LA GUERRE PSYCHIQUE (13-17)

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                        "Mike? Mike?"

                                        Révélations

 

 

                                         13

     Le lendemain, Patz et Karoc passent à l’appartement du fils de la Machine… « La forme ? demande Patz. Prêt à recruter du mutant ?

_ Moi, j’ t’ai apporté une plante ! fait Karoc. Vu qu’ là-haut, t’avais pigné parce qu’on avait écrasé la tienne ! Qu’est-ce qu’on dit ?

_ Merci, répond le fils de la Machine, nullement dupe du mépris de Karoc.

_ Bon, mais c’est pas tout ça ! reprend Patz. Comment on les repère les mutants ?

_ Comme on chasse les grillons ! coupe Karoc. On agite sous le nez des gens un brin de foin et s’ils mordent dedans, ils sont mutants ! Ah ! Ah !

_ Cessez de dire des bêtises ! ordonne Patz.

_ Mais quoi patron ! Pour moi, tout ça, c’est du pipeau ! Vous voyez pas que le gamin vous fait marcher ! Il est là aux pommes, après qu’on l’a sorti de la mouise ! Il s’ fout bien de not’ gueule, allez !

_ Vous ne comprenez pas les mutants, parce que vous êtes un droïde ! explique le fils de la Machine.

_ Quoi ?

_ Vous êtes certes programmé pour dominer, mais il n’y a aucune activité psychique naturelle qui émane de vous ! Le pouvoir psychique vient d’un muscle, d’un réflexe quasi animal ! Rien à voir avec une attitude artificielle, construite, aussi sophistiquée soit-elle !

_ Espèce de salopard ! Tu veux nous détruire, nous diviser, c’est ça !

_ Du calme Karoc ! intervient Patz. Alors je répète ma question : comment repère-t-on les mutants ?

_ C’est assez simple en fait, répond le fils de la Machine. On repère le mutant parce qu’il est agressif psychiquement ! Il veut dominer tout ce qui l’entoure et le fait savoir ! On sent donc l’influence, l’attaque de sa bulle psychique ! A condition d’y être sensible ! Vous, Patz, vous avez une bulle psychique assez puissante, mais elle est aussi poreuse ! Vous avez beaucoup de liens avec les autres, quoique toujours suivant le même modèle : vous commandez et les autres obéissent ! Vous avez en définitive une vision grossière du monde, car vous êtes habitué à ce que les choses soient comme vous le souhaitez ! D’ailleurs, face à vous, les mutants n’essaient pas de vous affronter… Vous avez trop de pouvoir… Non, ils vont vous tromper, vous mener en bateau, comme je l’ai fait avec monsieur Nuit ! »

A ce souvenir, le fils de la Machine est gêné, mais la réaction de Karoc vient masquer cet embarras ! « Je vous l’ai bien dit, Patron ! s’écrie Karoc. Tous ces mômes sont des vicieux, qui essaient de nous manipuler, pour nous soutirer tout ce qu’ils peuvent ! Le fils de la Machine le premier !

_ J’ t’ai déjà dit d’ la fermer ! coupe Patz, avant de nouveau s’adresser au fils de la Machine. Bon, on y va ! »

Ils sortent et le fils de la Machine retrouve à peu près le même paysage que la veille : des gens stressés ou en colère, parmi des détritus, des slogans ! Le cube roulant est bientôt enfermé dans le trafic… « Il faut marcher ! dit le fils de la Machine. De toute façon, on ne repérera rien, en restant dans le véhicule…

_ Vraiment ? coupe Karoc. On n’est pas bien là ? En tout cas, moi, j’ marche pas !

_ Eh bien, on vous retrouve plus tard ! » répond Patz, qui sort à son tour.

Interloqué, Karoc est obligé de suivre les deux autres et on commence à arpenter les trottoirs… « Vous voyez quelque chose ? demande Patz au fils de la Machine.

_ Oui, plein de choses ! Je suis même surpris d’en voir autant ! Mais rien qui doit vous convenir !

_ C’est-à-dire ?

_ Ce que je vois, ce sont des gens comme vous… Ils veulent dominer, ils exercent leur pouvoir psychique, mais ils ne sont pas totalement dans leur bulle ! Ils sont déjà trop âgés, pour demander une domination totale !

