LA GUERRE PSYCHIQUE (10-12)

R157

 

        " Victor est quelqu'un de très sain!"

                               L'Incorrigible

 

 

 

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     Des soldats sortent du vaisseau, fusil en joue, pour sécuriser la zone ! Puis, on entend une voix, par haut-parleur, qui dit : « Fils de la Machine, vous êtes là ! Ici, Patz, vous vous souvenez ? Ultima ! On est là pour vous aider ! Fils de la Machine, vous êtes sauvé ! Je répète, sauvé ! »

Abasourdi, hébété, le fils de la Machine s’avance hors des débris, ce qui fait que la voix reprend : »Ah ! Vous êtes là, fils de la Machine ! Content de vous voir en vie ! Nous arrivons ! »

Patz et Karoc sortent à leur tour du vaisseau, le sourire aux lèvres, mais le fils de la Machine s’écrie : « Non mais je rêve ! Nom de Dieu de nom de Dieu ! Mais vous avez écrasé ma plante !

_ Hein ?

_ Votre foutu vaisseau a écrasé ma plante ! »

L’incompréhension se lit sur les visages de Patz et de Karoc ! « On a fait quelque chose de mal ? » demande innocemment Patz. Le fils de la Machine donne l’impression de se mordre la main, puis il jette : « Jamais vu des caves pareils !

_ Eh ! Oh ! Faudrait voir à baisser d’un ton ! On est là pour vous, réplique Patz, pour vous tirer d’un mauvais pas ! Suffit d’ voir l’état de votre navette !

_ Donnez-moi une minute ! parvient à articuler le fils de la Machine.

_ Quelle ingratitude… », lâche Karoc dans son coin.

Sous le regard incrédule de Patz et Karoc, le fils de la Machine se retire dans son abri, pour réfléchir ! Évidemment, il savait tout au fond de lui-même qu’il ne pouvait s’éterniser sur cette planète ! La solitude aurait fini par détruire son mental ! Donc, la mission de secours de ces deux sagouins est providentielle ! Il faut en profiter ! Mais, en même temps, toute cette paix, tout cet équilibre que le fils de la Machine avait commencé à goûter doit être abandonné ! C’est comme un déchirement, un véritable saccage ! Le Cube vous rattrape et vous replonge dans sa bêtise !

« Excusez-moi messieurs, fait le fils de la Machine, en retrouvant ses « sauveurs », j’ai eu un moment d’égarement ! En fait, la solitude ici m’a un peu perturbé, m’a rendu farouche !

_ Bien sûr ! Nous comprenons ça ! s’exclame Patz. Pas vrai Karoc ? Dieu sait quels dangers vous avez dû affronter ici, pour survivre ! Cela a dû être une expérience extrêmement éprouvante !

_ Mais c’est quoi cette histoire de plante, qu’on a écrasée ? coupe soupçonneux Karoc.

_ Hein ? Oh ! Rien ! Un pissenlit qui me tenait compagnie ! Vous voyez combien j’étais tombé bien bas ! Ah ! Ah !

_ Ah ! Ah ! enchaîne Patz. Vous voilà redevenu vous-même ! Si vous saviez comme j’en suis heureux ! Car on a du boulot pour vous, si, si ! Mais venez, on va en discuter à l’intérieur du vaisseau ! »

Celui-ci bientôt décolle, direction le Cube, et à bord, malgré le discours de Patz, le fils de la Machine songe à tout ce qu’il laisse derrière lui… Il revoit la mer grise, immense ; les coquillages, sa lutte contre la créature marine, sa plante, ses soirées silencieuses dans les débris de la navette ; ses journées pleines de découvertes, son adaptation progressive… Tout cela lui donne un sentiment de tristesse, puisque ce n’est plus qu’un souvenir, mais il ne doit pas le montrer : les autres ne le comprendraient pas et viendraient à s’en méfier ! Désormais, il faut prendre le train...

« Pardon, vous disiez ? dit le fils de la Machine à Patz.

_ Eh bien, vous avez devant vous le général Patz ! Et le colonel Karoc ! Ce sont les ordres de Dominator ! Nous allons créer une armée de mutants, pour conquérir Kaar ! Je suis sûr que vous allez être emballé ! Vous aurez, si vous le voulez, le même grade que Karoc !

_ Mais ce n’est qu’un gosse ! gémit Karoc.

_ Ne l’écoutez pas ! coupe Patz. C’est un dro… Enfin, il est jaloux !

_ Mais en quoi puis-je vous être utile ? questionne le fils de la Machine. Je ne suis pas encore en effet un homme, alors ma faible force physique ne vous sera d’aucun secours !

_ Mais vous êtes un mutant vous-même ! Et vous allez donc pouvoir en recruter d’autres ! A nous de les former !

_ Je vois… Mais vous n’aurez pas Paschic !

_ Mais on l’a eu !

_ Boum ! fait Karoc.

_ Paschic est mort dans l’explosion d’Ultima ! explique Patz. Plus d’ soucis à s’ faire ! »

Le fils de la Machine s’étonne de sa propre réaction ! Il s’était imaginé qu’une telle nouvelle le remplirait de joie, mais maintenant il n’en est plus aussi sûr… A-t-il changé ?

