
"Non, mais des fils de putes, il y en avait déjà!"
Il était une fois dans l'ouest
1
« On est sans nouvelles d’Ultima ! dit le duc de l’Emploi à Dominator, alors qu’ils sont tous deux dans la tour du Pouvoir.
_ Ultima…, Ultima ?
_ Vous savez, c’est cette station spatiale, comme un Cube miniature dans l’espace ! On y veut tester la vie des Doms, sans aucune présence de la Chose ! On y prépare l’avenir somme toute !
_ Mais bien sûr Ultima ! Et on est sans nouvelles ?
_ Voilà une semaine qu’il est impossible de les joindre et ils n’émettent pas non plus !
_ Fâcheux ça ! Rappelez-moi un peu les conditions du programme !
_ Oh ! Il y a là-bas normalement près de 500 personnes ! C’est une petite colonie dans l’espace… On y a reconstitué un quartier du Cube, en veillant à ce que la Chose ne puisse en aucun cas y réapparaître !
_ C’est donc un programme scientifique… et vous me dites que c’est silence radio ! Qu’est-ce qu’on peut imaginer ?
_ A vrai dire, on n’en sait rien ! Il faudrait aller voir ! Une révolte n’est pas exclue, pas plus que des problèmes techniques… En tout cas, la station existe toujours…
_ Eh ben, vous avez raison, il faut aller voir ! Envoyez-y une expé !
_ Très bien, dans ce cas, je demande à y participer personnellement ! J’ai quelque intérêt là-bas !
_ Moi aussi, je veux me joindre à l’expédition ! s’écrie monsieur Nuit, également présent. Mon nouveau béton y est aussi testé ! Je veux voir de mes yeux comment il se comporte !
_ Mais messieurs, répond Dominator, je ne m’attendais pas à autant de courage de votre part, ni à autant d’enthousiasme ! Ainsi tous mes vœux vous accompagnent ! Cependant, on n’y va pas sans biscuits ! Vous prenez avec vous Ratamor, pour la partie scientifique, et la colonelle Lapsie, pour la sécurité ! Elle sera accompagnée de ses soldats d’élite ! »
Tout ce petit monde se retrouve bientôt sur la piste d’envol du vaisseau, qui va les conduire vers Ultima ! Evidemment, chacun s’y comporte selon ses buts ! Le duc et monsieur Nuit sont d’abord des hommes d’affaires et ils ont une allure quelque peu guindée, sensiblement distante : c’est tout le fossé que produit l’argent !
Ratamor est plus simple, plus avenant, quoique parfois perdu dans ses pensées, d’autant qu’il ne parle à personne de ses propres travaux, sur Branche notamment ! Il n’a pas envie qu’on le voie comme un traître, à la solde de la Chose, et il sait bien que les autres sont hostiles à la nuance, qu’ils ont la compréhension étroite !
Lapsie, elle, est contente de retrouver l’action ! Elle se dit qu’il y aura peut-être du PN (Pervers Narcissique) sur la station et qu’elle pourra ramener quelques trophées ! Elle a avec elle ses meilleurs hommes, qui ont des armes nouvelles, qu’ils manipulent avec joie !
Ultima est située dans un autre système que celui du Cube et on doit de nouveau « forcer » l’espace-temps ! Cela donne une légère nausée aux voyageurs, mais ils franchissent d’un bon des milliards de kilomètres ! La station est en vue, mais elle demeure muette aux appels du vaisseau ! Elle ressemble à un gros cube flottant dans le vide sidéral…
« Mon béton n’a pas l’air d’avoir trop souffert ! fait monsieur Nuit, en regardant par le hublot.
_ Le directeur de la station va m’entendre ! réplique le duc. Je lui avais dit de gérer ça au mieux ! Il devait développer les emplois au maximum ! Dieu sait dans quel bourbier il est allé se fourrer ! Mais les gauchistes sont toujours autant inconscients !
_ L’égoïsme du patronat y est peut-être pour quelque chose ! lâche Ratamor.
_ L’intellectualisme aura not’ peau ! rétorque le duc.
_ Je ne voudrais pas vous contrarier, messieurs, fait Lapsie. Mais ce silence qui dure, dans la station, ne me dit rien qui vaille ! Il est arrivé quelque chose et sans doute quelque chose de grave ! »
Tous se taisent à ce rappel et le vaisseau se présente sur la piste d’atterrissage, qui est absolument vide ! « Est-ce qu’ils auraient quitté la station ? » demande monsieur Nuit. Personne ne lui répond et le vaisseau se pose ! Puis, quand les moteurs sont éteints, le groupe, avec ses bagages, fait face à un sas désert et sombre ! Il n’y a qu’un éclairage de secours et aucun bruit !
« Bonjour l’accueil ! » fait un soldat.
2
Le groupe avance dans le couloir, puis arrive devant les ascenseurs… « Ils marchent apparemment… fait Lapsie.
_ La station a une arête de 2 kilomètres… précise monsieur Nuit.
_ C’est long pour un poisson ! » rajoute un soldat, mais personne ne rit à sa remarque.
Le groupe se répartit dans deux ascenseurs et s’élève jusqu’au centre d’accueil, qui est comme la place du village ! C’est là que les habitants s’informent, échangent, vont faire leurs courses, se croisent et s’assurent de la solidité de leurs liens, mais pour l’instant le lieu est désert, ce qui coupe les forces du groupe ! Il en vient à laisser tomber ses bagages, à sentir sa fatigue, ses craintes, son énervement ! Seule chose perceptible, le ronronnement du système d’aération, mais il n’y a aucune trace de désordre ! Tout semble à sa place et en état de fonctionner…
« Mais où sont-ils tous ? s’écrie le duc. C’est incompréhensible !
_ Quelqu’un veut du café ? dit Lapsie. J’ vais en faire…
_ Ils sont peut-être dans les chambres, suggère monsieur Nuit.
_ Soldats, ordonne Lapsie, allez voir s’ils sont dans les chambres !
_ C’est très curieux, poursuit Ratamor, on pourrait penser à un virus, mais alors il y aurait des cadavres…
_ J’ai une autre idée, coupe le duc, par désespoir, pour ne pas bosser ou parce qu’ils étaient devenus fous, ils se sont tous rassemblés dans un sas et hop ! ils ont disparu dans l’espace !
_ Vous pensez à un suicide collectif ?
_ Pourquoi pas ? C’est assez sinistre ici…
_ On a pourtant choisi le béton le plus doux, coupe monsieur Nuit. Toute la structure a été pensée pour conduire à la convivialité ! Les couleurs sont chaudes, les espaces bien éclairés ! On voit une exoplanète par cette large baie…
_ N’oubliez pas, réplique le duc, que le but de l’expérience était de vivre sans la Chose !
_ Était ? » relève Ratamor, mais le duc se contente de hausser les épaules.
Pendant ce temps-là, les soldats visitent les étages, à la recherche des logements… Il y fait plus sombre et c’est aussi plus silencieux… Les soldats ont leur arme en joue et ils ouvrent les portes avec méfiance ! Mais les appartements, qu’on a voulu spacieux, n’ont aucun occupant… Les affaires sont dans les armoires, les tiroirs ou attendent leurs propriétaires sur les lits, comme après une journée de travail ! Les salles de bains n’ont rien non plus d’anormal !
Un soldat, épuisé par le voyage et la tension nerveuse, s’assoit sur un canapé et bientôt s’endort ! Il fait un étrange rêve… Il va à l’école, avec un cartable sur le dos, et il tient la main de son père ! Mais il a peur… Un bâtiment gris se dresse devant lui, au bout d’une cour goudronnée et poussiéreuse… Un petit homme, vêtu d’une blouse grise, accueille son père en souriant… Ils plaisantent tous les deux, puis le père s’en va et le petit homme, qui continue de sourire, soudain frappe si fort l’enfant qu’il a l’impression de faire un tour dans ses habits !
Les joues en feu et comme assommé, l’enfant est alors mené dans une classe, où se trouvent d’autres élèves qui ont l’air aussi accablés que lui ! La maîtresse est une personne sèche qui se met à se moquer des pleurs de l’enfant et qui dit qu’il devrait avoir honte ! L’enfant se tourne vers ses camarades, mais il ne voit que des visages éteints ou qui montrent du mépris !
Il n’y a pas d’amour ici pense l’enfant et c’est un rêve pénible pour le soldat, qui se réveille et qui s’étonne de répéter : « Il n’y a pas d’amour ici ! » Cette phrase lui paraît maintenant décrire au mieux l’ambiance de la station… Il n’y a pas d’amour ici…
Mais enfin, c’est un soldat, avec une mission, et il se reprend, se lève et rejoint ses camarades, afin de faire un rapport !
Dans la salle d’accueil, les choses n’ont guère changé… et les soldats n’ont aucun élément nouveau… Le mystère reste donc entier ! Où sont les habitants ? Évidemment, ils sont peut-être rassemblés dans une partie spécifique, pour une raison ou une autre, mais la station est vaste et la visiter de fond en comble prendra du temps… « On pourrait utiliser les caméras vidéos ! lâche monsieur Nuit.
_ Mais bien sûr ! approuve le duc. Pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt ? Les écrans sont là, il suffit de les consulter !
_ Chaque secteur est sous surveillance… explique monsieur Nuit. Tenez, là, c’est nous qui sommes devant les ascenseurs…
_ Attendez, coupe Ratamor, c’est nous il y a trente minutes ! C’est donc un enregistrement !
_ Normalement non, c’est du direct ! »