_ En effet, ce que je veux, ce sont de jeunes mutants ! Mais, je vous l’avoue, je ne vois absolument rien d’anormal !

_ Plus on veut dominer et moins on est sensible à la domination des autres ! Cela s’explique facilement ! Car déjà on est préoccupé par sa propre domination ! En fait, le mutant n’a pas conscience d’être un cas spécial… Il ne voit le monde que comme un affrontement perpétuel ! C’est étrange, mais, depuis mon séjour sur cette planète isolée, j’ai peut-être perdu du pouvoir… ou plutôt, j’ai moins envie de dominer…, ce qui me rend encore plus sensible à la domination psychique des autres !

_ C’est mieux pour le recrutement, non ?

_ Pas sûr ! coupe Karoc. Pour moi, le gamin est grillé et il ne veut pas le dire ! Car il sait qu’on va l’ jeter, s’il n’est plus utile !

_ Tenez, la jeune fille qui scrolle au coin de la rue ! Elle, c’est une mutante !

_ Vous êtes sûre ? demande Patz.

_ Pfff ! De l’esbroufe, patron ! Juste pile-poil, quand j’ serrais le gamin !

_ Evidemment, enchaîne Patz, indifférent aux sorties de Karoc, on va pas embarquer la jeune fille comme ça… On enregistre son identité et on l’approchera plus tard !

_ Pfff ! Une camionnette et hop ! On la jette dedans, c’est plus simple ! »

                                                                                                     14

     A l’observatoire du Cube, on est en ébullition ! Même Ratamor a été prévenu, bien qu’il ne soit pas cosmologiste ! « Ah vous voilà ! s’écrie le professeur Antimat, responsable de l’observatoire.

_ Cher confrère, je ne vois pas pourquoi vous avez requis ma présence !

_ Vous allez comprendre ! Nous avons repéré un phénomène étrange dans le sixième quadrant… Une masse sombre et pourtant exceptionnellement dense ! Comme elle constitue une menace, nous avons recherché son origine… Elle vient d’Ultima !

_ Oh !

_ La question qui se pose, c’est qu’est-ce qui s’est passé sur Ultima ? Avez-vous eu connaissance d’événements particuliers ?

_ Eh bien, je... »

Est-ce qu’il faut à Ratamor raconter tout ce qu’il a vécu sur la station ? Cela lui paraît difficile ! Voyant son embarras, Antimat précise : « Essayez de vous limiter aux phénomènes cosmologiques... » Ratamor fait un effort de mémoire et au début il ne voit pas… Puis, il se souvient de certains propos de monsieur Nuit : « Il y a bien eu quelque chose dont a parlé monsieur Nuit et dont une partie de la station a été témoin… C’était des coups portés contre Ultima, venant de l’extérieur !

_ De l’extérieur ? Vous êtes sûr ?

_ Oui, mais ça m’a paru tellement aberrant, absurde, sur le moment que je n’y ai pas fait attention !

_ Mais de quoi s’agissait-il au juste ?

_ On parlait d’une force vraisemblablement… Je n’ose pas dire créature… Toujours est-il que des coups d’une violence extrême, contre les portes des sas, alarmaient, terrorisaient même les habitants de la station…

_ Hum ! Cela ne nous aide pas beaucoup… Et pourtant, une masse anormale, circonscrite, quoiqu’ invisible, se dirige vers nous… Si elle a déjà menacé Ultima, pourquoi pas le Cube ? »

A cet instant, un grand écran s’allume et le visage de Dominator apparaît, en soufflant la fumée de son cigare ! « Professeur Antimat, qu’est-ce qui se passe ? demande le maître du Cube. Je vois que le niveau d’alerte 4 a été atteint !

_ En effet, Dominator, une masse inconnue se dirige vers nous !

_ Est-elle un danger ?

_ Elle peut faire exploser le Cube, certainement ! Malheureusement, nous ne parvenons pas à comprendre sa nature ! Ce que nous savons, c’est qu’elle vient d’Ultima et c’est pourquoi le professeur Ratamor est à mes côtés ! »

Dominator pousse un soupir, en dégageant de la fumée, puis il gratte sa barbe : « Professeur, reprend-il, est-ce qu’il serait possible de changer la trajectoire de cette masse ?

