Paschic sent le printemps (39-42)

  • Le 09/05/2026

R131

 

     "Les enfants, les enfants! Qu'est-ce que dit la foule? Ecoutez-la!"

                                                   Coup de tête

 

 

                                             39

     Pendant que Branche, laissé seul, mais toujours connecté à Paschic, se demande comment on peut survivre au traitement que lui a infligé le petit homme, il se passe de drôles de choses dans le Cube ! Mais laissons parler le général chargé des opérations et qui explique la situation à son état-major ! « Messieurs, dit-il, le Cube est attaqué par la Chose ! C’est officiel ! Nos radars, très tôt ce matin, ont enregistré un vaste mouvement de troupes, à la frontière entre le Cube et la Chose ! Comment se présente l’ennemi ? Eh bien, comme d’habitude, la Chose fait preuve d’une extrême sournoiserie ! Elle n’a pas le courage, tout comme nous, de se battre à découvert, avec des armes classiques ! Sa méthode est celle des lâches, qui utilisent volontiers la ruse et la traîtrise ! Mais regardez ces images ! »

Le général fait signe à son aide de camp et l’on voit sur un écran de petits flocons blancs se déplacer dans l’air ! « A priori, c’est du pollen ! reprend le général. Et pourtant, avec un fort grossissement, on distingue nettement des parachutes, soutenant de minuscules créatures de la Chose ! Leur but ? Nous détruire bien sûr ! Car chacune de ces petites créatures est un vecteur de maladie ! Elles pénètrent dans le Dom par les voies nasales et elles attaquent le cerveau, les poumons, etc. ! Elles ne font aucun cadeau et la victime succombe en quelques heures, en quelques jours pour les plus résistantes ! Ici, vous voyez des enfants, plus vulnérables que les adultes évidemment, être pris de maux de gorge, de maux de têtes, avant les cris de souffrance et l’agonie finale ! »

Le général marque une pause, pour bien faire sentir tout le danger et l’ignominie de la Chose, car quel officier n’a pas lui non plus d’enfants ? « Messieurs, poursuit le général, c’est toute notre civilisation qui est menacée ! Depuis des siècles, nous luttons vaillamment et même brillamment contre toutes les maladies envoyées par la Chose ! Nous anéantissons ses microbes, ses virus ! Nous avons bâti le Cube, symbole de propreté, de pureté ! Nous sommes devenus des Doms indépendants ! Et la Chose ne l’a pas accepté ! Elle nous en veut et ses moyens sont toujours plus sophistiqués ! Qu’on songe à la maladie de Lyme par exemple ! Et que penser du Covid ? Nous avons failli être emportés par une épidémie mondiale ! Mais notre science et notre ténacité ont fait que nous sommes toujours là ! »

Les officiers approuvent silencieusement, en baissant la tête et le général se relance : « Ne croyez pas, dit-il faussement légèrement, qu’il s’agisse seulement d’un affrontement armé, physique, car c’est aussi une guerre idéologique ! Qu’essaie de nous faire croire la Chose ? Quel sens a son message ? Mon Dieu, nous en avons une idée par ceux qui ont trop fréquenté la Chose ! par ceux qui sont passés de son côté, si je puis dire ! Et que nous soutiennent ces hurluberlus, ces malades, ces marginaux ? Eh bien, que la Chose serait notre amie ! que sa beauté devrait nous rassurer, en nous persuadant que nous sommes chez nous, ici sur Terre ! pire ! que nous serions aimés par la Chose, malgré nous et que de ce fait, elle aurait le pouvoir de nous apaiser, de nous enchanter, de nous rendre heureux ! Messieurs, peut-on imaginer message plus irresponsable et plus dangereux ! Nous prend-on pour des imbéciles ? »

