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Le 31/05/2025

" Bellissima!
_ Qu'est-ce qu'il dit?"
L' Animal
17
« Comment ça, ils ont disparu ? s’écrie Dominator. Vous êtes en train de me dire qu’on est absolument sans nouvelles de tout un régiment et de son chef, le colonel Routine ?
_ Exactement ! répond le duc de l’Emploi. Ils étaient dans la Chose, en direction des Monts-Bleus et puis plus rien ! Silence radio !
_ On devrait retrouver des débris, des survivants ! A-t-on repéré des traces de destructions ?
_ Pas la moindre ! A croire qu’ils n’ont jamais existé !
_ Vous savez ce que ça veut dire ? Il faut imaginer que les Doms émeraude, sous le commandement de ce Paschic, ont trouvé une arme secrète !
_ C’est pas le travail en tout cas ! Car les Doms émeraude, comme paresseux, ils se posent là ! Jamais vu des gens aussi inertes… et qui prennent autant leurs aises !
_ Mais, moi, j’ai besoin de comprendre, car il ne s’agirait pas que mes forces spéciales deviennent inefficaces ! Je n’aime pas ça, duc ! Mais alors pas du tout ! »
A cet instant, un serviteur entre et déclare : « Nous avons le colonel Routine en ligne…
_ Bon sang ! fait Dominator. Allumez l’écran ! »
Le colonel Routine apparaît sur l’image : il est mal rasé, a l’air vieilli et s’éclaire d’une frontale, alors qu’on découvre qu’il transmet depuis une grotte ! « Dominator, vous m’entendez ? demande-t-il.
_ Parfaitement, Routine ! Parlez ! Où sont vos hommes ?
_ Euh… C’est là que ça se corse ! Je les ai perdus !
_ Perdus ? Vous avez perdu vos hommes ?
_ Affirmatif ! Je ne sais pas moi-même où je me trouve ! Subitement, je me suis retrouvé seul… Il y a eu comme une sorte de flexion de l’espace… C’est difficile à expliquer…, mais je me suis retrouvé devant une vieille, qui m’a parlé de mon enfance ! Enfin, j’ai fini par trouver refuge ici, où j’essaie de comprendre quelque chose…
_ Vous pensez que les Doms émeraude ont utilisé une arme secrète ?
_ C’est très possible ! Vous savez combien nos ennemis sont sournois et qu’ils ont juré la perte de notre chère patrie, qui je le rappelle est destinée à éclairer le monde !
_ Oui, oui, on sait tout ça… Mais le fait est que vous avez « égaré » vos hommes !
_ Il faut m’en envoyer d’autres ! Je reconstituerai notre grande armée, celle dont l’héritage est si glorieux !
_ Ce n’est pas aussi simple, colonel, tant que nous ne savons pas de quelle arme dispose l’ennemi !
_ Je pense que nos soldats ont été victimes d’une onde psychique ! déclare une voix derrière Dominator.
_ Tiens, Ratamor, vous voilà… et Lapsie est avec vous ! lâche Dominator, qui s’est retourné. Qu’est-ce que c’est, cette histoire d’onde psychique ?
_ Nos centres d’écoute sont formels ! Nous avons pu repérer une forte activité psychique, du côté des Monts-Bleus ?
_ C’est possible, ça ? demande le duc de l’Emploi.
_ Oui, c’est là une de nos recherches les plus récentes… Chacun de nous développe une onde psychique, fait impression sur l’autre et nous tentons de cerner le phénomène !
_ Foutaises ! s’écrie monsieur Nuit, encore présent. Le béton, il n’y a que ça de vrai ! Construisons une route, jusqu’aux Mont-Bleus ! Je commanderai moi-même le dynamitage des arbres ! Enfin, un peu de sérieux !
_ Monsieur Nuit, temporise Dominator, vous ne croyez tout de même pas que vos employés puissent faire mieux que des soldats aguerris ! Ratamor, et si vous nous expliquiez comment une onde psychique fait disparaître tout un régiment ?
_ D’après ce que nous savons, l’onde psychique transmet un sentiment… et on peut comprendre qu’une onde apaisante « ralentit » le temps, si je puis dire, puisque quelqu’un d’énervé au contraire l’accélère, en faisant pression sur son entourage ! Ceci serait à même d’expliquer la « flexion » de l’espace, remarquée par le colonel !
_ Vous voulez dire que cette onde « apaisante »…
_ Ou pacificatrice…
_ Aurait transporté nos soldats dans une autre dimension ?
_ C’est ce que je suggère, oui…
_ Mais qu’attendons-nous, pour leur rendre la pareille, s’écrie Routine, toujours à l’écran.
_ Euh…, c’est que nous ne sommes qu’aux balbutiements de nos recherches, en ce qui concerne les ondes psychiques, répond Ratamor. En tout cas, nous ne savons pas produire d’ondes apaisantes et même, j’ose le dire, d’amour !
_ Ah ! Ah ! D’amour ? Voyez-vous ça ! s’exclame monsieur Nuit.
_ Mais alors que pouvons-nous faire ? demande Dominator.
_ Mais la haine, nous la connaissons… Oui, nous pouvons les bombarder de haine ! »
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Dans les Monts-Bleus, Paschic poursuit ses leçons, devant les Doms émeraude… « Aujourd’hui, dit-il, je voudrais vous parler de ce qu’on pourrait appeler la « première » mort…, qui correspond à la perte de votre bulle de domination !
Tant que vous êtes dans votre bulle de domination, vous ne donnez qu’à vos proches une existence propre ! Et encore l’amour que vous leur portez reste indistinct : il est formé par le clan qui se protège du monde ! A vos yeux, vos proches n’ont pas toute leur individualité… Ils sont inclus dans votre bulle de domination, parce qu’ils ne la dérangent pas, et il est vrai que la plupart du temps, les enfants ne remettent pas en cause l’autorité de leurs parents !
Les enfants eux-mêmes demeurent dans leur bulle de domination et regardent le monde à travers le prisme de la famille ou du groupe ! Il y a le clan et les autres ! Mais la vérité, c’est que nous sommes tous pareils, régis par les mêmes lois naturelles ! Nous voulons tous nous développer, nous avons tous peur ! Personne n’est tout à fait mauvais, ni bon ! Chacun se trompe ou est plutôt limité par son être et nos vies sont faites de tâtonnements, d’erreurs, car nous obéissons à une logique, nous essayons de suivre notre raison !
Mais tant que vous êtes dans votre bulle de domination, l’autre n’est pas votre égal ! Il n’a pas d’existence complexe ! Vous êtes incapable de le comprendre, puisque vous-même vous niez vos peurs ou votre égoïsme ! La bulle de domination vous empêche de vous connaître aussi bien vous-mêmes que les autres ! Vous n’arrivez pas à aimer la différence ! Au contraire, elle provoque votre rejet et votre haine !
A Domopolis, on voit cela chaque jour ! Chacun a sa tête de turc, son ennemi, son diable et on manifeste contre lui et on veut le détruire ! On croit que c’est lui le problème et que s’il disparaît, on sera heureux ! On ne voit pas que c’est d’abord nous-mêmes qu’il faut changer ! que cet autre, dont on a fait un ennemi, est pareil que nous ! qu’il a certes une action nuisible, mais qui s’explique et qu’ailleurs il a lui aussi ses peurs et ses choix, qu’il défend un idéal, etc. !
Même les plus grands monstres de l’Histoire sont des êtres humains complexes et non des fous, totalement dépourvus de raison ! Mais voir les choses ainsi n’est possible que si soi-même, on est mort une première fois, débarrassé de sa bulle de domination ! Ce n’est pas le résultat d’un raisonnement, c’est un changement complet de la personnalité ! une transformation psychique radicale, une mue entière !
C’est passer dans une autre dimension et fondamentalement grandir ! C’est voir les Doms enfermés dans leur domination ! C’est devenir étranger parmi eux et constater leur aveuglement, leur prison ! L’impression que l’on en ressent soi-même est forcément inquiétante, puisque nous voilà hors du « troupeau », si je puis dire ! Nous voilà de nouveau avec une belle différence, avec l’impossibilité d’expliquer vraiment ce que l’on voit soi-même ! Car on ne peut pas transmettre une maturation par des mots ! Il faut que l’autre l’éprouve également !
Mais comment y renoncer ? Comment renier, refuser une connaissance ? Une fois qu’on a ouvert les yeux et qu’on voit comment fonctionnent nos comportements, comment refermer ses yeux ? Et pourtant, c’est une tentation ! Puisque la différence, qu’engendre la connaissance, fait peur bien entendu ! On peut vouloir échapper à ce nouvel état de conscience, qui nous donne le vertige, en souhaitant coûte que coûte retourner à ce qu’on perçoit comme la normalité ! Par exemple, en se jetant dans une vie de couple, en obéissant à un autre, en « faisant semblant de vivre », en répétant des lieux communs, en adhérant à des partis extrémistes, etc. !
Il faut dire que la peur de la différence a un véritable impact sur le corps ! Voilà vos digestions qui deviennent difficiles, alors que le Dom à côté mange sans soucis et dort de même ! Qu’êtes-vous allés faire dans cette galère ? Voilà vos jambes ou votre dos qui se bloquent, qui sont causes de douleurs, car l’anxiété est comme un chien enragé, qui ne vous lâche pas ! ou elle est comme un boa constrictor, qui vous étouffe !
On voudrait alors ressentir la vie d’avant, celle où on était dans le cocon de la famille, en parfaite sécurité, sans conscience, et si cette vie n’a jamais vraiment existé, on l’invente, on en fait un mythe, dont on peut même espérer le retour par l’action politique ! On parle d’un âge d’or, de population sans éléments étrangers, etc. ! On s’abuse et on abuse les autres !
Mais celui qui a réussi à quitter sa bulle de domination voit aussi que chacun, quel qu’il soit, a une existence propre ! Il n’a plus une vision déformée par sa haine et ses peurs ! Il peut donc élargir son amour et essayer de ne plus faire le mal, tandis que le Dom lui, toujours aveugle, ne cesse de mépriser et de piétiner ! »
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« La peur est le principal obstacle à la perte de sa bulle de domination, reprend Paschic. C’est elle qui fait que le Dom y renonce, dès qu’il sent qu’il perd en sécurité, en s’éloignant de la normalité ! Mais la domination, c’est bien entendu aussi l’amour-propre, l’égoïsme, l’orgueil ! Il faut donc bien comprendre que perdre sa bulle de domination, ce n’est pas simple, c’est forcément une source de tristesse, parce que grandir est de toute façon toujours difficile ! Il faut accepter de perdre et chaque pas en avant entraîne un vide…
Rappelez-vous vos premiers émois amoureux ! On forme alors une union qui semble éternelle, totale et il n’y a qu’elle qui compte ! Puis, du jour au lendemain, le jeune couple qu’on formait se déchire et on se sépare, sans même vraiment savoir pourquoi ! Mais cela cause bien de la peine et on ne voit pas que c’est somme toute normal : chacun se développe et suit sont chemin ! Nous ne sommes pas destinés à ne faire qu’un avec l’autre ! Il s’agit de trouver sa propre identité, de s’individualiser, afin de faire des choix et d’aimer plus consciemment ! Mais, à chaque fois que nous franchissons une étape, il y a bien sûr des douleurs dues au changement, à l’inquiétude, à l’incompréhension, car grandir demande évidemment du temps, de la patience !
Celui qui est sensible, qui voit l’injustice et qui cherche un moyen de la résoudre, celui-là va plus souffrir que ceux qui demeurent aveugles, figés dans leur égoïsme et leurs haines ! Celui qui cherche, qui doute, qui est victime de la brutalité ou de la perversité des autres, celui-là va maintes fois lever les bras au ciel, pour prendre celui-ci à témoin de ce qu’il endure !
Combien de frustrations et de blessures ne seront pas les siennes ! Car les Doms ne s’excusent pas ! Au contraire, ils méprisent et écrasent, car très souvent ils ne s’en rendent même pas compte ! Celui qui perd sa bulle de domination va subir de l’injustice, c’est certain ! C’est une mue douloureuse, amère même ! Car on a la connaissance et on voit que ce sont les ignorants qui sont récompensés ! Mais comment pourrait-il en être autrement ? Les Doms croient absolument qu’il n’y a pas d’autres mondes que le leur ! Ils s’imaginent bons ! Ils croient à la force et ils méprisent les faibles ! Ils pensent qu’ils ont gagné, quand on ne les affronte pas ! Ils ne comprennent pas la sagesse et ils ne fuient pas la haine !
Ils sont persuadés d’avoir des droits et ils ne remettent nullement en cause leur place ! Selon eux, ils la méritent et il ne leur viendrait pas à l’idée qu’on puisse s’effacer au nom de la concorde ! Tout cela est vu et senti par celui qui combat sa domination et il est naturel qu’il en soit rempli d’effroi et de colère ! Après tout, nous sommes tous pareils et notre orgueil renâcle à se diminuer ! Nous voudrions nous aussi avoir notre part ! régler le compte de celui-ci ou de celle-là ! La vérité nous est à cœur et nous ne supportons pas le mensonge, ni la bêtise et combien nous aimerions rectifier tels propos, clouer tels becs et… même détruire tel monstre !
Mais perdre sa bulle de domination, ce n’est pas faire comme les Doms et satisfaire son orgueil ou son égoïsme, car cela est sans fin et sans solutions ! Il faut évoluer, se montrer plus grand et même plus fort, car la patience demande plus d’efforts que la haine ! Mais alors comment se consoler ? Quel plaisir procure la sagesse ? Pourquoi s’acharner dans sa foi, alors qu’on est seul, malade, sans reconnaissance ?
C’est que renoncer à son ego apporte des joies sans pareilles ! Comme il est doux par exemple de voir le Dom vouloir toujours avoir raison ! Car c’est vital pour lui ! C’est nécessaire à sa domination : il faut qu’il se sente supérieur, qu’il ait l’impression de vaincre ! Sa position dominante doit être préservée… et comme il se fatigue pour cela ! Il a beau avoir de l’argent, la sécurité, le confort et pourtant, il s’échine, s’épuise, s’embarrasse, incapable de lâcher, de se plier, d’être léger ! Avoir le dernier mot, c’est son objectif !
Et comme vous vous reposez, en le regardant se fatiguer ! Et comme vous prenez conscience de la valeur de votre paix, simplement parce que votre ego est devenu secondaire ! Et comme vous mesurez l’ampleur de votre travail, la richesse de ses fruits ! Non pas parce que vous avez bâti une cathédrale, mais parce que votre domination est auprès de vous, tel un chien sage ! Comme vous gagnez du temps ! Comme vous préservez vos forces et votre santé ! Comme votre joie affleure !
C’est que votre confiance et votre patience ont fini par payer ! Vous n’avez pas aimé en vain ! Vous n’avez pas grandi d’une manière absurde ! Et vos blessures se cautérisent, se ferment lentement… Vous êtes toujours étrangers à la haine, alors qu’elle dévore et mine le Dom ! Vos inquiétudes elles-mêmes deviennent timides, avant de disparaître complètement ! Rien chez vous ne repose sur du sable ! Vous n’avez pas fui vos peurs, ni vos doutes ! Vous ne vous êtes pas cachés du ciel ! Mais au contraire vous avez voulu la Lumière et elle vous transperce, vous illumine à présent, tandis que le Dom n’a pas voulu en tâter ! C’est bien de sa faute, même si les Doms sont dignes de pitié, puisqu’ils s’écrasent entre eux !
Mais le Dom ne cherche pas et il en paye le prix ! Nulle paix chez lui, mais encore des haines et des tourments ! Et la maladie l’atteint ! Tout ce qui est resté caché, coincé, finit par faire des dégâts, et c’est un cancer ! Et la peur mène à Parkinson et Alzheimer ! Le corps souffre dans l’ombre et se tord à cause du mensonge ! »
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« On en a un ! On en a chopé un ! exulte le duc de l’Emploi.
_ Un quoi ? demande Dominator.
_ Un Dom émeraude ! Il venait apparemment des Monts-Bleus et une patrouille l’a capturé !
_ Un seul ? Ce n’est pas beaucoup ! réplique monsieur Nuit.
_ Comment ? Vous ne comprenez pas ? Mais on va le faire parler, c’ fumier ! Il va nous dire où sont les autres !
_ Juste ! approuve Dominator. Et il est où ce Dom émeraude ?
_ On l’a conduit au camp n° 5 ! répond le duc. Où je vais de ce pas l’interroger !
