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LA GUERRE PSYCHIQUE (30-32)

Le 31/10/2026

R162

 

     "La bouche enfarinée, il dit: "Je vais te battre!"

                               Le Grand bleu

 

 

                    30

     Le Médio 14 (diminutif pour médiateur) répond au téléphone… Il est le patron de Médio 33… « Ouais, ouais, non, fait-il au téléphone, ouais, ouais, non ! Bon, tu vois ça avec eux ! Ouais, ouais, non ! » Il raccroche et et regarde son employé, assis en face de lui : « Tu peux pas t’engager dans une croisade ! C’est pas not’ job ! lui dit-il.

_ Mais t’as pas vu ce pauvr’ type ! C’est pas lui qui a sauté sur l’autoroute, c’est la Chose qui l’a poussé !

_ T’es sérieux là ?

_ Bon, peut-être qu’elle l’a fait glisser ! En tout cas, je vais lui rendre la monnaie de sa pièce à cette salope !

_ Not’ boulot 33, c’est la médiation ! La médiation, tu sais ce que c’est ! C’est pour calmer les conflits, pas pour les allumer !

_ Mais y a des limites tout d’ même !

_ Bon, t’as été choqué ! Ça arrive à tout l’monde ! Ouais, allô ? Ouais, ouais, non ! Ouais, ouais, non ! Bon, tu vois ça avec eux ! Ouais, ouais, non ! Où en étais-je ? Ouais, t’as été choqué ! Alors voilà ce que je te propose : tu vas te mettre au vert ! Il paraît que le gouvernement entraîne des mutants dans un camp ! Tu vas aller là-bas voir si tout s’ passe bien, si les mutants sont bien traités, etc. !

_ J’ m’en fous, j’ l’aurais cette salope !

_ T’auras personne, t’entends ! Sinon j’ te vire ! Ouais allô ? Ouais, ouais, non ! Ouais, ouais, non... »

Médio 33 se lève et se résout à obéir à son chef… Il regarde sur la carte où se trouve le camp et il prend la route ! Mais il a remarqué qu’une forêt borde le camp et il a décidé d’agir ! Il va s’attaquer à la Chose, lui donner quelques coups, car pas question de la laisser en paix !

Quand il arrive, le jour se lève à peine… Le soleil éclaire juste un peu la cime des arbres, mais ne pénètre pas dans la forêt… Tout est encore très calme et nul doute que les animaux ne sont pas encore bien réveillés ! Ils attendent les premiers rayons, pour commencer leur journée !

Cependant Médio 33 sort son matériel, il passera au camp plus tard… Pour l’instant, il a un compte à régler ! En fait, il transporte un appareil hi-fi d’une grande puissance et autonome et au milieu des troncs et du silence, il le met en route ! « T’as voulu jouer avec Médio 33, ma salope ! dit-il. Tu vas voir qui je suis ! » Aussitôt les bruits d’une perceuse et d’une meuleuse déchirent l’air ! « Ah ! Ah ! fait Médio 33. Ouh ! Ça fait du bien dès l’ matin ! Ah ! Ah ! »

A l’outillage électrique succèdent bientôt des conversations très sonores et on entend : « Et alors je lui ai dit…

_ Et qu’est-ce qu’elle a dit ?

_ Ben, elle a dit…

_ Ça ne m’étonne pas… Elle a toujours été…

_ Mais lui, tu sais comment il est…

_ Et qu’est-ce qu’il a dit ?

_ Ben, il a dit... »

« Ah ! Ah ! s’écrie par-dessus Médio 33, les conversations creuses et interminables ! Tu vois la Chose, je te gâte ! De quoi devenir fou ! Mais attends le final ! » Des aboiements de chiens féroces, des coups de fusil de chasseurs et des cris d’enfants remplissent l’espace ! « Bienvenue dans l’ Cube ! jette Médio 33 à la Chose ! Ah ! Ah ! Et cerise sur le gâteau, le trafic des cubes roulants ! KO la Chose ! Foutue ! »

Un peu plus loin, dans un tronc, un écureuil un peu fragile sursaute ! « Qu’est-ce que tu as, chéri ? fait sa femelle à côté.

_ Mais bon sang ! T’entends pas tout c’ boucan !

_ Ne t’énerve pas , mon chéri, tu sais ce que t’as dit l’ docteur ?

_ Justement ! J’ veux qu’on m’ foute la paix ! Attends un peu, j’ vais m’occuper d’ l’enfoiré qui nous massacre !

_ Sois prudent ! »

En chemin, l’écureuil rencontre plusieurs de ses congénères et aussi des oiseaux, qui sont dans le même état que lui, c’est-à-dire qu’ils sont en colère, contre la vie chère et… les nuisances sonores ! On s’arme de glands, on se prépare à lâcher de la fiente et très vite, on oblige Médio 33 à battre en retraite ! Celui-ci lève le poing et crie : « J reviendrai ! » On le croit sur parole, car on est sans illusions !

                                                                                                        31

     Médio 33 arrive finalement au camp… Il est furieux, d’autant qu’il marche dans une flaque ! Pourtant, Patz et Karoc l’accueillent chaleureusement, car un bon rapport du Médio vaudra des crédits au projet ! « Alors comme ça, vous formez ici des mutants… dit le Médio.

_ Exactement ! répond Patz. Nous essayons de canaliser leur énergie psychique !

_ Mais dans quel but ?

_ Dans quel but ? Euh… Mais dans le but qu’ils nuisent le moins possible à la société ! Mais, le mieux, c’est que vous-même interrogiez un de nos pensionnaires ! »

Le trio entre dans le bâtiment, où visiblement on a préparé la visite du Médio… « Vous allez discuter avec l’un de nos meilleurs éléments ! » Patz ouvre une porte, pour laisser voir un gamin à lunettes, assis derrière une table. « Lunetti, dit Patz au mutant, je te présente Médio 33 ! Il aimerait te poser quelques questions, au sujet de ton séjour ici ! J’espère que tu n’y vois pas d’inconvénients ! »

Médio 33 prend place devant Lunetti et fait : « Alors Lunetti, comment ça se passe ici ? Tu es content ?

_ Non !

_ Ah ! Ah ! C’est un bon début ! Bon, dis-moi qu’est-ce qui va pas ?

_ Les toilettes, elles sont sales et les murs sont délabrés ! Il manque aussi du personnel enseignant !

_ Très bien, Lunetti ! Je vois que tu es parfaitement responsable et engagé ! C’est un signe de maturité, crois-moi ! »

Médio 33 se tourne vers Patz : « Qu’en dites-vous ? Les demandes de ce garçon me semblent parfaitement raisonnables !

_ Effectivement ! En fait, notre installation a été soudaine et nous sommes en train de remédier à touts ces problèmes de confort !

_ Bien ! Bien ! Alors Lunetti, je crois que tu peux retrouver le sourire, non ?

_ Non !

_ Non ?

_ La sélection est stressante ! Si on ne trouve pas la bonne solution à un exercice, Karoc nous menace ! Nous sommes en proie désormais à une peur destructrice !

_ Diable ! Dites-moi Patz, est-ce que c’est vrai ce que raconte ce garçon ?

_ Mais pas du tout ! coupe Karoc. Tout au plus, j’en ai remis certains dans le droit chemin ! avec une tapette ! Même une fourmi n’en aurait pas été troublée !

_ Bien que j’accorde une totale confiance en Karoc, rajoute Patz, il ne surveillera plus les cours désormais !

_ Bien ! Bien ! Eh bien, Lunetti, voilà encore un problème de réglé ! N’es-tu pas satisfait ?

_ Non !

_ Non ?

_ C’est un premier pas, il est vrai ! Mais j’ crois pas que tu percutes vraiment la situation ! Ici, c’est moi qui commande ! Donc, on fait ce que je dis, sinon je continuerai à vous presser le citron !

_ Ah ! Ah !

_ C’est une question de vie ou de mort, mec ! Et tu veux encore vivre, hein ? »

Un instant, Médio 33 regarde Lunetti, sa face insondable derrière ses grosses lunettes, mais qui tout de même laisse échapper une morgue extraordinaire ! Médio se jette sur le mutant et le prend à la gorge ! « Espèce de sale morveux ! » crie-t-il. Patz et Karoc sont obligés d’intervenir ! Ils forcent Médio à lâcher Lunetti, qui est finalement emmené par Karoc.

«  Je sais, je sais ! Je n’aurais pas dû faire ça ! fait Médio, qui se remet peu à peu.

_ Non, mais j’ vous comprends…

_ Ah bon ?

_ Mais oui, c’est pas l’envie de les gifler qui m’ manque ! Ces gamins jouent aux adultes ! On leur a dit qu’ils sont conscientisés et que c’est très bien ! Ils roulent donc des mécaniques ! En fait, ils nous imitent, nous les adultes ! On n’ leur a pas appris un autre langage que celui du rapport de force !

_ Vous savez, je l’aurai tuée, cette petite ordure !

_ Vous avez besoin de vous reposer…, pour prendre les choses moins à cœur ! »

                                                                                                      32

     Médio a un cauchemar cette nuit-là : il se voit étrangler Lunetti, qui rit sans fin ! C’est le front en sueur qu’il se réveille, juste avant l’aube ! Il a soudain une idée : et s’il portait une nouvelle attaque à la Chose ? La forêt n’est pas loin, elle dort sans doute encore et la frapper maintenant la secouerait pour la journée !

Le Médio quitte discrètement sa chambre, alors que personne ne semble déjà debout… Vite, il faut trouver des déchets, car c’est là le plan du Médio : polluer la Chose, même si c’est avec peu de moyens !

Le Médio trouve d’abord dans les toilettes un paquet de mouchoirs, de ceux que les femmes laissent derrière elles, après avoir uriné, sous prétexte qu’ils sont biodégradables, quoiqu’ils restent visibles dix à vingt ans !

« La journée commence bien ! » se dit le Médio en chantonnant. Il trouve dans la cuisine un must de la pollution : la bouteille plastique ! « La Chose va hurler ! Je le sens ! » laisse échapper Médio, dont la joie redouble.

Mais il a le sentiment que ce ne sont là que des broutilles, des trucs d’amateur ! Pour faire mal à la Chose, il faut viser plus haut, utiliser des gravats par exemple, mais c’est impossible à cette heure ! En désespoir de cause, Médio tourne en rond, mais il finit par trouver le garage du camp et là, il a une merveilleuse surprise, au point qu’il doute de ses sens ! Mais non, sous une étagère, il découvre une ancienne huile de vidange ! Et s’il la mettait dans la bouteille plastique ? « Je l’appellerai le cocktail de la mort ! » jette Médio.

Dehors pas un chat et Médio, avec son étrange butin, file vers la forêt ! « Salut, ma grande ! fait-il, dès qu’il est parmi les troncs. D’abord, je vais semer mes mouchoirs, pour retrouver mon chemin ! Hi ! Hi ! Ensuite, quand je serai bien en toi, je verserai mon nectar empoisonnant ! Elle est pas belle la vie ! »

Médio agit comme il l’a dit, mais, une fois qu’il a les mains libres, il est témoin d’un étrange spectacle ! Un jeune se tient en suspension entre les arbres et il a une activité pour le moins incompréhensible ! Il recueille la lumière, dès qu’elle se pose quelque part ! Il la prend et semble s’en nourrir ! En tout cas, il la porte vers sa bouche !

« Mais qu’est-ce que c’est qu’ ce merdier ! fait Médio. Je rêve ! C’est qui ce zouave ? » Médio n’a pas le temps de réfléchir plus, car il entend derrière lui un bruit inquiétant dans les fourrés ! Quelque chose fonce sur Médio ! « Merde, un sanglier ! » jette Médio, qui se met à courir vers l’orée, afin d’échapper à la « bête » !

Il évite des branches, qui tout de même le giflent au passage ! Il manque de s’empaler sur une griffe de souche ! Il titube sur des mottes de mousse, mais la peur le fait voltiger ! Il sent toujours qu’on le charge, quand enfin il sort du bois et il se met à crier : « Au secours ! Au secours ! » Puis il s’écroule dans l’herbe, n’en pouvant plus ! Mais ce n’est pas un sanglier qui vient sur lui ! Étrangement, c’est un personnage créé par tous les déchets de la forêt, y compris bien sûr ceux de Médio !

Celui-ci se retrouve donc recouvert de mouchoirs et d’huile, avec un vieux seau sur la tête et un pneu sous le bras ! « Pff ! Pff ! » fait-il, alors que Karoc, alerté par ses cris, vient à sa rescousse, un pistolet à la main ! « Mais bon sang ! Qu’est-ce qui s’ passe ? demande l’adjoint de Patz.

_ Issspasse, issspasse qu’un bonhomme plein d’ déchets vient d’ me poursuivre !

_ Et c’est pour ça que vous brailler comme un veau qu’on égorge ?

_ Ben, j’ lai pris pour un sanglier ! Mais c’est pas tout ! Y a un drôle de zèbre dans la forêt, qui recueille la lumière… et la mange ! On est chez les fous !

_ Ouais, il doit s’agir du fils de la Machine…

_ Du fils de la Machine ?

_ Ouais, un mutant d’Ultima ! Patz l’a engagé comme instructeur…, contre mon avis ! Car je soupçonne cette peste d’avoir viré sa cuti sur une planète isolée !

_ J’ comprends pas…

_ Il n’est plus des nôtres, pour faire plus simple ! Mais il me manque des preuves !

_ Mais qu’est-ce que vous faites ici au juste ?

_ Secret défense ! Allez venez, il vous faut vous laver ! Vous cocottez ! »

R161

LA GUERRE PSYCHIQUE (27-29)

Le 24/10/2026

R161

       "J'ai pas besoin de ta pitié!"

                               OK Corral

 

 

                                27

     Le Cube est en ébullition, en proie à des violences inédites ! La police de Dominator est dépassée et on assiste à des pillages ! Chaque parti accuse l’autre d’être responsable de ce désastre ! Mais qu’en est-il au juste ? Il y a bien sûr des manifestants honnêtes, qui font valoir leurs droits, mais des pillards dévastent tout en fin de cortège ! Cependant, peut-on faire une nette distinction entre ces deux pôles ? Qu’est-ce qu’il y a au milieu ? Qui ne veut pas forcément voler, mais sûrement affronter les forces de l’ordre ?

Mais les mutants bien sûr ! Ils sont là, encore ados ! Ce qu’ils cherchent, c’est défier les adultes ! C’est étendre leur domination au-delà du lycée, dans le monde des grands ! Ils veulent donc en découdre, se battre contre la police ! Ainsi, ils auront le sentiment d’exister ! Ils seront forts à leur tour ! Les ados seront des hommes et des femmes !

Mais comment est-ce possible pour des corps jeunes, qui n’ont pas l’avantage physique ? Mais la solution, c’est de se mettre en meute ! Le nombre fait office de force supérieure et ça marche, la police est débordée ! Les mutants ont déjà le pouvoir psychique, mais, grâce à une attaque collective, ils obtiennent la domination physique ! Et il est vrai que la seule domination psychique est bien frustrante ! Elle est pratiquement invisible, souterraine ! Et voilà qu’elle a la possibilité de s’exprimer au grand jour, qu’on lui donne des muscles, qu’elle devient effective, avec une action directe !

Bien sûr, les pillages, c’est gratifiant ! C’est toujours ça de pris ! Mais voir un adulte apeuré, un policier à terre, à la merci de la meute ! C’est le cinéma du cerveau sur grand écran ! C’est autre chose que de contrôler un bus psychiquement ! On se défoule ! On a un résultat concret ! Finies les ruminations épuisantes et cachées, au fond de son esprit ! Finie aussi la solitude du rêveur psychique ! Le jour de gloire est arrivé !

Pourquoi un tel mépris, une telle haine, à l’égard des adultes ? Comme on l’a dit, face à l’inconnu, la domination « pure » crée le mutant ! Sa peur est telle qu’il ne vit que pour sa domination ! Pour en arriver là, il faut que le mutant perde toute confiance dans le monde des adultes ! Il comprend qu’il ne peut compter sur personne ! Et de fait, la situation n’est pas là pour le rassurer ! Réchauffement, endettement, chômage, manque d’idéaux, corruption, mépris raciste, suffisance de la richesse, politique immature, etc. !

Rien ne paraît solide ! Les parents eux-mêmes vivent dans la peur ! ou dans la haine ! Les adultes n’ont le temps de rien, ils n’ont pas les réponses ! Pire, ils se déchirent avec la plus grande hypocrisie ! Le monde des adultes n’est pas sincère ! Il ment ! Il dit une chose et fait le contraire ! Il dit qu’il n’a pas de haine et hait ! Il dit qu’il respecte et méprise ! Il dit qu’il ne veut pas le pouvoir et piétine et même tue pour l’avoir !

Le monde adulte n’est pas vrai, car il suit sa domination, tout en parlant de sa bonne volonté ! Le monde adulte n’a pas les réponses, car il s’en remet à sa domination, qui bien entendu, pour s’affirmer, méprise, écrase ! Le mutant se retrouve donc abandonné, sans soutien ! Il se le tient pour dit ! Et à partir de là, il va créer son propre monde, avec ses codes, notamment sur les réseaux sociaux ! Il va développer sa propre domination, faute d’autres protections !

Le mutant est le résultat de l’hypocrisie des adultes ! Cela ne l’exonère pas, mais l’explique !

Aujourd’hui, la planète paraît trop petite, sans perspectives ! Sa lente dégradation, ses limites et son isolement sont clairement montrés par la science ! Le quotidien des Doms est essentiellement constitué de querelles entre adultes ! La politique est confuse, d’un niveau misérable ! On débat avec des arguties, à la limite de l’injure ! Le tableau est sombre et angoissant !

Pourtant, la fenêtre est toujours largement ouverte ! La vie peut être passionnante chaque jour ! La beauté qui nous entoure est infinie et conduit à la foi, qui elle-même est la plus grande aventure, le plus grand défi qui existe ! Il est très curieux de découvrir comment le divin agit et quelles sont ses « lois » ! Quel est cet amour, qui peut faire marcher sur l’eau ?

Est-il capable de guérir les peurs ? Conduit-il au sacrifice ou à la paix ? Qu’est-ce que la joie ? la confiance ? Dieu est-il une réalité ou un phantasme ? Est-il la consolation des faibles ? S’il est infini, son amour doit l’être aussi ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Puis-je faire confiance à quelque chose que ne je vois pas et que la majorité méprise ?

Là est l’intérêt ! C’est un jour sans limites, qui rend l’angoisse des autres presque incompréhensible ! Car la vie est toujours un terrain de jeu, à condition de rester enfant ! dans le sens où on se confie, sans vouloir être le maître ! Le chemin totalement contraire au mutant ! ce malheureux !

L’enfant a les yeux illuminés par l’inconnu !

                                                                                                     28

     Une tempête s’abat sur le Cube et pourtant une voiture de secours traverse les torrents d’eau et les rafales à toute vitesse ! Il y a une urgence ! On a prévenu le médio (diminutif de médiateur) qu’un Dom menace de se suicider, en se jetant d’un pont enjambant le fleuve des cubes roulants !