Un sourire carnassier remplit la salle et le général s’en sert, comme un surfeur prend une vague : « « Ah bon ? pourrais-je dire à la Chose. Tu veux notre bien ? Ne dois-je pas travailler pour manger ? Ne dois-je pas cotiser pour avoir une retraite ? Mes enfants n’ont-ils pas faim et n’ont-ils pas une santé fragile ? Le monde n’est-il pas une mangerie, voire une boucherie ? Les soucis et les problèmes ne sont-ils pas innombrables ? Toi-même, la Chose, ne veux-tu pas notre peau, par le réchauffement climatique ? Et je ne devrais pas m’inquiéter grâce au don de ta beauté ? Et je devrais imiter les animaux , qui chantent la gloire du soleil ou le plaisir de manger et de trouver de l’eau, alors que les guettent eux-mêmes des prédateurs ! Non, la Chose, tu ne me berneras pas avec tes boniments ! Jamais je ne baisserai la garde, tant que le Cube n’aura pas triomphé de toi ! » Voilà, messieurs, comment je parlerais à la Chose, si j’en avais l’occasion ! Mais l’occasion, on ne l’aura pas, puisque c’est la guerre ! On parlera à la Chose quand elle sera ici, enchaînée à nos pieds ! C’est le sort de tous les vaincus ! »

Les officiers se lèvent et poussent des hourras, ou bien sifflent ! Ils sont galvanisés et c’est ce que voulait le général, qui termine par ces mots : « Allez, messieurs, repoussez-moi ces parachutistes à coups de pied dans le cul ! Renvoyez-les à l’enfer d’où ils viennent ! Montrez au Cube que son armée est la meilleure du monde ! Il n’y a qu’un seul moyen de ne plus entendre les inquiétudes, c’est de les écraser sous la chaussure ! Riez dans la mitraille des microbes, car le microbe, c’est la Chose, tandis que vous, vous êtes des héros ! »

                                                                                                                     40

     Branche a été laissé seul par le petit homme, mais il est toujours dans le cerveau de Paschic et il se demande comment celui-ci a pu survivre, après avoir été écrasé par la Machine ! La réponse doit se trouver autour et Branche regarde un champ d’avoine émeraude, qui ondoie doucement… Sur un talus poussent à profusion des fleurs multicolores et c’est la grande explosion du printemps, d’autant que la pluie s’invite par endroits !

Branche se laisse envoûter par le spectacle et une sorte de vague à l’âme le gagne, ce qui le rend sensible aux flaques, qui ont l’air de cligner des yeux sous les gouttes ! Mais à ce moment surgit un cycliste, le visage fermé, tout le corps enchaîné à l’effort ! Branche le suit des yeux, songeur… Le cycliste est au milieu de la beauté la plus éclatante, la plus resplendissante, mais il l’ignore, reste indifférent !

Branche a l’impression que c’est le Cube qui vient de passer ! le Cube avec son poids et son tourment ! Mais Branche se détend de nouveau, grâce aux chants des oiseaux, qui sont de véritables discours ! Pourtant, au bout de ce champ de fleurs blanches, une forme inquiétante apparaît ! Elle mesure bien deux à trois mètres de haut ! C’est le Dom éternel, le Dom insatisfait et inquiet !

Il arrive énervé et il y a de quoi, pense-t-il ! Car comme le monde est rempli de misères, de souffrances, d’injustices ! C’est le Dom plein de revendications, plein de haine aussi, contre les oppresseurs de toutes sortes ! Les oiseaux s’enfuient quand il arrive, le lézard se cache ! L’avoine est écrasé sous son pas, l’escargot aussi ! Le Dom ne voit ni l’un ni l’autre, tellement il est troublé, accaparé par ses problèmes !

Bien sûr, il faut des logements, car sévit la crise ! Bien sûr, il faut baisser les taxes, car les prix ne cessent d’augmenter ! Bien sûr, la guerre menace, car certains se croient tout permis ! Bien sûr, il faut changer le gouvernement, car il est d’une incompétence crasse ! Bien sûr, il faut de la sécurité, car il y a de plus en plus de violence ! et il faut plus de moyens pour l’éducation, les hôpitaux !

Le Dom s’agite ! Il est pesant, fermé comme un mur et pourtant, il est persuadé de parler au nom du bien ! Mais pourquoi ne regarde-t-il pas ce carabe doré qui traverse le chemin, le mauve de ce compagnon ou de ce nuage ? Pourquoi ne respire-t-il pas ? Pourquoi ne sent-il comme les plantes sont heureuses dans l’humidité ?

