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Le 01/06/2026

"Non, mais des fils de putes, il y en avait déjà!"
Il était une fois dans l'ouest
1
« On est sans nouvelles d’Ultima ! dit le duc de l’Emploi à Dominator, alors qu’ils sont tous deux dans la tour du Pouvoir.
_ Ultima…, Ultima ?
_ Vous savez, c’est cette station spatiale, comme un Cube miniature dans l’espace ! On y veut tester la vie des Doms, sans aucune présence de la Chose ! On y prépare l’avenir somme toute !
_ Mais bien sûr Ultima ! Et on est sans nouvelles ?
_ Voilà une semaine qu’il est impossible de les joindre et ils n’émettent pas non plus !
_ Fâcheux ça ! Rappelez-moi un peu les conditions du programme !
_ Oh ! Il y a là-bas normalement près de 500 personnes ! C’est une petite colonie dans l’espace… On y a reconstitué un quartier du Cube, en veillant à ce que la Chose ne puisse en aucun cas y réapparaître !
_ C’est donc un programme scientifique… et vous me dites que c’est silence radio ! Qu’est-ce qu’on peut imaginer ?
_ A vrai dire, on n’en sait rien ! Il faudrait aller voir ! Une révolte n’est pas exclue, pas plus que des problèmes techniques… En tout cas, la station existe toujours…
_ Eh ben, vous avez raison, il faut aller voir ! Envoyez-y une expé !
_ Très bien, dans ce cas, je demande à y participer personnellement ! J’ai quelque intérêt là-bas !
_ Moi aussi, je veux me joindre à l’expédition ! s’écrie monsieur Nuit, également présent. Mon nouveau béton y est aussi testé ! Je veux voir de mes yeux comment il se comporte !
_ Mais messieurs, répond Dominator, je ne m’attendais pas à autant de courage de votre part, ni à autant d’enthousiasme ! Ainsi tous mes vœux vous accompagnent ! Cependant, on n’y va pas sans biscuits ! Vous prenez avec vous Ratamor, pour la partie scientifique, et la colonelle Lapsie, pour la sécurité ! Elle sera accompagnée de ses soldats d’élite ! »
Tout ce petit monde se retrouve bientôt sur la piste d’envol du vaisseau, qui va les conduire vers Ultima ! Evidemment, chacun s’y comporte selon ses buts ! Le duc et monsieur Nuit sont d’abord des hommes d’affaires et ils ont une allure quelque peu guindée, sensiblement distante : c’est tout le fossé que produit l’argent !
Ratamor est plus simple, plus avenant, quoique parfois perdu dans ses pensées, d’autant qu’il ne parle à personne de ses propres travaux, sur Branche notamment ! Il n’a pas envie qu’on le voie comme un traître, à la solde de la Chose, et il sait bien que les autres sont hostiles à la nuance, qu’ils ont la compréhension étroite !
Lapsie, elle, est contente de retrouver l’action ! Elle se dit qu’il y aura peut-être du PN (Pervers Narcissique) sur la station et qu’elle pourra ramener quelques trophées ! Elle a avec elle ses meilleurs hommes, qui ont des armes nouvelles, qu’ils manipulent avec joie !
Ultima est située dans un autre système que celui du Cube et on doit de nouveau « forcer » l’espace-temps ! Cela donne une légère nausée aux voyageurs, mais ils franchissent d’un bon des milliards de kilomètres ! La station est en vue, mais elle demeure muette aux appels du vaisseau ! Elle ressemble à un gros cube flottant dans le vide sidéral…
« Mon béton n’a pas l’air d’avoir trop souffert ! fait monsieur Nuit, en regardant par le hublot.
_ Le directeur de la station va m’entendre ! réplique le duc. Je lui avais dit de gérer ça au mieux ! Il devait développer les emplois au maximum ! Dieu sait dans quel bourbier il est allé se fourrer ! Mais les gauchistes sont toujours autant inconscients !
_ L’égoïsme du patronat y est peut-être pour quelque chose ! lâche Ratamor.
_ L’intellectualisme aura not’ peau ! rétorque le duc.
_ Je ne voudrais pas vous contrarier, messieurs, fait Lapsie. Mais ce silence qui dure, dans la station, ne me dit rien qui vaille ! Il est arrivé quelque chose et sans doute quelque chose de grave ! »
Tous se taisent à ce rappel et le vaisseau se présente sur la piste d’atterrissage, qui est absolument vide ! « Est-ce qu’ils auraient quitté la station ? » demande monsieur Nuit. Personne ne lui répond et le vaisseau se pose ! Puis, quand les moteurs sont éteints, le groupe, avec ses bagages, fait face à un sas désert et sombre ! Il n’y a qu’un éclairage de secours et aucun bruit !
« Bonjour l’accueil ! » fait un soldat.
2
Le groupe avance dans le couloir, puis arrive devant les ascenseurs… « Ils marchent apparemment… fait Lapsie.
_ La station a une arête de 2 kilomètres… précise monsieur Nuit.
_ C’est long pour un poisson ! » rajoute un soldat, mais personne ne rit à sa remarque.
Le groupe se répartit dans deux ascenseurs et s’élève jusqu’au centre d’accueil, qui est comme la place du village ! C’est là que les habitants s’informent, échangent, vont faire leurs courses, se croisent et s’assurent de la solidité de leurs liens, mais pour l’instant le lieu est désert, ce qui coupe les forces du groupe ! Il en vient à laisser tomber ses bagages, à sentir sa fatigue, ses craintes, son énervement ! Seule chose perceptible, le ronronnement du système d’aération, mais il n’y a aucune trace de désordre ! Tout semble à sa place et en état de fonctionner…
« Mais où sont-ils tous ? s’écrie le duc. C’est incompréhensible !
_ Quelqu’un veut du café ? dit Lapsie. J’ vais en faire…
_ Ils sont peut-être dans les chambres, suggère monsieur Nuit.
_ Soldats, ordonne Lapsie, allez voir s’ils sont dans les chambres !
_ C’est très curieux, poursuit Ratamor, on pourrait penser à un virus, mais alors il y aurait des cadavres…
_ J’ai une autre idée, coupe le duc, par désespoir, pour ne pas bosser ou parce qu’ils étaient devenus fous, ils se sont tous rassemblés dans un sas et hop ! ils ont disparu dans l’espace !
_ Vous pensez à un suicide collectif ?
_ Pourquoi pas ? C’est assez sinistre ici…
_ On a pourtant choisi le béton le plus doux, coupe monsieur Nuit. Toute la structure a été pensée pour conduire à la convivialité ! Les couleurs sont chaudes, les espaces bien éclairés ! On voit une exoplanète par cette large baie…
_ N’oubliez pas, réplique le duc, que le but de l’expérience était de vivre sans la Chose !
_ Était ? » relève Ratamor, mais le duc se contente de hausser les épaules.
Pendant ce temps-là, les soldats visitent les étages, à la recherche des logements… Il y fait plus sombre et c’est aussi plus silencieux… Les soldats ont leur arme en joue et ils ouvrent les portes avec méfiance ! Mais les appartements, qu’on a voulu spacieux, n’ont aucun occupant… Les affaires sont dans les armoires, les tiroirs ou attendent leurs propriétaires sur les lits, comme après une journée de travail ! Les salles de bains n’ont rien non plus d’anormal !
Un soldat, épuisé par le voyage et la tension nerveuse, s’assoit sur un canapé et bientôt s’endort ! Il fait un étrange rêve… Il va à l’école, avec un cartable sur le dos, et il tient la main de son père ! Mais il a peur… Un bâtiment gris se dresse devant lui, au bout d’une cour goudronnée et poussiéreuse… Un petit homme, vêtu d’une blouse grise, accueille son père en souriant… Ils plaisantent tous les deux, puis le père s’en va et le petit homme, qui continue de sourire, soudain frappe si fort l’enfant qu’il a l’impression de faire un tour dans ses habits !
Les joues en feu et comme assommé, l’enfant est alors mené dans une classe, où se trouvent d’autres élèves qui ont l’air aussi accablés que lui ! La maîtresse est une personne sèche qui se met à se moquer des pleurs de l’enfant et qui dit qu’il devrait avoir honte ! L’enfant se tourne vers ses camarades, mais il ne voit que des visages éteints ou qui montrent du mépris !
Il n’y a pas d’amour ici pense l’enfant et c’est un rêve pénible pour le soldat, qui se réveille et qui s’étonne de répéter : « Il n’y a pas d’amour ici ! » Cette phrase lui paraît maintenant décrire au mieux l’ambiance de la station… Il n’y a pas d’amour ici…
Mais enfin, c’est un soldat, avec une mission, et il se reprend, se lève et rejoint ses camarades, afin de faire un rapport !
Dans la salle d’accueil, les choses n’ont guère changé… et les soldats n’ont aucun élément nouveau… Le mystère reste donc entier ! Où sont les habitants ? Évidemment, ils sont peut-être rassemblés dans une partie spécifique, pour une raison ou une autre, mais la station est vaste et la visiter de fond en comble prendra du temps… « On pourrait utiliser les caméras vidéos ! lâche monsieur Nuit.
_ Mais bien sûr ! approuve le duc. Pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt ? Les écrans sont là, il suffit de les consulter !
_ Chaque secteur est sous surveillance… explique monsieur Nuit. Tenez, là, c’est nous qui sommes devant les ascenseurs…
_ Attendez, coupe Ratamor, c’est nous il y a trente minutes ! C’est donc un enregistrement !
_ Normalement non, c’est du direct ! »
Paschic sent le printemps (47-50)
Le 24/05/2026

" Oui, je tue des garçons bouchers et je ne sais pas pourquoi!"
Drôle de drame
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« C’est étrange ! dit Branche. Mais j’ai l’impression que les mutants sont devenus des géants !
_ Effectivement ! appuie Web. Mais c’est peut-être nous qui avons rapetissé ! »
A l’extérieur, à travers les voiles translucides, on voit les mutants au niveau des chevilles ; le reste de leur corps se perdant dans les hauteurs ! « J’étais sûr qu’ils étaient sur ce toit ! jette un mutant.
_ Eh ben, ils n’y sont pas ! rétorque un autre.
_ Il faut quand même les retrouver, car ces gens n’étaient pas soumis ! Ils avaient l’air d’être libres ! Je n’aime pas ça !
_ Eh bien, s’ils sont pas là, c’est qu’ils ont trouvé un moyen de redescendre !
_ Impossible !
_ Tu vois une autre solution ?
_ Non ! Bon, on redescend et on ratisse le bas ! »
Le trio, dans son enveloppe de blancheur, voit les mutants quitter le toit et Branche souffle : « Eh bien, c’était chaud !
_ Oui, approuve Web, mais cela n’explique pas la différence de taille… et ce que nous faisons ici !
_ Exact ! Il est possible que nous soyons définitivement réduits à l’état de gravier ! Moi, Branche, exilé dans l’infiniment petit ! condamné à manger des demi-portions de pâtes ! Mon Dieu !
_ Pff ! Quel pleurnichard ! fait une voix inconnue.
_ Hein ? Qui a parlé ? C’est Paschic devenu ventriloque !
_ Mais non, gros bêta ! C’est moi, Fleur !
_ Fleur ?
_ Oui, je m’appelle Fleur… et je me suis transformée en pâquerette, pour vous sauver ! ce que je regrette peut-être un tantinet…
_ Comprends pas !
_ Non ? Alors, je baisse mes pétales, pour que vous sortiez de mon cœur ! Attention, vous allez retrouver votre taille normale ! »
Le trio fait un pas hors des voiles immaculés et aussitôt, il lui semble que rien n’a changé en ce qui le concerne ! Mais, par contre, il se retrouve en face d’une jolie jeune femme, qui se frotte un peu les mains, pour en débarrasser la poussière ! « Fleur ! Je parie ! dit Branche.
_ On peut rien te cacher !
_ Et comme ça, tu as le pouvoir de te transformer en fleur… et de réduire les gens ?
_ Oui et je peux faire bien d’autres choses !
_ Mais…, comment est-ce possible ?
_ Je suis envoyée par la Chose, figure-toi ! pour veiller sur le Magicien !
_ Le Magicien ?
_ Oui, celui que tu appelles Paschic ! La Chose tient à ce qu’il reste en un seul morceau !
_ Vous saviez ça, Paschic, que la Chose veillait sur vous ?
_ Mais la Chose est partout dans le Cube, pour qui sait la voir ! répond l’intéressé.
_ Et le nom du Magicien ?
_ Parce que c’est un ami de la Chose depuis longtemps ! coupe Fleur.
_ Bien sûr ! C’est une évidence ! réplique Branche. Tout de même, ton tour me laisse baba !
_ Merci ! répond Fleur. Mais je t’ai vu en bas jouer les gros troncs et c’était pas mal, non plus !
_ Vrai ! J’ t’ai tapé dans l’œil ?
_ Faudrait pas exagérer non plus ! Disons que j’ai déjà vu des arbres plus demeurés !
_ Oh ben, alors là ! Moi, j’ai vu des roses autrement plus sexy que toi !
_ Euh... Dites, les jeunes, je voudrais pas casser l’ambiance, mais il serait peut-être temps qu’on songe à partir ! intervient Web. Les mutants n’ont pas inventé l’eau chaude et Fleur a fait des merveilles, mais ils rigolent pas non plus et eux aussi ont d’étranges pouvoirs ! »
Tout le monde en convient et on se dirige prudemment vers l’escalier ! A la sortie du bâtiment, on n’aperçoit personne et on quitte le quartier, en rasant les murs ! « Vous voilà avec une protection, on dirait ! dit Web à Paschic.
_ Oui, ça fait du bien… On se sent moins seul !
_ Bon, ben, on est quatre à présent ! »
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Dominator, dans la tour du Pouvoir, fume son éternel cigare : « Je n’aime pas ! Non, je n’aime pas ça ! dit-il en soufflant de la fumée.
_ Qu’est-ce que vous n’aimez pas ? demande derrière le duc de l’Emploi, qui se cure les ongles.
_ Eh ben tout ça ! répond Dominator, en montrant l’extérieur d’un geste large.
_ C’est-à-dire ?
_ Toute cette flotte, ce ciel bas, cette végétation qui gonfle ! J’ai l’impression que la Chose reprend le dessus…, qu’elle progresse dans le Cube, qu’elle se moque de nous !
_ Bah, un peu de désherbant, de nouveaux lotissement la remettront à sa place !
_ Évidemment… Mais il n’y a pas que ça ! Que dit le potentiomètre de nos inquiétudes ? »
Le duc de l’Emploi se déplace et regarde un appareil fixé au mur, avant de dire : « 18 !
_ Et la haine ?
_ 18 aussi !
_ Ce sont presque des maximum ! C’est bien et c’est mal ! Mal parce que, bien entendu, il ne faut pas arriver au chaos ! Une insurrection serait catastrophique ! Mais c’est bien aussi, car il faut que nous soyons captivés par nos inquiétudes et nos haines ! La Chose, là dehors, par son apparente indifférence, représente le vide cosmique, l’interrogation, l’inconnu !
_ Que deviendrons-nous, s’il nous fallait réfléchir, abandonner nos craintes ou nos détestations ?
_ Exactement ! Nos vies tiennent d’abord au sentiment que nous avons de notre pouvoir ! Je suis bien placé pour en parler ! Céder le pouvoir au nom d’une foi, avoir confiance dans quelque chose d’invisible, non merci ! L’injustice est là, ainsi que nos ennemis, il faut les combattre !
_ Il est question ici et là d’une petite bande d’illuminés, les 4, menés par un certain Paschic… Ils semblent comme des apôtres de la Chose !
_ Il fallait s’y attendre ! Plus les temps sont troubles et plus les fanatiques profitent des moindres brèches ! On a soif d’un discours radical, car on aime les solutions simples et rassurantes, mais il n’y en a pas !
_ Et les mutants ?
_ Quoi les mutants ?
_ Ils sont incontrôlables ! Soudain, il se mettent à assassiner ! Des enfants qui tuent, qui aurait pu imaginer cela ?
_ Oui, c’est un problème ! Ratamor dit que ce sont comme les œufs de la peur ! Dans un monde sans repères, certains jeunes ne survivent que grâce à une domination personnelle totale, ce qui implique une soumission totale chez les autres ! Et s’ils résistent, ils sont détruits ! La cohabitation avec les mutants est impossible ! Mais nos meilleurs spécialistes planchent là-dessus ! Ouais, qu’est-ce que c’est ? »
Un secrétaire entre et dit : « Monsieur Nuit demande à être reçu...
_ Bien sûr qu’il entre !
_ Salut à vous deux ! fait Monsieur Nuit.
_ Bien le bonjour monsieur Nuit ! Alors, quel bon vent vous amène !
_ Mais la situation actuelle ! Vous avez vu comme tout devient fluctuant, incertain ! Nous pouvons craindre une pénurie de béton ! Des entreprises sont menacées ! Que vais-je devenir, si je ne peux plus faire couler mon béton ?
_ Oui, nous parlions justement de la complexité des choses...
_ La Chose ? Mais elle revient toujours ! Le Cube en est infesté !
_ Ah Si elle n’est pas domestiquée, elle ne nous intéresse pas ! appuie le duc. Dominator, le disait à l’instant : la Chose, c’est le vide cosmique !
_ Eh oui ! renchérit Dominator. Imaginons un instant les Doms rassurés par la beauté de la Chose, disponibles les uns aux autres, ouverts !