_ Je vous accompagne ! fait Lapsie. Je ne voudrais pas que vous coupiez en morceaux le prisonnier, avec vos méthodes brutales !
_ Ah ! Les femmes ! jette le duc. Toujours trop sensibles !
_ Ce n’est pas ça, duc, mais il existe aujourd’hui des méthodes modernes, qui utilisent la psychologie, pour faire parler les gens !
_ Je vous accompagne aussi ! » ajoute Ratamor.
Au camp n° 5, tout ce petit monde se retrouve bientôt face au Dom émeraude capturé… Il est là, assis, semblant ailleurs, avec ses grands yeux verts insondables ! « Alors, mon gaillard, commence le duc de l’Emploi, tu vas nous dire où sont Paschic et tes petits camarades ? » Mais le Dom émeraude reste silencieux…
« Attention, je vais me fâcher ! reprend le duc. Si tu parles pas, tu vas souffrir ! C’est moi qui te le dis ! » Le Dom émeraude reste cependant silencieux. « Bon, puisque c’est comme ça, on te mène à l’Explosion du choix !
_ A l’Explosion du choix ? demande Lapsie
_ Ma chère, répond le duc, nous avons développé des techniques dont vous n’avez même pas idée, pour faire parler ce genre d’individus ! Moi, les babas cool, les wokes, les récalcitrants de tout poil, les intellos du Web, les zen de la consommation, les écolos teigneux, les spécialistes de la revendication, je les brise, je les dresse, je les mets au pas ! Je les mets face aux réalités de ce monde, jusqu’à ce qu’ils appellent leur maman !
_ Charmant ! »
Le petit groupe, avec son prisonnier et quelques gardes, entrent dans une vaste salle du Rêve blanc, où tout semble immaculé, tiède, apaisant, entre des rayons remplis de produits ! « Voilà, fait le duc au Dom émeraude, en retroussant ses manches, tu es ici chez toi ! Car tous les articles que tu vois là, ils sont bio ! Ils sont comme tu les aimes ! faits pour ton palais délicat de bobo ! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas, pour notre jeunesse si chatouilleuse ! Gardes, asseyez « Sa Majesté » devant le rayon des semoules !
_ Mais enfin qu’espérez-vous ? demande Lapsie au duc.
_ L’Explosion du choix ! Rien que pour les semoules, notre Dom émeraude va devoir choisir entre dix mille sortes ! Il y a la semoule, semoule, de la semoule de lin, de maïs, de pois chiche, etc., etc. ! La tête va lui tourner ! L’angoisse va l’étreindre ! La richesse fabuleuse de nos sociétés peut devenir un instrument de torture, pour ces esprits simples et fatigués !
_ Vous êtes ignoble !
_ Non, pragmatique ! Remarquez, j’aurais pu mettre le bonhomme au rayon fromage, avec les odeurs, ou encore face aux produits ménagers, si austères ! Le résultat aurait été le même ! Les neurones de ce type sont actuellement en ébullition ! Je m’attends d’une seconde à l’autre à une réaction violente ! »
En effet, le Dom émeraude à présent transpire… Il suffoque… Il menace de tomber de son tabouret ! Visiblement il n’en peut plus !
« Dix mille semoules ! Je sais, ça fait mal ! dit le duc derrière lui. Alors parle ! Où sont Paschic et les autres Doms émeraude ?
_ Mais arrêtez, bon sang ! coupe Lapsie. Vous voyez pas qu’il est au bord de la rupture !
_ Qu’est-ce que vous voulez, Lapsie ? répond le duc. Que notre système périclite ? Que vous soyez contrainte de vous remettre totalement en question ? Que toutes vos théories soient balayées d’un revers de main ?
_ Je…
_ Vous avez le pouvoir, Lapsie, et vous accepteriez de le perdre ? Vous vous voyez aussi hagarde et perdue que vos patients ? Où serait votre air épanoui, de celle qui comprend tout et qui a réussi ?
_ Mais il souffre !
_ Vous croyez qu’on peut conserver nos valeurs, en gardant les mains propres ? »
Le 24/05/2025

" Vous avez fait du bon boulot!"
The Guilty
13
« Comment ? Les Doms émeraude se sont évadés ? Avec l’aide d’un certain Paschic ? s’écrie Dominator. Ce n’est pas possible ?
_ Hélas, si ! répond le duc de l’Emploi. Je le leur avait dit au camp n° 5 ! Je les avais mis en garde, contre l’action délétère de ce Paschic ! Mais il m’ont pas écouté ! Voilà le résultat !
_ Est-ce qu’on sait où ils sont partis ?
_ D’après nos renseignements, ils se seraient réfugiés dans les Monts-Bleus, au milieu de la Chose bien entendu !
_ Mais il faut les récupérer ! Il faut les ramener au camp n° 5 ! Sinon, ils vont faire exemple, comme s’il n’y avait pas déjà assez de désordre comme ça !
_ J’ai peut-être l’homme qu’il nous faut ! Un militaire… loyal et dévoué : le colonel Routine !
_ Bien ! Il faut me le présenter !
_ Il attend dans la pièce à côté… J’ai pensé qu’il nous serait tout de suite utile !
_ Très bien, duc, faites entrer ! »
Le colonel Routine, un petit homme sec, fait le garde-à-vous devant Dominator. « A vos ordres commandant ! fait-il.
_ Colonel, reprend Dominator, qui s’est allumé un cigare, je suppose que le duc vous a informé de la nature de votre mission…
_ Ramener les Doms émeraude au camp n’° 5, ainsi que neutraliser ce Paschic ! Autrement dit, il faut faire rentrer les traîtres dans le rang, leur supprimer la parole, car ils empêchent le retour de la grandeur des Doms !
_ Euh… La « grandeur des Doms » ?
_ Oui, notre pays a été bafoué, humilié, amputé de sa valeur historique ! Nous réclamons justice ! Car nos ennemis sont nombreux et n’ont de cesse de vouloir nous détruire ou nous piller !
_ Il existe effectivement une concurrence entre les pays, une concurrence saine cependant…
_ Mais le libéralisme nous tue ! La décadence nous guette et nous menace ! Que vont devenir nos familles, l’ordre ? Par moments, j’ai l’impression que notre pays va terminer au fond d’un WC et qu’une main malveillante va tirer la chasse d’eau ! Alors nous les Doms, nous n’existerons plus !
_ Allons, allons, il ne faut pas être aussi pessimiste !
_ Non, car le Dom est éternel ! Il a une mission divine, qui est celle d’éclairer le monde !
_ Bien, bien, laissez-nous un instant... »
Le colonel Routine claque des talons et retourne dans le pièce à côté, d’un pas martial ! « Bon sang, duc, s’écrie Dominator. C’est un exalté, un paranoïaque, un malade !
_ Il a pourtant à cœur le bonheur de son pays et le respect que l’ont doit aux Doms ! Il est aimé par la population, qui voit en lui un rempart contre la violence croissante et la déliquescence des mœurs !
_ Peut-être…, mais il va nous causer des problèmes… Il est capable de tuer tous les Doms émeraude !
_ Je vous rappelle que pour aller dans la Chose, il faut des nerfs d’acier ! Beaucoup n’en sont pas revenus ! Routine ne se laissera pas impressionner !
_ Sans doute, mais à quel prix ?
_ Hum ! fait monsieur Nuit, qui vient de pénétrer dans la pièce.
_ Monsieur Nuit ! jette le duc. Comme si je suis heureux de vous revoir sous votre aspect normal ! Alors, l’escargot c’est fini ?
_ Comme vous le voyez ! J’ai retrouvé mon corps et j’en éprouve un profond soulagement ! Mais vous aussi, duc, vous ne semez plus de petites fleurs !
_ Eh non… Il est possible que la Chose se soit lassée !
_ Ou qu’elle nous offre une seconde chance ! Il se trouve que j’ai fait un rêve merveilleux cette nuit : on m’avait confié le tracé d’une nouvelle autoroute et j’asphaltais et je bétonnais !
_ Messieurs, demande Dominator, revenons à nos moutons si vous le voulez bien ! Il s’agit d’aller récupérer les Doms émeraude qui se sont évadés !
_ Et Dominator, précise le duc, s’inquiète du choix du colonel Routine pour cette mission, car il le trouve trop exalté !
_ Routine, Routine ? Ça me dit quelque chose… C’est pas ce gars qui veut redonner aux Doms toute leur grandeur ? Et donc il doit avoir plein de projets pour Domopolis ! Pourquoi alors ne serait-il pas l’homme de la situation ? »
14
« Ici, drone Alpha ! M’entendez-vous ? A vous poste Routine !
_ Ici, poste Routine ! On vous entend drone Alpha ! Parlez !
_ Toujours aucun signe des Doms émeraude ! Mais la Chose est partout, que ça en donne le frisson !
_ Bien reçu, drone Alpha. Je préviens le colonel ! Continuez à chercher les Doms émeraude ! »
Le lieutenant, qui a pris la réception, se rend auprès du colonel Routine, installé sous une tente et examinant des cartes… « Colonel, fait le lieutenant, un message du drone Alpha !
_ Ont-ils repéré les fugitifs ?
_ Négatif, colonel ! Ils ne voient que la Chose ! Les Monts-Bleus paraissent vides !
_ Bon sang ! s’écrie le colonel, en tapant du poing sur la table. Ces fumiers doivent bien être quelque part ! Vous savez, lieutenant, ils ne nous aiment pas…
_ Euh…
_ Si, si ! Ils ne nous aiment pas ! Ils ne nous écoutent pas, ne nous respectent pas ! Or, nous avons tant besoin d’amour et de respect !
_ Hmm…
_ Notre histoire est grande, lieutenant ! Notre pays est grand ! Les Doms sont grands ! C’est nous qui avons libéré le monde des barbares ! Chacun de nous a perdu un parent, lors de cette précédente guerre ! Chacun peut témoigner de ce que ça nous a coûté, à tous ! Et pourtant, et pourtant on ignore notre sacrifice ! Pire, on le méprise ! On ne veut pas voir combien nous sommes bons, aimables ! Nous, les sauveurs de la planète, nous ne rencontrons qu’indifférence… Nous sommes des laissés-pour-compte, lieutenant !
_ Sans doute...
_ Eh bien, les choses vont changer ! Puisqu’on ne nous aime pas, nous allons forcer les gens à nous aimer ! Nous allons leur montrer qui sont les maîtres… et combien nous sommes forts et grands ! Nous avons été assez patients ! Nous avons assez courbé l’échine ! On nous a humiliés, tandis que nous étions gentils, dociles… Désormais, le message sera tout autre… et parfaitement clair ! Soit vous nous aimez, soit vous mourez !
_ Euh…
_ Vous ne comprenez pas ? Il faut qu’on nous aime ! Sinon comment pourrions-nous nous sentir en sécurité ? Nous avons tous besoin d’amour, lieutenant ! C’est lui plus que tout, qui nous donne le sentiment de notre valeur, de notre importance ! Comment se sentir respecté, si on ne nous aime pas ?
_ Mais peut-on forcer les gens à aimer ?
_ Voyez-vous une autre solution ? Nous allons écraser cette vermine, et on sera bien forcé de nous écouter ! Tous les gens, qu’on aura placés en esclavage, crieront bientôt comme le Dom est grand, supérieur ! Rien ne vaut l’étoile morte de la terreur ! Le reste n’est que chaos, vieillissement, tristesse…
_ Alors qu’est-ce qu’on fait, colonel ?
_ Envoyez le golem de l’amour ! Rira bien qui rira le dernier ! »
Le golem est un géant d’acier, avec des yeux de feu ! C’est une véritable machine à tuer ! Son blindage est exceptionnel et ses bras détruisent toute agression ! Sa bouche est animée, pour délivrer un message de la propagande et ainsi il est actionné et se met en marche vers la Chose, tirant sur tout ce qui bouge !
Il est si violent qu’il paraît fou ! Mais on l’entend partout dans la Chose, et sa parole, métallique, sinistre résonne : « Aimez-moi ou mourez ! Aimez-moi ou mourez ! »
Le colonel Routine est resté sous sa tente… Il médite encore devant ses cartes… Il imagine comment il pourrait lui et les Doms s’imposer au monde… En fait, le problème, c’est que tout individu est libre de se détourner de lui… C’est la liberté le problème !
Le colonel Routine ne s’énerve pas… Il ne fume pas, ni ne boit… Il est plutôt sobre et c’est ce qui fait sa longévité… Mais comment faire ? Si on enlève leur liberté aux gens, ils ne peuvent plus aimer ! Ils subissent ou font semblant ! Mais ne peut-on pas se contenter du respect dû aux forts ? Est-ce qu’inspirer de la crainte n’est pas suffisant, pour que soi-même on soit content, en sécurité ?
« J’avoue que je m’y perds ! fait le colonel. Et pendant ce temps-là, on rit de nous, on complote, on veut notre perte ! Je le sens ! Ils sont partout ! contre nous, les Doms ! »
15
Le colonel Routine a réuni ses hommes et crie : « Mais qu’est-ce qui m’a foutu un bande de branques pareils ? Alors, vous n’êtes pas capables de repérer des péquenots, dans de la petite montagne ? Vous êtes des Doms, oui ou non ? Vous n’êtes même pas dignes d’être des soldats ! Je commande des pleutres ! Ah ! Vos pères, eux, étaient des héros ! Ils ont délivré le monde de la barbarie ! Ils ont défendu vos familles, nos valeurs ! Ils ont fait don de leur vie, afin que vous, bande de salauds, vous puissiez vous gaver largement !
Quand je pense que là-bas, dans les Monts-Bleus, il y a deux ou trois idiots qui se foutent de vot’ gueule ! »
Soudain il se met à pleuvoir et l’espace blanchi par l’eau a comme une légère contraction, comme si tout était devenu flou ! Un instant, Routine a fermé les yeux et quand il les rouvre, il est seul ! Il n’y a plus personne devant lui et il lâche : « Eh ! Les gars ! Mais où êtes-vous donc ? Je vous préviens, si vous ne réapparaissez pas de suite, c’est la cour martiale ! ou pire le poteau ! Je vous veux ici tout de suite ! »
Mais il n’y a que la pluie et son bruit sur le sol et les feuillages ! « Mais ce n’est pas vrai ! fait Routine. C’est de la sorcellerie ! Où ils sont passés tous ? Eh, les gars, répondez-moi ! Me laissez pas ! »
Routine est gagné par la panique, à cause surtout de sa soudaine solitude ! Où sont l’ordre, la hiérarchie, la pompe, les enjeux, l’ennemi, les défis militaires ? Tous les repères du colonel ont disparu !
Voulant se protéger de la pluie, Routine aperçoit une cabane et se dirige vers elle… Sur le perron, une vieille, le visage masqué par un voile, répare ses chaussures… Ses bras sont aussi maigres que ridés… « Eh ! La vieille, je peux m’abriter chez toi ? » demande Routine. Comme la vieille ne répond pas, Routine s’avance sur le perron, ce qui le met au sec… « Je ne sais pas ce qui se passe, reprend Rotuine, tous mes soldats se sont volatilisés ! Tu ne les aurais pas vus par hasard ? »
La vieille garde toujours le silence et Routine se penche pour voir son visage : « Mais tu pleures, ma parole ! s’écrie-t-il.
_ Tu es Routine ! répond enfin la vieille. Et je te connais bien et c’est pour ça que je pleure !
_ Quoi ? Tu me connais ?
_ Bien sûr ! Je t’ai vu grandir ! Je me rappelle de toi, enfant ! Ah ! Tu étais plutôt chétif à l’époque et tu devais te défendre contre les grands ! Tu avais du courage ! Mais regarde ce que tu es devenu !
_ Comment ce que je suis devenu ? J’ai plutôt réussi, non ?
_ Combien d’hommes n’as-tu pas fait tuer ? Combien de pays n’as-tu pas détruits ? Combien de femmes n’ont pas été violées, à cause de toi ? Combien de larmes d’enfants n’as-tu pas provoquées ? Combien de petits cercueils ne sont pas ton œuvre ? Et tout ça pourquoi ?
_ Pourquoi ? Mais pour défendre le pays ! Pour lui rendre sa grandeur, pour qu’il compte à nouveau ! Nos ennemis sont nombreux !
_ Et ta peur, l’as-tu guérie ? N’es-tu pas toujours ce petit garçon, qui avait peur des grands et qui était toujours sur le qui-vive ? Tu n’as pas évolué et tu es resté craintif, d’où tous ces morts, car tu disposes de moyens plus puissants ! Mais où est celui qui rêvait de justice et d’être aimé ? Celui-là aussi existait et il y avait une part de beau en lui !
