Paschic sent le printemps (34-38)

  • Le 02/05/2026

R130

 

              "Mauvais temps, messieurs, mauvais temps!"

                                   Ne réveillez pas un flic qui dort

 

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     Nous avions laissé Paschic, Web et Branche dans l’appartement de Ratamor et voilà que tous les trois se retrouvent au grand air, ensemble, puisque Branche semble vouloir découvrir le monde ! Dans la rue, il a seulement l’air costumé en arbre et tout se passerait bien pour le premier Dom végétal, si le Cube n’était pas soudainement en proie à une nouvelle maladie !

Que se passe-t-il au juste ? Mais cela a commencé bizarrement, quoique d’une manière plutôt anodine ! Mais un Dom, un matin, alors qu’il était sur le point de se raser, s’est figé devant sa glace, car une fleur, oui, une petite fleur était en train de lui pousser sur la joue ! Ce n’était pas possible ! Mais si ! Le Dom a rapidement cédé à la panique, d’autant qu’il était célibataire, et il s’est précipité chez son médecin, bien qu’il n’eût pas rendez-vous !

Suscitant l’indignation des patients, qui attendaient dans la salle d’attente, le Dom a fait irruption dans le cabinet du médecin, en criant « Doc, c’est une urgence !

_ Voyons, je suis en consultation !

_ Excusez-moi, mais j’ ne peux pas attendre ! Non mais, regardez-moi ça !

_ Une… une fleur vous pousse sur la joue… C’est curieux !

_ Curieux ? C’est une catastrophe oui ! »

La suite se résume à une idée d’utiliser un désherbant et on aurait sans doute pu soulager le Dom, mais les événements vont se précipiter ! D’autres Doms en effet se voient également « fleurir » ! Et ce n’est pas une seule fleur qui apparaît, mais un véritable bouquet ! On a, quels que soient leur âge ou leur sexe, des Doms primevères, boutons d’or, pissenlits, compagnons, pâquerettes ! C’est une explosion florale sur les visages !

Le corps médical s’en émeut, car l’angoisse des patients est bien réelle ! On rase les fleurs, elles repoussent ! On se gratte la tête devant le phénomène ! On examine les habitudes de chacun, pour découvrir les causes du mal, en vain ! On parle d’une épidémie et on s’en protège avec des masques ! Est-ce vraiment efficace ? On est tenté de répondre que non, puisque le nombre de Doms fleurs augmente inexorablement !

Des malades sont invités sur les plateaux de télévision, où ils éclatent en sanglots ou évoquent l’idée du suicide ! On les plaint et celle qui est la plus touchée, c’est la reine Inquiétude, qui vient de s’unir en grandes pompes avec Dominator, le président du Cube ! La reine Inquiétude ne cesse d’exprimer ses craintes, son désarroi et elle s’engage personnellement pour guérir les Doms fleurs ! Des reportages la montrent les accueillant dans un établissement spécialement réquisitionné pour l’occasion ! Les meilleurs chercheurs dans le domaine y sont appelés !

A l’Assemblée du Cube, c’est l’ébullition ! On crie, on invective les opposants ! L’heure est grave ! On prend un ton solennel ! Certains accusent des puissances étrangères et malveillantes ! On met en cause le laxisme des gouvernements précédents ! On dit qu’on l’avait dit ! qu’on avait prévenu et qu’à l’époque on n’avait reçu que moqueries ! On exprime sa lassitude d’avoir toujours raison !

On met en garde, contre les forces obscures, contre ceux qui voudraient détruire le pays, pour mieux le gouverner ! On s’énerve et puis, soudain, le débat prend un autre cours ! Quelqu’un a suggéré une vague de la Chose, une attaque de la Chose ! Elle aurait profité de sa liberté, de la mauvais situation politique et économique mondiale, pour porter un coup contre le Cube ! La sournoise ! La dangereuse Chose aurait frappé le Cube dans le dos ! Par quels moyens ? Mais elle aurait essaimé, après s’être modifiée génétiquement ! Elle serait devenue à même de miner le Dom dans sa chair ! Encore un de ses plans pour détruire le Cube !

