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Paschic sent le printemps (34-38)
- Le 02/05/2026

"Mauvais temps, messieurs, mauvais temps!"
Ne réveillez pas un flic qui dort
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Nous avions laissé Paschic, Web et Branche dans l’appartement de Ratamor et voilà que tous les trois se retrouvent au grand air, ensemble, puisque Branche semble vouloir découvrir le monde ! Dans la rue, il a seulement l’air costumé en arbre et tout se passerait bien pour le premier Dom végétal, si le Cube n’était pas soudainement en proie à une nouvelle maladie !
Que se passe-t-il au juste ? Mais cela a commencé bizarrement, quoique d’une manière plutôt anodine ! Mais un Dom, un matin, alors qu’il était sur le point de se raser, s’est figé devant sa glace, car une fleur, oui, une petite fleur était en train de lui pousser sur la joue ! Ce n’était pas possible ! Mais si ! Le Dom a rapidement cédé à la panique, d’autant qu’il était célibataire, et il s’est précipité chez son médecin, bien qu’il n’eût pas rendez-vous !
Suscitant l’indignation des patients, qui attendaient dans la salle d’attente, le Dom a fait irruption dans le cabinet du médecin, en criant « Doc, c’est une urgence !
_ Voyons, je suis en consultation !
_ Excusez-moi, mais j’ ne peux pas attendre ! Non mais, regardez-moi ça !
_ Une… une fleur vous pousse sur la joue… C’est curieux !
_ Curieux ? C’est une catastrophe oui ! »
La suite se résume à une idée d’utiliser un désherbant et on aurait sans doute pu soulager le Dom, mais les événements vont se précipiter ! D’autres Doms en effet se voient également « fleurir » ! Et ce n’est pas une seule fleur qui apparaît, mais un véritable bouquet ! On a, quels que soient leur âge ou leur sexe, des Doms primevères, boutons d’or, pissenlits, compagnons, pâquerettes ! C’est une explosion florale sur les visages !
Le corps médical s’en émeut, car l’angoisse des patients est bien réelle ! On rase les fleurs, elles repoussent ! On se gratte la tête devant le phénomène ! On examine les habitudes de chacun, pour découvrir les causes du mal, en vain ! On parle d’une épidémie et on s’en protège avec des masques ! Est-ce vraiment efficace ? On est tenté de répondre que non, puisque le nombre de Doms fleurs augmente inexorablement !
Des malades sont invités sur les plateaux de télévision, où ils éclatent en sanglots ou évoquent l’idée du suicide ! On les plaint et celle qui est la plus touchée, c’est la reine Inquiétude, qui vient de s’unir en grandes pompes avec Dominator, le président du Cube ! La reine Inquiétude ne cesse d’exprimer ses craintes, son désarroi et elle s’engage personnellement pour guérir les Doms fleurs ! Des reportages la montrent les accueillant dans un établissement spécialement réquisitionné pour l’occasion ! Les meilleurs chercheurs dans le domaine y sont appelés !
A l’Assemblée du Cube, c’est l’ébullition ! On crie, on invective les opposants ! L’heure est grave ! On prend un ton solennel ! Certains accusent des puissances étrangères et malveillantes ! On met en cause le laxisme des gouvernements précédents ! On dit qu’on l’avait dit ! qu’on avait prévenu et qu’à l’époque on n’avait reçu que moqueries ! On exprime sa lassitude d’avoir toujours raison !
On met en garde, contre les forces obscures, contre ceux qui voudraient détruire le pays, pour mieux le gouverner ! On s’énerve et puis, soudain, le débat prend un autre cours ! Quelqu’un a suggéré une vague de la Chose, une attaque de la Chose ! Elle aurait profité de sa liberté, de la mauvais situation politique et économique mondiale, pour porter un coup contre le Cube ! La sournoise ! La dangereuse Chose aurait frappé le Cube dans le dos ! Par quels moyens ? Mais elle aurait essaimé, après s’être modifiée génétiquement ! Elle serait devenue à même de miner le Dom dans sa chair ! Encore un de ses plans pour détruire le Cube !
Il n’y a qu’à la regarder et c’est ce que fait une délégation du Cube ! Et que voit-elle ? Mais une Chose triomphante, qui jubile, qui partout explose, dans ses fleurs, ses couleurs, ses senteurs ! Certes, c’est le printemps, mais cela effraie, agace même, car la Chose a encore l’air heureuse, alors que les Doms sont en plein doute, ont tant d’affaires délicates à traiter, ont tellement de souffrances, tellement de tourments ! C’est que le Cube a les pieds sur terre, il est sérieux, lui ! Il ne fait pas n’importe quoi, comme la Chose !
La haine gronde ! Le fiel se débonde ! Contre les ennemis du Cube, on ne saurait être trop ferme, trop radical ! Et pourquoi pas la bombe atomique ? Un passage sur la Chose et boum ! le champignon nucléaire ! Elle ferait moins la maligne après ça ! Des voix tempèrent : peut-être que du napalm serait suffisant ?
En tout cas, dans les rues règnent le trouble, le soupçon et c’est pourquoi Branche et ses amis sont subitement contraints de se cacher ! Branche en effet ne passe pas inaperçu et il est plus vu comme une menace que tel un malade !
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Les trois compères profitent d’une nuit dans un hôtel et Paschic et Branche se retrouvent à veiller, tandis que Web s’est déjà endormi et que dehors un orage fait voir ses éclairs ! C’est un spectacle dont on ne se lasse pas quand on est à l’abri et qui peut créer une certaine intimité, puisque voilà Branche qui parle à cœur ouvert à Paschic : « Je peux peut-être vous guérir ! dit-il.
_ Ah ?
_ Oui, j’ai remarqué que, malgré votre sagesse, vous sembliez blessé, ce qui vous fait toujours un peu sur vos gardes !
_ C’est exact ! Je suis passé sous un rouleau compresseur, étant enfant ! Mais les dégâts sont tels que je doute qu’une guérison complète soit possible !
_ Un rouleau compresseur ?
_ Oui et c’est même un euphémisme ! Je suis le fils de la Machine et j’ai été traqué et attaqué dans les moindres recoins de mon cerveau ! C’est un piétinement complet, basé sur la peur et qui a duré de nombreuses années ! Je me demande toujours aujourd’hui comment se fait-il que je sois toujours en vie ou comment ai-je fait pour ne pas sombrer dans la folie ? Pour moi, ça tient du miracle !
_ La Machine ? J’en ai vaguement entendu parler… Mais pourquoi un tel acharnement ? Vous n’étiez qu’un enfant ! Etiez-vous particulièrement difficile ?
_ Non, je crois que c’était même le contraire ! C’est d’abord à cause de ma douceur que j’ai eu des ennuis !
_ Je ne comprends pas…
_ Mais on méprise volontiers celui qui paraît accepter cela, comme si c’était un signe de faiblesse ! Mais ma douceur était aussi due à une lucidité particulière, qui me faisait voir les inquiétudes des Doms comme injustifiées ! Par exemple, comment expliquer la paix de la nature, sa beauté, à côté de tous nos énervements, qui sont sans fin ! Il y a là une inéquation qui m’a toujours frappé et qui m’a conduit à considérer l’hypocrisie des Doms ! J’étais en marche vers la vérité et cette quête a garanti ma raison, jusqu’à la rendre d’acier !
_ Je commence à comprendre… Votre relation avec la Machine est devenu un affrontement !
_ Exactement ! Son mensonge, qu’on peut aussi voir comme un aveuglement, n’est pas passé par moi, mais à quel prix ! La Machine a bien essayé de me détruire et j’en porte encore aujourd’hui les séquelles ! Quand une mère veut à toute force tordre son enfant, selon ses désirs, il n’en sort pas indemne évidemment !
_ Évidemment !
_ Plus tard, j’ai théorisé ce qui m’est arrivé et ce que j’ai compris des choses, car, à ma grande surprise, j’ai découvert que la Machine n’était nullement une Dom particulière, mais que la plupart des Doms sont comme elle ! Ils ont le même fonctionnement, mais à un degré divers cependant !
_ Oui, ce sont vos idées sur la domination et la peur ! La première augmentant selon la seconde, pour mieux la masquer !
_ Oui, la domination, c’est la vitrine de la réussite, de la force, de l’équilibre ! C’est ce qu’on voudrait nous faire croire socialement, mais en dessous il y a toujours la peur, de ce qui est différent ! Si un obstacle se présente, la vitrine tremble, car la peur réapparaît ! Le drame, c’est quand le Dom, au lieu d’affronter cette peur, d’essayer de comprendre la différence, l’essence même de la vie, choisit de détruire l’obstacle, de lui faire subir toute sa fureur !
_ Je vois… Je comprends mieux le rapport entre vous et votre mère…
_ Mais vous parliez de me guérir…
_ Oui, j’ai un pouvoir… Je peux entrer avec mes branches dans votre cerveau ! Je peux m’y ramifier quasiment à l’infini et ainsi toucher toutes vos blessures, afin de les apaiser, de les réparer !
_ J’ai peur de ce que vous allez sentir…
_ On peut toujours essayer… On verra bien l’ampleur des dégâts…
_ Très bien ! »
A cet instant, un éclair traverse la pièce et les lumières s’éteignent ! La pièce est plongée dans une vague lueur bleue… « Pas besoin de lumière ! reprend Branche. Asseyez-vous… Je vais me ramifier le plus finement possible... »
Paschic observe Branche, qui s’étend et développe des brindilles, qui ont elles-mêmes la forme d’éclairs ! Elles finissent toute même par pénétrer le nez de Paschic et elles commencent alors leur voyage au centre de la douleur mentale, là où tous les coups portés par la Machine ont entaillé le cerveau, le faisant dolent et esclave !
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Branche, par sa connexion, pénètre un autre univers ! En fait, il devient un acteur des blessures mentales de Paschic, comme s’il se trouvait au centre de ses pensées et qu’il en éprouvait les moindres remous, sous forme d’images ! Mais le décor de départ n’a rien de rassurant ! Une immensité désertique et blanche, sans doute constituée de sel, avec un arbre mort !
Un petit homme en costume arrive cependant et tout tranquillement, sous le regard incrédule de Branche, il demande à celui-ci de s’asseoir sur la souche, tout en ouvrant une petite valise ! « Je vais vous appliquer ces électrodes, dit-il. C’est fou ce qu’on peut faire aujourd’hui, car cette petite valise contient assez d’électricité pour vous griller comme un poulet ! Ah ! Ah !
_ Mais je…
_ A partir de maintenant, c’est moi qui commande et il n’y a plus de je… Votre avis ne m’intéresse pas… Votre moi n’est plus qu’un rêve oublié ! Levez le bras droit…
_ Quoi ?
_ Je teste la machine… Levez le bras droit !
_ Mais, je… Aaaaah !
_ Eh oui, ça fait un mal de chien ! Mais, si vous faites exactement, ce que je vous dis…, eh bien, il est possible que je me montre indulgent ! Remarquez que je n’ai pas dit que je ne vous enverrai pas de décharges ! Je ne peux et ne veux pas vous faire de fausses promesses !
_ Mais qu’est-ce que… ?
_ Tournez la tête vers la gauche !
_ Allez vous faire f… Aaaaah !
_ Évitons ces moments pénibles, voulez-vous ? Ces moments où vous croyez pouvoir exister ! Vous êtes tout à moi et personne ne pourra vous sauver ! Voyez-vous quelqu’un dans les environs ? Non ! Donc, reprenons ! Ma machine a l’air de fonctionner, n’est-ce pas ! Levez la tête, tournez le bras !
_ Aaaaah
_ Vous n’êtes pas attentif ! Vous en êtes encore à lever le bras et à tourner la tête, alors que je vous demande le contraire !
_ C’était… un piège ?
_ Un test ! Pour qui me prenez-vous ? Pour un bourreau ? Je suis là pour vous aider… Il y a des choses qu’il faut corriger chez vous et nous allons y arriver ensemble ! Est-ce que c’est clair ? Dites merci !
_ Hein ?
_ Hein, c’est impoli ! Restez correct ! Mais comme je vous aide, vous devez me dire merci !
_ Je ne peux pas… Vous me faites mal !
_ Mais la douleur est nécessaire, pour lutter contre la paresse qui vous ronge ! De toute façon, vous devez toujours dire merci, car on en fait toujours trop pour vous ! Vous croyez que ça m’amuse de me consacrer à vous ici, en ces lieux ! J’ai bien d’autres choses à faire ! Mais je veux bien me sacrifier, si vous faites des efforts et que vous me donnez de l’espoir ! Donc dites merci !
_ Je… Je ne peux pas…
_ Quel dommage !
_ Aaaaaah !
_ Dites merci pour l’air que vous respirez, car vous n’en êtes même pas digne ! Je vais vous dire ce qui vous fait souffrir…. Ce n’est pas les décharges que je vous envoie, c’est votre égoïsme ! Du moment que vous êtes attaché à votre personne, il est normal que vous éprouviez de la douleur, car c’est encore une façon de vous considérer ! Vous allez voir, à force, quand vous n’aurez plus conscience de votre existence, mes décharges deviendront inoffensives… et ma foi, on en rira tous les deux ! Car vous serez tout à moi et je pourrai aller voir ailleurs !
_ Vous êtes dingue !
_ Aaaaah !
_ Quel manque de respect pour la main qui vous nourrit et qui s’efforce de vous rendre meilleur ! Reprenons, à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, vous souffrirez ! Il n’y a que comme ça qu’on y arrivera ! Plus loin, il vous faudra comprendre que le plaisir, c’est moi ! Tout est maintenant plus clair, n’est-ce pas ! Merci qui ?
_ Je peux… pleurer ?
_ Encore un truc pour penser à vous ? »
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Branche est éberlué, tétanisé ! Il lui semble être en plein cauchemar et qu’il va finir par s’éveiller ! Pourtant, le petit homme a l’air bien réel, bien sérieux, absolument déterminé et peu à peu Branche éprouve une peur incommensurable, destructrice, qui le liquéfie ! Il ne le sait pas encore, mais il vient d’entrer dans le temple du désespoir sans bornes !
« Où en étions-nous ? reprend le petit homme. Ah oui ! Vous respirez… et donc ?
_ Et donc ? Chais pas…
_ Mauvaise réponse !
_ Aaaaaah !
_ Vous respirez et donc…, vous dites merci ! C’est quand même pas compliqué !
_ Sal...opard ! Aaaaah !
_ Ah ! Parce que croyez que ça m’amuse ? Mais, moi aussi, j’aimerais prendre du bon temps ! tout comme vous ! J’ai mille autres choses à faire !
_ Eh bien allez-y ! Aaaaaah !
_ Dites merci !
_ Mer… ci !
_ Ouf ! On fait un pas ! Que la route est longue ! Mais on y arrivera ! Je ne lâcherai rien, vous m’entendez !
_ Pourquoi…, pourquoi vous faites tout ça ?
_ Pourquoi ? Mais parce que vous m’ foutez la trouille, mon pauvr’ vieux ! Une sacré trouille même !
_ Comprends pas…
_ Il comprend pas ! Il comprend pas ! Dans mon village, on avait des principes… et j’ai été éduqué selon ces principes! On m’a dit comment il fallait que je me comporte, quelle était ma place, quels étaient mes devoirs et j’ai dû obéir ! Car, si je ne l’avais pas fait, on m’aurait jeté dans l’abîme !
_ L’abîme ?
_ Oui, à côté du village, il y avait une immense ravin, dont on ne voyait pas le fond ! Et c’est dans cette nuit sans fin qu’on jetait les enfants qui n’étaient pas sages !
_ Foutaises ! Aaaaah !
_ Je voudrais que tu éprouves cette peur de l’abîme, car il n’est pas juste que je sois le seul à en souffrir ! Il faut que tu aies peur, tout comme moi ! Le mal qu’on m’a fait, je veux que tu le ressentes aussi !
_ Aaaaah !
_ J’ veux qu’ tu me craignes jusqu’au trognon ! Car tu sais quoi ? Plus j’aurais de pouvoir sur toi et les autres et moins j’aurais peur !
_ La belle affaire ! Aaaaah !
_ Moi seul dois régner ! Je vois mon nom en haut de l’affiche ! Et bien sûr tout doit être impeccable, sans défauts, tel le diamant !
_ C’est de la pure folie ! L’abîme viendra tôt ou tard ! La mort emporte tout !
_ C’est vrai ! Mais je ne fais pas ça seulement pour moi ! Je suis aussi inquiet pour toi ! Tu dois être prêt à parer tous les coups ! Sinon l’abîme te mangera tout cru !
_ Eh bien, commencez par me laisser tranquille, que j’y voie un peu plus clair ! Eh ! Qu’est-ce que vous faites ?
_ Ce que je fais ? Mais tu vois ça ? C’est ton cerveau ! Ah ! Ah ! Hop ! Hop ! Je jongle avec comme un ballon de foot ! Hop Hop !
_ Bon sang ! Arrêtez ! Vous allez l’abîmer !
_ C’est pour son bien, j’ te dis ! Il faut le débarrasser d’ son vice ! Et puis, il me résiste et ça j’aime pas !