_ Je ne sais pas la vieille… J’ai dû me faire à ce monde injuste et cruel ! Je suis devenu adulte…
_ Oui, et aveugle et sourd ! et dur ! par peur d’être surpris et vaincu ! Tu parles d’un courage ! Tu parles d’un orgueil ! La vraie force est d’accepter d’être méprisé ! Qu’importe le rire des autres, si toi, tu sais qui tu es !
_ Et tu voudrais le nom des Doms raillé, traîné dans la boue ?
_ Ne l’est-t-il pas aujourd’hui ? N’est-il pas devenu synonyme d’opprobre, de cruauté ?
_ Pour nos ennemis seulement !
_ Ah oui, les grands dont tu avais peur dans ton enfance… Pauvre gosse, tu as les mains pleines de sang !
_ Tu me fatigues, la vieille ! Où sont mes soldats ?
_ Où est ce qu’il y avait de bon en toi ? Tu joues au caïd, mais dans la nuit noire et devant tes victimes, tu appelleras qui ? »
16
Dans les Monts-Bleus, Paschic continue à enseigner les Doms émeraude : « N’ayez peur de rien, ni de personne ! leur dit-il. Je sais que c’est difficile, mais c’est vers là qu’il faut aller ! Comprenez bien : le seul savoir des Doms, c’est leur domination ! Autrement dit, c’est leur position hiérarchique, leur pouvoir et leurs richesses, qui donnent un sens à leur vie ! Ce qu’ils font là, sur notre toute petite planète, avec la mort qui nous attend, ils ne veulent pas en entendre parler ! Ils se tiennent dans la bulle de leur domination et c’est donc elle qu’ils font valoir chaque jour !
Les Doms s’efforcent de faire peur, pour vous soumettre à leur autorité ! C’est leur repère ! Sans cela, ils se désagrègent, sont effrayés eux-mêmes, ce qui les conduit à la haine et à l’envie de détruire !
Ne doutez jamais ! Le savoir des Doms, c’est du vide, du vent ! Ils seront là sur le trottoir, jouant les notables, les messieurs sérieux et ils vous rappelleront vos peurs d’enfance, quand vous vous sentiez exclus, quand vous ne compreniez pas les grandes personnes ! Ils continueront à vous faire croire qu’ils sont les maîtres et que la société est parfaitement normale, telle qu’elle est !
Ne doutez pas ! Car ils exercent leur pouvoir sur vous et ils inspirent volontairement la crainte ! Ce n’est pas innocent ! Sans cela, ils sont perdus ! Passez à côté d’eux, tel le caillou dans le ruisseau, sans haine, sans agressivité, mais fermement, solidement ! Soyez pleins de rondeurs et en même temps inaltérable ! C’est votre force ! Vous ne cherchez pas à soumettre… Votre équilibre est ailleurs !
Mais ne doutez pas, car je vous le redis encore, ces Doms très sérieux vous renverront à vos failles, à vos peurs les plus intimes ! Ils vivent dans le mensonge, mais pas vous ! Ne cherchez pas à être comme eux ! Ne cherchez pas la normalité, la convention, car c’est de la domination, la soumission du plus faible, au profit de ces « messieurs » !
De même, vous croiserez certainement le regard haineux d’une Dom ! Vous ne la connaissez pas, mais elle est la maîtresse des lieux ! C’est elle qui régit les mœurs, par sa haine ! Elle est le pendant de ces « messieurs » ! Même tonneau ! Son regard vous accuse, essaie de vous culpabiliser ! Il vous dit que vous êtes en faute et vous voilà déjà en train de vous demander quelle est votre erreur ! Mais il n’y en a aucune ! Vous n’êtes tout simplement pas soumis, au chevet de cette dame ! Vous ne vous occupez pas d’elle ! Elle ne se sent pas supérieure, essentielle !
Là encore vous êtes renvoyés à votre fragilité ! Là encore vous vous demanderez si vous êtes normaux et vous serez effrayés par votre différence ! C’est le but des Doms ! Ils ne cherchent pas et en plus ils ne veulent pas qu’on cherche ! Ils veulent juste leur pouvoir et leur hiérarchie ! Alors qu’ils sont malheureux, haineux, perdus !
Ne vous fiez pas à leurs simagrées ! Ils feront tout pour vous faire croire qu’ils sont des modèles d’équilibre et de réussite ! Ils montreront volontiers leurs caresses, entre proches, leur complicité, leurs sourires ! C’est de la vitrine pour gogos ! Leurs rapports au sein de la famille sont au vrai codifiés par la domination ! Ils forment un groupe, dont sont exclus les autres, car ce qui les soude, c’est le sentiment intime de leur supériorité !
Ils forment une équipe, une petite société, prête à se défendre, contre les autres, le monde extérieur ! Ils mesurent tout à l’aune de leur morgue, de leur mépris ! Il n’y a d’amour que pour eux et vous ne leur plaisez que si vous les admirez ! Les familles se tiennent les coudes, contre les gens du dehors, dont vous faites partie, car vous voilà sur la route, à chercher !
N’ayez pas peur de votre solitude, car c’est une écoute ! Bien des fois, vous serez inquiets de ne pas appartenir à ce qu’on appelle la normalité, mais elle n’a rien à vous apporter, elle est empoisonnée !
C’est aux Doms de changer ! C’est à eux de faire un pas vers vous ! N’ayez crainte ! Confiez-vous toujours plus dans la Chose ! Réjouissez-vous de sa beauté ! Reconnaissez-la partout où vous êtes ! dans les nuages, le ciel bleu, la petite fleur ! dans chaque brin d’herbe éclate le génie de la Chose !
Que la beauté devienne votre repère quotidien, tranquille ! Vous verrez alors combien les Doms sont encore beaux, malgré leur égoïsme et leur bêtise ! Vous verrez qu’ils sont plus égarés que méchants, qu’il leur manque surtout la lumière, une raison de vivre !
Chacun veut s’épanouir, se développer, cherche le bonheur, malheureusement la plupart reste sur le seuil de la Lumière, n’y entre pas, par peur ou ignorance !
Le 17/05/2025

"Il s'est pas mal débrouillé avec un seul bras!"
La Scoumoune
9
Toujours au camp n° 5, Paschic est autorisé à donner un cours aux Doms émeraude… « Mais enfin pourquoi le laisser faire ça ? s’indigne le duc de l’Emploi, auprès de Ratamor et Lapsie. Il n’est pas des nôtres ! Il va les monter contre nous !
_ Cher duc, répond Lapsie, nous tentons là une expérience ! Nous voulons connaître les arguments susceptibles d’intéresser les Doms émeraude, pour les sortir de leur léthargie ! Et comme Paschic a déjà montré qu’il a une effet sur eux…
_ Comme vous y allez ! Ce Paschic est un type sournois ! Je ne le sens pas !
_ Vous ne le kiffez pas, grave ! Hi, hi ! On le sait ! Mais ne vous inquiétez pas, duc, Ratamor et moi, nous gérons ! Je note cependant que vous ne semez plus de pâquerettes ! Cela doit être agréable, non ?
_ Effectivement ! J’ai été plus fort que la Chose, on dirait ! Remarquez, je n’en ai jamais douté ! »
Dans une petite salle de classe, on a regroupé tous les Doms émeraude et Paschic se tient devant, tel un professeur, étroitement surveillé toutefois par Lapsie, Ratamor et le duc de l’Emploi, qui restent debout contre le mur… « Chacun de nous dégage une tension ! commence Paschic. C’est notre activité psychique, autrement dit notre personnalité, ce que nous sommes, qui s’exprime ! Notre façon de nous habiller, de nous tenir, nos gestes, notre regard, tout cela témoigne de nos sentiments ! Mais même ceux-ci se transmettent rien que par leur nature, sans manifestation physique, juste par le désir qui les anime !
Prenez la haine, par exemple ! Certains Doms vous regardent avec de la haine et tôt ou tard, vous vous tournez vers eux, pour découvrir cette haine, car vous n’êtes pas insensibles à la tension qu’elle dégage et c’est d’ailleurs ce que l’on veut, que vous en soyez touchés !
Pourquoi cette haine ? Mais parce que le Dom ne vous commande pas ! Il vous voit heureux, sans lui… Il n’aime pas votre liberté, votre indépendance, car il vous veut soumis ! Ces Doms haineux, méprisants, s’attendent à ce que le monde tourne autour d’eux, qu’ils en soient le centre ! Ils ne vivent que pour leur domination !
Comprenez alors que plus vous serez épanouis et en paix et plus vous serez en butte à la haine et au mépris ! Ne croyez surtout pas que nous voulons le bien et que si vous allez mal, le problème ne soit qu’en vous ! Non, la plupart n’ont aucun intérêt à votre bonheur !
Cependant, il est possible de savoir en une seconde à quel degré de maturation est chaque individu ! En prenant en compte tout ce qui nous révèle, y compris la tension que nous dégageons, il est possible de se dire que un tel est timide, ou avide, ou s’il cherche à attirer l’attention, etc. ! C’est tout un monde qui apparaît sous nos yeux ! avec ses lois, son unité, son harmonie ! Le chaos n’est qu’apparent, car nous sommes tous pareils ! Il n’y a que le stade de notre développement qui change ! La haine elle-même devient explicable, voire prévisible, ce qui en diminue les effets !
Mais il y a une condition pour voir les choses ainsi : c’est qu’on ne soit pas soi-même esclave de sa domination ! Pour donner une existence réelle aux autres et donc pour comprendre qui nous sommes, il est impératif de respecter les êtres, sans vouloir les soumettre ! Or, la plupart des Doms cherchent incessamment à dominer, pour se rassurer : la femme en voulant séduire, l’homme en « gonflant » sa force physique !
C’est pourquoi nous nous heurtons, nous nous détruisons, nous et le monde ! Nous sommes fatigants, usant et perdus !
Comment se débarrasser de sa domination ? Mais en se confiant dans la Chose ! en vous réjouissant de sa beauté, en la voyant comme un don ! Plus vous en aurez conscience et moins vous aurez peur et moins vous aurez besoin de dominer ! Ainsi vous verrez la bonne volonté chez l’autre ou au contraire sa méchanceté ! Ainsi vous aimerez la vie, car vous aimerez sa différence, car c’est justement cela la vie, c’est la différence, la diversité ! Il n’y a pas de vie sous le contrôle de la haine, ni quand la liberté est absente !
_ Vous voyez ! coupe le duc, à l’adresse de Ratamor et Lapsie. Il les appelle à la sédition ! Non mais regardez-les : ils boivent ses paroles !
_ C’est justement ce que nous voulons, réplique Lapsie. comprendre ce qui les touche !
_ Vous jouez avec le feu ! C’est moi qui vous le dis !
_ Je vous apprendrai la patience, reprend Paschic. Je vous apprendrai le silence et la paix ! Je vous apprendrai comment ne plus subir la domination !
_ Mais arrêtez-le ! supplie le duc. »
10
Un deuxième « cours » est organisé au camp n° 5, au profit des Doms émeraude, mais sans la présence du duc de l’Emploi, parti se plaindre auprès de Dominator, de ce qu’il considère comme une « trahison » de la part de Lapsie et de Ratamor !
Mais on retrouve Paschic dans le rôle du professeur et il commence ainsi : « La tension qui émane de nous, au-delà de notre apparence et même de notre gestuelle, ce qui correspond à notre activité psychique et donc à notre désir, à nos sentiments, peut être appelée une « onde psychique » !
Sans être un scientifique, je ne vois pas de meilleure définition ! Car c’est d’abord quelque chose d’invisible ! Certes, la haine est reconnaissable à travers le regard, mais il faut en premier lieu qu’elle touche sa cible, que celle-ci se sente concernée, pour se tourner vers la source de la haine et en être frappée !
Nous dégageons donc tous des « ondes psychiques », suivant l’intensité de nos sentiments ! Malheureusement, les ondes psychiques, provenant de la domination, sont pleines d’inquiétudes et de désirs de soumission ! Elles sont aussi perturbées que perturbantes ! Elles peuvent être aussi violentes dans la demande que dans l’agressivité ! Elles choquent, effraient à leur tour et même font fuir !
Rarement, elles sont curieuses, respectueuses, bienveillantes ou apaisées ! La raison en est simple : dominer est le réflexe et c’est ce qui paraît le plus naturel, mais dominer ne guérit pas de la peur et donc ne rassasie pas ! Il nous faut constamment une nouvelle soumission, pour nous sentir supérieurs !
Je suis là pour vous apprendre à « traiter » les ondes psychiques, à être face à elles comme le caillou dévie l’eau du ruisseau ! Les ondes psychiques constituent un flux, dans lequel vous devez être comme un caillou lisse, qui laisse passer l’eau, qui ne lui résiste pas, mais qui n’est pas non détruit par elle ! Le caillou est juste poli par l’eau, tout en apaisant aussi son cours derrière lui !
Cette image du caillou ne doit pas vous renvoyer à une fermeture, un monde clos, à un blindage ! Ce n’est pas non plus une fuite, qui ferait que vous deveniez indifférent à ce qui se passe autour de vous ! Au contraire, c’est un accueil lucide des ondes psychiques des autres, mais avec la connaissance de ce qu’elles sont et avec le souci de respecter votre propre intégrité ! Car aucune onde psychique ne doit être capable de vous détruire, qu’elle vienne de l’extérieur ou de l’intérieur ! On ne peut pas en effet faire le bien, si on n’est pas en paix avec soi-même !
D’où l’image du caillou, car vous ferez un tout solide, toutes vos failles ayant été résorbées, par la connaissance des autres et de vous-même ! Sous les ondes psychiques, vous serez encore intérieurement fermes, mais sans agressivité, ni peur ! Comment arriver à ce résultat ? Mais, comme je l’ai déjà dit, en vous confiant toujours plus dans la beauté de la Chose ! en la voyant toujours plus comme un don ! en prenant toujours plus conscience de son infini ! en retrouvant la simplicité de l’enchantement ! Ainsi guériront vos peurs, jusqu’à ce que vous en riez !
Plus le temps recule et l’espace s’étend, par la science, et plus vous devez mesurer la puissance en qui vous vous confiez ! La connaissance scientifique est un sujet de joie, car elle vous montre à quel point vous êtes aimés ! Ce n’est pas un sujet d’effroi, car le ravissement vient de l’infini qui vous entoure et qui ne saurait vous abandonner, être dans l’incapacité de vous aider !
Un jour vous serez en mesure de reconnaître n’importe quelle onde psychique et de savoir quel comportement adopter ! Vous saurez être apaisant, comme ferme face à la menace ou au mépris ! Jamais l’énervement ou le jugement hâtif, la condamnation doivent être vôtres ! Jamais non plus vos propres ondes psychiques, c’est-à-dire vos propres failles, ne doivent venir vous troubler ou vous perturber ! Vous serez un « maître du temps », un soignant ou un défenseur ! Influencer les ondes psychiques, en toute connaissance de cause, leur répondre correctement, parce que vous les comprenez et même les prévoyez, est l’activité la plus saine qui soit ! C’est ramener l’ordre dans le chaos ! C’est redonner de l’espoir dans la confusion et la souffrance ! C’est offrir de l’eau dans le désert ! C’est lutter contre l’oppresseur, avec les moyens de la sagesse, avant le drame ! C’est aider les autres, tout en vous préservant, car ceux qui font le bien par inquiétude, tôt ou tard font payer les autres !
C’est la joie qui doit être votre but, de même que l’eau scintille et semble rafraîchir le rocher ! C’est tout la vie qui ruisselle, avec sa fluidité, sa diversité, que vous devez sentir, afin de vous réjouir ! Il y a un temps pour la pitié, la fermeté ou le sourire ! Votre paix reposera sur l’amour et non sur la volonté et c’est pourquoi vous transmettrez votre amour ! »
11
Une troisième leçon suit les précédentes, car les Doms émeraude sont très intéressés, paraissent moins malades et certains ont même retrouvé le sourire, avec une envie de dialoguer ! Paschic a réussi à les sortir de leur bulle, à leur montrer une issue à leur état dépressif ! Mais surtout il est parvenu à leur expliquer qu’ils n’étaient pas les seuls en cause, que les Doms, qui ont l’air en parfaite santé ou d’avoir réussi, sont en partie responsables du malheur des autres, car ils préservent leur égoïsme, avancent grâce à lui, au détriment des plus faibles et des plus doux !
