Paschic sent le printemps (29-33)
- Le 18/04/2026

"Je suis pompier à la retraite... Le feu, j' connais!"
Nid de guêpes
29
« Faucon à Aigle royal ! Répondez ! » Sccchhhht… La radio produit son bruit caractéristique et l’un des soldats du binôme Faucon répond : « Ici, Faucon, parlez Aigle royal !
_ Quelle est la situation ?
_ Progressons toujours vers le nord. RAS ! Je répète RAS !
_ Très bien Faucon ! Prochaine transmission dans une heure ! »
Le soldat coupe sa radio et s’adresse à son binôme : « Elle en a de bonnes la capitaine ! Rappelle-toi, elle disait : « On va sur la planète M, pour faucher du PN ! Ça grouille de PN ! On n’en f’ra qu’une bouchée ! Et ça fait deux jours qu’on sillonne c’ putain de marais ! Et quoi ? Zéro PN ! Juste une tarée, à moitié sorcière !
_ Ouais, fichu endroit ! Il fout la chair de poule ! »
Autour, en effet, c’’est toujours le même décor sinistre ! Des souches, couvertes de croûtes de limon, dressent leur branches comme des bras tendus, essayant d’échapper à la brume et aux miasmes ! Puis, deux femmes soudain passent près des soldats, tout en discutant ! L’une dit à l’autre : « Bon sang ! Je vous ai trouvée excellente !
_ Ah bon ? Moi, j’ai eu l’impression d’être en difficultés !
_ Oh non ! Si je pouvais être comme vous, je serais très heureuse !
_ C’est vrai que j’ai conservé un certain talent ! Mais j’étais tout de même sous pression !
_ Ah oui ? Vraiment ? Mais, pour quelqu’un de rouillé, vous avez répondu du tac au tac !
_ Vous êtes gentille ! Je vous remercie ! Et dire que j’ai dû puiser au fond de moi !
_ Ah bon ? Vous avez été parfaite !
_ Vraiment ? On m’a pas laissé souffler, vous savez !
_ Tiens ? Mais ça fait longtemps que vous avez ce don !
_ Disons que j’ai beaucoup voyagé, il fut un temps ! J’ai travaillé à l’étranger !
_ Ah ! C’est pour ça ! Car vous avez été très bien !
_ Vous me faites plaisir, car je me suis sentie tout de même tendue !
_ Vraiment ? »
Les deux soldats sont tellement surpris par cette conversation qu’ils ne pensent même pas à arrêter les deux femmes, qui s’évanouissent dans les vapeurs du marais ! Était-ce un rêve, ou bien les soldats ont-ils bien entendu ces propos ? Ils doutent de leur raison, quand la radio fait de nouveau entendre son bruit caractéristique ! Sccchhhttt ! « Aigle royal à Faucon, répondez !
_ Faucon à Aigle royal, parlez !
_ Quelle est la situation, Faucon ?
_ Ben, euh…
_ Ben, euh ? Qu’est-ce que ça veut dire, Faucon, répondez !
_ Ben, on a croisé deux femmes…
_ Hein ? Deux femmes ! Et qu’est-ce qu’elles ont dit ?
_ Ce qu’elles ont dit…
_ Mais vous les avez interrogées ? Vous leur avez demandé où sont les PN ?
_ Pas eu l’ temps, chef !
_ Comment ça, pas eu l’ temps ?
_ Vrai de vrai, chef ! Elles sont apparues, en pleine conversation, comme si on n’existait pas ! Et puis, elles sont parties, pffuit !
_ Mais il fallait les arrêter ! leur couper la parole, pour avoir des renseignements !
_ Pas eu l’idée chef, ou l’ courage ! J’ai l’impression qu’on dérange, chef ! C’est pas chez nous !
_ Pas chez nous ? Pas chez nous ! Bien sûr qu’on n’est pas chez nous, mais chez les PN ! On est là pour casser du PN, soldat, ne l’oubliez pas !
_ Je n’oublie pas, chef !