Il n’y a qu’à la regarder et c’est ce que fait une délégation du Cube ! Et que voit-elle ? Mais une Chose triomphante, qui jubile, qui partout explose, dans ses fleurs, ses couleurs, ses senteurs ! Certes, c’est le printemps, mais cela effraie, agace même, car la Chose a encore l’air heureuse, alors que les Doms sont en plein doute, ont tant d’affaires délicates à traiter, ont tellement de souffrances, tellement de tourments ! C’est que le Cube a les pieds sur terre, il est sérieux, lui ! Il ne fait pas n’importe quoi, comme la Chose !

La haine gronde ! Le fiel se débonde ! Contre les ennemis du Cube, on ne saurait être trop ferme, trop radical ! Et pourquoi pas la bombe atomique ? Un passage sur la Chose et boum ! le champignon nucléaire ! Elle ferait moins la maligne après ça ! Des voix tempèrent : peut-être que du napalm serait suffisant ?

En tout cas, dans les rues règnent le trouble, le soupçon et c’est pourquoi Branche et ses amis sont subitement contraints de se cacher ! Branche en effet ne passe pas inaperçu et il est plus vu comme une menace que tel un malade !

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     Les trois compères profitent d’une nuit dans un hôtel et Paschic et Branche se retrouvent à veiller, tandis que Web s’est déjà endormi et que dehors un orage fait voir ses éclairs ! C’est un spectacle dont on ne se lasse pas quand on est à l’abri et qui peut créer une certaine intimité, puisque voilà Branche qui parle à cœur ouvert à Paschic : « Je peux peut-être vous guérir ! dit-il.

_ Ah ?

_ Oui, j’ai remarqué que, malgré votre sagesse, vous sembliez blessé, ce qui vous fait toujours un peu sur vos gardes !

_ C’est exact ! Je suis passé sous un rouleau compresseur, étant enfant ! Mais les dégâts sont tels que je doute qu’une guérison complète soit possible !

_ Un rouleau compresseur ?

_ Oui et c’est même un euphémisme ! Je suis le fils de la Machine et j’ai été traqué et attaqué dans les moindres recoins de mon cerveau ! C’est un piétinement complet, basé sur la peur et qui a duré de nombreuses années ! Je me demande toujours aujourd’hui comment se fait-il que je sois toujours en vie ou comment ai-je fait pour ne pas sombrer dans la folie ? Pour moi, ça tient du miracle !

_ La Machine ? J’en ai vaguement entendu parler… Mais pourquoi un tel acharnement ? Vous n’étiez qu’un enfant ! Etiez-vous particulièrement difficile ?

_ Non, je crois que c’était même le contraire ! C’est d’abord à cause de ma douceur que j’ai eu des ennuis !

_ Je ne comprends pas…

_ Mais on méprise volontiers celui qui paraît accepter cela, comme si c’était un signe de faiblesse ! Mais ma douceur était aussi due à une lucidité particulière, qui me faisait voir les inquiétudes des Doms comme injustifiées ! Par exemple, comment expliquer la paix de la nature, sa beauté, à côté de tous nos énervements, qui sont sans fin ! Il y a là une inéquation qui m’a toujours frappé et qui m’a conduit à considérer l’hypocrisie des Doms ! J’étais en marche vers la vérité et cette quête a garanti ma raison, jusqu’à la rendre d’acier !

_ Je commence à comprendre… Votre relation avec la Machine est devenu un affrontement !

_ Exactement ! Son mensonge, qu’on peut aussi voir comme un aveuglement, n’est pas passé par moi, mais à quel prix ! La Machine a bien essayé de me détruire et j’en porte encore aujourd’hui les séquelles ! Quand une mère veut à toute force tordre son enfant, selon ses désirs, il n’en sort pas indemne évidemment !