Mais Paschic reprend son discours : « Évidemment, dit-il, vous le comprenez bien, il existe autant d’ondes psychiques qu’il y a d’individus ! Chacun a son histoire personnelle et se dirige suivant ses goûts et ses traumatismes, ce qu’il comprend de la vie ! Mais même avec toute cette diversité, vous serez à même de reconnaître toute onde psychique et quel degré de développement elle indique, car nos sentiments sont universels, puisqu’ils viennent d’abord du règne animal !
Ceci étant, les traumatismes ont une grande place dans ce que nous sommes… Des personnes, elles-mêmes blessées, nous blessent et provoquent en nous des failles, sont à l’origine de notre fragilité et de nos peurs… Dès notre naissance, nous entrons dans une chaîne interminable de traumatismes : il ne saurait en être autrement ! Et il est très difficile de « s’extirper » de cette chaîne, afin de devenir un véritable « ouvrier de paix », si je puis dire ! La plupart des Doms sont blessés et blessent à leur tour, au point qu’ils ont l’air de se transmettre leurs traumatismes !
Mais, si j’insiste sur les traumatismes, c’est pour vous dire que vous n’avez pas pire ennemis que vous-mêmes ! Le terme d’ennemi n’est pas vraiment correct, car il ne s’agit pas de se haïr, mais vous verrez que c’est presque toujours vos failles ou votre fragilité qui vous fait quitter votre paix, jusqu’à vous diluer dans le flux des ondes psychiques, en vous mettant à la merci d’erreurs que vous allez regretter, car vous aurez encore abusé de vous-mêmes et dépassé vos forces ! A chaque fois que cela arrive, vous devenez sujets à la haine, à la colère et incapables d’aimer la vie et de faire preuve de compassion !
Vous retournez en fin de compte dans la chaîne des traumatismes ! Vous recommencez à blesser, parce que vous-même avez été blessés ! On n’en sort pas, d’où l’intérêt de faire une paix complète avec soi-même ! C’est la condition sine qua non ! Mais il faut comprendre que le « chaos » des ondes psychiques n’aura de cesse, pour ainsi dire, d’interroger vos failles, de les sonder, avant de les ouvrir et de vous perdre ! surtout, surtout, si vous êtes à la recherche du bien, car on ne peut être sur ce chemin sans questions, sans être perméables au doute, ce qui vous rend forcément fragiles !
Mais, devant toute la misère humaine, vous allez bien entendu être secoués, ébranlés, en proie à des tiraillements qui vont vous mener très loin de la paix ! C’est pourquoi je dis qu’il n’y a pas pire ennemi que soi-même ! C’est le désir de bien faire qui vous met en danger… et pourtant il est indispensable ! Mais alors la crainte, la peur de mal faire peut vous envahir, vous ronger et même vous détruire ! Inquiets dans votre amour, pressés par les turpitudes du monde, vous voilà esclaves de votre bonne volonté, menés sans soucis de votre santé, jusqu’à ce que vous tombiez malade, vaincus par vous-mêmes, avec toute l’impuissance des invalides !
Comment éviter cela ? A vrai dire, il n’y a pas vraiment de solutions ! La force de votre amour creusera elle-même vos failles, parce que vous vous direz que ceux qui vous ont précédés n’ont pas assez aimé, etc. ! Chacun a son histoire, mais une chose est sûre, c’est que la paix apporte la joie ! Si elle n’est pas un jour ou l’autre au rendez-vous, c’est que vous continuez à vous demander trop à vous-mêmes ! C’est que vous êtes encore sous le joug de vos peurs ! Et il n’y a qu’une manière de se débarrasser de celles-ci, c’est la confiance ! La paix, c’est se dire : « Peu importe comment je suis, j’ai confiance ! Je suis aimé ainsi ! » A cet instant, vous devenez rocher, vous ne vous blessez plus, vous ne perdez plus de forces et vous restez lucides dans le flux des ondes psychiques ! Votre capacité d’accueil, de reconnaissance et de compassion ne cesse plus de grandir !
Si vous êtes capables de comprendre ceux qui haïssent et même de leur pardonner, alors combien vous devriez pouvoir vous comprendre et vous pardonner, vous qui êtes à la recherche du bien ! Ne prenez pas Dieu pour plus bête que vous, ou moins aimant que vous !
Le corps aussi est important, car une bonne santé physique évidemment aide l’esprit ! Mais là encore, ce n’est pas la performance, ni même l’effort qui doivent être recherchés, mais la joie et l’harmonie ! Par exemple, si vous courez, soyez heureux du simple fait de courir et non de dépasser telle ou telle distance ! C’est la simple joie de courir qui vous fera du bien !
Nous mangeons encore de la viande, à cause du chaos de nos pensées ! Ce n’est pas une véritable nécessité ! Mais nous n’arrivons pas à apprécier simplement les légumes, car nous ne savons pas attendre, nous reposer ! Il nous semble impossible de nous débarrasser de la béquille de la viande ! C’est la domination qui fait de nous des carnivores et c’est la paix, et non une doctrine, qui nous rend végétariens et améliore notre transit et donc notre énergie !
Quoi qu’il en soit, c’est la joie notre guide ! »
12
« Une fois en paix avec vous-mêmes, vous allez rester parfaitement disponibles à toutes les ondes psychiques ! dit Paschic qui, à la demande de Lapsie et Ratamor, s’est lancé dans une quatrième leçon. Vous comprenez bien que, si vous-mêmes, vous n’êtes animés que par une seule onde psychique, telle la haine, la colère ou le mépris, vous n’êtes plus réceptifs à aucune autre onde ! C’est votre sentiment qui doit s’imposer, vaincre, toucher sa cible ! Comment alors pourriez-vous être libres, attentifs aux autres et détendus ! Votre tension vous trouble, vous use, vous et ceux qui vous entourent ! Vous êtes un agent du chaos !
Au contraire, en paix, votre onde psychique ne demande rien, ou elle est prête à toute perdre ! Elle n’est pas envieuse, crispée, mais elle a assez de force pour être curieuse et elle s’amuse de toute la diversité des ondes et des attitudes de chacun ! Elle se réjouit de la richesse de la création ! Mais elle prend conscience aussi combien les ondes psychiques sont généralement pauvres, égoïstes et blessantes ! Le Dom ne tarde pas à frapper ! Il ne comprend pas où il est, ni même ce qu’il fait et certains, vous le verrez dans leur regard, habitent un monde clos, fermé par leur haine ! Ils ne connaissent rien d’autre et n’ont qu’indifférence ou mépris, quand on s’adresse à eux !
Ces Doms là sont difficilement récupérables ! Vous aurez beau leur parler, ils sont figés à l’intérieur, sans doute paralysés par la peur, ce qu’ils n’admettront jamais d’ailleurs ! La haine sert de rempart, pour cacher la peur ! Il n’y a pas ici de détente, ni de repos ! Cela ne veut pas dire que le travail de la sagesse, si je puis dire, ne s’effectue pas, qu’il n’a aucune action souterraine, mais les progrès sont extrêmement lents, à peine visibles !
A propos de détente et de repos, si vous êtes en paix, vous n’avez plus besoin de vous évader ! La vie, dépourvue de tourments, vous est un plaisir elle-même, qui vous comble, alors pourquoi vous auriez recours à l’alcool ou à la drogue ? C’est plutôt l’apanage de la jeunesse, qui est aussi enthousiaste qu’inquiète !
Avec le temps, vous serez capables d’agir sur les ondes psychiques des autres, afin de les apaiser ou au contraire de vous y opposer ! N’oubliez pas l’image du caillou dans le ruisseau : il dévie l’eau, sans empêcher son cours et la calme aussi, sans qu’il perde sa solidité ! Il est encore formé, poli par elle !
Mais vous allez voir qu’il est possible de transmettre votre paix, si vous reconnaissez une onde psychique inquiète, mais qu’on peut tranquilliser ! Dans ce cas, il ne faut pas hésiter ! On offre sa propre respiration détendue, son propre temps imprégné d’infini, ce qui crée une onde psychique qui rassure, qui fait que la personne se calme, sans qu’il y ait eu de votre part un regard, un geste, une parole ! Tout cela se déroule invisiblement, tout en fonctionnant très bien ! Les ondes psychiques sont une réalité ! C’est votre présence, débarrassée de toute domination, qui agit ! C’est tout votre travail d’amour qui porte ses fruits ! Mais encore une fois, rien ne doit vous troubler, ni votre impatience, ni la soif de votre ego !
Au contraire, en face d’une onde agressive, vous pourrez prendre le rôle de gendarme ! Car il ne faut pas dans ce cas être faible et encourager cette domination, qui ne demande qu’à s’étendre ! Votre solidité de caillou va justement servir à arrêter le Dom qui piétine tout le monde ! L’exemple le plus courant est la personne qui se présente à la caisse, alors que vous y êtes déjà et qui par sa seule arrivée semble vous demander de « dégager », comme si le monde lui appartenait !
Vous serez alors plus dense que jamais ! Votre onde psychique doit se ressentir de toute votre sûreté, car votre confiance ne vient plus de la domination ! Elle prend maintenant racines dans quelque chose d’infiniment plus vaste, la beauté du monde et ce qu’elle inspire ! ce qui doit vous rendre capables d’arrêter un tank, c’est-à-dire n’importe quel monstre d’égoïsme !
Dites-vous bien que vous faites cela pour le bien de la personne qui vous agresse, qui vous « marche » dessus ! Car d’abord vous n’êtes qu’une énième victime de cette personne ! Partout où elle passe, elle a la même attitude, méprisant tout un chacun et voilà que vous l’arrêtez pour la première fois ! qu’elle rencontre enfin un obstacle ! Elle vous laissera peut-être voir sa stupeur ! Mais elle s’interrogera, car la situation sera nouvelle !
Elle verra qu’on ne plie pas forcément devant elle et vous la renvoyez à sa peur, qui se taisait tant qu’elle menait les autres ! Vous la renvoyez à sa solitude, à l’étrangeté de la vie, ce qui la désempare, puisque la domination, pour nous les êtres humains, n’est qu’une fuite en avant ! Vous aurez joué le rôle de gendarme, comme on verbalise un chauffeur, pour vitesse excessive ! Cela ne veut pas dire évidemment que la personne va changer et ne pas recommencer, loin s’en faut, mais vous avez posé un jalon, une marque ! Et surtout, vous ne vous êtes pas laissé dévorer !
Votre paix s’exprime non seulement par votre bonne volonté, mais aussi par votre fermeté ! Il ne s’agit pas de céder devant l’injustice, au nom de l’amour et de dire éventuellement merci, si on vous crache au visage ! Il n’est pas question de se détruire, ni de se déliter ! Le but, ce n’est pas la dépression, mais votre bonheur ! Malade, vous ne serez plus bon à rien ! Souvenez-vous-en !
A vous de savoir doser et aimer, ce n’est pas se diminuer ! »
Le 10/05/2025

"Regarde dans ton coeur!"
Conclave
5
Paschic est de nouveau le cobaye de Ratamor et Lapsie et des disques de couleurs l’hypnotisent, pendant qu’une voix résonne dans ses oreilles ! « Vous êtes un minable, un raté, Paschic ! dit-elle. un inutile ! Un assisté ! Vous voulez que je vous dise ? Vous êtes un naïf, un enfant ! Tous les artistes sont des naïfs ! Dans la vie, il faut se battre !
_ Ah ! Ah ! fait Paschic, qui ne peut s’empêcher de rire.
_ Quoi ? Vous riez, quand je vous dis que vous êtes naïf ? C’est pourtant la vérité ! La réalité, Paschic, est bien plus dure que vous ne le croyez !
_ Ah ! Ah !
_ Mais cessez de rire, bon sang !
_ Vous jouiez encore aux petites voitures que je luttais déjà contre le mal ! Mon innocence a été perdue, au sein même de ma famille ! Autrement dit, je n’ai jamais eu de chez moi ! J’ai toujours été un étranger, même enfant ! Alors la naïveté, elle est plutôt de votre côté !
_ Vous parlez de quelques fessées bien méritées ?
_ Mais non, je parle d’une injustice, d’une perversité, d’une manière de faire qui utilise l’autre ! Et encore, cela ne résulte même pas d’une action réfléchie ! On fait le mal, car on ne donne pas à l’autre une existence propre ! Il est considéré comme un subalterne, qui doit servir les ambitions ! Vous voyez comme je suis lucide, car je ne suis même pas aveuglé par la haine ! En tout cas, mes recherches sur les Doms datent d’une époque où les autres généralement se lovent dans l’amour familial !
_ Vous vous croyez supérieur manifestement ! Rentrez dans le rang ! Accepter modestement votre devoir !
_ Si je vous retourne le conseil, vous allez hurler, tellement le monde que je vous montrerai vous surprendra et vous fera paniquer ! La découverte, le respect de l’autre est aussi le résultat d’une individualisation supplémentaire pour soi-même ! Il faut croire que j’ai eu dès le départ une sensibilité particulière, qui m’a rendu plus réceptif, tout en aiguisant mon sens de la justice ! Comprenez une chose, les artistes sont tout sauf naïfs ! Bien au contraire ! Les scientifiques ignorent qu’ils sont des Doms !
_ Espèce de salopard ! Toujours vos histoires à dormir debout ! On vous a vu parler aux Doms émeraude : que leur avez vous dit ?
_ Mais beaucoup d’entre eux ont déjà été écrasés et sont perdus ! Je voudrais les consoler, car je suis passé par là ! Je voudrais leur redonner espoir ! Je voudrais leur dire que les Doms ont eu intérêt à les détruire !
_ Paranoïa ! Narcissisme !
_ Si vous voulez ! Je ne vais pas me battre contre des moulins à vent !
_ Mais, bon sang, que pensez-vous à avoir de neuf à dire ?
_ Les Doms émeraude peuvent comprendre que la beauté est leur planche de salut !
_ La beauté ? Mais tout le monde a une idée personnelle de la beauté !
_ Oui et non… En tout cas, elle contient un message d’amour !
_ Ah ! Ah ! Hi ! Hi ! Et vous n’êtes pas naïf ?
_ Et vous, vous pensez que la société va bien ? Et demain, vous serez encore surpris, par le mal qui nous atteint !
_ Pas vous ?
_ Non, parce que je sais d’où il vient et quelle est en est la cause et donc aussi le remède ! Ce qui me surprend, c’est que ça ne craque pas plus ! Mais la sagesse est partout dans le monde… Il existe une sagesse commune, active et c’est assez étrange ! Nous ne sommes pas abandonnés, faut croire !
_ Ratamor, coupe Lapsie, ça ne sert à rien de discuter avec lui ! Ne voyez-vous pas que c’est un sexiste, un affreux PN ?
_ Oh ! Mais, ma chère, je ne me laisse pas abuser ! Le bonhomme essaie de nous entortiller, mais je vais le soigner, moi ! »
A cet instant, Paschic est accablé par des bruits de débroussailleuses électriques et de souffleurs de feuilles, comme si une armée d’agents municipaux attaquait son cerveau ! Brrrrr ! Brrrr ! « Je vous le demande encore une fois, Paschic, crie au-dessus Ratamor. Pour qui travaillez-vous ? Qu’avez-vous dit aux Doms émeraude ? Quel est votre but ? Qui veut la fin de Domopolis ? Répondez ! »
6
Dominator est en visioconférence, avec Ratamor, Lapsie et le duc de l’Emploi… « Alors, dit-il, est-ce qu’on arrive à rééduquer les Doms émeraude ?
_ Euh…, fait Ratamor.
_ On avance ! jette Lapsie.
_ Peuh ! coupe le duc. Ils sont là, l’air idiot ! Y a rien à en tirer ! A mon avis, nous sommes trop bons avec eux ! Ici, ils sont logés, nourris et pour quel résultat ?
_ C’est un programme de soins ! précise Lapsie. La santé mentale…
_ La santé mentale est importante, on sait ! rétorque le duc. Mais on les choie trop et il faut au contraire serrer la vis ! Ils veulent pas bosser ? Très bien, ils mangent pas ! Quand ils auront le ventre creux, ils s’ bougeront !
_ Et s’ils ne font rien et s’enfoncent dans la dépression !
_ Ok, ok, vous deux ! intervient Dominator. On ne va pas entrer dans une querelle de spécialistes ! Et l’un de leurs leaders, ce Paschic, où on est avec lui ?
_ On l’interroge toujours…, répond Ratamor. Mais le bonhomme est insaisissable ! Ce n’est plus un Dom !
_ Alors c’est quoi ?