_ Vous n’oubliez pas, mais vous laissez partir des habitantes, qui auraient pu nous dire où trouver les PN ! C’étaient des victimes, soldat !
_ J’ai trouvé leur discussion bizarre...
_ Comment ça bizarre ?
_ Eh ben, d’abord, elles répétaient toujours la même chose !
_ C’est peut-être leur manière de se faire comprendre !
_ Sans doute… Mais c’est aussi pour ça que je vous dis que nous sommes des étrangers… Ils pensent pas comme nous !
_ Mais bon sang, vous n’êtes pas ethnologue, mais soldat ! avec pour mission de détruire du PN ! Est-ce que c’est clair ?
_ Très clair, mon capitaine ! »
30
Un autre binôme rencontre un petit homme chauve, qui marmonne au bord d’une mare… Sur l’eau sombre on voit soudainement apparaître des feux follets et le petit homme élève la voix : « O mânes des anciens ! dit-il. Soyez les bienvenus !
_ Ah ! Ah ! ne peut s’empêcher de faire un des soldats.
_ Mais qu’est-ce que… ? jette le petit homme en se retournant.
_ Ah ! Ah ! Les feux follets, c’est pas l’âme des morts, mais des gaz qui s’enflamment !
_ Ah bon ? Je vous ai demandé quelque chose ?
_ Ben, j’ voulais juste vous aider…
_ Mais vous êtes qui ? T’es qui, toi d’abord ?
_ On est des soldats…
_ On est venu flinguer du PN ! renchérit l’autre soldat.
_ Du PN ?
_ Ouais, du pervers narcissique, quoi !
_ Au vrai, j’ m’en fous ! Pour moi, vous êtes deux merdeux, venus m’emmerder ! »
La tension monte d’un cran, ce qui conduit l’un des soldats à expliquer : « On voulait pas vous déranger, m’sieur ! J’ai été maladroit… J’aurais dû vous dire simplement que les feux follets étaient des émanations de gaz, sans vouloir me moquer !
_ Mais, ma parole, tu t’ pardonnes toi-même !
_ Hein ?
_ Pour moi, les feux follets sont mes ancêtres qui parlent ! J’ suis d’ici et je sais c’ que j’ dis !
_ Ben, c’est vot’ droit, d’ rester dans l’erreur !
_ Tu t’ crois plus intelligent que les autres pas vrai ? Et pourtant t’as une tête de naze !
_ Et vous vous avez l’air d’une crotte de pigeon !
_ Pauvre blaireau qui sait tout !
_ Pauvr’ crotte qui sait rien !
_ Grrr ! »
Le petit homme bondit et saisit à la gorge le soldat, et avec ses dents il lui arrache une artère ! Le soldat hurle, quand l’autre frappé de stupeur saisit son arme, en disant : « Mais c’est quoi c’ bordel ? » Il tire au-dessus de son camarade une salve d’avertissement, ce qui fait que le petit homme lâche prise et s’enfuit dans le marais !
« Jim, bon sang ! Réponds-moi ! » fait le soldat, en tenant la tête sanglante de son binôme, mais celui-ci ne peut que pousser un râle sourd, alors que le glougloutement du sang s’éteint lentement ! Désespéré, le soldat ne peut que constater la mort de son camarade Jim ! Il décide alors de tirer une fusée, qui est un signal d’alerte, et la fusée monte rouge dans le brouillard !
A peine le soldat baisse-t-il les yeux, après avoir accompli son devoir, qu’une forme blanche fonce sur lui ! C’est le petit homme qui revient ! Le soldat doute de sa raison ! Il croyait s’être débarrassé de cette odieuse créature et voilà qu’elle est de retour ! Il plonge sur le côté et ouvre le feu ! Les balles tracent dans la quasi obscurité ! Mais le petit homme a semble-t-il le pouvoir de planer, du moins quelques instants !