_ Mais, mais alors, il faudrait que j’abandonne mes craintes ! Et où serait ma réussite ? Il faudrait, il faudrait que je renonce à mes constructions, à commander mes employés et qui leur donnerait à manger ?
_ Gardons nos inquiétudes, voulez-vous ! Le tout, c’est de maintenir le statu quo, en évitant les débordements !
_ Voilà ! d’autant que ma positon est bonne ! approuve Nuit. J’aime le matin visiter mes chantiers, avec ma nouvelle voiture ! Je discute avec chacun et s’il y a des problèmes, on les règle !
_ Quel niveau pour la haine et les inquiétudes ? » demande une nouvelle fois Dominator au duc.
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Dans le Cube, il y a tout de même des bars où les créatures de la Chose et du Cube peuvent consommer ensemble et ce soir-là, dans l’un de ces établissements, un Dom au comptoir boit un verre avec un Merle dont il vient de faire la connaissance ! L’oiseau pique des cacahuètes et trempe son bec dans une petite écuelle, alors que l’homme s’épanche : « 5 000 par mois que j’ gagne ! dit-il. C’est pas mal, hein ? Mais attends, quand j’enlève les frais d’étude pour mes gosses, l’entretien des deux voitures, les impôts, la taxe foncière… Si je te disais, le montant de cette taxe, tu tomberais dans les pommes ! Eh bien, que me reste-t-il ? Nada ! Ou presque ! Tiens, ma femme et moi, on veut aller en vacances cet été… On a bien droit d’ souffler, non ? Mais qu’est-ce qui s’ ra possible ? Seulement du camping, avec not’ vieille tente ! celle qui est à moité déchirée et qui s’envole au moindre coup de vent ! Bouououh !
_ Dur, dur ! approuve le Merle, qui a fini sa boisson. Tiens, René tu nous r’mets ça !
_ J’ crois que vous avez assez bu, les gars ! réplique René le barman.
_ Tu vois pas que le monsieur est triste, René ? Tu vois pas qu’il a soif ? s’indigne le Merle.
_ Sûr que j’ suis triste ! Sûr que j’ai soif ! s’écrie le Dom. Mais ils sont tous contre moi, ma parole ! Tu veux ma peau ou quoi, René ? »
René hausse les épaules et ressert les deux clients… « Mais dis-moi, fait soudain attendri le Dom au Merle, comment ça s’ passe dans la Chose ?
_ Oh ! Tu sais, c’est un peu toujours le même train-train…
_ Vrai ? Mais c’est quoi au juste ce train-train ?
_ Eh ben, au départ, on est comme vous, les Doms : on cherche à manger, pour commencer la journée ! C’est après que ça change ! Quand on a fait le plein de force, on s’ met au soleil, pour s’ chauffer !
_ Non ?
_ Si ! Qu’est-ce que tu veux faire d’autre ? T’as mangé, c’est l’essentiel ! Et puis rester au soleil, ça fait du bien… On profite de la vie quoi ! Après, après, mon Dieu, il est possible qu’une belle femelle passe à côté et…
_ Ah Ah ! Ah ! Les salauds !
_ Alors là j’ fais mon grand numéro ! J’ chante à tue-tête, pour montrer que j’en ai, si tu vois c’ que j’ veux dire ! J’ fais des pirouettes ! Un tas d’ conneries ! Y a des trucs que j’adore !
_ Ah ouais ? Lesquels ?
_ Voler à toute vitesse entre les arbres ! Sentir le vent me fouetter le bec ! Passer dans des trous étroits ! La voltige, c’est mon dada ! Percer des trucs émeraudes ! Tout l’éclat de la forêt, ça m’emballe grave !
_ Ah ! Ah ! Ah ! Les salauds ! Vous avez vraiment la belle vie ! Mais dis-moi, nous les Doms pourquoi nous avons tant de problèmes ! Pourquoi j’ suis aussi triste ! On a bien la raison, c’est un avantage sur vous ! Et pourtant, on s’en sort pas ! C’est même pas politique ! J’ sais pas !
_ Tu sais pourquoi les Merles sont tout en noir ? C’est parce qu’il porte un deuil…, celui du roi des Merles !
_ Chic ! Une histoire !
_ Exactement ! Mais non, je ne vais pas te raconter cette histoire… Elle ne va pas te plaire !
_ Oh ! Mais si, raconte-la-moi ! Tu vois bien comme j’ suis triste ! Bououou… Tiens, René, la même chose, pour écouter l’histoire ! René, fais c’ que je te dis ! Vas-y Merle, chuis tout ouïe !
_ Le roi des Merle était un grand voyageur, un grand sportif aussi et un jour il est parti très loin de la forêt et il a découvert un peuple très étrange !
_ Oh ! Oh !
_ Dès que les gens là-bas atteignaient leur majorité, ils se mettaient eux-mêmes au pied une chaîne et un boulet, dont ils jetaient la clé !
_ Pas possible !
_ Si ! Mais le plus incroyable, c’était qu’ils se mettaient alors à se plaindre de leur boulet ! Ils criaient que c’était pas une vie, qu’ils n’étaient pas libres et qu’ils en avaient marre de leur condition d’esclaves !
_ Ah ! Ah ! Ah ! Les cons !
_ Mais le roi Merle avait vu où ils jetaient les clés et il en ramassa quelques unes, pour aller ouvrir les chaînes ! Mais les gens refusèrent, parce qu’ils avaient peur de vivre sans boulet et ils tuèrent le roi des Merles !
_ C’est tout ?
_ C’est tout !
_ J’ sais pas pourquoi, mais j’aime pas ton histoire ! Allez, faut que j’ rentre ! Demain boulot ! J’ suis pas comme toi, Merle, j’ suis pas libre, moi ! »
50
Pour qui sait voir, chaque jour, vers 17 heures, le Cube est pris d’une étrange frénésie : c’est le grand bal des cubes roulants ! Oh ! Bien sûr, on pourrait plaindre les Doms, ce peuple esclave de son travail, mais la réalité est tout de même un peu différente ! Car le problème n’est pas seulement que des gens aient fini leur journée et qu’ils rentrent chez eux, ce qui fait qu’ils sont pris dans des embouteillages, qui usent leurs nerfs, non, ils s’opèrent encore chez eux une étrange transformation !
Le Dom, dans la circulation laborieuse, peu à peu s’endort, se liquéfie, perd toutes les aspérités de la lucidité ! Il s’amollit, gagné par le rêve ! D’abord parce qu’il est chez lui ! Le cube roulant est son deuxième salon ! Il peut en caresser les cuirs, en apprécier toutes les décorations en trompe-l’œil, mais encore il en savoure la haute technologie, visible sur son tableau de bord, ainsi qu’il serait à bord d’un petit avion !
Il se félicite de cet habitacle qui témoigne de sa réussite et qui pourtant l’a rendu esclave ! Mais le Dom agit ainsi, car il est coupé du monde extérieur, qu’il voit à travers une vitre, comme si cela ne le concernait que secondairement !
Il n’est donc pas totalement misérable, malgré les difficultés du trafic, et même il finit par aimer la situation, puisqu’elle est somme toute forcée et qu’elle lui enlève l’embarras de réfléchir ! Il ne reste plus qu’à suivre le train, grâce à des automatismes ! L’angoisse s’est envolée et au contraire un doux confort s’installe, une « symbiose » se réalise entre le conducteur et son véhicule ! Le bal des cubes roulants peut commencer, les danseurs sont prêts et ont chacun leur costume !
Il y a des cubes roulants comme parés de diamants et qui semblent signaler la haute condition de leurs propriétaires ! Autrement dit, on voit des marquis, des duchesses, des princes, mais sont encore présents des roturiers, avec de la poussière sur la carrosserie et dans des modèles qui ont pris de l’âge ! Mais peu importe ! Tout ces Doms se côtoient sans difficultés, car la danse les unit, le code de la route les cimente ! Et on s’incline respectueusement, en se rangeant volontiers sur le bas-côté, s’il y a de la place, pour laisser passer le cube roulant d’en face !
On est patient, arrangeant et même souriant, civilisé ! On en est fier, mais on ne se rend plus compte comme les cubes roulants sont lourds, comme ces manœuvres sont pesantes, polluantes et consommatrices de nos nerfs, alors que non loin la Chose est éclatante de beauté, avec ces champs émeraude qui ondulent, ces rayons d’or dans les bois et ces oiseaux qui n’en finissent pas de crier leur force et de raconter leur bien-être !
Les Doms se croient affranchis, sages, modernes, mais ils s’épuisent dans ces courbettes, ces tours de volants, ces petites touches électroniques ! Le cerveau n’est plus qu’une éponge lente et s’il ne fait pas d’efforts physiques, le Dom ne comprend pas d’où vient sa fatigue et même son désespoir !
Pourtant, tout change le samedi ! Le trafic devient hurlant, nerveux, agressif, sans pitié, cruel, ainsi que les voitures auraient des dents ! Malheur alors au piéton qui traverserait sans prudence la route ! Il vaudrait mieux pour lui de tomber dans une mare pleine de de piranhas, par un temps caniculaire ! Il aurait plus de chances de survie ! C’est que le Dom n’est plus sous l’emprise de son travail, mais de ses plaisirs et ainsi, rien ne va assez vite ! « Place ! Place ! » semblent crier les cubes roulants !
Mais ce n’est pas la beauté de la nature qui est recherchée, alors qu’elle est la seule qui pourrait rassurer le Dom sur ses angoisses ! Non, non, ce qui l’intéresse, c’est consommer, acheter, se sentir fort, important, aimé, ce qui veut dire pour lui susciter de l’admiration, synonyme de pouvoir !
Son travail ne l’empêche pas de courir vers la lumière et la Chose, afin de s’enchanter du monde et de trouver une raison et l’énergie pour aimer son voisin ! Mais son temps libre, il le consacre à parader ou à se rendre encore esclave de sa maison ! La beauté lui est étrangère ou secondaire !
Et il se plaint ! Il s’étonne de la dureté du monde, alors que lui-même cherche sa supériorité, sa domination ! Il ne voit pas que, comme les animaux et les plantes, nous sommes invités à une fête, un renouveau ! Il rit d’un possible dieu, car « On ne la lui fait pas ! » Il dit : « Contemple l’injustice et montre-moi ton dieu ! »
Il sourit implacable, sûr de son raisonnement, alors que le paradis de la Chose rayonne autour de lui ! Comment pas ne pas le voir imbécile ? ne pas être en colère contre lui ? ne pas le plaindre ?
Comment le convaincre et l’amener à faire un pas de côté ? Il a tant souffert ! Il connaît tellement de choses ! N’est-il pas allé sur la Lune ? Ne guérit-il pas la rage ? Et son histoire politique, n’est-elle pas immense ? Et que ferait-il sans son cube roulant et sa haine ?
Et puis, il a tellement peur !
Paschic sent le printemps (43-46)
Le 16/05/2026

"Où est le mal? Où est le bien?"
Le Corbeau
43
Branche réveille Paschic, en se déconnectant… Les deux hommes se regardent en silence… « Je ne pensais pas qu’on pouvait en endurer autant… lâche Branche.
_ Non, moi non plus !
_ En tout cas, vous avez trouvé le moyen de guérir, ou tout du moins de survivre…, ce qui n’empêche pas, hélas, de garder des séquelles !
_ Non, je dois faire avec... Mais il y a une question qu’on peut se poser : pourquoi me suis-je opposé à la Machine ? Qu’est-ce qui fait la différence entre les individus ? Car mes frères et sœurs n’ont pas eu mes problèmes !
_ Une sensibilité particulière sans doute… Vous avez vu toute l’incohérence de la Machine, surtout qu’elle vous a méprisé, tandis que vos frères et sœurs se sont soumis, n’ont pas vu, aveuglés qu’ils étaient par leur propre domination !
_ Ils ont eu peur de changer aussi… Mais le plus étrange est que j’ai pu trouver la paix et des réponses grâce à la Chose !
_ Justement, à ce propos, j’ai quelque chose à vous montrer, mais il faut réveiller Web ! »
Le trio est bientôt dehors et se dirige vers le Cubex, autrement dit le Cube expérimental ! Branche en a entendu parler et c’est pourquoi il veut en savoir plus ! C’est un vaste bâtiment immaculé, qui rappelle un hôpital, et dont l’intérieur est bien sûr ultra-moderne ! Des Doms, en combinaison blanche, y vont et viennent silencieusement, entre des rayons interminables, car nous sommes ici dans le temple de la Chose domestiquée, au paradis du jardinage !
« Hein ? fait Branche. Ici, les Doms s’intéressent aux plantes, apprennent à en prendre soin ! Cela ne peut-être que positif pour la Chose… et pour les Doms eux-mêmes, car jardiner fait du bien à la santé !
_ Sans doute… répond Paschic.
_ Vous n’avez pas l’air convaincu ! Grâce à ma double identité de Dom et de végétal, j’ai pu discuter avec des arbustes qui ont été achetés ici… Eh bien, ils m’ont dit qu’ils étaient heureux comme des papes ! On veille à tous leurs besoins !
_ On sème à leurs pieds du compost trois étoiles ! ajoute Web.
_ Le problème, dit Paschic, c’est que le message de la Chose n’est pas à vendre ! que c’est la gratuité qui fait en grande partie son essentiel !
_ Vous préféreriez que les Doms se désintéressent complètement de la Chose ? demande Branche.
_ Certes non, mais, si jardiner ramène à soi et fait qu’on s’enorgueillit, alors le message de la Chose est perdue !
_ Excusez-moi ! Mais rappelez-nous quel est-ce message ? Car j’avoue que je n’y comprends plus !
_ Mais que la beauté de la Chose peut nous enlever notre peur et donc notre domination ! Pourquoi jardiner fait du bien ? Parce que nous voyons le résultat de nos soins, quand le végétal se développe ! Nous participons au vivant et nous nous sentons utiles ! La réussite de la plante est la nôtre et elle nous réconcilie avec nous-mêmes !
_ Que du positif !
_ Mais on peut aller plus loin ! On peut encore dépasser la nécessité du rendement, ne pas être forcément tributaire du devenir de la plante, car cela donne encore du souci ! Quand vous regardez la Chose, vous voyez qu’elle pousse et vit d’elle-même, à profusion, sans votre aide ! C’est là sa gratuité et sa beauté est pareille, libre, infinie, gratuite ! On ne perd pas sa peur tant qu’on s’attache au résultat ! C’est toujours du tourment…
_ Mais on ne peut pas laisser la Chose aller au chaos ! Elle deviendrait impénétrable, hostile !
_ C’est vrai et c’est pourquoi je vois la Chose constituant les nouvelles églises !
_ Quoi ?
_ Vous m’avez bien entendu ! La Chose est le temple de la beauté et il faut donc en prendre soin ! la respecter pour que sa beauté éclate, comme éblouit un vitrail ! Il faut que les Doms entrent dans la Chose comme s’ils pénétraient dans une église ! Mais une église consacrée à la beauté ! On ne reviendra pas à l’ancienne religion, car elle s’est discréditée par le poison de la domination ! La beauté nous enseigne que nous sommes aimés, à condition d’être assez simple pour l’admirer ! Cela demande un cœur d’enfant !
_ Je ne peux pas croire ce que vous dites ! Qu’est-ce que vous en pensez, Web ? demande Branche.
_ Vous savez, je ne suis pas tout à fait humain…
_ En tout cas, reprend Branche, tout cela me paraît pas suffisant ! La beauté…
_ C’est secondaire ! coupe Paschic. C’est une invention de l’homme !
_ En quelque sorte, oui…
_ Et pourtant, en vous connectant à mon cerveau, vous avez vécu ma propre expérience ! Vous avez vu par quoi je suis passé et comment ça marche ! Vous savez comment je vois clair et comme je ne me berce d’aucune illusion !
_ C’est vrai…
_ Vous, le Dom végétal, vous restez sceptique quant à la puissance de la beauté…
_ C’est que…
_ Émerveillement, simplicité, douceur et courage ! Voilà les qualités du pèlerin de la nouvelle église ! Voilà son amour ! »
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« Tout de même, réplique Branche, considérer la Chose comme sacrée…
_ Mais je n’ai jamais dit ça ! Sacré est encore un mot d’adulte, de Doms hypocrites ! Admirer la Chose comme un enfant curieux et prêt à l’émerveillement, je ne vais pas plus loin !
_ Ils vont rire les Doms !
_ Sans aucun doute, mais c’est aussi pour cela que l’artiste a un rôle à jouer ! Il peut transmettre la beauté de sorte que le Dom y soit lui-même sensible ! L’art s’occupe du spirituel et la science du matériel ! Mais la science a beaucoup fait de mal à l’art !
_ Comment ça ?
_ Dans sa soif de s’affranchir et de s’imposer, la science a fait siennes certaines calembredaines, comme celles qui disent que l’artiste crée par névrose, pour sublimer sa pulsion sexuelle ! La science a rendu l’art suspect, secondaire, comme s’il ne restait plus qu’elle pour expliquer la vie ! Mais il faut revenir à la simplicité première, quand des hommes admiraient le monde au point de le représenter sur les parois de leurs grottes ! Nous avons toujours été impressionnés par la beauté, car elle introduit le mystère, nous ouvre les portes de l’infini ! »
A cet instant, des Doms arrivent en colère, en poussant violemment un des leurs ! « Un arbre ! Il nous faut un arbre ! crie l’un d’eux.
_ Mais que se passe-t-il ? demande Web.