_ Peut-être…

_ Alors, je propose que nous utilisons nos nouveaux missiles intersidéraux ZZIII, pour le faire…

_ Mais…

_ Et que nous en profitions même pour diriger cette menace sur Kaar !

_ Sur Kaar ? Mais la position de cette planète reste aléatoire !

_ Mais on peut quand même l’estimer ! Qui n’essaie rien n’a rien !

_ Je ne crois pas que…

_ Vous préféreriez que nous utilisions une raquette de tennis pour écarter le danger ?

_ Non, bien sûr que non !

_ Alors faites ce que je vous dis ! »

Plus tard, dans la soirée, deux missiles ZZIII sont lancés du Cube, direction la masse menaçante ! Seuls ceux qui sont au courant voient deux sillages de lumière foncer vers le cosmos ! A l’observatoire, quelques minutes plus tard, on constate deux explosions et le professeur Antimat s’écrie : « La masse ! Elle change de direction ! Nous avons réussi ! »

Bien plus loin, là où devrait être la planète Kaar, un autre phénomène apparaît, qui est lui-même enregistré par l’observatoire du Cube ! « On dirait une immense toile d’araignée ! fait Antimat, toujours en alerte devant ses écrans. Voyez-vous-même, Ratamor !

_ C’est… extraordinaire ! Elle brille… Elle ondoie montrant toutes les couleurs de la lumière, comme un prisme !

_ Et elle repousse la masse…, qui revient vers nous ! »

Le professeur Antimat regarde son collègue avec désespoir et le front en sueur !

                                                                                                       15

     Après des jours de recherche, Patz, Karoc et le fils de la Machine ont réuni une dizaine de mutants, avec l’approbation de leurs parents ! A ceux-ci, on a proposé un dédommagement, en racontant que les enfants étaient promis à un brillant avenir ! Puis, on s’est installé dans un camp militaire, puisqu’il s’agit de former des soldats, même s’ils sont qualifiés de psychiques, et en bordure d’une des dernières forêts de la planète des Doms, pour disposer à proximité de l’univers de Kaar !

Patz regarde les visages embarrassés des ados retenus, qui se tiennent dehors devant lui ! Il ne sait pas ce qu’il faut en penser et c’est pourquoi il jette derrière lui un coup d’oeil à Karoc et au fils de la Machine… Qui sont au fond ces mutants ? Comment fonctionnent-ils ? Qu’est-ce qu’une bulle psychique ? Le fils de la Machine ne les mène-t-il pas en bateau, lui et Karoc ? Ce sont les quelques questions que se pose Patz !

Enfin, il prend la parole : « D’abord, je voudrais me présenter, dit-il aux enfants, je suis le général Patz et voici le colonel Karoc et notre assistant, le fils de la Machine ! Vous avez été choisis parce que vous êtes des mu…, parce que vous avez un pouvoir particulier ! un talent unique ! bref, parce que vous êtes exceptionnels ! »

Patz a marqué un point, car un subit intérêt se lit sur les visages… « Vous êtes ici, reprend-il, pour devenir des soldats psychiques ! des soldats du cerveau en quelque sorte ! Ce qui nous intéresse, c’est la force de votre pensée, de votre activité cérébrale ! C’est un domaine nouveau pour nous et nous ne savons pas exactement à quoi il correspond ! Votre formation sera un échange entre nous et vous ! Mais notre but est clair ! Il s’agit de vaincre la planète Kaar, qui est championne sur le plan mental ! Comme vous le savez sans doute, notre planète brûle et devient invivable ! Habiter la planète Kaar est notre seule chance de survie ! Votre collaboration sera donc utile pour tous ! Nous avons ici quelqu’un qui a le même don que vous et qui donc doit mieux vous comprendre que je ne le fais moi-même ! C’est avec lui en premier lieu que vous aurez des contacts ! Je veux parler du fils de la Machine, à qui je laisse maintenant la parole ! »

Le fils de la Machine s’avance et il hésite… Que va-t-il pouvoir leur dire, alors que lui-même est en plein doute, en pleine transformation ! Il sent subitement les pouvoirs psychiques des mutants l’agresser ! Cela ne le surprend guère, à leur place il aurait fait de même ! Il aurait essayé de dominer celui qui aurait joué son rôle ! Le rapport des mutants avec les autres est toujours un rapport de force ! Seul les rassure de se sentir supérieurs ! de contrôler, voire de manipuler, ceux qui les entourent !