Le médio fonce, car sa mission est d’éviter ce genre de drames, outre qu’un homme tombant au lieu de la circulation risque de créer un accident ! « Pssscht ! Pssscht ! fait la radio du médio.

_ Ici médio 33 j’écoute !

_ Le candidat au suicide serait un peleur de talus !

_ Merde !

_ Du doigté 33 ! Du doigté ! »

Le médio fait crisser ses pneus en freinant, près de l’endroit indiqué ! Il pleut des cordes et il fait comme nuit, sous les lourds nuages d’orage ! Le malheureux peleur se tient à la rambarde du pont, prêt à se jeter dans la lave incandescente, produite par les feux des cubes roulants !

« Eh ! Eh ! Faites pas ça ! crie le médio. Ça sert à rien !

_ N’approchez pas ou j’ saute ! Et d’abord qui êtes-vous ?

_ Médio 33 !

_ C’est elle qui vous envoie, hein ?

_ Elle ? Qui ça elle ? »

Les deux Doms sont quasiment obligés de hurler, car un camion cube passe, ce qui rajoute à la tempête ! « Comme si vous le saviez pas ? Hi ! Hi ! répond le peleur.

_ Écoutez, si vous avez des ennuis, on peut arranger ça !

_ Ah ! Ah ! Mais elle aura not’ peau à tous !

_ Mais enfin qui ça elle ?

_ Mais la Chose, connard ! La Chose ! »

Un instant le médio est désarçonné, il ne s’attendait pas à ça ! « La Chose ? fait-il enfin. Mais elle n’a pas de volonté propre ! Je…

_ Pas d’ volonté propre ! Et qu’est-ce qu’il y a en c’ moment ? C’est pas une tempête qu’elle nous verse sur la gueule ?

_ Ça arrive…

_ Vous pouvez pas comprendre… Oh non ! Vous êtes aveugle !

_ Expliquez moi…

_ J’ suis peleur de talus… depuis trente ans ! Ça fait trente ans que je tue la Chose ! L’heure des comptes a sonné !

_ Mais enfin, vous n’avez fait qu’obéir aux ordres ! C’était votre travail !

_ Allez dire ça à la Chose ! Et puis, j’ me suis pas révolté non plus !

_ Vous vous accablez inutilement… J’ vous propose de discuter d’ tout ça devant un bon café ! Car moi j’ suis trempé là ! Ah ! Ah ! Allez, passez de l’autre côté de la rambarde !

_ Elle a eu monsieur Nuit !

_ Monsieur Nuit ? Le roi du béton ? Mais ce sont des mutants qui l’ont tué, sur Ultima !

_ Justement ! J’ suis qu’un peleur, mais y a des trucs que j’arrive à piger... »

Wwwwwhouiouin ! Un autre camion géant passe à toute allure ! « Les mutants, reprend le peleur, les mutants viennent de la Chose !

_ Vous rigolez !

_ Nan ! Moins y a de Chose et plus y a d’ mutants ! Voilà, moi, le peleur, j’ai compris ça !

_ Euh…

_ Et y a bien d’autres trucs que tu vois pas, l’ami ! C’est que la Chose s’ fout d’ nous ! Partout elle repousse ! Dès qu’on a le dos tourné, hop ! Une nouvelle herbe ! Une nouvelle mousse ! On est foutu !

_ On peut vous aider, j’en suis sûr !

_ On peut rien faire contre la Chose ! »

Le Dom saute du pont, sous le regard horrifié du médio ! Celui-ci retourne tout de même vers son véhicule, pour informer les autorités… Puis, il se dresse devant l’orage : « Ça t’a plu, hein, ma belle salope ! Désormais, j’ te combattrai où qu’ tu sois ! Ce s’ra ma mission ! en souvenir de ce pauvre peleur ! J’écraserai l’escargot et la limace avec délectation ! Je saluerai la chute des arbres et la détresse des oiseaux ! Moi, médio 33, je louerai la pelleteuse qui t’éventre ! J’emprunterai sans fin l’autoroute qui te mine ! Je te poursuivrai jusqu’en enfer ! »

Comme pour montrer qu’il a compris le message, l’orage envoie un éclair retentissant !

                                                                                                       29

     La ville Fleur de la planète Kaar est magnifique ! Elle est entièrement dédiée à la beauté de la Chose ! Ils lui rendent hommage non seulement dans leurs constructions, mais aussi à travers leurs affaires par une attitude qui s’efforce de rester modeste, compréhensive ! Le temps de la Chose pénètre les Kaariens, au point où ils sont plus lents à la colère, avec une vision plus large que leurs intérêts personnels ! La haine ne les aveugle pas ! Leur amour-propre n’est pas assoiffé, dressé sur ses ergots ! Les Kaariens acceptent de perdre à l’occasion, ils sont matures !

Pour le visiteur, découvrir la ville Fleur est un choc, une incroyable surprise ! La ville se déploie en effet comme un arbre, dont chaque feuille serait une habitation ! Les Kaars sont à l’origine d’un matériau souple de construction, qui permet d’obtenir des murs de toutes les formes et les logements sont comme sculptés par les mains expertes d’un potier ! Beaucoup donnent l’impression d’être des fleurs ouvertes, d’où le nom de la ville et les voies de circulation imitent les toiles ensoleillées des araignées !

A travers la beauté, un culte s’est développé chez les Kaariens, pour la divinité qui a rendu la Chose aussi magnifique et qui donc veille sur eux, mais rares sont ceux qui se montrent aussi simples que maître Sol ou Paschic ! Les adultes sont empruntés, ils ont besoin de cérémonies et c’est pourquoi le culte kaarien a cet aspect gênant, qui laisse supposer un dieu sévère, inatteignable, dont nous serions même pas dignes de baiser les pieds ! Cela donne bien entendu du grain à moudre à l’athéisme, qui a toujours l’orgueil assez exacerbé, pour n’accepter aucun maître ! Mais qui lui en donne au fond ?

L’amour de Paschic et maître Sol, lui, ne s’encombre d’aucune cérémonie ! Il est là en permanence, ne changeant rien du quotidien, comme s’il était invisible ! L’idée est la suivante : « Nous sommes enfants de Dieu et ils nous aiment donc comme un père ou une mère ! Il n’y a donc pas à avoir peur et la confiance est telle qu’elle ne nécessite pas de génuflexions ! » La crainte ne révèle pas un amour total et le dogme prépare aux persécutions, aux guerres, car c’est comme un acte de domination mentale, qui délimite un territoire psychique, qu’on peut vouloir défendre !

Nidoré n’est pas un enfant en Dieu, mais un adulte et il est donc un des ces prêtres, qui sont pleins de componction dans leurs prières, pour mieux menacer, par la suite, ceux qui semblent irrespectueux à l’égard de la divinité ! C’est un homme de pouvoir et seule sa naissance kaarienne lui évite le nom de Dom ! Il est tout de même retenu dans ses ambitions par la pensée kaar ! Mais il a les peurs des Doms et notamment en ce qui concerne la sécurité de sa planète !

Ce jour-là, il rencontre Lutsoc, un autre kaarien qui s’abuse sur lui-même, au nom de la justice sociale ! Les deux hommes se voient en secret, pour masquer leur collaboration… « Vous avez vu les événements chez les Doms ? demande Lutsoc. La rue est à feu et à sang !

_ Oui, j’ai vu ça et c’est assez désespérant…

_ Mais ils ont raison ! Le peuple, je veux dire ! Il est exploité par les riches et n’a plus les moyens de vivre correctement !

_ Hum ! Je doute que ce soit aussi simple !

_ J’aurais dû m’en douter ! Vous, les prêtres, vous avez toujours été du côté du pouvoir !

_ Sans doute… et pourtant vous n’écoutez pas les manifestants eux-mêmes !

_ Quoi ?

_ Oui, il y a un besoin de gagner plus, d’avoir plus de crédits pour la formation, c’est certain, mais ce n’est pas là la demande principale, la demande unanime !

_ Ah bon ? Et quelle est-elle ?

_ Mais chacun dit : « On ne nous écoute pas ! » Les lycéens comme les salariés ! « On ne nous écoute pas ! » Autrement dit, on nous méprise !

_ Et ?

_ Et cela veut dire que c’est l’ego qui est concerné ! C’est le sentiment de sa personne qui est en jeu ! C’est la domination qui souffre ! Or, l’enseignement kaar dit, et c’est une de nos leçons les plus élémentaires, que la domination est impossible à satisfaire, puisque que c’est son existence même qui est la source de souffrance ! La soif d’amour qui nous ronge ne peut être apaisée, à moins que nous ne prenions conscience de l’amour divin ! Sans cela nous restons dolents et chaotiques !

_ Mazette ! Et vous avez réussi ce tour de force !

_ Je vous avoue que non… et c’est pourquoi vous êtes ici, car je suis inquiet ! J’ai peur que toute cette violence des Doms ne se propage sur notre planète… ou pire qu’elle incite le gouvernement Dom à nous envahir !

R160

LA GUERRE PSYCHIQUE (22-26)

Le 17/10/2026

R160

 

              "Non mais regarde-nous!"

                        Touche pas au grisby

 

 

                           22

     Pendant ce temps-là, une affaire secoue le Cube ! Des scrollers disparaissent ! On les voit le nez sur leur smartphone, puis leurs familles les attendent en vain ! Pire, ils ne sont plus dans leur chambre, alors qu’ils ne sont pas sortis de la maison ? Où sont-ils passés ? « Nos enfants ! On nous a pris nos enfants ! » crie une mère. La police est dans l’impuissance et ne trouve aucune trace matérielle ! Le mystère est total ! La panique gagne la population !

Enfin, on tombe sur le docteur Web ! Sa dégaine de clown vieillissant, teintée de morgue, fait penser à quelque monstrueux pédophile ! N’est-ce pas lui que les ados consultent quand ils scrollent ? Ne leur tend-il pas un piège, pour assouvir ses appétits ? Web est arrêté et inculpé ! « Rends-nous nos enfants ! » crie la foule, alors que Web est conduit au tribunal. Un procès gigantesque commence !

Le procureur dit : « Docteur Web, les accusations portées contre vous sont graves, très graves ! Inutile de vous préciser que si déjà on pouvait retrouver les enfants, grâce à votre aide, vous pourriez bénéficier de la mansuétude du jury ! » Mais Web garde un silence obstiné ! « Très bien ! réplique le procureur. Vous méprisez la cour, mais sachez que celle-ci ira jusqu’au bout ! »

Le juge laisse venir le premier témoin… C’est une petite vieille, avec un déambulateur, et elle est si lente que même le procureur s’impatiente ! « Madame Lascar, lui dit-il cependant. Vous êtes l’une des seules personnes à avoir vu l’un de nos enfants disparaître ! Racontez-nous !

_ Eh bien, j’avançais sur le trottoir…

_ Oui…

_ Et là, le gosse, qui…

_ Scrollait !

_ Oui, c’est ça, qui crollait… Pouf, il a disparu !

_ Comme ça, devant vos yeux !

_ Y a peut-être eu un p’tit éclair… de la part de son téléphone !

_ De son smartphone…

_ Madame Lascar, coupe l’avocat de la défense, avez-vous vu mon client sur les lieux !

_ Mais on voit bien que votre client est le coupable…

_ Répondez par oui ou par non à la question s’il vous plaît !

_ Non !

_ Mais le docteur Web n’avait pas besoin d’être sur les lieux, coupe le procureur, puisqu’il est dans chaque smartphone !

_ Salaud ! crie un père de famille dans la salle.

_ Silence ! » réplique le juge.

On « enlève » madame Lascar,, pour laisser la place à d’autres témoins, dont les récits sont terrifiants, sans pour autant condamner Web ! Un vide juridique semble se dessiner… Devant une telle confusion, Web parle à son avocat, qui annonce : « Mon client voudrait faire une déclaration !

_ Enfin ! font le juge et le procureur ensemble.

_ Mesdames, messieurs, j’ai effectivement enlevé ces enfants, fait Web .

_ Fumier !

_ Silence !

_ Mais si je les ai enlevés, c’est pour leur bien ! En effet, je les voyais malheureux, angoissés, empêtrés dans le monde des adultes ! J’ai voulu leur donner de l’espoir…, en souvenir de mon ami Paschic…

_ Paschic ? Qui c’est ça, Paschic ?

_ Un ami lâchement assassiné par le gouvernement !

_ Quoi ?

_ Paschic a toujours tenu à montrer que la beauté mène au rêve et à la confiance, que loin d’être secondaire, elle est au contraire essentielle ! C’est à cette vérité que je conduis les enfants, afin qu’ils trouvent la paix et la joie ! Le bonheur est de s’enchanter du monde !

_ Ah ! Ah ! éclate le procureur. Vous n’êtes pas sérieux ! Il faut que les enfants obtiennent des diplômes, s’ils veulent réussir ! La vie n’est pas une partie de plaisir !

_ Qui va payer les retraites ? crie quelqu’un.

_ Et les factures ?

_ C’est insensé !

_ Vous avez vos idées, fait le juge, mais les enfants doivent retourner à leurs familles !

_ Mais les enfants n’ont jamais été enlevés ! Ils sont toujours là !

_ Comment ça ?

_ Mais fermez les yeux, détendez-vous, respirez et vous les verrez ! »

                                                                                                        23

     A l’observatoire du Cube, on est à la fois soulagé et atterré ! Soulagé, car la masse sidérale, provenant d’Ultima, a bien touché la planète, mais ne l’a pas fait exploser ! Atterré, car des témoignages parlent d’une zone d’impact transformée et de phénomènes étranges, voire effrayants ! Est-ce que le mal d’Ultima vient de frapper les Doms ?

Pour en avoir le cœur net, le professeur Antimat monte une expédition, à laquelle il demande à Ratamor de se joindre… On prépare deux véhicules tout terrain, car la zone d’impact est dans une région isolée, quasi désertique, trop montagneuse pour que le Cube y déverse son béton !

On part, on embrasse les familles, alors que les moteurs tournent déjà, on vérifie encore les équipements, puis on prend l’autoroute interminable, qui symbolise la victoire sur la Chose ! Après deux jours, le GPS indique qu’on y est et qu’à partir de là, on entre dans un milieu sauvage, inconnu ! On rigole, on plaisante, tant les nerfs sont tendus ! Puis, les véhicules s’engagent sur un piste boueuse, qui les fait déraper ! La conduite devient laborieuse, épuisante !

C’est le premier bivouac ! Mais on s’aperçoit qu’on ne sait plus camper ! Déjà, on a oublié les allumettes ! Heureusement qu’il y a un fumeur avec son briquet ! Mais où est l’ouvre-boîte ou le thermos ? On fouille et une fine pluie se met à tomber ! Certains se réfugient dans les véhicules, mais d’autres ont des équipements très spéciaux ! Par exemple, un sac de couchage en lévitation ! Le plus dur, c’est de s’y installer ! Il est tout de même équipé d’une sorte de Wi-Fi anti-moustique ! On rigole dans les tout-terrain, avant d’avoir le dos cassé !

Le lendemain, tous ont une sale tête ! On limite sa parole, car parler fatigue ! On surprend un couple en pleine copulation ! Il voulait se soulager de sa mauvaise nuit ! On comprend, jalouse et on repart ! De nouveau on avance dans un bourbier, environné de grosses touffes d’herbe ! Chacun se tait, vaincu par les cahots ! Puis on est face à une forêt épaisse ! Il faut abandonner les véhicules ! On est inquiet !

« C’est quand même curieux, dit Antimat, cette masse, en frappant le sol, aurait dû détruire tous les arbres !

_ Cela prouve que nous avons affaire à quelque chose qui nous est parfaitement inconnu ! réplique Ratamor.

_ Mais… Où allez-vous ? » crie Antimat.

L’un de ses collaborateurs s’en va en effet avec un sac sur le dos ! Il prend le chemin du retour ! Il se retourne tout de même, pour répondre à Antimat : « J’ vais pas plus loin ! C’est pas pour moi tout ça ! J’ai besoin du Cube, vous comprenez ! Y a plus d’réseaux ici !

_ Mais vous pourriez rester veiller sur les voitures au moins ! »

Mais seul le vent se fait entendre et le Dom s’enfuit presque ! On se regarde plus sombre, mais il faut y aller, ne pas se décourager ! L’une des plus grandes avancées scientifiques se cache peut-être derrière ces arbres ! On s’équipe du nécessaire et en file indienne, on marche sur un tapis de feuilles mortes, encombré de souches, de branches ou de ronces !

On n’ose parler, car on est méfiant ! Dieu sait quelle créature pourrait surgir brusquement, de derrière ces troncs ! Elle pourrait avoir un vieux drap sur le visage et une tronçonneuse entre les mains ! Ou bien cela pourrait être un sanglier géant, crachant du feu par les naseaux ! En tout cas, l’ennemi serait inexorable, sourd à la pitié et il tuerait tout le monde, sauf la plus jolie, protégée par le sacrifice de son amant, afin d’assurer la survie de l’espèce !

Quelqu’un éternue ! « L’imbécile ! jette entre ses dents Antimat.

_ J’en peux plus ! lâche une Dom, en laissant tomber son sac.

_ Ca n’ m’éton… Bon ! On va bivouaquer ici ! » indique Antimat, qui a failli révéler son sexisme.

Le moral est cependant au plus bas, mais le plus courageux fait un feu et bientôt l’odeur appétissante d’un cassoulet vient embaumer les narines ! Les joues redeviennent rubicondes et les regards brillants ! « Ça m’ rappelle 48 ! dit Antimat. Quand on est allé chercher l’astéroïde Chacal ! On avait de la boue jusqu’aux genoux et on mangeait du rat, qu’on tuait au couteau ! Ah ! En c’ temps-là, on savait endurer ! »

Tout le monde sourit à ces propos, car la faim apaisée rend indulgent, même si on comprend que le « patron » est sur la voie de la sénilité ! Bonne ambiance chez les Scientifs pourrait être le titre de la soirée !

                                                                                                     24

     On s’enfonce toujours plus profondément dans la forêt ! Le silence succède au silence, le tronc moussu au tronc moussu, la feuille humide à la feuille humide ! « Peut-être qu’on tourne en rond ! » s’écrie l’un.

_ C’est un piège ! lâche un autre.

_ Venez voir ! »

Tout le monde se précipite, en quêtes de nouvelles, et on découvre un vaste champ de champignons ! Ils sont trop nombreux, pour qu’ils viennent d’une cause naturelle ! Ils sont bien trop étranges également ! D’un bleu lumineux, ils ont de singuliers points jaunes, ainsi qu’ils auraient des visages souriants ! On est comme devant une marée sympathique !

« Un piège, comme je l’ai dit ! répète le Dom soupçonneux.

_ Peut-être, peut-être ! réplique Antimat. En tout cas, ne laissons pas notre imagination vagabonder ! Nous sommes des Scientifs, pas des artistes !

_ Nous sommes équilibrés sexuellement ! jette celle qui avait été surprise en plein accouplement.

_ Exact… ! Évitons aussi les jugements hâtifs !

_ Je voulais seulement dire que nous, nous n’encombrons pas l’espace de nos névroses ! Pouah !