Il passe donc au-dessus du soldat couché, non sans lui faire une belle estafilade avec une lame ! Le soldat crie sous la douleur, en même temps qu’il entend le petit homme lui crier : « J’ai raison ! » Le soldat roule dans les joncs, pour se mettre à l’abri ! Sa blessure n’est pas mortelle, mais il prend conscience qu’il est dans un duel fatal, qui n’a qu’une issue : la mort de l’autre !
Lentement, le soldat abandonne son arme, car il va lui falloir se battre comme le petit homme, en devenant lui-même une « chose » du marais ! Il sort son propre couteau, se couvre de boue et se glisse dans l’eau noirâtre, qui sent le pourri ! Il ne bouge plus, le nez juste sorti entre des nénuphars, pour respirer, et le silence se fait presque !
Mais le petit homme bourdonne sur le marais, car il possède en définitive des ailes, qui étaient cachées par des élytres ! Il est en rage et murmure : « J’ai raison ! J’ai raison ! », tout en guettant le moindre bruit ! Le soldat sent à présent le vent produit par les ailes et c’est à ce moment qu’il se décide à frapper ! De toute sa force, il jette le bras en avant, pour atteindre le cœur de son ennemi et en effet, la lame s’enfonce à travers un corps d’insecte !
Un liquide vert se répand, mais le petit homme essaie à son tour de frapper, grâce son dard, que le soldat avait pris pour un couteau ! Mais c’est inutile : le dard n’est plus assez fort et la vie quitte le petit homme ! Sa tête est grise, mais il balbutie encore : « J’ai…. raison ! J’ai... rais…. on... » Le soldat met du temps à se rendre compte que l’autre est bien mort ! Il lui faut enfin retirer son couteau… Il est soudain très las ! Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Il est en plein cauchemar !
31
Un autre binôme ailleurs avance prudemment… « Je t’ai dit que j’ai vu une fusée rouge !
_ P’t-êt’e que tu l’as vue et p’t-êt’e que tu l’as pas vue ! En tout cas, moi, j’ai rien vu !
_ Il faut prévenir la capitaine !
_ La radio est naze ! J’ai essayé d’ la faire marcher, mais ça n’a rien donné !
_ Bon sang ! On est mal ! »
Les deux soldats s’arrêtent et essaient de se repérer dans le brouillard… Puis, une voix retentit dans leur oreilles : « Vous allez gentiment laisser tomber vos armes ! » Au même instant, ils sentent le canon d’un fusil leur presser le dos ! Ils n’ont rien repéré ! Ceux qui les ont pris par surprise sont des as ! Leur supériorité est évidente et les deux soldats obéissent, en abandonnant leurs armes ! « C’est bien les gars ! refait la voix à leurs oreilles. C’est comme ça qu’on reste en vie ! »
La voix se transforme en sifflement et des types sortent des fourrés, tous armés, mais avec des tenues débraillés ! Si ce sont des combattants, ils ne font partie d’aucune armée régulière ! « En route, mes mignons ! » fait de nouveau la voix et on se met en marche par un sentier quasi invisible !
Plus on progresse et plus le marais autour devient sinistre, comme s’il avait été brûlé ! Puis, on voit des os, des crânes d’individus qui ont été apparemment suppliciés ! On passe entre des torches qui brûlent et les hommes s’arrêtent… Devant, il y a une femme, qui a le dos tourné et qui consulte une carte… Enfin, elle fait face aux nouveaux arrivants, qui sont encore poussés par la pression des armes ! La femme n’est pas laide, mais ses traits n’affichent que le mépris ! « Alors, vous venez régler mon problème ? demande-t-elle.
_ Euh… Quel problème ? répond l’un des soldats, qui regarde inquiet son camarade.
_ Quel problème, hein ? Moi, ça fait des années que je bosse… et je suis toute seule, pour élever mon enfant ! Son salaud de père s’est barré ! Mais n’en parlons plus ! Je bosse, je suis patiente, je respecte les règles, mais à quoi bon ? Mon salaire ne change pas, je n’ai aucune perspective, sinon la routine, l’infâme routine !