_ Un profiteur ! Un pollueur ! Un exploiteur ! répond le Dom. Un de ceux qui détruisent la planète ! On va le pendre !
_ N’est-ce pas excessif ?
_ Comment ? fait Paschic aux Doms. Vous, vous défendez la Chose ? Vous aimez la Chose ?
_ Bien sûr ! On ne veut pas laisser un monde empoisonné et sans vie à nos enfants ! s’indigne le Dom. »
Paschic ouvre les deux bras et voilà les Doms qui se retrouvent en plein dans une prairie en friche, où se dressent des digitales, des angéliques ou des chardons, à côté d’anciennes souches que l’herbe recouvre peu à peu ! Un ruisseau coule au milieu, que l’on entend ainsi que le vent qui fait gonfler de jeunes arbres ! « Eh ! Où on est ici ? s’écrie un des Doms.
_ Qu’est-ce qu’on fout là ? demande un autre. Il est où l’exploiteur, le pollueur ?
_ Chais pas !
_ Mais quelle est cette diablerie !
_ Encore un coup du patronat, j’ parie !
_ J’aurais la peau d’ ces fumiers !
_ Moi, tout ce vert, ça me fout la gerbe !
_ On se moque de nous, c’est certain !
_ Écoutez !
_ Quoi ? Qu’est-ce qu’on entend ?
_ Justement rien ! C’est le silence !
_ Oh là ! Oh là ! Tu cherches à nous faire peur !
_ Je cherche rien du tout ! Si t’avais pas perdu le profiteur…
_ Comment ? C’est de ma faute maintenant ? »
Paschic fait revenir les Doms dans le Cube, en leur disant : « Et vous dites que vous aimez la Chose ? Mais vous ne savez même pas ce qu’elle est ! Vous en avez même horreur !
_ Mais t’es qui, toi, pour nous faire la leçon ?
_ Vous n’aimez pas la Chose, parce qu’elle ne sert pas votre domination ! Vous êtes des hypocrites ! Par contre, vous voulez pendre un profiteur, car cela renforce votre pouvoir !
_ N’importe quoi !
_ Bien sûr, pas question que votre monde s’écroule !
_ On va s’occuper de toi, quand on aura fini avec celui-là ! Un arbre, il nous faut un arbre !
_ Mais il y en avait là où on était ! fait remarquer un Dom. On a été bête de ne pas en profiter !
_ Sauf qu’à ce moment-là, on n’avait plus le profiteur ! Pas vrai, patate !
_ Juste ! Mais tu devrais pas m’appeler patate ! Faut du respect, pour construire le nouveau monde !
_ Allez, un arbre ! Il nous faut un arbre !
_ Remarque : s’il n’y avait plus de profiteurs, il y aurait encore des arbres !
_ Ouais, mais alors il n’y aurait plus besoin d’arbres, car il n’y aurait plus de profiteurs !
_ Juste ! »
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Le trio, formé par Paschic, Branche et Web, arrive sur un marché, où on vend des fruits et des légumes, à côté de quelques bonimenteurs, dont l’un attire l’attention… Il s’adresse principalement aux femmes : « Mesdames, dit-il, vous êtes pressées par le temps et vous entrez dans un magasin, où malheureusement il y a déjà quelqu’un, un homme qui plus est, et qui vous fait attendre, parce qu’on doit le servir ! C’est une surprise pour vous et vous trouvez ça inacceptable, car vous avez autre chose à faire ! N’ai-je pas raison ?
_ Oui, fait l’une, on se demande ce qu’un homme fait dans un magasin !
_ Ils ne savent même pas ce qu’ils veulent ! ajoute une autre.
_ Ils n’ont aucun goût !
_ Moi, ils me donnent mal au ventre ! C’est plus fort que moi !
_ On n’a pas à attendre, comme ça, le bon vouloir de ces messieurs !
_ Vive la femme !
_ Oui, vive les femmes !
_ Eh bien, mesdames, enchaîne le camelot, j’ai ici la solution à tous vos problèmes ! C’est un outil multitâches, que j’ai nommé l’émasculateur ! Il est fabriqué dans le Cube et on ne peut donc douter de sa qualité ! Sa principale fonction est constituée par une scie électrique, très simple, qui marche grâce à une pile commune ! Voilà, j’allume la scie et vous remarquerez qu’elle est parfaitement silencieuse ! C’est très pratique, car ça vous permet d’agir en toute impunité, en toute discrétion ! Ne vous fiez pas à la petitesse de la lame cependant, elle est très efficace, comme vous allez le voir sur ce mannequin ! »
Le vendeur fait un geste vers le cou de son mannequin et il lui tranche la tête en une seconde ! « Voilà, reprend-il, c’est pas plus difficile que ça ! Où est le client qui vous faisait obstacle ?
_ Eh ! Mais y a sûrement du sang par terre ! jette une spectatrice.
_ Mais c’est prévu, ma chère madame ! L’émasculateur a été conçu pour vous donner toute satisfaction ! Il suffit de tirer cette languette en arrière, comme ceci, et un tuyau aspirant plonge vers le sang et le nettoie ! Vous n’avez même pas à vous en occuper ! Vous commencez vos achats et il fait le travail tout seul ! De sorte que quand vous passez à la caisse, il n’y a plus qu’un tas informe sur le côté, sans doute même sous l’étal ! Personne n’a rien vu, ni entendu ! Vous voilà maître du terrain en une seconde ! Avouez que c’est une bonne solution, pour se débarrasser d’un des ces mâles arrogants et violents !
_ Et combien ça coûte ?
_ Dix euros pas plus ! Garanti six mois ! Et en plus, vous pouvez achetez la housse de l’émasculateur pour eux euros seulement ! Elle vous permet de l’emporter partout d’une manière invisible !
_ Eh bien, moi, je prends un appareil et sa housse !
_ Très bien, et donc douze euros !
_ Moi aussi !
_ Moi, je prends deux appareils, avec leur housse !
_ Bien !
_ Et qu’arrive-t-il quand la lame ne coupe plus ?
_ Vous venez m’ voir, je vous l’aiguise aussitôt !
_ Moi, je vais en offrir un à mon mari, pour qu’il sache ce qui l’attend ! Hi ! Hi !
_ Moi, c’est pour mon fils ! Je veux pas qu’il traîne dans les magasins !
_ Vive les femmes ! Hi ! Hi !
_ Je serais bien le dernier des derniers, si je ne vous aidais pas à mieux vivre !
_ Vous nous avez comprises ! C’est assez rare chez un homme !
_ Je fais aussi mes courses et je vois à quel problème vous êtes confrontées !
_ Oh ! Ma boîte est cabossée !
_ Pas de problèmes, je vous la change tout de suite !
_ La peur change de camp !
_ Comme vous le dites !
_ Et quand c’est une femme qui est devant ?
_ Mais tous les coups sont permis, non ?
_ Hi ! Hi !
_ Ne devenez pas vieille avant votre âge ! Vingt euros, alors, avec le liquide nettoyant !
_ Ah bon, y a du nettoyant ? Vous ne l’avez pas dit !
_ Encore une erreur de mâle ! Si vous en voulez, j’ vous sers ! »
46
Le trio quitte le marché et arrive dans une zone du Cube assez étrange, qui donne même froid dans le dos ! Tous les bâtiments y sont gris, en formant des barres sous un ciel sombre et pluvieux ! Aucun signe de vie ! Les logements semblent abandonnés et seul le vent met en mouvement des détritus… « Pas gai, tout ça ! s’écrie Branche. Qu’est-ce qu’on fait là ?
_ On explore ! répond Web. On repousse les limites de la connaissance !
_ Et on est surveillé ! ajoute Paschic.
_ Hein ? Quoi ? s’étonne Branche.
_ Ne vous retournez pas tout de suite, précise Paschic, mais dans le coin à gauche, derrière nous, y a un mutant qui scrolle !
_ Un mutant qui scrolle ? répète Branche.
_ Oui. Web, vous l’ sentez ? C’est vous le maître du numérique…
_ Oui, il surfe sur mon réseau, mais rien d’important…
_ Non, approuve Paschic, il scrolle pour se donner une contenance…
_ Une contenance ? fait Branche. Mais d’abord comment savez-vous que c’est un mutant ? »
Subitement, les bâtiments se mettent à glisser, pour enfermer le trio dans un rectangle, dont les bords se rapprochent ! « Mais qu’est-ce qui s’ passe ? s’écrie Branche paniqué. Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Cela veut dire que le mutant utilise ses ondes psychiques pour nous écraser ! répond Paschic.
_ Et maintenant il appelle ses petits copains ! précise Web.
_ Oh la, la ! lâche Branche.
_ Vite, Branche, faites fonctionner vos pouvoirs ! jette Paschic.
_ Mes, mes pouvoirs ?
_ Vous êtes à moitié arbre ! Vous devez avoir toutes les possibilités de l’arbre ! Plantez vos racines dans le sol et retenez les bâtiments, le temps qu’on trouve une solution ! »
A sa grande surprise, Branche développe effectivement, à la place de ses pieds, des racines qui parviennent à crever le béton, par des fissures ! Puis, son corps s’épaissit pour former un tronc massif et noueux ! Les bras se changent en branches et voilà Branche, grimaçant sous l’effort, mais qui parvient tout de même à freiner l’étau des bâtiments ! « Et maintenant ? demande-t-il, la sueur au front.
_ Euh… on va t’escalader, pour gagner les toits ! répond Paschic.
_ Bon, mais allez-y, car j’ vais pas tenir longtemps comme ça ! »
Paschic et Web montent le long de Branche et arrive au niveau de l’un des toits, sur lequel ils sautent ! « Vite Branche, crie Paschic, à toi de t’extirper d’ là ! Tu t’ ramasses sur toi-même, vers la cime et on t’ récupère ! » Branche, qui sent qu’il n’en peut plus, reprend bien sa forme humaine dans le haut et se jette vers ses amis, alors que les bâtiments, en craquant, se ferment sur eux-mêmes !
« Bon sang ! fait Branche. C’était moins une !
_ On n’est pas sorti de l’auberge pour autant ! jette Paschic.
_ Non, approuve Web, ils sont en train de se rameuter tous !
_ Mais comment est-ce possible ? demande Branche. J’ veux dire, pourquoi ils sont là et qui sont-ils ? Pourquoi veulent-ils nous tuer ?
_ Plus les conditions de vie sont difficiles, explique Paschic, et plus les Doms ont le réflexe d’augmenter leur domination, leur égoïsme autrement dit ! Ici, comme vous le voyez, les bâtiments sont durs et tristes et il n’y a pas non plus de soleil ! Le résultat : la domination y est au maximum, d’où les mutants !
_ Mais, mais ils sont capables de faire bouger des immeubles ?
_ Ils peuvent faire mille fois pire ! Ce sont des trous noirs psychiques !
_ Vous pouvez bien vous-même vous transformer en arbre ! ajoute Web.
_ Il nous faudrait un endroit où nous cacher ! » résume Paschic.
A l’autre bout du toit, il y a de grands voiles blancs, apparemment des draps qui sèchent dans le vent… « Allons voir ! » dit Paschic et le trio se met en mouvement. Mais tout près il constate que ce ne sont pas des draps : c’est plus doux et cela semble fixé dans un tapis d’un brun jaunâtre. « C’est curieux, fait Branche, qui tâte du pied le tapis, on s’enfonce dedans ! Ça ne me dit rien qui vaille !
_ Ben, faut quand même y aller ! coupe Web. Car, je les sens, les mutants arrivent sur le toit ! »
Le trio se met à marcher sur cet étrange sol orange et aussitôt les voiles blancs se referment sur eux !
Paschic sent le printemps (39-42)
Le 09/05/2026

"Les enfants, les enfants! Qu'est-ce que dit la foule? Ecoutez-la!"
Coup de tête
39
Pendant que Branche, laissé seul, mais toujours connecté à Paschic, se demande comment on peut survivre au traitement que lui a infligé le petit homme, il se passe de drôles de choses dans le Cube ! Mais laissons parler le général chargé des opérations et qui explique la situation à son état-major ! « Messieurs, dit-il, le Cube est attaqué par la Chose ! C’est officiel ! Nos radars, très tôt ce matin, ont enregistré un vaste mouvement de troupes, à la frontière entre le Cube et la Chose ! Comment se présente l’ennemi ? Eh bien, comme d’habitude, la Chose fait preuve d’une extrême sournoiserie ! Elle n’a pas le courage, tout comme nous, de se battre à découvert, avec des armes classiques ! Sa méthode est celle des lâches, qui utilisent volontiers la ruse et la traîtrise ! Mais regardez ces images ! »
Le général fait signe à son aide de camp et l’on voit sur un écran de petits flocons blancs se déplacer dans l’air ! « A priori, c’est du pollen ! reprend le général. Et pourtant, avec un fort grossissement, on distingue nettement des parachutes, soutenant de minuscules créatures de la Chose ! Leur but ? Nous détruire bien sûr ! Car chacune de ces petites créatures est un vecteur de maladie ! Elles pénètrent dans le Dom par les voies nasales et elles attaquent le cerveau, les poumons, etc. ! Elles ne font aucun cadeau et la victime succombe en quelques heures, en quelques jours pour les plus résistantes ! Ici, vous voyez des enfants, plus vulnérables que les adultes évidemment, être pris de maux de gorge, de maux de têtes, avant les cris de souffrance et l’agonie finale ! »
Le général marque une pause, pour bien faire sentir tout le danger et l’ignominie de la Chose, car quel officier n’a pas lui non plus d’enfants ? « Messieurs, poursuit le général, c’est toute notre civilisation qui est menacée ! Depuis des siècles, nous luttons vaillamment et même brillamment contre toutes les maladies envoyées par la Chose ! Nous anéantissons ses microbes, ses virus ! Nous avons bâti le Cube, symbole de propreté, de pureté ! Nous sommes devenus des Doms indépendants ! Et la Chose ne l’a pas accepté ! Elle nous en veut et ses moyens sont toujours plus sophistiqués ! Qu’on songe à la maladie de Lyme par exemple ! Et que penser du Covid ? Nous avons failli être emportés par une épidémie mondiale ! Mais notre science et notre ténacité ont fait que nous sommes toujours là ! »
Les officiers approuvent silencieusement, en baissant la tête et le général se relance : « Ne croyez pas, dit-il faussement légèrement, qu’il s’agisse seulement d’un affrontement armé, physique, car c’est aussi une guerre idéologique ! Qu’essaie de nous faire croire la Chose ? Quel sens a son message ? Mon Dieu, nous en avons une idée par ceux qui ont trop fréquenté la Chose ! par ceux qui sont passés de son côté, si je puis dire ! Et que nous soutiennent ces hurluberlus, ces malades, ces marginaux ? Eh bien, que la Chose serait notre amie ! que sa beauté devrait nous rassurer, en nous persuadant que nous sommes chez nous, ici sur Terre ! pire ! que nous serions aimés par la Chose, malgré nous et que de ce fait, elle aurait le pouvoir de nous apaiser, de nous enchanter, de nous rendre heureux ! Messieurs, peut-on imaginer message plus irresponsable et plus dangereux ! Nous prend-on pour des imbéciles ? »
Un sourire carnassier remplit la salle et le général s’en sert, comme un surfeur prend une vague : « « Ah bon ? pourrais-je dire à la Chose. Tu veux notre bien ? Ne dois-je pas travailler pour manger ? Ne dois-je pas cotiser pour avoir une retraite ? Mes enfants n’ont-ils pas faim et n’ont-ils pas une santé fragile ? Le monde n’est-il pas une mangerie, voire une boucherie ? Les soucis et les problèmes ne sont-ils pas innombrables ? Toi-même, la Chose, ne veux-tu pas notre peau, par le réchauffement climatique ? Et je ne devrais pas m’inquiéter grâce au don de ta beauté ? Et je devrais imiter les animaux , qui chantent la gloire du soleil ou le plaisir de manger et de trouver de l’eau, alors que les guettent eux-mêmes des prédateurs ! Non, la Chose, tu ne me berneras pas avec tes boniments ! Jamais je ne baisserai la garde, tant que le Cube n’aura pas triomphé de toi ! » Voilà, messieurs, comment je parlerais à la Chose, si j’en avais l’occasion ! Mais l’occasion, on ne l’aura pas, puisque c’est la guerre ! On parlera à la Chose quand elle sera ici, enchaînée à nos pieds ! C’est le sort de tous les vaincus ! »
Les officiers se lèvent et poussent des hourras, ou bien sifflent ! Ils sont galvanisés et c’est ce que voulait le général, qui termine par ces mots : « Allez, messieurs, repoussez-moi ces parachutistes à coups de pied dans le cul ! Renvoyez-les à l’enfer d’où ils viennent ! Montrez au Cube que son armée est la meilleure du monde ! Il n’y a qu’un seul moyen de ne plus entendre les inquiétudes, c’est de les écraser sous la chaussure ! Riez dans la mitraille des microbes, car le microbe, c’est la Chose, tandis que vous, vous êtes des héros ! »
40
Branche a été laissé seul par le petit homme, mais il est toujours dans le cerveau de Paschic et il se demande comment celui-ci a pu survivre, après avoir été écrasé par la Machine ! La réponse doit se trouver autour et Branche regarde un champ d’avoine émeraude, qui ondoie doucement… Sur un talus poussent à profusion des fleurs multicolores et c’est la grande explosion du printemps, d’autant que la pluie s’invite par endroits !