_ Ouais, ouais… Gardons la tête froide, car seule l’objectivité doit nous guider !

_ Ils ont quand même l’air accueillant, ces champignons ! fait un autre Dom. On dirait des lutins espiègles !

_ Et voilà la névrose ! coupe la Dom équilibrée sexuellement.

_ Si c’est bien là le résultat de l’impact avec la masse sidérale, glisse Ratamor, nous pourrions avoir affaire à une vie extraterrestre, peut-être plus intelligente que nous !

_ Hum ! Ils sont tout de même immobiles !

_ Et alors ?

_ Alors ? Alors ? L’immobilité ne favorise pas le développement cérébral !

_ Êtes-vous en train de nous dire que les handicapés sont tartes ?

_ Loin de moi de me moquer des victimes de la vie !

_ Ouais, moi, j’ dirais au contraire que l’immobilité peut contraindre au développement cérébral ! Puisqu’on ne peut pas bouger, on doit réfléchir plus !

_ C’est un point de vue !

_ Eh ! Les champignons, est-ce que vous comprenez notre langage ? demande à côté un Dom.

_ Mais qu’est-ce que vous faites ? s’inquiète Antimat.

_ Ben, vous voyez, j’essaie d’établir le contact !

_ Hum, les champignons ne savent peut-être pas qu’on les appelle des champignons !

_ Qui n’essaie rien n’a rien !

_ Voyons voir…

_ C’est tout vu ! s’écrie un Dom jusqu’à présent silencieux. Il est où le ruissellement promis ? Ils sont où les crédits ? Nulle part !

_ Hein ?

_ Minute ! reprend la Dom équilibrée sexuellement. Minute ! Combien de femmes nous sommes dans l’équipe ? Deux… pour six hommes ! Le patriarcat est évident !

_ Mais…

_ On n’écoute pas la jeunesse ! Il est là le problème !

_ Et l’éducation ?

_ Quoi l’éducation ?

_ Ben, les parents ont démissionné !

_ A qui la faute ? Quand on est exploité, on n’ peut pas être disponible !

_ Ah oui ! Le « fameux » ruissellement !

_ Pourquoi «  fameux » ! Il est juste que les profiteurs donnent leur part !

_ Part que vous attendez la bouche ouverte, comme les oies !

_ Salopard !

_ Feignasse !

_ Messieurs, messieurs !

_ Le patriarcat éclate dans ses coqs !

_ Mesdames, mesdames !

_ Professeur, glisse Ratamor à Antimat, il est possible que ces champignons nous empoisonnent, en lâchant des spores invisibles ! Car notre agressivité est anormale !

_ J’ crois plutôt qu’ils se foutent de not’ gueule ! Et j’ peux pas leur donner tort ! »

                                                                                                       25

     Dans le camp d’entraînement, le fils de la Machine regarde les mutants et se demande comment les changer ! Ils sont animés par leur haine et ils ne sont donc pas lucides ! Au fond, on dirait une couvée d’oiseaux, qui ne cesse de réclamer à manger ! On a l’impression qu’on ne peut pas les atteindre et d’abord parce qu’ils ont un discours répétitif, hargneux, fait d’un bloc, qui ressort comme une litanie abrutissante ! Quand la domination est aussi élevée, elle ne peut être que psychorigide ! Le mutant doit avoir raison, sinon sa bulle se fissure et il « explose » !

Comment l’amener à comprendre que les autres sont un autre nous-mêmes ? que nous sommes tous pareils, régis par les mêmes lois, que nous avons tous peur, que nous avons tous soif de reconnaissance, etc ? Non, pour le mutant l’autre est abstrait ! C’est un monstre, un ennemi, un profiteur ! Le mutant vit dans un monde obscur ! entouré d’ennemis ! Il a besoin que les choses soient simples : il y a les gentils, dont il fait partie, et les méchants, qui sont sans pitié ! Le mutant s’estime donc bon et ne se remet jamais en question ! Pour cela, il faudrait déjà qu’il respire !

Si le mutant est aussi serré sur lui-même, c’est qu’il a peur et croit vivre dans un milieu qui lui est hostile ! Ce n’est pas tout à fait faux, puisque chacun a priori fait valoir sa domination ! C’est en abaissant l’autre qu’on se sent supérieur ! Cela rassure, quoique bien entendu cela conduise à la haine et au chaos !

Comment alors rassurer sans humilier l’autre ? « Grâce à la beauté de la Chose ! » songe le fils de la Machine. Devant la beauté de la Chose, le mutant devrait comprendre qu’il est « chez lui » ! qu’il n’a pas de soucis à se faire, puisque dans une feuille mort ou dans un brin de mousse il y a déjà une beauté infinie ! Comment le mutant lui-même pourrait-il se sentir perdu, alors qu’il est lui-même plus qu’une flaque ou du bois mort ?

Seulement voilà, il faudrait déjà conduire le mutant à considérer la beauté, c’est-à-dire qu’il faudrait plus d’une minute lui tourner les yeux vers autre chose que lui-même ? Est-ce possible, quand il n’y a pas de « likes » à la clé ? quand c’est apparemment le silence, l’attente, la concentration qu’il faut accepter ? Le chemin vers la beauté passe d’abord par le respect de la différence ! Le milieu de la forêt n’est pas celui du Cube ! Les animaux et les plantes ont leur vie propre et il s’agit de la respecter ! Les oiseaux, par exemple, s’enfuient au moindre bruit ! Pour qu’ils se sentent à l’aise, il faut déjà soi-même devenir silencieux !

Il faut comprendre qu’on n’est pas tout seul, que nous cohabitons avec les autres espèces et que nous sommes pas le centre du monde ! Cela acquis, on peut alors développer sa curiosité, s’enchanter de la richesse de la vie et voir comment la lumière agit d’une manière magique sur tout ce qui existe ! Elle est comme de l’or liquide, qui illumine les couleurs ! Elle nourrit les plantes et elle est donc indispensable aux animaux, mais dans le même temps elle ne cesse pas de « diffuser » sa beauté, de la faire naître dans tout ce qu’elle « touche » ! d’où sa grandeur infinie ! Elle n’est pas seulement physique, avec une action chimique ou biologique, elle est aussi spirituelle, en révélant la beauté !

A partir de là, le Dom peut être rassuré, en comprenant qu’il n’est pas seul et qu’on s’adresse à lui, par la beauté ! Encore faut-il faire un pas vers la contemplation, vers cette simplicité attentive ! Inutile d’amener le mutant en forêt, il sera bientôt énervé ! Il y a bien l’art ! Celui-ci est un message ! L’artiste par son art transmet la beauté qu’il perçoit ! Les Doms peuvent alors mieux comprendre ce qu’on essaie de leur montrer, plutôt que de se retrouver au milieu de la Chose ! Le travail de l’un des leurs a plus de sens qu’un tronc tout nu ou qu’un oiseau craintif !

Mais est-ce adapté au mutants ? Est-ce qu’un tableau de maître va les intéresser ? Hum ! Le fils de la Machine arrive à une autre conclusion : pourquoi est-il devenu réceptif à la Chose ? Parce qu’il a été vaincu par Paschic, qui lui était présenté comme un magicien de la Chose ! Il faut donc au fils de la Machine vaincre les mutants, pour d’abord être respecté et ensuite pouvoir enseigner : « Hem ! Hum ! fait-il aux mutants. Je vais vous apprendre la technique de la mousse emperlée !

_ Hein ? Quoi ? Tu rigoles !

_ Ta mère !

_ Va jouer l’ancêtre !

_ Qui veut tester cette technique ? Qui veut me combattre ?

_ Moi ! répond bruyamment Boulos.

_ Bien, mettons-nous en place... »

                                                                                                     26

     Le duel psychique s’effectue toujours de la même façon… Les deux individus se font face, mais sans pour autant se regarder et ils peuvent même se tenir à une certaine distance ! Ce n’est pas le jeu de la barbichette, c’est invisible et sournois ! Chacun prend conscience de l’espace, avec son énergie psychique et sent celle des autres, d’autant que celle-ci est menaçante, agressive, dominatrice !

En quoi consiste une attaque ? L’énergie psychique va oppresser et essentiellement chercher les failles ! Malheur à celui qui a des choses non résolues en lui, surtout si elles concernent la sexualité, car la domination adolescente est aussi bien entendu sexuelle, c’est l’âge ! Mais l’individu fragile va voir ses peurs les plus profondes se réveiller, sous l’effet de la pression psychique de son adversaire !

Ce n’est pas que le mutant soit équilibré et qu’il ait lui-même traité ses doutes, mais comme il n’est que « pure » domination, il parait sûr de lui-même, comme une hache fait son travail ! Cela a un prix, on le sait : c’est une dépense d’énergie incessante, qui vide la « batterie » et produit la dépression, avec des insomnies et des sommeils subits, qui viennent compenser !

Il ne faut jamais perdre de vue que la domination du mutant n’est qu’une fuite en avant ! Il domine pour ne plus avoir peur ! Ce qui fait qu’il n’est pas libre ! On peut dire qu’il domine malgré lui, comme s’il était prisonnier de sa domination ! A certains moment d’ailleurs, on peut le voir se débattre avec elle ! C’est qu’il est devenu assez mûr pour se rendre compte combien son activité peut être fatigante et nuisible à son environnement ! Cependant, la paix ne vient qu’avec la disparition de la peur et long est le chemin !

Mais dés qu’une faille est trouvée par le mutant, il rit du trouble qu’il a provoqué ! Il voit déjà son adversaire comme un esclave sexuel ! Son ego triomphe et c’est sans surprise que le fils de la Machine voit se dresser devant lui l’entité psychique de Boulos ! C’est un guerrier géant, couvert d’une armure de samouraïs (peut-être issue de la lecture des mangas), qui surtout a le visage barré d’un sourire sadique ! Boulos s’imagine déjà le fils de la Machine sautant sur ses genoux ! Sacré papa Boulos !

En fait, la technique de la mousse emperlée n’en est pas vraiment une ! Elle est venue à l’esprit du fils de la Machine comme ça ! Il aurait pu très bien dire la technique de la feuille morte ou de la fleur de jonc ! Peu importe, même si à présent le fils de la Machine se concentre sur de la mousse emperlée par la pluie et qui brille sous un rayon ! Car le but c’est d’obtenir la puissance de la beauté et comme elle forme un tout, chacune de ses portes d’accès est reliée !

Cette puissance bien sûr dépasse largement le pouvoir d’un seul, la domination égoïste ! La confiance qu’elle engendre donne une force infinie comme elle ! Le fils de la Machine ne fait que la sentir à peine et déjà le guerrier japonais Boulos est propulsé violemment en arrière, sous le regard ébahi des autres mutants ! Ce n’est qu’une pichenette, mais elle a largement été suffisante ! Avec la beauté, on est loin des tripotages crasses du nombril ! C’est comme si on ouvrait largement la fenêtre !

Boulos donne l’impression d’avoir reçu une décharge électrique ! « Alors, demande le fils de la Machine aux autres mutants, qui est intéressé par la technique de la mousse emperlée ?

_ Moi !

_ Moi !

_ Moi ! »

Cependant, Patz et Kalos sont inquiets, au sujet de ce qui se passe dans le Cube ! En effet, la population manifeste sa colère de plus en plus ! La violence s’installe et le chaos ne demande qu’à émerger ! Cela n’est évidemment pas bon pour Dominator et ceux qui travaillent pour lui, comme Patz et Karoc !

Mais ils auraient été infiniment plus philosophes, s’ils avaient pu comprendre le sens vrai de cette contestation ! Certains veulent qu’ « on arrête tout » ! comme si l’existence elle-même était épuisante et que le monde allait trop vite et nous ne sommes pas loin là des mutants, avec leur tension permanente ! On souhaite une sorte d’« apocalypse » social, révélant que nous n’avons pas les clés de notre paix !

Il suffirait d’aller prendre l’air et d’admirer la Chose, pour être juste contents d’avoir à manger et un toit ! Car la beauté est matière à nourrir notre esprit ! Mais c’est sans compter sur la domination, qui veut ses coupables, des objets à vaincre et qui se dirige contre le gouvernement, rendu responsable de tout le mal-être ! Il remplace Dieu et le vide spirituel est compensé par la lutte sociale !

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LA GUERRE PSYCHIQUE (18-21)

Le 10/10/2026

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   "Il y a un endroit où tu fumes pas?"

                         Les Hommes du président

 

 

 

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     Après quelques entretiens, le fils de la Machine en a marre… Tous ces jeunes sont pareils, enfermés dans leur ego ! pleins de contradictions aussi ! réclamant de l’attention, en marquant en même temps leur mépris ! L’insatisfaction de l’ego est toujours quelque chose d’épuisant ! « Et dire que naguère j’étais comme eux ! » se dit le fils de la Machine.

Pour faire une pause, cependant, il décide de se rendre dans la forêt… Il retrouve bientôt le silence, qu’il goûte profondément ! Il a l’impression d’être à nouveau sur sa planète isolée, quoique le décor ici soit plus luxuriant ! Il a déjà appris à attendre et c’est ce qu’il fait… Il écoute et s’amuse à ne produire aucun bruit, en marchant avec la plus grande douceur sur le bois mort !

Il n’est pas ici chez lui ! Et il veut se réconcilier avec ce monde, avec la Chose ! Cela passe par une attitude éminemment respectueuse, celle de celui qui ne sait rien et qui est plein de bonne volonté ! Il est prête à s’enchanter ! Il est le petit garçon qui jouait enfant dans les bois, aux cow-boys et aux Indiens, qui construisait des cabanes, qui vit son aventure totalement, sans peur !

Il repense aux propos de certains, qui exprimaient leur angoisse dès le silence, l’existence de la Chose ! Ce monde ne parle pas a priori d’eux et ils sont perdus ! Il leur faut leur ego impérativement, le sentiment qu’ils sont des victimes, qu’on a des comptes à leur rendre ! Quelle tristesse ! Quelle pauvreté d’âme !

Les efforts de la Machine se révèlent payants, puisque deux feuilles morts, accrochées à une branche et ignorant sa présence, se mettent à parler ! L’une dit : « Attention, je vais chanter ! J’ai toujours eu une excellente voix !

_ C’est ce qu’on t’a fait croire ! répond l’autre.

_ T’as toujours été jalouse ! Maman le disait déjà autrefois ! »

Le fils de la Machine sourit ! Cela lui fait plaisir qu’il passe inaperçu et qu’il surprend le dialogue des feuilles ! Comme pour l’encourager, un oiseau d’une beauté rare et qu’il n’a jamais vu vient se poser près de lui ! L’oiseau est d’une blancheur éclatante, avec un corps élancé ! Il pousse de petits cris, très à son aise, dans son milieu et sa vigueur, comme son bonheur, sont manifestes ! C’est un spectacle délicieux pour le fils de la Machine, mais il n’est pas au bout de ses surprises !

En effet, alors qu’il avance, toujours plein de précautions, dans un hallier, la lumière du soleil vient le transporter ! Il est saisi de vertiges, car la lumière joue avec les ombres, de sorte qu’on y voit le cosmos, des nébuleuses, des étoiles infinies ! Est-ce pensable, une telle beauté ? dans un taillis plein de ronces, où personne ne va ? Le fils de la Machine en a le souffle coupé et c’est tout un monde qui se dévoile ! L’éclat du soleil est une lampe de scène, où des lianes serpentent avec élégance, où des feuilles mortes jouent au théâtre !

Le fils de la Machine n’est plus là ! Il voyage dans la lumière ! Il est quasiment en extase ! Il voudrait bien ne pas compter les heures, mais son corps le rappelle à l’ordre, en lui faisait sentir la fatigue ! Il faut rentrer ! Avec les mêmes précautions, le fils de la Machine refait le chemin inverse…

Il est d’une sérénité incroyable ! C’est comme si la Chose l’avait pris sous son aile, en lui confiant certains de ses secrets ! Comment pourrait-il ne pas être tranquille et se sentir aimé ? Comment pourrait-il ne pas être enchanté de cette vie dont il a été le témoin, de cette beauté qui n’a pas de limites ?

Il sort du bois et voilà qu’il voit arriver à lui Patz, suivi par Karoc ! Patz semble bouleversé, catastrophé et sans doute s’est-il passé quelque chose de grave ! « Enfin, vous voilà ! s’écrie Patz. On vous a cherché partout !

_ Il y a un problème ? demande le fils de la Machine.

_ Les mutants se sont révoltés ! Ils sont retranchés dans une classe !

_ Il faut donner l’assaut ! jette Karoc.

_ Qu’est-ce qui les a mis dans cet état ? reprend le fils de la Machine.

_ Ben, au départ, il manquait une chaise dans la classe… explique Patz.

_ Et vous n’avez pas été capable de trouver une chaise ? réplique le fils de la Machine.

_ Eh ! Oh ! C’est pas not’ boulot ! s’écrie Karoc.

_ Je vois…, répond le fils de la Machine. En fait, les mutants se révoltent contre votre bêtise… ou votre paresse, au choix !

_ J’aurais ta peau, la punaise ! lance haineusement Karoc.

_ Vous vous rendez compte pourquoi vous êtes plein de haine ? » lâche le fils de la Machine.

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     En retrouvant les mutants, le fils de la Machine reprend de nouveau conscience qu’ils sont comme des pierres ! En effet, la peur crée chez le mutant une domination extrême, qui n’est jamais ventilée pour ainsi dire ! Jamais le mutant ne baisse la garde et sa tension est permanente, ce qui explique sa dépression et son besoin impératif de dormir, de se reposer !

Mais cela n’est pas propre aux mutants, qui n’inventent rien ! Ils ne font que pousser à l’extrême un comportement qui se retrouvent chez chacun et qui nous vient du règne animal ! Ce qui change par rapport aux animaux, c’est que notre capacité d’analyse, nos connaissances sont inévitablement cause d’inquiétudes ! Notre besoin d’être rassurés grandit à mesure que nos angoisses trouvent des objets et notre soif de liberté fait reculer sans cesse les limites de ce qui nous est connu ! Notre environnement change donc à une grande vitesse, ce qui provoque notre peur !

Cela se traduit par une agitation ininterrompue de l’esprit ! L’ego est comme un mort de faim, car c’est d’avoir raison qui l’apaise ! Sa conscience forme comme un mur fait de haine et d’anxiété ! C’est un discours à la fois de défense et d’attaques, qui ne laisse nulle place à la nuance, à la compréhension, qui n’a aucune souplesse et qui frappe, assomme, puisqu’il vient d’une position fausse et qu’il doit faire écran à un vide plus profond !

C’est une domination exacerbée, ainsi que l’animal qui est en nous serait devenu fou ! La haine rit, tandis que le mépris empoisonne, distille son venin, veut anéantir ! C’est ce que ressent le fils de la Machine non seulement devant les mutants, mais aussi les Doms ! C’est cette déferlante de colère impénétrable et inarrêtable qui saccage tout sur son passage ! Un véritable tsunami d’orgueil et de craintes, charriés ensemble, qui détruit tout appel à la raison, à la douceur, à la vérité !