_ Le Dom se caractérise par sa bulle familiale… Il est lié à ses proches et c’est cette liaison qui lui sert de repères… La bulle familiale sert à se protéger du monde… Il y a les autres et « nous »… Mais Paschic, lui, n’est dans aucune bulle ! Il semble tenir debout tout seul !
_ Il doit être plus vulnérable…
_ Justement non ! Il a une raison qui lui est propre et indestructible !
_ Laissez-le moi, coupe le duc, j’en ferai du petit bois !
_ Je le soupçonne d’être un PN ! lâche Lapsie. Seul un narcissique peut se comporter ainsi !
_ Peut-être pourrait-on parler d’autisme… objecte Ratamor. Mais ce Paschic est très lucide… et à côté de lui, c’est la bulle familiale qui paraît anormale !
_ Comment ça ?
_ Il dit que les Doms n’ont pas le courage « d’explorer » la vie !
_ D’explorer la vie ?
_ Oui, selon lui, les Doms préfèrent leur égoïsme ! ce qui fait qu’ils n’ont pas accès à la connaissance !
_ Quelle connaissance ?
_ Celle de « renaître dans l’esprit » !
_ Quelle foutaise ! éructe le duc.
_ Vous croyez à ces sornettes ? demande Dominator à Ratamor.
_ Le fait est que Paschic est spécial… On se sent sondé par lui… et non pas l’inverse ! S’il était encore dans sa bulle familiale, il serait sensible à l’autorité… On pourrait lui faire valoir la hiérarchie du groupe, mais il a une vérité particulière, comme s’il était revenu d’une région que lui seul connaît !
_ Et cette région, renchérit Dominator, on la trouve quand on quitte la bulle familiale ? C’est bien ça ?
_ Apparemment…
_ Et si on est bien, dans la bulle familiale ? fait le duc.
_ Pour moi, ce Paschic s’aime trop ! ajoute Lapsie.
_ Mais on parle de bulle, s’énerve un peu Ratamor, donc de quelque chose qui limite, qui protège, qui ne s’ouvre pas, qui ment peut-être, mais qui est surtout égoïste, comme tous les mondes clos ! Il ne peut pas y avoir de connaissances sans recherches, sans risques !
_ Amen ! envoie ironiquement le duc ! Tous au boulot et pas un mot !
_ Et pourquoi les Doms émeraude ont-ils les yeux verts ? poursuit Dominator.
_ Ils auraient été frappés par la Chose ! répond Lapsie.
_ Et pourquoi eux et pas d’autres ? Et cela voudrait aussi dire que la Chose communique avec eux ? Cela a l’air insensé ! rajoute Dominator.
_ Beaucoup de choses nous échappent ! convient Ratamor. Mais ça vaut le coup d’approfondir…
_ Et moi, je dois faire des économies ! reprend Dominator.
_ Il faut serrer la vis ! répète le duc.
_ Et plus de femmes ! fait à son tour Lapsie.
_ Tout de même… Je me demande ce qui tient Paschic ! termine Ratamor. »
7
Paschic se retrouve une nouvelle fois dans une région étrange, créée encore par Ratamor et Lapsie ! C’est un terrain désertique, froid, sous la nuit étoilée… Ne voyant personne, Paschic se met à marcher, mais quelqu’un lui crie : « N’avancez pas plus ! Danger de mort ! » Paschic s’arrête et distingue dans la personne qui vient à lui un Ratamor numérique ! « Encore un pas et vous auriez été électrocuté, mon cher Paschic ! » dit celui-ci, avant de jeter une pierre, vers une barrière invisible. Soudain, le caillou explose en plein vol !
« Voyez, on ne rigole pas avec la protection ! reprend le Ratamor numérique.
_ Vous vous protégez de quoi ? demande Paschic.
_ Mais de la peur !
_ La peur, c’est le monde extérieur, c’est ça ?
_ Exactement !
_ Et à l’intérieur, c’est quoi ?
_ Mais le monde des Supérieurs !
_ Des Supérieurs ?
_ Oui, la grande famille des Supérieurs ! Vous ne voulez pas faire partie de la famille, Paschic ? ressentir la chaleur humaine ?
_ Excusez-moi, mais comment pouvez-vous vous appeler des Supérieurs, si vous vous protégez de la peur ? si vous avez peur du monde extérieur ?
_ Mais parce que nous sommes une famille… et que ce qui détermine une famille, c’est qu’elle plus importante que les autres ! Sinon il n’y a pas de frontières, ni de limites ! Il faut bien que nous nous sentions différents et fiers de nous, pour être en famille !
_ Sans doute est-ce là une loi animale, celle du groupe, pour se défendre contre les étrangers… C’est une question de survie !
_ Sacré Paschic, toujours à cogiter sur les choses ! Faut s’ détendre un peu ! Allez, on va rejoindre la famille ! C’est bon d’être chez soi, Paschic !
_ La famille, c’est la sécurité, c’est ça ? »
Ratamor ne répond pas et se contente de poser une main amicale sur l’épaule de Paschic ! Puis, les deux hommes se rapprochent d’une maison bien éclairée, d’où viennent des chants et des rires ! « Mes amis ! interrompt Ratamor en entrant. Je vous présente Paschic, qui est désormais un membre de notre famille !
_ Hourra ! Hourra pour Paschic !
_ Qu’on lui verse à boire !
_ Voilà une place, Paschic ! Sois le bienvenu ! »
Paschic s’assoit et les chants et les rires recommencent ! Tout le monde à l’air heureux, mais une main vient triturer l’assiette de Paschic, qui demande à son voisin : « Pourquoi fais-tu ça ?
_ Mais parce que dans la famille des Supérieurs, je te suis supérieur !
_ Ah bon ? »
Paschic pousse soudain l’individu, qui tombe de sa chaise, avant de se relever aussitôt ! Il s’ensuit une remue-ménage, car d’autres s’en mêlent, au point que le silence se fait ! « Mais qu’est-ce qui se passe ? interroge celui qui doit être le chef.
_ Mais rien ! jure le voisin indélicat de Paschic. Je voulais m’assurer que son plat n’était pas trop chaud… et il m’a repoussé violemment !
_ Est-ce que c’est vrai, Paschic ?
_ Pas tout à fait, non…
_ Un moment ! coupe quelqu’un. Est-ce qu’on sait qui est vraiment Paschic ? N’est-il pas là pour nous diviser ?
_ C’est vrai ça ! crie un autre. D’où il vient ? du monde extérieur, j’ parie ! Il n’est pas des nôtres ! C’est un étranger ! »
Un brouhaha se forme, calmé par le chef, qui dit : « Ratamor, c’est toi qui a amené Paschic… et c’est donc à toi de le reconduire dans le monde extérieur !
_ Mais il voulait faire partie de la famille !
_ Et tu vois que ce n’est pas possible !
_ Tu veux que je le renvoie à la peur… et au froid de la nuit ?
_ Oui, il pourra revenir parmi nous, quand il se sentira vraiment Supérieur ! »
8
Au camp n° 5, Paschic reçoit une nouvelle visite… C’est un grand type en costume, idéalement mince, avec un attaché-case ! Il s’assoit à la même table que Paschic et déploie des papiers, tout en dégageant de la nervosité ! « Voilà, j’ai étudié votre situation, Paschic, et beaucoup de choses ne m’ont pas plu ! Il manque des chiffres, d’autres font blêmir ! Il y a encore beaucoup de blancs, que nous allons essayer de combler, car à mon avis, c’est très grave ! Mais, je ne me suis pas présenté : je suis l’Anxiété ! Vous avez peut-être déjà entendu parler de moi ?
_ Oui, bien sûr ! Je peux même dire que je vous connais très bien !
_ Tant mieux, tant mieux ! Alors, on commence ? Première question très simple, Paschic, que faites-vous dans la vie ?
_ Je suis désolé, mais il y a belle lurette que je ne réponds plus à cette question !
_ Aaaah… bon ? Mais pourquoi ?
_ Si je réponds, je sais ce qui va suivre…
_ Essayez encore…
_ Non, je ne veux plus ménager la bêtise !
_ Co… comment ?
_ Comprenez, c’est à vous maintenant de faire des efforts !
_ Je… je ne comprends pas !
_ Vous êtes anxieux, pas vrai ! Comptez pas sur moi pour vous soulager, en vous servant de paillasson !
_ Mais… mais je me représente l’ordre ! Vous me devez des explications !
_ Et comme cela vous aurez le sentiment de votre importance, de votre autorité et votre anxiété ne sera plus perceptible ! Et moi, j’aurais encore joué le rôle du bon gars, qui fait valoir ! Je préfère que vous preniez conscience de votre propre anxiété et que vous n’en avez pas les remèdes !
_ Espèce de saligaud ! Pour qui vous vous prenez ?
_ Et voilà l’énervement, la colère ! Il a fallu juste vous déboussoler un peu, pour que vous enragiez ! Tsss, tsss !
_ Mais c’est pour vous que je suis ici, pour vous aider !
_ M’aider ? Alors que vous ne savez rien ! Question : comment guérir de l’anxiété ?
_ Eh bien, par des affaires en ordre ! la sécurité, grâce à l’argent…
_ Fadaise ! L’argent ne soigne pas l’anxiété ! Bien sûr, l’argent rassure, mais bientôt on est de nouveau nerveux, inquiet ! On a le sentiment qu’on n’a jamais assez d’argent, pour parer les mauvais coups…, car l’argent est vide au fond ! La sécurité matérielle n’apporte pas la paix et il suffit juste un peu d’honnêteté, pour s’en apercevoir !
_ Parce que vous, bien sûr, vous avez la solution…
_ Chaque jour je combats l’anxiété et je peux donc en parler… L’anxiété est une crainte pour le futur, correct ?
_ D’accord…
_ Plus vous aimez le moment présent et plus toute crainte pour le futur vous paraît vaine… Mais pour aimer le moment présent, il faut s’offrir à lui, si je puis dire ! Tant que vous poursuivez votre réussite ou votre domination, le présent n’existe pas !
_ Et en plus vous parlez chinois !
_ Je vais vous aider… »
A cet instant, Paschic tend le bras et le bleu du ciel passe par la fenêtre, pour s’étendre sous le nez de l’Anxiété ! « Bon sang ! s’écrie-t-elle. Qu’est-ce que c’est qu’ ça ?
_ C’est le merveilleux saphir du ciel ! Allez-y, plongez vos yeux dedans ! Essayez de vous pénétrer de son infinie beauté !
_ Mais… mais nous avons des choses plus sérieuses à faire !
_ Ah bon, lesquelles ? Vous ne voulez pas être heureux ?
_ Pas au prix d’une supercherie !
_ Vous avez peur d’être ridicule, je comprends ! Pourtant, qu’est-ce que l’anxiété à côté de cette beauté ? J’ai soudain envie de rire, devant ce bleu, ou de pleurer, quand je songe au Doms… et à la peur qu’ils génèrent !
_ Et vous faites bien, car mon rapport sera salé ! Ah ! Vous n’êtes pas sorti de l’auberge, Paschic !
_ C’est exactement ce qu’il faudrait vous dire ! »
Le 03/05/2025

"Nous sommes les chevaliers du Ni!"
Sacré Graal
1
(Suite de L’attaque des Doms)
Lapsie et Ratamor essaie de changer de tactique ! Ils ont convoqué la Machine, pour une formation ! Celle-ci s’est d’abord sentie outrée qu’on puisse lui donner des leçons et la considérer comme ignorante ! C’était oublier toute sa lignée ! En effet, d’où vient la Machine ? Son père n’était pas n’importe qui ! Il régnait sur l’Abakazie ! Il disait à sa fille : « Tu vois l’orage à l’horizon ? Eh bien, multiplie par dix la distance qui nous en sépare et tu auras une faible idée de mon royaume ! »
L’une des distractions préférées du père était de couper la tête de ses esclaves ! « Il faut qu’ils comprennent que nous sommes supérieurs ! expliquait-il. Et rien ne vaut la terreur pour ça ! Nous écrasons le faible, pour qu’il sache qui est le fort ! Nous avons été choisis par Dieu, pour l’ordre, pour défendre les valeurs divines, contre l’ordure de la plèbe et du vulgaire ! C’est l’héritage de la chevalerie, de la noblesse ! C’est notre héritage ! A nous le fief et le rôle de veiller à l’honneur du pays ! C’est la mission qui nous a été confiée et malheur aux révoltés, aux insurgés, aux fauteurs de trouble ! Car nous abattrons tous ceux qui nous font obstacle et qui salissent le nom du Seigneur !
_ Gloire au roi ! Gloire à l’Abakazie ! criait alors la foule. »
La Machine a été élevée dans cette idée qu’elle est elle-même une élue, promise à une haute destinée, que sa place est celle du pouvoir et que les autres ne sont qu’une masse grouillante d’esclaves et d’admirateurs ! Mille princes ont demandé la main de la Machine, selon elle, et ils ont tous échoué ! Tautonus a été choisi, car il était simple et travailleur ! La Machine a entretenu son rang et la voilà de nouveau à l’école ? Pour qui la prend-on ?
Mais Lapsie et Ratamor ont su faire preuve de diplomatie… « Une femme aussi éminente que vous est une chance pour la science ! ont-ils dit à la Machine. Ce que vous pouvez nous apprendre est unique !
_ Mais c’est vous qui avez l’air de me donner une leçon !
_ Apparences ! Fumées ! Méthodologie ! Quand vous répondrez à nos questions, nous noterons tout, nous n’en perdrons pas une miette ! Pensez à tous ceux qui récolteront bientôt le fruit de votre expérience, tel un élixir de vie !
_ Hi ! Hi ! Vous exagérez ! Je n’ai fait que mon devoir ! Au fond, je ne suis qu’une faible femme !
_ Quelle modestie ! Tout à fait dans l’esprit du Seigneur ! Mais je ne vous cache pas non plus que Dominator lui-même…
_ Quoi Dominator ? Il me connaît ?
_ Mais bien sûr ! Il n’est pas sans connaître votre père, votre fameuse lignée ! Dès qu’on lui a parlé de vous, pour notre expérience, il nous a répondu : « Vous ne pouviez faire meilleur choix ! C’est une famille dont les hautes qualités ne peuvent être mises en doute ! »
_ Hi ! Hi ! Qu’attendons-nous pour commencer ?
_ Eh bien, madame, nous allons débuter par quelque chose de simple…, car vos futurs auditeurs auront besoin d’un échauffement ! Ils ne peuvent pas toute suite avoir votre excellence !
_ Ça va de soi !
_ Vous voyez ce tableau… Nous y avons dessiné un cercle et un carré…, pour montrer combien ces deux figures s’opposent ! L’une, le carré est la Domination, appelée D ! L’autre est l’Amour, appelé A ! Tout va bien ?
_ Oui, mais je vous avoue que je ne vois pas très bien où vous voulez en venir !
_ Eh bien, c’est assez simple… Question : peut-on aimer l’autre sans le respecter ?
_ Euh, je suppose que non…
_ C’est tout à fait exact et c’est pourquoi nous opposons Domination et Amour ! On ne peut pas vouloir les autres inférieurs et les respecter !
_ Mais en quoi, ça me concerne, moi ?
_ Eh bien, nous nous demandons si vous respectez suffisamment Paschic ?
_ J’en étais sûre ! Vous me donnez une leçon ! Vous êtes en train de me dire comment je dois être ! Comment osez-vous ?
_ Mais… mais il s’agit de vivre ensemble ! de comprendre ce qu’est l’amour !
_ A moi maintenant de vous éclairer ! Savez-vous ce que c’est qu’ ça ?
_ Houps !
_ C’est un MPH 90, 200 coups à la seconde, pour sulfater les rats comme vous !
_ Vous n’allez quand même pas…
_ J’ vais m’ gêner ! »
La classe numérique vole en éclats ! Les murs sont troués, le tableau tombe, les cahiers sont plumés ! Bien qu’immatériels, Lapsie et Ratamor se jettent sur le sol ! « Comment ? A moi, la reine d’Abakazie, on manque de respect ! » entendent-ils encore.
2
Le Dom émeraude 367 B met dans un sac quelques affaires, car il a décidé de s’enfuir de la maison familiale ! Ce n’est encore qu’un enfant, mais déjà il est malheureux et se dit que quelque chose cloche ! Il ne se sent pas chez lui ici ! Il a l’impression d’être différent, alors que les autres sont soudés ! Il subit encore mille avanies et des punitions, qu’il juge excessives, injustifiées, ce qui cause son chagrin !