Branche se laisse envoûter par le spectacle et une sorte de vague à l’âme le gagne, ce qui le rend sensible aux flaques, qui ont l’air de cligner des yeux sous les gouttes ! Mais à ce moment surgit un cycliste, le visage fermé, tout le corps enchaîné à l’effort ! Branche le suit des yeux, songeur… Le cycliste est au milieu de la beauté la plus éclatante, la plus resplendissante, mais il l’ignore, reste indifférent !
Branche a l’impression que c’est le Cube qui vient de passer ! le Cube avec son poids et son tourment ! Mais Branche se détend de nouveau, grâce aux chants des oiseaux, qui sont de véritables discours ! Pourtant, au bout de ce champ de fleurs blanches, une forme inquiétante apparaît ! Elle mesure bien deux à trois mètres de haut ! C’est le Dom éternel, le Dom insatisfait et inquiet !
Il arrive énervé et il y a de quoi, pense-t-il ! Car comme le monde est rempli de misères, de souffrances, d’injustices ! C’est le Dom plein de revendications, plein de haine aussi, contre les oppresseurs de toutes sortes ! Les oiseaux s’enfuient quand il arrive, le lézard se cache ! L’avoine est écrasé sous son pas, l’escargot aussi ! Le Dom ne voit ni l’un ni l’autre, tellement il est troublé, accaparé par ses problèmes !
Bien sûr, il faut des logements, car sévit la crise ! Bien sûr, il faut baisser les taxes, car les prix ne cessent d’augmenter ! Bien sûr, la guerre menace, car certains se croient tout permis ! Bien sûr, il faut changer le gouvernement, car il est d’une incompétence crasse ! Bien sûr, il faut de la sécurité, car il y a de plus en plus de violence ! et il faut plus de moyens pour l’éducation, les hôpitaux !
Le Dom s’agite ! Il est pesant, fermé comme un mur et pourtant, il est persuadé de parler au nom du bien ! Mais pourquoi ne regarde-t-il pas ce carabe doré qui traverse le chemin, le mauve de ce compagnon ou de ce nuage ? Pourquoi ne respire-t-il pas ? Pourquoi ne sent-il comme les plantes sont heureuses dans l’humidité ?
Pourquoi ? Mais parce que ce sont de enfantillages ! Lui, le Dom, est responsable, sérieux, soucieux des autres ! Il ne vit pas dans sa bulle ! Mais ne veut-il pas la paix de Branche à ce moment ? N’est-ce pas elle le bonheur, la simple joie de vivre ? celle qui rend disponible, qui peut aider, soulager ? Non, le Dom s’énerve et il ne sait même pas pourquoi ! C’est qu’au fond il a peur, mais il ne faut pas le lui dire, car il n’a aucune simplicité !
Le Dom est prisonnier de son orgueil et il mélange ses blessures d’amour-propre avec les souffrances de l’humanité ! La peur le dévore, mais il enrage contre ceux qu’ils désignent comme coupables ! C’est que sa domination, qu’il nie, a toujours soif ! Ainsi le monde que voit Branche lui demeure invisible ! « Évidemment, jette le Dom, de tout ce malheur, vous vous en foutez ! »
Branche baisse la tête… Depuis le traitement infligé par le petit homme, il se demande s’il existe vraiment et s’il y en a bien un qui devrait hurler contre l’injustice, c’est lui ! Mais il ne le fait pas ! Il regarde encore les champs ondoyer ou les fleurs s’égoutter…
« Il faut se mobiliser ! dit le Dom. Il faut changer le monde ! On ne peut pas se laisser faire ! » « Le monde ? Quel monde ? songe Branche. Ce Dom ne voit rien et il veut changer le monde ? Pourquoi n’apprend-il pas déjà à le regarder ? »
Lentement, Branche comprend Paschic et comment il a pu résister ! Paschic a été écrasé par l’inquiétude des Doms, mais la beauté lui a donné la paix ! Soudain, une parole du Dom attire l’attention de Branche ! Le Dom dit, mi par plaisanterie, mi par conviction : « Les dieux eux-mêmes ne m’arrêteront pas ! Je lutterai jusqu’au bout ! »
« Pourquoi parle-t-il des dieux ? se demande Branche. Il ne voit même pas la fleur, ni l’escargot ! » Mais le Dom est déjà parti ! Il marche à grand pas ! Il a tant à faire ! Que cherche-t-il ? Que veut-il ? Il ne le sait pas lui-même !
Une jeune truite se nourrit dans le ruisseau tout proche et Branche l’observe… Elle est quasiment immobile et ne s’avance que pour saisir une proie… Elle filtre le ruisseau en quelque sorte ! Les ronces au-dessus ont un peu de pourpre dans leur vert et même sous la végétation, le ruisseau reflète encore le ciel, avec du rose à cause des nuages ! Ici, la beauté n’a pas de limites !
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Branche a découvert comment Paschic a pu survivre, grâce la beauté de la Chose, mais maintenant il le voit dans une autre situation, devant un nouveau défi ! En fait, Branche est toujours lui-même à la place de Paschic et il se retrouve dans une file d’attente, où tous sont nerveux, où règne la peur !
Nous sommes en plein dans le Cube, dans son ventre et ici la beauté de la Chose n’existe pas ! Il n’y a donc rien pour rassurer les gens ! La Pauvreté et la Misère sont deux goules du Cube, qui surveillent la file d’attente ! Elles reniflent chacun de haut en bas ! Elles sentent les failles, la fraude, leurs prochaines victimes ! Elles rient quand un bébé pleure, elles méprisent les faibles, elles murmurent pour inquiéter encore plus ! Elles adorent l’odeur de l’angoisse !
Les Doms ici perdent toute dignité ! Ils attendent tête basse ! Leur vie dépend d’un numéro ! Ici, nulle grandeur de la Chose, ni son génie, ni sa gratuité, ni son message d’amour ! Il n’y a que des chiffres, des dossiers, des droits qui comptent ! C’est la logique du Cube, implacable, froide, impersonnelle ! La tension est même dans les murs !
Branche avance lentement, comme les autres, avec son numéro, son droit, sa bouée de sauvetage, comme le passager d’un navire qui coule ! Pourtant, il reste confiant ! Il est plein de bonne volonté ! S’il faut travailler, il travaillera ! Il lui faut gagner sa vie, il le comprend très bien et il a besoin d’un salaire ! Il va devenir utile au Cube, qui le rétribuera ! C’est le contrat et quand enfin on l’appelle, Branche est plutôt serein ! Il fonce vers le bureau qui correspond à son numéro !
Mais il se trompe de chemin ! Il passe rapidement devant des niches vitrées, emprunte un escalier (ce qui est très bizarre!), hésite à faire demi-tour, puis finalement entre dans une pièce, face à un comité de Doms ! « Excusez-moi, dit Branche, j’ai dû me tromper... » Mais un Dom costaud, sans lever le nez d’un dossier, lui fait signe de s’approcher !
« Vous vous appelez Paschic, fait le Dom costaud. Vous êtes le fils de la Machine et de Tautonus ! Né dans le secteur 3 ! Vacciné du TPE en 73 ! Élève moyen au lycée ! Etc. ! Vous confirmez ?
_ Euh…
_ Oui ou non ?
_ Bien sûr, oui !
_ Bon, asseyez-vous ! Vous voulez un travail et réussir dans le Cube, c’est ça ?
_ Comme tout un chacun, oui !
_ Le problème, c’est que vous êtes suspect ! Vous n’êtes pas un des nôtres !
_ Comment ça ?
_ Nous ne savons pas très bien pourquoi, mais nos capteurs sont formels ! Vous nous cachez quelque chose !
_ Je ne comprends pas... »
Le Dom costaud se lève, vient près de la chaise de Branche, comme pour le menacer… « Qu’est-ce qui ne va pas chez vous, Paschic ? reprend-il. Je vous préviens, les ennemis du Cube, je les brise entre mes mains de fer !
_ Et moi, je leur arrache le cœur ! jette une Dom, membre du comité.
_ Mais je ne vois pas de quoi vous voulez parlez ! réplique Branche, qui déglutit et et qui se sonde, en quête de réponses.
_ Pourtant, nos capteurs ne se trompent jamais ! reprend le Dom costaud. Vous n’êtes pas du Cube ! Vous n’êtes pas de la famille ! »
Branche réfléchit à toute vitesse et il revoit la Chose, paisible, magnifique, magique ! « Hem ! fait-il. Il se pourrait que je sois de la Chose !
_ De la Chose ? Qu’est-ce que la Chose a à voir ici ?
_ Eh bien, je ne sais pas, je cherche !
_ Vous seriez de la Chose ? coupe en se moquant la Dom qui est déjà intervenue. Mais allez-y ! Allez brouter ses fleurs ! »
Le comité éclate d’un rire général ! « Mais, mais, enchaîne imperturbable Branche, il est possible que vous ne voyez pas la Chose, parce que vous êtes du Cube et vice versa : vous ne m’acceptez pas, parce que je suis de la Chose et non du Cube !
_ Malheureusement Paschic, explique le Dom costaud, en fixant ses ongles, vous sollicitez le Cube pour… croûter et le Cube ne vous aime pas, ne croit pas en vous !
_ Cela veut-il dire que vous me laissez tomber ? Qu’est-ce que je vais devenir ? »
Le Dom costaud d’un grand geste casse subitement une table ! « Mais Paschic, mon salaud, crie-t-il, t’as encore droit à une allocation de solidarité ! Mais on te traquera, Paschic ! On te lâchera pas, maintenant qu’on sait ! On te fera sortir du dispositif et tu nous supplieras à genoux ! Et enfin, tu seras du Cube ! »
42
Branche sort du bâtiment, complètement retourné ! « Alors, non seulement Paschic a été brisé par la Machine, mais en plus il est rejeté par le Cube ! se dit-il. Et si c’était pour les mêmes raisons ? Mais quelles sont-elles ? Pourquoi le petit homme, travaillant pour la Machine, et ce comité du Cube me détestent-ils ? Qu’est-ce que je leur ai fait ? »
Soudain, Branche n’arrive plus à décoller son pied du trottoir : il y est comme collé ! « Bon sang ! Qu’est-ce qui se passe ? se demande Branche. Le goudron est-il en train de fondre ? » Avec une peine infinie, Branche fait quelques pas et à chaque fois, il doit soulever son pied, en s’aidant des deux mains ! Il n’en peut plus et doit souffler ! Mais, à sa grande surprise, il constate que chaque Dom autour éprouve les mêmes difficultés ! Eux aussi ont l’air d’échapper à de la glu !
« Bon sang ! Je ne suis pas le seul ! se réjouit Branche. Ça me rassure ! Mais…, mais quelle est cette diablerie ? » En effet, Branche maintenant s’enfonce dans le trottoir, comme si le Cube était fait d’une matière élastique, quasiment vivante ! « Eh ! Les gars ! Sauvez-moi ! » crie Branche, qui disparaît jusqu’à la taille et qui sent tout son corps suivre ! Mais apparemment les autres sont bien trop occupés à essayer de se sauver eux-mêmes et Branche n’a plus que la bouche qui émerge, avant un effrayant trou noir !
Il est dans l’antiCube ! le Cube interdit ! celui qui est nié ! rejeté ! Curieusement, Branche y respire normalement et il s’apaise, d’autant que les ténèbres n’y sont pas totales ! On y voit dans l’ombre, comme si la seule conscience suffisait et n’avait plus besoin de l’œil ! Mais qu’est-ce distingue Branche ? Mais un château, ou plutôt une prison, car l’ensemble a l’air sinistre !
Il y a un pont-levis, avec des gardes qui n’ont pas de visages, mais qui sont constitués de nuit ! Pourtant, ils ne semblent pas menaçants et un garde, en prenant une lampe, devient naturellement le guide de Branche ! On emprunte des escaliers, on passe des grilles, on parcourt des couloirs silencieusement, la lumière du garde donnant une couleur bleue aux murs, ainsi qu’on serait dans une sorte de rêve !
Puis on s’arrête, devant une lourde porte, qui demande au garde l’une de ses plus grosse clés ! Enfin la porte s’ouvre et le garde s’efface, pour laisser entrer Branche ! C’est un cachot, jonché de paille et une forme y est enchaînée ! Branche s’approche et distingue une vieille femme recroquevillée sur elle-même ! « Madame, hum ! fait Branche intrigué, mais prudent. Madame, je…
_ Hein ? Qu’est-ce que c’est ?
_ Madame, je viens du Cube…
_ Vous venez du Cube ? Vous êtes donc encore vivant ?
_ Euh… Je crois, oui… Mais où sommes-nous ici ?
_ Au Royaume des morts !
_ Le Royaume des morts ?
_ Oui, vous me voyez enchaînée ici, mais c’est moi-même qui me suis condamnée ainsi !
_ Je ne comprends pas…
_ Non, évidemment… On comprend trop tard, ou on ne veut pas comprendre ! Mais ces chaînes, c’est ma peur ! Mais, dans le Cube, je n’ai pas voulu la voir, ni la vaincre !
_ Vous n’avez pas voulu la voir ?
_ Non, j’ai préféré la nier ! J’ai plutôt voulu qu’on croit à ma force, à ma réussite ! J’étais tellement fière ! Comme tous ceux qui sont ici d’ailleurs ! J’ai préféré écraser les autres plutôt que d’affronter ma peur ! J’ai fait du théâtre, car je sentais un abîme sous mes pieds et voilà le résultat : la peur continue de m’enchaîner !
_ J’ai l’impression de vous connaître… En tout cas, je ne suis pas ici par hasard !
_ Peut-être… Je suis la Machine !
_ La Machine ? La mère de Paschic ?
_ Vous connaissez Paschic ! Oh ! Dites-lui combien je regrette ! Mais…, mais j’avais tellement peur ! Je n’ai pas pu agir autrement que violemment ! Il me faisait sentir l’abîme, vous me comprenez ? Oh ! Pensez-vous qu’il me pardonnera !
_ Le problème, c’est que vous l’avez tellement piétiné et détruit qu’il se demande toujours si sa pensée vient de lui-même ou de vous ! Ainsi, même s’il veut vous pardonner, il sera incapable d’être absolument sûr que c’est bien là son désir !
_ Oh ! Comme je le regrette ! Et comme nous le regrettons tous ici ! Ah ! Si nous avions eu un peu plus de courage et un peu moins d’orgueil ! Aujourd’hui, on danserait dans les étoiles ! »
Paschic sent le printemps (34-38)
Le 02/05/2026

"Mauvais temps, messieurs, mauvais temps!"
Ne réveillez pas un flic qui dort
34
Nous avions laissé Paschic, Web et Branche dans l’appartement de Ratamor et voilà que tous les trois se retrouvent au grand air, ensemble, puisque Branche semble vouloir découvrir le monde ! Dans la rue, il a seulement l’air costumé en arbre et tout se passerait bien pour le premier Dom végétal, si le Cube n’était pas soudainement en proie à une nouvelle maladie !
Que se passe-t-il au juste ? Mais cela a commencé bizarrement, quoique d’une manière plutôt anodine ! Mais un Dom, un matin, alors qu’il était sur le point de se raser, s’est figé devant sa glace, car une fleur, oui, une petite fleur était en train de lui pousser sur la joue ! Ce n’était pas possible ! Mais si ! Le Dom a rapidement cédé à la panique, d’autant qu’il était célibataire, et il s’est précipité chez son médecin, bien qu’il n’eût pas rendez-vous !
Suscitant l’indignation des patients, qui attendaient dans la salle d’attente, le Dom a fait irruption dans le cabinet du médecin, en criant « Doc, c’est une urgence !
_ Voyons, je suis en consultation !
_ Excusez-moi, mais j’ ne peux pas attendre ! Non mais, regardez-moi ça !
_ Une… une fleur vous pousse sur la joue… C’est curieux !
_ Curieux ? C’est une catastrophe oui ! »
La suite se résume à une idée d’utiliser un désherbant et on aurait sans doute pu soulager le Dom, mais les événements vont se précipiter ! D’autres Doms en effet se voient également « fleurir » ! Et ce n’est pas une seule fleur qui apparaît, mais un véritable bouquet ! On a, quels que soient leur âge ou leur sexe, des Doms primevères, boutons d’or, pissenlits, compagnons, pâquerettes ! C’est une explosion florale sur les visages !
Le corps médical s’en émeut, car l’angoisse des patients est bien réelle ! On rase les fleurs, elles repoussent ! On se gratte la tête devant le phénomène ! On examine les habitudes de chacun, pour découvrir les causes du mal, en vain ! On parle d’une épidémie et on s’en protège avec des masques ! Est-ce vraiment efficace ? On est tenté de répondre que non, puisque le nombre de Doms fleurs augmente inexorablement !
Des malades sont invités sur les plateaux de télévision, où ils éclatent en sanglots ou évoquent l’idée du suicide ! On les plaint et celle qui est la plus touchée, c’est la reine Inquiétude, qui vient de s’unir en grandes pompes avec Dominator, le président du Cube ! La reine Inquiétude ne cesse d’exprimer ses craintes, son désarroi et elle s’engage personnellement pour guérir les Doms fleurs ! Des reportages la montrent les accueillant dans un établissement spécialement réquisitionné pour l’occasion ! Les meilleurs chercheurs dans le domaine y sont appelés !