Dans un tel climat, la violence, longtemps retenue, se libère, se déchaîne ! Certains ont besoin de dominer physiquement l’autre ! On frappe en meute un homme à terre ! On veut éprouver ce que ça fait ! même si c’est un impasse et que ça conduit au drame ! Le fils de la Machine baisse déjà la tête, devant l’ampleur de la tâche !

Qu’est-ce qu’il aimait dans son désert ? L’absence apparente d’émotions ! Quand elles sont trop vives, comme celle produite par le stress, elles usent forcément, elles vident ! Le silence et la patience permettent de se régénérer ! Une vision neuve avait été le résultat chez le Fils de la Machine ! Maintenant, il voit les Doms dans leur tourments, jouets de leurs émotions, avec des egos assoiffés et insensés ! Car c’est bien l’ego qui ne lâche pas prise et qui fait bondir le Dom !

Il se met à pleuvoir… et le fils de la Machine écoute les gouttes tomber, sur le toit ou le sol… Il écoute… Les mutants, à côté, bâillent, montrent leur ennui ou scrollent ! La pluie ne leur fait ni chaud, ni froid ! Elle ne parle pas à leur domination ! Ce n’est pas leur nourriture… Ils vont bientôt s’agacer entre eux… Ils voudront savoir s’ils peuvent humilier ou vaincre… Ils redéfinissent constamment leur hiérarchie, comme un groupe de singes !

Le fils de la Machine comprend mieux pourquoi Paschic était le plus fort… Il n’avait pas besoin de dominer… La force de la Chose était en lui, ou plutôt la beauté le rassurait, l’apaisait ! Il était à moitié Kaar ! Lui aussi s’était trouvé très tôt en butte au mépris et à la violence des Doms ! Lui aussi s’était naturellement tourné vers la Chose et au fond, le fils de la Machine ne fait que suivre ses traces !

Quel est le secret ? Le fils de la Machine a le sentiment qu’il ne fait que le sonder juste au bord ! Plus loin, il doit être vertigineux, sans fin peut-être ! Il promet également une joie immense, incommensurable ! gratuitement ! Car seul l’amour peut être gratuit et nourrir vraiment !

Cependant, les doutes, le poids du Cube, comme une marée noire, ne tardent pas à de nouveau envahir le fils de la Machine ! A cela il ne peut rien ! Les inquiétudes sont à combattre chaque jour ! C’est un travail de foi, de confiance, d’espérance ! Mais encore le fils de la Machine effectue ce travail ! Il n’a pas son coupable, il n’a pas l’illusion que son bonheur réside ailleurs !

Mais, même à ce stade débutant, il est déjà abasourdi par ce mur de haine que développent les Doms ! Comment apaiser cette folie ? Les mutants sont moins agressifs apparemment, car leur pouvoir est psychique ! Ils ne participent pas volontiers aux violences, car ils y sont inefficaces ! Ils tendent leurs toiles d’araignées au quotidien et attendent que des mouches se prennent dedans !

Ils ne vivent pas au grand jour, ils ne manifestent pas ouvertement leurs sentiments ! Ils oppressent ici et là, ils contrôlent sans en avoir l’air et de temps en temps, ils frappent ! Comme maintenant, car l’un des mutants vient d’enfoncer une paire de ciseaux dans le bras d’un autre, plus jeune et qui crie !

Pourquoi ? Pour montrer qui est le chef, bien sûr, mais pas seulement ! Le mutant, par moments, fait une entrée dans le monde réel, celui des autres ! Toute sa haine, sa frustration et sa peur viennent subitement déchirer sa bulle !

                                                                                                        20

     Sur la planète Kaar, les choses ne vont pas beaucoup mieux… L’inquiétude grandit ! On se dit qu’on est bien nu, bien faible, avec la beauté comme bouclier, face aux menaces des Doms ! Certes, on possède un pouvoir psychique sans pareil, qui permet de troubler les moyens de détection adverse, mais on entend aussi que les Doms se sont lancés à fond dans la recherche psychique, pour combler leur retard ! Et s’ils arrivaient à percer le secret des Kaars ?

Cette crainte est avivée par l’un des Kaars les plus éminents, Nidoré, qui semble réaliste et prendre à cœur les intérêts de sa planète ! Mais nous nous trompons aisément nous-mêmes, plus nos appétits sont grands et plus la domination nous mène, sans pour autant que nous soyons totalement dépourvus de sincérité et c’est d’ailleurs ce qui peut nous rendre crédibles, voire dangereux ! Nous sommes à même d’accomplir un long chemin, en l’estimant juste, jusqu’à ce que les événements nous disent le contraire ! A ce moment-là, il est le plus souvent trop tard !

Toujours est-il que Nidoré se rend dans un des lieux les plus secrets de Kaar ! Il s’agit d’une forêt énigmatique, car il semble y régner un vent constant, ce qui fait mugir la cime des arbres, dont les feuilles se tendent comme des drapeaux, alors que des couleurs émeraude et d’or, se balançant, donnent à l’endroit une consistance liquide ! Tout n’est-il pas né de la mer ?

Nidoré avance d’un pas silencieux sur le sentier, ainsi qu’il marcherait sur des vagues de la nature et qui retentissent ! Mais Nidoré veut rejoindre un emplacement encore plus intime, plus enfoui ! Pour cela, il doit emprunter des tunnels formés sous un vaste toit d’ajoncs, qui bruissent évidemment et ce passage fait courber l’échine, comme s’il invitait à l’humilité !

Enfin, Nidoré débouche sur un tertre, parsemé de fougères et d’herbes, où s’élèvent trois pierres ! On raconte que les premiers Kaars les ont dressées là pour stabiliser leur monde, et elles en imposent en effet, car on dirait des gardiens impénétrables, sages à l’infini !

Pourtant Nidoré n’est pas venu ici pour se recueillir ou contempler, il a bien d’autres projets en tête ! Il attend quelqu’un, s’étonne de son retard, craint une trahison et pour sa propre sécurité, mais le soulagement vient, car la personne attendue arrive ! Il s’agit de Lutsos, un Kaar de modeste extraction si on peut dire, car même chez les Kaars il y a des inégalités, une hiérarchie et comment pourrait-il en être autrement, puisque la nature elle-même produit de la différence ?

Cependant, comme les Kaars n’ont pas pour but de se dominer les uns les autres, la paix sociale n’y est pas un vain mot et chacun s’y efforce, du moins en apparence ! « Ah ! Vous voilà ! fait Nidoré. J’ai bien cru que vous ne viendriez pas !

_ J’ai pris mes précautions, répond Lutsoc. Il ne manquerait plus qu’on nous surprenne tous les deux, un artisan avec un membre du Conseil !

_ Il y a des artisans au Conseil !

_ Oui, mais on dit alors qu’ils ont trahi la « cause » !

_ Je vois… J’ai tenu à cette rencontre, car j’ai besoin du soutien des Kaars les plus modestes au Conseil !

_ Oui, c’est ce que j’ai compris… Vous voulez l’appui du peuple !

_ Exactement et ça me paraît légitime, car il s’agit de défendre la planète !

_ Ouais, ouais, ouais…

_ Qu’est-ce que ça veut dire ?

_ Ça veut dire que derrière tout ça, il y a aussi le pouvoir que vous pouvez obtenir !

_ Vraiment ?

_ Je ne suis pas dupe ! Je sais combien le Conseil nous méprise, nous, le pauvre peuple !

_ Le pauvre peuple ? Nous, vous ne savez pas ce que c’est que d’être pauvre ! Vous n’en avez pas la moindre idée !

_ Quoi ? Qui se soucie de ses fins de mois ? Qui vit chichement, si ce n’est moi et ceux qui m’accordent leur confiance ?

_ Mais vous le dites vous-même : ce qui vous taraude, ce n’est pas la faim, mais le mépris qu’on marque à votre égard ! Or, les véritables pauvres, à force de souffrances et d’humiliation, finissent par abandonner tout orgueil sur le bord de la route et le mépris ne les hérisse même plus ! Seul le désespoir les habite !

_ Toujours ceux qui ont le plus qui font la leçon aux autres, hein ?

_ Ce que vous trouvez insupportable en effet, c’est que le Conseil vous dirige et semble vous parler avec condescendance ! C’est votre ego qui est en colère et qui veut renverser le Conseil !

_ Alors nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau et nous sommes faits pour nous entendre ! »

                                                                                                     21

     « Vous avez entendu ? fait l’esprit de Paschic à celui de maître Sol.

_ Oui, ces deux personnages s’abusent eux-mêmes et n’ont pas vraiment compris le message de Kaar !

_ Il est vrai que peu le comprennent…, mais la vie est avant tout différence…

_ D’ailleurs, le mystère de Kaar ne peut pas vraiment être raisonné… Si on peut en voir la logique, son application reste réservée aux enfants, qui ont la simplicité de croire et d’avoir confiance !

_ Eux seuls voient ce qu’est vraiment Kaar !

_ Mais continuons à suivre cet adulte, ce réaliste Nidoré ! »

Celui-ci en effet, après s’être séparé de Lutsoc, ne retourne pas chez lui, mais prend une autre route, qui le mène vers la montagne ! Parmi des pins caressés par le vent et qui ont des larmes de résine, sur un tapis élastique et pourpre, Nidoré monte vers les hauteurs et débouche sur un essart odorant et chaotique ! Des souches grises y ressemblent à de vieilles dents, au milieu de plantes renaissantes, mais, après ce terrain découvert, on voit un lac qui reflète les sommets alentour ! C’est la destination de Nidoré, le lac des Justes !

Son étendue d’eau est admirable, d’une transparence cristalline, où le vert se mêle au bleu… L’impression générale est celle d’une paix, d’une sérénité sans bornes, mais les apparences sont souvent trompeuses ! En tout cas, l’endroit est fréquenté par un bon nombre de Kaars, qui y viennent s’y purifier !

Ils arrivent d’assez loin, avec des mines sombres, renfrognées, douloureuses, graves ! Car tous ces gens ont bien conscience d’une chose, c’est qu’ils ont péché et qu’ils ne sont pas purs ! Ils viennent donc se baigner dans ce lac, créé par les cimes inaccessibles, aux neiges immaculées ! C’est symbolique bien sûr ! On s’imagine laisser dans le lac toute sa souillure, ce qu’on a de mauvais en soi ! On se lave spirituellement, pour ainsi dire, ce qui montre tout de même que, quel que soit le résultat, on se soucie de sa perfection !

On espère, à la sortie du bain, être meilleur, plus juste, d’où le nom du lac ! C’est un lieu donc dédié à la modestie, ce qui devrait conduire à la joie, sinon à la paix, mais, au contraire, on assiste sur les rives à un étrange phénomène ! Quand les baigneurs sont sortis de l’eau et qu’ils se sèchent, ils perdent soudain la satisfaction du devoir accompli et les visages se tendent et s’assombrissent ! Un nuage est passé dans les consciences et un tel s’écrie : « Hélas ! Je ne suis pas assez pur !

_ Et moi, je le suis encore moins que toi ! répond un autre à côté.

_ Il n’y a pas pire que moi ! lâche un troisième encore plus déçu.

_ Nous sommes damnés ! jette un quatrième.

_ Retournons nous baigner ! » lance un cinquième.

On voit alors des gens courir vers l’eau, en frissonnant, alors qu’ils viennent juste de s’en extraire, quitte à bousculer ceux qui leur font face ! Pour éviter le désordre, il y a sur place un Comité, dont le comportement n’est pas sans problèmes ! D’un côté, il appelle au calme, en prenant à témoin l’infinie mansuétude de l’« esprit » de Kaar, mais de l’autre il comptabilise les baignades et sermonne ceux qui veulent rester secs et qui s’imaginent justes !

Il est à la fois rassurant et effrayant ! Il est commandé par le père La Sonde, un géant Kaar, qui vrille ses interlocuteurs avec son regard, comme s’ils étaient coupables ! N’appelle-t-il pas d’ailleurs incessamment à la contrition ! Tout le monde connaît sa tente, au bord du lac, où il officie entouré par ses gardes !

C’est lui que Nidoré vient voir et celui-ci pénètre dans la tente : « Bien le bonjour, Nidoré ! fait La Sonde. Je suppose que tu es venu chercher ma voix, pour le conseil ? Eh bien, tu l’as ! Je sais que tu défends la foi de Kaar !

_ Exact !

_ Mais n’oublie pas, nous sommes tous des pécheurs ! Tu sais pourquoi le Grand Puissant ne nous écrase pas comme des fourmis vicieuses que nous sommes ? C’est à cause de son infinie pitié !

_ C’est pourtant lui qui nous a créés, non ?

_ Je vois…, un raisonneur, un esprit fort…, et pourquoi pas un Scientif ! Dis-moi, Nidoré, depuis combien de temps ne t’es-tu pas baigné ?

_ Tu ne crois quand même pas…

_ Eh ! Les gars ! fait La Sonde à deux de ses malabars. Foutez-moi c’ type à la flotte ! »

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LA GUERRE PSYCHIQUE (13-17)

Le 03/10/2026

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                        "Mike? Mike?"

                                        Révélations

 

 

                                         13

     Le lendemain, Patz et Karoc passent à l’appartement du fils de la Machine… « La forme ? demande Patz. Prêt à recruter du mutant ?

_ Moi, j’ t’ai apporté une plante ! fait Karoc. Vu qu’ là-haut, t’avais pigné parce qu’on avait écrasé la tienne ! Qu’est-ce qu’on dit ?

_ Merci, répond le fils de la Machine, nullement dupe du mépris de Karoc.

_ Bon, mais c’est pas tout ça ! reprend Patz. Comment on les repère les mutants ?

_ Comme on chasse les grillons ! coupe Karoc. On agite sous le nez des gens un brin de foin et s’ils mordent dedans, ils sont mutants ! Ah ! Ah !

_ Cessez de dire des bêtises ! ordonne Patz.

_ Mais quoi patron ! Pour moi, tout ça, c’est du pipeau ! Vous voyez pas que le gamin vous fait marcher ! Il est là aux pommes, après qu’on l’a sorti de la mouise ! Il s’ fout bien de not’ gueule, allez !

_ Vous ne comprenez pas les mutants, parce que vous êtes un droïde ! explique le fils de la Machine.

_ Quoi ?

_ Vous êtes certes programmé pour dominer, mais il n’y a aucune activité psychique naturelle qui émane de vous ! Le pouvoir psychique vient d’un muscle, d’un réflexe quasi animal ! Rien à voir avec une attitude artificielle, construite, aussi sophistiquée soit-elle !

_ Espèce de salopard ! Tu veux nous détruire, nous diviser, c’est ça !

_ Du calme Karoc ! intervient Patz. Alors je répète ma question : comment repère-t-on les mutants ?

_ C’est assez simple en fait, répond le fils de la Machine. On repère le mutant parce qu’il est agressif psychiquement ! Il veut dominer tout ce qui l’entoure et le fait savoir ! On sent donc l’influence, l’attaque de sa bulle psychique ! A condition d’y être sensible ! Vous, Patz, vous avez une bulle psychique assez puissante, mais elle est aussi poreuse ! Vous avez beaucoup de liens avec les autres, quoique toujours suivant le même modèle : vous commandez et les autres obéissent ! Vous avez en définitive une vision grossière du monde, car vous êtes habitué à ce que les choses soient comme vous le souhaitez ! D’ailleurs, face à vous, les mutants n’essaient pas de vous affronter… Vous avez trop de pouvoir… Non, ils vont vous tromper, vous mener en bateau, comme je l’ai fait avec monsieur Nuit ! »

A ce souvenir, le fils de la Machine est gêné, mais la réaction de Karoc vient masquer cet embarras ! « Je vous l’ai bien dit, Patron ! s’écrie Karoc. Tous ces mômes sont des vicieux, qui essaient de nous manipuler, pour nous soutirer tout ce qu’ils peuvent ! Le fils de la Machine le premier !

_ J’ t’ai déjà dit d’ la fermer ! coupe Patz, avant de nouveau s’adresser au fils de la Machine. Bon, on y va ! »

Ils sortent et le fils de la Machine retrouve à peu près le même paysage que la veille : des gens stressés ou en colère, parmi des détritus, des slogans ! Le cube roulant est bientôt enfermé dans le trafic… « Il faut marcher ! dit le fils de la Machine. De toute façon, on ne repérera rien, en restant dans le véhicule…

_ Vraiment ? coupe Karoc. On n’est pas bien là ? En tout cas, moi, j’ marche pas !

_ Eh bien, on vous retrouve plus tard ! » répond Patz, qui sort à son tour.

Interloqué, Karoc est obligé de suivre les deux autres et on commence à arpenter les trottoirs… « Vous voyez quelque chose ? demande Patz au fils de la Machine.

_ Oui, plein de choses ! Je suis même surpris d’en voir autant ! Mais rien qui doit vous convenir !

_ C’est-à-dire ?

_ Ce que je vois, ce sont des gens comme vous… Ils veulent dominer, ils exercent leur pouvoir psychique, mais ils ne sont pas totalement dans leur bulle ! Ils sont déjà trop âgés, pour demander une domination totale !

_ En effet, ce que je veux, ce sont de jeunes mutants ! Mais, je vous l’avoue, je ne vois absolument rien d’anormal !

_ Plus on veut dominer et moins on est sensible à la domination des autres ! Cela s’explique facilement ! Car déjà on est préoccupé par sa propre domination ! En fait, le mutant n’a pas conscience d’être un cas spécial… Il ne voit le monde que comme un affrontement perpétuel ! C’est étrange, mais, depuis mon séjour sur cette planète isolée, j’ai peut-être perdu du pouvoir… ou plutôt, j’ai moins envie de dominer…, ce qui me rend encore plus sensible à la domination psychique des autres !

_ C’est mieux pour le recrutement, non ?

_ Pas sûr ! coupe Karoc. Pour moi, le gamin est grillé et il ne veut pas le dire ! Car il sait qu’on va l’ jeter, s’il n’est plus utile !

_ Tenez, la jeune fille qui scrolle au coin de la rue ! Elle, c’est une mutante !

_ Vous êtes sûre ? demande Patz.

_ Pfff ! De l’esbroufe, patron ! Juste pile-poil, quand j’ serrais le gamin !

_ Evidemment, enchaîne Patz, indifférent aux sorties de Karoc, on va pas embarquer la jeune fille comme ça… On enregistre son identité et on l’approchera plus tard !

_ Pfff ! Une camionnette et hop ! On la jette dedans, c’est plus simple ! »

                                                                                                     14

     A l’observatoire du Cube, on est en ébullition ! Même Ratamor a été prévenu, bien qu’il ne soit pas cosmologiste ! « Ah vous voilà ! s’écrie le professeur Antimat, responsable de l’observatoire.

_ Cher confrère, je ne vois pas pourquoi vous avez requis ma présence !

_ Vous allez comprendre ! Nous avons repéré un phénomène étrange dans le sixième quadrant… Une masse sombre et pourtant exceptionnellement dense ! Comme elle constitue une menace, nous avons recherché son origine… Elle vient d’Ultima !

_ Oh !

_ La question qui se pose, c’est qu’est-ce qui s’est passé sur Ultima ? Avez-vous eu connaissance d’événements particuliers ?