_ C’est normal qu’il vous résiste, c’est le mien ! C’est ma personnalité propre ! Je vous en supplie, laissez-moi !
_ Et la trouille, et l’abîme et mes rêves de gloire ! J’ peux pas faire ça ! Désolé ! Attention, ça va être douloureux, mais j’ prends ma perceuse ! On va voir tous les deux c’ qu’ y a dans cette caboche ! Le noyau, on va le percer !
_ Je vous en supplie, non ! »
Mais le petit homme reste sourd aux appels de Branche ! La cruauté, une satisfaction sournoise se lit sur son visage ! Il vaincra, c’est sûr ! Et sous ses mains ensanglantées, il fore le cerveau de Branche, qui crie dans l’abîme, en vain !
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« Ca va, vous pouvez vous réveiller ! dit le petit homme.
_ Hein ? fait Branche, qui est surpris, car il n’a pas souvenir qu’il se soit endormi.
_ L’opération s’est bien passée ! reprend le petit homme.
_ Quoi ? Quelle opération ?
_ Je vous ai opéré, car d’une certain manière, j’ai échoué !
_ Ah ouais ?
_ Oui, répond le petit homme, qui commence à ranger tout son matériel, dans sa mallette. Il y a chez vous comme une sorte de résistance indestructible…
_ C’est normal ! Je ne suis pas votre objet !
_ Possible ! Mais bon, je ne peux pas non plus vous anéantir à coups de masse ! Mort, vous ne me serviriez à rien ! Alors j’ai biaisé, pour ainsi dire : j’ai implanté dans votre cerveau un morceau de métal, qui m’appartient et auquel j’ai donné des propriétés particulières !
_ Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Eh bien, que je continuerai à vous commander d’une certaine manière, à vie s’entend !
_ Ce n’est pas possible ! C’est… c’est monstrueux !
_ Tout de suite les grands mots ! Je suis sûr que j’ai des circonstances atténuantes ! N’ai-je pas moi aussi été victime de violences ? Comme je représente la Machine, je peux encore mettre en avant tous les diktats masculins, que doivent toujours subir les femmes ! Voyez, je ne suis pas à court d’arguments… Et puis, il y a ma trouille et mon souci de vous en protéger !
_ Quel charabia !
_ Mais non, i faut que vous soyez prêt à parer tous les coups, si vous voulez survivre ! Le monde n’est pas une partie de plaisir ! Attention, levez le bras droit et dites merci ! »
A sa grande surprise, Branche obéit ! Il lève son bras droit et dit merci ! « Mais ? Mais ? fait-il, au bord de la panique.
_ Dame ! Voilà mon morceau de métal en action ! Considérez-le comme un cadeau de mariage ! Ah ! Ah !
_ Bon sang ! Vous allez m’enlever ce truc et plus vite que ça !
_ C’est trop tard ! Si on y touche, cela risque de vous tuer ! Le branchement est si profond, vous comprenez…
_ Mais je veux vivre, vous oublier !
_ Ça va être dur ! Car vous ne pouvez pas non plus vous éloigner sans douleur ! Essayez, vous verrez ! »
Branche se lève et fait quelques pas ! Très vite, il ressent une brûlure au cerveau et une angoisse folle l’envahit ! « C’est comme un fil à la patte ! explique posément le petit homme, qui a fini de ranger ses affaires et qui se regarde dans un miroir de poche. Bon, il faut que j’y aille !
_ Comment ça ? Vous n’allez pas me laisser comme ça ?
_ Il y a une minute, vous souhaitiez ma totale disparition ! Faudrait savoir !
_ Mais, mais c’était avant d’apprendre ce que vous m’avez fait !
_ Et vous voilà fixé ! Comme je vous l’ai dit, je ne peux plus rien pour vous ! Vous résistez comme un sauvage, à votre propre salut ! Donc, au revoir !
_ Mais, mais vous allez où ?
_ Eh bien d’abord, je vais faire mon rapport à la Machine, puisque je travaille pour elle et par la suite, la tournée des grands ducs ! Enfin des vacances et du plaisir ! Moi et la Machine, nous sommes invités à une série de conférences sur le courage et la modestie dans la société ! Le tout entrecoupé de pause gastronomique, ça va de soi !
_ Bien sûr ! A vous l’égoïsme et l’hypocrisie !
_ Tss, tss ! Levez le bras gauche, tournez la tête à droite et dites merci !
_ Es… pèce de fumier ! répond Branche qui est quand même obligé de s’exécuter.
_ Ah ! Ah ! Ça marche du tonnerre ! Au fur et à mesure, vous découvrirez toutes les possibilités de mon morceau de métal ! Il ne vous laissera jamais tranquille ! Vous vivrez désormais tout le temps sur le qui-vive ! comme si vous étiez l’objet d’une menace permanente ! Ah ! Ah !
_ Je vous dénoncerai aux autorités ! Je montrerai toute votre ignominie !
_ Et qui croira-t-on ? Un va-nu-pied à moitié barge, ou quelqu’un qui présente tous les signes de la respectabilité, et qui est utile au Cube ?
_ Je vais m’arracher moi-même ce que vous m’avez mis dans la tête !
_ Bon courage ! Ah ! J’oubliais ! Cerise sur le gâteau : à chaque fois que vous éprouverez du plaisir, quel qu’il soit, vous vous sentirez coupable ! Jamais ne vous quittera un sentiment vague de culpabilité ! Car on ne déçoit pas la Machine impunément ! Voilà, je pense que tout est dit ! Allez, serrons-nous la main, car, que vous le vouliez ou non, on aura quand même vécu une drôle d’aventure, tous les deux, non ? »
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Paschic sent le printemps (29-33)
- Le 18/04/2026

"Je suis pompier à la retraite... Le feu, j' connais!"
Nid de guêpes
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« Faucon à Aigle royal ! Répondez ! » Sccchhhht… La radio produit son bruit caractéristique et l’un des soldats du binôme Faucon répond : « Ici, Faucon, parlez Aigle royal !
_ Quelle est la situation ?
_ Progressons toujours vers le nord. RAS ! Je répète RAS !
_ Très bien Faucon ! Prochaine transmission dans une heure ! »
Le soldat coupe sa radio et s’adresse à son binôme : « Elle en a de bonnes la capitaine ! Rappelle-toi, elle disait : « On va sur la planète M, pour faucher du PN ! Ça grouille de PN ! On n’en f’ra qu’une bouchée ! Et ça fait deux jours qu’on sillonne c’ putain de marais ! Et quoi ? Zéro PN ! Juste une tarée, à moitié sorcière !
_ Ouais, fichu endroit ! Il fout la chair de poule ! »
Autour, en effet, c’’est toujours le même décor sinistre ! Des souches, couvertes de croûtes de limon, dressent leur branches comme des bras tendus, essayant d’échapper à la brume et aux miasmes ! Puis, deux femmes soudain passent près des soldats, tout en discutant ! L’une dit à l’autre : « Bon sang ! Je vous ai trouvée excellente !
_ Ah bon ? Moi, j’ai eu l’impression d’être en difficultés !
_ Oh non ! Si je pouvais être comme vous, je serais très heureuse !
_ C’est vrai que j’ai conservé un certain talent ! Mais j’étais tout de même sous pression !
_ Ah oui ? Vraiment ? Mais, pour quelqu’un de rouillé, vous avez répondu du tac au tac !
_ Vous êtes gentille ! Je vous remercie ! Et dire que j’ai dû puiser au fond de moi !
_ Ah bon ? Vous avez été parfaite !
_ Vraiment ? On m’a pas laissé souffler, vous savez !
_ Tiens ? Mais ça fait longtemps que vous avez ce don !
_ Disons que j’ai beaucoup voyagé, il fut un temps ! J’ai travaillé à l’étranger !
_ Ah ! C’est pour ça ! Car vous avez été très bien !
_ Vous me faites plaisir, car je me suis sentie tout de même tendue !
_ Vraiment ? »
Les deux soldats sont tellement surpris par cette conversation qu’ils ne pensent même pas à arrêter les deux femmes, qui s’évanouissent dans les vapeurs du marais ! Était-ce un rêve, ou bien les soldats ont-ils bien entendu ces propos ? Ils doutent de leur raison, quand la radio fait de nouveau entendre son bruit caractéristique ! Sccchhhttt ! « Aigle royal à Faucon, répondez !
_ Faucon à Aigle royal, parlez !
_ Quelle est la situation, Faucon ?
_ Ben, euh…
_ Ben, euh ? Qu’est-ce que ça veut dire, Faucon, répondez !
_ Ben, on a croisé deux femmes…
_ Hein ? Deux femmes ! Et qu’est-ce qu’elles ont dit ?
_ Ce qu’elles ont dit…
_ Mais vous les avez interrogées ? Vous leur avez demandé où sont les PN ?
_ Pas eu l’ temps, chef !
_ Comment ça, pas eu l’ temps ?
_ Vrai de vrai, chef ! Elles sont apparues, en pleine conversation, comme si on n’existait pas ! Et puis, elles sont parties, pffuit !
_ Mais il fallait les arrêter ! leur couper la parole, pour avoir des renseignements !
_ Pas eu l’idée chef, ou l’ courage ! J’ai l’impression qu’on dérange, chef ! C’est pas chez nous !
_ Pas chez nous ? Pas chez nous ! Bien sûr qu’on n’est pas chez nous, mais chez les PN ! On est là pour casser du PN, soldat, ne l’oubliez pas !
_ Je n’oublie pas, chef !
_ Vous n’oubliez pas, mais vous laissez partir des habitantes, qui auraient pu nous dire où trouver les PN ! C’étaient des victimes, soldat !
_ J’ai trouvé leur discussion bizarre...
_ Comment ça bizarre ?
_ Eh ben, d’abord, elles répétaient toujours la même chose !
_ C’est peut-être leur manière de se faire comprendre !
_ Sans doute… Mais c’est aussi pour ça que je vous dis que nous sommes des étrangers… Ils pensent pas comme nous !
_ Mais bon sang, vous n’êtes pas ethnologue, mais soldat ! avec pour mission de détruire du PN ! Est-ce que c’est clair ?
_ Très clair, mon capitaine ! »
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Un autre binôme rencontre un petit homme chauve, qui marmonne au bord d’une mare… Sur l’eau sombre on voit soudainement apparaître des feux follets et le petit homme élève la voix : « O mânes des anciens ! dit-il. Soyez les bienvenus !
_ Ah ! Ah ! ne peut s’empêcher de faire un des soldats.
_ Mais qu’est-ce que… ? jette le petit homme en se retournant.
_ Ah ! Ah ! Les feux follets, c’est pas l’âme des morts, mais des gaz qui s’enflamment !
_ Ah bon ? Je vous ai demandé quelque chose ?
_ Ben, j’ voulais juste vous aider…
_ Mais vous êtes qui ? T’es qui, toi d’abord ?
_ On est des soldats…
_ On est venu flinguer du PN ! renchérit l’autre soldat.
_ Du PN ?
_ Ouais, du pervers narcissique, quoi !
_ Au vrai, j’ m’en fous ! Pour moi, vous êtes deux merdeux, venus m’emmerder ! »
La tension monte d’un cran, ce qui conduit l’un des soldats à expliquer : « On voulait pas vous déranger, m’sieur ! J’ai été maladroit… J’aurais dû vous dire simplement que les feux follets étaient des émanations de gaz, sans vouloir me moquer !
_ Mais, ma parole, tu t’ pardonnes toi-même !
_ Hein ?
_ Pour moi, les feux follets sont mes ancêtres qui parlent ! J’ suis d’ici et je sais c’ que j’ dis !
_ Ben, c’est vot’ droit, d’ rester dans l’erreur !
_ Tu t’ crois plus intelligent que les autres pas vrai ? Et pourtant t’as une tête de naze !
_ Et vous vous avez l’air d’une crotte de pigeon !
_ Pauvre blaireau qui sait tout !
_ Pauvr’ crotte qui sait rien !
_ Grrr ! »
Le petit homme bondit et saisit à la gorge le soldat, et avec ses dents il lui arrache une artère ! Le soldat hurle, quand l’autre frappé de stupeur saisit son arme, en disant : « Mais c’est quoi c’ bordel ? » Il tire au-dessus de son camarade une salve d’avertissement, ce qui fait que le petit homme lâche prise et s’enfuit dans le marais !
« Jim, bon sang ! Réponds-moi ! » fait le soldat, en tenant la tête sanglante de son binôme, mais celui-ci ne peut que pousser un râle sourd, alors que le glougloutement du sang s’éteint lentement ! Désespéré, le soldat ne peut que constater la mort de son camarade Jim ! Il décide alors de tirer une fusée, qui est un signal d’alerte, et la fusée monte rouge dans le brouillard !
A peine le soldat baisse-t-il les yeux, après avoir accompli son devoir, qu’une forme blanche fonce sur lui ! C’est le petit homme qui revient ! Le soldat doute de sa raison ! Il croyait s’être débarrassé de cette odieuse créature et voilà qu’elle est de retour ! Il plonge sur le côté et ouvre le feu ! Les balles tracent dans la quasi obscurité ! Mais le petit homme a semble-t-il le pouvoir de planer, du moins quelques instants !
Il passe donc au-dessus du soldat couché, non sans lui faire une belle estafilade avec une lame ! Le soldat crie sous la douleur, en même temps qu’il entend le petit homme lui crier : « J’ai raison ! » Le soldat roule dans les joncs, pour se mettre à l’abri ! Sa blessure n’est pas mortelle, mais il prend conscience qu’il est dans un duel fatal, qui n’a qu’une issue : la mort de l’autre !
Lentement, le soldat abandonne son arme, car il va lui falloir se battre comme le petit homme, en devenant lui-même une « chose » du marais ! Il sort son propre couteau, se couvre de boue et se glisse dans l’eau noirâtre, qui sent le pourri ! Il ne bouge plus, le nez juste sorti entre des nénuphars, pour respirer, et le silence se fait presque !
Mais le petit homme bourdonne sur le marais, car il possède en définitive des ailes, qui étaient cachées par des élytres ! Il est en rage et murmure : « J’ai raison ! J’ai raison ! », tout en guettant le moindre bruit ! Le soldat sent à présent le vent produit par les ailes et c’est à ce moment qu’il se décide à frapper ! De toute sa force, il jette le bras en avant, pour atteindre le cœur de son ennemi et en effet, la lame s’enfonce à travers un corps d’insecte !
Un liquide vert se répand, mais le petit homme essaie à son tour de frapper, grâce son dard, que le soldat avait pris pour un couteau ! Mais c’est inutile : le dard n’est plus assez fort et la vie quitte le petit homme ! Sa tête est grise, mais il balbutie encore : « J’ai…. raison ! J’ai... rais…. on... » Le soldat met du temps à se rendre compte que l’autre est bien mort ! Il lui faut enfin retirer son couteau… Il est soudain très las ! Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Il est en plein cauchemar !
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Un autre binôme ailleurs avance prudemment… « Je t’ai dit que j’ai vu une fusée rouge !
_ P’t-êt’e que tu l’as vue et p’t-êt’e que tu l’as pas vue ! En tout cas, moi, j’ai rien vu !
_ Il faut prévenir la capitaine !
_ La radio est naze ! J’ai essayé d’ la faire marcher, mais ça n’a rien donné !
_ Bon sang ! On est mal ! »
Les deux soldats s’arrêtent et essaient de se repérer dans le brouillard… Puis, une voix retentit dans leur oreilles : « Vous allez gentiment laisser tomber vos armes ! » Au même instant, ils sentent le canon d’un fusil leur presser le dos ! Ils n’ont rien repéré ! Ceux qui les ont pris par surprise sont des as ! Leur supériorité est évidente et les deux soldats obéissent, en abandonnant leurs armes ! « C’est bien les gars ! refait la voix à leurs oreilles. C’est comme ça qu’on reste en vie ! »
La voix se transforme en sifflement et des types sortent des fourrés, tous armés, mais avec des tenues débraillés ! Si ce sont des combattants, ils ne font partie d’aucune armée régulière ! « En route, mes mignons ! » fait de nouveau la voix et on se met en marche par un sentier quasi invisible !
Plus on progresse et plus le marais autour devient sinistre, comme s’il avait été brûlé ! Puis, on voit des os, des crânes d’individus qui ont été apparemment suppliciés ! On passe entre des torches qui brûlent et les hommes s’arrêtent… Devant, il y a une femme, qui a le dos tourné et qui consulte une carte… Enfin, elle fait face aux nouveaux arrivants, qui sont encore poussés par la pression des armes ! La femme n’est pas laide, mais ses traits n’affichent que le mépris ! « Alors, vous venez régler mon problème ? demande-t-elle.
_ Euh… Quel problème ? répond l’un des soldats, qui regarde inquiet son camarade.
_ Quel problème, hein ? Moi, ça fait des années que je bosse… et je suis toute seule, pour élever mon enfant ! Son salaud de père s’est barré ! Mais n’en parlons plus ! Je bosse, je suis patiente, je respecte les règles, mais à quoi bon ? Mon salaire ne change pas, je n’ai aucune perspective, sinon la routine, l’infâme routine !