Et puis, il y a eu ce changement…, à peine perceptible au début… Mais ses yeux sont devenus verts ! Sa famille ne s’en est même pas aperçu ! Depuis quand ? 367 B était dans un bois, ça, il s’en souvient… Il y en a encore quelques uns autour de Domopolis ! Ils ne sont pas très grands, entre deux lotissements ou deux routes, et pourtant cela a suffi ! 367 B regardait une feuillage et il a été frappé par un éclair... émeraude ! A partir de là, il n’a plus été le même !
Que s’est-il passé exactement ? Ce que les Doms appellent la Chose a-t-elle d’une manière quelconque « empoisonné » 367 B ? Continue-t-elle à le manipuler ? Celui qui est devenu un Dom émeraude l’ignore ! Tout ce qu’il comprend, c’est que son existence est maintenant insupportable, dans sa propre maison ! Alors, il faut partir, c’est une question de survie !
Bien sûr que 367 B a essayé de discuter, de s’expliquer ! Mais à quoi bon ? Il a été remis sèchement à sa place ! On l’a même raillé ! On s’est moqué de son égoïsme et de son inexpérience ! On lui a dit et répété que c’était lui le problème ! Que faire face au nombre ? Mais même si celui-ci a raison, 367 B a décidé de s’enfuir : il souffre trop ! D’ailleurs, il n’a pas les mots pour combattre les adultes et l’émotion vient le submerger trop vite !
Voilà, son petit sac est plein et il faut à présent quitter la ville ! Ce n’est pas une mince affaire, car depuis que la Chose menace Domopolis, la surveillance a été renforcée ! Des patrouilles veillent à ce que personne ne franchisse le mur d’enceinte sans autorisation ! 367 B veut profiter de la nuit et il se glisse telle une ombre, dans les rues silencieuses ! Il ne croise que quelques rats, qui le regardent avec méfiance !
Enfin c’est le mur, là où il comporte une brèche, selon des camarades d’école ! C’est au bout d’un terrain vague, sous la nuit étoilée ! Effectivement, une mince fissure laisse rentrer l’air extérieur à la ville et un enfant peut l’emprunter ! 367 B se retrouve hors de Domopolis, dont il voit les lumières en se retournant ! Il a réussi et à lui l’inconnu ! Il en frémit, mais rester n’était plus possible !
367 B est sur un plateau rocheux, sans végétation… C’est assez hostile et très silencieux… Où aller ? Le plan s’arrêtait avec la sortie de la ville ! Maintenant… Mais quelque chose bouge là-bas…, très rapidement même ! C’est un robot araignée ! Son acier est parfaitement clair sous la lune et il fait de gigantesques bonds ! 367 B en avait entendu parler, mais il avait cru à des histoires, pour faire peur ! La peur ? 367 B est réellement terrifié ! L’araignée en un saut est devant lui, avec des yeux rouges, des rayons lasers qui encadrent la frêle silhouette de l’enfant ! Puis elle crache sa toile et 367 B ne peut plus se débattre ! Il est prisonnier et ramassé par le robot !
Un peu plus tard, il est dans un bureau face à un Dom massif ! La pièce est éblouissante et l’ambiance oppressante ! Inutile de dire que l’aventure est terminée ! 367 B regarde inquiet le Dom massif, qui lui dit : « Je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais c’est très grave pour ton avenir !
_ Je…
_ La ferme ! Tu ne fais plus partie des nôtres à présent ! Tu as trahi !
_ Je… je n’étais pas heureux !
_ Pas heureux ? Tu crois que la vie, c’est fait pour être heureux ? Moi, j’ai un job et c’est assez dur comme ça ! Mais toi, tu t’en fous ! Et il faut qu’on s’occupe de toi à toute heure !
_ Excusez-moi !
_ Mais tes excuses ne suffiront pas ! On t’enlève toutes tes cartes et tes avantages ! Sur ton dossier, tu auras des points de cotisations en moins ! Tu es devenu un paria dans le système, une brebis galeuse ! T’avais tout, t’avais juste à faire comme les autres ! Mais non, monsieur a trouvé que c’était encore trop lui demander !
_ Pas du tout ! Je…
_ Je quoi ? Tu veux pas bosser ? Tu bosseras pas ! Mais à toi le déclassement, car tu seras marqué ! Mais dis donc, t’as les yeux tout verts !
_ Non, non !
_ Oh ! Mais si ! Alors, tu es un Doms émeraude ! Tu sais ce qui t’attend ? Le camp n° 5, tu connais ? Là-bas, on s’occupe des débiles dans ton genre !
_ Laissez-moi retourner dans ma famille !
_ Trop tard ! Et puis, tu veux mon avis ? Les tiens vont sûrement être heureux d’être débarrassés de toi ! »
3
Au camp n° 5, Paschic reste le cobaye des expériences de Lapsie et de Ratamor, mais, quand on n’a pas besoin de lui, il est libre d’aller prendre l’air et le voilà croisant un jeune balayeur ! Celui-ci doit nettoyer une large dalle de béton, en plein soleil ! « Bonjour, c’est pas trop pénible ? demande Paschic.
_ Comment ça ? répond le jeune balayeur.
_ Ben, vous êtes là sous le soleil qui tape bien ! Et puis, vous soulevez de la poussière de béton, qui vous rentre dans le nez, non ?
_ Non, ça va… et puis, on s’habitue, monsieur !
_ Tu t’habitues ? Je me permets de te tutoyer, car tu es bien plus jeune que moi… Mais, justement, tu parles d’habitude et tu commences à peine ta vie ! Tu es un Dom émeraude, pas vrai ?
_ Oui, monsieur ! C’est pour ça que je suis ici… et que je balaie, car j’ vaux pas beaucoup mieux, m’sieur !
_ Ah bon ? Tu vaux pas grand-chose ?
_ Non, m’sieur ! comme tous les Doms émeraude d’ailleurs ! On est des inutiles et des parasites ! On est des menteurs et des paresseux ! des gens pas fréquentables ! quasiment nauséabonds, m’ sieur !
_ Ils t’ont bien bousillé, pas vrai ?
_ Je comprends pas, m’sieur !
_ Les Doms ! Ils t’ont fait croire que c’était toi, le mauvais…, parce que tu les dérangeais ! Ils ont eu peur de toi et ils ont cherché à t’écraser !
_ Ils ont eu peur de moi ?
_ Bien sûr ! Car tu es différent ! Tu es un Dom émeraude et ils ne comprennent pas ce que c’est ! Eux, c’ qui les intéresse, c’est leur plaisir, leur pouvoir, c’est leur bizness !
_ C’est moi, l’égoïste, m’sieur ! C’est moi qui ne pense qu’à moi ! C’est pour ça que j’ dois balayer, pour rendre service…
_ Pauvre gars ! Et si je te disais que c’est les Doms qui sont vraiment égoïstes et qui ne pensent qu’ à eux ! Crois-moi, ce sont des hypocrites ! Ils ne reconnaissent jamais qu’ils s’empiffrent et qu’ils se font la belle vie !
_ Hep ! Vous là-bas ! crie un gardien Dom à Paschic. Il est interdit de parler aux Doms émeraude !
_ Ah bon ?
_ Ouais ! répond le gardien, qui est maintenant tout près de Paschic. C’est le règlement ! Alors, circulez ! »
Le Dom gardien essaie sa domination sur Paschic, mais celle-ci glisse comme l’eau sur un rocher ! Le Dom est surpris et sent une puissance qui le dépasse et qui lui est inconnue ! Il a soudain peur et s’en va ! « Ouah ! fait le Dom émeraude. Comment vous avez fait ça, m’sieur ? Il est parti comme une flèche !
_ Je t’apprendrai à lutter contre eux, si tu le désires ! Comment tu t’appelles ?
_ 367 B…
_ Depuis combien de temps tu es là ?
_ Deux ans !
_ Je vois que tu es brisé à l’intérieur…
_ Vous devriez pas m’ parler comme ça, m’sieur !
_ Ah bon ? Pourquoi ?
_ Parce que j’ai envie de pleurer !
_ C’est bon de pleurer, ça soulage ! Mais je sens que tu es plein de sang et de morceaux tout au fond… Je peux restaurer tout ça… Je peux te faire comprendre combien tu es aimable et que ce sont les Doms qui sont injustes ! Comme je te l’ai dit, ils ont intérêt à détruire les Doms émeraude !
_ Vous pourriez me redonner espoir, m’sieur ?
_ Oui, je pourrais, car je suis passé par ton état ! Je connais la solution et les remèdes ! Je sais vaincre les Doms, car je suis plus fort qu’eux ! Tu l’as vu, non ?
_ Oh oui ! Je l’ai vu ! Et je vais aller raconter ça aux autres ! Ah ! Ah ! Comment vous vous appelez, m’sieur ?
_ Paschic, car je ne suis pas chic pour les Doms ! »
4
Toujours au camp n° 5, Le duc de l’Emploi et le colonel Retraite continue à s’énerver contre l’inertie des Doms émeraude !
« Non mais regardez-moi ça ! s’écrie le duc de l’Emploi. Ils sont là une dizaine totalement demeurés ! On dirait des vaches !
_ Et ils ne cotisent pas ! Plus dure sera la chute !
_ Exactement ! Alors mes gaillards, pourquoi vous bossez pas ? Et même, pourquoi vous ne consommez pas ? Les spécialistes parlent de dépressions et d’éco-anxiété, mais on ne me la fait pas ! Vous êtes surtout des paresseux et des rigolos !
_ Vous n’avez aucun point de retraite ! rajoute le colonel Retraite. Plus dure sera la chute !
_ Vous ne savez pas leur parler, c’est tout ! coupe Paschic qui arrive.
_ Quoi ? Qui êtes-vous d’abord ? fait le duc.
_ Je suis Paschic… et je vous connais duc…
_ Fort bien ! Vous allez donc expliquer à ces va-nu-pieds, tout l’intérêt de bosser !
_ Je vous connais duc… et donc je connais votre hypocrisie et comme dans votre sillage, vous ne laissez que destruction !
_ Comment osez-vous ? Je représente le travail, sans lequel la société n’est rien !
_ Bien sûr ! C’est toujours le même discours, comme s’il n’y avait qu’une seule manière d’être utile à la société !
_ Exactement ! appuie le colonel. Tu bosses, tu cotises et t’as droit à la sécu et à la retraite ! C’est le deal ! Sinon…
_ Plus dure sera la chute ! Bien sûr, colonel, je connais aussi cette chanson… et elle est tellement claire que nos sociétés sont paisibles, de moins en moins violents et toujours plus saines mentalement !
_ Et qu’est-ce que monsieur Paschic propose ? fait ironiquement le duc. Puisqu’il semble tout savoir !
_ Mais je peux parler aux Doms émeraude, pour qu’ils se réveillent ! Vous permettez ? »
Paschic étend la main et grâce ses pouvoirs, ils placent les Doms émeraude sous un feuillage ensoleillé, de sorte qu’ils aient l’impression d’être éclairés par un grand vitrail émeraude ! Des troncs à côté font office de piliers, car le but de Paschic est de prendre la parole comme en un temple, mais sans l’austérité des édifices religieux. Ici, c’est la nature, avec ses merveilles, qui est la maison !
« Compagnons ! dit-il aux Doms émeraude. Voulez-vous servir la reine Beauté et défendre son royaume ?
_ Nous le voulons !
_ Compagnons, voulez-vous connaître la vérité et la paix, et donner ainsi un véritable sens à votre vie ?
_ Nous le voulons !
_ Compagnons, voulez-vous lutter contre l’hypocrisie et le mépris des Doms ?
_ Nous le voulons !
_ Compagnons, la route que vous allez prendre fera de vous des parias, des sans-grades, des déclassés ! Mais la lumière vous habitera ! Voulez-vous toujours cette route ?
_ Nous le voulons !
_ Compagnons, bientôt, nous partirons de ce camp et je vous demande d’attendre mon signal !
_ Hourra ! Hourra !
_ Non, mais je rêve ! s’écrie le duc. Vous leur avez parlé d’évasion !
_ Ah bon ? Mais vous avez vu leur enthousiasme et même leur détermination ! Vous qui vouliez les sortir de leur torpeur, vous devriez être content !
_ Mais…, mais, moi, ce que je voudrais, c’est qu’ils bossent ! qu’ils ne vivent pas aux crochets des autres ! C’est ça leur devoir !
_ Exactement ! renchérit le colonel. S’ils ne cotisent pas, plus dure sera la chute !
_ Et qu’est-ce qu’il y a de plus important ? répond Paschic. Ce n’est pas que nous vivions heureux, en respectant les autres et la planète ? Si votre devoir vous conduit à la haine, il ne sert à rien !
_ Ah ! Pour causer vous êtres très fort…, mais les chiffres sont les chiffres et l’économie ne se nourrit pas de sentiments !
_ Oh ! Mais si ! Et le mal que vous commettez, duc, est incommensurable ! »
Le 26/04/2025

"No more, no less!"
Fortress
144
« Mesdames, Messieurs, je crois que nous allons vaincre la Chose ! déclare Dominator.
_ Aaaah ! fait l’assemblée venue l’écouter, dans la Tour du Pouvoir.
_ Oui, c’est une idée de Monsieur Nuit, qui, vous le savez, est notre spécialiste béton ! Hum !Vous ne le verrez pas malheureusement, car il est modeste, mais surtout il a été transformé en escargot, par cette infâme Chose et donc il a préféré rester en retrait, le nez dans quelque salade ! Ah ! Ah ! Hum ! Mais le projet de monsieur Nuit est le suivant : bombarder la Chose de kits industriels !
_ Ooooh !
_ Oui, les kits sont parachutés sur la Chose et dès qu’ils touchent le sol, ils se développent eux-mêmes ! Les uns construisent un hangar, les autres une petite usine, etc. ! Le but est de poser les bases de multiples zones industrielles ! tels des postes avancés de Domopolis ! La Chose devient alors marginale, comme si le mouvement naturel était de relier ces nouvelles installations à la ville ! Il ne s’agit plus d’attaquer de front la Chose, mais de la miner, de la parasiter, afin de mieux la phagocyter !
_ Hourra ! Hourra !
_ Oui, mes amis, nous voyons le bout du tunnel ! Nous allons vaincre la Chose ! Chaque arbre, chaque ruisseau, chaque fleur sera traqué et exterminé ! Pourquoi ? Mais parce que nous nous foutons de la beauté, comme de l’an 40 ! Est-ce qu’elle donne du pain, des emplois ? Non, elle n’est qu’un agrément ! D’ailleurs, la science est formelle : la beauté n’est qu’une invention de l’homme ! On pourrait rajouter que seuls les lavettes et les assistés, tous les perdants de la vie en somme, lui accordent de l’attention ! Nous, les forts, nous réagissons autrement ! Nous savons où est l’essentiel et quels sont nos devoirs ! La beauté a voulu la guerre et elle l’aura !
_ Hourra pour Dominator ! Hourra !
_ Je vous pose la question ! Sommes-nous restés cet enfant admiratif devant la sauterelle ou le nuage ? Avons-nous gardé son sentiment de confiance, dans le monde merveilleux qui était le sien ? Nous sommes-nous réfugiés en sa sainte simplicité, afin d’échapper aux aspérités de la vie ? Non, bien entendu, nous avons grandi et ouvert les yeux ! Nous avons appris la valeur de l’argent et du travail ! Nous sommes devenus des gens sérieux, avec des responsabilités et des problèmes sérieux ! Le rêve revient à nos portes, sous la forme de la Chose, pour nous demander des comptes ? Eh bien, moi, je vous dis : « A bas le rêve ! parce qu’il est stérile ! Le rêve ne passera pas par moi ! »
_ Bravo ! Vive Dominator ! A bas le rêve !
_ Merci ! Merci ! Nous, nous connaissons la vérité, la dure vérité ! Le monde appartient aux forts ! à ceux qui dominent ! Le monde appartient aux Doms !
_ Bravo ! Bravo ! Encore !
_ La beauté veut notre peau… et elle ne l’aura pas, c’est moi qui vous le dis ! Quoi ? On voudrait qu’on se mette à regarder les choses, sans agir ? qu’on soit là devant la Chose, sans l’exploiter, sans y construire ? Quoi ? Il faudrait se réfréner et apprendre la patience ? Quoi ? Il faudrait que je n’aie plus peur, devant le vide de la vie ? que j’accepte des trous dans mon agenda ? Quoi ? Que je me calme, que je veuille savoir ce que je fais là et quel sens a tout ça ? alors, alors que ma population est assoiffée de besoins, de nouveaux logements ! On voudrait que je reste les bras croisés, alors que tant de gens me demandent du bruit, de l’agitation, du développement, pour apaiser leurs propres angoisses ? On voudrait que je dise oui, d’accord à l’apparente inertie de la Chose, à sa mollesse ? Non, merci, je ne suis pas de ceux qui abdiquent et qui évoluent ! Je suis fier de ma bêtise, puisqu’elle sauve !