_ Eh bien, je... »

Est-ce qu’il faut à Ratamor raconter tout ce qu’il a vécu sur la station ? Cela lui paraît difficile ! Voyant son embarras, Antimat précise : « Essayez de vous limiter aux phénomènes cosmologiques... » Ratamor fait un effort de mémoire et au début il ne voit pas… Puis, il se souvient de certains propos de monsieur Nuit : « Il y a bien eu quelque chose dont a parlé monsieur Nuit et dont une partie de la station a été témoin… C’était des coups portés contre Ultima, venant de l’extérieur !

_ De l’extérieur ? Vous êtes sûr ?

_ Oui, mais ça m’a paru tellement aberrant, absurde, sur le moment que je n’y ai pas fait attention !

_ Mais de quoi s’agissait-il au juste ?

_ On parlait d’une force vraisemblablement… Je n’ose pas dire créature… Toujours est-il que des coups d’une violence extrême, contre les portes des sas, alarmaient, terrorisaient même les habitants de la station…

_ Hum ! Cela ne nous aide pas beaucoup… Et pourtant, une masse anormale, circonscrite, quoiqu’ invisible, se dirige vers nous… Si elle a déjà menacé Ultima, pourquoi pas le Cube ? »

A cet instant, un grand écran s’allume et le visage de Dominator apparaît, en soufflant la fumée de son cigare ! « Professeur Antimat, qu’est-ce qui se passe ? demande le maître du Cube. Je vois que le niveau d’alerte 4 a été atteint !

_ En effet, Dominator, une masse inconnue se dirige vers nous !

_ Est-elle un danger ?

_ Elle peut faire exploser le Cube, certainement ! Malheureusement, nous ne parvenons pas à comprendre sa nature ! Ce que nous savons, c’est qu’elle vient d’Ultima et c’est pourquoi le professeur Ratamor est à mes côtés ! »

Dominator pousse un soupir, en dégageant de la fumée, puis il gratte sa barbe : « Professeur, reprend-il, est-ce qu’il serait possible de changer la trajectoire de cette masse ?

_ Peut-être…

_ Alors, je propose que nous utilisons nos nouveaux missiles intersidéraux ZZIII, pour le faire…

_ Mais…

_ Et que nous en profitions même pour diriger cette menace sur Kaar !

_ Sur Kaar ? Mais la position de cette planète reste aléatoire !

_ Mais on peut quand même l’estimer ! Qui n’essaie rien n’a rien !

_ Je ne crois pas que…

_ Vous préféreriez que nous utilisions une raquette de tennis pour écarter le danger ?

_ Non, bien sûr que non !

_ Alors faites ce que je vous dis ! »

Plus tard, dans la soirée, deux missiles ZZIII sont lancés du Cube, direction la masse menaçante ! Seuls ceux qui sont au courant voient deux sillages de lumière foncer vers le cosmos ! A l’observatoire, quelques minutes plus tard, on constate deux explosions et le professeur Antimat s’écrie : « La masse ! Elle change de direction ! Nous avons réussi ! »

Bien plus loin, là où devrait être la planète Kaar, un autre phénomène apparaît, qui est lui-même enregistré par l’observatoire du Cube ! « On dirait une immense toile d’araignée ! fait Antimat, toujours en alerte devant ses écrans. Voyez-vous-même, Ratamor !

_ C’est… extraordinaire ! Elle brille… Elle ondoie montrant toutes les couleurs de la lumière, comme un prisme !

_ Et elle repousse la masse…, qui revient vers nous ! »

Le professeur Antimat regarde son collègue avec désespoir et le front en sueur !

                                                                                                       15

     Après des jours de recherche, Patz, Karoc et le fils de la Machine ont réuni une dizaine de mutants, avec l’approbation de leurs parents ! A ceux-ci, on a proposé un dédommagement, en racontant que les enfants étaient promis à un brillant avenir ! Puis, on s’est installé dans un camp militaire, puisqu’il s’agit de former des soldats, même s’ils sont qualifiés de psychiques, et en bordure d’une des dernières forêts de la planète des Doms, pour disposer à proximité de l’univers de Kaar !

Patz regarde les visages embarrassés des ados retenus, qui se tiennent dehors devant lui ! Il ne sait pas ce qu’il faut en penser et c’est pourquoi il jette derrière lui un coup d’oeil à Karoc et au fils de la Machine… Qui sont au fond ces mutants ? Comment fonctionnent-ils ? Qu’est-ce qu’une bulle psychique ? Le fils de la Machine ne les mène-t-il pas en bateau, lui et Karoc ? Ce sont les quelques questions que se pose Patz !

Enfin, il prend la parole : « D’abord, je voudrais me présenter, dit-il aux enfants, je suis le général Patz et voici le colonel Karoc et notre assistant, le fils de la Machine ! Vous avez été choisis parce que vous êtes des mu…, parce que vous avez un pouvoir particulier ! un talent unique ! bref, parce que vous êtes exceptionnels ! »

Patz a marqué un point, car un subit intérêt se lit sur les visages… « Vous êtes ici, reprend-il, pour devenir des soldats psychiques ! des soldats du cerveau en quelque sorte ! Ce qui nous intéresse, c’est la force de votre pensée, de votre activité cérébrale ! C’est un domaine nouveau pour nous et nous ne savons pas exactement à quoi il correspond ! Votre formation sera un échange entre nous et vous ! Mais notre but est clair ! Il s’agit de vaincre la planète Kaar, qui est championne sur le plan mental ! Comme vous le savez sans doute, notre planète brûle et devient invivable ! Habiter la planète Kaar est notre seule chance de survie ! Votre collaboration sera donc utile pour tous ! Nous avons ici quelqu’un qui a le même don que vous et qui donc doit mieux vous comprendre que je ne le fais moi-même ! C’est avec lui en premier lieu que vous aurez des contacts ! Je veux parler du fils de la Machine, à qui je laisse maintenant la parole ! »

Le fils de la Machine s’avance et il hésite… Que va-t-il pouvoir leur dire, alors que lui-même est en plein doute, en pleine transformation ! Il sent subitement les pouvoirs psychiques des mutants l’agresser ! Cela ne le surprend guère, à leur place il aurait fait de même ! Il aurait essayé de dominer celui qui aurait joué son rôle ! Le rapport des mutants avec les autres est toujours un rapport de force ! Seul les rassure de se sentir supérieurs ! de contrôler, voire de manipuler, ceux qui les entourent !

Le fils de la Machine est surpris, car il vient de se rendre compte qu’il n’a à présent nulle envie de dominer ! C’est à cette absence qu’il mesure combien il a changé… et cela le trouble, l’angoisse même ! Car il est ici pour former à la lutte, non à la paix !

Les bulles psychiques des mutants deviennent de plus en plus pressantes ! En fait, elles testent, elles éprouvent et à première vue, le fils de la Machine est affaibli, pâle, transparent ! Il est donc une proie ! Les mutants se disent qu’ils vont pouvoir s’engouffrer dans une faille et ils sont prêts à en profiter ! Ils vont d’abord soumettre psychiquement le fils de la Machine, lui montrer qui est le plus fort ! Ils vont l’humilier mentalement !

Qui sait ? Il va peut-être perdre son sang-froid, se tourner vers eux avec un visage haineux ! Ce sera un vrai délice, un bel aveu d’infériorité ! Ou bien il aura peur, il les fixera inquiet ! Ils lui demanderont alors de se déshabiller ! Il sera le jouet de toutes leurs perversions ! Il suera à grosses gouttes et ils continueront à le harceler, à le tordre, jusqu’à ce qu’il supplie !

Tout cela se passe dans l’invisible, si bien que Karoc perd patience et qu’il tousse, ramenant le fils de la Machine au seul moment présent ! Il faut qu’il dise quelque chose ! « Je sais ce que vous ressentez, dit-il aux mutants. Je sais que vous voulez savoir qui est le plus fort ! Mais nous ne sommes pas là pour ça ! Ce que nous voulons, c’est associer vos forces psychiques, pour n’en former qu’une seule, afin qu’elle soit la plus puissante de toutes ! J’avoue que je ne sais pas comment, car c’est nouveau ! Pour l’instant, chacun d’entre vous est sur la défensive, car vous êtes face à l’inconnu ! Chacun pense d’abord à ses intérêts et c’est cela que nous voulons changer ! Nous allons apprendre à nous connaître, pour former une équipe ! Il est nécessaire que nous ayons confiance les uns dans les autres ! »

Le fils de la Machine se tait et se tourne vers Patz… « Très bien, fait celui-ci en direction des mutants. Chacun va rejoindre sa chambre et s’installer comme il veut ! » Après une seconde d’hésitation, les enfants se dispersent, suivi par le fils de la Machine, tandis que Patz et Karoc échangent en arrière ! « Il ne s’est rien passé, patron ! lâche karoc. Le fils de la Machine, c’est du toc !

_ Au contraire, je trouve qu’il ne s’en est pas mal tiré ! »

                                                                                                   16

     Le fils de la Machine mène plusieurs entretiens avec les mutants… Le premier qu’il reçoit est un garçon de petite taille et à l’air dur ! Il s’appelle Boulos et il regarde avec dédain le fils de la Machine ! Sa bulle psychique est omniprésente dans la pièce, comme s’il faisait mauvais dehors depuis des lustres !

« Très bien Boulos, j’ai quelques questions à te poser, pour mieux te connaître...

_ De quel droit ? T’es à peine plus âgé que moi…

_ Disons que c’est mon job… et que je dois le faire… J’aimerais savoir comment tu sens les choses…, quels sont tes goûts, si tu as des passions...

_ C’est pas la peine de se fatiguer avec moi ! C’est cuit de toute façon !

_ Ah bon ? Qu’est-ce qui est cuit ?

_ Mais tout ! On connaît le scénario d’avance ! Vous croyez qu’on en est arrivé là par hasard ?

_ On en est arrivé où ?

_ Mais à la cata ! La planète est cuite, mais notre système va exploser bien avant !

_ Tu peux expliquer…

_ Oh ! Mais c’est simple ! Chacun tire la couverture à soi ! Les plus puissants encore plus que les autres ! On a pompé tout ce qu’on pouvait ! Et maintenant tout s’écroule ! C’est une fin annoncée depuis longtemps !

_ C’est sans espoir donc…

_ Exactement ! Il n’y a rien de rien !

_ Et comment tu supportes cette situation ?

_ Chais pas ! J’ vis au jour le jour ! J’essaie de survivre !

_ Tu n’as donc aucune illusion ?

_ Aucune ! »

Boulos répond fermement, pourtant le fils de la Machine détecte chez lui une détresse, une sourde envie de pleurer… « Nous sommes tous pareils, songe le fils de la Machine, nous ne pouvons endurer une souffrance trop grande, sans sourciller, malgré nos airs bravaches ! Nous sommes tous fragiles à notre manière ! »

La dépression est évidente chez Boulos et elle se caractérise par une fermeture, un profond désespoir, une absence totale de perspectives ! Un moment, le fils de la Machine voudrait soulager un peu cette tristesse, mais ce n’est pas aussi simple et il est surpris de sa largeur de vue ! Son séjour sur la planète isolée lui a dessillé les yeux et il comprend fonctionne Boulos !

Celui-ci ne voit pas d’espoir et se représente un monde implacable, dans son égoïsme ou ses calculs, parce qu’il ne perçoit pas les autres comme des êtres humains, d’autres lui-même ! Il ne leur donne pas une existence qui leur est propre, avec des doutes, des efforts et la même peur, mais il ne les résume qu’à une force obscure, qui joue le rôle de rouleau compresseur, jusqu’à l’apocalypse, seul repos envisagé !

Cela n’est possible que si on reste fixé sur soi-même ! que si on se sent supérieur, en se plaçant au centre, en méprisant les autres ! Mais cela a un prix ! Comme on ne peut que compter sur soi, on se doit d’être le plus fort, toujours sur ses gardes, quitte à se malmener ! C’est ce qui explique la dépression, due au surmenage, à l’absence de détente, à un esprit qui doit tout prévoir !

C’est cet égoïsme, cette dureté qui freine la compassion du fils de la Machine ! Il n’a pas envie de mettre un doigt dans l’engrenage, pour qu’il soit brutalement écrasé ! Après tout, en se dressant constamment sur ses ergots, en méprisant le monde, Boulos fait son propre malheur ! Ce qui lui manque, c’est de s’ouvrir, comme le fils de la Machine a dû le faire dans son « désert » ! Mais la condition, c’est d’en « rabattre » sur soi-même, de se montrer humble, or, plus il a peur et plus Boulos se durcit, comme si cela pouvait être un remède !

« Combien ne sont pas comme Boulos ? songe le fils de la Machine. Combien ne sont pas sans espoir, enfermés dans leur bulle psychique ? Combien ne s’épuisent pas, alors qu’il y a une solution ? Boulos se défend contre un monstre invisible, qui n’existe pas ! Il lutte contre son envie de pleurer, mais aussi il se régale de se sentir au-dessus du panier… et il appelle ça lucidité ! »

Le fils de la Machine note que le pouvoir psychique de Boulos est puissant, mais qu’il sera difficile de changer le mutant, de le faire évoluer, pour un travail d’équipe ! Boulos veut faire cavalier seul, tirer son épingle du jeu, malgré l’écroulement des sociétés ! Il est en contradiction avec lui-même, puisqu’il adopte le comportement de ceux qu’ils condamnent et qui ne pensent qu’à eux ! Mais il se voit meilleur, car solitaire ! Il lutte contre toute faiblesse, tapant à coups de marteau sur son cœur, en s’efforçant de ne pas pleurer !

Le fils de la Machine se reconnaît là, mais dans le passé, car Boulos, lui, s’enfonce dans la nuit !

                                                                                                          17

     Le deuxième mutant est une fille et elle est encore plus agressive que Boulos ! Elle s’appelle Quasta et toute son attitude, ce qui inclut son habillement, est un défi ! La tenue est provocante, en laissant voir le plus de chair possible, et les bras et le cou sont fortement tatoués, comme pour donner de la virilité et contredire la séduction ! L’indépendance est criée, alors que tout appelle le regard ! On menace, mais on veut aussi de l’attention ! C’est un mélange de force et de fragilité ! C’est la méfiance qu’exprime d’abord Quasta ! Elle voudrait bien qu’on la trouve belle et intéressante, mais elle a peur d’être moquée ou trompée ! C’est cette crainte qui la fait tendue !

« Qu’est-ce t’as à me regarder comme ça ? s’écrie-t-elle. J’ parie qu’ tu voudrais bien m’ sauter comme les autres !

_ Je cherche seulement à mieux te connaître…

_ Ouais, tous les mecs disent ça ! Pour qu’ t’ailles au pieu avec ! Mais ça tintin !

_ T’aimes pas les garçons ?

_ Pas les cochons ou les vicieux !

_ Tu t’habilles tout de même d’une façon provocante !

_ Eh ! Mec ! J’ai aucun compte à t’ rendre ! J’ fais c’ que je veux ! C’est toi qui baves, mec !

_ Sans doute, mais nous communiquons les uns avec les autres, par nos choix, nos choix de vêtements notamment !

_ Et alors ?

_ Alors, tu sais que tu suscites le désir… Tu fais tout pour, en tout cas !

_ Mais j’ suis bien comme ça !

_ Si t’étais sur une île déserte, comment t’habillerais-tu ?

_ J’ me mettrais carrément à poil ! Ah ! Ah ! 

_ En fait, tu te réjouis de sentir le désir des hommes, mais, en même temps, tu leur montres tout ton mépris ! Qu’est-ce que tu veux au fond ?

_ J’ veux qu’on m’ respecte !

_ C’est le souhait de chacun, non ?

_ Non, y en a qui écrasent, qui font du mal !

_ Et ils écrasent pour se faire respecter, non ?

_ Ouais, mec, et c’est pour ça que j’ me laisserai pas faire ! Je mords ! Ah ! Ah ! J’ mords le porc !

_ Donc t’es comme eux ! Ils sont durs et t’es venimeuse !

_ Faut bien ! C’est chacun pour soi !

_ A c’ jeu-là, personne n’est gagnant !

_ Ah ouais ?

_ Oui, on finit toujours par trouver plus fort que soi… Tu as peur, c’est normal, surtout si tu as déjà été malmenée…

_ Moi peur ? Tu rigoles !

_ Chacun a peur, même les plus forts ! C’est tout au fond de soi ! On peut faire semblant évidemment ! Par exemple, en se montrant agressif et violent ! On donne alors l’impression d’être sans peur, d’être le maître…, mais au contraire, c’est la preuve qu’on a peur ! Si on est tranquille et fort, pourquoi on serait violent ou agressif ? Si on était vraiment fort, on regarderait les autres avec douceur… On les comprendrait…

_ Peut-être que j’ai peur…, mais y a d’ quoi non ? Il est où l’espoir ?

_ Tu voudrais ne plus avoir peur ? Tu voudrais rire et chanter ?

_ Eh ! C’est pas écrit pigeon sur mon front !

_ J’ t’ai posé une question…

_ Oui, j’aimerais ne plus avoir peur… et rire et chanter ! T’as une solution ?

_ Peut-être…, mais tu te doutes bien que ce n’est pas la violence…

_ Non, évidemment…

_ Bien, mais la solution ne sera pas simple non plus… Ce n’est pas qu’elle soit compliquée et qu’elle demande un haut niveau d’études ! Mais elle a un rapport avec l’ego, l’amour de soi, avec notre égoïsme, qui est toujours difficile à faire bouger… En fait, ton problème, c’est que tu ne sais pas qui aimer, ni comment aimer, pas vrai ?

_ Chais pas…

_ Tu voudrais donner, employer toutes tes forces, t’épanouir, mais tu sais pas dans quelle direction ! T’as peur d’être trompée, méprisée, qu’on profite de toi ! Ma solution ne t’enlèvera rien ! Au contraire, tu recevras bien plus que ce que tu peux imaginer ! Il est possible qu’ t’aies même envie d’chanter ta joie !

_ Tu s’rais pas en train d’ me vendre quelque chose, mec ?"

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LA GUERRE PSYCHIQUE (10-12)

Le 27/09/2026

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        " Victor est quelqu'un de très sain!"

                               L'Incorrigible

 

 

 

                                       10

     Des soldats sortent du vaisseau, fusil en joue, pour sécuriser la zone ! Puis, on entend une voix, par haut-parleur, qui dit : « Fils de la Machine, vous êtes là ! Ici, Patz, vous vous souvenez ? Ultima ! On est là pour vous aider ! Fils de la Machine, vous êtes sauvé ! Je répète, sauvé ! »

Abasourdi, hébété, le fils de la Machine s’avance hors des débris, ce qui fait que la voix reprend : »Ah ! Vous êtes là, fils de la Machine ! Content de vous voir en vie ! Nous arrivons ! »

Patz et Karoc sortent à leur tour du vaisseau, le sourire aux lèvres, mais le fils de la Machine s’écrie : « Non mais je rêve ! Nom de Dieu de nom de Dieu ! Mais vous avez écrasé ma plante !

_ Hein ?