Le fils de la Machine est surpris, car il vient de se rendre compte qu’il n’a à présent nulle envie de dominer ! C’est à cette absence qu’il mesure combien il a changé… et cela le trouble, l’angoisse même ! Car il est ici pour former à la lutte, non à la paix !

Les bulles psychiques des mutants deviennent de plus en plus pressantes ! En fait, elles testent, elles éprouvent et à première vue, le fils de la Machine est affaibli, pâle, transparent ! Il est donc une proie ! Les mutants se disent qu’ils vont pouvoir s’engouffrer dans une faille et ils sont prêts à en profiter ! Ils vont d’abord soumettre psychiquement le fils de la Machine, lui montrer qui est le plus fort ! Ils vont l’humilier mentalement !

Qui sait ? Il va peut-être perdre son sang-froid, se tourner vers eux avec un visage haineux ! Ce sera un vrai délice, un bel aveu d’infériorité ! Ou bien il aura peur, il les fixera inquiet ! Ils lui demanderont alors de se déshabiller ! Il sera le jouet de toutes leurs perversions ! Il suera à grosses gouttes et ils continueront à le harceler, à le tordre, jusqu’à ce qu’il supplie !

Tout cela se passe dans l’invisible, si bien que Karoc perd patience et qu’il tousse, ramenant le fils de la Machine au seul moment présent ! Il faut qu’il dise quelque chose ! « Je sais ce que vous ressentez, dit-il aux mutants. Je sais que vous voulez savoir qui est le plus fort ! Mais nous ne sommes pas là pour ça ! Ce que nous voulons, c’est associer vos forces psychiques, pour n’en former qu’une seule, afin qu’elle soit la plus puissante de toutes ! J’avoue que je ne sais pas comment, car c’est nouveau ! Pour l’instant, chacun d’entre vous est sur la défensive, car vous êtes face à l’inconnu ! Chacun pense d’abord à ses intérêts et c’est cela que nous voulons changer ! Nous allons apprendre à nous connaître, pour former une équipe ! Il est nécessaire que nous ayons confiance les uns dans les autres ! »

Le fils de la Machine se tait et se tourne vers Patz… « Très bien, fait celui-ci en direction des mutants. Chacun va rejoindre sa chambre et s’installer comme il veut ! » Après une seconde d’hésitation, les enfants se dispersent, suivi par le fils de la Machine, tandis que Patz et Karoc échangent en arrière ! « Il ne s’est rien passé, patron ! lâche karoc. Le fils de la Machine, c’est du toc !

_ Au contraire, je trouve qu’il ne s’en est pas mal tiré ! »

                                                                                                   16

     Le fils de la Machine mène plusieurs entretiens avec les mutants… Le premier qu’il reçoit est un garçon de petite taille et à l’air dur ! Il s’appelle Boulos et il regarde avec dédain le fils de la Machine ! Sa bulle psychique est omniprésente dans la pièce, comme s’il faisait mauvais dehors depuis des lustres !

« Très bien Boulos, j’ai quelques questions à te poser, pour mieux te connaître...

_ De quel droit ? T’es à peine plus âgé que moi…

_ Disons que c’est mon job… et que je dois le faire… J’aimerais savoir comment tu sens les choses…, quels sont tes goûts, si tu as des passions...

_ C’est pas la peine de se fatiguer avec moi ! C’est cuit de toute façon !

_ Ah bon ? Qu’est-ce qui est cuit ?

_ Mais tout ! On connaît le scénario d’avance ! Vous croyez qu’on en est arrivé là par hasard ?

_ On en est arrivé où ?

_ Mais à la cata ! La planète est cuite, mais notre système va exploser bien avant !