_ C’est que nous, on… » coupe le soldat, mais il n’a pas le temps de continuer, il est frappé à la tête, s’écroule et il reçoit des coups de pied au sol ! La femme se précipite vers lui et lui crie : « Nous ? Nous ? Mais de qui tu parles ? Tu crois que tes histoires m’intéressent ? On parle de moi ! Tu percutes ? De moi ! Car c’est à moi qu’on a fait mal ! C’est moi qui souffres, pas toi ! C’est à moi qu’on doit quelque chose et non à toi ! Pauvre minable ! Est-ce que c’est clair ? »
Le soldat, qui a la bouche en sang et qui ne peut plus parler, bouge tout de même la tête, pour montrer qu’il a compris ! La femme se calme un instant, puis elle reprend : « Relevez-le ! J’en ai pas encore fini ! Pour qui m’ prend-on ? J’ai des besoins, des droits, je suis importante aussi ! Alors, maintenant, la docilité, la bonne volonté, l’acceptation, c’est terminé ! Le sourire accueillant, la séduction, le partage, la gentille fille dans la société, c’est du passé ! Il n’y a plus qu’un seul mot d’ordre le mépris ! »
Un souffle glacial semble incliner la flamme des torches, ce qui rend l’amertume de la femme presque palpable ! « Bon, mes compagnons et moi, poursuit celle-ci, nous avons décidé de lutter pour la justice sociale et donc pour qu’on nous rende ce qu’on nous doit ! Qu’avez-vous donc vous deux, à me donner ?
_ Ben, fait un soldat, après une seconde d’hésitation, je ne suis pas très riche moi-même...
_ Non, approuve l’autre soldat, on peut même dire qu’on est assez pauvre…
_ C’est tout ?
_ Ben…
_ Je suis la reine de ce pays et vous ne vous en rendez même pas compte ?
_ Hein ? Mais si ! Vous êtes la reine de ce pays et vous êtes formidable !
_ Oui, vous êtes magnifique ! renchérit l’autre soldat.
_ Je ne vous crois pas... »
Les deux hommes se jettent à genoux et se mettent à crier : « O ma reine, nous t’adorons ! Nous te vénérons !
_ Je ne vous crois toujours pas ! Vous m’adulez parce que vos vies sont en danger ! Broyez-leur les os ! »
On emmène les soldats, qui supplient en vain et un type aux mains de fer, en les regardant bien en face, fait éclater leur tête !
32
Lapsie est inquiète : des hommes manquent et on ne sait ce qui leur est arrivé ! Rien ne fonctionne comme prévu ! On s’attendait à de vastes troupeaux de PN, aussi paisibles que des herbivores et qu’on aurait pu décimer avec joie, et au lieu de cela, on se retrouve dans un marais sombre, incertain, douteux, rempli de pièges !
Lapsie crache, comme pour dire : « C’est pas bon tout ça ! », mais elle doit vite prendre une décision, car c’est elle la chef, qui doit rassurer le groupe. A cet instant, un soldat sort de la végétation et vient au rapport : « Capitaine, fait-il, il y a une drôle de propriété plus loin, très propre, avec des fleurs et une grande maison !
_ Bon, répond Lapsie, qui a masqué sa surprise, on va aller voir ! Un autre homme avec moi et on vous suit, soldat ! Les autres, vous campez et vous essayez de contacter par radio les manquants ! »
Ainsi on s’organise et voilà Lapsie sur le chemin de la mystérieuse propriété, et en effet, il y a bientôt des roses bien taillées et toutes sortes de fleurs, sous les yeux du petit groupe, ce qui rend évident que quelqu’un ici a réussi socialement, en transformant complètement le marais ! D’ailleurs, une grande et belle maison s’offre maintenant à la vue et d’une terrasse ensoleillée, une femme fait signe à Lapsie d’approcher !
« Des visiteurs ! fait-elle, quand Lapsie arrive. Nous n’en recevons guère et c’est pourquoi vous êtes les bienvenus ! Mais asseyez-vous, asseyez-vous, madame…
_ Madame Lapsie… ou plutôt capitaine Lapsie !
_ Capitaine ? Serait-ce que nous sommes en guerre ?
_ Pas tout à fait, madame…
_ On m’appelle la Machine !
_ Ah ? Ce nom ne m’est pas inconnu...
_ Vraiment ? Mais vous prendrez bien une tasse de thé, et vous allez m’expliquez ce que vous faites ici !
_ Volontiers, mais mes hommes resteront en retrait, si vous permettez !
_ Bien sûr, capitaine Lapsie… Alors, racontez-moi tout !
_ Eh bien, nous sommes ici pour chasser du PN…
_ Du PN ?
_ Du pervers narcissique !
_ Oh ! Je vois ! Et donc vous rendez service aux femmes ! Votre mission est noble et belle, capitaine Lapsie ! Il est vraiment temps que la peur change de camp !
_ Certainement ! Hélas, depuis que nous sommes dans le marais, nous n’avons pas trouvé les PN que nous espérions...
_ Oh ! Cela ne m’étonne pas du tout ! Le marais est étrange et dangereux ! Moi-même, je ne m’y aventure jamais ! Je ne suis plus qu’une vieille femme, qui ne quitte plus son chez-soi, je le crains !
_ Oh ! Mais c’est un endroit ravissant ! Comment imaginer plus belle retraite ? Vous avez fait là des merveilles !
_ Je vous remercie, capitaine... Encore un peu de thé ? Mais, dites-moi, votre vie n’est pas banale… Vous devez bien avoir quelques exploits à raconter ! Avez-vous affronté des... PN particulièrement dangereux ?
_ Oui, évidemment ! Hum… Mais, puisque vous me posez la question, il est vrai que j’ai ma baleine blanche, ma Moby-Dick !
_ Vraiment ?
_ Oui, c’est un PN que j’ai combattu plusieurs fois ! une véritable créature sortie tout droit de l’enfer !
_ Et elle vous a toujours échappé, si je comprends bien…
_ Justement, je suis venu sur cette planète, car j’ai appris qu’elle y était sans doute !
_ Oh ! Mais comment s’appelle ce super PN ? Je pourrais peut-être vous renseigner !
_ Paschic ! Il s’appelle Paschic ! »
A cet instant, Le visage de la Machine se durcit, au point d’en inquiéter Lapsie : « Qu’est-ce que vous avez, madame, demande-t-elle. Il y a quelque chose qui ne va pas ? J’ai dit quelque chose de mal ? » Mais la Machine ne répond pas et saute sur Lapsie ! Elle a cassé une tasse, pour en presser la gorge de Lapsie, pendant que deux tentacules, sortis de son corps, ont désarmé les deux soldats ! « Ecoute-moi bien, vilaine gaupe ! fait-elle à Lapsie. Paschic est mon fils, alors tu le touches pas ! Il est affreux et comme tu as dit, mais il fait partie de la famille et donc de ma réussite ! Tout ce que tu vois autour doit rester comme ça, tu piges ? Toi et tes hommes, vous allez gentiment retourner dans l’ marais et j’ vais oublier vot’ visite ! Est-ce que c’est clair ? »
Lapsie opine et peut partir… Elle reste cependant muette, encore sous le choc !
33
Lapsie a rejoint son campement, mais elle est surtout très fatiguée… Elle regarde ses hommes vivre, comme si elle ne les commandait pas ! Certains cuisinent autour d’un feu, d’autres se racontent des histoires, d’autres encore lavent leurs vêtements… Alors que la nuit vient, tout le groupe se détend, mais soudain un soldat se fige et d’un geste, il interrompt les conversations ! C’est que le détecteur de PN, un boîtier à voyant lumineux, s’est mis à clignoter ! Très vite, l’alerte se propage et le silence s’installe !
Le détecteur s’accélère, ce qui indique qu’un PN ou plusieurs arrivent droit vers le camp ! Sans un bruit, chacun se couche au sol avec son arme, prêt à faire feu ! On a les yeux rivés sur le marais, car il est impossible de savoir où le « monstre » va apparaître ! Lapsie a repris son sang-froid et elle est de nouveau en mesure de donner des ordres ! On retient son souffle, car là-bas, dans la nuit, une branche a craqué !
Les doigts sont tendus sur la gâchette, puis des roseaux s’ouvrent et… un enfant est visible ! Il a l’air de se demander ce qu’il fait là et aussitôt, chez les soldats, le soulagement est palpable ! On se relève, sourit ! On entoure l’enfant et on lui demande : « Mais qu’est-ce que tu fais là ?
_ Moi ? Rien !
_ Mais on s’ balade pas comme ça dans l’ marais tout seul ! surtout la nuit ! Ils sont où tes parents ?
_ Oh ! Par là-bas ! répond l’enfant, en montrant une direction vague. Mais ils ont l’habitude de mes promenades ! Ça les dérange pas !
_ Tout de même…
_ Alors, vous êtes des soldats, pas vrai ? Mais pourquoi vous êtes ici ?
_ Eh bien, nous…
_ Minute, coupe le guetteur, celui qui a la charge du détecteur de PN, le boîtier ne se trompe pas ! Regardez, il continue à clignoter !
_ Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Ça veut dire que le gamin est un PN !
_ Ah ! Ah ! fait un soldat. Vous entendez ça, vous autres : le môme est un PN !
_ Ah ! Ah ! font quelques uns.
_ Eh ! Petit, tu as faim ? »
Un petit groupe emmène l’enfant auprès du feu, comme pour l’enlever aux questions gênantes du guetteur, qui lui s’adresse à la capitaine : « Y a quelque chose de pas net, capitaine ! Le détecteur est formel : le PN, c’est l’ gamin !
_ Y peut pas tomber en panne ? demande Lapsie.
_ Non capitaine ! Son fonctionnement est basé sur la réception d’ondes psychiques toxiques ! Ses capteurs sont très sensibles, quelles que soient les conditions ! Mais on peut faire un test, en s’éloignant du campement ! »
Lapsie opine et avec le guetteur, elle s’enfonce dans la nuit du marais… « Voyez, capitaine, le signal faiblit ! Encore quelques mètres et il va s’éteindre !
_ Ok ! On fait demi-tour et on revient vers l’enfant ! Si le signal recommence à être intense, on s’ ra fixé ! »
Lapsie est de plus en plus nerveuse, car elle a comme un pressentiment et quand on est de retour au camp, son angoisse est à son comble, puisqu’elle voit l’enfant jouer avec une arme, qu’on lui a prêtée ! Le guetteur prend le bras de Lapsie, pour montrer le détecteur, qui de nouveau s’affole ! « Eh ! » fait Lapsie aux hommes qui entourent l’enfant, mais ils n’ont pas le temps de lui répondre ! L’enfant ouvre le feu et tue tous ceux qui sont dans sa ligne de mire !
« Nom de D… ! » crie Lapsie, en se jetant au sol. Elle vise à son tour l’enfant, mais elle hésite à presser la détente ! C’est un gamin de treize ans qu’elle a en face d’elle ! Mais c’est aussi un tueur ! Enfin, Lapsie riposte et l’enfant s’écroule, fauché par les balles ! Puis, c’est de nouveau le silence !
Une minute et on se relève çà et là, le visage stupéfié ! On ne comprend pas ! Comment un enfant peut-il être un PN ? Est-on dans un cauchemar ? Le marais est-il responsable ? On est de plus en plus sombre, non seulement parce que trois camarades ont été tués et que deux autres sont dans un état grave, mais aussi on se dit que le « mal » qui crée les PN touche les plus jeunes, inexplicablement, ce qui compromet bien entendu l’avenir !
Il faut évacuer ! pour soigner les blessés et on avertit le vaisseau, qui vient chercher la troupe ! Cette campagne contre les PN est un échec ! Pire, elle a révélé l’abîme qui existe ! Chacun rumine et Lapsie particulièrement ! Que sait-elle ? Rien ou presque !
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Paschic sent le printemps (26-28)
- Le 11/04/2026

"C'est vous qu'ils ont envoyé pour me tuer?"
Apocalypse now
26
Rabotus reprend : « Les salauds ! Les fumiers ! Ils vont tout nous prendre, tu comprends ? Ils sont partout ! Ils n’attendent qu’une occasion ! Tu sais de qui j’ parle, Branche ? Hein ? Mais des fascistes, des forces noires qui tournent dans l’ ciel ! de tous ces charognards, qui ont soif de pouvoir et qui n’en ont jamais assez ! Qu’est-ce qu’on va devenir, hein ? »
Rabotus sanglote, mais il a un sursaut : « Pas question de baisser la garde ! T’entends, Branche ! Ils m’auront pas, ces fumiers ! Je m’ battrai jusqu’au bout ! J’ dénoncerai leurs mensonges et leur hypocrisie ! Foi de Rabotus !
_ Vous avez peur et ça se comprend…, coupe Web.
_ Peur ? Moi ? Le jour où j’aurais peur !
_ Alors, pourquoi vous vous énervez ?
_ Mais je ne m’énerve pas ! Je mets en garde, je suis lucide !
_ Lucide, hein ? » fait Paschic et il entraîne Rabotus dans sa vision ! C’est un sous-bois, avec des fleurs bleues et jaunes et de l’herbe émeraude ! Là, dans l’ombre, le houx fait des arabesques gracieuses, pendant que les oiseaux chantent le soleil ! La mousse brille sous les rayons et les arbres montrent leurs jeunes feuilles, d’un vert or !
Un faon passe tranquille et demande à Rabotus : « Alors, quoi d’ neuf ! Un peu tendu à c’ que j’ vois ! Est-ce que vous mangez assez ?
_ Mais je… Mais je...
_ Qu’est-ce qui vous tracasse comme ça ? C’est pas beau ici ?
_ Mais je… Mais je…
_ On pourrait aller voir mes amis les canards ? Ces salopards ont trouvé une petite mare bien peinarde ! Ils sont là à goûter la fraîcheur du ruisseau ! Au paradis qu’ils sont !
_ Mais je… Mais je…
_ Dis donc, Paschic, il a un problème d’élocution, ton copain !
_ C’est un gars 100 % Cube ! Il connaît pas, par ici !
_ Je vois… Je me disais aussi, à voir sa tête !
_ Mais je… Mais je…
_ Eh bien, Mais je, ce fut un plaisir ! Mais bon, je connais des coins à bourgeons, dont t’ as même pas idée ! A la revoyure !
_ Mais je… Mais je... »
Paschic emmène de nouveau son hôte, mais ils atterrissent à un rond-point périphérique ! Des cubes roulants y circulent dans tous les sens, dans une frénésie qui semble sans fin ! Du bruit, du bruit, une agitation constante, de la pollution incessante, mais surtout des têtes fatiguées, perdues, haineuses, malheureuses ! « Bon sang ! s’écrie Rabotus. On est où là ?
_ Mais dans le Cube évidemment !
_ Euh… C’est que le contraste avec tout à l’heure est perturbant !
_ N’est-ce pas ! Mais tous ces gens sont comme vous : c’est la peur qui les tient !
_ Je vous ai déjà dit que je n’ai pas peur !
_ Bien sûr, eux aussi affirmeront la même chose ! Pourtant, s’ils sont aussi agités et malheureux, c’est parce qu’ils n’ont aucune confiance dans la vie !
_ Et ils ont raison ! Nos ennemis sont nombreux ! Et un malheur est si vite arrivé ! Faut être dingue pour avoir confiance !
_ Ah bon ? Le faon est fou, et les oiseaux et le houx ? Ils sont plus heureux que nous, car ils sont dans leur élément ! Ils sont tranquilles et fêtent la lumière, mais pas nous !
_ Nous sommes plus lucides !
_ Sur quoi ? Pas sur nous-mêmes en tout cas ! Regardez, écoutez ! »
Une moto passe, écrasant tout avec son vacarme ! Des voitures de sport, avec des Doms méprisants à l’intérieur ! Des visages haineux à la station service, pour en découdre ! « Non seulement nous n’avons aucune confiance dans la vie, reprend Paschic, mais nous préférons encore jouer les caïds, nous afficher, comme si notre réussite pouvait nous tranquilliser ! Bon, je vous laisse, Rabotus, il y a un arrêt de bus pas loin… Il vous ramènera dans le centre du Cube !
_ Mais je… Mais je…
_ Repensez de temps en temps au faon, aux oiseaux et aux arabesques du houx, au-dessus des petites fleurs jaunes et bleues ! Vous verrez alors que nous sommes les bienvenus ! »
27
Le vaisseau RT 78 décolle de sa base terrienne, direction la planète M comme maudite ! En effet, plusieurs vaisseaux ont disparu de ce côté-là et on en raconte de sombres choses ! Ce serait une planète inhumaine, à fond contre les Doms, qui ne rêverait que de les anéantir ! Il peut paraître étrange de parler ainsi d’une planète, mais toutes les missions d’exploration y ont été perdues inexplicablement et les Doms n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas ! Ils sont régis par la logique, la raison, les chiffres ! ce qui est très curieux, vu leur chaos !