_ Votre foutu vaisseau a écrasé ma plante ! »

L’incompréhension se lit sur les visages de Patz et de Karoc ! « On a fait quelque chose de mal ? » demande innocemment Patz. Le fils de la Machine donne l’impression de se mordre la main, puis il jette : « Jamais vu des caves pareils !

_ Eh ! Oh ! Faudrait voir à baisser d’un ton ! On est là pour vous, réplique Patz, pour vous tirer d’un mauvais pas ! Suffit d’ voir l’état de votre navette !

_ Donnez-moi une minute ! parvient à articuler le fils de la Machine.

_ Quelle ingratitude… », lâche Karoc dans son coin.

Sous le regard incrédule de Patz et Karoc, le fils de la Machine se retire dans son abri, pour réfléchir ! Évidemment, il savait tout au fond de lui-même qu’il ne pouvait s’éterniser sur cette planète ! La solitude aurait fini par détruire son mental ! Donc, la mission de secours de ces deux sagouins est providentielle ! Il faut en profiter ! Mais, en même temps, toute cette paix, tout cet équilibre que le fils de la Machine avait commencé à goûter doit être abandonné ! C’est comme un déchirement, un véritable saccage ! Le Cube vous rattrape et vous replonge dans sa bêtise !

« Excusez-moi messieurs, fait le fils de la Machine, en retrouvant ses « sauveurs », j’ai eu un moment d’égarement ! En fait, la solitude ici m’a un peu perturbé, m’a rendu farouche !

_ Bien sûr ! Nous comprenons ça ! s’exclame Patz. Pas vrai Karoc ? Dieu sait quels dangers vous avez dû affronter ici, pour survivre ! Cela a dû être une expérience extrêmement éprouvante !

_ Mais c’est quoi cette histoire de plante, qu’on a écrasée ? coupe soupçonneux Karoc.

_ Hein ? Oh ! Rien ! Un pissenlit qui me tenait compagnie ! Vous voyez combien j’étais tombé bien bas ! Ah ! Ah !

_ Ah ! Ah ! enchaîne Patz. Vous voilà redevenu vous-même ! Si vous saviez comme j’en suis heureux ! Car on a du boulot pour vous, si, si ! Mais venez, on va en discuter à l’intérieur du vaisseau ! »

Celui-ci bientôt décolle, direction le Cube, et à bord, malgré le discours de Patz, le fils de la Machine songe à tout ce qu’il laisse derrière lui… Il revoit la mer grise, immense ; les coquillages, sa lutte contre la créature marine, sa plante, ses soirées silencieuses dans les débris de la navette ; ses journées pleines de découvertes, son adaptation progressive… Tout cela lui donne un sentiment de tristesse, puisque ce n’est plus qu’un souvenir, mais il ne doit pas le montrer : les autres ne le comprendraient pas et viendraient à s’en méfier ! Désormais, il faut prendre le train...

« Pardon, vous disiez ? dit le fils de la Machine à Patz.

_ Eh bien, vous avez devant vous le général Patz ! Et le colonel Karoc ! Ce sont les ordres de Dominator ! Nous allons créer une armée de mutants, pour conquérir Kaar ! Je suis sûr que vous allez être emballé ! Vous aurez, si vous le voulez, le même grade que Karoc !

_ Mais ce n’est qu’un gosse ! gémit Karoc.

_ Ne l’écoutez pas ! coupe Patz. C’est un dro… Enfin, il est jaloux !

_ Mais en quoi puis-je vous être utile ? questionne le fils de la Machine. Je ne suis pas encore en effet un homme, alors ma faible force physique ne vous sera d’aucun secours !

_ Mais vous êtes un mutant vous-même ! Et vous allez donc pouvoir en recruter d’autres ! A nous de les former !

_ Je vois… Mais vous n’aurez pas Paschic !

_ Mais on l’a eu !

_ Boum ! fait Karoc.

_ Paschic est mort dans l’explosion d’Ultima ! explique Patz. Plus d’ soucis à s’ faire ! »

Le fils de la Machine s’étonne de sa propre réaction ! Il s’était imaginé qu’une telle nouvelle le remplirait de joie, mais maintenant il n’en est plus aussi sûr… A-t-il changé ?

                                                                                                        11

     Le fils de la Machine découvre le Cube, car il est né sur Ultima, et un véhicule le conduit à son logement, en compagnie de Patz et Karoc… Sur le chemin, le cube roulant se retrouve au milieu d’une manifestation et devient la cible de projectiles, alors que des visages haineux de femmes et d’hommes viennent se coller aux vitres !

« Faut les comprendre ! fait Patz. La situation est de plus en plus intenable ! Le réchauffement ruine les économies et évidemment ce sont les plus petits qui d’abord trinquent !

_ Il y en a même, rajoute Karoc, qui ont fait croire que les premiers vols pour Kaar seront réservés aux plus riches ! Ah ! Ah ! Le bordel ! »

Le fils de la Machine regarde toute cette haine et il a soudain pitié de tous ces gens, car ils sont malheureux de nourrir en eux toute cette colère ! C’est d’abord à eux qu’ils font du mal ! C’est un sentiment nouveau pour le fils de la Machine, qui lui-même auparavant était rongé par l’inquiétude, d’où son pouvoir psychique anormal ! Il ne pensait qu’à lui et à sa sécurité, comme ces manifestants d’ailleurs ! Car, même s’il est touché par cette détresses ambiante, il ne la comprend pas, elle lui est devenue étrangère !

En effet, solitaire sur sa planète inconnue, était-il inquiet, en colère ? Pas le moins du monde ! Au contraire, chaque seconde était riche ! Chaque jour il apprenait, observait, admirait , agissait au mieux ! Il était content d’avoir à manger et d’être protégé de la pluie ! Il aimait sa plante, se réjouissait de ses progrès ! Il avait mille fois moins de choses que ceux qui à présent manifestent et qui pourtant sont hors d’eux ! De quoi peuvent-ils se plaindre ? Ils ont perdu pied avec la réalité ou plutôt la simplicité depuis des lustres !

Dans une société matérialiste, seul l’argent apparemment rassure et on n’en a jamais assez donc ! Mais surtout la peur provoque une augmentation de la domination, on a soif d’être, de commander, ce qui aboutit à des actions violentes, d’autant qu’on a le sentiment d’être manipulés par plus puissant ! C’est un problème d’ego, d’affirmation de soi, de reconnaissance ! Mais, sur « sa » planète, le fils de la Machine était heureux ! Ce qu’il était lui importait nullement ! Au fond, son existence était éminemment spirituelle ! Sur le plan matériel, il n’avait rien et il n’était rien lui même, juste un ciron isolé !

Pourtant, il était attentif à tous ses efforts, comme habité par la sagesse ! Il ne se sentait jamais vraiment seul, comme si la Chose communiquait avec lui, en lui posant des problèmes qu’il fallait résoudre ! Cela n’était possible que parce qu’il admirait la Chose, qu’il se pénétrait de son temps ! Comment alors son égo l’aurait-il fait souffrir, puisqu’il était le témoin d’une beauté infinie et que la joie de manger, de dormir ou de contempler, d’aimer le comblait ? Même ses inquiétudes les plus profondes étaient balayées !

C’est l’incompréhension qui maintenant habite le fils de la Machine, devant tous ces Doms haineux et en colère ! Qu’ont-ils tous ? Que veulent-ils ? Ils ne le savent même pas au fond ! Mais comment serait-il possible de leur parler ? Rien que leur agressivité est quasiment infranchissable ! Ne désirent-ils pas être heureux ?

« Ça va pas être facile de repérer des mutants dans c’ merdier, pas vrai ? fait à côté Karoc, interrompant les pensées du fils de la Machine.

_ Il faudra pourtant le faire et fissa ! renchérit Patz. Plus vite on sera sur Kaar et plus vite on pourra souffler ! »

Souffler ? Le fils de la Machine a envie de rire, en entendant ce terme ! Pourquoi Patz ne commence-t-il pas par souffler justement ! Qu’est-ce qu’il l’en empêche ? Il sera le même sur Kaar que sur le Cube ! Le fils de la Machine est bien songeur… Et dire qu’il a voulu commander totalement Ultima ! Il frémit à ce souvenir ! Comment il a fait condamner Mox ! Le pauvre ! Où était-il à ce moment-là, pour porter de fausses accusations de pédophilie ? Il était dans sa bulle psychique, à manipuler tout le monde ! Il voulait le pouvoir absolu, car il croyait que c’était la sécurité !

Et puis il a lancé sa « meute » contre monsieur Nuit ! Son cercle de mutants l’a figé dans de la résine ! Oh ! Le bonhomme ne valait pas cher ! Il a fait beaucoup de mal avec son béton, mais il ne méritait pas de mourir ainsi, personne d’ailleurs !

Et encore son groupe et lui-même avaient abusé de Lapsie ! Ils ne l’avaient pas violée, non, mais ils avaient brisé toutes ses barrières psychiques, de sorte qu’elle s’était comme noyée dans le sexe, pour se soulager de son angoisse ! De combien d’autres « crimes » le fils de la Machine pouvait-il s’accuser ? Il se le demandait, tout en constatant qu’il n’était plus le même !

                                                                                                       12

     On conduit le fils de la Machine à son logement… « Voilà de quoi vous installer provisoirement, dit Patz. Demain on attaque le recrutement !

_ J’ai hâte de voir ça ! » fait ironique Karoc.

Le fils de la Machine est laissé seul et il n’en revient pas ! Il regarde autour de lui, incrédule ! De larges baies vitrées donnent sur l’extérieur… Le mobilier est simple, mais de goût ! Tout est propre, confortable ! Le fils de la Machine va dans la salle de bains et reste dans l’étonnement : l’eau coule à volonté en ouvrant le robinet et bientôt elle est chaude… Bien sûr, cela est normal, mais le fils de la Machine se souvient de ses allées et venues jusqu’à la flaque, comment il conservait l’eau, la faisait chauffer, s’enchantait de sa présence, de sa valeur ! Tandis qu’ici…

Pareil pour la cuisine ou la literie ! Dans les débris de la Machine, chaque chose était à sa place : son couteau, sa casserole… Il fallait penser à chaque acte, car rien n’était prévu pour la vie à bord… Le fils de la Machine était fier de son organisation, de son petit chez lui ! Tandis qu’ici…

Ce n’est pas que le fils de la Machine ne reconnaisse pas les bienfaits de la civilisation… Il est prêt à en profiter, mais, dans ce cas, la colère des Doms dehors devient encore plus incompréhensible ! Car la plupart bénéficient de cette installation ! Ils ne souffrent ni de la faim, ni du froid ! Et leur problème est bien un problème d’ego ! Ils sont furieux, car il y en a qui ont plus et ils ont l’impression d’être manipulés, d’être traités comme des vaches à lait ! A cela il n’y a aucun remède politique ou économique ! Cela concerne la conscience de soi, l’amour-propre, le sentiment d’être ou non et c’est irrémédiable, une soif sans fin, sans solution ! L’ego est impossible à satisfaire ! Le fils de la Machine le comprend à présent ! S’il était heureux sur « sa » planète, c’est justement parce qu’il n’avait aucun pouvoir et que ses victoires étaient « immensément » simples !

Les Doms sont des nantis qui s’ignorent ! Ils ont tout et ne le comprennent pas, aveuglés par leur haine ! Ce sont leurs illusions qui les font indifférents à la beauté de la Chose ! Ce sont leurs coupables qui les rendent esclaves ! Et c’est pourquoi ils sont agressifs, car leur paix est factice ! Ils réclament toujours plus, bien qu’ils ne manquent de rien !

Manquer ? Le fils de la Machine sait désormais ce que cela veut dire ! Il a dû fabriquer une petite cuillère ! Il l’a toujours sur lui et il la regarde avec attendrissement, car elle témoigne de sa paix passée ! Au fond, la domination animale, qui est en nous, crée le besoin de nous sentir supérieurs, ce qui produit l’injustice et le chaos ! Ignorer cela permet d’être athée, d’espérer que la solution est sociale ou scientifique et de nier l’échec du communisme !

Chaque jour, les animaux se battent pour défendre leur territoire et les Doms les imitent ! Mais le combat des animaux est bref et souvent sans gravité, car le territoire animal est petit et physique ! Il en va tout autrement pour les Doms, surtout à l’ère de la communication, avec un territoire qui n’est plus que psychique ! On le voit sur les forums, quand des individus, qui ne se connaissent pas, veulent à tout prix avoir raison ! Il n’est pas possible qu’ils lâchent la conversation, s’ils n’ont pas le dernier mot ! Leur combat psychique est âpre et maladif, car la « victoire » détermine leur équilibre !

C’est que l’être humain a soif d’infini ! Son esprit veut une totale liberté et ne supporte pas les contraintes, les règles, les dogmes ! La domination animale prend alors des proportions extraordinaires, anormales et dangereuses ! Nous dévorons l’espace pour avoir raison, pour nous sentir exister, sous le couvert de la nécessité ! Les Doms tuent leur planète à force d’angoisses, puisque l’exploiter permet de dominer !

Les mutants, comme le fils de la Machine, sont dans une bulle psychique, pour commander le monde, tout en se prémunissant contre lui ! Leur bulle ne fait que s’étendre, elle n’échange pas ! Elle grandit à mesure qu’elle compte davantage d’esclaves ! Cet hermétisme conduit à une haine implacable face à l’obstacle ! Car seul le pouvoir donne du sens ! La bulle ne peut pas « respirer », s’assouplir par la complicité, la camaraderie, mais elle n’a pas non plus la naïveté des adultes, qui croient au changement politique ou à l’argent !

Le fils de la Machine a entrevu un autre chemin, par son séjour sur la planète étrangère… Contempler la beauté n’a nullement gêné sa liberté ! Où était le dogme ? Jamais il ne s’était senti aussi présent, aussi maître de lui-même, aussi heureux au fond ! Il était en passe de se découvrir totalement, de se libérer de ses peurs, mais on ne peut échapper au Cube, car il est partout et on en fait partie !

R156

LA GUERRE PSYCHIQUE (5-9)

Le 19/09/2026

R156

 

     "Non, tu m'as pas écouté! Je dis que je viens de la part de nos amis de Détroit!"

                                                                       Collatéral

 

 

                                    5

     « Cet orateur, explique Sol à Paschic, s’appelle Nidoré ! Apparemment, son discours est plein de sagesse et semble défendre nos valeurs, mais en réalité il n’en est rien ! D’ailleurs, c’est lui qui m’a assassiné !

_ Quoi ?

_ Oui, il est venu chez moi, en souriant, et il m’a planté un couteau dans le cœur ! Le pire, c’est qu’il croyait bien faire !

_ Il a peur…

_ Exact ! En fait, la foi karienne n’a pas abouti chez Nidoré ! La foi, c’est la confiance et la fin de la peur ! Mais la peur, elle, conduit à vouloir se défendre, à s’armer ! On veut donc dominer et on finit par confondre la cause qu’on défend avec son propre pouvoir ! On se dit humble, mais en occupant une position centrale ! On rejette la différence, en voulant même la détruire, ce qui explique mon triste sort ! J’ai été vu par Nidoré comme un élément lâche, faisant obstacle à sa route vers la martialité !

_ C’est un personnage trouble… Est-il possible de communiquer avec lui ?

_ J’ai déjà essayé… et je me suis retrouvé face à un mur ! Manifestement, les consciences menées par leur domination ne peuvent entendre le message du temps de la Chose ! La paix de la nature ne les pénètre pas ! Au contraire, ils en ont peur !

_ Oui, les Doms se perdent ainsi ! Aujourd’hui, le Cube brûle et il a des vues sur Kaar !

_ Effectivement… et d’ailleurs, Nidoré a une action encore plus ambiguë ! Je le soupçonne de vouloir traiter avec les Doms, afin de ne pas subir leur attaque !

_ C’est faire entrer le loup dans la bergerie !

_ Il joue à un jeu dangereux, mais il en profite, même s’il ne se l’avoue pas ! En agitant la menace dom, il se donne un premier rôle ! Il flatte sa domination et s’éloigne toujours plus de la foi karienne ! »

Cependant, sur le Cube, Lapsie se remet difficilement de son séjour sur Ultima… Elle est dans une clinique, pour traumatisés, et Ratamor est venu la voir… « Alors, comment allez-vous Lapsie ? » Tous deux sont installés sur un banc du jardin… « J’ai bien du mal à oublier ce qui s’est passé... répond Lapsie. J’en frémis de honte ! J’ai laissé des ados abuser de moi… et j’ai aimé ça ! »

Une larme coule sur sa joue… « Je leur criais : « Encore, encore ! » et j’étais emportée par la jouissance !

_ Vous savez comme moi qu’on peut vouloir s’anéantir par le sexe, pour échapper à une tension psychique trop forte !

_ Oui, c’est ce qui m’est arrivé ! Mais je n’avais jamais rencontré une aussi grande force psychique que celle du fils de la Machine ! Il a brisé toutes mes défenses et m’a faite esclave ! Le reste… Mais où est-il à présent, que fait-il ?

_ Eh bien, comme vous le savez peut-être, il s’est enfui dans une faille du cosmos…, sans doute pour ne pas répondre de ses fausses accusations de pédophilie…

_ Mais a-t-il vraiment été vaincu par Paschic ?

_ Je pense que oui, car, quand nous avons retrouvé Paschic et le fils de la Machine, celui-ci était redevenu un petit enfant, qui demandait du secours auprès des adultes ! Mais le combat psychique est invisible et il est difficile de l’évaluer...

_ Oh ! J’ose espérer que Paschic a réussi à humilier le fils de la Machine ! Il faudrait que je le voie et que je le lui demande !

_ Cela n’est plus possible, hélas ! Ils ont eu Paschic !

_ Comment ?

_ Oui, Patz et Karoc ont empêché le départ de Paschic d’Ultima, sans doute sur un ordre de Dominator ! Puis, ils ont programmé la destruction de la station… A l’heure qu’il est...

_ Les salauds !

_ C’est ce que Web leur a dit, mais ils n’en ont pas été émus ! D’ailleurs, ils ont d’autres plans, plus vastes !

_ Qu’est-ce que vous voulez dire ?

_ Vous savez que la situation ici, sur le Cube, ne cesse de se dégrader, à cause du réchauffement ! Je soupçonne Dominator et le pouvoir dom de vouloir s’emparer de Kaar et de ses ressources…

_ Mais Kaar peut se défendre psychiquement ! Nous n’avons pas les moyens de...

_ Non…, mais rien n’arrêtera Dominator ! »

                                                                                                       6

     Mais que se passe-t-il entre-temps sur le Cube ? Mais rien, car personne n’y change ! Il y a toujours plus de cubes roulants et toujours aussi imposants, pour épater la galerie ! Les villes sont toujours aussi sales et étendent leur pollution ! La nature est toujours aussi maltraitée et incomprise ! Les talus sont pelés, toute végétation est écrasée, et personne n’essaie de connaître le temps de la Chose, source de paix, de silence, de patience !