A l’Assemblée du Cube, c’est l’ébullition ! On crie, on invective les opposants ! L’heure est grave ! On prend un ton solennel ! Certains accusent des puissances étrangères et malveillantes ! On met en cause le laxisme des gouvernements précédents ! On dit qu’on l’avait dit ! qu’on avait prévenu et qu’à l’époque on n’avait reçu que moqueries ! On exprime sa lassitude d’avoir toujours raison !
On met en garde, contre les forces obscures, contre ceux qui voudraient détruire le pays, pour mieux le gouverner ! On s’énerve et puis, soudain, le débat prend un autre cours ! Quelqu’un a suggéré une vague de la Chose, une attaque de la Chose ! Elle aurait profité de sa liberté, de la mauvais situation politique et économique mondiale, pour porter un coup contre le Cube ! La sournoise ! La dangereuse Chose aurait frappé le Cube dans le dos ! Par quels moyens ? Mais elle aurait essaimé, après s’être modifiée génétiquement ! Elle serait devenue à même de miner le Dom dans sa chair ! Encore un de ses plans pour détruire le Cube !
Il n’y a qu’à la regarder et c’est ce que fait une délégation du Cube ! Et que voit-elle ? Mais une Chose triomphante, qui jubile, qui partout explose, dans ses fleurs, ses couleurs, ses senteurs ! Certes, c’est le printemps, mais cela effraie, agace même, car la Chose a encore l’air heureuse, alors que les Doms sont en plein doute, ont tant d’affaires délicates à traiter, ont tellement de souffrances, tellement de tourments ! C’est que le Cube a les pieds sur terre, il est sérieux, lui ! Il ne fait pas n’importe quoi, comme la Chose !
La haine gronde ! Le fiel se débonde ! Contre les ennemis du Cube, on ne saurait être trop ferme, trop radical ! Et pourquoi pas la bombe atomique ? Un passage sur la Chose et boum ! le champignon nucléaire ! Elle ferait moins la maligne après ça ! Des voix tempèrent : peut-être que du napalm serait suffisant ?
En tout cas, dans les rues règnent le trouble, le soupçon et c’est pourquoi Branche et ses amis sont subitement contraints de se cacher ! Branche en effet ne passe pas inaperçu et il est plus vu comme une menace que tel un malade !
35
Les trois compères profitent d’une nuit dans un hôtel et Paschic et Branche se retrouvent à veiller, tandis que Web s’est déjà endormi et que dehors un orage fait voir ses éclairs ! C’est un spectacle dont on ne se lasse pas quand on est à l’abri et qui peut créer une certaine intimité, puisque voilà Branche qui parle à cœur ouvert à Paschic : « Je peux peut-être vous guérir ! dit-il.
_ Ah ?
_ Oui, j’ai remarqué que, malgré votre sagesse, vous sembliez blessé, ce qui vous fait toujours un peu sur vos gardes !
_ C’est exact ! Je suis passé sous un rouleau compresseur, étant enfant ! Mais les dégâts sont tels que je doute qu’une guérison complète soit possible !
_ Un rouleau compresseur ?
_ Oui et c’est même un euphémisme ! Je suis le fils de la Machine et j’ai été traqué et attaqué dans les moindres recoins de mon cerveau ! C’est un piétinement complet, basé sur la peur et qui a duré de nombreuses années ! Je me demande toujours aujourd’hui comment se fait-il que je sois toujours en vie ou comment ai-je fait pour ne pas sombrer dans la folie ? Pour moi, ça tient du miracle !
_ La Machine ? J’en ai vaguement entendu parler… Mais pourquoi un tel acharnement ? Vous n’étiez qu’un enfant ! Etiez-vous particulièrement difficile ?
_ Non, je crois que c’était même le contraire ! C’est d’abord à cause de ma douceur que j’ai eu des ennuis !
_ Je ne comprends pas…
_ Mais on méprise volontiers celui qui paraît accepter cela, comme si c’était un signe de faiblesse ! Mais ma douceur était aussi due à une lucidité particulière, qui me faisait voir les inquiétudes des Doms comme injustifiées ! Par exemple, comment expliquer la paix de la nature, sa beauté, à côté de tous nos énervements, qui sont sans fin ! Il y a là une inéquation qui m’a toujours frappé et qui m’a conduit à considérer l’hypocrisie des Doms ! J’étais en marche vers la vérité et cette quête a garanti ma raison, jusqu’à la rendre d’acier !
_ Je commence à comprendre… Votre relation avec la Machine est devenu un affrontement !
_ Exactement ! Son mensonge, qu’on peut aussi voir comme un aveuglement, n’est pas passé par moi, mais à quel prix ! La Machine a bien essayé de me détruire et j’en porte encore aujourd’hui les séquelles ! Quand une mère veut à toute force tordre son enfant, selon ses désirs, il n’en sort pas indemne évidemment !
_ Évidemment !
_ Plus tard, j’ai théorisé ce qui m’est arrivé et ce que j’ai compris des choses, car, à ma grande surprise, j’ai découvert que la Machine n’était nullement une Dom particulière, mais que la plupart des Doms sont comme elle ! Ils ont le même fonctionnement, mais à un degré divers cependant !
_ Oui, ce sont vos idées sur la domination et la peur ! La première augmentant selon la seconde, pour mieux la masquer !
_ Oui, la domination, c’est la vitrine de la réussite, de la force, de l’équilibre ! C’est ce qu’on voudrait nous faire croire socialement, mais en dessous il y a toujours la peur, de ce qui est différent ! Si un obstacle se présente, la vitrine tremble, car la peur réapparaît ! Le drame, c’est quand le Dom, au lieu d’affronter cette peur, d’essayer de comprendre la différence, l’essence même de la vie, choisit de détruire l’obstacle, de lui faire subir toute sa fureur !
_ Je vois… Je comprends mieux le rapport entre vous et votre mère…
_ Mais vous parliez de me guérir…
_ Oui, j’ai un pouvoir… Je peux entrer avec mes branches dans votre cerveau ! Je peux m’y ramifier quasiment à l’infini et ainsi toucher toutes vos blessures, afin de les apaiser, de les réparer !
_ J’ai peur de ce que vous allez sentir…
_ On peut toujours essayer… On verra bien l’ampleur des dégâts…
_ Très bien ! »
A cet instant, un éclair traverse la pièce et les lumières s’éteignent ! La pièce est plongée dans une vague lueur bleue… « Pas besoin de lumière ! reprend Branche. Asseyez-vous… Je vais me ramifier le plus finement possible... »
Paschic observe Branche, qui s’étend et développe des brindilles, qui ont elles-mêmes la forme d’éclairs ! Elles finissent toute même par pénétrer le nez de Paschic et elles commencent alors leur voyage au centre de la douleur mentale, là où tous les coups portés par la Machine ont entaillé le cerveau, le faisant dolent et esclave !
36
Branche, par sa connexion, pénètre un autre univers ! En fait, il devient un acteur des blessures mentales de Paschic, comme s’il se trouvait au centre de ses pensées et qu’il en éprouvait les moindres remous, sous forme d’images ! Mais le décor de départ n’a rien de rassurant ! Une immensité désertique et blanche, sans doute constituée de sel, avec un arbre mort !
Un petit homme en costume arrive cependant et tout tranquillement, sous le regard incrédule de Branche, il demande à celui-ci de s’asseoir sur la souche, tout en ouvrant une petite valise ! « Je vais vous appliquer ces électrodes, dit-il. C’est fou ce qu’on peut faire aujourd’hui, car cette petite valise contient assez d’électricité pour vous griller comme un poulet ! Ah ! Ah !
_ Mais je…
_ A partir de maintenant, c’est moi qui commande et il n’y a plus de je… Votre avis ne m’intéresse pas… Votre moi n’est plus qu’un rêve oublié ! Levez le bras droit…
_ Quoi ?
_ Je teste la machine… Levez le bras droit !
_ Mais, je… Aaaaah !
_ Eh oui, ça fait un mal de chien ! Mais, si vous faites exactement, ce que je vous dis…, eh bien, il est possible que je me montre indulgent ! Remarquez que je n’ai pas dit que je ne vous enverrai pas de décharges ! Je ne peux et ne veux pas vous faire de fausses promesses !
_ Mais qu’est-ce que… ?
_ Tournez la tête vers la gauche !
_ Allez vous faire f… Aaaaah !
_ Évitons ces moments pénibles, voulez-vous ? Ces moments où vous croyez pouvoir exister ! Vous êtes tout à moi et personne ne pourra vous sauver ! Voyez-vous quelqu’un dans les environs ? Non ! Donc, reprenons ! Ma machine a l’air de fonctionner, n’est-ce pas ! Levez la tête, tournez le bras !
_ Aaaaah
_ Vous n’êtes pas attentif ! Vous en êtes encore à lever le bras et à tourner la tête, alors que je vous demande le contraire !
_ C’était… un piège ?
_ Un test ! Pour qui me prenez-vous ? Pour un bourreau ? Je suis là pour vous aider… Il y a des choses qu’il faut corriger chez vous et nous allons y arriver ensemble ! Est-ce que c’est clair ? Dites merci !
_ Hein ?
_ Hein, c’est impoli ! Restez correct ! Mais comme je vous aide, vous devez me dire merci !
_ Je ne peux pas… Vous me faites mal !
_ Mais la douleur est nécessaire, pour lutter contre la paresse qui vous ronge ! De toute façon, vous devez toujours dire merci, car on en fait toujours trop pour vous ! Vous croyez que ça m’amuse de me consacrer à vous ici, en ces lieux ! J’ai bien d’autres choses à faire ! Mais je veux bien me sacrifier, si vous faites des efforts et que vous me donnez de l’espoir ! Donc dites merci !
_ Je… Je ne peux pas…
_ Quel dommage !
_ Aaaaaah !
_ Dites merci pour l’air que vous respirez, car vous n’en êtes même pas digne ! Je vais vous dire ce qui vous fait souffrir…. Ce n’est pas les décharges que je vous envoie, c’est votre égoïsme ! Du moment que vous êtes attaché à votre personne, il est normal que vous éprouviez de la douleur, car c’est encore une façon de vous considérer ! Vous allez voir, à force, quand vous n’aurez plus conscience de votre existence, mes décharges deviendront inoffensives… et ma foi, on en rira tous les deux ! Car vous serez tout à moi et je pourrai aller voir ailleurs !
_ Vous êtes dingue !
_ Aaaaah !
_ Quel manque de respect pour la main qui vous nourrit et qui s’efforce de vous rendre meilleur ! Reprenons, à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, vous souffrirez ! Il n’y a que comme ça qu’on y arrivera ! Plus loin, il vous faudra comprendre que le plaisir, c’est moi ! Tout est maintenant plus clair, n’est-ce pas ! Merci qui ?
_ Je peux… pleurer ?
_ Encore un truc pour penser à vous ? »
37
Branche est éberlué, tétanisé ! Il lui semble être en plein cauchemar et qu’il va finir par s’éveiller ! Pourtant, le petit homme a l’air bien réel, bien sérieux, absolument déterminé et peu à peu Branche éprouve une peur incommensurable, destructrice, qui le liquéfie ! Il ne le sait pas encore, mais il vient d’entrer dans le temple du désespoir sans bornes !
« Où en étions-nous ? reprend le petit homme. Ah oui ! Vous respirez… et donc ?
_ Et donc ? Chais pas…
_ Mauvaise réponse !
_ Aaaaaah !
_ Vous respirez et donc…, vous dites merci ! C’est quand même pas compliqué !
_ Sal...opard ! Aaaaah !
_ Ah ! Parce que croyez que ça m’amuse ? Mais, moi aussi, j’aimerais prendre du bon temps ! tout comme vous ! J’ai mille autres choses à faire !
_ Eh bien allez-y ! Aaaaaah !
_ Dites merci !
_ Mer… ci !
_ Ouf ! On fait un pas ! Que la route est longue ! Mais on y arrivera ! Je ne lâcherai rien, vous m’entendez !
_ Pourquoi…, pourquoi vous faites tout ça ?
_ Pourquoi ? Mais parce que vous m’ foutez la trouille, mon pauvr’ vieux ! Une sacré trouille même !
_ Comprends pas…
_ Il comprend pas ! Il comprend pas ! Dans mon village, on avait des principes… et j’ai été éduqué selon ces principes! On m’a dit comment il fallait que je me comporte, quelle était ma place, quels étaient mes devoirs et j’ai dû obéir ! Car, si je ne l’avais pas fait, on m’aurait jeté dans l’abîme !
_ L’abîme ?
_ Oui, à côté du village, il y avait une immense ravin, dont on ne voyait pas le fond ! Et c’est dans cette nuit sans fin qu’on jetait les enfants qui n’étaient pas sages !
_ Foutaises ! Aaaaah !
_ Je voudrais que tu éprouves cette peur de l’abîme, car il n’est pas juste que je sois le seul à en souffrir ! Il faut que tu aies peur, tout comme moi ! Le mal qu’on m’a fait, je veux que tu le ressentes aussi !
_ Aaaaah !
_ J’ veux qu’ tu me craignes jusqu’au trognon ! Car tu sais quoi ? Plus j’aurais de pouvoir sur toi et les autres et moins j’aurais peur !
_ La belle affaire ! Aaaaah !
_ Moi seul dois régner ! Je vois mon nom en haut de l’affiche ! Et bien sûr tout doit être impeccable, sans défauts, tel le diamant !
_ C’est de la pure folie ! L’abîme viendra tôt ou tard ! La mort emporte tout !
_ C’est vrai ! Mais je ne fais pas ça seulement pour moi ! Je suis aussi inquiet pour toi ! Tu dois être prêt à parer tous les coups ! Sinon l’abîme te mangera tout cru !
_ Eh bien, commencez par me laisser tranquille, que j’y voie un peu plus clair ! Eh ! Qu’est-ce que vous faites ?
_ Ce que je fais ? Mais tu vois ça ? C’est ton cerveau ! Ah ! Ah ! Hop ! Hop ! Je jongle avec comme un ballon de foot ! Hop Hop !
_ Bon sang ! Arrêtez ! Vous allez l’abîmer !
_ C’est pour son bien, j’ te dis ! Il faut le débarrasser d’ son vice ! Et puis, il me résiste et ça j’aime pas !
_ C’est normal qu’il vous résiste, c’est le mien ! C’est ma personnalité propre ! Je vous en supplie, laissez-moi !
_ Et la trouille, et l’abîme et mes rêves de gloire ! J’ peux pas faire ça ! Désolé ! Attention, ça va être douloureux, mais j’ prends ma perceuse ! On va voir tous les deux c’ qu’ y a dans cette caboche ! Le noyau, on va le percer !
_ Je vous en supplie, non ! »
Mais le petit homme reste sourd aux appels de Branche ! La cruauté, une satisfaction sournoise se lit sur son visage ! Il vaincra, c’est sûr ! Et sous ses mains ensanglantées, il fore le cerveau de Branche, qui crie dans l’abîme, en vain !
38
« Ca va, vous pouvez vous réveiller ! dit le petit homme.
_ Hein ? fait Branche, qui est surpris, car il n’a pas souvenir qu’il se soit endormi.
_ L’opération s’est bien passée ! reprend le petit homme.
_ Quoi ? Quelle opération ?
_ Je vous ai opéré, car d’une certain manière, j’ai échoué !
_ Ah ouais ?
_ Oui, répond le petit homme, qui commence à ranger tout son matériel, dans sa mallette. Il y a chez vous comme une sorte de résistance indestructible…
_ C’est normal ! Je ne suis pas votre objet !
_ Possible ! Mais bon, je ne peux pas non plus vous anéantir à coups de masse ! Mort, vous ne me serviriez à rien ! Alors j’ai biaisé, pour ainsi dire : j’ai implanté dans votre cerveau un morceau de métal, qui m’appartient et auquel j’ai donné des propriétés particulières !
_ Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Eh bien, que je continuerai à vous commander d’une certaine manière, à vie s’entend !
_ Ce n’est pas possible ! C’est… c’est monstrueux !
_ Tout de suite les grands mots ! Je suis sûr que j’ai des circonstances atténuantes ! N’ai-je pas moi aussi été victime de violences ? Comme je représente la Machine, je peux encore mettre en avant tous les diktats masculins, que doivent toujours subir les femmes ! Voyez, je ne suis pas à court d’arguments… Et puis, il y a ma trouille et mon souci de vous en protéger !
_ Quel charabia !
_ Mais non, i faut que vous soyez prêt à parer tous les coups, si vous voulez survivre ! Le monde n’est pas une partie de plaisir ! Attention, levez le bras droit et dites merci ! »
A sa grande surprise, Branche obéit ! Il lève son bras droit et dit merci ! « Mais ? Mais ? fait-il, au bord de la panique.
_ Dame ! Voilà mon morceau de métal en action ! Considérez-le comme un cadeau de mariage ! Ah ! Ah !
_ Bon sang ! Vous allez m’enlever ce truc et plus vite que ça !
_ C’est trop tard ! Si on y touche, cela risque de vous tuer ! Le branchement est si profond, vous comprenez…
_ Mais je veux vivre, vous oublier !
_ Ça va être dur ! Car vous ne pouvez pas non plus vous éloigner sans douleur ! Essayez, vous verrez ! »
Branche se lève et fait quelques pas ! Très vite, il ressent une brûlure au cerveau et une angoisse folle l’envahit ! « C’est comme un fil à la patte ! explique posément le petit homme, qui a fini de ranger ses affaires et qui se regarde dans un miroir de poche. Bon, il faut que j’y aille !
_ Comment ça ? Vous n’allez pas me laisser comme ça ?
_ Il y a une minute, vous souhaitiez ma totale disparition ! Faudrait savoir !
_ Mais, mais c’était avant d’apprendre ce que vous m’avez fait !
_ Et vous voilà fixé ! Comme je vous l’ai dit, je ne peux plus rien pour vous ! Vous résistez comme un sauvage, à votre propre salut ! Donc, au revoir !
_ Mais, mais vous allez où ?
_ Eh bien d’abord, je vais faire mon rapport à la Machine, puisque je travaille pour elle et par la suite, la tournée des grands ducs ! Enfin des vacances et du plaisir ! Moi et la Machine, nous sommes invités à une série de conférences sur le courage et la modestie dans la société ! Le tout entrecoupé de pause gastronomique, ça va de soi !
_ Bien sûr ! A vous l’égoïsme et l’hypocrisie !
_ Tss, tss ! Levez le bras gauche, tournez la tête à droite et dites merci !
_ Es… pèce de fumier ! répond Branche qui est quand même obligé de s’exécuter.
_ Ah ! Ah ! Ça marche du tonnerre ! Au fur et à mesure, vous découvrirez toutes les possibilités de mon morceau de métal ! Il ne vous laissera jamais tranquille ! Vous vivrez désormais tout le temps sur le qui-vive ! comme si vous étiez l’objet d’une menace permanente ! Ah ! Ah !
_ Je vous dénoncerai aux autorités ! Je montrerai toute votre ignominie !
_ Et qui croira-t-on ? Un va-nu-pied à moitié barge, ou quelqu’un qui présente tous les signes de la respectabilité, et qui est utile au Cube ?
_ Je vais m’arracher moi-même ce que vous m’avez mis dans la tête !
_ Bon courage ! Ah ! J’oubliais ! Cerise sur le gâteau : à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, quel qu’il soit, vous vous sentirez coupable ! Jamais ne vous quittera un sentiment vague de culpabilité ! Car on ne déçoit pas la Machine impunément ! Voilà, je pense que tout est dit ! Allez, serrons-nous la main, car, que vous le vouliez ou non, on aura quand même vécu une drôle d’aventure, tous les deux, non ? »
Paschic sent le printemps (29-33)
Le 18/04/2026

"Je suis pompier à la retraite... Le feu, j' connais!"
Nid de guêpes
29
« Faucon à Aigle royal ! Répondez ! » Sccchhhht… La radio produit son bruit caractéristique et l’un des soldats du binôme Faucon répond : « Ici, Faucon, parlez Aigle royal !
_ Quelle est la situation ?
_ Progressons toujours vers le nord. RAS ! Je répète RAS !
_ Très bien Faucon ! Prochaine transmission dans une heure ! »
Le soldat coupe sa radio et s’adresse à son binôme : « Elle en a de bonnes la capitaine ! Rappelle-toi, elle disait : « On va sur la planète M, pour faucher du PN ! Ça grouille de PN ! On n’en f’ra qu’une bouchée ! Et ça fait deux jours qu’on sillonne c’ putain de marais ! Et quoi ? Zéro PN ! Juste une tarée, à moitié sorcière !
_ Ouais, fichu endroit ! Il fout la chair de poule ! »
Autour, en effet, c’’est toujours le même décor sinistre ! Des souches, couvertes de croûtes de limon, dressent leur branches comme des bras tendus, essayant d’échapper à la brume et aux miasmes ! Puis, deux femmes soudain passent près des soldats, tout en discutant ! L’une dit à l’autre : « Bon sang ! Je vous ai trouvée excellente !
_ Ah bon ? Moi, j’ai eu l’impression d’être en difficultés !
_ Oh non ! Si je pouvais être comme vous, je serais très heureuse !
_ C’est vrai que j’ai conservé un certain talent ! Mais j’étais tout de même sous pression !
_ Ah oui ? Vraiment ? Mais, pour quelqu’un de rouillé, vous avez répondu du tac au tac !
_ Vous êtes gentille ! Je vous remercie ! Et dire que j’ai dû puiser au fond de moi !
_ Ah bon ? Vous avez été parfaite !
_ Vraiment ? On m’a pas laissé souffler, vous savez !
_ Tiens ? Mais ça fait longtemps que vous avez ce don !
_ Disons que j’ai beaucoup voyagé, il fut un temps ! J’ai travaillé à l’étranger !
_ Ah ! C’est pour ça ! Car vous avez été très bien !
_ Vous me faites plaisir, car je me suis sentie tout de même tendue !
_ Vraiment ? »
Les deux soldats sont tellement surpris par cette conversation qu’ils ne pensent même pas à arrêter les deux femmes, qui s’évanouissent dans les vapeurs du marais ! Était-ce un rêve, ou bien les soldats ont-ils bien entendu ces propos ? Ils doutent de leur raison, quand la radio fait de nouveau entendre son bruit caractéristique ! Sccchhhttt ! « Aigle royal à Faucon, répondez !
_ Faucon à Aigle royal, parlez !
_ Quelle est la situation, Faucon ?
_ Ben, euh…
_ Ben, euh ? Qu’est-ce que ça veut dire, Faucon, répondez !
_ Ben, on a croisé deux femmes…
_ Hein ? Deux femmes ! Et qu’est-ce qu’elles ont dit ?
_ Ce qu’elles ont dit…
_ Mais vous les avez interrogées ? Vous leur avez demandé où sont les PN ?
_ Pas eu l’ temps, chef !
_ Comment ça, pas eu l’ temps ?
_ Vrai de vrai, chef ! Elles sont apparues, en pleine conversation, comme si on n’existait pas ! Et puis, elles sont parties, pffuit !
_ Mais il fallait les arrêter ! leur couper la parole, pour avoir des renseignements !
_ Pas eu l’idée chef, ou l’ courage ! J’ai l’impression qu’on dérange, chef ! C’est pas chez nous !
_ Pas chez nous ? Pas chez nous ! Bien sûr qu’on n’est pas chez nous, mais chez les PN ! On est là pour casser du PN, soldat, ne l’oubliez pas !
_ Je n’oublie pas, chef !
_ Vous n’oubliez pas, mais vous laissez partir des habitantes, qui auraient pu nous dire où trouver les PN ! C’étaient des victimes, soldat !
_ J’ai trouvé leur discussion bizarre...
_ Comment ça bizarre ?
_ Eh ben, d’abord, elles répétaient toujours la même chose !
_ C’est peut-être leur manière de se faire comprendre !
_ Sans doute… Mais c’est aussi pour ça que je vous dis que nous sommes des étrangers… Ils pensent pas comme nous !
_ Mais bon sang, vous n’êtes pas ethnologue, mais soldat ! avec pour mission de détruire du PN ! Est-ce que c’est clair ?
_ Très clair, mon capitaine ! »
30
Un autre binôme rencontre un petit homme chauve, qui marmonne au bord d’une mare… Sur l’eau sombre on voit soudainement apparaître des feux follets et le petit homme élève la voix : « O mânes des anciens ! dit-il. Soyez les bienvenus !
_ Ah ! Ah ! ne peut s’empêcher de faire un des soldats.
_ Mais qu’est-ce que… ? jette le petit homme en se retournant.
_ Ah ! Ah ! Les feux follets, c’est pas l’âme des morts, mais des gaz qui s’enflamment !
_ Ah bon ? Je vous ai demandé quelque chose ?
_ Ben, j’ voulais juste vous aider…
_ Mais vous êtes qui ? T’es qui, toi d’abord ?
_ On est des soldats…
_ On est venu flinguer du PN ! renchérit l’autre soldat.
_ Du PN ?
_ Ouais, du pervers narcissique, quoi !
_ Au vrai, j’ m’en fous ! Pour moi, vous êtes deux merdeux, venus m’emmerder ! »
La tension monte d’un cran, ce qui conduit l’un des soldats à expliquer : « On voulait pas vous déranger, m’sieur ! J’ai été maladroit… J’aurais dû vous dire simplement que les feux follets étaient des émanations de gaz, sans vouloir me moquer !
_ Mais, ma parole, tu t’ pardonnes toi-même !
_ Hein ?
_ Pour moi, les feux follets sont mes ancêtres qui parlent ! J’ suis d’ici et je sais c’ que j’ dis !
_ Ben, c’est vot’ droit, d’ rester dans l’erreur !
_ Tu t’ crois plus intelligent que les autres pas vrai ? Et pourtant t’as une tête de naze !
_ Et vous vous avez l’air d’une crotte de pigeon !
_ Pauvre blaireau qui sait tout !
_ Pauvr’ crotte qui sait rien !
_ Grrr ! »
Le petit homme bondit et saisit à la gorge le soldat, et avec ses dents il lui arrache une artère ! Le soldat hurle, quand l’autre frappé de stupeur saisit son arme, en disant : « Mais c’est quoi c’ bordel ? » Il tire au-dessus de son camarade une salve d’avertissement, ce qui fait que le petit homme lâche prise et s’enfuit dans le marais !
« Jim, bon sang ! Réponds-moi ! » fait le soldat, en tenant la tête sanglante de son binôme, mais celui-ci ne peut que pousser un râle sourd, alors que le glougloutement du sang s’éteint lentement ! Désespéré, le soldat ne peut que constater la mort de son camarade Jim ! Il décide alors de tirer une fusée, qui est un signal d’alerte, et la fusée monte rouge dans le brouillard !
A peine le soldat baisse-t-il les yeux, après avoir accompli son devoir, qu’une forme blanche fonce sur lui ! C’est le petit homme qui revient ! Le soldat doute de sa raison ! Il croyait s’être débarrassé de cette odieuse créature et voilà qu’elle est de retour ! Il plonge sur le côté et ouvre le feu ! Les balles tracent dans la quasi obscurité ! Mais le petit homme a semble-t-il le pouvoir de planer, du moins quelques instants !
Il passe donc au-dessus du soldat couché, non sans lui faire une belle estafilade avec une lame ! Le soldat crie sous la douleur, en même temps qu’il entend le petit homme lui crier : « J’ai raison ! » Le soldat roule dans les joncs, pour se mettre à l’abri ! Sa blessure n’est pas mortelle, mais il prend conscience qu’il est dans un duel fatal, qui n’a qu’une issue : la mort de l’autre !
Lentement, le soldat abandonne son arme, car il va lui falloir se battre comme le petit homme, en devenant lui-même une « chose » du marais ! Il sort son propre couteau, se couvre de boue et se glisse dans l’eau noirâtre, qui sent le pourri ! Il ne bouge plus, le nez juste sorti entre des nénuphars, pour respirer, et le silence se fait presque !
Mais le petit homme bourdonne sur le marais, car il possède en définitive des ailes, qui étaient cachées par des élytres ! Il est en rage et murmure : « J’ai raison ! J’ai raison ! », tout en guettant le moindre bruit ! Le soldat sent à présent le vent produit par les ailes et c’est à ce moment qu’il se décide à frapper ! De toute sa force, il jette le bras en avant, pour atteindre le cœur de son ennemi et en effet, la lame s’enfonce à travers un corps d’insecte !
Un liquide vert se répand, mais le petit homme essaie à son tour de frapper, grâce son dard, que le soldat avait pris pour un couteau ! Mais c’est inutile : le dard n’est plus assez fort et la vie quitte le petit homme ! Sa tête est grise, mais il balbutie encore : « J’ai…. raison ! J’ai... rais…. on... » Le soldat met du temps à se rendre compte que l’autre est bien mort ! Il lui faut enfin retirer son couteau… Il est soudain très las ! Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Il est en plein cauchemar !
31
Un autre binôme ailleurs avance prudemment… « Je t’ai dit que j’ai vu une fusée rouge !
_ P’t-êt’e que tu l’as vue et p’t-êt’e que tu l’as pas vue ! En tout cas, moi, j’ai rien vu !
_ Il faut prévenir la capitaine !
_ La radio est naze ! J’ai essayé d’ la faire marcher, mais ça n’a rien donné !
_ Bon sang ! On est mal ! »
Les deux soldats s’arrêtent et essaient de se repérer dans le brouillard… Puis, une voix retentit dans leur oreilles : « Vous allez gentiment laisser tomber vos armes ! » Au même instant, ils sentent le canon d’un fusil leur presser le dos ! Ils n’ont rien repéré ! Ceux qui les ont pris par surprise sont des as ! Leur supériorité est évidente et les deux soldats obéissent, en abandonnant leurs armes ! « C’est bien les gars ! refait la voix à leurs oreilles. C’est comme ça qu’on reste en vie ! »
La voix se transforme en sifflement et des types sortent des fourrés, tous armés, mais avec des tenues débraillés ! Si ce sont des combattants, ils ne font partie d’aucune armée régulière ! « En route, mes mignons ! » fait de nouveau la voix et on se met en marche par un sentier quasi invisible !
Plus on progresse et plus le marais autour devient sinistre, comme s’il avait été brûlé ! Puis, on voit des os, des crânes d’individus qui ont été apparemment suppliciés ! On passe entre des torches qui brûlent et les hommes s’arrêtent… Devant, il y a une femme, qui a le dos tourné et qui consulte une carte… Enfin, elle fait face aux nouveaux arrivants, qui sont encore poussés par la pression des armes ! La femme n’est pas laide, mais ses traits n’affichent que le mépris ! « Alors, vous venez régler mon problème ? demande-t-elle.
_ Euh… Quel problème ? répond l’un des soldats, qui regarde inquiet son camarade.
_ Quel problème, hein ? Moi, ça fait des années que je bosse… et je suis toute seule, pour élever mon enfant ! Son salaud de père s’est barré ! Mais n’en parlons plus ! Je bosse, je suis patiente, je respecte les règles, mais à quoi bon ? Mon salaire ne change pas, je n’ai aucune perspective, sinon la routine, l’infâme routine !
_ C’est que nous, on… » coupe le soldat, mais il n’a pas le temps de continuer, il est frappé à la tête, s’écroule et il reçoit des coups de pied au sol ! La femme se précipite vers lui et lui crie : « Nous ? Nous ? Mais de qui tu parles ? Tu crois que tes histoires m’intéressent ? On parle de moi ! Tu percutes ? De moi ! Car c’est à moi qu’on a fait mal ! C’est moi qui souffres, pas toi ! C’est à moi qu’on doit quelque chose et non à toi ! Pauvre minable ! Est-ce que c’est clair ? »
Le soldat, qui a la bouche en sang et qui ne peut plus parler, bouge tout de même la tête, pour montrer qu’il a compris ! La femme se calme un instant, puis elle reprend : « Relevez-le ! J’en ai pas encore fini ! Pour qui m’ prend-on ? J’ai des besoins, des droits, je suis importante aussi ! Alors, maintenant, la docilité, la bonne volonté, l’acceptation, c’est terminé ! Le sourire accueillant, la séduction, le partage, la gentille fille dans la société, c’est du passé ! Il n’y a plus qu’un seul mot d’ordre le mépris ! »
Un souffle glacial semble incliner la flamme des torches, ce qui rend l’amertume de la femme presque palpable ! « Bon, mes compagnons et moi, poursuit celle-ci, nous avons décidé de lutter pour la justice sociale et donc pour qu’on nous rende ce qu’on nous doit ! Qu’avez-vous donc vous deux, à me donner ?
_ Ben, fait un soldat, après une seconde d’hésitation, je ne suis pas très riche moi-même...
_ Non, approuve l’autre soldat, on peut même dire qu’on est assez pauvre…
_ C’est tout ?
_ Ben…
_ Je suis la reine de ce pays et vous ne vous en rendez même pas compte ?
_ Hein ? Mais si ! Vous êtes la reine de ce pays et vous êtes formidable !
_ Oui, vous êtes magnifique ! renchérit l’autre soldat.
_ Je ne vous crois pas... »
Les deux hommes se jettent à genoux et se mettent à crier : « O ma reine, nous t’adorons ! Nous te vénérons !
_ Je ne vous crois toujours pas ! Vous m’adulez parce que vos vies sont en danger ! Broyez-leur les os ! »
On emmène les soldats, qui supplient en vain et un type aux mains de fer, en les regardant bien en face, fait éclater leur tête !
32
Lapsie est inquiète : des hommes manquent et on ne sait ce qui leur est arrivé ! Rien ne fonctionne comme prévu ! On s’attendait à de vastes troupeaux de PN, aussi paisibles que des herbivores et qu’on aurait pu décimer avec joie, et au lieu de cela, on se retrouve dans un marais sombre, incertain, douteux, rempli de pièges !
Lapsie crache, comme pour dire : « C’est pas bon tout ça ! », mais elle doit vite prendre une décision, car c’est elle la chef, qui doit rassurer le groupe. A cet instant, un soldat sort de la végétation et vient au rapport : « Capitaine, fait-il, il y a une drôle de propriété plus loin, très propre, avec des fleurs et une grande maison !
_ Bon, répond Lapsie, qui a masqué sa surprise, on va aller voir ! Un autre homme avec moi et on vous suit, soldat ! Les autres, vous campez et vous essayez de contacter par radio les manquants ! »
Ainsi on s’organise et voilà Lapsie sur le chemin de la mystérieuse propriété, et en effet, il y a bientôt des roses bien taillées et toutes sortes de fleurs, sous les yeux du petit groupe, ce qui rend évident que quelqu’un ici a réussi socialement, en transformant complètement le marais ! D’ailleurs, une grande et belle maison s’offre maintenant à la vue et d’une terrasse ensoleillée, une femme fait signe à Lapsie d’approcher !
« Des visiteurs ! fait-elle, quand Lapsie arrive. Nous n’en recevons guère et c’est pourquoi vous êtes les bienvenus ! Mais asseyez-vous, asseyez-vous, madame…
_ Madame Lapsie… ou plutôt capitaine Lapsie !
_ Capitaine ? Serait-ce que nous sommes en guerre ?
_ Pas tout à fait, madame…
_ On m’appelle la Machine !
_ Ah ? Ce nom ne m’est pas inconnu...
_ Vraiment ? Mais vous prendrez bien une tasse de thé, et vous allez m’expliquez ce que vous faites ici !
_ Volontiers, mais mes hommes resteront en retrait, si vous permettez !
_ Bien sûr, capitaine Lapsie… Alors, racontez-moi tout !
_ Eh bien, nous sommes ici pour chasser du PN…
_ Du PN ?
_ Du pervers narcissique !
_ Oh ! Je vois ! Et donc vous rendez service aux femmes ! Votre mission est noble et belle, capitaine Lapsie ! Il est vraiment temps que la peur change de camp !
_ Certainement ! Hélas, depuis que nous sommes dans le marais, nous n’avons pas trouvé les PN que nous espérions...
_ Oh ! Cela ne m’étonne pas du tout ! Le marais est étrange et dangereux ! Moi-même, je ne m’y aventure jamais ! Je ne suis plus qu’une vieille femme, qui ne quitte plus son chez-soi, je le crains !
_ Oh ! Mais c’est un endroit ravissant ! Comment imaginer plus belle retraite ? Vous avez fait là des merveilles !
_ Je vous remercie, capitaine... Encore un peu de thé ? Mais, dites-moi, votre vie n’est pas banale… Vous devez bien avoir quelques exploits à raconter ! Avez-vous affronté des... PN particulièrement dangereux ?
_ Oui, évidemment ! Hum… Mais, puisque vous me posez la question, il est vrai que j’ai ma baleine blanche, ma Moby-Dick !
_ Vraiment ?
_ Oui, c’est un PN que j’ai combattu plusieurs fois ! une véritable créature sortie tout droit de l’enfer !
_ Et elle vous a toujours échappé, si je comprends bien…
_ Justement, je suis venu sur cette planète, car j’ai appris qu’elle y était sans doute !
_ Oh ! Mais comment s’appelle ce super PN ? Je pourrais peut-être vous renseigner !
_ Paschic ! Il s’appelle Paschic ! »
A cet instant, Le visage de la Machine se durcit, au point d’en inquiéter Lapsie : « Qu’est-ce que vous avez, madame, demande-t-elle. Il y a quelque chose qui ne va pas ? J’ai dit quelque chose de mal ? » Mais la Machine ne répond pas et saute sur Lapsie ! Elle a cassé une tasse, pour en presser la gorge de Lapsie, pendant que deux tentacules, sortis de son corps, ont désarmé les deux soldats ! « Ecoute-moi bien, vilaine gaupe ! fait-elle à Lapsie. Paschic est mon fils, alors tu le touches pas ! Il est affreux et comme tu as dit, mais il fait partie de la famille et donc de ma réussite ! Tout ce que tu vois autour doit rester comme ça, tu piges ? Toi et tes hommes, vous allez gentiment retourner dans l’ marais et j’ vais oublier vot’ visite ! Est-ce que c’est clair ? »
Lapsie opine et peut partir… Elle reste cependant muette, encore sous le choc !
33
Lapsie a rejoint son campement, mais elle est surtout très fatiguée… Elle regarde ses hommes vivre, comme si elle ne les commandait pas ! Certains cuisinent autour d’un feu, d’autres se racontent des histoires, d’autres encore lavent leurs vêtements… Alors que la nuit vient, tout le groupe se détend, mais soudain un soldat se fige et d’un geste, il interrompt les conversations ! C’est que le détecteur de PN, un boîtier à voyant lumineux, s’est mis à clignoter ! Très vite, l’alerte se propage et le silence s’installe !
Le détecteur s’accélère, ce qui indique qu’un PN ou plusieurs arrivent droit vers le camp ! Sans un bruit, chacun se couche au sol avec son arme, prêt à faire feu ! On a les yeux rivés sur le marais, car il est impossible de savoir où le « monstre » va apparaître ! Lapsie a repris son sang-froid et elle est de nouveau en mesure de donner des ordres ! On retient son souffle, car là-bas, dans la nuit, une branche a craqué !
Les doigts sont tendus sur la gâchette, puis des roseaux s’ouvrent et… un enfant est visible ! Il a l’air de se demander ce qu’il fait là et aussitôt, chez les soldats, le soulagement est palpable ! On se relève, sourit ! On entoure l’enfant et on lui demande : « Mais qu’est-ce que tu fais là ?
_ Moi ? Rien !
_ Mais on s’ balade pas comme ça dans l’ marais tout seul ! surtout la nuit ! Ils sont où tes parents ?
_ Oh ! Par là-bas ! répond l’enfant, en montrant une direction vague. Mais ils ont l’habitude de mes promenades ! Ça les dérange pas !
_ Tout de même…
_ Alors, vous êtes des soldats, pas vrai ? Mais pourquoi vous êtes ici ?
_ Eh bien, nous…
_ Minute, coupe le guetteur, celui qui a la charge du détecteur de PN, le boîtier ne se trompe pas ! Regardez, il continue à clignoter !
_ Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Ça veut dire que le gamin est un PN !
_ Ah ! Ah ! fait un soldat. Vous entendez ça, vous autres : le môme est un PN !
_ Ah ! Ah ! font quelques uns.
_ Eh ! Petit, tu as faim ? »
Un petit groupe emmène l’enfant auprès du feu, comme pour l’enlever aux questions gênantes du guetteur, qui lui s’adresse à la capitaine : « Y a quelque chose de pas net, capitaine ! Le détecteur est formel : le PN, c’est l’ gamin !
_ Y peut pas tomber en panne ? demande Lapsie.
_ Non capitaine ! Son fonctionnement est basé sur la réception d’ondes psychiques toxiques ! Ses capteurs sont très sensibles, quelles que soient les conditions ! Mais on peut faire un test, en s’éloignant du campement ! »
Lapsie opine et avec le guetteur, elle s’enfonce dans la nuit du marais… « Voyez, capitaine, le signal faiblit ! Encore quelques mètres et il va s’éteindre !
_ Ok ! On fait demi-tour et on revient vers l’enfant ! Si le signal recommence à être intense, on s’ ra fixé ! »
Lapsie est de plus en plus nerveuse, car elle a comme un pressentiment et quand on est de retour au camp, son angoisse est à son comble, puisqu’elle voit l’enfant jouer avec une arme, qu’on lui a prêtée ! Le guetteur prend le bras de Lapsie, pour montrer le détecteur, qui de nouveau s’affole ! « Eh ! » fait Lapsie aux hommes qui entourent l’enfant, mais ils n’ont pas le temps de lui répondre ! L’enfant ouvre le feu et tue tous ceux qui sont dans sa ligne de mire !
« Nom de D… ! » crie Lapsie, en se jetant au sol. Elle vise à son tour l’enfant, mais elle hésite à presser la détente ! C’est un gamin de treize ans qu’elle a en face d’elle ! Mais c’est aussi un tueur ! Enfin, Lapsie riposte et l’enfant s’écroule, fauché par les balles ! Puis, c’est de nouveau le silence !
Une minute et on se relève çà et là, le visage stupéfié ! On ne comprend pas ! Comment un enfant peut-il être un PN ? Est-on dans un cauchemar ? Le marais est-il responsable ? On est de plus en plus sombre, non seulement parce que trois camarades ont été tués et que deux autres sont dans un état grave, mais aussi on se dit que le « mal » qui crée les PN touche les plus jeunes, inexplicablement, ce qui compromet bien entendu l’avenir !
Il faut évacuer ! pour soigner les blessés et on avertit le vaisseau, qui vient chercher la troupe ! Cette campagne contre les PN est un échec ! Pire, elle a révélé l’abîme qui existe ! Chacun rumine et Lapsie particulièrement ! Que sait-elle ? Rien ou presque !
Paschic sent le printemps (26-28)
Le 11/04/2026

"C'est vous qu'ils ont envoyé pour me tuer?"
Apocalypse now
26
Rabotus reprend : « Les salauds ! Les fumiers ! Ils vont tout nous prendre, tu comprends ? Ils sont partout ! Ils n’attendent qu’une occasion ! Tu sais de qui j’ parle, Branche ? Hein ? Mais des fascistes, des forces noires qui tournent dans l’ ciel ! de tous ces charognards, qui ont soif de pouvoir et qui n’en ont jamais assez ! Qu’est-ce qu’on va devenir, hein ? »
Rabotus sanglote, mais il a un sursaut : « Pas question de baisser la garde ! T’entends, Branche ! Ils m’auront pas, ces fumiers ! Je m’ battrai jusqu’au bout ! J’ dénoncerai leurs mensonges et leur hypocrisie ! Foi de Rabotus !
_ Vous avez peur et ça se comprend…, coupe Web.
_ Peur ? Moi ? Le jour où j’aurais peur !
_ Alors, pourquoi vous vous énervez ?
_ Mais je ne m’énerve pas ! Je mets en garde, je suis lucide !
_ Lucide, hein ? » fait Paschic et il entraîne Rabotus dans sa vision ! C’est un sous-bois, avec des fleurs bleues et jaunes et de l’herbe émeraude ! Là, dans l’ombre, le houx fait des arabesques gracieuses, pendant que les oiseaux chantent le soleil ! La mousse brille sous les rayons et les arbres montrent leurs jeunes feuilles, d’un vert or !
Un faon passe tranquille et demande à Rabotus : « Alors, quoi d’ neuf ! Un peu tendu à c’ que j’ vois ! Est-ce que vous mangez assez ?
_ Mais je… Mais je...
_ Qu’est-ce qui vous tracasse comme ça ? C’est pas beau ici ?
_ Mais je… Mais je…
_ On pourrait aller voir mes amis les canards ? Ces salopards ont trouvé une petite mare bien peinarde ! Ils sont là à goûter la fraîcheur du ruisseau ! Au paradis qu’ils sont !
_ Mais je… Mais je…
_ Dis donc, Paschic, il a un problème d’élocution, ton copain !
_ C’est un gars 100 % Cube ! Il connaît pas, par ici !
_ Je vois… Je me disais aussi, à voir sa tête !
_ Mais je… Mais je…
_ Eh bien, Mais je, ce fut un plaisir ! Mais bon, je connais des coins à bourgeons, dont t’ as même pas idée ! A la revoyure !
_ Mais je… Mais je... »
Paschic emmène de nouveau son hôte, mais ils atterrissent à un rond-point périphérique ! Des cubes roulants y circulent dans tous les sens, dans une frénésie qui semble sans fin ! Du bruit, du bruit, une agitation constante, de la pollution incessante, mais surtout des têtes fatiguées, perdues, haineuses, malheureuses ! « Bon sang ! s’écrie Rabotus. On est où là ?
_ Mais dans le Cube évidemment !
_ Euh… C’est que le contraste avec tout à l’heure est perturbant !
_ N’est-ce pas ! Mais tous ces gens sont comme vous : c’est la peur qui les tient !
_ Je vous ai déjà dit que je n’ai pas peur !
_ Bien sûr, eux aussi affirmeront la même chose ! Pourtant, s’ils sont aussi agités et malheureux, c’est parce qu’ils n’ont aucune confiance dans la vie !
_ Et ils ont raison ! Nos ennemis sont nombreux ! Et un malheur est si vite arrivé ! Faut être dingue pour avoir confiance !
_ Ah bon ? Le faon est fou, et les oiseaux et le houx ? Ils sont plus heureux que nous, car ils sont dans leur élément ! Ils sont tranquilles et fêtent la lumière, mais pas nous !
_ Nous sommes plus lucides !
_ Sur quoi ? Pas sur nous-mêmes en tout cas ! Regardez, écoutez ! »
Une moto passe, écrasant tout avec son vacarme ! Des voitures de sport, avec des Doms méprisants à l’intérieur ! Des visages haineux à la station service, pour en découdre ! « Non seulement nous n’avons aucune confiance dans la vie, reprend Paschic, mais nous préférons encore jouer les caïds, nous afficher, comme si notre réussite pouvait nous tranquilliser ! Bon, je vous laisse, Rabotus, il y a un arrêt de bus pas loin… Il vous ramènera dans le centre du Cube !
_ Mais je… Mais je…
_ Repensez de temps en temps au faon, aux oiseaux et aux arabesques du houx, au-dessus des petites fleurs jaunes et bleues ! Vous verrez alors que nous sommes les bienvenus ! »
27
Le vaisseau RT 78 décolle de sa base terrienne, direction la planète M comme maudite ! En effet, plusieurs vaisseaux ont disparu de ce côté-là et on en raconte de sombres choses ! Ce serait une planète inhumaine, à fond contre les Doms, qui ne rêverait que de les anéantir ! Il peut paraître étrange de parler ainsi d’une planète, mais toutes les missions d’exploration y ont été perdues inexplicablement et les Doms n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas ! Ils sont régis par la logique, la raison, les chiffres ! ce qui est très curieux, vu leur chaos !
Mais à bord du RT 78, l’ambiance est à l’enthousiasme ! Une troupe, armée jusqu’aux dents, y est commandée par la capitaine Lapsie ! C’est une femme rompue aux combats les plus durs et qui cassent du PN (pervers narcissique) comme du petit bois ! Elle crie à ses hommes : « Où est-ce qu’on va ?
_ Dans l’antre du PN ! répondent-t-ils en chœur.
_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?
_ On lui piétine les boyaux !
_ Et on le fait pour qui ?
_ Pour sa mère et sa sœur !
_ Waouop !
_ Waouop ! »
Chacun exulte et vérifie son arsenal ! Tout y est : fusils automatiques, mitrailleuses, grenades, lance-flammes, lasers destructeurs derniers cris ! Même un moustique ne pourrait pas passer et le vaisseau file entre les étoiles ! Un jeune cependant s’approche de Lapsie : « J’ai jamais affronté de PN…, dit-il l’air troublé.
_ T’inquiète pas, ça va aller ! Ils ont l’air monstrueux comme ça, mais avec ce que t’as entre les mains, tu les arrêteras net !
_ Mais…, mais ils sont dangereux, n’est-ce pas ?
_ Sûr ! Ils sont rapides et ont plus d’un tour dans leur sac !
_ Vous… vous en avez tué combien ?
_ J’ sais pas… Difficile de compter… Mais bien 200, oui ! Tu comprends, j’aime pas qu’on marche sur les pieds ! Et puis, rappelle-toi, tu l’ fais pour ta mère et ta sœur ! pour toutes les femmes ! Tu voudrais pas décevoir ta mère, hein ?
_ Certes non !
_ C’est bien ! On va leur montrer à toutes ces brutes qu’on est cent fois meilleurs qu’elles ! On va leur rentrer cette vérité au fond du gosier ! D’accord ?
_ J’ suis avec vous chef !
_ Bon ! T’étais où avant ?
_ Sur le front, contre les ultra-riches !
_ Alors, t’as sans doute déjà tué du PN !
_ Possible ! Mais les ultra-riches, c’est une masse grouillante, infecte ! Impossible de savoir qui on tue vraiment !
_ Je sais, c’est moche…, mais rejoins les autres à présent ! On est fort, parce qu’il y a les camarades ! »
Le vaisseau approche de M la maudite et entre bientôt dans son atmosphère, délétère bien entendu ! D’ailleurs, on se pose sur une lagune, entouré par un marais puant ! La troupe débarque, silencieuse, tendue et on regarde alentour, une fois que le matériel a été complètement rassemblé ! « Ben, dites donc, fait l’un, il est pas sympa le coin ! »
En effet, c’est comme s’il faisait nuit et une brume épaisse couvre des souches moussues et qui ont l’air menaçantes ! « J’aime pas ça ! » dit un autre. La capitaine fait des signes, qui indiquent que chacun doit se déployer d’une certaine façon ! C’est bien entendu une manœuvre qui a été des milliers de fois répétée ! On n’a pas affaire à des novices !
Un cri dans l’ombre, qui semble demander des explications et deux soldats ouvrent le feu instantanément ! Le marais s’embrase et les balles fauchent ! C’est interminable et les végétaux tombent, puis explosent après quelques grenades !
« Bon sang ! crie Lapsie. Cessez le feu ! Arrêtez vos conneries !
_ Cessez le feu ! » répète-t-on ici et là et enfin le silence revient, tandis que la fumée se dissipe lentement !
Un crapaud géant est crucifié contre un tronc ! « Ça commence bien ! » fait Lapsie.
28
« Faut pas tirer sur n’importe quoi ! jette Lapsie. Du sang-froid, que diable ! Bon, on est où ici ?
_ Dans l’antre du PN ! crient les hommes.
_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?
_ On lui piétine les boyaux !
_ Et on le fait pour qui ?
_ Pour sa mère et sa sœur !
_ Whaouop !
_ Whaouop !
_ Bon, on change de tactique ! On se met par deux, avec cinquante mètres entre chaque binôme ! Et on reste en liaison radio ! Exécution ! »
Les soldats connaissent bien leur métier et bientôt les hommes avancent deux par deux dans le marécage ! Cependant, autour, tout demeure étrange, plein de menaces, dans l’eau boueuse comme derrière la végétation muette, à l’air désolé !
« J’aime pas ça ! murmure un soldat.
_ Ben qu’ t’aimes ou t’aimes pas, répond son binôme, ça change rien ! Faut l’ faire ce job !
_ Ouais...
_ Eh, regarde ! »
Là, entre des touffes de joncs, est plantée une étrange statue ! Elle est colorée de couleurs criardes, mais ce qui attire surtout, ce sont ses yeux grands ouverts ! « Qu’est-ce qu’elle fixe comme ça ? demande l’un des soldats.
_ Chais pas !
_ En tout cas, ça fout les j’tons ! J’aime pas ça ! Oh non ! J’aime pas ça !
_ C’est curieux ; elle nous regarde comme si nous étions des monstres, des intrus débiles !
_ C’est p’têt ce qu’on est ici ! On n’est pas chez nous !
_ J’ai bien envie de lui envoyer une salve, en pleine gueule !
_ Ah bon ? T’as envie d’ameuter les autres ?
_ Les autres ? Quels autres ?
_ Tu crois que la statue s’est plantée là toute seule ? »
A cet instant, une forme noire arrive, qui dit : « Johnny ? C’est toi, Johnny ? » Les deux soldats se figent, en découvrant une femme déjà d’un certain âge et qui se met à toucher l’un des soldats : « Johnny ? C’est bien toi, Johnny ? Tu m’ reconnais pas, je suis ta mère !
_ Mais…
_ Ah ! Ah ! Je suis plus la même, n’est-ce pas ? C’est que j’ fais beaucoup d’efforts pour me montrer jeune ! Tu voudrais pas avoir une maman déjà grosse et malade, hein Johnny ? une maman qu’on pousse dans la tombe ? »
Le soldat a la gorge nouée par l’angoisse et peu à peu l’horreur l’envahit, devant cette dame en noire, qui le touche et qu’il ne reconnaît pas ! « A vrai dire, Johnny, reprend la femme dans un murmure, je me suis arrangée d’abord pour moi ! Hi ! Hi ! J’ai voulu être dans l’ vent ! comme on dit ! Il est important que je continue à séduire les hommes ! Regarde, j’ai teint mes cheveux en blond ! J’ parais dix ans de moins ! J’ai aussi perdu vingt kilos ! Et focus, Johnny, focus sur mon piercing ! Là, dans la narine ! Tu l’ vois ?
_ Moui… Il brille !
_ C’est toute ma personne qui brille, dans c’ foutu marais ! J’ai pas l’air d’une blonde, qui attend une bonne aventure, Johnny ?
_ Si, si…
_ C’est qu’ j’ai bossé dur ! Ta maman n’a pas ménagé sa peine, tu peux m’en croire ! J’ me suis comme cassée en deux ! Y a un prix à payer ! A toi, Johnny j’ peux montrer l’envers du décor ! Regarde ! Regarde ! »
La femme dévoile ses bras et le soldat a un haut-le-corps ! La peau est pleine de taches rouges, comme des furoncles ! « J’en ai plein partout ! Oh ! Johnny, c’est pour toi tout ça ! pour que tu sois fier de ta maman ! » Mais des tentacules sortent subitement des taches rouges, se dressent en sifflant, apparemment pleins de fureur !
Elles vont frapper le soldat tétanisé, mais son binôme fait feu ! Des balles explosives tranchent ces excroissances inexplicables et couleur braise ! La femme crie alors de douleur, avant de s’embraser ! Elle geint dans les flammes, qui éclairent la nuit du marais ! La capitaine Lapsie accourt : « Qu’est-ce qui s’ passe ? » crie-t-elle, mais les deux soldats ne répondent pas, ne pouvant quitter des yeux le corps qui se consume ! « Mais, mais c’est une femme ! reprend Lapsie. Bon sang, les gars, qu’est-ce que vous foutez ? On est là pour dézinguer du PN, pas leurs victimes !
_ Elle a attaqué, Johnny, répond le soldat qui a tiré.
_ J’ m’appelle pas Johnny ! coupe l’autre.
_ C’est quoi ces conneries ! réplique Lapsie. Et cette statue-là, vous ne l’avez pas signalée !
_ C’est étrange, fait un soldat juste arrivé. Elle nous regarde comme si nous étions des fous ! »
Paschic sent le printemps (23-25)
Le 04/04/2026

"Le mot de passe? Mais là, j' suis un peu déjanté!"
Une bataille après l'autre
23
Le Cube est soudain pris dans une tempête ! Des averses violentes s’abattent dans les rues et des jets d’étincelles surgissent çà et là ! Il fait presque nuit ! « Bon sang ! s’écrie Web. Ça secoue ! » Une Dom passe en disant : « Ça va venir vite maintenant !
_ Quoi ? Qu’est-ce qui va venir vite ? » hurle Web.
Mais la Dom se contente de répéter : « Ça va venir vite maintenant ! » et il y a une nuance de menace dans sa voix, ce qui fait que Web se sent mal à l’aise !
De son côté, Paschic éprouve tout à fait autre chose ! « Embrasse-moi ! Embrasse-moi ! lui dit une Dom.
_ C’est que…
_ Mais embrasse-moi, bon sang ! T’es un homme ou quoi ?
_ Sans doute, mais…
_ Ça va, j’ai compris ! Je perds mon temps avec une poule mouillée ! »
Paschic n’a pas le temps de répondre, car la Dom s’en va hors d’elle ! Paschic est troublé et il pose un pied sur la rue… Immédiatement, un cube roulant essaie de s’en saisir ! Il ouvre sa mâchoire béante et Paschic n’a que le temps de retirer son pied !
« Ouf ! fait-il. Faut que je reste lucide !
_ Venez ! coupe Web. La pluie redouble et mettons-nous à l’abri sous ce porche ! »
Les deux amis contemplent les trombes d’eau, mais Paschic est soudain attiré par une plaque, à côté des boîtes à lettres ! Elle annonce : « Professeur Ratamor, expériences en tout genre ! »
« Bon sang ! s’écrie Paschic. Le professeur Ratamor travaille ici maintenant ! Et si on allait le voir ? » Web opine et le duo se dirige vers le sous-sol… Il sonne bientôt à une vieille porte, qui semble oubliée de tous ! « Qu’est-ce que c’est ? fait une voix légèrement chevrotante à l’intérieur.
_ C’est Paschic et Web, professeur ! répond Paschic.
_ Paschic ? Il est pas encore mort, c’ gredin ?
_ Non, professeur, puisqu’il est derrière la porte !
_ C’est bon, entrez... »
Après un clic, la porte s’ouvre et Web et Paschic se retrouvent devant le professeur, qui a vieilli… « C’est ici maintenant que vous travaillez ? fait Paschic.
_ En effet, en effet ! Ne touchez à rien, voulez-vous !
_ Et quel est l’objet de vos expériences, actuellement ? demande poliment Web.
_ La cellule familiale ! Mais venez, je vais vous montrer ! »
On emprunte un couloir poussiéreux et encombré de livres, mais on débouche sur un laboratoire moderne, ce qui conduit Ratamor à préciser : « Voilà, je me suis réfugié ici, pour mener mes travaux en toute quiétude ! Vous remarquerez que je ne manque de rien ! » Le duo apprécie et le professeur reprend : « Approchez-vous de ce verre photonique ! Il permet de voir le monde des cellules à l’œil nu !
_ Incroyable ! s’écrie Web.
_ Et voici la cellule familiale ! reprend Ratamor. En fait, c’est un petit ensemble de cellules, entouré par une membrane endoplasmique et qui a ses propres lois !
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ?
_ Eh bien que les cellules se gouvernent selon une hiérarchie...
_ Comme s’il y avait des cellules parents et enfants ?
_ Exactement ! Maintenant, observez bien ceci… Je vais troubler le milieu cellulaire… En fait, je vais lui faire peur ! »
Ratamor effectue sa manipulation et un changement se produit sous le verre photonique ! « Une cellule enfant, explique le professeur, est devenue vulnérable ! Je lui ai injecté de l’alcool !
_ Vous rigolez ? coupe Web.
_ Pas le moins du monde ! La cellule enfant quitte le groupe, en proie à l’ivresse, jusqu’au malaise ! Et hop ! Vous avez vu ? La cellule familiale s’est immédiatement recomposée autour de la cellule défaillante ! Cela lui est nécessaire, pour garder sa cohésion ! Il y a le monde extérieur et la cellule familiale, qui est soudée par sa peur de la différence, de l’étrangeté ! Chaque cellule soutient l’autre, se touche, se rassure ! C’est un ensemble qu’on pourrait dire farouchement homogène !
_ Professeur, coupe Paschic, il y a une cellule qui n’a pas rejoint le groupe, qui reste toute seule !
_ Oui, effectivement ! C’est une chose que j’ai déjà remarquée…
_ Mais pourquoi ?
_ J’ai plusieurs hypothèses… Il est possible que cette cellule cherche autre chose, parce qu’elle serait moins sensible à la peur que les autres ! Elle serait alors promise à un autre destin, qui serait plus créateur !
_ Extraordinaire ! fait Web.
_ Ne vous enthousiasmez pas trop, docteur Web. La survie des ces cellules isolées est très faible ! Elle ne sont plus reconnues, ni rassurées par le groupe ! Elles peuvent devenir la proie d’anxiétés destructrices ! L’inconnu les dévore !
_ C’est… injuste ! »
Pour toute réponse, Ratamor hausse les épaules !
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« J’ai tout de même ici quelque chose de plus inavouable ! reprend le professeur.
_ Ah bon ? Qu’est-ce que c’est ?
_ Hem ! Je pense que j’en ai trop dit…
_ Ou pas assez ! Allez, professeur, encourage Web, vous mourrez d’envie de nous en parler !
_ Ah ! Ah ! C’est vrai ! J’ai créé ici…
_ Oui ?
_ J’ai créé ici le premier Dom végétal !
_ Quoi ?
_ Oui, le premier Dom végétal ! Il est constitué à la fois de cellules animales et végétales !
_ Vous voulez dire qu’il est un croisement entre l’homme et l’arbre ?
_ Exactement ! Écoutez, vous voyez comment le Cube détruit la nature ! J’ai imaginé un Dom faisant le lien entre les deux ! Je voulais un arbre dans la ville, qu’on n’oublie jamais d’où nous venons ! Je voulais de la verdure en nous et parmi nous !
_ Eh ben…
_ Vous vouliez aussi de la beauté dans nos rues bétonnées, n’est-ce pas professeur ? coupe Paschic.
_ Hein ? Oui, c’est vrai ! Nous manquons d’idéal et nous sommes bien fous ! Nous sommes tout le temps inquiets ou en colère et je voulais qu’une créature nous intrigue, nous apaise !
_ Mais elle est viable, votre créature ? demande Web.
_ Certainement ! Elle vit ici…
_ On peut la voir ?
_ C’est que…
_ Allez professeur, vous n’allez pas vous arrêter là, maintenant que vous nous avez mis l’eau à la bouche !
_ Très bien ! Mais interdiction de lui faire peur, si son aspect lui-même vous dérange !
_ Promis, juré ! »
Ratamor va au fond d’un couloir, où il parle sans doute à sa créature et bientôt il revient avec celle-ci ! La surprise frappe de stupeur Paschic et Web, car ils ont devant eux un homme qui paraît habillé en aubépine ! En tout cas, il est d’un éclat incroyable ! De petites fleurs lui poussent sur la peau et chacune est comme immaculée !
L’extrémité des bras est épineuse et se ramifie telles des branches ! « Messieurs, déclare Ratamor, je vous présente Dom branche !
_ Le bien nommé ! fait Web.
_ Donc le tronc, précise Ratamor, reste en cellules animales, comme le nôtre, par contre, la rigidité des cellules végétales s’exprime surtout dans les membres !
_ Et l’aubépine pour l’aspect extérieur, c’est un choix ? demande Paschic.
_ Pas du tout ! Notre Dom végétal peut changer son apparence… Branche, tu veux bien montrer à ces messieurs de quoi tu es capable ! »
Branche acquiesce et prend soudainement une couleur jaune d’or ! « Ajonc ! clame Web.
_ Exact ! répond Branche.
_ Mais vous…, vous parlez !
_ Oui, Branche a gardé cette faculté ! coupe Ratamor.
_ Et maintenant ? interroge Branche, qui a pris une couleur plus orangée.
_ Euh… Genêt !
_ Bien ! Et pour me défendre, je peux faire ceci ! continue Branche, qui se transforme en houx.
_ Ah oui ! Là on ne peut plus approcher ! Ça pique !
_ Il y a même les petites boules rouges… enchaîne Paschic.
_ Mes fruits, oui...
_ Mais vous-même, vous vous sentez comment ? demande curieux Web.
_ Eh bien d’abord, je respire ! Je me sens d’un autre temps, comme si vous viviez deux fois plus vite !
_ C’est vrai que tout a l’air plus calme depuis que vous êtes là ! convient subitement Web.
_ Ce n’est pas pour ça que j’ai l’air vieux ! réagit cependant Branche. Regardez mes doigts : on dirait qu’il forme des éclairs ! Je me développe en zigzaguant ! »
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« Eh bien, professeur, reprend Web, vous avez réussi votre coup ! Vous allez en surprendre plus d’un !
_ Oui, je voulais rétablir une certaine vérité… Nous sommes enfermés dans le Cube, avec nos chiffres et nos peurs ! Mais la vie, ce n’est pas seulement ça, comme nous le montre la Chose ! Il y a dans la nature une explosion créatrice, un élan irrésistible, une ferveur communicative, une aventure extraordinaire, comme nous le rappelle le printemps ! Mais nous ne voulons plus participer à la fête, à cause de nos craintes, ce qui fait que nous nous tenons à l’abri derrière du béton !
_ Eh bien, Ratamor, coupe Paschic, j’avoue que votre discours m’étonne ! Car je ne m’attendais pas à cela de la part d’un scientifique !
_ Pourquoi dites-vous cela ?
_ Oh ! Eh bien, vous approchez de thèmes comme la beauté, la fête et le bonheur des animaux et des plantes, et bien sûr, ce sont là des choses subjectives et donc suspectes pour la science !
_ Je peux tout de même avoir un avis personnel… et avec le temps, j’ai acquis une forme de sagesse… Il est vrai aussi qu’en détruisant la nature, nous nous détruisons nous-mêmes ! En fait, à force de la tenir à distance, nous ne la comprenons plus et nous nous croyons des anomalies, des étrangers dans l’univers !
_ Cela accentue bien entendu notre sentiment d’insécurité… et donc encore notre violence et nos haines !
_ J’aimerais que Branche, rien que par sa fantaisie, nous rende plus confiants en nous-mêmes !
_ Et plus audacieux ! plus vivants ! Ce qui veut dire aussi plus disponibles, plus aimants !
_ Voilà ! C’est d’ailleurs l’heure de mon expérience…
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ? demande Web.
_ Un de mes collègues va passer ! C’est un gars fatigant, un anti-tout ! Rien ne le satisfait ! Il est impossible de discuter avec lui ! Il a un discours monolithique abrutissant, qui enlève à l’autre toute énergie ! Il vide et fait baisser les bras, sans que lui-même puisse être heureux !
_ Et vous allez le mettre face à Branche, c’est ça ?
_ Tout juste ! Je vais observer si Branche peut avoir un effet bénéfique sur mon collègue !
_ Nous allons voir ça ! »
A cet instant, on entend la sonnette et Ratamor se déplace pour accueillir le visiteur ! Celui-ci aussitôt clame : « 50 %! Ils prélèvent 50 %! Qu’est-ce qui te reste ? Nada !
_ Oui, oui… Rabotus, je te présente quelques amis… Voici Paschic, le docteur Web...
_ Enchanté…
_ Et…
_ Bon sang ! Qu’est-ce que c’est qu’ ça ?
_ Branche ! C’est la créature dont je t’ai parlé…
_ Comment allez-vous, professeur Rabotus ? fait Branche.
_ Mais, mais ce n’est pas possible !
_ Mais si ! Branche est à la fois un Dom et un végétal !
_ Mais quel intérêt ? Que ne soignes-tu pas le cancer ? Il est en augmentation de 10 %!
_ Mais d’une certaine manière, Branche peut aider à lutter contre le cancer !
_ Tu plaisantes ! Il va faire la danse du ventre, avec du lierre autour de la taille ! Ah ! Ah ! »
Rabotus part dans un fou rire et Ratamor attend une minute, avant de reprendre : « L’une des causes de nos cancers, c’est la tension qui nous habite, l’anxiété qui nous travaille ! C’est comme si nous étions en guerre contre nous-mêmes ! Cela est même déterminant dans le choix de notre nourriture !
_ Si tu veux… Mais en quoi ta créature Branche va-t-elle pouvoir nous aider ? Ah ! Ah !
_ Vas-y ! Décris à Branche comment tu vois notre situation actuelle !
_ Eh bien, puisque tu me le demandes ! Écoute Branche, on est foutu ! Le gouvernement a entièrement gangrené le système ! Et je te parle pas de la dette ! Attends ! Sols pollués, chômage en hausse, démocratie en berne, les pauvres encore plus pauvres, les riches encore plus riches, les hôpitaux ruinés ! Hein ? Qu’est-ce que tu dis d’ ça, Branche ? Tu vas verser une feuille ? Ah ! Ah ! »
Mais Branche ne répond pas, médusé par tant de véhémence ! Il se contente de sa blancheur d’aubépine, qui, sur ses rameux épineux, a l’air d’une neige jaillissante, vibrante !