_ Évidemment !

_ Plus tard, j’ai théorisé ce qui m’est arrivé et ce que j’ai compris des choses, car, à ma grande surprise, j’ai découvert que la Machine n’était nullement une Dom particulière, mais que la plupart des Doms sont comme elle ! Ils ont le même fonctionnement, mais à un degré divers cependant !

_ Oui, ce sont vos idées sur la domination et la peur ! La première augmentant selon la seconde, pour mieux la masquer !

_ Oui, la domination, c’est la vitrine de la réussite, de la force, de l’équilibre ! C’est ce qu’on voudrait nous faire croire socialement, mais en dessous il y a toujours la peur, de ce qui est différent ! Si un obstacle se présente, la vitrine tremble, car la peur réapparaît ! Le drame, c’est quand le Dom, au lieu d’affronter cette peur, d’essayer de comprendre la différence, l’essence même de la vie, choisit de détruire l’obstacle, de lui faire subir toute sa fureur !

_ Je vois… Je comprends mieux le rapport entre vous et votre mère…

_ Mais vous parliez de me guérir…

_ Oui, j’ai un pouvoir… Je peux entrer avec mes branches dans votre cerveau ! Je peux m’y ramifier quasiment à l’infini et ainsi toucher toutes vos blessures, afin de les apaiser, de les réparer !

_ J’ai peur de ce que vous allez sentir…

_ On peut toujours essayer… On verra bien l’ampleur des dégâts…

_ Très bien ! »

A cet instant, un éclair traverse la pièce et les lumières s’éteignent ! La pièce est plongée dans une vague lueur bleue… « Pas besoin de lumière ! reprend Branche. Asseyez-vous… Je vais me ramifier le plus finement possible... »

Paschic observe Branche, qui s’étend et développe des brindilles, qui ont elles-mêmes la forme d’éclairs ! Elles finissent toute même par pénétrer le nez de Paschic et elles commencent alors leur voyage au centre de la douleur mentale, là où tous les coups portés par la Machine ont entaillé le cerveau, le faisant dolent et esclave !

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     Branche, par sa connexion, pénètre un autre univers ! En fait, il devient un acteur des blessures mentales de Paschic, comme s’il se trouvait au centre de ses pensées et qu’il en éprouvait les moindres remous, sous forme d’images ! Mais le décor de départ n’a rien de rassurant ! Une immensité désertique et blanche, sans doute constituée de sel, avec un arbre mort !

Un petit homme en costume arrive cependant et tout tranquillement, sous le regard incrédule de Branche, il demande à celui-ci de s’asseoir sur la souche, tout en ouvrant une petite valise ! « Je vais vous appliquer ces électrodes, dit-il. C’est fou ce qu’on peut faire aujourd’hui, car cette petite valise contient assez d’électricité pour vous griller comme un poulet ! Ah ! Ah !

_ Mais je…

_ A partir de maintenant, c’est moi qui commande et il n’y a plus de je… Votre avis ne m’intéresse pas… Votre moi n’est plus qu’un rêve oublié ! Levez le bras droit…

_ Quoi ?

_ Je teste la machine… Levez le bras droit !

_ Mais, je… Aaaaah !

_ Eh oui, ça fait un mal de chien ! Mais, si vous faites exactement, ce que je vous dis…, eh bien, il est possible que je me montre indulgent ! Remarquez que je n’ai pas dit que je ne vous enverrai pas de décharges ! Je ne peux et ne veux pas vous faire de fausses promesses !

_ Mais qu’est-ce que… ?

_ Tournez la tête vers la gauche !

_ Allez vous faire f… Aaaaah !

_ Évitons ces moments pénibles, voulez-vous ? Ces moments où vous croyez pouvoir exister ! Vous êtes tout à moi et personne ne pourra vous sauver ! Voyez-vous quelqu’un dans les environs ? Non ! Donc, reprenons ! Ma machine a l’air de fonctionner, n’est-ce pas ! Levez la tête, tournez le bras !