_ Tu peux expliquer…

_ Oh ! Mais c’est simple ! Chacun tire la couverture à soi ! Les plus puissants encore plus que les autres ! On a pompé tout ce qu’on pouvait ! Et maintenant tout s’écroule ! C’est une fin annoncée depuis longtemps !

_ C’est sans espoir donc…

_ Exactement ! Il n’y a rien de rien !

_ Et comment tu supportes cette situation ?

_ Chais pas ! J’ vis au jour le jour ! J’essaie de survivre !

_ Tu n’as donc aucune illusion ?

_ Aucune ! »

Boulos répond fermement, pourtant le fils de la Machine détecte chez lui une détresse, une sourde envie de pleurer… « Nous sommes tous pareils, songe le fils de la Machine, nous ne pouvons endurer une souffrance trop grande, sans sourciller, malgré nos airs bravaches ! Nous sommes tous fragiles à notre manière ! »

La dépression est évidente chez Boulos et elle se caractérise par une fermeture, un profond désespoir, une absence totale de perspectives ! Un moment, le fils de la Machine voudrait soulager un peu cette tristesse, mais ce n’est pas aussi simple et il est surpris de sa largeur de vue ! Son séjour sur la planète isolée lui a dessillé les yeux et il comprend fonctionne Boulos !

Celui-ci ne voit pas d’espoir et se représente un monde implacable, dans son égoïsme ou ses calculs, parce qu’il ne perçoit pas les autres comme des êtres humains, d’autres lui-même ! Il ne leur donne pas une existence qui leur est propre, avec des doutes, des efforts et la même peur, mais il ne les résume qu’à une force obscure, qui joue le rôle de rouleau compresseur, jusqu’à l’apocalypse, seul repos envisagé !

Cela n’est possible que si on reste fixé sur soi-même ! que si on se sent supérieur, en se plaçant au centre, en méprisant les autres ! Mais cela a un prix ! Comme on ne peut que compter sur soi, on se doit d’être le plus fort, toujours sur ses gardes, quitte à se malmener ! C’est ce qui explique la dépression, due au surmenage, à l’absence de détente, à un esprit qui doit tout prévoir !

C’est cet égoïsme, cette dureté qui freine la compassion du fils de la Machine ! Il n’a pas envie de mettre un doigt dans l’engrenage, pour qu’il soit brutalement écrasé ! Après tout, en se dressant constamment sur ses ergots, en méprisant le monde, Boulos fait son propre malheur ! Ce qui lui manque, c’est de s’ouvrir, comme le fils de la Machine a dû le faire dans son « désert » ! Mais la condition, c’est d’en « rabattre » sur soi-même, de se montrer humble, or, plus il a peur et plus Boulos se durcit, comme si cela pouvait être un remède !

« Combien ne sont pas comme Boulos ? songe le fils de la Machine. Combien ne sont pas sans espoir, enfermés dans leur bulle psychique ? Combien ne s’épuisent pas, alors qu’il y a une solution ? Boulos se défend contre un monstre invisible, qui n’existe pas ! Il lutte contre son envie de pleurer, mais aussi il se régale de se sentir au-dessus du panier… et il appelle ça lucidité ! »

Le fils de la Machine note que le pouvoir psychique de Boulos est puissant, mais qu’il sera difficile de changer le mutant, de le faire évoluer, pour un travail d’équipe ! Boulos veut faire cavalier seul, tirer son épingle du jeu, malgré l’écroulement des sociétés ! Il est en contradiction avec lui-même, puisqu’il adopte le comportement de ceux qu’ils condamnent et qui ne pensent qu’à eux ! Mais il se voit meilleur, car solitaire ! Il lutte contre toute faiblesse, tapant à coups de marteau sur son cœur, en s’efforçant de ne pas pleurer !

Le fils de la Machine se reconnaît là, mais dans le passé, car Boulos, lui, s’enfonce dans la nuit !