Pourquoi ? Mais parce que ce sont de enfantillages ! Lui, le Dom, est responsable, sérieux, soucieux des autres ! Il ne vit pas dans sa bulle ! Mais ne veut-il pas la paix de Branche à ce moment ? N’est-ce pas elle le bonheur, la simple joie de vivre ? celle qui rend disponible, qui peut aider, soulager ? Non, le Dom s’énerve et il ne sait même pas pourquoi ! C’est qu’au fond il a peur, mais il ne faut pas le lui dire, car il n’a aucune simplicité !

Le Dom est prisonnier de son orgueil et il mélange ses blessures d’amour-propre avec les souffrances de l’humanité ! La peur le dévore, mais il enrage contre ceux qu’ils désignent comme coupables ! C’est que sa domination, qu’il nie, a toujours soif ! Ainsi le monde que voit Branche lui demeure invisible ! « Évidemment, jette le Dom, de tout ce malheur, vous vous en foutez ! »

Branche baisse la tête… Depuis le traitement infligé par le petit homme, il se demande s’il existe vraiment et s’il y en a bien un qui devrait hurler contre l’injustice, c’est lui ! Mais il ne le fait pas ! Il regarde encore les champs ondoyer ou les fleurs s’égoutter…

« Il faut se mobiliser ! dit le Dom. Il faut changer le monde ! On ne peut pas se laisser faire ! » « Le monde ? Quel monde ? songe Branche. Ce Dom ne voit rien et il veut changer le monde ? Pourquoi n’apprend-il pas déjà à le regarder ? »

Lentement, Branche comprend Paschic et comment il a pu résister ! Paschic a été écrasé par l’inquiétude des Doms, mais la beauté lui a donné la paix ! Soudain, une parole du Dom attire l’attention de Branche ! Le Dom dit, mi par plaisanterie, mi par conviction : « Les dieux eux-mêmes ne m’arrêteront pas ! Je lutterai jusqu’au bout ! »

« Pourquoi parle-t-il des dieux ? se demande Branche. Il ne voit même pas la fleur, ni l’escargot ! » Mais le Dom est déjà parti ! Il marche à grand pas ! Il a tant à faire ! Que cherche-t-il ? Que veut-il ? Il ne le sait pas lui-même !

Une jeune truite se nourrit dans le ruisseau tout proche et Branche l’observe… Elle est quasiment immobile et ne s’avance que pour saisir une proie… Elle filtre le ruisseau en quelque sorte ! Les ronces au-dessus ont un peu de pourpre dans leur vert et même sous la végétation, le ruisseau reflète encore le ciel, avec du rose à cause des nuages ! Ici, la beauté n’a pas de limites !

                                                                                                                      41

     Branche a découvert comment Paschic a pu survivre, grâce la beauté de la Chose, mais maintenant il le voit dans une autre situation, devant un nouveau défi ! En fait, Branche est toujours lui-même à la place de Paschic et il se retrouve dans une file d’attente, où tous sont nerveux, où règne la peur !

Nous sommes en plein dans le Cube, dans son ventre et ici la beauté de la Chose n’existe pas ! Il n’y a donc rien pour rassurer les gens ! La Pauvreté et la Misère sont deux goules du Cube, qui surveillent la file d’attente ! Elles reniflent chacun de haut en bas ! Elles sentent les failles, la fraude, leurs prochaines victimes ! Elles rient quand un bébé pleure, elles méprisent les faibles, elles murmurent pour inquiéter encore plus ! Elles adorent l’odeur de l’angoisse !

Les Doms ici perdent toute dignité ! Ils attendent tête basse ! Leur vie dépend d’un numéro ! Ici, nulle grandeur de la Chose, ni son génie, ni sa gratuité, ni son message d’amour ! Il n’y a que des chiffres, des dossiers, des droits qui comptent ! C’est la logique du Cube, implacable, froide, impersonnelle ! La tension est même dans les murs !

Branche avance lentement, comme les autres, avec son numéro, son droit, sa bouée de sauvetage, comme le passager d’un navire qui coule ! Pourtant, il reste confiant ! Il est plein de bonne volonté ! S’il faut travailler, il travaillera ! Il lui faut gagner sa vie, il le comprend très bien et il a besoin d’un salaire ! Il va devenir utile au Cube, qui le rétribuera ! C’est le contrat et quand enfin on l’appelle, Branche est plutôt serein ! Il fonce vers le bureau qui correspond à son numéro !