Mais à bord du RT 78, l’ambiance est à l’enthousiasme ! Une troupe, armée jusqu’aux dents, y est commandée par la capitaine Lapsie ! C’est une femme rompue aux combats les plus durs et qui cassent du PN (pervers narcissique) comme du petit bois ! Elle crie à ses hommes : « Où est-ce qu’on va ?
_ Dans l’antre du PN ! répondent-t-ils en chœur.
_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?
_ On lui piétine les boyaux !
_ Et on le fait pour qui ?
_ Pour sa mère et sa sœur !
_ Waouop !
_ Waouop ! »
Chacun exulte et vérifie son arsenal ! Tout y est : fusils automatiques, mitrailleuses, grenades, lance-flammes, lasers destructeurs derniers cris ! Même un moustique ne pourrait pas passer et le vaisseau file entre les étoiles ! Un jeune cependant s’approche de Lapsie : « J’ai jamais affronté de PN…, dit-il l’air troublé.
_ T’inquiète pas, ça va aller ! Ils ont l’air monstrueux comme ça, mais avec ce que t’as entre les mains, tu les arrêteras net !
_ Mais…, mais ils sont dangereux, n’est-ce pas ?
_ Sûr ! Ils sont rapides et ont plus d’un tour dans leur sac !
_ Vous… vous en avez tué combien ?
_ J’ sais pas… Difficile de compter… Mais bien 200, oui ! Tu comprends, j’aime pas qu’on marche sur les pieds ! Et puis, rappelle-toi, tu l’ fais pour ta mère et ta sœur ! pour toutes les femmes ! Tu voudrais pas décevoir ta mère, hein ?
_ Certes non !
_ C’est bien ! On va leur montrer à toutes ces brutes qu’on est cent fois meilleurs qu’elles ! On va leur rentrer cette vérité au fond du gosier ! D’accord ?
_ J’ suis avec vous chef !
_ Bon ! T’étais où avant ?
_ Sur le front, contre les ultra-riches !
_ Alors, t’as sans doute déjà tué du PN !
_ Possible ! Mais les ultra-riches, c’est une masse grouillante, infecte ! Impossible de savoir qui on tue vraiment !
_ Je sais, c’est moche…, mais rejoins les autres à présent ! On est fort, parce qu’il y a les camarades ! »
Le vaisseau approche de M la maudite et entre bientôt dans son atmosphère, délétère bien entendu ! D’ailleurs, on se pose sur une lagune, entouré par un marais puant ! La troupe débarque, silencieuse, tendue et on regarde alentour, une fois que le matériel a été complètement rassemblé ! « Ben, dites donc, fait l’un, il est pas sympa le coin ! »
En effet, c’est comme s’il faisait nuit et une brume épaisse couvre des souches moussues et qui ont l’air menaçantes ! « J’aime pas ça ! » dit un autre. La capitaine fait des signes, qui indiquent que chacun doit se déployer d’une certaine façon ! C’est bien entendu une manœuvre qui a été des milliers de fois répétée ! On n’a pas affaire à des novices !
Un cri dans l’ombre, qui semble demander des explications et deux soldats ouvrent le feu instantanément ! Le marais s’embrase et les balles fauchent ! C’est interminable et les végétaux tombent, puis explosent après quelques grenades !
« Bon sang ! crie Lapsie. Cessez le feu ! Arrêtez vos conneries !
_ Cessez le feu ! » répète-t-on ici et là et enfin le silence revient, tandis que la fumée se dissipe lentement !
Un crapaud géant est crucifié contre un tronc ! « Ça commence bien ! » fait Lapsie.
28
« Faut pas tirer sur n’importe quoi ! jette Lapsie. Du sang-froid, que diable ! Bon, on est où ici ?
_ Dans l’antre du PN ! crient les hommes.
_ Et qu’est-ce qu’on fait au PN ?
_ On lui piétine les boyaux !
_ Et on le fait pour qui ?
_ Pour sa mère et sa sœur !
_ Whaouop !
_ Whaouop !
_ Bon, on change de tactique ! On se met par deux, avec cinquante mètres entre chaque binôme ! Et on reste en liaison radio ! Exécution ! »
Les soldats connaissent bien leur métier et bientôt les hommes avancent deux par deux dans le marécage ! Cependant, autour, tout demeure étrange, plein de menaces, dans l’eau boueuse comme derrière la végétation muette, à l’air désolé !
« J’aime pas ça ! murmure un soldat.
_ Ben qu’ t’aimes ou t’aimes pas, répond son binôme, ça change rien ! Faut l’ faire ce job !
_ Ouais...
_ Eh, regarde ! »
Là, entre des touffes de joncs, est plantée une étrange statue ! Elle est colorée de couleurs criardes, mais ce qui attire surtout, ce sont ses yeux grands ouverts ! « Qu’est-ce qu’elle fixe comme ça ? demande l’un des soldats.
_ Chais pas !
_ En tout cas, ça fout les j’tons ! J’aime pas ça ! Oh non ! J’aime pas ça !
_ C’est curieux ; elle nous regarde comme si nous étions des monstres, des intrus débiles !
_ C’est p’têt ce qu’on est ici ! On n’est pas chez nous !
_ J’ai bien envie de lui envoyer une salve, en pleine gueule !
_ Ah bon ? T’as envie d’ameuter les autres ?
_ Les autres ? Quels autres ?
_ Tu crois que la statue s’est plantée là toute seule ? »
A cet instant, une forme noire arrive, qui dit : « Johnny ? C’est toi, Johnny ? » Les deux soldats se figent, en découvrant une femme déjà d’un certain âge et qui se met à toucher l’un des soldats : « Johnny ? C’est bien toi, Johnny ? Tu m’ reconnais pas, je suis ta mère !
_ Mais…
_ Ah ! Ah ! Je suis plus la même, n’est-ce pas ? C’est que j’ fais beaucoup d’efforts pour me montrer jeune ! Tu voudrais pas avoir une maman déjà grosse et malade, hein Johnny ? une maman qu’on pousse dans la tombe ? »
Le soldat a la gorge nouée par l’angoisse et peu à peu l’horreur l’envahit, devant cette dame en noire, qui le touche et qu’il ne reconnaît pas ! « A vrai dire, Johnny, reprend la femme dans un murmure, je me suis arrangée d’abord pour moi ! Hi ! Hi ! J’ai voulu être dans l’ vent ! comme on dit ! Il est important que je continue à séduire les hommes ! Regarde, j’ai teint mes cheveux en blond ! J’ parais dix ans de moins ! J’ai aussi perdu vingt kilos ! Et focus, Johnny, focus sur mon piercing ! Là, dans la narine ! Tu l’ vois ?
_ Moui… Il brille !
_ C’est toute ma personne qui brille, dans c’ foutu marais ! J’ai pas l’air d’une blonde, qui attend une bonne aventure, Johnny ?
_ Si, si…
_ C’est qu’ j’ai bossé dur ! Ta maman n’a pas ménagé sa peine, tu peux m’en croire ! J’ me suis comme cassée en deux ! Y a un prix à payer ! A toi, Johnny j’ peux montrer l’envers du décor ! Regarde ! Regarde ! »
La femme dévoile ses bras et le soldat a un haut-le-corps ! La peau est pleine de taches rouges, comme des furoncles ! « J’en ai plein partout ! Oh ! Johnny, c’est pour toi tout ça ! pour que tu sois fier de ta maman ! » Mais des tentacules sortent subitement des taches rouges, se dressent en sifflant, apparemment pleins de fureur !
Elles vont frapper le soldat tétanisé, mais son binôme fait feu ! Des balles explosives tranchent ces excroissances inexplicables et couleur braise ! La femme crie alors de douleur, avant de s’embraser ! Elle geint dans les flammes, qui éclairent la nuit du marais ! La capitaine Lapsie accourt : « Qu’est-ce qui s’ passe ? » crie-t-elle, mais les deux soldats ne répondent pas, ne pouvant quitter des yeux le corps qui se consume ! « Mais, mais c’est une femme ! reprend Lapsie. Bon sang, les gars, qu’est-ce que vous foutez ? On est là pour dézinguer du PN, pas leurs victimes !
_ Elle a attaqué, Johnny, répond le soldat qui a tiré.
_ J’ m’appelle pas Johnny ! coupe l’autre.
_ C’est quoi ces conneries ! réplique Lapsie. Et cette statue-là, vous ne l’avez pas signalée !
_ C’est étrange, fait un soldat juste arrivé. Elle nous regarde comme si nous étions des fous ! »
-
Paschic sent le printemps (23-25)
- Le 04/04/2026

"Le mot de passe? Mais là, j' suis un peu déjanté!"
Une bataille après l'autre
23
Le Cube est soudain pris dans une tempête ! Des averses violentes s’abattent dans les rues et des jets d’étincelles surgissent çà et là ! Il fait presque nuit ! « Bon sang ! s’écrie Web. Ça secoue ! » Une Dom passe en disant : « Ça va venir vite maintenant !
_ Quoi ? Qu’est-ce qui va venir vite ? » hurle Web.
Mais la Dom se contente de répéter : « Ça va venir vite maintenant ! » et il y a une nuance de menace dans sa voix, ce qui fait que Web se sent mal à l’aise !
De son côté, Paschic éprouve tout à fait autre chose ! « Embrasse-moi ! Embrasse-moi ! lui dit une Dom.
_ C’est que…
_ Mais embrasse-moi, bon sang ! T’es un homme ou quoi ?
_ Sans doute, mais…
_ Ça va, j’ai compris ! Je perds mon temps avec une poule mouillée ! »
Paschic n’a pas le temps de répondre, car la Dom s’en va hors d’elle ! Paschic est troublé et il pose un pied sur la rue… Immédiatement, un cube roulant essaie de s’en saisir ! Il ouvre sa mâchoire béante et Paschic n’a que le temps de retirer son pied !
« Ouf ! fait-il. Faut que je reste lucide !
_ Venez ! coupe Web. La pluie redouble et mettons-nous à l’abri sous ce porche ! »
Les deux amis contemplent les trombes d’eau, mais Paschic est soudain attiré par une plaque, à côté des boîtes à lettres ! Elle annonce : « Professeur Ratamor, expériences en tout genre ! »
« Bon sang ! s’écrie Paschic. Le professeur Ratamor travaille ici maintenant ! Et si on allait le voir ? » Web opine et le duo se dirige vers le sous-sol… Il sonne bientôt à une vieille porte, qui semble oubliée de tous ! « Qu’est-ce que c’est ? fait une voix légèrement chevrotante à l’intérieur.
_ C’est Paschic et Web, professeur ! répond Paschic.
_ Paschic ? Il est pas encore mort, c’ gredin ?
_ Non, professeur, puisqu’il est derrière la porte !
_ C’est bon, entrez... »
Après un clic, la porte s’ouvre et Web et Paschic se retrouvent devant le professeur, qui a vieilli… « C’est ici maintenant que vous travaillez ? fait Paschic.
_ En effet, en effet ! Ne touchez à rien, voulez-vous !
_ Et quel est l’objet de vos expériences, actuellement ? demande poliment Web.
_ La cellule familiale ! Mais venez, je vais vous montrer ! »
On emprunte un couloir poussiéreux et encombré de livres, mais on débouche sur un laboratoire moderne, ce qui conduit Ratamor à préciser : « Voilà, je me suis réfugié ici, pour mener mes travaux en toute quiétude ! Vous remarquerez que je ne manque de rien ! » Le duo apprécie et le professeur reprend : « Approchez-vous de ce verre photonique ! Il permet de voir le monde des cellules à l’œil nu !
_ Incroyable ! s’écrie Web.
_ Et voici la cellule familiale ! reprend Ratamor. En fait, c’est un petit ensemble de cellules, entouré par une membrane endoplasmique et qui a ses propres lois !
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ?
_ Eh bien que les cellules se gouvernent selon une hiérarchie...
_ Comme s’il y avait des cellules parents et enfants ?
_ Exactement ! Maintenant, observez bien ceci… Je vais troubler le milieu cellulaire… En fait, je vais lui faire peur ! »
Ratamor effectue sa manipulation et un changement se produit sous le verre photonique ! « Une cellule enfant, explique le professeur, est devenue vulnérable ! Je lui ai injecté de l’alcool !
_ Vous rigolez ? coupe Web.
_ Pas le moins du monde ! La cellule enfant quitte le groupe, en proie à l’ivresse, jusqu’au malaise ! Et hop ! Vous avez vu ? La cellule familiale s’est immédiatement recomposée autour de la cellule défaillante ! Cela lui est nécessaire, pour garder sa cohésion ! Il y a le monde extérieur et la cellule familiale, qui est soudée par sa peur de la différence, de l’étrangeté ! Chaque cellule soutient l’autre, se touche, se rassure ! C’est un ensemble qu’on pourrait dire farouchement homogène !
_ Professeur, coupe Paschic, il y a une cellule qui n’a pas rejoint le groupe, qui reste toute seule !
_ Oui, effectivement ! C’est une chose que j’ai déjà remarquée…
_ Mais pourquoi ?
_ J’ai plusieurs hypothèses… Il est possible que cette cellule cherche autre chose, parce qu’elle serait moins sensible à la peur que les autres ! Elle serait alors promise à un autre destin, qui serait plus créateur !
_ Extraordinaire ! fait Web.
_ Ne vous enthousiasmez pas trop, docteur Web. La survie des ces cellules isolées est très faible ! Elle ne sont plus reconnues, ni rassurées par le groupe ! Elles peuvent devenir la proie d’anxiétés destructrices ! L’inconnu les dévore !
_ C’est… injuste ! »
Pour toute réponse, Ratamor hausse les épaules !
24
« J’ai tout de même ici quelque chose de plus inavouable ! reprend le professeur.
_ Ah bon ? Qu’est-ce que c’est ?
_ Hem ! Je pense que j’en ai trop dit…
_ Ou pas assez ! Allez, professeur, encourage Web, vous mourrez d’envie de nous en parler !
_ Ah ! Ah ! C’est vrai ! J’ai créé ici…
_ Oui ?
_ J’ai créé ici le premier Dom végétal !
_ Quoi ?
_ Oui, le premier Dom végétal ! Il est constitué à la fois de cellules animales et végétales !
_ Vous voulez dire qu’il est un croisement entre l’homme et l’arbre ?
_ Exactement ! Écoutez, vous voyez comment le Cube détruit la nature ! J’ai imaginé un Dom faisant le lien entre les deux ! Je voulais un arbre dans la ville, qu’on n’oublie jamais d’où nous venons ! Je voulais de la verdure en nous et parmi nous !
_ Eh ben…
_ Vous vouliez aussi de la beauté dans nos rues bétonnées, n’est-ce pas professeur ? coupe Paschic.
_ Hein ? Oui, c’est vrai ! Nous manquons d’idéal et nous sommes bien fous ! Nous sommes tout le temps inquiets ou en colère et je voulais qu’une créature nous intrigue, nous apaise !
_ Mais elle est viable, votre créature ? demande Web.
_ Certainement ! Elle vit ici…
_ On peut la voir ?
_ C’est que…
_ Allez professeur, vous n’allez pas vous arrêter là, maintenant que vous nous avez mis l’eau à la bouche !
_ Très bien ! Mais interdiction de lui faire peur, si son aspect lui-même vous dérange !
_ Promis, juré ! »
Ratamor va au fond d’un couloir, où il parle sans doute à sa créature et bientôt il revient avec celle-ci ! La surprise frappe de stupeur Paschic et Web, car ils ont devant eux un homme qui paraît habillé en aubépine ! En tout cas, il est d’un éclat incroyable ! De petites fleurs lui poussent sur la peau et chacune est comme immaculée !
L’extrémité des bras est épineuse et se ramifie telles des branches ! « Messieurs, déclare Ratamor, je vous présente Dom branche !
_ Le bien nommé ! fait Web.
_ Donc le tronc, précise Ratamor, reste en cellules animales, comme le nôtre, par contre, la rigidité des cellules végétales s’exprime surtout dans les membres !
_ Et l’aubépine pour l’aspect extérieur, c’est un choix ? demande Paschic.
_ Pas du tout ! Notre Dom végétal peut changer son apparence… Branche, tu veux bien montrer à ces messieurs de quoi tu es capable ! »
Branche acquiesce et prend soudainement une couleur jaune d’or ! « Ajonc ! clame Web.
_ Exact ! répond Branche.
_ Mais vous…, vous parlez !
_ Oui, Branche a gardé cette faculté ! coupe Ratamor.
_ Et maintenant ? interroge Branche, qui a pris une couleur plus orangée.
_ Euh… Genêt !
_ Bien ! Et pour me défendre, je peux faire ceci ! continue Branche, qui se transforme en houx.
_ Ah oui ! Là on ne peut plus approcher ! Ça pique !
_ Il y a même les petites boules rouges… enchaîne Paschic.
_ Mes fruits, oui...
_ Mais vous-même, vous vous sentez comment ? demande curieux Web.
_ Eh bien d’abord, je respire ! Je me sens d’un autre temps, comme si vous viviez deux fois plus vite !