                                                                                                          17

     Le deuxième mutant est une fille et elle est encore plus agressive que Boulos ! Elle s’appelle Quasta et toute son attitude, ce qui inclut son habillement, est un défi ! La tenue est provocante, en laissant voir le plus de chair possible, et les bras et le cou sont fortement tatoués, comme pour donner de la virilité et contredire la séduction ! L’indépendance est criée, alors que tout appelle le regard ! On menace, mais on veut aussi de l’attention ! C’est un mélange de force et de fragilité ! C’est la méfiance qu’exprime d’abord Quasta ! Elle voudrait bien qu’on la trouve belle et intéressante, mais elle a peur d’être moquée ou trompée ! C’est cette crainte qui la fait tendue !

« Qu’est-ce t’as à me regarder comme ça ? s’écrie-t-elle. J’ parie qu’ tu voudrais bien m’ sauter comme les autres !

_ Je cherche seulement à mieux te connaître…

_ Ouais, tous les mecs disent ça ! Pour qu’ t’ailles au pieu avec ! Mais ça tintin !

_ T’aimes pas les garçons ?

_ Pas les cochons ou les vicieux !

_ Tu t’habilles tout de même d’une façon provocante !

_ Eh ! Mec ! J’ai aucun compte à t’ rendre ! J’ fais c’ que je veux ! C’est toi qui baves, mec !

_ Sans doute, mais nous communiquons les uns avec les autres, par nos choix, nos choix de vêtements notamment !

_ Et alors ?

_ Alors, tu sais que tu suscites le désir… Tu fais tout pour, en tout cas !

_ Mais j’ suis bien comme ça !

_ Si t’étais sur une île déserte, comment t’habillerais-tu ?

_ J’ me mettrais carrément à poil ! Ah ! Ah ! 

_ En fait, tu te réjouis de sentir le désir des hommes, mais, en même temps, tu leur montres tout ton mépris ! Qu’est-ce que tu veux au fond ?

_ J’ veux qu’on m’ respecte !

_ C’est le souhait de chacun, non ?

_ Non, y en a qui écrasent, qui font du mal !

_ Et ils écrasent pour se faire respecter, non ?

_ Ouais, mec, et c’est pour ça que j’ me laisserai pas faire ! Je mords ! Ah ! Ah ! J’ mords le porc !

_ Donc t’es comme eux ! Ils sont durs et t’es venimeuse !

_ Faut bien ! C’est chacun pour soi !

_ A c’ jeu-là, personne n’est gagnant !

_ Ah ouais ?

_ Oui, on finit toujours par trouver plus fort que soi… Tu as peur, c’est normal, surtout si tu as déjà été malmenée…

_ Moi peur ? Tu rigoles !

_ Chacun a peur, même les plus forts ! C’est tout au fond de soi ! On peut faire semblant évidemment ! Par exemple, en se montrant agressif et violent ! On donne alors l’impression d’être sans peur, d’être le maître…, mais au contraire, c’est la preuve qu’on a peur ! Si on est tranquille et fort, pourquoi on serait violent ou agressif ? Si on était vraiment fort, on regarderait les autres avec douceur… On les comprendrait…

_ Peut-être que j’ai peur…, mais y a d’ quoi non ? Il est où l’espoir ?

_ Tu voudrais ne plus avoir peur ? Tu voudrais rire et chanter ?

_ Eh ! C’est pas écrit pigeon sur mon front !

_ J’ t’ai posé une question…

_ Oui, j’aimerais ne plus avoir peur… et rire et chanter ! T’as une solution ?

_ Peut-être…, mais tu te doutes bien que ce n’est pas la violence…

_ Non, évidemment…

_ Bien, mais la solution ne sera pas simple non plus… Ce n’est pas qu’elle soit compliquée et qu’elle demande un haut niveau d’études ! Mais elle a un rapport avec l’ego, l’amour de soi, avec notre égoïsme, qui est toujours difficile à faire bouger… En fait, ton problème, c’est que tu ne sais pas qui aimer, ni comment aimer, pas vrai ?

_ Chais pas…

_ Tu voudrais donner, employer toutes tes forces, t’épanouir, mais tu sais pas dans quelle direction ! T’as peur d’être trompée, méprisée, qu’on profite de toi ! Ma solution ne t’enlèvera rien ! Au contraire, tu recevras bien plus que ce que tu peux imaginer ! Il est possible qu’ t’aies même envie d’chanter ta joie !

_ Tu s’rais pas en train d’ me vendre quelque chose, mec ?"

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