Mais il se trompe de chemin ! Il passe rapidement devant des niches vitrées, emprunte un escalier (ce qui est très bizarre!), hésite à faire demi-tour, puis finalement entre dans une pièce, face à un comité de Doms ! « Excusez-moi, dit Branche, j’ai dû me tromper... » Mais un Dom costaud, sans lever le nez d’un dossier, lui fait signe de s’approcher !

« Vous vous appelez Paschic, fait le Dom costaud. Vous êtes le fils de la Machine et de Tautonus ! Né dans le secteur 3 ! Vacciné du TPE en 73 ! Élève moyen au lycée ! Etc. ! Vous confirmez ?

_ Euh…

_ Oui ou non ?

_ Bien sûr, oui !

_ Bon, asseyez-vous ! Vous voulez un travail et réussir dans le Cube, c’est ça ?

_ Comme tout un chacun, oui !

_ Le problème, c’est que vous êtes suspect ! Vous n’êtes pas un des nôtres !

_ Comment ça ?

_ Nous ne savons pas très bien pourquoi, mais nos capteurs sont formels ! Vous nous cachez quelque chose !

_ Je ne comprends pas... »

Le Dom costaud se lève, vient près de la chaise de Branche, comme pour le menacer… « Qu’est-ce qui ne va pas chez vous, Paschic ? reprend-il. Je vous préviens, les ennemis du Cube, je les brise entre mes mains de fer !

_ Et moi, je leur arrache le cœur ! jette une Dom, membre du comité.

_ Mais je ne vois pas de quoi vous voulez parlez ! réplique Branche, qui déglutit et et qui se sonde, en quête de réponses.

_ Pourtant, nos capteurs ne se trompent jamais ! reprend le Dom costaud. Vous n’êtes pas du Cube ! Vous n’êtes pas de la famille ! »

Branche réfléchit à toute vitesse et il revoit la Chose, paisible, magnifique, magique ! « Hem ! fait-il. Il se pourrait que je sois de la Chose !

_ De la Chose ? Qu’est-ce que la Chose a à voir ici ?

_ Eh bien, je ne sais pas, je cherche !

_ Vous seriez de la Chose ? coupe en se moquant la Dom qui est déjà intervenue. Mais allez-y ! Allez brouter ses fleurs ! »

Le comité éclate d’un rire général ! « Mais, mais, enchaîne imperturbable Branche, il est possible que vous ne voyez pas la Chose, parce que vous êtes du Cube et vice versa : vous ne m’acceptez pas, parce que je suis de la Chose et non du Cube !

_ Malheureusement Paschic, explique le Dom costaud, en fixant ses ongles, vous sollicitez le Cube pour… croûter et le Cube ne vous aime pas, ne croit pas en vous !

_ Cela veut-il dire que vous me laissez tomber ? Qu’est-ce que je vais devenir ? »

Le Dom costaud d’un grand geste casse subitement une table ! « Mais Paschic, mon salaud, crie-t-il, t’as encore droit à une allocation de solidarité ! Mais on te traquera, Paschic ! On te lâchera pas, maintenant qu’on sait ! On te fera sortir du dispositif et tu nous supplieras à genoux ! Et enfin, tu seras du Cube ! »

                                                                                                                       42

     Branche sort du bâtiment, complètement retourné ! « Alors, non seulement Paschic a été brisé par la Machine, mais en plus il est rejeté par le Cube ! se dit-il. Et si c’était pour les mêmes raisons ? Mais quelles sont-elles ? Pourquoi le petit homme, travaillant pour la Machine, et ce comité du Cube me détestent-ils ? Qu’est-ce que je leur ai fait ? »

Soudain, Branche n’arrive plus à décoller son pied du trottoir : il y est comme collé ! « Bon sang ! Qu’est-ce qui se passe ? se demande Branche. Le goudron est-il en train de fondre ? » Avec une peine infinie, Branche fait quelques pas et à chaque fois, il doit soulever son pied, en s’aidant des deux mains ! Il n’en peut plus et doit souffler ! Mais, à sa grande surprise, il constate que chaque Dom autour éprouve les mêmes difficultés ! Eux aussi ont l’air d’échapper à de la glu !