Personne ne change et ne s’améliore ! Au contraire, les conditions et les catastrophes, dues au réchauffement, donnent lieu à toutes sortes de crises ! Les dictatures se durcissent, s’enfoncent dans leurs erreurs et continuent leurs guerres ! Ceux qui voient leur pouvoir d’achat diminuer ou qui ressentent un manque à gagner font valoir leur mécontentement ! Ils ont leurs coupables et s’en prennent aux gouvernements ! Ce n’est jamais soi qu’on remet en question !

Car au fond quelle est la raison du chaos ? C’est la peur et l’égoïsme de chacun ! S’ils sont condamnables chez les autres, ô combien ils doivent être combattus en nous-mêmes ! Mais le Dom ne l’entend pas de cette oreille ! Il ne supporterait pas une seule seconde le temps de la Chose ! D’autres doivent payer ! Le feu prend aussi bien dans la nature que dans les consciences !

C’est un vrai cercle vicieux, car la vie dans le Cube est quasi intenable ! On y sent une tension , un égoïsme de tous les instants ! Le Cube génère son propre poison et anéantit le Dom, qui le crée pourtant ! Le temps de la Chose ne repose plus que dans des endroits bien précis et limités et chaque retour dans le Cube est une épreuve, une lutte pour repousser toutes les agressions, toutes les laideurs !

La solution existe, mais personne ne veut la voir apparemment ! C’est la beauté de la Chose qui enchante et diminue la peur ! Mais pour le Dom, c’est ce qu’il y a de plus dérisoire et le monde s’embrase, entre gens « sérieux » !

Cependant, Patz et Karoc discutent dans une salle de contrôle de l’armée dom… « Il est plaisant Dominator ! s’exclame Patz. « Formez une armée de mutants ! » dit-il, mais les mutants on les trouve où ? A quoi on les reconnaît ?

_ Moi, j’ dis que tout ça, c’est du pipeau ! jette Karoc. Les mutants, c’est des mioches qui ont besoin d’une fessée ! D’ailleurs, Paschic, il a rien fait sur Ultima ! Il s’est rien passé entre lui et le fils de la Machine ! En tout cas, moi, j’ai rien vu ! Non, croyez-moi, patron, il faut revenir aux bonnes et anciennes méthodes ! Un beau missile sur le nez des Kaars et ils viendront nous supplier !

_ Je vous en prie, Karoc ! Nous sommes ici dans le QG le plus perfectionné de l’armée ! Vous voulez balancer un missile sur Kaar ? Allez-y, je vous laisse le commandement !

_ Vrai ? Je peux ?

_ Puisque je vous le dis... »

Karoc se tourne vers ceux qui font fonctionner le QG et leur lance : « Ecoutez-moi tous ! On va envoyer une bombe sur Kaar, pour les pousser au dialogue ! On va leur secouer les puces, ah ! ah ! Bon, qui s’occupe de la balistique ? » Un Dom lève le doigt, devant ses écrans de contrôle… « Très bien ! reprend Karoc. Commençons par établir la trajectoire du missile ! Calculez-moi ça mon garçon ! »

Le militaire tape sur son clavier, lance un programme de calcul, mais après une minute il déclare : « Impossible, monsieur, la planète Kaar est introuvable !

_ Quoi ? Elle n’existe pas ! C’est ce que vous êtes en train de me dire ?

_ Voyez par vous-même, monsieur, nos instruments sont incapables de définir la position de la planète !

_ Ce n’est pas possible ! Vous avez commis une erreur ! Je n’aime pas ça, mon garçon !

_ Il n’a pas commis d’erreurs, coupe Patz. Les Kaars ont mis au point un « brouillard » psychique ! Nous ignorons comment cela fonctionne, mais leur planète peut être ici, là-bas ou n’importe où !

_ Mais il y a bien des vols pour cette planète, des échanges !

_ Il y a effectivement des fenêtres, mais dès qu’elles se referment la planète Kaar devient insaisissable ! Nous ne comprenons pas sa logique ou sa dimension !

_ Et en y envoyant une armada de missiles ? 

_ Sérieux ? Non, ce qu’il nous aurait fallu, c’est le fils de la Machine ! Lui aurait pu repérer des mutants et les faire enrôler ! Malheureusement…

_ Mais on peut le retrouver celui-là ! La navette qu’il a prise est équipée d’un traceur !

_ Mais c’est vrai ! Karoc, finalement vous êtes utile, pour un dro…

_ Attention à ce que vous allez dire ! »

                                                                                                        7

     La violence et la haine se répandent dans le Cube, depuis qu’il brûle de plus en plus ! La peur et la colère se lisent sur les visages, alors que les corps sont surnourris et malsains ! Il n’y a là aucune cohérence ! On ne voit plus que ses intérêts, car on ne donne à sa vie aucun sens ! L’agriculteur et le pêcheur, notamment, ne voient plus la beauté de ce qui les entoure et donc la chance qu’ils ont ! Quel pêcheur aujourd’hui se réjouit de l’écume qui se gonfle à sa proue, avec un léger crépitement, sur cette surface cristalline, apparemment toujours vierge ?

Quel agriculteur s’étonne encore de la générosité de la terre, la trouvant quasi miraculeuse, puisqu’en quelques semaines une graine pousse, pour donner un beau plant ? Toute cette beauté qu’on néglige, qu’on méprise, parce qu’on ne sait plus la voir et qu’on est absorbé par le rendement, parce qu’on veut seulement réussir, gagner plus, parce qu’on s’imagine que seul l’argent peut rassurer !

Voilà pourquoi le Dom détruit sa planète ! Ce n’est pas du tout une fatalité! C’est ce manque d’idéal, d’écoute, de patience, que procure le temps de la Chose ! On est inquiet et on détruit ! On méprise et on piétine ! L’enfant s’enchante du monde, mais pas le Dom ! Celui-ci veut avoir raison, qu’on l’admire, qu’il soit le centre d’intérêt !

C’est la soif inextinguible de l’orgueil et de l’égoïsme ! L’enfant caresse la fleur et se plaît dans la lumière, en compagnie des papillons et des oiseaux ! Pour lui, la création est toujours un paradis, pour lui comme pour les animaux et les plantes ! Tout est découverte, surprise, étonnement, gratitude… Tout est complicité, amitié avec ce qui l’entoure ! Le Dom, lui, jette des pierres, crie vengeance, effraie la Chose et l’enfant ! Il tape du poing sur la table et dit qu’il y a urgence ! Mais, s’il y a urgence, c’est à aimer ! C’est à se calmer, à regarder, à prendre conscience de sa folie !

Cependant, à des années-lumière du Cube, le fils de la Machine a cessé de pleurer… Il en est fatigué et il a soudain soif ! Il se met en quête d’eau sur cette croûte noirâtre et il finit par en trouver dans une flaque ! Il la goûte, elle est excellente ! Elle le rafraîchit magnifiquement, de sorte qu’il se demande s’il existe une joie aussi grande ! Il se surprend à sourire et à être heureux ! Il n’avait jamais songé aux bienfaits de l’eau et il avait toujours bu sans y penser ! Mais là, il était assoiffé !

Le liquide a réveillé son estomac et la faim maintenant se fait sentir ! Mais qu’est-ce qui serait comestible alentour ? Il n’y a rien, ni végétation, ni animaux ! En désespoir de cause, le fils de la Machine descend vers la mer… Il arrive sur une plage de galets, qu’il fait grincer… Les vagues, elles, les font chanter, surtout en se retirant ! C’est comme un roulement de perles et pour la première fois, le fils de la Machine se surprend à l’écouter !

Mais il faut manger et le fils de la Machine inspecte méticuleusement les lieux ! Dans les flaques, ils découvrent des coquillages qui pourraient convenir, mais impossible de les décoller des rochers ! Un outil est nécessaire et le fils de la Machine songe aux débris de la navette ! Parmi eux, il y a sûrement une lame métallique, mais il faut retourner à l’endroit de l’écrasement !

C’est loin ! Le fils de la Machine soupire et c’est très bien, mais il n’a pas le choix et il se met en route ! Il ne le sait pas, mais il est en train de devenir courageux ! Jusqu’ici, dans le Cube, il s’était contenté de satisfaire son pouvoir psychique ! Cela seul l’intéressait, d’être capable de dominer les autres psychiquement, et d’abord pour en obtenir ce qu’il voulait ! Tous ses besoins élémentaires étaient satisfaits, sa famille y veillant ! Il ne se souciait pas de sa nourriture, ni de son logement, mais, à présent, c’est sa préoccupation première !

Il marche sous le soleil, entouré de silence, ne percevant que le bruit de son pas… Quelle solitude ! Mais il ne va pas recommencer à pleurer, à quoi bon ? Et puis, il a un but : retourner à la navette, y dénicher une lame et… refaire le chemin inverse ! Rien que cette perspective l’amuse, tellement elle a des airs absurdes ! Mais son estomac le commande et il redevient sérieux, concentré sur son effort !

Il arrive à la navette et la voir détruite l’afflige de nouveau et c’est pourquoi il s’empresse de fouiller les débris ! Il n’a aucun mal à trouver une lame satisfaisante, mais, avant de partir, il regarde la navette sous un autre jour ! Elle va lui servir d’abri, en déplaçant ceci, cela ! Dame ! Il lui faut un chez lui !

De retour sur le rivage, il s’active et décolle les coquillages ! Il les goûte, ne les trouve pas mauvais, mais ils seraient meilleurs cuits ! Il en prend donc une certaine quantité, dans son vêtement roulé et repart vers la navette ! Il sifflote même, comme après une bonne journée de travail ! Soudain, il se fige : et le feu ? Est-ce qu’il a de quoi allumer un feu ? Oui, se dit-il soulagé, c’est dans la navette et le combustible aussi !

Tout va bien alors ? Oui, il marche ragaillardi ! Il va se faire une bonne petite ventrée ! Il y aura de l’eau, un bon feu et il sera chez lui ! Quoi demander de plus ! Ah ! Ah ! Il se met à rire et même à chanter ! Et dire que le matin il pleurait !

                                                                                                      8

     Le fils de la Machine est devant son feu et fait bouillir ses coquillages ! Il est bien et en même temps qu’il chantonne, il songe… Il s’imagine les premiers Doms chassant et pêchant comme lui ! Au départ, ils étaient comme les animaux, mais leur intelligence les a conduits à fabriquer des armes, puis des outils, ce qui les a rendus particuliers ! En plus de la chasse, ils sont devenus agriculteurs et leurs groupements se sont de plus en plus complexifiés, hiérarchisés, avec des croyances, des lois, des codes… Le Dom d’aujourd’hui l’a oublié, mais sa journée de travail, celle qui lui sert à gagner son pain, est issue d’un comportement animal, aussi sophistiquée que soit la tâche à accomplir !

C’est cette vérité première que retrouve le fils de la Machine, quand il mange ses coquillages, entouré par les débris du vaisseau ! Le Dom, dans sa majorité, s’est affranchi de la recherche de sa nourriture, ce qui lui permet de se consacrer à lui-même, jusqu’à même croire que seul le Cube existe et que c’est la Chose l’étrangère ! C’est bien ainsi qu’était le fils de la Machine, qui trouvait naturel d’avoir à manger, sans se soucier de l’histoire de l’humanité !

Une autre chose l’étonne encore… Il est là tranquille, alors qu’il est peut-être l’unique habitant de cette planète et qu’il est conscient de l’immensité du cosmos ! Comment se fait-il qu’il ne soit pas écrasé par son sentiment d’abandon, de petitesse ? Là encore, il ne voit que son origine animale comme explication, car pourquoi s’inquiéterait-il en étant rassasié et en se sentant en sécurité pour la nuit ? L’animal ne demande pas plus, comme le fils de la Machine à présent ! Ses besoins instinctifs satisfaits, comment pourrait-il voir son environnement hostile ?

Le lendemain, il repère par réflexe la position du soleil à son lever… et il le fera aussi pour son coucher ! Cela lui permettra d’avoir une idée de l’heure, du temps qui passe, et il a l’impression de retrouver un ancien savoir, né de la nécessité ! Comme est loin son comportement sur le Cube, qui n’était que cérébral et uniquement lié au pouvoir ! Ici, il observe, note, apprend ; il « communique » avec la Chose, car c’est elle qui enseigne et lui assure sa survie !

Le programme de la matinée ? Mais il doit retourner à la pêche aux coquillages et voir s’il ne peut pas étoffer son menu ! Il part donc, mais s’arrête soudain ! Là, dans une faille, une jeune plante vient d’émerger ! Du vert ! Immédiatement, le fils de la Machine en fait une amie, une confidente, car elle lui paraît dans la même situation que lui : elle est toute seule et engagée dans la grande lutte pour la vie ! Le fils de la Machine lui sourit, il veillera à ce que la plante grandisse, il fera attention à elle et il a une compagnie à présent !

De retour sur la plage, le fils de la Machine commence sa récolte, avec le seul bruit de la mer dans son dos ! Brusquement, pourtant, une masse hurlante vient le charger ! Il en distingue peu de choses, tellement il est effrayé, mais l’animal ressemble à une grosse anémone, avec à la place des tentacules des dents et il a manifestement le comportement d’un chien agressif !

Le fils de la Machine est obligé de reculer et d’abandonner sa récolte… Plus haut sur la plage, il voit encore l’animal qui continue de le menacer et ce n’est que sur le chemin de la navette que peu- peu il reprend ses esprits ! Il est de nouveau tenté de céder au découragement, car voilà que son organisation toute neuve n’est plus possible ! Il médite et il arrive à la conclusion que l’affrontement est inévitable ! S’il veut manger, il doit vaincre l’animal !

Dans la navette, il fabrique une lance sans trop de peine et déterminé, il refait apparition sur la plage… Tout y est calme et il reprend sa récolte, tout en étant prêt à se défendre ! D’ailleurs, l’attaque ne tarde pas ! L’animal charge à nouveau, toujours aussi agressif, mais le fils de la Machine, fort de sa lance, le pique et le maintient à distance ! Une seconde, l’un et l’autre se jaugent, car la donne a changé ! Mais l’animal est aussi obstiné que le fils de la Machine et il essaie de mordre ! La lance le transperce sur un côté et il pousse une plainte, avant de s’enfuir !

Cela a suffi pour qu’il n’aille pas plus loin ! Il sait maintenant que le fils de la Machine peut le blesser et il l’évitera désormais ! Le gagnant, lui, éprouve un énorme soulagement ! La tension retombe pour laisser la place à un sentiment de victoire, de fierté ! Le fils de la Machine en pousse des cris et ce soir-là, il est encore plein d’excitation !

Devant son feu, il se dit qu’il a conquis son territoire, il a dominé son adversaire et c’est ce qu’il faisait psychiquement sur le Cube ! Il se montrait plus fort que les autres, par son pouvoir mental ! Partout où il allait, son cerveau était le plus puissant, se réjouissant de sa supériorité ! Seul l’avait vaincu Paschic ! A cette pensée, il perd tout enthousiasme !

                                                                                                        9

     Les jours passent et le fils de la Machine s’habitue à son quotidien ! Il recueille de l’eau, qu’il offre parfois à « sa » plante, puis il retourne à la plage, où il attrape maintenant de menus poissons ! L’une des choses dont il ne peut pas se lasser, c’est le spectacle de la mer, quand il arrive au bord de la falaise ! Elle est là immensément vaste, tellement qu’elle a l’air infiniment sereine et des nuages tombent des rayons, qui font des cercles de plomb fondus ! Le fils de la Machine s’imprègne de cette majesté, avant de descendre pêcher !

Il a soudain envie de reproduire ce qu’il voit ! C’est plus fort que lui ! Dans la navette, il fouille et s’empare de papier et d’un crayon ! Il va dessiner la mer et sa force, sa paix ! Cela l’inspire au plus profond et c’est comme une joie qui ne demanderait qu’à s’épanouir, ainsi qu’une eau sort de terre ! A mesure qu’il crayonne et qu’il avance, une vérité lui apparaît : les premiers Doms ont été encore une fois comme lui ! Non seulement ils chassaient et pêchaient, mais certains ont senti le besoin d’exprimer leurs sentiments et la beauté qui les touchait !

Les peintures pariétales en témoignent et les Scientifs ont tort ! Ce n’est pas seulement la crainte qui ont poussé les Doms à vénérer des divinités, mais c’est tout autant, sinon plus l’admiration ! Ce sentiment les a habités dès les premiers âges et même a créé en grande partie le culte, car la beauté interroge, mène au sens, à l’idée d’un créateur, c’est inévitable !

La plupart des cosmogonies, qui sont les premières tentatives pour expliquer le monde, racontent la même histoire ! Il est d’abord question d’un paradis, d’un état d’équilibre, de béatitude, car c’est l’effet de la beauté, mais quelque chose tourne mal, se dérègle, à cause d’une trahison, d’un manquement, puisqu’il faut bien une raison à la souffrance, à la dureté de la vie, pour se nourrir et se défendre !

La beauté fait donc partie de « l’équation de base » et les peintures des grottes ont été intimement liées au culte, qui lui est le berceau de la science, du sens, de la logique ! Ce n’est que peu à peu que ces « trois-là », art, culte et science, se sont séparés, pour échapper à toute dépendance, à la domination des deux autres ! Et c’est la science qui paraît avoir gagné ! Elle a prouvé que son « monde » était vrai, par l’expérience, les résultats, l’objectivité, mais cela été au détriment de ses origines : le culte a perdu ses vérités et l’art tout seul est devenu un agrément, pire un produit des névroses !

Un monde essentiellement matérialiste s’est imposé, mais qui ne peut qu’être inquiet et instable, car il est le jouet des crises, des prix, des événements ! Il est impossible au Dom moderne d’atteindre la paix, car il lui manque la moitié de ses racines, celles que redécouvre le fils de la Machine ! Admirer lui est parfaitement naturel et la beauté lui est comme une amie, une protection ! Il se sent moins seul, comme si on veillait sur lui !

La science, en méprisant l’art, a fait de nous des étrangers dans l’univers, d’où nos angoisses inextinguibles ! Que le culte ait été repoussé, cela s’entend (n’était-il pas dominateur, catégorique?) mais trouver la beauté secondaire, ainsi qu’un ornement, cela révèle un manque, une dureté, un arrivisme logés au plus profond, un caractère qui n’est pas insensible à la peur, bien au contraire ! Car c’est la peur essentiellement qui pousse au matérialisme, la peur d’être trompé, ridiculisé, de ne pas avoir sa part ! La perspective d’être heureux elle-même épouvante ! On se refuse à y croire, par sérieux, car c’est apparemment la loi de cause à effet qui mène le monde !

Le résultat est catastrophique ! Le Cube brûle et les Doms sont à moitié fous ! On s’empoigne, on se déchire, on s’insulte ! On perd la tête, on court dans tous les sens ! Chaque jour on a l’impression d’une surenchère de drames, de problèmes insolubles, de violences, de bizarreries ! Des monstres surgissent incompréhensibles à force de cruauté ! La science elle-même se montre incapable d’endiguer quoi que ce soit ! Elle alerte dans la cohue, sans qu’on puisse l’entendre ! Mais surtout elle n’a pas de solutions ! Toute seule, elle ne nous parle pas en entier et elle oublie d’où elle vient ! La beauté a toujours été l’une des premières sources de notre questionnement ! Elle est indispensable au sens !