_ Hourra ! Hourra : Voilà qui est parlé !
_ Je suis fier de mon hypocrisie, puisqu’elle s’appelle nécessité !
_ A mort la Chose ! A mort la beauté !
_ Bientôt, Domopolis s’étendra au-delà de la Chose ! Elle sera une ville admirée par tous ! Peu importe qu’elle devienne de plus en plus violente, ou polluante ! Peu importe que les jeunes aient de plus en plus de problèmes mentaux ! Le tout, c’est qu’on dise devant Domopolis : « Ça, c’est de la ville et de la belle ville ! Le Dom triomphe encore ! »
_ Ouais ! Ouais ! Vive le Dom !
_ Assez de discours ! Champagne pour tous ! »
145
Plus tard dans la soirée, Dominator se met à chanter « sa » chanson, que tous les Doms présents connaissent bien, ce qui les fait participer à ce « magnifique » spectacle ! Dominator apparaît en effet dans un smoking éclatant et sous une lumière qui le fait briller !
« Moi, j’ suis Dominator ! commence-t-il.
Et c’est moi, le plus fort !
Je ne connais pas l’angoisse !
Car ça porte la poisse !
Tu veux mon secret ?
Que j’écrive quelque décret ?
Ah ! Parce que toi, tu pleures ?
Ah ! Parce que toi, t’as peur ?
Attends, je vais t’ donner un bon tuyau !
De quoi mouiller l’ maillot !
Commande le monde !
Sois immonde !
C’est toi le seul !
Les autres sont des linceuls !
Écrase tout !
C’est toi partout !
Le chœur des Doms : « Eh ! C’est Dominator !
C’est lui le plus fort !
Il connaît pas l’angoisse !
Ça porte la poisse !
Tu veux son secret ?
Tu veux son décret ?
Ah ! Parce que toi, tu pleures ?
Ah ! Parce que toi, t’ as peur ?
Mais commande le monde !
Sois immonde !
Écrase tout !
C’est toi partout !
Dominator reprend : « Le début des ennuis !
Le début de la nuit !
Mais c’est le respect !
Mais c’est la paix !
Sois hypocrite !
Fais-toi guérite
De l’honnêteté,
De la vérité !
Fais-toi le chien
Du bien !
Défends les valeurs
Du riche et de la pâleur !
C’est le cheval de Troie
De Dominator roi !
Pourchasse, martyrise !
Rien de pire que la nuance grise !
Tous au billot !
C’est toi le plus haut !
Eh ! J’ suis dominator !
Le choeur : C’est lui le plus fort !
Dominator : Ah ! Parce que toi, tu pleures ?
LC : Ah ! Parce que toi, t’as peur ?
D : Mais écrase tout !
LC : C’est toi partout !
D : J’ connais pas l’angoisse !
LC : Ça porte la poisse !
D : Sois immonde !
LC : Commande le monde !
D : Sois hypocrite !
LC : Fais-toi guérite !
D : Fais-toi le chien !
LC : Du bien !
D : C’est le cheval de Troie !
LC : De Dominator roi !
D : Ah ! Ah ! Mes amis, mes amis, comme je vous aime !
LC : Ah ! Ah ! La haine il sème ! »
146
L’Escamoteur, un des plus fidèles agents de Dominator, est dans son château, qu’il a pu se payer grâce à ses nombreuses missions au service du pouvoir ! Il est entouré de ses amis Mensonge et Hypocrisie et il exulte ! « Mes amis, mes amis ! dit-il. C’est un grand jour, car voici l’antidote à la Chose (il montre un écran d’ordi) ! L’IA, mes amis ! L’IA qui va nous débarrasser de la Chose ! De cette immonde Chose, qui est là dehors ! à nous guetter, à nous vouloir du mal ! Brrr !
_ L’IA ? Mais comment ? demande Mensonge.
_ Mais tout simplement ! répond l’Escamoteur. Vous voulez des fleurs ? Attendez, je vais demander à l’IA ! De petites fleurs bleues, en forêt, sous le soleil brumeux du matin ? Hein ? C’est ça que vous voulez ? Une image bien romantique, bien poétique, balaise pour un photographe simplet ? Voilà, j’appuie sur ce bouton et… l’image apparaît, créée par l’IA ! encore mieux qu’au naturel, dans cette affreuse Chose !
_ Évidemment, c’est pas mal ! fait Hypocrisie.
_ Pas mal ? Mais c’est superbe, oui ! C’est qu’ j’ suis un artiste, moi ! un dieu ! Ah ! Ah ! Et je peux tout faire ! Il suffit d’ demander ! Vous voulez de la peinture, de la grande peinture, infiniment créatrice, bien que mieux que ces patachons de Corot et de Cézanne ! Attention, je pianote, j’informe l’IA de ce que je veux ! Je me sens comme un peintre inspiré, sans les souffrances imbéciles de la vie de bohème, évidemment !
_ Évidemment !
_ Attention, un, deux, trois ! Matez les gueux ! Matez la populace ! Ça, c’est du travail ! L’art n’est plus le privilège d’un illuminé ! Quel talent j’ai ! Et la Chose là dehors, enfoncée ! La beauté, on en fait maintenant ce que l’on veut ! Elle est scientifique ! Elle n’est plus qu’une affaire mathématique ! La technique est créatrice ! Bon sang ! Finis les artistes pompeux et névrosés ! Et adieu la Chose ! Ah ! Ah !
_ Vous avez entendu, demande Mensonge.
_ Non quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? répond l’Escamoteur.
A cet instant, on entend des coups sourds contre la porte du château. « Qui ça peut être ? à cette heure-ci ! fait l’Escamoteur. Il fait nuit et…
_ Et dehors c’est la tempête ! rajoute l’Hypocrisie, alors qu’une éclair illumine la pièce lugubrement.
_ Il faut aller voir ce que c’est ! coupe l’Escamoteur. Mensonge, t’ y vas !
_ Moi ? (le grondement du tonnerre éclate tout près!)
_ Mais oui, toi ! T’es pas plus bête qu’un autre, non ? «
Mensonge se rend à la porte et revient avec un étrange vieillard tout mouillé. « Excusez-moi, dit celui-ci. Je crains d’abîmer vos tapis avec toute cette eau qui dégouline de mon manteau !
_ Hein ? Euh ! Ça ne fait rien ! répond l’Escamoteur contrarié. Qu’est-ce que vous voulez ?
_ Permettez-moi d’abord de m’asseoir… Voilà, je suis la Tempête !
_ Ah ! Ah ! La Tempête ? Elle est bien bonne !
_ Pas tellement! En fait, je suis envoyé par la Chose !
_ Comment ? La Chose a des émissaires ?
_ Faut croire ! Cependant, la Chose s’est dite vexée, de ce que vous pensez vivre sans elle !
_ Voyez-vous ça ! Mais on fait ce qu’on veut, monsieur… monsieur Tempête !
_ Eh bien, pas exactement ! C’est une question d’équilibre, de pollution, de réchauffement, etc. ! C’est un peu trop compliqué pour vous et c’est pourquoi on m’a envoyé ici !
_ Non mais, pour qui vous vous prenez ? Tenez, vous savez quoi ? Je peux vous reproduire à loisir grâce à l’IA et même en mieux ! Regardez, monsieur Tempête, je vais vous en faire voir de la tempête, moi et de la balaise ! Une tempête en mer et voilà, admirez le travail ! Ça, c’est de la tempête, très loin de votre imper mouillé et de votre air décati ! La Chose c’est fini, monsieur Tempête ! On passe à autre chose, ah ! ah ! »
A cet instant, on entend un vacarme épouvantable et la Tempête explique : « Ça, ce sont mes amis et je crains qu ils aient pris ombrage de ne pas avoir été invités !
_ Vos amis ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Que votre cave et donc votre chaudière sont noyées ! J’ai jamais pu calmer vraiment mes amis !
_ Espèce d’enfoiré ! Sortez d’ici immédiatement ! Vous entendez ?
_ Comme vous voudrez ! Ah ! J’ai un message de la beauté pour vous ! Elle ne se donne qu’aux saints !
_ Allez vous faire foutre ! »
Tempête s’en va, mais pas ses amis et les fenêtres éclatent ! « Patron, fait Mensonge, on appelle les vrais pompiers ou ceux de l’IA ? »
147
Paschic se réveille dans une chambre étrange, qui n’est pas la sienne ! Où est-il ? Il se souvient vaguement d’individus qui l’ont maintenu dans la rue, puis plus rien… Encore faible, il se lève et s’approche de la fenêtre : dehors, il y a des bâtiments, comme ceux d’un camp et la chambre elle-même pourrait être celle d’un hôpital ! « Oh ! Mais je vois que vous êtes réveillé ! fait une voix derrière Paschic. Laissez-moi me présenter : je suis le professeur Ratamor… et voici ma collaboratrice, la psychologue Lapsie !
_ Oui suis-je ? Et qu’est-ce que je fais ici ?
_ Vous êtes au camp n° 5, où nous soignons les Doms émeraude… et si on vous a « amené » ici, c’est pour que vous contribuiez à une vaste campagne contre la dépression !
_ Je ne comprends pas…
_ D’après nos informations, vous êtes dépressif depuis longtemps, comme les Doms émeraude d’ailleurs ! Nous allons tenter de comprendre pourquoi, afin de vous guérir !
_ Et si je ne veux pas ?
_ Mais c’est dans votre intérêt ? Ne voulez-vous pas aller mieux et même participer à notre lutte ? Votre guérison pourrait servir d’exemple !
_ Vous m’avez conduit ici de force ! Vous continuez donc à abîmer la confiance que je peux avoir en moi, confiance qui est primordiale, si on veut soigner la dépression !
_ Eh bien, je vois que nous avons en vous un merveilleux sujet d’étude ! Votre intelligence va nous être précieuse ! Mais venez, ma collègue Lapsie va vous préparer, pour le premier traitement !
_ Et mes vêtements ?
_ Ici, vous n’en aurez pas besoin ! Tous nos patients sont en robe de chambre, sur leur pyjama ! »
Paschic suit ses « hôtes » en blouse blanche et pénètre dans une vaste pièce, au centre de laquelle il y a une table d’examen ! Autour se trouvent des appareils tous plus compliqués les uns que les autres, alors que le plafond est en forme de dôme ! Le plus surprenant est peut-être un bras mécanique, terminé par ce qui pourrait être un œil !
« Bienvenu dans notre repère, si je puis dire, hi, hi ! fait Ratamor. Lapsie, à toi de jouer !
_ Enlevez votre robe de chambre et asseyez-vous sur la table d’examen ! dit Lapsie à Paschic. Je vais vous expliquer ce qui va suivre… D’après votre dossier, vous accusez la Machine de vous avoir écrasé ! À la suite de quoi vous avez bâti toute une théorie de la domination sur les Doms ! Or, nous, nous allons vous prouver que vous faites fausse route, que l’intégration et même l’harmonie entre les Doms est possible ! Il faut dialoguer, travailler avec la raison ! Nous ne sommes plus des enfants !
_ Notre méthode, rajoute Ratamor, va vous permettre de revivre le passé, d’une manière plus objective, débarrassée de votre paranoïa, si je puis dire ! Vous allez convenir, comme nous, que vous avez exagéré la nuisance de la Machine et vos souffrances ! Vous allez vous rendre compte que la tâche d’une mère est loin d’être simple ! Autrement dit, Paschic, en route vers la sagesse… et votre bonheur ! »
Lapsie finit d’installer des électrodes sur la tête de Paschic, qui doit s’allonger… Puis, les appareils vrombissent et l’« œil » mécanique se penche sur Paschic, comme s’il commençait à le regarder ! Paschic essaie de résister, mais il est bientôt entraîné dans un tourbillon, un abîme, d’où il émerge subitement dans une scène de repas dominical !
Paschic reconnaît la Machine, Tautonus et ses frères et sœurs ! Il ressent une puissante émotion, car, pour lui, il est devant l’image même du bonheur et de la sécurité ! Tout est propre, la cuisine est merveilleuse et il y a cette chaleur dont seules les familles sont capables !
Pourtant, la Machine est nerveuse… C’est d’autant plus surprenant que Tautonus s’amuse avec sa fille et son fils aîné ! Paschic ne quitte plus des yeux la Machine et il semble être le seul à percevoir le problème… Puis, soudain, la Machine tire de dessous la table un fusil à canon scié ! Elle le pointe sur Paschic, qui sent la sueur lui dégouliner dans le dos !
« Non ! Non ! » crie-t-il, mais il prend la décharge en pleine poitrine, ce qui le projette en arrière et le renverse sur le sol ! Il est plein de sang ! Il n’en revient pas ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Adieu la sécurité, l’amour, la famille, l’innocence ! Il est où ? Il n’y a pas de paix ! Les Doms s’entre-tuent et voilà Paschic qui doit maintenant comprendre pourquoi !
« Paschic ! Paschic ! hurle Lapsie. Calmez-vous, voyons ! Vous êtes de retour parmi nous !
_ Je crois que cette première expérience est un échec, dit Ratamor. Il vaut mieux que vous regagniez votre chambre, Paschic ! Des infirmiers vont vous raccompagner !
_ Bon sang ! s’écrie Lapsie, une fois que Paschic a quitté la pièce. Vous avez vu, la Machine lui a tiré dessus !
_ C’est peut-être la névrose de Paschic , qui nous a fait voir ça ! Elle est tellement incrustée qu’elle rabâche ce scénario ! J’ai déjà vu ce genre de cas ! Mais je mâterai Paschic comme les autres ! »
148
Paschic se retrouve de nouveau attaché à la table d’examen, Lapsie s’affairant autour de lui ! « Oui, Paschic, explique Ratamor. La science est en marche et rien ne l’arrêtera ! Tous vos a priori seront balayés ! Nous allons vous redonner foi dans le Dom ! Vous verrez qu’il est aussi capable d’amour et que le progrès est contenu dans la raison ! La dialogue, Paschic ! On expose les problèmes et on avance ! Il est prêt, Lapsie ?
_ Parfaitement oui, nous pouvons débuter !
_ Bien ! Paschic, vous allez revoir la Machine et voir que son amour existe bien ! Il y a eu méprise de votre part et sans doute aussi du narcissisme !
_ Certainement ! rajoute Lapsie. Vous êtes proche du PN, du pervers narcissique, Paschic et n’étaient ces expériences, je…
_ Allons, ma chère, corrige Ratamor. N’avons-nous pas décidé de redonner confiance à Paschic ? Montrons-nous aussi que nous savons faire la part des choses et que nous ne condamnons pas !
_ Oui, mais je...
_ Très bien ! Démarrage des appareils ! A tout à l’heure, Paschic ! Vous allez nous revenir transformé, j’en suis sûr ! Vous nous direz, rayonnant : « Vous aviez raison ! Je me suis trompé ! L’amour du Dom existe ! » Ah ! Ah ! Tu parles d’un veinard ! »
Paschic revoit en frémissant l’œil hypnotique s’approcher de lui et il replonge dans l’abîme ! Mais voilà qu’il se réveille avec la forme d’un disque, au bout d’un fil, que la Machine allonge et reprend ! Paschic se rend compte avec horreur qu’il n’est qu’un yo-yo dans les mains de la Machine ! Mais écoutons celle-ci : « Oh ! Si vous saviez comme je l’aime, ce Paschic ! D’ailleurs, j’aime tous mes enfants et j’aime Dieu aussi ! Je ne fais pas le mal ! J’en serais incapable ! (Elle joue avec son yo-yo!)
_ Hum ! Excusez-moi…, dit Ratamor, qui intervient dans l’illusion, mais Paschic est au bout de votre yo-yo ! Il ne doit pas trouver ça vraiment agréable !
_ Hein ? Paschic au bout de mon yo-yo ? Tiens, c’est vrai ! Mais c’est aussi normal ! Paschic doit faire ce que je dis, sinon où on irait ?
_ Mais… là, il sert votre plaisir et…
_ Du plaisir, moi ? Sachez que je ne prends jamais de plaisir ! Je n’ai que des responsabilités et des devoirs ! Si vous saviez comme c’est dur d’être mère de famille et à quelle ingratitude on doit faire face ! Moi, prendre du plaisir, mais je ne suis qu’une victime transparente, mon cher monsieur !