_ Aaaaah

_ Vous n’êtes pas attentif ! Vous en êtes encore à lever le bras et à tourner la tête, alors que je vous demande le contraire !

_ C’était… un piège ?

_ Un test ! Pour qui me prenez-vous ? Pour un bourreau ? Je suis là pour vous aider… Il y a des choses qu’il faut corriger chez vous et nous allons y arriver ensemble ! Est-ce que c’est clair ? Dites merci !

_ Hein ?

_ Hein, c’est impoli ! Restez correct ! Mais comme je vous aide, vous devez me dire merci !

_ Je ne peux pas… Vous me faites mal !

_ Mais la douleur est nécessaire, pour lutter contre la paresse qui vous ronge ! De toute façon, vous devez toujours dire merci, car on en fait toujours trop pour vous ! Vous croyez que ça m’amuse de me consacrer à vous ici, en ces lieux ! J’ai bien d’autres choses à faire ! Mais je veux bien me sacrifier, si vous faites des efforts et que vous me donnez de l’espoir ! Donc dites merci !

_ Je… Je ne peux pas…

_ Quel dommage !

_ Aaaaaah !

_ Dites merci pour l’air que vous respirez, car vous n’en êtes même pas digne ! Je vais vous dire ce qui vous fait souffrir…. Ce n’est pas les décharges que je vous envoie, c’est votre égoïsme ! Du moment que vous êtes attaché à votre personne, il est normal que vous éprouviez de la douleur, car c’est encore une façon de vous considérer ! Vous allez voir, à force, quand vous n’aurez plus conscience de votre existence, mes décharges deviendront inoffensives… et ma foi, on en rira tous les deux ! Car vous serez tout à moi et je pourrai aller voir ailleurs !

_ Vous êtes dingue !

_ Aaaaah !

_ Quel manque de respect pour la main qui vous nourrit et qui s’efforce de vous rendre meilleur ! Reprenons, à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, vous souffrirez ! Il n’y a que comme ça qu’on y arrivera ! Plus loin, il vous faudra comprendre que le plaisir, c’est moi ! Tout est maintenant plus clair, n’est-ce pas ! Merci qui ?

_ Je peux… pleurer ?

_ Encore un truc pour penser à vous ? »

                                                                                                                       37

     Branche est éberlué, tétanisé ! Il lui semble être en plein cauchemar et qu’il va finir par s’éveiller ! Pourtant, le petit homme a l’air bien réel, bien sérieux, absolument déterminé et peu à peu Branche éprouve une peur incommensurable, destructrice, qui le liquéfie ! Il ne le sait pas encore, mais il vient d’entrer dans le temple du désespoir sans bornes !

« Où en étions-nous ? reprend le petit homme. Ah oui ! Vous respirez… et donc ?

_ Et donc ? Chais pas…

_ Mauvaise réponse !

_ Aaaaaah !

_ Vous respirez et donc…, vous dites merci ! C’est quand même pas compliqué !

_ Sal...opard ! Aaaaah !

_ Ah ! Parce que croyez que ça m’amuse ? Mais, moi aussi, j’aimerais prendre du bon temps ! tout comme vous ! J’ai mille autres choses à faire !

_ Eh bien allez-y ! Aaaaaah !

_ Dites merci !

_ Mer… ci !

_ Ouf ! On fait un pas ! Que la route est longue ! Mais on y arrivera ! Je ne lâcherai rien, vous m’entendez !

_ Pourquoi…, pourquoi vous faites tout ça ?

_ Pourquoi ? Mais parce que vous m’ foutez la trouille, mon pauvr’ vieux ! Une sacré trouille même !