_ C’est vrai que tout a l’air plus calme depuis que vous êtes là ! convient subitement Web.
_ Ce n’est pas pour ça que j’ai l’air vieux ! réagit cependant Branche. Regardez mes doigts : on dirait qu’il forme des éclairs ! Je me développe en zigzaguant ! »
25
« Eh bien, professeur, reprend Web, vous avez réussi votre coup ! Vous allez en surprendre plus d’un !
_ Oui, je voulais rétablir une certaine vérité… Nous sommes enfermés dans le Cube, avec nos chiffres et nos peurs ! Mais la vie, ce n’est pas seulement ça, comme nous le montre la Chose ! Il y a dans la nature une explosion créatrice, un élan irrésistible, une ferveur communicative, une aventure extraordinaire, comme nous le rappelle le printemps ! Mais nous ne voulons plus participer à la fête, à cause de nos craintes, ce qui fait que nous nous tenons à l’abri derrière du béton !
_ Eh bien, Ratamor, coupe Paschic, j’avoue que votre discours m’étonne ! Car je ne m’attendais pas à cela de la part d’un scientifique !
_ Pourquoi dites-vous cela ?
_ Oh ! Eh bien, vous approchez de thèmes comme la beauté, la fête et le bonheur des animaux et des plantes, et bien sûr, ce sont là des choses subjectives et donc suspectes pour la science !
_ Je peux tout de même avoir un avis personnel… et avec le temps, j’ai acquis une forme de sagesse… Il est vrai aussi qu’en détruisant la nature, nous nous détruisons nous-mêmes ! En fait, à force de la tenir à distance, nous ne la comprenons plus et nous nous croyons des anomalies, des étrangers dans l’univers !
_ Cela accentue bien entendu notre sentiment d’insécurité… et donc encore notre violence et nos haines !
_ J’aimerais que Branche, rien que par sa fantaisie, nous rende plus confiants en nous-mêmes !
_ Et plus audacieux ! plus vivants ! Ce qui veut dire aussi plus disponibles, plus aimants !
_ Voilà ! C’est d’ailleurs l’heure de mon expérience…
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ? demande Web.
_ Un de mes collègues va passer ! C’est un gars fatigant, un anti-tout ! Rien ne le satisfait ! Il est impossible de discuter avec lui ! Il a un discours monolithique abrutissant, qui enlève à l’autre toute énergie ! Il vide et fait baisser les bras, sans que lui-même puisse être heureux !
_ Et vous allez le mettre face à Branche, c’est ça ?
_ Tout juste ! Je vais observer si Branche peut avoir un effet bénéfique sur mon collègue !
_ Nous allons voir ça ! »
A cet instant, on entend la sonnette et Ratamor se déplace pour accueillir le visiteur ! Celui-ci aussitôt clame : « 50 %! Ils prélèvent 50 %! Qu’est-ce qui te reste ? Nada !
_ Oui, oui… Rabotus, je te présente quelques amis… Voici Paschic, le docteur Web...
_ Enchanté…
_ Et…
_ Bon sang ! Qu’est-ce que c’est qu’ ça ?
_ Branche ! C’est la créature dont je t’ai parlé…
_ Comment allez-vous, professeur Rabotus ? fait Branche.
_ Mais, mais ce n’est pas possible !
_ Mais si ! Branche est à la fois un Dom et un végétal !
_ Mais quel intérêt ? Que ne soignes-tu pas le cancer ? Il est en augmentation de 10 %!
_ Mais d’une certaine manière, Branche peut aider à lutter contre le cancer !
_ Tu plaisantes ! Il va faire la danse du ventre, avec du lierre autour de la taille ! Ah ! Ah ! »
Rabotus part dans un fou rire et Ratamor attend une minute, avant de reprendre : « L’une des causes de nos cancers, c’est la tension qui nous habite, l’anxiété qui nous travaille ! C’est comme si nous étions en guerre contre nous-mêmes ! Cela est même déterminant dans le choix de notre nourriture !
_ Si tu veux… Mais en quoi ta créature Branche va-t-elle pouvoir nous aider ? Ah ! Ah !
_ Vas-y ! Décris à Branche comment tu vois notre situation actuelle !
_ Eh bien, puisque tu me le demandes ! Écoute Branche, on est foutu ! Le gouvernement a entièrement gangrené le système ! Et je te parle pas de la dette ! Attends ! Sols pollués, chômage en hausse, démocratie en berne, les pauvres encore plus pauvres, les riches encore plus riches, les hôpitaux ruinés ! Hein ? Qu’est-ce que tu dis d’ ça, Branche ? Tu vas verser une feuille ? Ah ! Ah ! »
Mais Branche ne répond pas, médusé par tant de véhémence ! Il se contente de sa blancheur d’aubépine, qui, sur ses rameux épineux, a l’air d’une neige jaillissante, vibrante !
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Paschic sent le printemps (19-22)
- Le 28/03/2026

"Monte te coucher bébé, j' te rejoins..."
Razzia sur la chnouf
19
Le duo retrouve le Cube, car on n’échappe pas au Cube, puisqu’il envahit de plus en plus la Chose ! Mais Paschic et Web découvrent une agitation particulière, car la ville est en pleine campagne électorale ! Les panneaux d’affichage trahissent une rude bataille, car on y voit des portraits déchirés, maculés ou bien qui viennent en recouvrir d’autres ! L’étal d’un vendeur de légumes se trouve non loin d’une de ces zones et c’est naturellement que Paschic essaie de mesurer l’ambiance ! Il demande au vendeur : « Alors, c’est les élections ! Vous suivez un peu ça ? »
Le vendeur ressemble à un moine hébété ! Il fait penser à ces religieux négligés du Moyen Age, et ce qui prédomine chez lui, au-delà de sa négligence, c’est sa sensualité, sa gourmandise ! « Ah ! Ah ! rigole-t-il, avec une peau rouge. Y a belle lurette que je ne m’intéresse plus à la politique ! J’ai lâché ! Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, ça me passe au-dessus ! Ah ! Ah ! » L’homme montre une véritable satisfaction pour sa personne et Paschic ne peut pas lui demander plus !
Soudain, il dit : « Excusez-moi, mais faut qu’ je boive ! La chaleur, vous comprenez ! » Paschic acquiesce, même s’il fait froid, et le vendeur porte à ses lèvres un litre de vin rouge, qu’il boit goulûment et longuement ! « Ah ! C’est bon par où ça passe ! rajoute-t-il. Bon, qu’est-ce que je vais vous servir ?
_ Rien, merci… je voulais juste me mettre un peu au courant, au sujet des élections !
_ Pas d’ problèmes ! »
Paschic et Web s’éloignent, mais bientôt ils sont abordés par un candidat en campagne ! Celui-ci, accompagné par son équipe, serre des mains à tout va ! Paschic et Web prennent le pli et se mettent eux aussi à serrer des mains, en souriant à l’un ou l’autre ! Mais bientôt, cela n’en finit plus ! On entend encore des « Bonjour, ça va ? », mais les mains ne se comptent plus, ni les visages ! Que se passe-t-il ? Paschic en ressent de la gêne et regarde Web, qui lui aussi a l’air dépassé ! Ce n’est pas normal et on a l’impression d’entrer dans une nouvelle dimension !
C’est un piège du Cube ou des Doms ! Il faut parler, échanger, ne pas s’arrêter ! C’est très curieux, car Paschic ne se rappelle même plus comment il s’appelle ! Mais quelle importance, car un sentiment de sécurité vient l’envahir ! Qui est-il ? Ou plutôt qui était-il ? Comment vivait-il ? N’a-t-il pas rêvé jusqu’ici ? Ne sort-il pas d’un cauchemar, dominé par sa solitude ? Ça y est ! Il fait partie du Cube ! Il est devenu un citoyen actif ! équilibré ! Il est un nouveau gagnant, sur la place publique !
Il cause, cause, fait valoir son avis, en écoute d’autres, les contredit ou les approuve ! Des femmes lui apportent leur présence chaleureuse ! C’est une sorte d’ivresse, qui est brutalement interrompu ! Un coup de feu vient de retentir ! Comment est-ce possible ? Pourtant, l’homme qui fait face à Paschic montre maintenant un visage tordu par la souffrance et du sang s’écoule sous sa main, plaquée contre son cœur ! Paschic veut lui porter secours, mais il tombe si lourdement qu’il échappe à toute étreinte !
On vient de déchirer le « voile » du Cube ! son tissu de liens, qui apparemment n’est qu’un aveuglement, puisque la haine y surgit tel un élément étranger ! Paschic se réveille et voit des gens plus compétents s’occuper du blessé ! Mais autour, c’est la panique, comme si le Cube n’était qu’un rêve, anéanti par la réalité ! La police, cependant, arrive rapidement et on entend de nouveau tirs ! Puis, quelqu’un crie que le meurtrier est mort !
C’est fini ! Malgré les sirènes et les pleurs, on s’apaise progressivement ! C’est l’incompréhension, le choc qui se lisent sur les visages, alors que la haine est partout présente dans le Cube, chaque jour ! Certes, elle ne prend qu’exceptionnellement les armes, mais tous ces gens ont l’air de la découvrir seulement maintenant ! Et dire que Paschic, un moment, s’est cru de retour à l’adolescence, comme quand on est amoureux et que seuls comptent ses propres sentiments ! Comme alors on peut être heureux ! Mais n’est-ce pas une illusion due au sens ? On ne connaît à cette période rien de la vie et on croit qu’on peut passer outre l’égoïsme ou la domination, qu’on ne discerne à peine !
La connaissance rend-elle amer ? Regrette-t-on un printemps qu’on enjolive ? Paschic apprécie sa lucidité, quand il regarde tous ces Doms perdus, hagards ! Leur bulle est détruite ! Ils ont vieilli d’un coup ! Ils ne reconnaissent même pas la haine qu’ils distillent au quotidien, tout en restant dans les limites de la loi ! C’est la même haine qui vient de les frapper ! Ils accusent on ne sait quel monstre, quel groupuscule ! Ils sont encore plus égarés qu’avant ! Ils crient même vengeance, contre eux-mêmes ?
20
Paschic et Web ne restent pas plus longtemps et les voilà contraints d’emprunter un passage souterrain! C’est un vaste escalier sale qu’il faut emprunter ! Il paraît même interminable, mais il aboutit finalement dans un lieu sombre, à peine éclairé par quelques lumières discrètes ! Il y flotte cependant une odeur de café qui n’est pas désagréable ! « Ça a tout l’air d’un bar ! » fait Web et effectivement, en face d’un imposant comptoir, des tables en bois sont dispersés, avec leurs clients !
Pourtant, on perçoit aussi un relent de graisse poisseuse et somme toute l’air n’y est pas très sain ! Mais les clients sont à la page, car la plupart sont plongés dans leur ordi, quitte à avoir le visage tout bleu ! Ils ne se déplacent guère, rivés à leurs écrans et leurs corps en semblent même déformés, comme s’ils avaient perdu leurs membres, jugés inutiles !
Soudain, il y a un incident : le patron du bar s’en prend à un jeune consommateur ! « Alors, t’as pas d’ quoi payer ton café ?
_ Non, je suis désolé ! J’attendais un copain...
_ Un copain ? Il est où ton copain ?
_ Justement, il devait v’nir…
_ Taratata ! Si tu paies pas ton café ! On te renvoie à surface !
_ Non, vous ne pouvez pas faire ça !
_ Mais si, on va l’ faire ! »
Le patron siffle et deux types à la carrure imposante accourent ! Le gamin renverse sa chaise et cherche à s’enfuir, mais il est rapidement coincé et saisi ! « Non, pas la surface ! Par pitié ! crie-t-il.
_ T’as pas d’ quoi payer, allez ouste dans l’ascenseur ! répond le patron. Jetez-moi ça à l’air libre, les gars ! »
Le gamin supplie encore, mais il est emmené de force vers la porte d’un ascenseur. « Ah ! Ah ! fait le patron, le pauvr’ petit ! Dès qu’il reverra le soleil, il n’y résistera pas !
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ? demande Web qui s’est rapproché.
_ N’êtes pas d’ici, pas vrai ? ajoute le patron. N’êtes pas des Cérébraux !
_ Des Cérébraux !
_ Ouais, des Têtes bleues, si vous préférez ! On les appelle comme ça, parce que leur tête devient bleue, à force d’être devant l’écran !
_ Mais qu’est-ce qu’ils cherchent comme ça ?
_ Pfff ! Que voulez-vous qu’ils cherchent comme ça, sinon eux-mêmes ! Ils sont accros à leur image ! tellement qu’ils ne supportent plus la lumière du jour !
_ Mais n’est-ce pas de leur âge ?
_ Monsieur est psychologue, j’ présume ! En tout cas, l’ gamin là-haut, il doit danser !
_ Qu’est-ce je dois imaginer ?
_ Bah, vous connaissez la légende sur les vampires, comme quoi ils seraient anéantis par l’ soleil ! Ici, c’est pareil ! C’est un vrai déchirement, quand ils s’ retrouvent dehors ! C’est comme si on leur arrachait la peau !
_ Mais vous vivez d’ ces gosses !
_ Exact ! Et c’est pour ça qu’on doit m’ payer ! Maintenant, messieurs, j’ai du boulot...
_ Vous avez remarqué, Web, coupe Paschic, comme tous ces jeunes ont soif ! Ils attendent tous quelque chose, des réponses, mais ils cherchent dans la mauvaise direction !
_ Possible ! Et c’est quoi la bonne direction ?
_ Eh bien, c’est pas notre ego évidemment, c’est pas notre petite personne ! Mais, comme vous l’avez dit vous-même, c’est de leur âge !
_ Oui, ils ne savent pas qui ils sont et ils sont donc avides de compliments, d’intérêts pour eux-mêmes !
_ Bien sûr, mais la réponse se trouve pourtant à l’extérieur, dans plus grand que nous ! Ils devraient s’ouvrir au soleil et chanter le monde, en même temps que les animaux et les fleurs ! C’est une partie essentielle de nous-mêmes! Notre ego tout seul n’est qu’une plante dans l’ noir !
_ Ils en sont à des années-lumière ! Sans doute dégoûtés par le Cube, ils se réfugient ici !
_ Et ils s’atrophient ! Venez, Web, rejoignons la surface, avant d’étouffer et de devenir ridicules ! »
Les deux amis font demi-tour et prennent d’emblée une dimension plus grande, car l’air de l’extérieur les habite déjà, ce qui leur vaut au passage quelques regards de haine ! Ce sont ceux des prisonniers de l’ombre, qui ne veulent pas être libres !
21
De nouveau à l’air libre, Web laisse éclater son mécontentement : « Les Cérébraux ou Têtes bleues ! Les Scrolls ! J’en ai par-dessus la tête de tous ces machins ! Ouf ! On respire mieux à l’air libre !
_ Revenons au faits… Pendant des milliers d’années, nous avons lutté pour construire les nations… Nous avons fait la guerre, pour étendre ou préserver les territoires et il s’agissait essentiellement d’une domination physique ! Aujourd’hui, tout conflit armé conduit à une catastrophe, d’abord sur le plan économique et ce n’est donc plus la bonne réponse ! La domination psychique a pris le pas sur la domination physique, pour assurer notre développement ! Cela veut dire que nous nous comportons entre nous comme les pays ou les empires se sont jusqu’ici comportés !
_ Attendez… Mépris pour les plus faibles, voir leur écrasement !
_ Oui, vaincre l’ennemi à la guerre, envahir son territoire donnaient le sentiment de la puissance, rendaient fier le pays attaquant ! En plus, cela lui donnait des ressources, des populations esclaves…
_ Mais on ne peut pas vivre la même histoire ! On peut pas semer la haine et le mépris, sans en payer les conséquences !
_ Non et c’est pourquoi nous devons explorer le nouveau territoire psychique, comme nous sommes partis à la découverte du monde physique ! La question étant : « Comment se développer et même se sentir dominant, sans piétiner l’autre, mais en le respectant et en l’aimant ?
_ Nous voilà explorateurs maintenant !
_ Oui, d’un univers apparemment invisible !
_ Ce qui facilite notre tâche ! »
Les deux amis croisent un Dom qui en train de scier un arbre ! « Il était malade ? demande Web.
_ Non, non, j’en avais marre de l’élaguer chaque année ! C’est vite envahissant et ça cache la lumière !
_ Et les oiseaux ? coupe Paschic.
_ Quoi ? Les oiseaux ?
_ Mais les arbres sont leur habitat et aussi leur garde-manger !
_ J’avoue que je n’ai pas pensé aux oiseaux !
_ Non et pourtant nous constatons leur disparition, qui est essentiellement due au manque d’arbres !
_ Qui vous êtes ? Des écolos ?
_ Peut-être un peu plus, car savez-vous ce qui est en jeu au fond ? Quand il n’y aura plus d’oiseaux, nous serons davantage entre nous et nous pourrons de moins en moins nous supporter !
_ Je vois pas…
_ Non ? Mais déjà élaguer cet arbre vous pesait ! O combien alors la différence chez les autres doit vous heurter ! Les oiseaux et la Chose nous aident à vivre ensemble, à nous donner de l’air, par rapport au voisin !
