateau ivre... et sa vie et sa mort ont été bien amères! Mais il n'y a pas de fatalité, le malheur n'est pas irrémédiable! Le rêveur génial pouvait continuer à rêver... Il eût suffi que sa gamelle ne fût pas vide! Il n'était nullement nécessaire d'un succès littéraire ou autre...

    De même que la beauté, la découverte de la vie est infinie! La sagesse est certainement la plus formidable aventure qui soit! Les surprises y sont incroyables! Aussi consternantes que grandioses! Cela dépend si elles concernent le gâchis humain, la paresse du plus grand nombre, ou bien si elles portent sur la profondeur, l'exactitude et même la simplicité des lois, de la logique qui nous régissent!

    Et il n'y a là nul enfermement, mais un plaisir qui nous convient parfaitement, une reconnaissance joyeuse et lumineuse!

    La tristesse, l'impasse, c'est la haine, le mépris, la jalousie! C'est la glace, tandis que l'homme paisible n'envie personne, mais s'enchante!

De gaulle

Sur le Général

Le 02/06/2018

De gaulle

 

 

 

 

 

    Je ne me rappelle pas m'être dit un jour: "Voilà un homme!", en découvrant la personnalité d'un tel, mais c'est pourtant ce qui m'est arrivé à propos du général de Gaulle, et même je me suis écrié plusieurs fois: "Quel homme!"

    Evidemment, pour comprendre le général, la matière première ce sont ses Mémoires et surtout ses Mémoires de guerre. Celles-ci pourraient d'ailleurs être intitulées: "De Gaulle chez les fous!", puisqu'il va devoir combattre tout le monde, afin de faire triompher non seulement la France, mais même la raison!

    Il va s'opposer bien entendu aux Allemands (ce ne sera malheureusement pas une évidence pour tout le monde...), mais aussi à Vichy, aux Anglais, aux Américains et il lui faudra en plus subir des défections, voire des trahisons, dans son propre "camp" et bref, il deviendra un véritable champion, pour lutter contre toutes les susceptibilités, ce qui demande des ménagements et donc une patience quasi extraterrestre!

    Nous verrons que de Gaulle n'a pas un caractère indomptable et dominateur, mais qu'il est exigeant et obstiné, parce qu'il veut atteindre un but et que celui-ci dépasse les intérêts particuliers, pour mieux servir la France! Cependant, les plus égoïstes, à travers leur hypocrisie, lui reprocheront toujours des ambitions de dictateur; et c'est au fond "l'hospice qui se moque de la charité!"

    Certes, les Mémoires sont la vision d'un seul homme, mais les faits racontés sont si clairs, si logiques qu'ils ne peuvent être éloignés de la vérité, et, en tout cas, ils ne souffrent pas, comme souvent, de ces égotismes d'auteurs qui lassent et qui embrouillent!

    On pourrait encore considérer les Mémoires avec l'œil du psychanalyste, car le général s'identifie étrangement à la France et quand il parle d'elle, il semble aussi parler de lui et vice-versa. Dans son esprit, la France est une mère et aussi sans doute une femme, mais les résultats sont là et les chimères, les troubles, dont la psychanalyse est si friande, n'ont plus leur place!

    Mais commençons cette formidable aventure, qui vaut largement celle d'Ulysse!

    En 1939, le général n'est encore que colonel, mais il est un militaire "moderne"! Pour lui, les guerres ne s'effectueront plus un front s'opposant à un autre, comme en 14, mais par l'action rapide d'une force mécanique, et notamment par les chars, soutenus par l'aviation. C'est que la révolution industrielle a définitivement changé le monde, nous sommes à l'ère de la machine, tandis que l'armée française est encore fière de posséder une cavalerie!

    Le général rassemble ses idées dans un livre, qui est très peu lu, et pourtant celui-ci décrit involontairement la future tactique d'Hitler, pour envahir la France..., mais si on écoutait les prophètes, ils n'auraient sans doute pas lieu d'être!

    Toutefois, ce livre, qui constitue donc un infime événement, serait à l'origine de l'aversion que vouera le maréchal Pétain, à l'encontre de de Gaulle, puisque le "vainqueur" de Verdun aurait voulu en écrire l'entière préface et que de Gaulle lui aurait demandé son parrainage! C'est un malentendu entre les deux hommes et une blessure d'orgueil pour Pétain, qui comme toutes les blessures d'orgueil s'empoisonne, au point de devenir irrémédiable, sans qu'on sache trop bien pourquoi!

    Mais la vision novatrice de de Gaulle a attiré l'attention de Paul Reynaud, le chef du gouvernement, qui était l'homme fort du pays, puisqu'à l'époque le Président de la République ne pouvait que "regarder passer les trains"!

    Voilà donc le général au ministère de la Guerre, comme conseiller, et tel le veut l'usage dès qu'on réussit, en proie aux quolibets et au mépris de généraux de la "vieille garde", qui jugent leur système le meilleur du monde, sans qu'il y ait besoin de changements, ni d'améliorations; ce que viendra confirmer Hitler quelques mois plus tard!

    En effet, le "loup" allemand perce dans les Ardennes, après avoir entraîné le gros des chasseurs sur la Belgique... C'est le fameux "verrou" de Sedan qui saute, sous la pression de quelques division de Panzers, et c'est par là que va couler le navire appelé France!

    Cependant, de Gaulle défend bien son secteur (on a quand même tiré quelques coups de feu!) et à cette occasion il est promu au grade de général (ce qu'on regrettera par la suite!) Mais Paul Reynaud a besoin de lui et le fait appeler, parce que la lucidité, la clairvoyance de de Gaulle est malheureusement en train d'être démontrée, de la manière la plus écrasante qui soit!

    D'ailleurs, le gouvernement est à la dérive: on jette des documents par les fenêtres, pour les brûler et on s'en va, on rejoint tous ceux qui fuient sur les routes! Imaginez de Gaulle, Paul Reynaud et les ministres au milieu de cette cohue, de cette détresse, dont ils ne peuvent pas ne pas se sentir en partie responsables!

    Les vicissitudes du gouvernement durant la débâcle laissent loin derrière celles d'une pièce d'au Théâtre ce soir! On se retrouve dans des châteaux, en rase campagne, sans téléphone, et on se demande où sont les Allemands! Ils progressent sûrement et on déménage jusqu'à Bordeaux, car la "tête" doit rester libre!

    Au bord de la Gironde, deux "partis" se créent! Il y a celui de Reynaud et de de Gaulle, qui veulent continuer la lutte, en installant le gouvernement en Afrique du Nord, qui est encore territoire français à l'époque. En cela, on imiterait les "souverainetés" belge et hollandaise, qui ont trouvé refuge en Angleterre et il n'est pas rare que ce soit les plus petits qui montrent l'exemple!

    Mais le parti opposé, surtout représenté par le généralissime (le commandant en chef) Weygand, et dans lequel vient s'immiscer Pétain, ce parti-là veut à tout prix l'armistice! Si la situation est tendue, car des hommes continuent à se faire tuer, de ce côté on est également persuadé que l'Angleterre succombera comme la France!

    Décrire les débats, les tractations, demanderait tout un livre, et il y en a un qui le fait très précisément, bien qu'il soit légèrement indigeste (mais pour un Français, sur la question, on dévorerait même un fer à cheval!), c'est le livre de William L. Shirer, La chute de la troisième République!

    Shirer était un journaliste américain, correspondant à Berlin, amoureux de la France, et dont le livre phare et extraordinaire est "Le troisième Reich, des origines à la chute". D'ailleurs, Shirer raconte un événement qui concerne de Gaulle et que le général passe sous silence dans ses Mémoires...

    Assez vite, le général comprend que l'armistice va l'emporter et il décide de partir avec l'avion des représentants anglais, qui sont venus se rendre compte des décisions françaises... Mais le général a tellement peur que Weygand donne l'ordre de l'arrêter, qu'il demande d'abord aux Anglais de commencer à décoller sans lui...; puis subitement il court vers l'avion, dans lequel on hisse non sans mal sa "grande carcasse"! C'est par du James Bond à la française que s'envole cette incroyable destinée!

    A Londres, Churchill, qui a connu de Gaulle auprès de Raynaud, lui permet d'utiliser la BBC: c'est le fameux appel du 18 juin! En France, aujourd'hui, on en semble fier, mais à l'époque qui a entendu cet appel dans la confusion? Peu importe! Puisque la France est désormais gouverné illégitimement, le général sera la France! par respect, par amour pour elle!

    Cela veut dire que chaque interlocuteur du général n'aura pas affaire seulement à de Gaulle, mais à la France! et ce qu'elle représente! entre autres la première puissance mondiale au lendemain de 14! Ce n'est que sur cette base que le général pourra rendre à la France, à la fin de la guerre, tout son rang, son rôle et son indépendance! Traiter autrement avec les alliés et le prestige, la grandeur de la France seront entamées!

    Le général sera inexorable, à la plus grande stupéfaction des alliés, mais aussi en provoquant leur irritation, leur colère et même leur haine! Exaspéré, un jour Churchill criera au général: " Pour moi, vous ne représentez pas la France, je ne vous reconnais pas ce droit, vous n'êtes rien!" Mais le général va apparaître encore plus flegmatique que le plus flegmatique des Anglais... C'est au point que ceux-ci se révèlent bien émotifs!

    D'ailleurs, le général décrit les crises anglaises: "Il y a d'abord, dit-il, des conseils, puis des menaces, puis une rupture, jusqu'à ce que le dialogue se renoue... Il suffit d'attendre!" Le général est l'homme courageux qui tient la barre, qui se maintient ferme, quels que soient les coups de boutoirs des événements! Sa figure de proue, c'est la France!

    Mais pourquoi les Anglais finissent-ils toujours par revenir au général? C'est qu'il explique son attitude par des lettres, des télégrammes et ses explications sont d'une telle justesse qu'on ne peut pas ne pas être convaincu! On se rend devant une telle dignité, une telle profondeur de jugement, une telle lucidité, une telle sagesse aussi!

    Mais voilà le colosse américain! avec dans son crâne Théodore Roosevelt! qui n'aime pas de Gaulle! C'est que si Superman sauve le monde, c'est à sa manière, comme il dit, et surtout pas en compagnie d'aventuriers, de têtes brûlées!

    Si l'Amérique se déplace, alors devant tout devient américain! même l'Angleterre qui n'est bientôt plus qu'un immense camp GI! Et puis tout le monde connaît au cinéma la pratique des remake, qui montre l'incapacité américaine à reconnaître, à comprendre la différence!

    Roosevelt essaie d'abord de traiter avec Vichy, c'est-à-dire avec ceux qui ont condamné à mort le général, et c'est donc faire preuve à son égard du plus grand mépris! Mais comme le "plancher est vraiment pourri" par là, on va opposer à de Gaulle, le général Giraud, qui vient de s'évader d'une prison allemande. Pourquoi? Mais parce que Giraud est malléable! Il aura ainsi droit à tout l'armement qu'il "voudra"!

    C'est une nouvelle injure pour de Gaulle; c'est la fourmi industrieuse écrasée par le pied du géant! Mais, au nom de la France, de Gaulle devra composer avec Giraud, jusqu'à ce que celui-ci admette de lui-même son incapacité à gouverner!

    Le commandant, avec soulagement, se retrouve de nouveau seul sur la "passerelle"! Et après Bir Hakeim et ses nombreux exploits lors de la reconquête de l'Italie, la nouvelle armée française, celle de la France combattante, celle créée par de Gaulle, devient indispensable aux alliés!

    Il ne reste plus au général qu'à pousser pour que ce soit des Français qui libèrent Paris (division Leclerc), comme si c'était des Français qui libéraient eux-mêmes leur pays! Et il ne reste plus au général qu'à pousser pour que des Français, malgré la mauvaise volonté des alliés, qui au fond ne voudraient pas voir la France à la table de la victoire, participent également au combat sur le sol allemand; et c'est de Lattre qui prend Stuttgart!

    Le général a réussi à renverser presque totalement l'effet catastrophique de Vichy! Au sortir de la guerre, la France est de nouveau reconnue comme une puissance mondiale! Pour des millions de gens, non seulement en France, mais partout dans le monde, de Gaulle est devenu le symbole de l'espoir, de la liberté et même de la justice, car les alliés font trop souvent sentir leur autoritarisme!

    Sans le général, nous serions bien plus marqués par cet épisode honteux de notre histoire! Nous serions aussi entièrement dépendants des Etats-Unis, en ce qui concerne notre défense, car nous n'aurions pas de force nucléaire! Et notamment nous n'aurions jamais pu faire valoir notre droit de veto à l'ONU, lors de l'"affaire" des armes de destruction massive!

    Sans le général, nous aurions peut-être toujours la constitution de la troisième et quatrième Républiques, celle qui produisait une politique déséquilibrée et qui nous a conduits à la débâcle et à la menace du coup d'état militaire de 1958!

    Sans le général, il n'y aurait probablement pas d'Europe, puisque c'est le couple de Gaulle Adenauer qui en a posé les fondations!

    Sans le général, l'indépendance de l'Algérie se serait soldée par un bain de sang!

    On pourrait allonger la liste et continuer à surprendre, mais la place nous manque... En mai 68, une page se tourne et le général mourra deux ans plus tard. C'est le privilège de la jeunesse qu'elle ne pense qu'à elle-même! C'est une condition de son développement! Mais celui qui ouvre les yeux, tôt ou tard, retrouvera sur sa route les morts, tous ceux qui dans des circonstances dramatiques ont donné leur vie, pour que nous puissions vivre librement, et même nous galvauder!

    Cependant, rien que pour le plaisir: "Général Koenig, sachez, vous et vos hommes, que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil!" Message de de Gaulle au lendemain de Bir Hakeim!

De la conscience

De la conscience

Le 26/05/2018

De la conscience

 

 

 

 

 

 

    On peut être conduit à envier les animaux, car apparemment ils ne subissent pas nos tourments et il est vrai que la première moitié de la vie peut avoir l'air d'un tunnel sans issue; les désespoirs se succédant comme des vagues; les angoisses produisant l'effet d'un choc électrique; les chagrins nous submergeant!

    Beaucoup pourtant semblent privilégiés et donnent l'impression d'être plus équilibrés ou plus épanouis. L'écrivain Thomas Mann, dont la naïveté est étonnante, fait l'éloge de ces soi-disant bien-portants, notamment dans son Tonio Kröger. Il y admire les individus à l'aise en société, nullement éteints par une quelconque névrose, et qui "savent" profiter des plaisirs de l'existence. Ainsi, il décrit des danseurs, fiers d'être beaux, qui se meuvent avec grâce, qui sont triomphants; tandis que lui-même se voit tel un malade, un inadapté, parfait représentant de la classe "embarrassée" par l'esprit, des "araignées", des dolents, des lourds, des maladroits! Chez Mann, la sensibilité est vue comme une faiblesse (essentiellement parce qu'elle fait souffrir)!

    Mais nous allons montrer que les "dieux" de Tonio Kröger sont justement les pires qui soient, principalement parce qu'ils deviennent avec le temps les plus durs et les moins sociables! Mais "Ils sont du monde!", pour parler brièvement et reprendre une formule de l'Evangile, et c'est pourquoi ils s'y retrouvent et que leur santé, leur succès ont tout l'air d'un idéal!

    Toutefois, n'anticipons pas, pour que les choses restent bien claires, et en tout cas, ceux qui souffrent et qui ne comprennent même pas pourquoi, ceux "qui ne sont pas du monde" et qui sont las de leurs blessures, ceux-là ont souvent l'occasion de sentir la conscience plutôt comme une charge que comme une chance, et ils peuvent reprendre à leur compte les propos du poète, Son Altesse Arthur Rimbaud, dans Une saison en enfer: " J'enviais la félicité des bêtes; les chenilles, qui représentent l'innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginité!"

    Mais nos vies sont-elles si différentes de celles des animaux? Pour répondre à cette question, il faut bien entendu observer ces derniers, mais déjà cela pour la plupart constituerait une première! En effet, quand on est "chevillé" à ses intérêts, il est très difficile de "s'arrêter", de prendre le temps de regarder autour de soi, et de se montrer curieux à l'égard de ce qui est plus petit et qui peut-être jugé très facilement comme secondaire!

    Mais que font les animaux pendant la journée, puisqu'on ne les voit ni sur les plateaux de télévision, ni à pôle emploi, ni dans les "fusées" de la route? Eh bien, d'abord, bien sûr, ils se nourrissent, puis ils se reproduisent... Notez que le sexe, tel que nous le connaissons, est une invention de l'homme! Les animaux ne séparent pas le plaisir sexuel d'avec la reproduction et c'est pourquoi ils ne s'accouplent qu'à des périodes très déterminées; ce qui n'est pas notre cas et c'est sans doute lié au fait que nous utilisons le sexe pour soulager notre angoisse...

    Mais surtout, surtout les animaux ne cessent de faire respecter leur territoire et autrement dit, ils réaffirment tout le temps leur domination, la force et l'importance de leur individualité! Evidemment, ceci est nécessaire, car sans territoire, il n'y a pas de nourriture, ni donc de reproduction (il faut aussi prendre en compte la sélection naturelle...); mais cela donne lieu à des comportements âpres, difficilement compréhensibles et qui ont quelque chose d'usant, de désespérant pour nous, les humains.

    On peut s'en convaincre en suivant notamment les "mœurs" des oiseaux des villes. Quand les toits environnants sont "couronnés" par des goélands, on peut assister chaque jour au même manège: ça crie pour mettre en garde, pour dire: "Eh là! ce secteur est à moi! Allez ouste!" et cela donne un vrai tintamarre, une agitation quasi incessante, d'autant qu'elle s'accompagne de manœuvres apparemment sournoises, puisqu'il s'agit de se placer sur une antenne, un peu plus haut qu'un autre qui y est déjà, pour bien lui faire sentir toute son infériorité!

    Bref, ce sont des querelles sans fin, alors que la place paraît elle aussi illimitée et l'homme ne peut pas par moments ne pas être choqué par tant de "bêtises" et de hargne!

    D'autres oiseaux plus solitaires nous surprennent encore par leur "nervosité"... Au crépuscule, quand nous ne rêvons plus que d'être tranquilles, le merle vient brusquement sur un arbre voisin lancer son cri, qui ressemble à des coups de ciseaux! Lui aussi veut une ultime fois faire comprendre sa domination et c'est ce qu'enregistrent plus ou moins consciemment nos cerveaux déjà assoupis!

    A la même heure, si notre volet, en grinçant, imite un tant soit peu le sifflement rauque et si particulier de la pie, vous la voyez surgir soudain d'un toit voisin, les sens aux aguets, prête à en découdre avec n'importe quel concurrent! "Alors, soldat, toujours sur le qui-vive?

    _ Toujours, mon général!

    _ Bien, bien. Le Marines s'adapte! Le Marines improvise!" (Voir le Maître de guerre...)

    On l'aura compris, la vie des animaux est pleine de tensions, de dangers et on peut même constituer pour eux des havres de paix... Quand je peins notamment, des moineaux viennent s'assembler sur un taillis tout proche, car ma concentration est telle qu'elle produit autour un sentiment de sécurité. Nous avons notre rôle pour améliorer le monde!

    Mais notre question était: "Nos vies sont-elles si différentes de celles des animaux?" et maintenant que nous connaissons celles-ci, comparons-les avec les nôtres! Que faisons-nous toute la journée? Nous travaillons! Et nous en sommes si fiers et tellement heureux que nous brûlerions volontiers tous ceux qui paraissent ne rien faire et profiter de la société!

    Pour ma part, à chaque fois que j'ai dû recourir à un emploi "alimentaire", comme on dit, je me suis ennuyé à mourir, car on pouvait faire en une heure, ce qui normalement était prévu pour huit (j'exagère, mais c'est bien l'esprit)! Je crois que la majorité des salariés n'a absolument aucune idée de ce qu'on peut donner à la tâche, quand on y est conduit par la passion! L'écriture ou la peinture m'ont depuis longtemps rendu complètement étranger à la notion des horaires et même à celle des vacances! C'est tout mon être que j'y engage!

    En tout cas, je comprends que beaucoup ne puissent supporter la moindre réforme en ce qui concerne leur emploi, car il n'est pas possible d'accepter un déplaisir supplémentaire à ce qu'on considère déjà comme une totale corvée; alors que celui qui travaille avec passion, lui, sera prêt à tous les sacrifices, du moment qu'il continue!

    Mais dès qu'on parle du travail, il faut traverser un océan d'hypocrisie, avant d'aborder un quelconque îlot de vérité, et c'est pourtant le but que je veux atteindre, par petits coups de rames, dans cette chronique!

    Mais nous travaillons d'abord pour gagner de quoi vivre! Bien, mais même à ce stade, ce n'est pas du tout simple..., car il y a ceux qui ne vont manger que du "discount" (surtout par indifférence) et il y a ceux qui vont sortir d'un magasin bio avec un caddie à deux ou trois cents euros! Et il en est ainsi pour tout ce qui s'achète: logements, habits, voitures, etc.

    Nous travaillons donc aussi et essentiellement (n'ayons pas peur des mots) pour notre plaisir! Mais quel est-il ce plaisir? En montrant notre belle table, notre bel intérieur, notre beau véhicule..., nous montrons notre belle réussite et notre importance! Notre fonction, notre degré de pouvoir, la valeur de notre situation servent au même dessin: à nous donner une place dans la hiérarchie sociale, ce qui fait voir notre supériorité!

    Tiens! Ne retrouve-t-on pas là le goéland qui se perche plus haut que son voisin et qui le défie? Ne cherchons-nous pas nous aussi, les humains, à imposer chaque jour notre individualité, sinon à la défendre? Ne voulons-nous pas nous aussi, les humains, dominer chaque jour?

    Certes, l'humanité n'est pas née d'hier, nous avons accumulé les expériences; nous avons su tirer quelques leçons des événements; nous nous sommes organisés, nous avons des lois, des cosmogonies et des religions; et par exemple nous ne tuons plus les handicapés, nous ne brûlons plus les hystériques, et nous tolérons mieux les homosexuels! Nous avons aussi la sécurité sociale, nous portons volontiers assistance aux personnes en détresse et nous réfléchirons toujours à deux fois, avant de recommencer à nous jeter des bombes, car à quoi bon détruire la planète si personne n'en profite?

    Nous avons aussi une vaste histoire de l'art, qui témoigne de notre génie, de notre sens du beau; même si les martyrs dans ce domaine sont légions! Nous sommes aussi capables d'imaginer les débuts de l'Univers, de compter les étoiles, d'aller sur la Lune; mais, il faut bien le reconnaître, nous vivons principalement comme des animaux; nous ne faisons vraiment rien de sérieux de plus qu'eux! Chaque jour, nous aussi, nous faisons valoir notre égoïsme; nous réclamons notre part; nous disons: " Tout ça, c'est à moi, pas touche! "ou "C'est moi le meilleur, capito?"

    Nous sommes comme les oiseaux du ciel et comme tant d'autres bêtes, et nous nous étonnons d'être malheureux! Nous nous étonnons d'être malades, aigris, perdus, agressifs, violents! Nous nous étonnons de ne pas trouver de solutions! Mais comment pourrait-il en être autrement, puisque nous ne sommes pas destinés à vivre comme les animaux! En effet, notre conscience, celle que la nature nous a donnée! cette conscience-là nous en empêche!

    Dès lors que nous pouvons comprendre que nous allons mourir (et cette prise de conscience est irrémédiable!), nous sommes forcément conduits à nous interroger sur le sens de la vie! C'est donc vers "l'esprit" que nous devons aller; c'est la seule issue! C'est la seule porte ouverte! Lui seul peut nous aider à calmer nos inquiétudes, car évidemment la conscience nous fait inévitablement éprouver le doute, la peur; cela va de pair avec nos questions! C'est toute la difficulté du choix! Mais celui-ci est aussi une richesse, car quel homme voudrait, à l'instar des animaux, répéter chaque jour les mêmes comportements, sans espoir de changements?

    Pourtant, la majorité, sans doute aveugle, recherche inlassablement à exercer sa domination, avec cette "franche" illusion: celle de vaincre ses inquiétudes, ses angoisses, en triomphant sur les autres, en se sentant supérieur à eux; c'est-à-dire en étant plus animal que l'animal lui-même; alors que c'est justement parce que nous sommes humains, que nous sommes en quête, dans l'interrogation!

    La victoire de l'égoïsme pour être heureux est une hérésie, une impasse, une cause de souffrances pour tous! Les "dieux" de Thomas Mann, "ceux qui sont du monde", ceux qui paraissent les plus adaptés, le mieux réussir, mais ce sont ceux qui sont le plus proche de la bête, puisque la société continue dans son ensemble le règne animal! Mais tôt ou tard, ces "créatures", talonnées par le souffle, le vertige et même le gouffre que produit la conscience, ces parangons du quotidien ont recours à la tyrannie, au despotisme et à la cruauté, car il leur faut toujours plus de pouvoir, de reconnaissance, pour ne plus ressentir leurs craintes; et c'est pourquoi j'ai dit que ce sont les pires "dieux" qui soient! (On peut d'ailleurs en avoir un remarquable exemple, avec les vedettes de la télévision, qui nous offrent le spectacle affreux d'un panier de crabes!)

    N'en déplaise à Thomas Mann, c'est bien la sensibilité de Tonio Kröger qui est sa chance! C'est elle qui permet d'avoir accès à la sagesse! C'est elle qui permet de comprendre toute la complexité, la diversité de la vie! C'est encore elle qui permet d'aimer les fleurs et la beauté ineffable de toute la nature! C'est elle qui nous fait humains et résolument humains!

    C'est elle qui nous soulage de nos troubles, par la réflexion, la patience, la persévérance, le don! C'est elle qui nous détache de plus en plus de l'animal, que nous pouvons nous-mêmes aider!

    Elle est une source de peines, c'est entendu! Mais c'est parce que la plupart la rejettent ou l'ignorent, et c'est pourquoi nous nous détruisons, nous nous empoisonnons et nous nous condamnons!

    Nous ne pourrons pas continuer indéfiniment comme ça! Nous devons changer en profondeur, nous tourner vers l'esprit, la sagesse; voir l'inanité de tout comportement animal qui nous captive!

    Certes, un pays doit être fort pour survivre, et cela exige une armée et une économie fortes elles aussi; mais je terminerai sur un air de Molière, en disant: "Il faut travailler pour vivre et non pour mourir!"