_ C’est que nous, on… » coupe le soldat, mais il n’a pas le temps de continuer, il est frappé à la tête, s’écroule et il reçoit des coups de pied au sol ! La femme se précipite vers lui et lui crie : « Nous ? Nous ? Mais de qui tu parles ? Tu crois que tes histoires m’intéressent ? On parle de moi ! Tu percutes ? De moi ! Car c’est à moi qu’on a fait mal ! C’est moi qui souffres, pas toi ! C’est à moi qu’on doit quelque chose et non à toi ! Pauvre minable ! Est-ce que c’est clair ? »
Le soldat, qui a la bouche en sang et qui ne peut plus parler, bouge tout de même la tête, pour montrer qu’il a compris ! La femme se calme un instant, puis elle reprend : « Relevez-le ! J’en ai pas encore fini ! Pour qui m’ prend-on ? J’ai des besoins, des droits, je suis importante aussi ! Alors, maintenant, la docilité, la bonne volonté, l’acceptation, c’est terminé ! Le sourire accueillant, la séduction, le partage, la gentille fille dans la société, c’est du passé ! Il n’y a plus qu’un seul mot d’ordre le mépris ! »
Un souffle glacial semble incliner la flamme des torches, ce qui rend l’amertume de la femme presque palpable ! « Bon, mes compagnons et moi, poursuit celle-ci, nous avons décidé de lutter pour la justice sociale et donc pour qu’on nous rende ce qu’on nous doit ! Qu’avez-vous donc vous deux, à me donner ?
_ Ben, fait un soldat, après une seconde d’hésitation, je ne suis pas très riche moi-même...
_ Non, approuve l’autre soldat, on peut même dire qu’on est assez pauvre…
_ C’est tout ?
_ Ben…
_ Je suis la reine de ce pays et vous ne vous en rendez même pas compte ?
_ Hein ? Mais si ! Vous êtes la reine de ce pays et vous êtes formidable !
_ Oui, vous êtes magnifique ! renchérit l’autre soldat.
_ Je ne vous crois pas... »
Les deux hommes se jettent à genoux et se mettent à crier : « O ma reine, nous t’adorons ! Nous te vénérons !
_ Je ne vous crois toujours pas ! Vous m’adulez parce que vos vies sont en danger ! Broyez-leur les os ! »
On emmène les soldats, qui supplient en vain et un type aux mains de fer, en les regardant bien en face, fait éclater leur tête !
32
Lapsie est inquiète : des hommes manquent et on ne sait ce qui leur est arrivé ! Rien ne fonctionne comme prévu ! On s’attendait à de vastes troupeaux de PN, aussi paisibles que des herbivores et qu’on aurait pu décimer avec joie, et au lieu de cela, on se retrouve dans un marais sombre, incertain, douteux, rempli de pièges !
Lapsie crache, comme pour dire : « C’est pas bon tout ça ! », mais elle doit vite prendre une décision, car c’est elle la chef, qui doit rassurer le groupe. A cet instant, un soldat sort de la végétation et vient au rapport : « Capitaine, fait-il, il y a une drôle de propriété plus loin, très propre, avec des fleurs et une grande maison !
_ Bon, répond Lapsie, qui a masqué sa surprise, on va aller voir ! Un autre homme avec moi et on vous suit, soldat ! Les autres, vous campez et vous essayez de contacter par radio les manquants ! »
Ainsi on s’organise et voilà Lapsie sur le chemin de la mystérieuse propriété, et en effet, il y a bientôt des roses bien taillées et toutes sortes de fleurs, sous les yeux du petit groupe, ce qui rend évident que quelqu’un ici a réussi socialement, en transformant complètement le marais ! D’ailleurs, une grande et belle maison s’offre maintenant à la vue et d’une terrasse ensoleillée, une femme fait signe à Lapsie d’approcher !
« Des visiteurs ! fait-elle, quand Lapsie arrive. Nous n’en recevons guère et c’est pourquoi vous êtes les bienvenus ! Mais asseyez-vous, asseyez-vous, madame…
_ Madame Lapsie… ou plutôt capitaine Lapsie !