_ Dites, c’est beaucoup pour un arbre coupé, vous trouvez pas ? »
Paschic hausse les épaules et s’éloigne, accompagné par Web… « Mettons ça à la sauce psychique, voulez-vous ? dit-il à son ami. Moins il y a de nature et plus les territoires psychiques sont en contact...
_ Ce n’est pas seulement une question de l’épuisement des ressources ou de la survie d’une espèce…
_ Non, car plus les territoires psychiques sont proches et plus ils ne vivent que pour eux-mêmes ! Ils ont alors besoin de toute leur domination, ce qui fait qu’ils méprisent le territoire voisin et sont prêts à le détruire, s’il constitue un obstacle !
_ Le Cube tout seul est condamné à la violence…
_ Il est donc absolument nécessaire que la Chose reste visible dans le Cube, notamment par les oiseaux, les arbres ou les nuages ! Car c’est encore la beauté de la nature qui peut nous permettre de ne plus avoir recours à la domination ! Elle est là l’exploration, l’aventure d’aujourd’hui !
_ Le risque !
_ Exactement ! Les vaisseaux, les caravanes d’autrefois sont désormais psychiques ! Et elles ont comme but, la beauté !
_ En route, mauvaise troupe ! »
22
Très vite, Paschic reprend la discussion : « Mais est-ce qu’on peut admirer la nature, tout en restant connecté ? Pouvez-vous répondre à cette question, docteur Web, vous qui êtes le grand spécialiste de la connexion ?
_ Cela me paraît difficile, voire impossible, si la connexion est comme un cordon ombilical, destiné à nourrir l’ego !
_ N’est-ce pas au fond une question de force ? J’avais un vieux pull sale dans le temps, dont je ne parvenais pas à me débarrasser ! Il était comme une seconde peau ! Le jour, où ma mère, la Machine, l’a jeté à la poubelle, ça a été un véritable drame !
_ J’avoue que je ne vois pas le rapport...
_ Pourquoi croyez-vous que les jeunes garçons ont du mal à s’ mouiller l’ matin, pour faire leur toilette ?
_ Euh… Je perds le fil…
_ Mais vous le dites vous-même, la connexion peut servir de cordon ombilical pour l’ego ! Il est sûr que le monde extérieur peut apparaître hostile et froid… et on peut vouloir ne pas l’affronter en gardant son vieux pull ou sa chaleur, en évitant la toilette !
_ Et on peut rester aussi dans sa bulle de connections, comme dans un cocon !
_ Voilà ! On reste dans un monde où l’ego et la domination restent au centre !
_ On reste dans le Cube, tout en ignorant la Chose !
_ Parce que se mettre debout sur ses deux jambes, c’est difficile !
_ On refuse l’exploration psychique !
_ Tellement que l’on devient violent quand on en vient à être contrarié ! Ceci est aussi valable pour les partis politiques extrêmes, qui ont leurs ennemis et qui ne cherchent pas à comprendre les hommes !
_ Cet état quasi « fœtal » entraîne une dépendance à la connexion, qui a la puissance d’une drogue !
_ On arrive aux mutants qui sont incapables d’arrêter de dominer !
_ Je crois que nous avons répondu à votre question…
_ Oui, il est sans doute impossible d’admirer la nature, tout en restant connecté ! Déjà, il faut accepter le temps de la Chose !
_ Déjà !
_ Or, c’est un temps qui n’est évidemment pas le nôtre ! Si notre ego est souffrant ou effrayé, ce n’est pas la nature qui a priori va nous parler et nous rassurer ! La première impression qu’elle donne, c’est qu’elle est indifférente et vide !
_ Ce qui n’est pas le cas…
_ Non, nous venons de la nature et elle ne nous est donc pas étrangère ! Au contraire, ce que nous sommes doit trouver un écho en elle ! Nous sommes comme les animaux, nous devons nous nourrir et nous reproduire, ce qui, comme nous l’avons dit, conduit à défendre notre territoire psychique ! Mais justement, en allant dans cette direction, nous constatons que la beauté existe !
_ Le travail de la patience commence...
_ Oui, c’est un travail de maturation… On interroge quelque chose de plus vaste que soi…
_ Ce qui demande à mettre en veilleuse les connexions !
_ Oui, plus on se débarrasse de son ego et plus on s’apprête à reconnaître l’autre comme une réalité ! On devient quelqu’un de doux !
_ Et tout ça par la beauté ?
_ Oui, elle en a beaucoup à dire ! Elle chante d’abord l’infini, ce qui est une nouveauté !
_ Celui qui reste connecté, ou qui garde son vieux pull, ou qui refuse de l’eau sous ses aisselles, celui-là n’en profite pas !
_ Non, il continue à vouloir nourrir son ego coûte que coûte !
_ Il reste aveugle, égoïste et violent !
_ Triste fin ! »
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Paschic sent le printemps (15-18)
- Le 21/03/2026

"On dirait qu'il est protégé par la force..."
Stars Wars
15
Le duo poursuit sa route et il remarque un personnage troublé, qui se tâte le visage ! « Il y a quelque chose qui ne va pas monsieur ? demande Web.
_ Si, si, tout va bien, je vous assure… Enfin…
_ Oui ?
_ Je voulais juste vérifier que ma tête est bien accrochée à mon corps !
_ Vous êtes sérieux ?
_ Je le voudrais bien, mais là est justement le problème : je ne parviens pas à être sûr !
_ Mais, si ça peut vous rassurer, je peux vous dire que votre tête est bien sur votre corps !
_ Oui, évidemment ! Sinon, comment je ferais pour parler ? Vous devez me trouver ridicule, n’est-ce pas ?
_ Je ne me permettrais pas… Je trouve cela juste un peu étrange !
_ Moi aussi, figurez-vous ! Je m’en veux même, mais c’est plus fort que moi ! Tenez, ça me reprend : il faut que je me tâte le haut du crâne, car ma cervelle pourrait s’échapper par là !
_ Vous vous foutez d’ moi, là ? »
A cet instant, Paschic tire Web par la manche et lui dit tout bas : « Ne vous énervez pas, Web, ce type a été bousillé par les Doms !
_ Quoi ?
_ Il a été détruit psychiquement, de sorte qu’aujourd’hui il ne peut être sûr de rien ! Sa confiance en lui a totalement été anéantie sous les coups de boutoir !
_ Mais on peut vraiment démolir un homme à ce point ?
_ Il suffit de s’y prendre assez tôt, dès l’enfance ! Les connexions cérébrales ne sont pas complètes et on les massacre !
_ Mais… mais pourquoi ?
_ Pourquoi y a-t-il des pédophiles ? Parce que certains veulent assouvir leurs appétits ! D’autres vivent pour leur soif de pouvoir et ne supportent aucun obstacle !
_ Hem ! Hum ! dit Web qui se tourne à nouveau vers le personnage. Si je peux vous aider en quoi que ce soit...
_ Je ne sais pas…
_ Comment ça, vous ne savez pas ?
_ Il ne faut pas m’en vouloir, mais je ne sais pas…
_ Nous voilà bien !
_ En fait, je ne suis jamais sûr de ce que je sais…
_ Venez, Web, coupe à nouveau Paschic, cet homme a surtout besoin de repos... »
Un peu plus loin, une autre homme court éperdu vers le duo ! « Au secours ! Au secours ! crie-t-il.
_ Qu’est-ce qui s’ passe ? fait Web, en arrêtant l’individu.
_ Regardez ! Regardez ! répond l’homme en montrant son bras. Je… je disparais !
_ En effet ! répond Web interloqué. Il vous manque une main et le poignet… C’est sans blessures et très étrange !
_ Et attendez ! Là en bas ! reprend l’homme, en soulevant son pantalon.
_ Il vous manque un pied !
_ Je disparais, j’ vous dis ! J’ suis en train de foutre le camp !
_ Mais enfin, voyons, il doit y avoir une explication logique à tout cela ! une explication médicale ! Il vous faut des soins !
_ Oh ! Une explication, j’en ai une ! A chaque fois que je dis quelque chose, je parle dans l’ vide !
_ J’ ne comprends pas !
_ A chaque fois que je dis quelque chose, soit on ne me répond pas ! soit on me répond le contraire de ce que j’ai dit !
_ Curieux, en effet !
_ Ainsi, à force de douter de ma propre existence, de ma raison, j’ai constaté que mon corps lui-même devenait invisible !
_ Ah ! Ah ! Vous exagérez ! Chacun a à son avis et nul n’est tenu d’être d’accord avec vous ! Combattez que diable !
_ Mais pour aller où ? Je ne reconnais rien du monde dans lequel nous vivons ! Je suis un parfait étranger ! Regardez, ma jambe, elle n’est plus là !
_ On en voit encore un bout, tout de même…
_ Vous aussi, vous me prenez pour une bille ! Adieu !
_ Ne le prenez pas comme ça ! J’essaie sincèrement de vous aider ! »
Mais l’homme reprend sa course et Web se tourne vers Paschic : « Vous avez vu ça ? fait-il. Cet homme disparaît bien ! Mais est-ce vraiment à cause des autres ?
_ Vous oubliez les bases, Web… Un Dom ne concède jamais qu’il a tort, car il diminue alors sa domination !
_ Mais dans c’ cas, que va devenir ce type ?
_ Avec de la chance, il peut trouver sa maison dans la beauté ! »
16
Le duo continue dans le Cube, quand il est interpellé par un type : « Alors les gars, on s’ promène ?
_ C’est ça ! fait Web. On s’promène !
_ La belle vie pas vrai ! Pendant que les autres bossent, pour vous payer vot’ retraite !
_ Non mais, qu’est-ce que vous connaissez de nos vies ?
_ Venez Web, c’est inutile de discuter ! » coupe Paschic et le duo s’éloigne.
« Bon sang ! s’écrie Web. Pourquoi vous ne m’avez pas laissé lui répondre ! Vous avez vu nos aventures ? Elles sont toutes incroyables et difficiles ! Si c’est pas bosser, ça ?
_ Bien sûr, mais l’hypocrisie des Doms, comme leur aveuglement, sont sans limites !
_ Tout de même, nous prendre pour des paresseux ! »
Soudain, le duo fait face à un autre Dom, qui lui dit : « Ah ! Ah ! Faut les voir ces deux-là, les mains dans les poches ! Ah ! Ah ! Mais oui, les mains dans les poches ! Ah ! Ah !
_ Excusez-moi, y a un problème ? réplique Web.
_ Un peu qu’il y en a un ! Faut pas lambiner comme ça ! Moi, dès que j’ai cinq minutes, je nettoie le sol, les carreaux, je coupe ma haie, j’ m’occupe ! L’époque n’est plus à traîner les gars ! Tenez, j’ai une armoire à monter à l’étage ! Vous m’aidez, les gars ?
_ Ben…
_ Allez donc ! Faut être solidaire ! Puis, buller, c’est mauvais pour la santé ! Vous verrez, ce soir, vous vous coucherez avec la satisfaction d’avoir été utile !
_ Bon d’accord ! Je vais vous donner un coup de main !
_ A la bonne heure ! Et vot’ copain, il fait quoi ?
_ Le copain, il aime pas les hypocrites, et c’est pourquoi il ne vous aidera pas ! répond Paschic.
_ Oh là ! On a son petit caractère ! Soit ! Mais pendant qu’on monte l’armoire, vous n’allez pas rester là sans rien faire ! Le temps est si précieux ! Par exemple, profitez-en pour apprendre l’anglais ! Le tout, c’est de ne pas rester improductif !
_ Je veux bien apprendre l’anglais, à condition que vous m’aidiez cinq minutes…
_ Eh ! Mais c’est moi qui ai besoin d’aide…
_ Allez, y en a juste pour cinq minutes…
_ Bon, ben, c’est quoi au juste ?
_ A votre avis, sommes-nous meilleurs que les animaux ? Je veux dire : sommes-nous plus intelligents qu’eux ?
_ C’est pas une question piège ? Ben, j’dirais que oui, on est plus intelligent qu’eux !
_ Donc, on doit pas être plus malheureux qu’eux !
_ Ah ! Ah ! Mais bon sang, où voulez-vous en v’nir ?
_ Vous voyez le muret là ? Je vais vous demander de vous y asseoir juste cinq minutes, pour que vous vous offriez au soleil !
_ Vous vous foutez d’ moi ?
_ Pas du tout ! Les animaux, après avoir mangé le matin, profitent des premiers rayons pour se chauffer, comme s’ils prenaient plaisir à la vie ! Vous ne voudriez pas apparaître plus malheureux qu’eux, ou moins sages !
_ C’est que je n’aime pas perdre mon temps !
_ Mais les animaux non plus ! Ils savent combien ces premières sources de chaleur sont précieuses, après l’hiver ! Il est impossible qu’ils passent à côté, tant c’est bénéfique !
_ Donc, vous vous voudriez que je reste là, sur ce muret, en m’exposant au soleil, sans rien faire !
_ C’est ça, juste cinq minutes, pour que vous vous réjouissiez d’exister !
_ Mais je peux pas ! Je déteste rester improductif ! Il y a mes factures et c’est pas vous qui allez les payer ! Il faut encore que je continue à cotiser ! Tic-tac ! Tic-tac ! J’ai une horloge dans l’ cerveau !
_ Venez Web, vous n’allez quand même pas aider cet imbécile ?
_ C’est moi que vous appelez un imbécile ?
_ Parfaitement ! Les animaux sont supérieurs à vous, car ils apprécient le moment présent !
_ Mais, mais j’ai des inquiétudes !
_ Eh bien, découvrez le monde et sa beauté ! »
Le duo s’en va, quand Web dit à Paschic : « Vous voilà en agence de tourisme !
_ C’est le rôle de l’art, non ? »
17
Le duo ne fait même pas cent mètres qu’il croise une petite vieille assise sur une chaise, à l’air libre… Elle tricote et paraît d’emblée sympathique à Web ! Elle dit aussitôt : « Une maille à l’envers, une maille à l’endroit ! Hi ! Hi ! Je vais finir par croire que ce n’est plus de mon âge !
_ Oh ! Vous n’êtes pas si vieille que ça ! s’écrie Web attendri.
_ Oh ! Un homme galant ! On n’en voit plus beaucoup de nos jours ! Tout de même, j’ai bien du mal à m’éviter les douleurs ! Mes membres n’ont plus leur souplesse de jadis !
_ Ah çà, c’est bien normal ! Nous ne rajeunissons pas, n’est-ce pas Paschic ? »
Mais le compagnon de Web ne répond rien… « Il a pas l’air commode, votre ami, dit la petite vieille.
_ Eh bien disons qu’il a ses humeurs, répond Web.
_ C’est pour ça que vous l’appelez Paschic ? Parce qu’il n’est pas chic ? Hi ! Hi !
_ Web, coupe Paschic, c’est une mutante de l’ancienne génération !
_ Hein ? Vous rigolez ? Cette petite dame serait…
_ Elle ne nous a pas dit bonjour ! Elle a commencé directement par parler d’elle ! Car nous dire bonjour aurait été reconnaître notre existence ! La seule chose qui l’intéresse, c’est sa personne !
_ Allons…
_ Le pire, c’est qu’elle a tellement peur qu’elle parle incessamment toute seule ! Ainsi, elle construit son monde !
_ Disons qu’elle lutte contre la solitude !
_ Non, elle ne veut pas de solutions… D’ailleurs, je vais vous montrer qui elle est vraiment ! »
Paschic fait une geste qui englobe la petite vieille et elle apparaît tout différemment ! Elle est maintenant dans une cellule, avec un air misérable, effrayé, tandis que ses bras passent à travers les barreaux ! « Aidez-moi ! dit-elle. Aidez-moi, je vous en supplie !
_ Mais bien sûr, je vais vous aider ! clame Web, toujours attendri. On va trouver les clefs et…
_ Ah ! Ah ! Si vous saviez comme je vous méprise ! s’écrie la petite vieille malgré elle. Ah ! Ah ! Vous n’êtes rien, vous entendez !
_ Quoi ? Vous me méprisez et vous me demandez de l’aide ! Ce n’est pas compatible !
_ Mais si Web, ça pourrait coller ! réplique Paschic un peu derrière. Si vous-même êtes diminué par la peur, vous pouvez fermer les yeux sur son mépris, tant vous avez besoin d’une relation, d’échanger ! Alors vous perdez tout respect pour vous-même et vous serez traîné dans la boue, par cette charmante personne !
_ Je n’en suis pas là…
_ Non, vous tenez à peu près sur vos jambes… Mais vous comprenez alors comment fonctionne la société : pressés par la peur, les gens s’arrangent et s’aveuglent !
_ Sauvez-moi ! Je suis tellement seule ! reprend la petite vieille.
_ Mais vous nous méprisez ! rétorque Web.
_ C’est pourquoi elle est en prison ! explique Paschic. C’est elle-même qui s’est enfermée, car on ne peut pas se libérer en se servant des autres ! Il faut aussi les respecter ! Venez Web, laissons cette mutante se débrouiller ! Y a rien à en tirer ! »
Le duo va voir ailleurs, avec un Web songeur, car il aurait bien voulu un échange simple et amical… Mais arrive bientôt un homme qui crie et gesticule ! Il effraie les gens alentours, qui s’écartent et qui le regardent avec colère ! L’homme crie au duo : « Je ne suis rien ! Vous m’entendez ! Je ne fais partie de rien ! Même ma famille n’a pas de voulu de moi ! Tous des salopards !
_ Sois fier ! lui répond cependant Paschic. Les autres sont ensemble par peur du monde extérieur ! C’est elle leur ciment ! Ils ne s’aiment pas entre eux, mais vivent dans l’apparence et le mensonge ! Toi, au moins, tu regardes les choses en face !
_ Mais qui peut supporter ça ? Regardez-moi, j’ai l’air d’un clochard ! Je bois pour oublier ! »
A cet instant, Paschic étend la main et l’homme est transporté dans un bois ! C’est le début du printemps ! Les bourgeons sont comme une poudre d’or, déposée sur les arbres ! Des buissons de houx, encore humides, sont illuminés tels de formidables candélabres ! Les nuances de couleurs sont innombrables et se répondent dans une totale féerie ! Un rouge-gorge regarde le visiteur, qui immobile voit un mulot trottiner à ses pieds, sur les feuilles mortes ! Tant d’éclat, de beauté, de simplicité conduisent l’homme à pleurer, comme s’il obtenait réparation !
18
En fait, Web et Paschic profitent de ce passage en forêt, pour se détendre et ils avancent tranquillement sur un chemin assez large entre les arbres… Les dépasse cependant une Dom âgée, qui promène son chien : « C’est magnifique, hein ? dit-elle au duo en passant. Toute cette beauté !
_ Oui, en effet, répond Web. C’est magnifique… et quel calme !
_ Bien sûr ! Et y a pas besoin d’aller plus loin ! Ici, tout près du Cube, c’est déjà merveilleux !
_ Oui, oui…
_ Il y a quelque temps, reprend la Dom, qui visiblement a besoin de parler, j’ai rencontré un couple, avec un homme qui photographiait… Il me disait qu’il avait réussi à prendre un Pic… Pas forcément un Pic vert, car il y en a de toutes sortes !
_ Bien sûr…
_ Mais il me disait que ça arrivait peut-être une fois sur dix ! Il considérait qu’il avait eu de la chance et il était très heureux !
_ On le comprend…
_ Mais alors j’ai lu récemment le livre d’une philosophe, pas d’une ornithologue ! Mais je vous embête avec mes histoires !
_ Mais non, pas du tout !
_ Le livre s’intitule : « Pensez l’oiseau » !
_ Ah ?
_ Oui, car il ne s’agit pas d’observer telle espèce, mais… de se mettre à la place de l’oiseau !
_ Vraiment ?
_ Oui, l’autrice s’installe dans son jardin, sur une chaise et se dit : « Je vais me mettre à la place de l’oiseau, pour penser comme lui ! » car nous, les Doms, nous ne sommes nullement supérieurs ou au-dessus !
_ Bien entendu !
_ En ce moment, je suis en train de lire un autre livre… C’est « Sur la piste des traces » ! Non, non, c’est « La trace des pistes ! » Mais je vous ennuie avec mes histoires !
_ Mais non, pas du tout, je vous assure !
_ C’est « En piste sur les traces ! » Voilà le titre ! C’est le récit d’un ethnologue, à moitié philosophe… A moins qu’il ne soit plutôt éthologue ? Enfin, on découvre le monde des traces !
_ Ah ! Le monde familier de la forêt doit s’ouvrir à vous… Comment reconnaître le passage d’un sanglier, d’une…
_ Oh bon ! Ah ! Ah ! Les sangliers, c’est tellement évident ! Non, non, on parle de traces de jaguar, de léopard…
_ Ah oui, d’accord, c’est pas par ici !
A cet instant apparaissent deux autres promeneuses, avec des bouquets de primevères dans les mains… « Vous n’avez pas cueilli de violettes ? leur demande la Dom. Il y en a plus loin !
_ Non, non, fait une des promeneuses. On cueille pas d’ violettes, car elles fanent tout de suite !
_ Bien sûr ! répond la Dom. Et puis, les primevères, c’est bien aussi !
_ Oui, et le cadre est magnifique !
_ Oui, c’est magnifique ! Au revoir, mesdames... »
Les deux promeneuses s’éloignent et la Dom reprend : « Où est-ce que j’en étais ?
_ Sur des traces, répond Web.
_ Ah oui ! Mais je vous embête avec mes histoires ! »
Paschic ne donne pas le temps à Web de réagir, car il se plante devant la Dom et la regarde bien en face ! La Dom interloquée se tait, puis lentement son visage se fissure, se met même à couler… Elle hurle bientôt, en proie à la panique, de sorte que son chien l’imite avec un aboiement sinistre !
Enfin la Dom fait volte-face et s’enfuit ! « Bon sang, Paschic ! s’écrie Web. Vous êtes dingue ! Qu’est-ce que vous lui avez fait ?
_ Mais rien, vous en êtes témoin ! Je l’ai juste regardée, c’est tout !
_ Mais pourquoi a-t-elle été effrayée ?
_ Parce que j’ai détruit sa bulle ! C’est pas l’ tout de dire que la Chose est magnifique ! Encore faut-il arrêter de parler d’ soi ! Pour s’ouvrir à la nature, il faut aussi s’ouvrir aux autres ! Or, cette femme vous vidait Web !
_ Hein ? Vous croyez ?
_ Vous ne pensez tout de même qu’elle était sincère quand elle vous demandait si ses histoires ne vous dérangeaient pas ? C’est un truc qu’elle doit utiliser depuis toujours, pour se tromper elle-même et les autres !
_ Charmant ! Non, c’est vraiment charmant que de se promener avec vous !
_ N’est-ce pas ? Ça a quelque chose de vigoureux ! »
-
Paschic sent le printemps (11-14)
- Le 14/03/2026

"Allo, la police, j'ai tué un homme!"
Marie Octobre
11
Paschic et Web reprennent leur marche, mais très vite ils sont alertés par une femme qui court vers eux et qui crie au secours ! La femme est élégante, avec une manteau luxueux, qui laisse voir un corps superbe, mais le visage a été « massacré » par la chirurgie esthétique, de sorte qu’il en est repoussant !
Mais enfin la femme appelle à l’aide et Web l’attrape au passage ! « Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
_ Il… Il est là derrière moi ! répond la femme essoufflée.
_ Qui ça « Il » ? Un homme qui vous veut du mal ?
_ Non… Enfin… C’est… mon cœur !
_ Votre cœur ? Il est pourtant accroché à votre poitrine !
_ Ce n’est pas de celui-là dont je parle…, mais du cœur symbolique !
_ Du cœur symbolique ?
_ De mes sentiments, si vous préférez !
_ Vous fuyez vos sentiments ?
_ Oh ! Je vous en prie, protégez-moi ! Il peut surgir à tout moment !
_ Allons parler dans un endroit plus tranquille… Ne vous inquiétez, moi, je m’appelle Web et voici Paschic ! Nous veillons désormais sur vous ! »
Le trio s’installe à une terrasse de café, où la femme paraît plus rassurée ! Elle en vient bientôt à raconter son histoire… « Il y a quelques années, j’étais une star incontestée du cinéma ! J’étais une vraie bombe, pour parler crûment ! Encore très jeune, je rayonnais de toute ma beauté et on s’arrachait mes photos ! Le moindre cliché me représentant un peu dénudé mettait en émoi la planète masculine !
_ Je vous crois sur parole ! dit Web.
_ Oui, j’étais au sommet ! Mais un jour…, un jour il est venu ! Oh ! Au début, ce n’était presque rien ! D’ailleurs je le cachais avec un peu de poudre ! Et pourtant, il revenait… et à chaque fois, il était un peu plus marqué !
_ Vous parlez de votre cœur ?
_ Oui, enfin non ! A l’époque, je ne savais pas que c’était lui ! Ce que je voyais, c’était un pli…, un pli amer, comme si un hameçon avait été coincé derrière ma joue !
_ Je vois…
_ J’en doute, car plus je regardais ce pli et plus je le voyais sournois, méprisant, quasiment égoïste ! C’était une véritable catastrophe !
_ Alors là, je ne comprends pas !
_ Mais…, mais je n’étais plus cette créature supérieure, totalement lumineuse, supraterrestre, presque divine !
_ Oh !
_ J’étais rattrapée par ma petitesse, vous comprenez ? Mon véritable caractère affleurait ! Le pli disait à tout le monde : « Regardez, elle n’est pas la déesse que vous croyez ! Elle aussi est mesquine ! »
_ Mais vous devez avoir aussi de bons sentiments ! Ceux-là aussi devaient être visibles !
_ Mais je ne les voyais pas ! La seule chose qui perçait, c’était ce pli moqueur ! Oh ! J’aurais tout fait pour l’effacer !
_ Et vous avez effectivement tout fait...
_ Hélas ! J’ai eu recours à la chirurgie esthétique… C’est une catastrophe, je sais, mais au moins on ne voit plus le pli !
_ Non, on en voit des dizaines… »
A cet instant, la femme sursaute, car un homme élégant vient de lui saisir le bras ! « Mais enfin où étais-tu ? dit-il. Je t’ai cherchée partout !
_ Monsieur, veuillez laisser cette femme tranquille ! intervient Web. Sinon…
_ Sinon quoi ? Je suis son cœur, ses sentiments ! Si je ne lui plais pas, elle n’a qu’à changer de comportement ! »
Devant tant de justesse, Web se calme et la femme s’alarme ! « Mais enfin ! crie-t-elle. Vous n’allez pas le laisser m’emmener ?
_ Vous l’avez entendu ! répond Web. La solution est en vous ! Le pli, vous auriez pu le faire disparaître en vous acceptant !
_ Bande de médiocres ! Pourquoi vous ai-je parlé ? Vous ne savez pas ce qu’est le pouvoir ! »
12
Paschic et Web s’en vont songeurs… Un type leur coupe la route, en tenant une enseigne qui semble n’avoir pas de fin ! C’est pour une entreprise de nettoyage, lit le duo, qui ne bouge toujours pas, car l’enseigne continue de défiler !
Enfin, le gars qui en porte l’autre extrémité apparaît, ce qui fait estimer l’enseigne à une cinquantaine de mètres ! « Pas facile pour manœuvrer ! fait laconique Web.
_ Non, mais c’est un bon moyen pour calmer sa peur !
_ Vous croyez ?
_ Plus on occupe l’espace et plus on le fait sien, ce qui diminue la peur ! En fait, le principe est toujours le même, plus on a peur et plus on étend sa domination !
_ Moi-même, je vais finir par piger !
_ Vous voyez cette femme là-bas ? Elle attire nos regard sur ses fesses ! C’est la manière générale des femmes pour diminuer leur peur…
_ Vous voulez dire qu’elles rappellent qu’elles tiennent les rênes du plaisir !
_ Exactement ! Cela peut paraître une offrande, mais la femme ainsi réaffirme sa domination, car le sexe, la séduction est son terrain ! Maintenant, regardez l’homme qui arrive vers nous…
_ Je rêve ou il gonfle son gourdin !
_ Vous ne rêvez pas, il concentre les regards sur son paquet de devant ! Ici, la domination est plus claire ! C’est celle de la virilité, du mâle ; le membre représentant la force ! Et pourtant, ces deux attitudes sont une forme de faiblesse, car elles révèlent la peur ! Là où il y a de la domination, il y a forcément de la peur !
_ On gagne beaucoup à vous avoir pour guide ! Mais vous voulez dire aussi qu’il y a une autre solution à la peur que la domination !
_ Oui !
_ Et c’est laquelle ?
_ Ne plus avoir peur tout simplement !
_ Tout simplement ! »
Un Dom va les croiser sur le trottoir et Web se met un peu derrière Paschic, pour lui laisser le passage, mais le Dom s’empresse de descendre du trottoir, comme si le petit effort de Web avait été vain ! « Ce que vient de faire ce Dom n’est pas innocent ! dit Paschic.
_ C’est curieux, oui, il a bien vu ma prévenance…
_ Mais il a préféré nous éviter comme si nous étions un obstacle ! Or, c’était bien son but : nous faire sentir combien nous sommes gênants !
_ Vous ne croyez pas que vous exagérez ! Il a très bien pu au fond vouloir ne pas nous déranger…
_ Vous seriez étonné, Web, des milles manières des Doms pour faire sentir leur domination ! Il faut se rappeler que rien n’est normal ! qu’aucun Dom n’a de solutions réelles pour vivre ! que tout ce qui se joue autour de nous n’est qu’une construction ! qu’une réaction à la peur ! Le tissu de la société n’est qu’une apparence !
_ Tout de même... »
A cet instant, un Dom, qui les croise, descend ostensiblement du trottoir, en s’excusant ! On dirait qu’il est confus, comme s’il avait manqué à tous ses devoirs ! Web ne peut s’empêcher de lui sourire et le Dom passe… « Voyez-vous, Web, reprend Paschic, même une politesse exagérée peut être une source de domination !
_ Hein ?
_ Que voulait ce Dom ? Attirer notre attention ! Prendre vie à nos yeux, ce qu’il a parfaitement réussi avec vous !
_ Mais…, mais je ne pouvais pas rester de marbre !
_ Méfiez-vous, car on vous prend pour un idiot ! Et vous encouragez encore la domination, or, elle n’est pas la solution !
_ Mais, mais vous n’êtes pas humain !
_ C’est la domination qui n’est pas humaine, mais animale ! C’est elle qui fait des ravages et qui est à combattre !
_ Mais comment ?
_ En n’ayant plus peur tout simplement !
_ Tout simplement ! »
13
Le duo continue son chemin dans le Cube, quand une vieille dame lui crie : « Halte ! Contrôle !
_ Hein ? Contrôle de quoi ? fait Web.
_ Je suis la gardienne des bonnes mœurs ! Je vérifie notamment que vous êtes habillés correctement !
_ Mais au nom de quelle autorité agissez-vous ?
_ La mienne ! Mais dites-moi, mes lascars, c’est tout sauf brillant !
_ Hein ? Qu’est-ce qu’il y a redire ?
_ Il y a à redire que vos chaussures ne sont pas bien cirées ! Et puis d’abord, qu’est-ce que c’est ces chaussures de clown ?
_ Mais, mais ce sont mes chaussures habituelles ! réplique Web.
_ Les habitudes, il faut en changer, quand elles sont mauvaises ! Z’avez été élevé dans un cirque ?
_ Mais, mais je ne vous permets pas !
_ Non ? Et qu’est-ce que tu vas faire, tête de lard ? »
Web regarde la petite vieille qui ressemble à un lézard haineux, et il recule : sait-on jamais, l’animal pourrait avoir une morsure empoisonnée ! « Allez dégagez, les caves ! enchaîne la vieille. J’ai bien d’autres choses à faire ! »
Le duo ne se fait pas prier et s’éloigne, mais un peu plus loin, c’est une jeune fille qui leur jette : « Halte ! Contrôle !
_ Hein ? Contrôle de quoi ? fait Web.
_ Je suis la gardienne de la mode ! Je vérifie si vous êtes tout de même à la page !
_ Mais par quelle autorité…
_ Oh ! Là ! Là ! Les nazes ! Qu’est-ce que c’est ces tenues ridicules ? Vous vous êtes trompés de siècle ou quoi ?
_ Mais je ne vous permets pas…
_ Tu permets pas quoi, papa ? Mon dieu, vous êtes le duo de la honte ! Allez, vous porterez désormais le badge Ringard !
_ Certainement pas !
_ Eh ! Les copines, venez voir les deux dindons ! »
Plutôt que d’être ridiculisés davantage, les deux amis s’éclipsent, mais ils n’ont pas fini de tourner dans une rue qu’un petit vieux leur fait : « Halte ! Contrôle !
_ C’est pas vrai ! Encore !
_ Allez, je veux tout voir !
_ Tout voir quoi ?
_ Tous les bulletins de salaires, les cotisations, les déclarations d’impôts !
_ Mais…
_ Pour vous prouver ma bonne foi, voici mon dossier complet ! Tous les chiffres, toutes les années y sont ! Y a pas une erreur ! J’en exige autant de vous ! C’est la moindre des choses !
_ Mais c’est que le dossier est épais… Nous n’avons pas le temps de l’examiner…
_ Le seul reproche qu’on peut me faire à la rigueur, c’est en 56, lorsque ma femme a voulu aider son beau-frère… Il y a peut-être des dons qui n’ont pas été déclarés !
_ Eh ! Eh ! Vous avez l’air de prendre ça à la légère !
_ Ma femme à l’époque avait un cancer… Ceci explique cela…
_ Bref, vous vous excusez…
_ Mais, mais je n’ai encore rien vu venant de chez vous ! Or, il paraît évident que vous n’êtes pas en règle !
_ Ah bon ? Et à quoi voyez-vous ça ?