C’est ce qui revient à la conscience du fils de la Machine, devant la majesté sereine de l’océan ! « Et dire que des naïfs croient que la solution est politique ! » se dit le fils de la Machine, en haussant les épaules ! Il en est là dans ses réflexions, quand un nuage de poussière enveloppe les débris de la navette et qu’un grand vaisseau spatial atterrit à côté dans un bruit strident, en écrasant sa plante !

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LA GUERRE PSYCHIQUE

Le 12/09/2026

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        "Je n'oublie ni un nom, ni un visage!"

                         Rendez-vous avec la mort

 

                                1

     Au sommet de la tour du Pouvoir, Dominator, son éternel cigare au bec, contemple la brume qui se lève peut à peu sur Domopolis ! Derrière lui attend l’équipage de retour d’Ultima ! « Messieurs, dit Dominator, je dois vous féliciter ! Vous avez ramené tout le monde sain et sauf !

_ Hem ! Hum ! fait Ratamor. Pas tout le monde ! Paschic est resté là-bas !

_ Ah ! C’est vrai ! Et qu’est-ce qui lui est arrivé à celui-là ?

_ Eh bien, à vrai dire, nous l’ignorons ! répond Patz. Nous avons attendu son arrivée jusqu’à la dernière limite, car, comme vous le savez, la station était menacée par une sorte de faille temporelle… ou spatiale !

_ Oui, cet étrange incident…, dont on ne comprend pas encore la nature ! Mais c’est aussi par cette faille que s’est échappé le fils de la Machine, à bord d’une de nos navettes !

_ Exact !

_ Mais bon sang ! Pourquoi s’est-il échappé ? De quoi se sentait-il coupable ?

_ Hem ! Hum ! fait Ratamor. Il est possible qu’il ait pensé avoir des ennuis, à cause de ses fausses accusations de pédophilie !

_ A condition qu’elles soient fausses ! coupe Karoc.

_ Elles le sont ! réplique Ratamor. Mon ami Mox a été injustement accusé et condamné !

_ Bon, bon ! admet Dominator. Et la Machine, comment elle va ?

_ Elle ne dit rien, répond Patz. Elle semble hébétée et diminuée, ce qui n’est pas anormale pour quelqu’un qui sort du coma…

_ Lapsie ?

_ Elle s’en remettra !

_ Bon ben, je le répète, félicitations messieurs ! Votre mission de secours a été un succès !

_ Vous ne comptez pas essayer de savoir ce qu’est devenu Paschic ? demande Web. Qu’allez-vous faire de la station ?

_ Mais, à l’heure qu’il est, la station n’existe plus ! Pas vrai, Patz ?

_ Non, nous avions enclenché son système d’autodestruction, avant de partir ! Elle a dû exploser une heure après !

_ Bande de salauds ! s’écrie Web.

_ Oh ! Eh ! Un ton en dessous, Web ! fait Dominator. D’ailleurs, Paschic était un élément menaçant pour le Cube…

_ Sûr ! approuve Karoc.

_ Mais bon ! reprend Dominator. J’ai à discuter avec Patz et Karoc ! Les autres, vous dégagez ! »

Qu’est-il arrivé à Paschic ? Il a bien découvert le système d’autodestruction, mais il était trop tard ! D’ailleurs, il n’aurait pas su l’arrêter ! Le résultat : il a été pulvérisé dans l’espace, ainsi que la station ! Et pourtant il est toujours conscient ! Il est toujours là, quelque part, avec son esprit ! Il n’est pas mort totalement, il le constate ! Il continue d’exister par sa conscience !

Il ne devrait pas en être étonné ! N’a-t-il pas cherché toute sa vie du sens ? N’a-t-il pas passé tout son temps à développer sa conscience, comme si elle était l’aboutissement ? Elle est maintenant séparée de son corps, comme un fruit lâché dans l’espace ! ou comme un pollen voyageant sans sa fleur !

Mais une autre vérité se fait jour dans l’esprit de Paschic : plus la conscience a été étendue pendant la vie et plus elle est libre après la mort ! Au contraire, plus elle a gardé son égoïsme et ses privilèges, à l’abri de ses peurs et plus elle est maintenue dans une prison qu’elle a construite elle-même !

Cela apparaît comme une évidence, d’autant que Paschic sent un souffle infini monter en lui ! En effet, il a consacré sa vie à la beauté et le voilà partout chez lui en somme, car la beauté est elle-même partout ! D’autre part, le temps de la Chose lui a appris les lois qui régissent les Doms et il a donc appris à les connaître, aussi bien que lui-même ! Le voilà donc aussi capables d’atteindre toutes les consciences, un peu comme un joueur de piano fait vibrer toutes ses notes !

La connaissance universelle de Paschic, son amour constant pour la beauté de la Chose, et donc son respect pour tout ce qui vit, le font désormais infiniment libre et rayonnant ! Et il décide d’abord d’aller voir maître Sol, de communiquer avec lui, de conscience à conscience et se rendre sur la planète Kaar ne pose évidemment aucun problème, puisqu’elle est toute dévouée à la beauté !

                                                                                                        2

     Il suffit à Paschic de penser à Kaar pour s’y rendre ! Il y est parce que son esprit la matérialise et il n’existe pas non plus de limites au champ de la conscience, si ce n’est celles que l’on n’a pas voulu franchir durant son existence et qui demeurent par-delà !

Paschic a toujours aimé retrouver Kaar et son respect, voire son culte, pour la beauté de la Chose ! La nature y est bien sûr infiniment préservée et dans les bois, on a l’impression de visiter un temple, dont les piliers seraient formés par les troncs et les vitraux par la lumière sur les feuillages !

Ici, nul individu qui court avec un casque sur les oreilles, indifférent au monde qui l’entoure ! Ici, nulle conversation bruyante, qui ressasse des ennuis ou des convictions personnelles, à grand renfort d’égoïsme !

Ceux qui empruntent ces sentiers se recueillent, écoutent le silence, s’enchantent de l’oiseau, du champignon ou de la mousse ! Ils sont admiratifs et respectueux ! Ils respirent et apprennent à se dominer eux-mêmes et non les autres ! Le temps de la Chose les aide et les pénètre, ce qui n’a rien d’austère, au contraire !

Les oiseaux ne sont pas effrayés et chantent à tue-tête ! Les petits rongeurs passent entre les pieds des promeneurs ! Les écureuils donnent l’impression d’avoir installé une scierie dans les cimes ! Ici, chacun peut vivre, sans craindre l’homme ou le Dom ! Nul souci de rentabilité habite ces lieux ! Nulle folie ne les menace de béton ! Les habitations des Kaariens sont elles aussi en harmonie avec la nature : elles se fondent dans le paysage et ne se dressent aucunement hors de lui, comme si elles lui faisaient la guerre !

Toute la philosophie kaar est dirigée contre la domination, grâce au message de la beauté ! On y apprend avant tout à ne plus avoir peur, car c’est bien la crainte qui pousse à dominer, pour se rassurer ! Ici, on affronte le réel, pour mieux le connaître ! On ne le fuit pas, dans une bulle dominatrice ! Il s’agit d’ouvrir les yeux, pour trouver de l’espoir, s’il existe ! En résumé, la planète Kaar est à l’opposé du Cube !

Paschic choisit de rejoindre maître Sol dans un endroit qu’ils aiment tous les deux ! Là, des houx ont l’air de candélabres triomphants, avec une lumière d’une pureté inouïe sur les feuilles ! Mais dés son approche, Paschic sent que maître Sol est dans le même état que lui, qu’il est mort lui aussi ! « Te voilà, Paschic ! dit la conscience de maître Sol. Je vois que tu as rejoint entièrement la dimension psychique !

_ Oui, j’ai péri dans la destruction de la station Ultima… Certains Doms n’ont pas voulu que je m’en sorte !

_ Hélas, je n’ai pas connu meilleur sort… Peu après avoir essayé de te joindre, j’ai été assassiné… par un Kaarien, figure-toi !

_ Je ne comprends pas… Comment un Kaar peut-il commettre un tel acte ?

_ C’est que la lutte contre la domination est toujours difficile, tu le sais ! Bien souvent, on en désespère, on se dit que rien ne change et qu’on n’évolue pas ! On voudrait tout de même être connu, avoir du pouvoir, être quelqu’un ! La tentation est toujours là et on finit par y céder !

_ Mais pourquoi vous assassiner ?

_ C’est justement pour cela que je voulais te parler… J’ai compris, à certains signes, qu’il se passe quelque chose sur le Cube… Il se pourrait que celui-ci essaie d’attaquer Kaar…, grâce sans doute à la complicité de quelques uns ici, qui ont fini par me voir comme une menace...

_ Je vois… Mais à votre avis que veut le Cube ? Pourquoi attaquer Kaar ?

_ Je n’en sais rien, à vrai dire… Mais une expression m’est tombée dans l’oreille… Je crois que le Cube prépare une guerre psychique contre nous !

_ Une guerre psychique ?

_ Oui, une autre guerre serait inefficace et même très impopulaire ! tandis qu’une guerre psychique nous toucherait directement et resterait invisible !

_ Serait-il possible de l’empêcher ?

_ Je pense que nos consciences ont encore un rôle à jouer, puisque nous connaissons les Doms et que nous pouvons toujours communiquer avec eux ! D’autre part, s’il s’agit bien d’une guerre psychique, la conscience sera essentiellement concernée et ce sera notre terrain !

_ Bon, mais ce n’est pas seulement le Cube qui est en cause... Ici la situation se dégrade, avec votre assassinat !

_ Oui, allons voir ce qui se passe réellement ! »

                                                                                                        3

     Que devient le fils de la Machine ? Inquiet pour son avenir, amer d’avoir perdu contre Paschic, il n’a pas voulu retourner sur le Cube et il a profité d’un phénomène étrange, une faille dans l’espace, pour s’enfuir ! Il a pris une navette de la station Ultima, pour foncer dans la déchirure du cosmos ! Que s’est-il passé ensuite ? Il a tourbillonné dans une nébuleuse environnée d’étoiles, jusqu’à en perdre connaissance !

C’est l’alarme de la navette qui l’a réveillé : on approchait du sol ! D’un coup la navette a percé un plafond de nuages et les reliefs d’une planète sont apparus ! Il a fallu reprendre les commandes et effectuer un atterrissage en catastrophe ! La navette s’est à moitié écrasée sur une terre noire et désolée !

La fils de la Machine a pu s’en extirper sans trop de dommages et juste un peu assommé, il a commencé à regarder où il était ! Mais aussi loin que portaient les yeux, il n’y avait que cet aspect aride et noirâtre, typique des terrains volcaniques !

Le fils de la Machine s’est mis en marche, avec sa faible réserve d’eau et sa combinaison sale et déchirée ! Il entend son pas sur le gravier et monte et descend au fil des reliefs, le front en sueur ! Le ciel est gris, juste traversé par un faible soleil et le fils de la Machine à l’impression de n’être plus qu’une marionnette, dans les mains du désespoir !

Il arrive cependant à un promontoire, qui donne sur la mer ! Celle-ci immense déroule ses rouleaux et elle a la même couleur que le ciel : grise de sorte qu’elle paraît triste et sans vie ! Morne est le mot qui s’impose à l’esprit du fils de la Machine, car il n’ a pas encore vu de végétation, ni d’animaux !

Le fils de la Machine s’assoit et pleure… La solitude est trop dure pour lui !

Dans le même temps, sur le Cube, les choses vont tout autrement, avec une chanson bien différente ! Dominator fait part de ses plans à Patz et Karoc ! « Messieurs, dit-il, comme vous le savez sans doute, la planète est foutue ! Elle ne sert plus à rien ! Peut-être que nous l’avons trop exploitée, mais le fait est qu’elle est sans avenir ! Soit on va y griller, soit y mourir de faim ! Ou les deux ! En tout cas, il nous faut maintenant songer à un plan B !

_ Cela paraît difficile…, glisse Patz.

_ Oui et non… Il y a une planète qui regorge de richesses naturelles et dont le climat est le plus sain du monde ! Je veux parler de Kaar, messieurs !

_ Les Kaariens ne nous laisseront pas faire ! rajoute Patz.

_ Certes non ! Ce sont des illuminés, des mystiques qui n’ont aucun sens des réalités, mais qui sont très attachés à leur planète et à leur façon de vivre !

_ Quels égoïstes !

_ On va les frapper au coeur ! les balayer ! Autrement dit, c’est la guerre ! Nous n’aurons pas leur planète sans cela !

_ Eh bien, où est le problème ? Nous sommes bien supérieurs en armement !

_ Ce n’est pas aussi simple… Les Kaars ont développé leurs forces psychiques anormalement ! Il faut bien leur reconnaître ça : ils sont bien en avance sur nous dans ce domaine et ils sont capables de véritables tours de passe-passe ! Par exemple, ils pourraient retourner nos soldats contre nous ou nous faire attaquer une planète, qui ne serait qu’une illusion ! Ils en ont sous le chapeau !

_ Mais alors que proposez-vous ?

_ Mais qu’on les batte, qu’on arrive à les vaincre sur leur propre terrain, sur celui qui fait leur essence, à savoir le pouvoir psychique ! Outre que j’ai déjà sur place des sympathisants, il nous faut créer une armée psychique, si je puis dire ! Je veux des guerriers psychiques, des cerveaux capables de vaincre d’autres cerveaux ! Vous voyez à quoi je pense ?

_ Euh…

_ Vous allez me rassembler autant d’enfants mutants que vous pouvez… et vous allez les former au combat psychique ! Je veux des fils de la Machine en veux-tu en voilà et je veux qu’ils deviennent les cauchemars des Kaariens !

_ Entendu !

_ Quand vous serez prêts, un instructeur kaarien, dévoué à notre cause, viendra vous aider ! C’est un domaine nouveau pour nous ! Messieurs, la guerre de papa, c’est terminé ! Maintenant, nous nous battons pour faire plier les esprits, les rendre esclaves ! »

                                                                                                           4

     L’univers dans lequel évoluent maintenant Paschic et Sol est nouveau pour eux et ils le découvrent ! Mais, en fin de compte, c’est le domaine de la conscience, tel qu’ils le connaissent sans les corps ! Ils rencontrent au passage directement d’autres consciences, qui sont dans un état qu’elles ont elles-mêmes créé durant leur vie matérielle ! Paschic et Sol ne sont donc pas devant un total inconnu, mais les situations leur apparaissent sans ambiguïtés, sans le masque des civilités, sans le doute qu’impose la crainte de l’autre, comme s’il n’y avait plus que des symboles, des leçons liées au comportement de chacun !

Après la mort, les consciences ne peuvent se tromper elles-mêmes, ni entre elles ! Ainsi, bientôt, Paschic et Sol traversent un champ de prisons flottant dans l’espace ! C’est du moins leur perception, car ils sentent autour d’eux de la rage, de la haine, venant du fait qu’ils se meuvent librement et non les consciences qui les entourent !

Le message est clair : pourquoi Paschic et Sol ont l’air heureux et non elles, qui sont enfermées ! Ne sont-elles pas importantes ? Qu’est-ce que Paschic et Sol ont de plus ? Dans son existence passée, Paschic se serait sans doute arrêté auprès de quelques unes, pour leur expliquer comment se libérer, mais, à présent, il glisse lui-même si facilement qu’il éprouve sans doute la plénitude de l’oiseau, quand il plane dans les hauteurs, et il laisse là toute cette colère, ces vociférations, cette bassesse qu’on cherche à lui transmettre ! Car c’est le résultat d’un travail qui n’a pas été effectué, ni voulu par ceux qui se plaignent ! L’ignorance n’explique pas tout !

« Attention ! » crie Sol, qui pousse sur le côté Paschic, pour ainsi dire ! Mais une étrange conscience déboule, menaçant d’écraser tout le monde ! C’est la conscience d’un agriculteur, enchaînée à son tracteur géant ! Par moments, on sent bien que cette conscience appelle au secours, mais la seconde suivante elle commande son véhicule, qui détruit tout sur son passage ! Puis, ce chaos dangereux disparaît dans la nuit !

Plus loin, une femme songe au milieu d’un cercle de visages… Elle dit à Paschic et Sol : « J’ai figé dans la pierre tous ceux qui me résistaient ! Et ils sont là maintenant à me regarder ! Mais ne le méritaient-ils pas ? Ne suis-je pas une reine ? N’étais-je la plus belle ! On me devait obéissance ! Mais ces statues ont l’air de me demander des comptes ! Que puis-je leur donner ? Je n’ai rien ! »

Paschic et Sol continuent leur chemin et se concentrent sur Kaar… Ils entrent bientôt dans la salle du Conseil, là où se prennent toutes les grandes décisions concernant la planète ! Même sur Kaar, qui lutte contre la domination, il faut un gouvernement ! Cependant, un orateur tient en haleine son auditoire… Il est vêtu d’une robe simple, comme tous les membres du Conseil, et sa voix résonne solennelle !

« Mes amis, mes amis, dit-il, l’heure est grave, car notre idéal est menacé ! Que voyons-nous ? Mais nos valeurs, celles qui ont bâti notre société, sont bafouées, traînées dans la boue et poussées vers l’oubli ! Ce sont pourtant elles qui nous font évoluer, qui font notre spécificité et qui nous permettent de vivre ensemble, en harmonie ! C’est notre histoire qu’on menace ! notre héritage ! Mais qui est à l’origine de nos craintes ? Mais tous ceux qui ont des manières brutales et irrespectueuses ! tous ceux qui croient que notre foi est dépassée ! tous ceux qui se moquent de nos croyances, de nos convictions ! tous ceux qui nous voient, nous les membres du Conseil, comme des privilégiés, des nantis, des parasites ! »

Une rumeur parcourt la salle ! « Je sais, reprend l’orateur, vous vous dites : « Ceux-là ne sont pas nombreux sur Kaar et bien vite notre éducation les fera revenir à la raison, leur montrera les bienfaits de la lutte contre la domination... Mais qui mieux que nous sait que cette lutte est sans fin, tant le cœur est naturellement inquiet et a soif de reconnaissance et de pouvoir ? Qui mieux que nous sait cela ? Nous connaissons les difficultés, les sacrifices pour devenir un Kaar accompli ! Mais toujours il y en a qui n’en ont jamais assez et qui font valoir leur mécontentement ! Et aujourd’hui ils tendent l’oreille vers quoi ? Mais vers une douce musique venue de l’étranger et qui chante que rien n’existe, sauf soi ! et qu’il faut prendre ce qu’on peut ! Et que le bonheur est dans la gloire et la notoriété ! que rien ne vaut l’admiration des autres, leur envie ! N’en déplaise aux vieilles barbes du Conseil ! »

De nouveau la salle s’anime, plus fortement que la fois précédente ! « Oui, Mesdames, Messieurs, clame l’orateur, nous avons cédé aux influences étrangères, au détriment de nos valeurs et de notre idéal ! Les sanctuaires ont été souillés ! Les pensées les plus sacrées ont été raillées et elles ne sont plus traitées que comme des points de vue, des opinions, comme si notre expérience, notre savoir n’avaient pas déjà fait leurs preuves ! C’est pourquoi il est temps de réagir ! »