_ Comprends pas…

_ Il comprend pas ! Il comprend pas ! Dans mon village, on avait des principes… et j’ai été éduqué selon ces principes! On m’a dit comment il fallait que je me comporte, quelle était ma place, quels étaient mes devoirs et j’ai dû obéir ! Car, si je ne l’avais pas fait, on m’aurait jeté dans l’abîme !

_ L’abîme ?

_ Oui, à côté du village, il y avait une immense ravin, dont on ne voyait pas le fond ! Et c’est dans cette nuit sans fin qu’on jetait les enfants qui n’étaient pas sages !

_ Foutaises ! Aaaaah !

_ Je voudrais que tu éprouves cette peur de l’abîme, car il n’est pas juste que je sois le seul à en souffrir ! Il faut que tu aies peur, tout comme moi ! Le mal qu’on m’a fait, je veux que tu le ressentes aussi !

_ Aaaaah !

_ J’ veux qu’ tu me craignes jusqu’au trognon ! Car tu sais quoi ? Plus j’aurais de pouvoir sur toi et les autres et moins j’aurais peur !

_ La belle affaire ! Aaaaah !

_ Moi seul dois régner ! Je vois mon nom en haut de l’affiche ! Et bien sûr tout doit être impeccable, sans défauts, tel le diamant !

_ C’est de la pure folie ! L’abîme viendra tôt ou tard ! La mort emporte tout !

_ C’est vrai ! Mais je ne fais pas ça seulement pour moi ! Je suis aussi inquiet pour toi ! Tu dois être prêt à parer tous les coups ! Sinon l’abîme te mangera tout cru !

_ Eh bien, commencez par me laisser tranquille, que j’y voie un peu plus clair ! Eh ! Qu’est-ce que vous faites ?

_ Ce que je fais ? Mais tu vois ça ? C’est ton cerveau ! Ah ! Ah ! Hop ! Hop ! Je jongle avec comme un ballon de foot ! Hop Hop !

_ Bon sang ! Arrêtez ! Vous allez l’abîmer !

_ C’est pour son bien, j’ te dis ! Il faut le débarrasser d’ son vice ! Et puis, il me résiste et ça j’aime pas !

_ C’est normal qu’il vous résiste, c’est le mien ! C’est ma personnalité propre ! Je vous en supplie, laissez-moi !

_ Et la trouille, et l’abîme et mes rêves de gloire ! J’ peux pas faire ça ! Désolé ! Attention, ça va être douloureux, mais j’ prends ma perceuse ! On va voir tous les deux c’ qu’ y a dans cette caboche ! Le noyau, on va le percer !

_ Je vous en supplie, non ! »

Mais le petit homme reste sourd aux appels de Branche ! La cruauté, une satisfaction sournoise se lit sur son visage ! Il vaincra, c’est sûr ! Et sous ses mains ensanglantées, il fore le cerveau de Branche, qui crie dans l’abîme, en vain !

                                                                                                                    38

     « Ca va, vous pouvez vous réveiller ! dit le petit homme.

_ Hein ? fait Branche, qui est surpris, car il n’a pas souvenir qu’il se soit endormi.

_ L’opération s’est bien passée ! reprend le petit homme.

_ Quoi ? Quelle opération ?

_ Je vous ai opéré, car d’une certain manière, j’ai échoué !

_ Ah ouais ?

_ Oui, répond le petit homme, qui commence à ranger tout son matériel, dans sa mallette. Il y a chez vous comme une sorte de résistance indestructible…

_ C’est normal ! Je ne suis pas votre objet !

_ Possible ! Mais bon, je ne peux pas non plus vous anéantir à coups de masse ! Mort, vous ne me serviriez à rien ! Alors j’ai biaisé, pour ainsi dire : j’ai implanté dans votre cerveau un morceau de métal, qui m’appartient et auquel j’ai donné des propriétés particulières !

_ Qu’est-ce que ça veut dire ?

_ Eh bien, que je continuerai à vous commander d’une certaine manière, à vie s’entend !