_ Mais à vos mines d’ahuris ! On voit tout de suite la mentalité de l’assisté, de l’allocataire ! J’ai pas raison…
_ A vrai dire, mon camarade est malade mentalement !
_ Ah ! Ah ! La belle excuse ! La vis, il faut serrer la vis ! Si tout le monde est en règle, ça pourra fonctionner ! Pas autrement !
_ En fait, j’aimerais vous proposer un deal… J’excuse le cancer de votre femme, si vous pardonnez la maladie mentale de mon collègue ! Mansuétude contre mansuétude ! Qu’en pensez vous ?
_ J’en pense que j’ai mis la main sur un gros nids de frelons ! J’ai toujours eu le nez pour les fainéants et les fraudeurs !
_ Bon, ben, nous on y va !
_ Vous n’irez pas loin ! Mes amis du fisc vont adorer ça ! »
14
Paschic et Web échappent à tout ce beau monde et croit avoir trouvé la tranquillité, mais c’est une illusion ! Plus loin, des drapeaux sont levés, au-dessus d’un mouvement de masse ! Il y a là comme une ébullition, mais à quel sujet ? Paschic et Web approchent quelques manifestants et les interrogent : « Qu’est-ce qui s’ passe ? fait Web.
_ Y d’mande c’ qui s’ passe ! lui répond hilare un Dom bedonnant et qui porte un drapeau rouge.
_ Comment ? Vous n’êtes pas au courant ? ajoute un Dom plus jeune à côté et qui tient, lui, un drapeau noir.
_ Au courant d’ quoi ?
_ Mais, mais des moustiques géants sont nés de la Chose… et ils vont attaquer le Cube ! répond le jeune Dom.
_ Il paraît qu’ils empalent même des femmes et des enfants ! renchérit laconiquement le Dom bedonnant.
_ Ah bon ? Et vous luttez en manifestant ?
_ Pardi ! La faiblesse du gouvernement est évidente ! Ils sont tous corrompus ! éclate le jeune.
_ C’est vrai, ça ! approuve l’autre. Ils écrasent le pauvre, le peuple ! C’est une caste de riches, incapables de faire face au danger !
_ Nous c’ qu’on veut, c’est de la vertu, des mœurs saines ! Nous voulons la protection d’un chef, un ordre nouveau !
_ C’est là où nous différons ! coupe le Dom ventru. Ce n’est pas seulement un chef qui doit commander, mais un parti ! Toutefois, il sera fort et dirigera tout le pays !
_ Sans opposition ? demande Web.
_ Oui, c’est là ce qui affaiblit le pays et le corrompt !
_ Donc, vous êtes tous les deux pour un régime autoritaire !
_ La situation l’exige !
_ Le danger est imminent !
_ Finis les débats sans fin de l’Assemblée !
_ Le parti sera un juge efficace !
_ En fait, vous avez la trouille tous les deux ! coupe Paschic.
_ Non, on n’a pas la trouille !
_ Ah ! Ah ! Le mec qui dit qu’on a la trouille !
_ Mais si, vous avez la trouille et c’est pour ça que vous voulez être commandés !
_ Nan ! On veut plus d’une république corrompue, c’est tout !
_ On veut que les camarades mettent fin aux privilèges ! Pour les travailleurs !
_ Foutaises ! Vous voulez du mâle alpha… ou d’une nouvelle maman !
_ Oh ! Oh ! Je sens que j’ vais cogner !
_ C’est vrai ça ! Qui t’es d’abord ?
_ J’ suis un passant pas chic !
_ Eh bien, passe ton ch’min, le pas chic !
_ C’est ça, barre-toi, toi et ton pote !
_ Remarquez, reprend indifférent Paschic, votre réaction est normale… Je veux dire qu’elle est comme celle des animaux, qui se rangent derrière les plus forts pour être protégés !
_ Sauf qu’on n’est pas des animaux !
_ Ah bon ? Les animaux rejettent la différence et c’est bien ce que vous faites !
_ On veut être plus efficaces, c’est tout !
_ Mais vous êtes prêts à vous priver de votre liberté, parce que vous avez peur !
_ Mais on n’a pas peur ! Combien de fois il faudra t’ le dire !
_ On veut plus de justice sociale, c’est pas compliqué !
_ Disons plutôt que vous n’avez rien dans le pantalon ! La différence apparaît et vous courez avec vos drapeaux, demander maman !
_ Maintenant, ça suffit ! Vous ne savez rien de notre idéal ! Notre futur chef vous écrasera !
_ Rectification ! Le parti vous fera fusiller !
_ Mon Dieu, et tout ça par peur !
_ Et les gars, faut leur botter le cul !
_ Ouais, y a des têtes à claques par ici ! »
_ Bande de trouillards ! » crie Paschic de loin, tandis que Web leur tire la langue
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Paschic sent le printemps (8-10)
- Le 07/03/2026

"Mais tu as la pétoche, ma parole!"
Le Salaire de la peur
8
Paschic et Web reprennent leur chemin, quand ils aperçoivent un attroupement et ils s’en approchent pour entendre ce que dit celui qu’on écoute ! C’est un Dom assez âgé, qui raconte ceci : « J’étais dans la Chose avec mon chien… On aime bien se promener dans les bois, tous les deux…
_ Curieux, fait un auditeur.
_ Bon, ben, c’est comme ça ! réplique le narrateur.
_ Chut ! Chut ! Laissez-le raconter ! coupent d’autres.
_ A la lisière, j’ suis sorti par un champ d’anciens plants de maïs… C’était assez boueux, mais… ils étaient là !
_ Qui étaient là ?
_ Les chevreuils !
_ Vous avez vu des chevreuils ? Y a rien d’bizarre là-d’dans ! Ils habitent la Chose !
_ Mais ceux-là n’étaient pas comme les autres ! Ils avaient un drôle d’air !
_ Tiens donc ?
_ Oui, y m’ regardaient bien en face, sans bouger…, alors que ma présence aurait dû déjà les faire dégager !
_ Pas faux !
_ Y avait que’q’ chose qui m’ dérangeait chez eux ! J’ les ai fixés, pour comprendre… et c’est là qu’ j’ai vu les deux barrettes noires !
_ Les deux barrettes noires ?
_ Oui, sur chacun des museaux, y avait deux traits noirs, qui donnaient aux chevreuils un air menaçant ! Tiens, comme des peintures de guerre !
_ Et vous n’aviez pas bu ?
_ Les chevreuils me fixaient toujours, imperturbables ! avec leurs peintures de guerre !
_ Pff !
_ On eût dit qu’ils voulaient en découdre !
_ N’importe quoi !
_ Même mon chien avait peur ! Enfin, l’un des chevreuils est venu vers moi et il a commencé à… parler !
_ Quelle bêtise !
_ Chut !
_ Y m’a dit : « On te laisse passer pour cette fois, mais dis aux habitants du Cube qu’on en a marre ! Puisque vous détruisez notre habitat, on détruira le vôtre ! A partir de maintenant, nous entrons en guerre ! C’est une question d’ survie !
_ Ah ! Ah ! J’ai jamais entendu des conneries pareilles ! Dis l’ancien, tu veux nous faire peur… eh ben, c’est raté !
_ Chut !
_ Moi, j’dis c’ qu’on m’a dit ! Croyez-moi, y rigolaient pas ! D’une dureté ils étaient, vous pouvez même pas imaginer !
_ Même dans l’ cas où t’inventerais pas, y n’ont qu’à v’nir tes chevreuils ! J’ les dégommerai un à un, avec mon fusil !
_ Ah ça, c’est certainement la solution ! s’écrie quelqu’un.
_ Tout de même, si les chevreuils attaquent la ville, ils pourront faire mal aux enfants ! ajoute une femme !
_ Tout ça, c’est des balivernes !
_ Mais c’est vrai qu’on détruit leur habitat !
_ Et alors, faut bien s’ loger !
_ Et tu dis que les chevreuils n’avaient pas peur quand ils t’ont vu ?
_ Exactement !
_ Ça, c’est pas normal ! Ils auraient dû foutre le camp dès ton arrivée !
_ Mais c’est pas le cas ! Et j’ te jure, j’ pouvais pas quitter des yeux les barrettes noires de leur museau ! C’est p’têt’ un changement génétique !
_ P’têt’ ! Par contre, qu’ils parlaient, j’ te crois pas du tout !
_ C’était l’ message ! C’est ça qu’ils voulaient dire, en m’ fixant du regard !
_ Un écolo alcoolo !
_ Y finiront par attaquer ! Sûr !
_ N’ont qu’à v’nir ! Bang ! Bang !
_ Imbécile ! »
9
« Vous y croyez, vous, à cette histoire de chevreuil ? demande Web à Paschic.
_ Pourquoi pas ? Il faut bien que les animaux se défendent, vu que le Cube ne cesse de grandir et de les envahir ! »
A cet instant, les deux amis sont interrompus par une toux violente ! Elle leur claque aux oreilles et les prend en chasse ! Ils ont beau tourner dans une rue, puis dans une autre, la toux ne les lâche pas et semble un hachoir sonore !
« C’est un Dom tousseur ! explique Paschic, qui rentre la tête dans les épaules, à cause du bruit.
_ Un Dom tousseur ? crie Web, pour se faire entendre.
_ Oui, la toux est une manifestation de son angoisse ! Le Dom tousseur n’arrive pas à respirer normalement, face au monde extérieur, et il se soulage en toussant violemment ! Ainsi, il rectifie l’environnement, qui porte sa marque et qui devient le sien !
_ Vous n’avez pas l’air de beaucoup l’aimer…
_ Je serais plutôt enclin à le plaindre, car toute angoisse me touche… Mais le Dom tousseur nie son problème et ne va pas en chercher l’origine ! Il préfère garder sa domination, en toussant, ce qui fait sursauter les autres et puis gare aux postillons !
_ Mais quel serait le vrai remède ?
_ C’est toujours la même hypocrisie ou le même aveuglement, Web ! Tout doit paraître normal, or rien ne l’est au fond ! Mais on fait comme si ! Tant qu’on sera dans les faux-semblants, il ne sera pas question de guérison ! Il faut déjà reconnaître son angoisse et non continuer à parader, à se donner le meilleur rôle ! Ouh là !
_ Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
_ Une Dom déo ! Une Dom déodorant exactement ! Vous sentez ?
_ Et comment ! Quelle infection ! Elle doit mettre des tonnes de parfum !
_ Et ils sont des centaines comme ça ! Ils s’inondent de déodorant ou d’eau de toilette ! Ils ne s’en rendent même plus compte !
_ Ils ont peur de puer ?
_ Apparemment… Mais l’effet est contraire à ce qu’ils espèrent…
_ Eh oui, ils puent vraiment ! Manque de confiance en soi ?
_ Allez savoir, par ces temps troublés ! »
Un Dom vient vers le duo, en titubant… Il paraît mal en point… « La mouche ! La mouche ! » dit-il en agitant les bras, puis il s’écroule ! Web le retient et jette : « Bon sang, qu’est-ce qu’il a, ce gars-là ?
_ Il parle d’une mouche…
_ Là ! Là ! La mouche ! fait le Dom, à présent allongé sur le sol et qui montre du doigt un point invisible dans l’espace.
_ Là, là ! Calmez-vous ! lui dit Web.
_ Mais je ne vois pas de mouche, rajoute Paschic.
_ Il en a pourtant une sur le visage ! » corrige Web.
Les deux amis regardent l’insecte effectivement posé sur la joue du Dom, mais qu’est-ce qu’il a de particulier ? se demandent-ils. Le Dom, qui avait plongé dans l’inconscience, rouvre soudain les yeux, où se lit l’horreur la plus vive, puis il a un soubresaut, agite une dernière fois les bras et s’immobilise… définitivement !
« Il est mort ! fait Web laconiquement.
_ Vaincu par la mouche ? interroge Paschic.
_ Tout cela est bien étrange… Comment une seule mouche aurait pu avoir raison de lui ?
_ Elle l’aura rendu fou ?
_ Vous ne pensez pas que ça rappelle l’histoire des chevreuils ?
_ Un peu si, évidemment…
_ Et si la Chose attaquait vraiment le Cube, pour se défendre ?
_ Ce ne serait pas étonnant ! Une domination, la nôtre, menace toutes les autres ! Notre territoire est en train de détruire tous les autres ! En tout cas, les insectes sont bien plus dangereux pour nous que les chevreuils ! Nous ne pouvons pas supporter grand-chose !
_ En effet, un rien nous effraie et nous sommes bien fragiles… »
10
Paschic et Web reprennent leur marche dans le Cube et bientôt, avec d’autres, ils sont face à un camelot ! Celui-ci exhorte la foule, en disant : « Considérez ma famille ! Voici ma femme et mes deux enfants ! Ne sont-ils pas beaux tous ! Si, bien sûr ! Ma petite dernière dans la poussette adore un truc ! Attention, je vous le fais voir ! » « Waouh ! » fait le camelot à l’enfant, qui se met à rire d’une façon trop aiguë, pour que ce soit normal !
« Ah ! Ah ! Elle est pas mignonne, la gamine ? A chaque coup ça marche ! Waouh !
_ Hi ! Hi ! Eurk ! Hi ! Hi !
_ Waouh !
_ Hi ! Hi ! Eurk ! Hi ! Hi ! »
L’enfant donne mal aux oreilles, car son rire paraît forcé, presque fou, comme s’il comprenait mieux les adultes qu’eux-mêmes, en se prêtant à leurs ridicules ! « Ah ! Ah ! poursuit le camelot. Extra ! Waouh ! Waouh ! Regardez-moi ça !
_ Hi ! Hi ! Eurk ! Eurk ! Hi ! Hi !
_ Attention tout de même, intervient la mère, y a des gens autour !
_ Hi ! Hi ! Eurk ! Hi ! Hi !
_ Waouh ! Waouh ! Eh ! Mais ça marche plus ! Allez, la gamine, ça repart ! »
L’enfant se révèle soudain incontrôlable, en n’arrêtant plus de rire et d’une manière si forte, qu’on a l’impression qu’il casse des vitres ! Le père, lui aussi, finit par perdre pied ! « Mais tu vas t’arrêter ! crie-t-il à la gamine. Tu vas t’ calmer, dis ! Sinon, j’ vais t’ faire taire !
_ J’ t’interdis d’ la frapper ! coupe la mère. Mais il a raison, ma chérie, calme-toi ! Y a du monde autour ! Et puis tu m’ tapes sur les nerfs ! Tu l’ sais ça ! Non, mais tu vas la fermer oui ou non ? »
Elle secoue la gamine qui n’en est que plus insupportable, quand finalement son petit frère la chatouille, ce qui l’apaise et redonne à son rire un rythme régulier ! « Ah ! Ça y est, ça va mieux ! s’écrie le père. Voyez mesdames, messieurs, elle est repartie à rigoler ! Ah ! Ah ! Waouh ! Waouh !
_ Ferait mieux d’arrêter vot’ cirque ! jette une spectatrice.
_ Hein ? Quoi ? Pourquoi vous dites ça ? s’emporte le père. On fait rien d’ mal ! On est en famille et on s’amuse !
_ Vous gênez les gens !
_ Oh ! Pardonnez-nous d’exister ! Vous n’aimez pas les enfants, pas vrai ? Allez, les enfants, on s’en va ! On gêne les gens égoïstes ! »
Le camelot reprend sa famille, les mains sur la poussette, mais la petite est de nouveau en train de crier d’une manière assourdissante ! « Tiens ! lui dit le père. Celle-là, tu l’as pas volée ! » Il vient de frapper l’enfant, qui monte encore le volume, ce que personne n’aurait cru possible !
« Combien d’ fois j’ t’ai dit de pas la frapper ! jette la mère au père. Pour qui tu t’ prends ! Sale connard !
_ Non mais, tu l’entends ! C’est épouvantable !
_ Calme-toi ma chérie ! Tu m’ rends dingue !
_ Wooouuuin ! »
Le hurlement continue, tandis que le petit groupe s’éloigne… « Bon sang, quelle famille ! lâche Web. Le tout, c’est qu’elle n’habite pas près d’ chez moi !
_ Tout à fait d’accord… Mais voilà une famille de Doms qui essaie de calmer son angoisse, en devenant le centre d’intérêt des autres…
_ En mettant en scène la gosse ?
_ Oui, mais comme c’est inefficace, l’angoisse des parents finit par envahir l’enfant, d’où sa nervosité, sa brutalité ! On ne peut pas se servir d’un enfant, pour régler sa peur !
_ Le contrôle qu’on a sur eux peut tout de même donner l’impression du contraire !
_ Exactement ! Mais ils font les frais de notre hypocrisie ! Nous ne voulons pas voir nos peurs, quitte à transformer l’enfant en paillasson ! Nous nous servons de lui, en le faisant le problème ! Nous pouvons même le briser dans ce cas !
_ Vous avez l’air de parler d’expérience…
_ Mais oui, je suis Paschic, rappelez-vous ! Tout irait beaucoup mieux, si nous pouvions convenir de nos peurs… Mais cela rebute notre domination ! Nous avons tellement d’orgueil ! »