
"Non, tu m'as pas écouté! Je dis que je viens de la part de nos amis de Détroit!"
Collatéral
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« Cet orateur, explique Sol à Paschic, s’appelle Nidoré ! Apparemment, son discours est plein de sagesse et semble défendre nos valeurs, mais en réalité il n’en est rien ! D’ailleurs, c’est lui qui m’a assassiné !
_ Quoi ?
_ Oui, il est venu chez moi, en souriant, et il m’a planté un couteau dans le cœur ! Le pire, c’est qu’il croyait bien faire !
_ Il a peur…
_ Exact ! En fait, la foi karienne n’a pas abouti chez Nidoré ! La foi, c’est la confiance et la fin de la peur ! Mais la peur, elle, conduit à vouloir se défendre, à s’armer ! On veut donc dominer et on finit par confondre la cause qu’on défend avec son propre pouvoir ! On se dit humble, mais en occupant une position centrale ! On rejette la différence, en voulant même la détruire, ce qui explique mon triste sort ! J’ai été vu par Nidoré comme un élément lâche, faisant obstacle à sa route vers la martialité !
_ C’est un personnage trouble… Est-il possible de communiquer avec lui ?
_ J’ai déjà essayé… et je me suis retrouvé face à un mur ! Manifestement, les consciences menées par leur domination ne peuvent entendre le message du temps de la Chose ! La paix de la nature ne les pénètre pas ! Au contraire, ils en ont peur !
_ Oui, les Doms se perdent ainsi ! Aujourd’hui, le Cube brûle et il a des vues sur Kaar !
_ Effectivement… et d’ailleurs, Nidoré a une action encore plus ambiguë ! Je le soupçonne de vouloir traiter avec les Doms, afin de ne pas subir leur attaque !
_ C’est faire entrer le loup dans la bergerie !
_ Il joue à un jeu dangereux, mais il en profite, même s’il ne se l’avoue pas ! En agitant la menace dom, il se donne un premier rôle ! Il flatte sa domination et s’éloigne toujours plus de la foi karienne ! »
Cependant, sur le Cube, Lapsie se remet difficilement de son séjour sur Ultima… Elle est dans une clinique, pour traumatisés, et Ratamor est venu la voir… « Alors, comment allez-vous Lapsie ? » Tous deux sont installés sur un banc du jardin… « J’ai bien du mal à oublier ce qui s’est passé... répond Lapsie. J’en frémis de honte ! J’ai laissé des ados abuser de moi… et j’ai aimé ça ! »
Une larme coule sur sa joue… « Je leur criais : « Encore, encore ! » et j’étais emportée par la jouissance !
_ Vous savez comme moi qu’on peut vouloir s’anéantir par le sexe, pour échapper à une tension psychique trop forte !
_ Oui, c’est ce qui m’est arrivé ! Mais je n’avais jamais rencontré une aussi grande force psychique que celle du fils de la Machine ! Il a brisé toutes mes défenses et m’a faite esclave ! Le reste… Mais où est-il à présent, que fait-il ?
_ Eh bien, comme vous le savez peut-être, il s’est enfui dans une faille du cosmos…, sans doute pour ne pas répondre de ses fausses accusations de pédophilie…
_ Mais a-t-il vraiment été vaincu par Paschic ?
_ Je pense que oui, car, quand nous avons retrouvé Paschic et le fils de la Machine, celui-ci était redevenu un petit enfant, qui demandait du secours auprès des adultes ! Mais le combat psychique est invisible et il est difficile de l’évaluer...
_ Oh ! J’ose espérer que Paschic a réussi à humilier le fils de la Machine ! Il faudrait que je le voie et que je le lui demande !
_ Cela n’est plus possible, hélas ! Ils ont eu Paschic !
_ Comment ?
_ Oui, Patz et Karoc ont empêché le départ de Paschic d’Ultima, sans doute sur un ordre de Dominator ! Puis, ils ont programmé la destruction de la station… A l’heure qu’il est...
_ Les salauds !
_ C’est ce que Web leur a dit, mais ils n’en ont pas été émus ! D’ailleurs, ils ont d’autres plans, plus vastes !
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ?