_ Ce n’est pas possible ! C’est… c’est monstrueux !

_ Tout de suite les grands mots ! Je suis sûr que j’ai des circonstances atténuantes ! N’ai-je pas moi aussi été victime de violences ? Comme je représente la Machine, je peux encore mettre en avant tous les diktats masculins, que doivent toujours subir les femmes ! Voyez, je ne suis pas à court d’arguments… Et puis, il y a ma trouille et mon souci de vous en protéger !

_ Quel charabia !

_ Mais non, i faut que vous soyez prêt à parer tous les coups, si vous voulez survivre ! Le monde n’est pas une partie de plaisir ! Attention, levez le bras droit et dites merci ! »

A sa grande surprise, Branche obéit ! Il lève son bras droit et dit merci ! « Mais ? Mais ? fait-il, au bord de la panique.

_ Dame ! Voilà mon morceau de métal en action ! Considérez-le comme un cadeau de mariage ! Ah ! Ah !

_ Bon sang ! Vous allez m’enlever ce truc et plus vite que ça !

_ C’est trop tard ! Si on y touche, cela risque de vous tuer ! Le branchement est si profond, vous comprenez…

_ Mais je veux vivre, vous oublier !

_ Ça va être dur ! Car vous ne pouvez pas non plus vous éloigner sans douleur ! Essayez, vous verrez ! »

Branche se lève et fait quelques pas ! Très vite, il ressent une brûlure au cerveau et une angoisse folle l’envahit ! « C’est comme un fil à la patte ! explique posément le petit homme, qui a fini de ranger ses affaires et qui se regarde dans un miroir de poche. Bon, il faut que j’y aille !

_ Comment ça ? Vous n’allez pas me laisser comme ça ?

_ Il y a une minute, vous souhaitiez ma totale disparition ! Faudrait savoir !

_ Mais, mais c’était avant d’apprendre ce que vous m’avez fait !

_ Et vous voilà fixé ! Comme je vous l’ai dit, je ne peux plus rien pour vous ! Vous résistez comme un sauvage, à votre propre salut ! Donc, au revoir !

_ Mais, mais vous allez où ?

_ Eh bien d’abord, je vais faire mon rapport à la Machine, puisque je travaille pour elle et par la suite, la tournée des grands ducs ! Enfin des vacances et du plaisir ! Moi et la Machine, nous sommes invités à une série de conférences sur le courage et la modestie dans la société ! Le tout entrecoupé de pause gastronomique, ça va de soi !

_ Bien sûr ! A vous l’égoïsme et l’hypocrisie !

_ Tss, tss ! Levez le bras gauche, tournez la tête à droite et dites merci !

_ Es… pèce de fumier ! répond Branche qui est quand même obligé de s’exécuter.

_ Ah ! Ah ! Ça marche du tonnerre ! Au fur et à mesure, vous découvrirez toutes les possibilités de mon morceau de métal ! Il ne vous laissera jamais tranquille ! Vous vivrez désormais tout le temps sur le qui-vive ! comme si vous étiez l’objet d’une menace permanente ! Ah ! Ah !

_ Je vous dénoncerai aux autorités ! Je montrerai toute votre ignominie !

_ Et qui croira-t-on ? Un va-nu-pied à moitié barge, ou quelqu’un qui présente tous les signes de la respectabilité, et qui est utile au Cube ?

_ Je vais m’arracher moi-même ce que vous m’avez mis dans la tête !

_ Bon courage ! Ah ! J’oubliais ! Cerise sur le gâteau : à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, quel qu’il soit, vous vous sentirez coupable ! Jamais ne vous quittera un sentiment vague de culpabilité ! Car on ne déçoit pas la Machine impunément ! Voilà, je pense que tout est dit ! Allez, serrons-nous la main, car, que vous le vouliez ou non, on aura quand même vécu une drôle d’aventure, tous les deux, non ? »

 
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