_ Capitaine ? Serait-ce que nous sommes en guerre ?
_ Pas tout à fait, madame…
_ On m’appelle la Machine !
_ Ah ? Ce nom ne m’est pas inconnu...
_ Vraiment ? Mais vous prendrez bien une tasse de thé, et vous allez m’expliquez ce que vous faites ici !
_ Volontiers, mais mes hommes resteront en retrait, si vous permettez !
_ Bien sûr, capitaine Lapsie… Alors, racontez-moi tout !
_ Eh bien, nous sommes ici pour chasser du PN…
_ Du PN ?
_ Du pervers narcissique !
_ Oh ! Je vois ! Et donc vous rendez service aux femmes ! Votre mission est noble et belle, capitaine Lapsie ! Il est vraiment temps que la peur change de camp !
_ Certainement ! Hélas, depuis que nous sommes dans le marais, nous n’avons pas trouvé les PN que nous espérions...
_ Oh ! Cela ne m’étonne pas du tout ! Le marais est étrange et dangereux ! Moi-même, je ne m’y aventure jamais ! Je ne suis plus qu’une vieille femme, qui ne quitte plus son chez-soi, je le crains !
_ Oh ! Mais c’est un endroit ravissant ! Comment imaginer plus belle retraite ? Vous avez fait là des merveilles !
_ Je vous remercie, capitaine... Encore un peu de thé ? Mais, dites-moi, votre vie n’est pas banale… Vous devez bien avoir quelques exploits à raconter ! Avez-vous affronté des... PN particulièrement dangereux ?
_ Oui, évidemment ! Hum… Mais, puisque vous me posez la question, il est vrai que j’ai ma baleine blanche, ma Moby-Dick !
_ Vraiment ?
_ Oui, c’est un PN que j’ai combattu plusieurs fois ! une véritable créature sortie tout droit de l’enfer !
_ Et elle vous a toujours échappé, si je comprends bien…
_ Justement, je suis venu sur cette planète, car j’ai appris qu’elle y était sans doute !
_ Oh ! Mais comment s’appelle ce super PN ? Je pourrais peut-être vous renseigner !
_ Paschic ! Il s’appelle Paschic ! »
A cet instant, Le visage de la Machine se durcit, au point d’en inquiéter Lapsie : « Qu’est-ce que vous avez, madame, demande-t-elle. Il y a quelque chose qui ne va pas ? J’ai dit quelque chose de mal ? » Mais la Machine ne répond pas et saute sur Lapsie ! Elle a cassé une tasse, pour en presser la gorge de Lapsie, pendant que deux tentacules, sortis de son corps, ont désarmé les deux soldats ! « Ecoute-moi bien, vilaine gaupe ! fait-elle à Lapsie. Paschic est mon fils, alors tu le touches pas ! Il est affreux et comme tu as dit, mais il fait partie de la famille et donc de ma réussite ! Tout ce que tu vois autour doit rester comme ça, tu piges ? Toi et tes hommes, vous allez gentiment retourner dans l’ marais et j’ vais oublier vot’ visite ! Est-ce que c’est clair ? »
Lapsie opine et peut partir… Elle reste cependant muette, encore sous le choc !
33
Lapsie a rejoint son campement, mais elle est surtout très fatiguée… Elle regarde ses hommes vivre, comme si elle ne les commandait pas ! Certains cuisinent autour d’un feu, d’autres se racontent des histoires, d’autres encore lavent leurs vêtements… Alors que la nuit vient, tout le groupe se détend, mais soudain un soldat se fige et d’un geste, il interrompt les conversations ! C’est que le détecteur de PN, un boîtier à voyant lumineux, s’est mis à clignoter ! Très vite, l’alerte se propage et le silence s’installe !
Le détecteur s’accélère, ce qui indique qu’un PN ou plusieurs arrivent droit vers le camp ! Sans un bruit, chacun se couche au sol avec son arme, prêt à faire feu ! On a les yeux rivés sur le marais, car il est impossible de savoir où le « monstre » va apparaître ! Lapsie a repris son sang-froid et elle est de nouveau en mesure de donner des ordres ! On retient son souffle, car là-bas, dans la nuit, une branche a craqué !
Les doigts sont tendus sur la gâchette, puis des roseaux s’ouvrent et… un enfant est visible ! Il a l’air de se demander ce qu’il fait là et aussitôt, chez les soldats, le soulagement est palpable ! On se relève, sourit ! On entoure l’enfant et on lui demande : « Mais qu’est-ce que tu fais là ?
_ Moi ? Rien !
_ Mais on s’ balade pas comme ça dans l’ marais tout seul ! surtout la nuit ! Ils sont où tes parents ?
_ Oh ! Par là-bas ! répond l’enfant, en montrant une direction vague. Mais ils ont l’habitude de mes promenades ! Ça les dérange pas !
_ Tout de même…
_ Alors, vous êtes des soldats, pas vrai ? Mais pourquoi vous êtes ici ?
_ Eh bien, nous…
_ Minute, coupe le guetteur, celui qui a la charge du détecteur de PN, le boîtier ne se trompe pas ! Regardez, il continue à clignoter !
_ Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Ça veut dire que le gamin est un PN !
_ Ah ! Ah ! fait un soldat. Vous entendez ça, vous autres : le môme est un PN !
_ Ah ! Ah ! font quelques uns.
_ Eh ! Petit, tu as faim ? »
Un petit groupe emmène l’enfant auprès du feu, comme pour l’enlever aux questions gênantes du guetteur, qui lui s’adresse à la capitaine : « Y a quelque chose de pas net, capitaine ! Le détecteur est formel : le PN, c’est l’ gamin !
_ Y peut pas tomber en panne ? demande Lapsie.
_ Non capitaine ! Son fonctionnement est basé sur la réception d’ondes psychiques toxiques ! Ses capteurs sont très sensibles, quelles que soient les conditions ! Mais on peut faire un test, en s’éloignant du campement ! »
Lapsie opine et avec le guetteur, elle s’enfonce dans la nuit du marais… « Voyez, capitaine, le signal faiblit ! Encore quelques mètres et il va s’éteindre !
_ Ok ! On fait demi-tour et on revient vers l’enfant ! Si le signal recommence à être intense, on s’ ra fixé ! »
Lapsie est de plus en plus nerveuse, car elle a comme un pressentiment et quand on est de retour au camp, son angoisse est à son comble, puisqu’elle voit l’enfant jouer avec une arme, qu’on lui a prêtée ! Le guetteur prend le bras de Lapsie, pour montrer le détecteur, qui de nouveau s’affole ! « Eh ! » fait Lapsie aux hommes qui entourent l’enfant, mais ils n’ont pas le temps de lui répondre ! L’enfant ouvre le feu et tue tous ceux qui sont dans sa ligne de mire !
« Nom de D… ! » crie Lapsie, en se jetant au sol. Elle vise à son tour l’enfant, mais elle hésite à presser la détente ! C’est un gamin de treize ans qu’elle a en face d’elle ! Mais c’est aussi un tueur ! Enfin, Lapsie riposte et l’enfant s’écroule, fauché par les balles ! Puis, c’est de nouveau le silence !
Une minute et on se relève çà et là, le visage stupéfié ! On ne comprend pas ! Comment un enfant peut-il être un PN ? Est-on dans un cauchemar ? Le marais est-il responsable ? On est de plus en plus sombre, non seulement parce que trois camarades ont été tués et que deux autres sont dans un état grave, mais aussi on se dit que le « mal » qui crée les PN touche les plus jeunes, inexplicablement, ce qui compromet bien entendu l’avenir !
Il faut évacuer ! pour soigner les blessés et on avertit le vaisseau, qui vient chercher la troupe ! Cette campagne contre les PN est un échec ! Pire, elle a révélé l’abîme qui existe ! Chacun rumine et Lapsie particulièrement ! Que sait-elle ? Rien ou presque !