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     Le fils de la Machine découvre le Cube, car il est né sur Ultima, et un véhicule le conduit à son logement, en compagnie de Patz et Karoc… Sur le chemin, le cube roulant se retrouve au milieu d’une manifestation et devient la cible de projectiles, alors que des visages haineux de femmes et d’hommes viennent se coller aux vitres !

« Faut les comprendre ! fait Patz. La situation est de plus en plus intenable ! Le réchauffement ruine les économies et évidemment ce sont les plus petits qui d’abord trinquent !

_ Il y en a même, rajoute Karoc, qui ont fait croire que les premiers vols pour Kaar seront réservés aux plus riches ! Ah ! Ah ! Le bordel ! »

Le fils de la Machine regarde toute cette haine et il a soudain pitié de tous ces gens, car ils sont malheureux de nourrir en eux toute cette colère ! C’est d’abord à eux qu’ils font du mal ! C’est un sentiment nouveau pour le fils de la Machine, qui lui-même auparavant était rongé par l’inquiétude, d’où son pouvoir psychique anormal ! Il ne pensait qu’à lui et à sa sécurité, comme ces manifestants d’ailleurs ! Car, même s’il est touché par cette détresses ambiante, il ne la comprend pas, elle lui est devenue étrangère !

En effet, solitaire sur sa planète inconnue, était-il inquiet, en colère ? Pas le moins du monde ! Au contraire, chaque seconde était riche ! Chaque jour il apprenait, observait, admirait , agissait au mieux ! Il était content d’avoir à manger et d’être protégé de la pluie ! Il aimait sa plante, se réjouissait de ses progrès ! Il avait mille fois moins de choses que ceux qui à présent manifestent et qui pourtant sont hors d’eux ! De quoi peuvent-ils se plaindre ? Ils ont perdu pied avec la réalité ou plutôt la simplicité depuis des lustres !

Dans une société matérialiste, seul l’argent apparemment rassure et on n’en a jamais assez donc ! Mais surtout la peur provoque une augmentation de la domination, on a soif d’être, de commander, ce qui aboutit à des actions violentes, d’autant qu’on a le sentiment d’être manipulés par plus puissant ! C’est un problème d’ego, d’affirmation de soi, de reconnaissance ! Mais, sur « sa » planète, le fils de la Machine était heureux ! Ce qu’il était lui importait nullement ! Au fond, son existence était éminemment spirituelle ! Sur le plan matériel, il n’avait rien et il n’était rien lui même, juste un ciron isolé !

Pourtant, il était attentif à tous ses efforts, comme habité par la sagesse ! Il ne se sentait jamais vraiment seul, comme si la Chose communiquait avec lui, en lui posant des problèmes qu’il fallait résoudre ! Cela n’était possible que parce qu’il admirait la Chose, qu’il se pénétrait de son temps ! Comment alors son égo l’aurait-il fait souffrir, puisqu’il était le témoin d’une beauté infinie et que la joie de manger, de dormir ou de contempler, d’aimer le comblait ? Même ses inquiétudes les plus profondes étaient balayées !

C’est l’incompréhension qui maintenant habite le fils de la Machine, devant tous ces Doms haineux et en colère ! Qu’ont-ils tous ? Que veulent-ils ? Ils ne le savent même pas au fond ! Mais comment serait-il possible de leur parler ? Rien que leur agressivité est quasiment infranchissable ! Ne désirent-ils pas être heureux ?

« Ça va pas être facile de repérer des mutants dans c’ merdier, pas vrai ? fait à côté Karoc, interrompant les pensées du fils de la Machine.

_ Il faudra pourtant le faire et fissa ! renchérit Patz. Plus vite on sera sur Kaar et plus vite on pourra souffler ! »

Souffler ? Le fils de la Machine a envie de rire, en entendant ce terme ! Pourquoi Patz ne commence-t-il pas par souffler justement ! Qu’est-ce qu’il l’en empêche ? Il sera le même sur Kaar que sur le Cube ! Le fils de la Machine est bien songeur… Et dire qu’il a voulu commander totalement Ultima ! Il frémit à ce souvenir ! Comment il a fait condamner Mox ! Le pauvre ! Où était-il à ce moment-là, pour porter de fausses accusations de pédophilie ? Il était dans sa bulle psychique, à manipuler tout le monde ! Il voulait le pouvoir absolu, car il croyait que c’était la sécurité !

Et puis il a lancé sa « meute » contre monsieur Nuit ! Son cercle de mutants l’a figé dans de la résine ! Oh ! Le bonhomme ne valait pas cher ! Il a fait beaucoup de mal avec son béton, mais il ne méritait pas de mourir ainsi, personne d’ailleurs !

Et encore son groupe et lui-même avaient abusé de Lapsie ! Ils ne l’avaient pas violée, non, mais ils avaient brisé toutes ses barrières psychiques, de sorte qu’elle s’était comme noyée dans le sexe, pour se soulager de son angoisse ! De combien d’autres « crimes » le fils de la Machine pouvait-il s’accuser ? Il se le demandait, tout en constatant qu’il n’était plus le même !

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     On conduit le fils de la Machine à son logement… « Voilà de quoi vous installer provisoirement, dit Patz. Demain on attaque le recrutement !

_ J’ai hâte de voir ça ! » fait ironique Karoc.

Le fils de la Machine est laissé seul et il n’en revient pas ! Il regarde autour de lui, incrédule ! De larges baies vitrées donnent sur l’extérieur… Le mobilier est simple, mais de goût ! Tout est propre, confortable ! Le fils de la Machine va dans la salle de bains et reste dans l’étonnement : l’eau coule à volonté en ouvrant le robinet et bientôt elle est chaude… Bien sûr, cela est normal, mais le fils de la Machine se souvient de ses allées et venues jusqu’à la flaque, comment il conservait l’eau, la faisait chauffer, s’enchantait de sa présence, de sa valeur ! Tandis qu’ici…

Pareil pour la cuisine ou la literie ! Dans les débris de la Machine, chaque chose était à sa place : son couteau, sa casserole… Il fallait penser à chaque acte, car rien n’était prévu pour la vie à bord… Le fils de la Machine était fier de son organisation, de son petit chez lui ! Tandis qu’ici…

Ce n’est pas que le fils de la Machine ne reconnaisse pas les bienfaits de la civilisation… Il est prêt à en profiter, mais, dans ce cas, la colère des Doms dehors devient encore plus incompréhensible ! Car la plupart bénéficient de cette installation ! Ils ne souffrent ni de la faim, ni du froid ! Et leur problème est bien un problème d’ego ! Ils sont furieux, car il y en a qui ont plus et ils ont l’impression d’être manipulés, d’être traités comme des vaches à lait ! A cela il n’y a aucun remède politique ou économique ! Cela concerne la conscience de soi, l’amour-propre, le sentiment d’être ou non et c’est irrémédiable, une soif sans fin, sans solution ! L’ego est impossible à satisfaire ! Le fils de la Machine le comprend à présent ! S’il était heureux sur « sa » planète, c’est justement parce qu’il n’avait aucun pouvoir et que ses victoires étaient « immensément » simples !

Les Doms sont des nantis qui s’ignorent ! Ils ont tout et ne le comprennent pas, aveuglés par leur haine ! Ce sont leurs illusions qui les font indifférents à la beauté de la Chose ! Ce sont leurs coupables qui les rendent esclaves ! Et c’est pourquoi ils sont agressifs, car leur paix est factice ! Ils réclament toujours plus, bien qu’ils ne manquent de rien !

Manquer ? Le fils de la Machine sait désormais ce que cela veut dire ! Il a dû fabriquer une petite cuillère ! Il l’a toujours sur lui et il la regarde avec attendrissement, car elle témoigne de sa paix passée ! Au fond, la domination animale, qui est en nous, crée le besoin de nous sentir supérieurs, ce qui produit l’injustice et le chaos ! Ignorer cela permet d’être athée, d’espérer que la solution est sociale ou scientifique et de nier l’échec du communisme !

Chaque jour, les animaux se battent pour défendre leur territoire et les Doms les imitent ! Mais le combat des animaux est bref et souvent sans gravité, car le territoire animal est petit et physique ! Il en va tout autrement pour les Doms, surtout à l’ère de la communication, avec un territoire qui n’est plus que psychique ! On le voit sur les forums, quand des individus, qui ne se connaissent pas, veulent à tout prix avoir raison ! Il n’est pas possible qu’ils lâchent la conversation, s’ils n’ont pas le dernier mot ! Leur combat psychique est âpre et maladif, car la « victoire » détermine leur équilibre !

C’est que l’être humain a soif d’infini ! Son esprit veut une totale liberté et ne supporte pas les contraintes, les règles, les dogmes ! La domination animale prend alors des proportions extraordinaires, anormales et dangereuses ! Nous dévorons l’espace pour avoir raison, pour nous sentir exister, sous le couvert de la nécessité ! Les Doms tuent leur planète à force d’angoisses, puisque l’exploiter permet de dominer !

Les mutants, comme le fils de la Machine, sont dans une bulle psychique, pour commander le monde, tout en se prémunissant contre lui ! Leur bulle ne fait que s’étendre, elle n’échange pas ! Elle grandit à mesure qu’elle compte davantage d’esclaves ! Cet hermétisme conduit à une haine implacable face à l’obstacle ! Car seul le pouvoir donne du sens ! La bulle ne peut pas « respirer », s’assouplir par la complicité, la camaraderie, mais elle n’a pas non plus la naïveté des adultes, qui croient au changement politique ou à l’argent !

Le fils de la Machine a entrevu un autre chemin, par son séjour sur la planète étrangère… Contempler la beauté n’a nullement gêné sa liberté ! Où était le dogme ? Jamais il ne s’était senti aussi présent, aussi maître de lui-même, aussi heureux au fond ! Il était en passe de se découvrir totalement, de se libérer de ses peurs, mais on ne peut échapper au Cube, car il est partout et on en fait partie !

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