« Bon sang ! Je ne suis pas le seul ! se réjouit Branche. Ça me rassure ! Mais…, mais quelle est cette diablerie ? » En effet, Branche maintenant s’enfonce dans le trottoir, comme si le Cube était fait d’une matière élastique, quasiment vivante ! « Eh ! Les gars ! Sauvez-moi ! » crie Branche, qui disparaît jusqu’à la taille et qui sent tout son corps suivre ! Mais apparemment les autres sont bien trop occupés à essayer de se sauver eux-mêmes et Branche n’a plus que la bouche qui émerge, avant un effrayant trou noir !

Il est dans l’antiCube ! le Cube interdit ! celui qui est nié ! rejeté ! Curieusement, Branche y respire normalement et il s’apaise, d’autant que les ténèbres n’y sont pas totales ! On y voit dans l’ombre, comme si la seule conscience suffisait et n’avait plus besoin de l’œil ! Mais qu’est-ce distingue Branche ? Mais un château, ou plutôt une prison, car l’ensemble a l’air sinistre !

Il y a un pont-levis, avec des gardes qui n’ont pas de visages, mais qui sont constitués de nuit ! Pourtant, ils ne semblent pas menaçants et un garde, en prenant une lampe, devient naturellement le guide de Branche ! On emprunte des escaliers, on passe des grilles, on parcourt des couloirs silencieusement, la lumière du garde donnant une couleur bleue aux murs, ainsi qu’on serait dans une sorte de rêve !

Puis on s’arrête, devant une lourde porte, qui demande au garde l’une de ses plus grosse clés ! Enfin la porte s’ouvre et le garde s’efface, pour laisser entrer Branche ! C’est un cachot, jonché de paille et une forme y est enchaînée ! Branche s’approche et distingue une vieille femme recroquevillée sur elle-même ! « Madame, hum ! fait Branche intrigué, mais prudent. Madame, je…

_ Hein ? Qu’est-ce que c’est ?

_ Madame, je viens du Cube…

_ Vous venez du Cube ? Vous êtes donc encore vivant ?

_ Euh… Je crois, oui… Mais où sommes-nous ici ?

_ Au Royaume des morts !

_ Le Royaume des morts ?

_ Oui, vous me voyez enchaînée ici, mais c’est moi-même qui me suis condamnée ainsi !

_ Je ne comprends pas…

_ Non, évidemment… On comprend trop tard, ou on ne veut pas comprendre ! Mais ces chaînes, c’est ma peur ! Mais, dans le Cube, je n’ai pas voulu la voir, ni la vaincre !

_ Vous n’avez pas voulu la voir ?

_ Non, j’ai préféré la nier ! J’ai plutôt voulu qu’on croit à ma force, à ma réussite ! J’étais tellement fière ! Comme tous ceux qui sont ici d’ailleurs ! J’ai préféré écraser les autres plutôt que d’affronter ma peur ! J’ai fait du théâtre, car je sentais un abîme sous mes pieds et voilà le résultat : la peur continue de m’enchaîner !

_ J’ai l’impression de vous connaître… En tout cas, je ne suis pas ici par hasard !

_ Peut-être… Je suis la Machine !

_ La Machine ? La mère de Paschic ?

_ Vous connaissez Paschic ! Oh ! Dites-lui combien je regrette ! Mais…, mais j’avais tellement peur ! Je n’ai pas pu agir autrement que violemment ! Il me faisait sentir l’abîme, vous me comprenez ? Oh ! Pensez-vous qu’il me pardonnera !

_ Le problème, c’est que vous l’avez tellement piétiné et détruit qu’il se demande toujours si sa pensée vient de lui-même ou de vous ! Ainsi, même s’il veut vous pardonner, il sera incapable d’être absolument sûr que c’est bien là son désir !

_ Oh ! Comme je le regrette ! Et comme nous le regrettons tous ici ! Ah ! Si nous avions eu un peu plus de courage et un peu moins d’orgueil ! Aujourd’hui, on danserait dans les étoiles ! »

 
  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !