Paschic sent le printemps (26-28)

  • Le 11/04/2026

R128

 

      "C'est vous qu'ils ont envoyé pour me tuer?"

                                Apocalypse now

 

                                     26

      Rabotus reprend : « Les salauds ! Les fumiers ! Ils vont tout nous prendre, tu comprends ? Ils sont partout ! Ils n’attendent qu’une occasion ! Tu sais de qui j’ parle, Branche ? Hein ? Mais des fascistes, des forces noires qui tournent dans l’ ciel ! de tous ces charognards, qui ont soif de pouvoir et qui n’en ont jamais assez ! Qu’est-ce qu’on va devenir, hein ? »

Rabotus sanglote, mais il a un sursaut : « Pas question de baisser la garde ! T’entends, Branche ! Ils m’auront pas, ces fumiers ! Je m’ battrai jusqu’au bout ! J’ dénoncerai leurs mensonges et leur hypocrisie ! Foi de Rabotus !

_ Vous avez peur et ça se comprend…, coupe Web.

_ Peur ? Moi ? Le jour où j’aurais peur !

_ Alors, pourquoi vous vous énervez ?

_ Mais je ne m’énerve pas ! Je mets en garde, je suis lucide !

_ Lucide, hein ? » fait Paschic et il entraîne Rabotus dans sa vision ! C’est un sous-bois, avec des fleurs bleues et jaunes et de l’herbe émeraude ! Là, dans l’ombre, le houx fait des arabesques gracieuses, pendant que les oiseaux chantent le soleil ! La mousse brille sous les rayons et les arbres montrent leurs jeunes feuilles, d’un vert or !

Un faon passe tranquille et demande à Rabotus : « Alors, quoi d’ neuf ! Un peu tendu à c’ que j’ vois ! Est-ce que vous mangez assez ?

_ Mais je… Mais je...

_ Qu’est-ce qui vous tracasse comme ça ? C’est pas beau ici ?

_ Mais je… Mais je…

_ On pourrait aller voir mes amis les canards ? Ces salopards ont trouvé une petite mare bien peinarde ! Ils sont là à goûter la fraîcheur du ruisseau ! Au paradis qu’ils sont !

_ Mais je… Mais je…

_ Dis donc, Paschic, il a un problème d’élocution, ton copain !

_ C’est un gars 100 % Cube ! Il connaît pas, par ici !

_ Je vois… Je me disais aussi, à voir sa tête !

_ Mais je… Mais je…

_ Eh bien, Mais je, ce fut un plaisir ! Mais bon, je connais des coins à bourgeons, dont t’ as même pas idée ! A la revoyure !

_ Mais je… Mais je... »

Paschic emmène de nouveau son hôte, mais ils atterrissent à un rond-point périphérique ! Des cubes roulants y circulent dans tous les sens, dans une frénésie qui semble sans fin ! Du bruit, du bruit, une agitation constante, de la pollution incessante, mais surtout des têtes fatiguées, perdues, haineuses, malheureuses ! « Bon sang ! s’écrie Rabotus. On est où là ?

_ Mais dans le Cube évidemment !

_ Euh… C’est que le contraste avec tout à l’heure est perturbant !

_ N’est-ce pas ! Mais tous ces gens sont comme vous : c’est la peur qui les tient !

_ Je vous ai déjà dit que je n’ai pas peur !

_ Bien sûr, eux aussi affirmeront la même chose ! Pourtant, s’ils sont aussi agités et malheureux, c’est parce qu’ils n’ont aucune confiance dans la vie !

_ Et ils ont raison ! Nos ennemis sont nombreux ! Et un malheur est si vite arrivé ! Faut être dingue pour avoir confiance !

_ Ah bon ? Le faon est fou, et les oiseaux et le houx ? Ils sont plus heureux que nous, car ils sont dans leur élément ! Ils sont tranquilles et fêtent la lumière, mais pas nous !

_ Nous sommes plus lucides !

_ Sur quoi ? Pas sur nous-mêmes en tout cas ! Regardez, écoutez ! »

Une moto passe, écrasant tout avec son vacarme ! Des voitures de sport, avec des Doms méprisants à l’intérieur ! Des visages haineux à la station service, pour en découdre ! « Non seulement nous n’avons aucune confiance dans la vie, reprend Paschic, mais nous préférons encore jouer les caïds, nous afficher, comme si notre réussite pouvait nous tranquilliser ! Bon, je vous laisse, Rabotus, il y a un arrêt de bus pas loin… Il vous ramènera dans le centre du Cube !

_ Mais je… Mais je…

_ Repensez de temps en temps au faon, aux oiseaux et aux arabesques du houx, au-dessus des petites fleurs jaunes et bleues ! Vous verrez alors que nous sommes les bienvenus ! »

                                                                                                                       27

     Le vaisseau RT 78 décolle de sa base terrienne, direction la planète M comme maudite ! En effet, plusieurs vaisseaux ont disparu de ce côté-là et on en raconte de sombres choses ! Ce serait une planète inhumaine, à fond contre les Doms, qui ne rêverait que de les anéantir ! Il peut paraître étrange de parler ainsi d’une planète, mais toutes les missions d’exploration y ont été perdues inexplicablement et les Doms n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas ! Ils sont régis par la logique, la raison, les chiffres ! ce qui est très curieux, vu leur chaos !

Mais à bord du RT 78, l’ambiance est à l’enthousiasme ! Une troupe, armée jusqu’aux dents, y est commandée par la capitaine Lapsie ! C’est une femme rompue aux combats les plus durs et qui cassent du PN (pervers narcissique) comme du petit bois ! Elle crie à ses hommes : « Où est-ce qu’on va ?

_ Dans l’antre du PN ! répondent-t-ils en chœur.

_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?

_ On lui piétine les boyaux !

_ Et on le fait pour qui ?

_ Pour sa mère et sa sœur !

_ Waouop !

_ Waouop ! »

Chacun exulte et vérifie son arsenal ! Tout y est : fusils automatiques, mitrailleuses, grenades, lance-flammes, lasers destructeurs derniers cris ! Même un moustique ne pourrait pas passer et le vaisseau file entre les étoiles ! Un jeune cependant s’approche de Lapsie : « J’ai jamais affronté de PN…, dit-il l’air troublé.

_ T’inquiète pas, ça va aller ! Ils ont l’air monstrueux comme ça, mais avec ce que t’as entre les mains, tu les arrêteras net !

_ Mais…, mais ils sont dangereux, n’est-ce pas ?

_ Sûr ! Ils sont rapides et ont plus d’un tour dans leur sac !

_ Vous… vous en avez tué combien ?

_ J’ sais pas… Difficile de compter… Mais bien 200, oui ! Tu comprends, j’aime pas qu’on marche sur les pieds ! Et puis, rappelle-toi, tu l’ fais pour ta mère et ta sœur ! pour toutes les femmes ! Tu voudrais pas décevoir ta mère, hein ?

_ Certes non !

_ C’est bien ! On va leur montrer à toutes ces brutes qu’on est cent fois meilleurs qu’elles ! On va leur rentrer cette vérité au fond du gosier ! D’accord ?

_ J’ suis avec vous chef !

_ Bon ! T’étais où avant ?

_ Sur le front, contre les ultra-riches !

_ Alors, t’as sans doute déjà tué du PN !

_ Possible ! Mais les ultra-riches, c’est une masse grouillante, infecte ! Impossible de savoir qui on tue vraiment !

_ Je sais, c’est moche…, mais rejoins les autres à présent ! On est fort, parce qu’il y a les camarades ! »

Le vaisseau approche de M la maudite et entre bientôt dans son atmosphère, délétère bien entendu ! D’ailleurs, on se pose sur une lagune, entouré par un marais puant ! La troupe débarque, silencieuse, tendue et on regarde alentour, une fois que le matériel a été complètement rassemblé ! « Ben, dites donc, fait l’un, il est pas sympa le coin ! »

En effet, c’est comme s’il faisait nuit et une brume épaisse couvre des souches moussues et qui ont l’air menaçantes ! « J’aime pas ça ! » dit un autre. La capitaine fait des signes, qui indiquent que chacun doit se déployer d’une certaine façon ! C’est bien entendu une manœuvre qui a été des milliers de fois répétée ! On n’a pas affaire à des novices !

Un cri dans l’ombre, qui semble demander des explications et deux soldats ouvrent le feu instantanément ! Le marais s’embrase et les balles fauchent ! C’est interminable et les végétaux tombent, puis explosent après quelques grenades !

« Bon sang ! crie Lapsie. Cessez le feu ! Arrêtez vos conneries !

_ Cessez le feu ! » répète-t-on ici et là et enfin le silence revient, tandis que la fumée se dissipe lentement !

Un crapaud géant est crucifié contre un tronc ! « Ça commence bien ! » fait Lapsie.

                                                                                                                      28

     « Faut pas tirer sur n’importe quoi ! jette Lapsie. Du sang-froid, que diable ! Bon, on est où ici ?

_ Dans l’antre du PN ! crient les hommes.

_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?

_ On lui piétine les boyaux !

_ Et on le fait pour qui ?

_ Pour sa mère et sa sœur !

_ Whaouop !

_ Whaouop !

_ Bon, on change de tactique ! On se met par deux, avec cinquante mètres entre chaque binôme ! Et on reste en liaison radio ! Exécution ! »

Les soldats connaissent bien leur métier et bientôt les hommes avancent deux par deux dans le marécage ! Cependant, autour, tout demeure étrange, plein de menaces, dans l’eau boueuse comme derrière la végétation muette, à l’air désolé !

« J’aime pas ça ! murmure un soldat.

_ Ben qu’ t’aimes ou t’aimes pas, répond son binôme, ça change rien ! Faut l’ faire ce job !

_ Ouais... 

_ Eh, regarde ! »

Là, entre des touffes de joncs, est plantée une étrange statue ! Elle est colorée de couleurs criardes, mais ce qui attire surtout, ce sont ses yeux grands ouverts ! « Qu’est-ce qu’elle fixe comme ça ? demande l’un des soldats.

_ Chais pas !

_ En tout cas, ça fout les j’tons ! J’aime pas ça ! Oh non ! J’aime pas ça !

_ C’est curieux ; elle nous regarde comme si nous étions des monstres, des intrus débiles !

_ C’est p’têt ce qu’on est ici ! On n’est pas chez nous !

_ J’ai bien envie de lui envoyer une salve, en pleine gueule !

_ Ah bon ? T’as envie d’ameuter les autres ?

_ Les autres ? Quels autres ?

_ Tu crois que la statue s’est plantée là toute seule ? »

A cet instant, une forme noire arrive, qui dit : « Johnny ? C’est toi, Johnny ? » Les deux soldats se figent, en découvrant une femme déjà d’un certain âge et qui se met à toucher l’un des soldats : « Johnny ? C’est bien toi, Johnny ? Tu m’ reconnais pas, je suis ta mère !

_ Mais…

_ Ah ! Ah ! Je suis plus la même, n’est-ce pas ? C’est que j’ fais beaucoup d’efforts pour me montrer jeune ! Tu voudrais pas avoir une maman déjà grosse et malade, hein Johnny ? une maman qu’on pousse dans la tombe ? »

Le soldat a la gorge nouée par l’angoisse et peu à peu l’horreur l’envahit, devant cette dame en noire, qui le touche et qu’il ne reconnaît pas ! « A vrai dire, Johnny, reprend la femme dans un murmure, je me suis arrangée d’abord pour moi ! Hi ! Hi ! J’ai voulu être dans l’ vent ! comme on dit ! Il est important que je continue à séduire les hommes ! Regarde, j’ai teint mes cheveux en blond ! J’ parais dix ans de moins ! J’ai aussi perdu vingt kilos ! Et focus, Johnny, focus sur mon piercing ! Là, dans la narine ! Tu l’ vois ?

_ Moui… Il brille !

_ C’est toute ma personne qui brille, dans c’ foutu marais ! J’ai pas l’air d’une blonde, qui attend une bonne aventure, Johnny ?

_ Si, si…

_ C’est qu’ j’ai bossé dur ! Ta maman n’a pas ménagé sa peine, tu peux m’en croire ! J’ me suis comme cassée en deux ! Y a un prix à payer ! A toi, Johnny j’ peux montrer l’envers du décor ! Regarde ! Regarde ! »

La femme dévoile ses bras et le soldat a un haut-le-corps ! La peau est pleine de taches rouges, comme des furoncles ! « J’en ai plein partout ! Oh ! Johnny, c’est pour toi tout ça ! pour que tu sois fier de ta maman ! » Mais des tentacules sortent subitement des taches rouges, se dressent en sifflant, apparemment pleins de fureur !

Elles vont frapper le soldat tétanisé, mais son binôme fait feu ! Des balles explosives tranchent ces excroissances inexplicables et couleur braise ! La femme crie alors de douleur, avant de s’embraser ! Elle geint dans les flammes, qui éclairent la nuit du marais ! La capitaine Lapsie accourt : « Qu’est-ce qui s’ passe ? » crie-t-elle, mais les deux soldats ne répondent pas, ne pouvant quitter des yeux le corps qui se consume ! « Mais, mais c’est une femme ! reprend Lapsie. Bon sang, les gars, qu’est-ce que vous foutez ? On est là pour dézinguer du PN, pas leurs victimes !

_ Elle a attaqué, Johnny, répond le soldat qui a tiré.

_ J’ m’appelle pas Johnny ! coupe l’autre.

_ C’est quoi ces conneries ! réplique Lapsie. Et cette statue-là, vous ne l’avez pas signalée !

_ C’est étrange, fait un soldat juste arrivé. Elle nous regarde comme si nous étions des fous ! »

 
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