_ Vous savez que la situation ici, sur le Cube, ne cesse de se dégrader, à cause du réchauffement ! Je soupçonne Dominator et le pouvoir dom de vouloir s’emparer de Kaar et de ses ressources…
_ Mais Kaar peut se défendre psychiquement ! Nous n’avons pas les moyens de...
_ Non…, mais rien n’arrêtera Dominator ! »
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Mais que se passe-t-il entre-temps sur le Cube ? Mais rien, car personne n’y change ! Il y a toujours plus de cubes roulants et toujours aussi imposants, pour épater la galerie ! Les villes sont toujours aussi sales et étendent leur pollution ! La nature est toujours aussi maltraitée et incomprise ! Les talus sont pelés, toute végétation est écrasée, et personne n’essaie de connaître le temps de la Chose, source de paix, de silence, de patience !
Personne ne change et ne s’améliore ! Au contraire, les conditions et les catastrophes, dues au réchauffement, donnent lieu à toutes sortes de crises ! Les dictatures se durcissent, s’enfoncent dans leurs erreurs et continuent leurs guerres ! Ceux qui voient leur pouvoir d’achat diminuer ou qui ressentent un manque à gagner font valoir leur mécontentement ! Ils ont leurs coupables et s’en prennent aux gouvernements ! Ce n’est jamais soi qu’on remet en question !
Car au fond quelle est la raison du chaos ? C’est la peur et l’égoïsme de chacun ! S’ils sont condamnables chez les autres, ô combien ils doivent être combattus en nous-mêmes ! Mais le Dom ne l’entend pas de cette oreille ! Il ne supporterait pas une seule seconde le temps de la Chose ! D’autres doivent payer ! Le feu prend aussi bien dans la nature que dans les consciences !
C’est un vrai cercle vicieux, car la vie dans le Cube est quasi intenable ! On y sent une tension , un égoïsme de tous les instants ! Le Cube génère son propre poison et anéantit le Dom, qui le crée pourtant ! Le temps de la Chose ne repose plus que dans des endroits bien précis et limités et chaque retour dans le Cube est une épreuve, une lutte pour repousser toutes les agressions, toutes les laideurs !
La solution existe, mais personne ne veut la voir apparemment ! C’est la beauté de la Chose qui enchante et diminue la peur ! Mais pour le Dom, c’est ce qu’il y a de plus dérisoire et le monde s’embrase, entre gens « sérieux » !
Cependant, Patz et Karoc discutent dans une salle de contrôle de l’armée dom… « Il est plaisant Dominator ! s’exclame Patz. « Formez une armée de mutants ! » dit-il, mais les mutants on les trouve où ? A quoi on les reconnaît ?
_ Moi, j’ dis que tout ça, c’est du pipeau ! jette Karoc. Les mutants, c’est des mioches qui ont besoin d’une fessée ! D’ailleurs, Paschic, il a rien fait sur Ultima ! Il s’est rien passé entre lui et le fils de la Machine ! En tout cas, moi, j’ai rien vu ! Non, croyez-moi, patron, il faut revenir aux bonnes et anciennes méthodes ! Un beau missile sur le nez des Kaars et ils viendront nous supplier !
_ Je vous en prie, Karoc ! Nous sommes ici dans le QG le plus perfectionné de l’armée ! Vous voulez balancer un missile sur Kaar ? Allez-y, je vous laisse le commandement !
_ Vrai ? Je peux ?
_ Puisque je vous le dis... »
Karoc se tourne vers ceux qui font fonctionner le QG et leur lance : « Ecoutez-moi tous ! On va envoyer une bombe sur Kaar, pour les pousser au dialogue ! On va leur secouer les puces, ah ! ah ! Bon, qui s’occupe de la balistique ? » Un Dom lève le doigt, devant ses écrans de contrôle… « Très bien ! reprend Karoc. Commençons par établir la trajectoire du missile ! Calculez-moi ça mon garçon ! »
Le militaire tape sur son clavier, lance un programme de calcul, mais après une minute il déclare : « Impossible, monsieur, la planète Kaar est introuvable !
_ Quoi ? Elle n’existe pas ! C’est ce que vous êtes en train de me dire ?
_ Voyez par vous-même, monsieur, nos instruments sont incapables de définir la position de la planète !
_ Ce n’est pas possible ! Vous avez commis une erreur ! Je n’aime pas ça, mon garçon !
_ Il n’a pas commis d’erreurs, coupe Patz. Les Kaars ont mis au point un « brouillard » psychique ! Nous ignorons comment cela fonctionne, mais leur planète peut être ici, là-bas ou n’importe où !
_ Mais il y a bien des vols pour cette planète, des échanges !
_ Il y a effectivement des fenêtres, mais dès qu’elles se referment la planète Kaar devient insaisissable ! Nous ne comprenons pas sa logique ou sa dimension !
_ Et en y envoyant une armada de missiles ?
_ Sérieux ? Non, ce qu’il nous aurait fallu, c’est le fils de la Machine ! Lui aurait pu repérer des mutants et les faire enrôler ! Malheureusement…
_ Mais on peut le retrouver celui-là ! La navette qu’il a prise est équipée d’un traceur !
_ Mais c’est vrai ! Karoc, finalement vous êtes utile, pour un dro…
_ Attention à ce que vous allez dire ! »
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La violence et la haine se répandent dans le Cube, depuis qu’il brûle de plus en plus ! La peur et la colère se lisent sur les visages, alors que les corps sont surnourris et malsains ! Il n’y a là aucune cohérence ! On ne voit plus que ses intérêts, car on ne donne à sa vie aucun sens ! L’agriculteur et le pêcheur, notamment, ne voient plus la beauté de ce qui les entoure et donc la chance qu’ils ont ! Quel pêcheur aujourd’hui se réjouit de l’écume qui se gonfle à sa proue, avec un léger crépitement, sur cette surface cristalline, apparemment toujours vierge ?
Quel agriculteur s’étonne encore de la générosité de la terre, la trouvant quasi miraculeuse, puisqu’en quelques semaines une graine pousse, pour donner un beau plant ? Toute cette beauté qu’on néglige, qu’on méprise, parce qu’on ne sait plus la voir et qu’on est absorbé par le rendement, parce qu’on veut seulement réussir, gagner plus, parce qu’on s’imagine que seul l’argent peut rassurer !
Voilà pourquoi le Dom détruit sa planète ! Ce n’est pas du tout une fatalité! C’est ce manque d’idéal, d’écoute, de patience, que procure le temps de la Chose ! On est inquiet et on détruit ! On méprise et on piétine ! L’enfant s’enchante du monde, mais pas le Dom ! Celui-ci veut avoir raison, qu’on l’admire, qu’il soit le centre d’intérêt !
C’est la soif inextinguible de l’orgueil et de l’égoïsme ! L’enfant caresse la fleur et se plaît dans la lumière, en compagnie des papillons et des oiseaux ! Pour lui, la création est toujours un paradis, pour lui comme pour les animaux et les plantes ! Tout est découverte, surprise, étonnement, gratitude… Tout est complicité, amitié avec ce qui l’entoure ! Le Dom, lui, jette des pierres, crie vengeance, effraie la Chose et l’enfant ! Il tape du poing sur la table et dit qu’il y a urgence ! Mais, s’il y a urgence, c’est à aimer ! C’est à se calmer, à regarder, à prendre conscience de sa folie !
Cependant, à des années-lumière du Cube, le fils de la Machine a cessé de pleurer… Il en est fatigué et il a soudain soif ! Il se met en quête d’eau sur cette croûte noirâtre et il finit par en trouver dans une flaque ! Il la goûte, elle est excellente ! Elle le rafraîchit magnifiquement, de sorte qu’il se demande s’il existe une joie aussi grande ! Il se surprend à sourire et à être heureux ! Il n’avait jamais songé aux bienfaits de l’eau et il avait toujours bu sans y penser ! Mais là, il était assoiffé !
Le liquide a réveillé son estomac et la faim maintenant se fait sentir ! Mais qu’est-ce qui serait comestible alentour ? Il n’y a rien, ni végétation, ni animaux ! En désespoir de cause, le fils de la Machine descend vers la mer… Il arrive sur une plage de galets, qu’il fait grincer… Les vagues, elles, les font chanter, surtout en se retirant ! C’est comme un roulement de perles et pour la première fois, le fils de la Machine se surprend à l’écouter !
Mais il faut manger et le fils de la Machine inspecte méticuleusement les lieux ! Dans les flaques, ils découvrent des coquillages qui pourraient convenir, mais impossible de les décoller des rochers ! Un outil est nécessaire et le fils de la Machine songe aux débris de la navette ! Parmi eux, il y a sûrement une lame métallique, mais il faut retourner à l’endroit de l’écrasement !
C’est loin ! Le fils de la Machine soupire et c’est très bien, mais il n’a pas le choix et il se met en route ! Il ne le sait pas, mais il est en train de devenir courageux ! Jusqu’ici, dans le Cube, il s’était contenté de satisfaire son pouvoir psychique ! Cela seul l’intéressait, d’être capable de dominer les autres psychiquement, et d’abord pour en obtenir ce qu’il voulait ! Tous ses besoins élémentaires étaient satisfaits, sa famille y veillant ! Il ne se souciait pas de sa nourriture, ni de son logement, mais, à présent, c’est sa préoccupation première !
Il marche sous le soleil, entouré de silence, ne percevant que le bruit de son pas… Quelle solitude ! Mais il ne va pas recommencer à pleurer, à quoi bon ? Et puis, il a un but : retourner à la navette, y dénicher une lame et… refaire le chemin inverse ! Rien que cette perspective l’amuse, tellement elle a des airs absurdes ! Mais son estomac le commande et il redevient sérieux, concentré sur son effort !
Il arrive à la navette et la voir détruite l’afflige de nouveau et c’est pourquoi il s’empresse de fouiller les débris ! Il n’a aucun mal à trouver une lame satisfaisante, mais, avant de partir, il regarde la navette sous un autre jour ! Elle va lui servir d’abri, en déplaçant ceci, cela ! Dame ! Il lui faut un chez lui !
De retour sur le rivage, il s’active et décolle les coquillages ! Il les goûte, ne les trouve pas mauvais, mais ils seraient meilleurs cuits ! Il en prend donc une certaine quantité, dans son vêtement roulé et repart vers la navette ! Il sifflote même, comme après une bonne journée de travail ! Soudain, il se fige : et le feu ? Est-ce qu’il a de quoi allumer un feu ? Oui, se dit-il soulagé, c’est dans la navette et le combustible aussi !
Tout va bien alors ? Oui, il marche ragaillardi ! Il va se faire une bonne petite ventrée ! Il y aura de l’eau, un bon feu et il sera chez lui ! Quoi demander de plus ! Ah ! Ah ! Il se met à rire et même à chanter ! Et dire que le matin il pleurait !
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Le fils de la Machine est devant son feu et fait bouillir ses coquillages ! Il est bien et en même temps qu’il chantonne, il songe… Il s’imagine les premiers Doms chassant et pêchant comme lui ! Au départ, ils étaient comme les animaux, mais leur intelligence les a conduits à fabriquer des armes, puis des outils, ce qui les a rendus particuliers ! En plus de la chasse, ils sont devenus agriculteurs et leurs groupements se sont de plus en plus complexifiés, hiérarchisés, avec des croyances, des lois, des codes… Le Dom d’aujourd’hui l’a oublié, mais sa journée de travail, celle qui lui sert à gagner son pain, est issue d’un comportement animal, aussi sophistiquée que soit la tâche à accomplir !
C’est cette vérité première que retrouve le fils de la Machine, quand il mange ses coquillages, entouré par les débris du vaisseau ! Le Dom, dans sa majorité, s’est affranchi de la recherche de sa nourriture, ce qui lui permet de se consacrer à lui-même, jusqu’à même croire que seul le Cube existe et que c’est la Chose l’étrangère ! C’est bien ainsi qu’était le fils de la Machine, qui trouvait naturel d’avoir à manger, sans se soucier de l’histoire de l’humanité !
Une autre chose l’étonne encore… Il est là tranquille, alors qu’il est peut-être l’unique habitant de cette planète et qu’il est conscient de l’immensité du cosmos ! Comment se fait-il qu’il ne soit pas écrasé par son sentiment d’abandon, de petitesse ? Là encore, il ne voit que son origine animale comme explication, car pourquoi s’inquiéterait-il en étant rassasié et en se sentant en sécurité pour la nuit ? L’animal ne demande pas plus, comme le fils de la Machine à présent ! Ses besoins instinctifs satisfaits, comment pourrait-il voir son environnement hostile ?
Le lendemain, il repère par réflexe la position du soleil à son lever… et il le fera aussi pour son coucher ! Cela lui permettra d’avoir une idée de l’heure, du temps qui passe, et il a l’impression de retrouver un ancien savoir, né de la nécessité ! Comme est loin son comportement sur le Cube, qui n’était que cérébral et uniquement lié au pouvoir ! Ici, il observe, note, apprend ; il « communique » avec la Chose, car c’est elle qui enseigne et lui assure sa survie !
Le programme de la matinée ? Mais il doit retourner à la pêche aux coquillages et voir s’il ne peut pas étoffer son menu ! Il part donc, mais s’arrête soudain ! Là, dans une faille, une jeune plante vient d’émerger ! Du vert ! Immédiatement, le fils de la Machine en fait une amie, une confidente, car elle lui paraît dans la même situation que lui : elle est toute seule et engagée dans la grande lutte pour la vie ! Le fils de la Machine lui sourit, il veillera à ce que la plante grandisse, il fera attention à elle et il a une compagnie à présent !
De retour sur la plage, le fils de la Machine commence sa récolte, avec le seul bruit de la mer dans son dos ! Brusquement, pourtant, un masse hurlante vient le charger ! Il en distingue peu de choses, tellement il est effrayé, mais l’animal ressemble à une grosse anémone, avec à la place des tentacules des dents et il a manifestement le comportement d’un chien agressif !
Le fils de la Machine est obligé de reculer et d’abandonner sa récolte… Plus haut sur la plage, il voit encore l’animal qui continue de le menacer et ce n’est que sur le chemin de la navette que peu- peu il reprend ses esprits ! Il est de nouveau tenté de céder au découragement, car voilà que son organisation toute neuve n’est plus possible ! Il médite et il arrive à la conclusion que l’affrontement est inévitable ! S’il veut manger, il doit vaincre l’animal !
Dans la navette, il fabrique une lance sans trop de peine et déterminé, il refait apparition sur la plage… Tout y est calme et il reprend sa récolte, tout en étant prêt à se défendre ! D’ailleurs, l’attaque ne tarde pas ! L’animal charge à nouveau, toujours aussi agressif, mais le fils de la Machine, fort de sa lance, le pique et le maintient à distance ! Une seconde, l’un et l’autre se jaugent, car la donne a changé ! Mais l’animal est aussi obstiné que le fils de la Machine et il essaie de mordre ! La lance le transperce sur un côté et il pousse une plainte, avant de s’enfuir !
Cela a suffi pour qu’il n’aille pas plus loin ! Il sait maintenant que le fils de la Machine peut le blesser et il l’évitera désormais ! Le gagnant, lui, éprouve un énorme soulagement ! La tension retombe pour laisser la place à un sentiment de victoire, de fierté ! Le fils de la Machine en pousse des cris et ce soir-là, il est encore plein d’excitation !
Devant son feu, il se dit qu’il a conquis son territoire, il a dominé son adversaire et c’est ce qu’il faisait psychiquement sur le Cube ! Il se montrait plus fort que les autres, par son pouvoir mental ! Partout où il allait, son cerveau était le plus puissant, se réjouissant de sa supériorité ! Seul l’avait vaincu Paschic ! A cette pensée, il perd tout enthousiasme !
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Les jours passent et le fils de la Machine s’habitue à son quotidien ! Il recueille de l’eau, qu’il offre parfois à « sa » plante, puis il retourne à la plage, où il attrape maintenant de menus poissons ! L’une des choses dont il ne peut pas se lasser, c’est le spectacle de la mer, quand il arrive au bord de la falaise ! Elle est là immensément vaste, tellement qu’elle a l’air infiniment sereine et des nuages tombent des rayons, qui font des cercles de plomb fondus ! Le fils de la Machine s’imprègne de cette majesté, avant de descendre pêcher !
Il a soudain envie de reproduire ce qu’il voit ! C’est plus fort que lui ! Dans la navette, il fouille et s’empare de papier et d’un crayon ! Il va dessiner la mer et sa force, sa paix ! Cela l’inspire au plus profond et c’est comme une joie qui ne demanderait qu’à s’épanouir, ainsi qu’une eau sort de terre ! A mesure qu’il crayonne et qu’il avance, une vérité lui apparaît : les premiers Doms ont été encore une fois comme lui ! Non seulement ils chassaient et pêchaient, mais certains ont senti le besoin de d’exprimer leurs sentiments et la beauté qui les touchait !
Les peintures pariétales en témoignent et les Scientifs ont tort ! Ce n’est pas seulement la crainte qui ont poussé les Doms à vénérer des divinités, mais c’est tout autant, sinon plus l’admiration ! Ce sentiment les a habités dès les premiers âges et même a créé en grande partie le culte, car la beauté interroge, mène au sens, à l’idée d’un créateur, c’est inévitable !
La plupart des cosmogonies, qui sont les premières tentatives pour expliquer le monde, racontent la même histoire ! Il est d’abord question d’un paradis, d’un état d’équilibre, de béatitude, car c’est l’effet de la beauté, mais quelque chose tourne mal, se dérègle, à cause d’une trahison, d’un manquement, puisqu’il faut bien une raison à la souffrance, à la dureté de la vie, pour se nourrir et se défendre !
La beauté fait donc partie de « l’équation de base » et les peintures des grottes ont été intimement liées au culte, qui lui est le berceau de la science, du sens, de la logique ! Ce n’est que peu à peu que ces « trois-là », art, culte et science, se sont séparés, pour échapper à toute dépendance, à la domination des deux autres ! Et c’est la science qui paraît avoir gagné ! Elle a prouvé que son « monde » était vrai, par l’expérience, les résultats, l’objectivité, mais cela été au détriment de ses origines : le culte a perdu ses vérités et l’art tout seul est devenu un agrément, pire un produit des névroses !
Un monde essentiellement matérialiste s’est imposé, mais qui ne peut qu’être inquiet et instable, car il est le jouet des crises, des prix, des événements ! Il est impossible au Dom moderne d’atteindre la paix, car il lui manque la moitié de ses racines, celles que redécouvre le fils de la Machine ! Admirer lui est parfaitement naturel et la beauté lui est comme une amie, une protection ! Il se sent moins seul, comme si on veillait sur lui !
La science, en méprisant l’art, a fait de nous des étrangers dans l’univers, d’où nos angoisses inextinguibles ! Que le culte ait été repoussé, cela s’entend (n’était-il pas dominateur, catégorique?) mais trouver la beauté secondaire, ainsi qu’un ornement, cela révèle un manque, une dureté, un arrivisme logés au plus profond, un caractère qui n’est pas insensible à la peur, bien au contraire ! Car c’est la peur essentiellement qui pousse au matérialisme, la peur d’être trompé, ridiculisé, ne pas avoir sa part ! La perspective d’être heureux elle-même épouvante ! On se refuse à y croire, par sérieux, car c’est apparemment la loi de cause à effet qui mène le monde !
Le résultat est catastrophique ! Le Cube brûle et les Doms sont à moitié fous ! On s’empoigne, on se déchire, on s’insulte ! On perd la tête, on court dans tous les sens ! Chaque jour on a l’impression d’une surenchère de drames, de problèmes insolubles, de violences, de bizarreries ! Des monstres surgissent incompréhensibles à force de cruauté ! La science elle-même se montre incapable d’endiguer quoi que ce soit ! Elle alerte dans la cohue, sans qu’on puisse l’entendre ! Mais surtout elle n’a pas de solutions ! Toute seule, elle ne nous parle pas en entier et elle oublie d’où elle vient ! La beauté a toujours été l’une des premières sources de notre questionnement ! Elle est indispensable au sens !
C’est ce qui revient à la conscience du fils de la Machine, devant la majesté sereine de l’océan ! « Et dire que des naïfs croient que la solution est politique ! » se dit le fils de la Machine, en haussant les épaules ! Il en est là dans ses réflexions, quand un nuage de poussière enveloppe les débris de la navette et qu’un grand vaisseau spatial atterrit à côté dans un bruit strident, en écrasant sa plante !