_ Bien sûr, mais…
_ Tenez, si j’ai envie de balancer mon yo-yo contre le mur, je peux le faire ! Vlan ! Voyez, Paschic n’a rien dit, parce qu’il n’a pas eu mal ! Il sait comme je l’aime et que je ferais tout pour lui ! Moi, seul le connaît ! C’est moi qui l’ai fait, après tout ! Vlan ! Prends encore ça, Paschic !
_ Mais arrêtez ! Vous lui faites du mal !
_ Impossible ! Pour que Paschic ressente du mal, il faudrait qu’il existe, ce qui n’est pas le cas ! Il n’est qu’une partie de moi-même, que je commande à ma guise ! Et vlan ! Voyez, il dit toujours rien ! Oh ! Si vous saviez comme je l’aime ! comme j’aime les autres ! La bonté même, je suis !
_ Il doit souffrir horriblement !
_ Vous parlez encore de Paschic ? Pensez, il simule ! C’est un simulateur ! un menteur et un paresseux ! Si on l’écoutait, il faudrait ne penser qu’à lui ! Or, moi, j’existe aussi ! Je ne suis pas seulement là pour jouer les bonniches !
_ Certainement ! Mais si vous demandez du respect, vous devez en avoir aussi pour les autres !
_ Vraiment ? Vous savez que vous m’ouvrez un monde complètement nouveau ! Vous pensez donc que je dois avoir du respect pour Paschic ?
_ Absolument !
_ Il faut aussi qu’il soit une personne, c’est ça ? Mais…, mais qui pensera à moi alors ? Tout ce temps consacré à Paschic, c’est encore moins pour moi !
_ Mais...
_ Ecoute-moi bien ! (La Machine a rangé le yo-yo dans sa poche et sorti un gros couteau, qu’elle met sous la gorge de Ratamor!) C’est chez moi ici ! C’est moi qui commande ! Et c’est moi qui compte, pigé ?
_ Oui.. oui…
_ Paschic, j’en fais ce que je veux ! Il m’appartient ! Regarde-moi ! Voilà, c’est bien ! Je vois que tu m’ comprends ! Et ne dis plus que je ne l’aime pas ! L’amour, c’est mon rayon ! »
Le 12/04/2025

"C'est beau comme une crèche!"
Il faut pas prendre les enfats du bon Dieu pour....
140
Le jeune Paschic a un entretien avec un conseiller d’orientation… « Alors, Paschic, ça boume ?
_ Ça va… On fait aller, comme on dit !
_ Hein ? Ah ! Ah ! C’est une expression d’adulte, ça, Paschic ! A ton âge, on doit avoir la pêche ! On a toute la vie devant soi, miam, miam ! On est d’ailleurs là pour parler de tes choix ! On va un petit peu cerner tes goûts, pour mieux te diriger vers la filière qui te conviendrait le mieux ! D’accord ?
_ Ouais, ouais..
_ Bon ! Ce n’est pas le choix qui manque ! Ce serait bien le diable, si on ne trouvait rien à te plaire ! Évidemment, tu ne pourras pas tout faire ! Il y a tes aptitudes et la réalité ! J’ dirais que le choix d’une filière, c’est une médiation, entre tes envies et ce qui est possible ! Mais n’allons pas trop vite ! Comme ça, de but en blanc, Paschic, quel métier tu voudrais exercer !
_ Chais pas !
_ Mais tu as bien une petite idée, non ? Tu as des centres d’intérêts ! des hobbies ! Qu’est-ce que tu fais le week-end ?
_ Je pleure !
_ Ah ! Ah ! C’est pas vrai, Paschic ! Tu pleures le week-end ? C’est pas possible ! Dis plutôt que tu vas t’amuser avec les copains ! A ton âge, on n’a pas de soucis à se faire ! Pas vrai ?
_ Si vous le dites…
_ Bon, je vois que tu as des aptitudes littéraires… C’est intéressant, ça ! Alors là, un large panel t’est ouvert ! Journalisme, relations publiques… et prof, pourquoi pas ? L’enseignement, Paschic, c’est une voix plus que honorable… et très demandeuse ! Hein ? Qu’est-ce que t’en dis ?
_ Pas grand-chose… J’ai dû mal à m’intéresser à l’avenir !
_ C’est normal, tu as encore le temps… Mais, attention, il ne faut pas trop traîner non plus ! C’est pas au dernier moment qu’il faut choisir…, car ça, c’est la voie qui mène à un métier qu’on n’aime pas ! Plus tu t’y prendras tôt et plus tu feras ce que tu veux ! Tu comprends ça ?
_ Ouais, ouais…
_ Bien, alors j’ t’écoute !
_ Ben, il faut déjà que je survive et ça me prend tout mon temps !
_ Qu’est-ce que tu veux dire ? T’as des problèmes à la maison ?
_ C’est ça…
_ Tu sais, la vie des parents, c’est pas toujours facile ! Ils doivent travailler pour te donner à manger et payer tes études ! Je suis sûr que ça s’arranger entre eux et toi, avec le temps ! Tu vas mieux les comprendre !
_ Ouais, ouais…
_ Dis donc, c’est pas facile de parler avec toi…
_ C’est parce que je suis pas chic !
_ Allons, allons, revenons à nos moutons ! Tiens, plus vite tu gagneras ta vie et plus vite tu seras indépendant ! Tu pourras faire ce que tu veux !
_ Ouais, ouais… Mais pourquoi vivre ?
_ Mais parce qu’il faut manger, se vêtir, se loger, fonder une famille ! Tu ne veux pas fonder une famille ?
_ J’ai déjà assez avec la mienne !
_ Quel humour ! Brrr ! Mais, attention, quand tu seras plus grand, tu pourras faire ce que tu veux, à condition de travailler, car il faut aussi cotiser pour la sécurité sociale, ta retraite, etc ! C’est ça être responsable ! Tu ne voudrais pas être un assisté toute ta vie, Paschic, hein ? Tu as du cœur et du courage !
_ Du cœur et du courage ? Oui, sans doute, mais surtout je suis triste, horriblement triste ! Je suis assoiffé d’amour et de justice ! Est-ce que vous pouvez me donner ça ?
_ Tu me fais peur, Paschic !
_ Moi aussi, j’ai peur, tellement que j’en ai mal au ventre !
_ Mais tes parents sont de braves gens, je les connais ! T’as une famille formidable !
_ Je sais, c’est moi qui ne suis pas chic !
_ Ah ! Tu commences à m’énerver à la fin ! Il faut un petit peu se ressaisir et ne pas toujours se pencher sur soi !
_ Quel sens vous donnez à la vie ? Comment arrivez-vous à être hypocrite, comme les autres ? Vous aimez parader, c’est ça ?
_ Mais je ne te permets pas de me juger ! T’es encore un branleur !
_ J’ m’en fous, je suis juste triste ! »
141
Paschic remet son bulletin de notes à ses parents… C’est Tautonus qui le lit en premier et qui le commente : « Douze en géographie ! Bof ! C’est moyen, quoi ! Onze en physique ! Treize en maths ! Ouais, ouais ! Dix en anglais ! Eh ben ! C’était bien la peine de te payer un séjour en Angleterre ! Et douze en français ! C’est très moyen tout ça !
_ Mais monsieur a un poil dans la main ! renchérit la Machine.
_ Certainement ! reprend Tautonus. Il se la coule douce !
_ Va falloir serrer la vis ! Plus de télé le soir !
_ Non, je vous en prie ! s’alarme Paschic.
_ Ben écoute ! continue la Machine. Comment on fait, nous ? Tu veux pas travailler, tu veux pas ! C’est ton choix, mais alors pas d’ télé l’ soir !
_ Exactement ! approuve Tautonus. Au pain sec et à l’eau ! Et pas d’histoires !
_ Tu verras, Paschic, dans la vie, le plaisir, ça se mérite ! Quand tu travailleras et que tu seras indépendant, tu pourras faire ce que tu veux ! Mais tant que t’es sous notre toit, tu feras c’ qu’on t’ dira !
_ Mais pourquoi tu continues à discuter, chou ! Il veut pas comprendre ! Il est sourd comme un pot !
_ Chais bien ! Mais il faut aussi qu’il sache qu’il y a des règles, qu’on fait pas ce qu’on veut ! C’est comme ton copain là… Comment il s’appelle déjà ?
_ Gon… Gontrand !
_ Voilà, Gontrand ! C’est de la graine de paresseux ! Et je trouve qu’il a une mauvaise influence sur toi !
_ Oui, approuve Tautonus. Il est toujours là, à ne rien faire… et il t’entraîne !
_ Dieu sait ce qu’ils font, quand ils sont ensemble !
_ Pas le bien, certainement ! Pourtant, j’ connais bien l’ père et il est travailleur ! Il serait bon de lui ouvrir les yeux sur son fils !
_ Bon ça, c’est autre chose ! objecte la Machine. Chacun éduque ses enfants, comme il croit que c’est bon ! Mais tant que tu seras ici, mon cher Paschic, tu nous obéiras !
_ Tu pourrais te donner un peu de peine… souligne Tautonus.
_ Penses-tu, chou, il s’en fout ! Lui, c’ qui l’intéresse, c’est de galvauder ! Monsieur se croit supérieur et que tout le monde est sa bonniche !
_ C’est pas vrai !
_ Non, c’est pas vrai ? Alors pourquoi tu travailles pas plus ! Tous tes professeurs sont unanimes : tu t’en moques ! T’es un dilettante ! Faut s’accrocher dans la vie !
_ Ce que vous me dites, c’est qu’il faut que je fasse plus d’efforts ! C’est ça ?
_ Exactement ! Les plaisirs, ça se mérite !
_ Alors, pourquoi vous vous servez de moi, pour vous faire plaisir ?
_ Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?
_ La vérité !
_ Quoi ? Quelle vérité ? demande la Machine.
_ Attention, mon garçon, prévient, Tautonus. Tu es sur une pente dangereuse ! Si tu nous manques de respect, tu vas avoir affaire à moi !
_ Mais ce que je dis est vrai ! La Machine me méprise, pour se donner de l’importance ! pour reprendre confiance en elle ! Elle se sert donc de moi, pour ses plaisirs ! Cela n’a rien à voir avec le mérite !
_ Mais t’es complètement givré, mon pauvre garçon !
_ Moi, je te méprise ? demande suffoquée la Machine. Mais parce que tu ne fais pas ce que je dis ! parce que tu ne travailles pas !
_ Ce n’est pas vrai ! Tu me méprises par sadisme ! Tu me tends des pièges, pour m’humilier ! Tu profites justement que je sois doux et obéissant !
_ Tu entends ça, chou ! Tu entends comment cette petite ordure nous fait la leçon !
_ Oui, c’est beaucoup trop ! C’est hallucinant !
_ J’essaie seulement de dire la vérité ! réplique en tremblant Paschic.
_ Mais ça suffit à la fin ! »
Tautonus se lève, en renversant sa chaise, et se jette sur Paschic, qui essaie de s’échapper ! Finalement, le garçon s’écroule un peu plus loin sur le carrelage, où le bat Tautonus ! Puis, le silence retombe… Tautonus a regagné sa place, mais Paschic, lui, est encore sonné !
Ainsi réagit la société, quand on menace et dénonce sa domination !
142
Celui qui se sépare de sa domination voit bientôt les choses autrement, à un tel point qu’il a l’impression que les gens ou les Doms autour sont plus lents, comme s’ils étaient dans une autre dimension ! Cet effet s’explique par l’attention des Doms pour celui qui leur paraît dominant, justement parce que celui-ci est indépendant ! Les Doms abandonnent leurs activités, pour se concentrer sur « l’enfant Lumière », ce qui fait qu’il y a comme un voile qui tombe, laissant voir que ce n’est pas notre travail qui est le plus important, mais nos sentiments, notre domination !
C’est cette réaction et cette attention dont il est l’objet qui donnent à « l’enfant Lumière » l’impression que le temps s’arrête, avec l’apparition de la vérité, car les Doms ne font pas semblant ! Les Doms masculins, croyant voir dans « l’enfant Lumière » un rival, l’engage aussitôt dans un rapport de force, le défiant volontiers avec toute leur haine ! C’est le résultat quand la domination est tout le sens de la vie ! Mais les femmes aussi essaient d’imposer leur séduction et cela peut être très brutale, jusqu’à ce que « l’enfant Lumière » soit choqué et déboussolé ! Car il ne faut pas perdre de vue que si nos sociétés sont si agressives, ce n’est pas à cause d’une conjoncture économique incertaine ou d’une partie de la population (les profiteurs ou les étrangers), pas plus que ce n’est une fatalité, mais c’est bien parce que le Dom ne change pas lui-même et que chacun ne se met pas en demeure de lutter contre sa propre domination !
Nous continuons donc à nous mépriser les uns les autres et à nous piétiner, pour nous sentir importants et supérieurs, la domination restant notre guide ! Comment les choses pourraient aller mieux dans ce cas ?
Il est nécessaire de comprendre que notre quotidien est très codifié à la surface, marqué par le travail, mais qu’en réalité c’est la vie psychique qui fait nos attitudes ! Notre posture est en fonction de nos émotions et de notre état d’esprit ! Nous sommes d’ailleurs très intéressants à regarder, car nous pouvons voir en chacun tous nos sentiments, de la peur à la paix, en passant par la vanité, etc. ! Nos vêtements et nos gestes montrent ce que nous sommes et comment nous nous voyons ! Un peu de confiance en moins et nous voilà timides, quasiment couleur muraille, afin de passer inaperçus et d’éviter les chocs !
Cette vie psychique, a priori invisible, puisqu’elle est intime, est malheureusement restreinte, comme nous l’avons dit, à la domination ! C’est l’animal qui est en nous qui naturellement s’exprime et la plupart des gens ignorent totalement qu’on puisse vivre autrement ! Ils n’ont aucune idée de la vie spirituelle ! Ils se bornent à donner des coups de dents, quand ils sont supérieurs, et à se coucher, devant un supérieur ! Et pourtant, ils ont soif d’autres choses, ils se disent plus ou moins consciemment que nous ne sommes pas destinés uniquement à cette existence si dure et si vide ! Aussi, quand « l’enfant Lumière » surgit, sont-ils bouleversés, comme s’ils rencontraient enfin ce qu’ils avaient toujours attendu !
Toutefois, ils ne sont pas prêts à recevoir le message de « l’enfant Lumière », car ils croient qu’il est « venu » pour eux, qu’il va se concentrer uniquement sur leur personne et c’est leur domination assoiffée qui parle ! Mais « l’enfant Lumière » n’est pas là pour un seul ! Il n’est pas là pour satisfaire une domination plus qu’une autre ! Il est justement là pour témoigner qu’il existe autre chose que la domination ! qu’on peut vivre sans elle et que la paix est possible ! « L’enfant Lumière » n’est pas là pour écraser, vaincre ! S’il attire le regard, c’est justement parce qu’il est différent, alors que tout le monde autour cherche à supplanter ! Il est le calme, au milieu de l’agressivité ! Il est l’eau fraîche, quand les Doms se déchirent ! Et les pires Doms sont ceux qui veulent détruire « l’enfant Lumière », alors que tant d’autres en ont besoin !
Nous utilisons l’expression d’enfant Lumière, pour désigner celui ou celle qui s’est affranchi de sa domination, grâce à la foi ! Mais nous avons vu aussi que différents facteurs influent sur la domination, comme le soleil par exemple ! Il apaise la domination, car il enlève aux Doms, ainsi qu’aux animaux et aux plantes, le besoin de se chauffer et il est encore synonyme d’un retour à la nourriture abondante ! Mais une situation économique incertaine, une guerre, de l’inflation ou un environnement de plus en plus agressif, ont eux l’effet inverse, en renforçant la domination, à cause de la peur qu’ils suscitent ! Inutile de dire que c’est un cercle vicieux, car plus la domination est forte et plus elle produit de l’inquiétude et donc de la domination !
Comment échapper à cet « enfer » ? La religion s’est déconsidérée, mais il reste la beauté de la nature, pour être touché par le génie et la bonté illimités de Dieu ! C’est un amour qui naît et qui permet de lutter contre sa propre domination ! C’est le chemin de la confiance, quoique le béton et la pollution ne cessent de progresser ! Voilà pourquoi notre situation est délicate !
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Au camp n°5, on essaie de soigner les Doms émeraude, mais y parvient-on ? Les Doms émeraude sont inquiétants, car ils ont l’air abouliques, sans vie, avec de grands yeux verts, dirigés vers un lointain seulement visible pour eux !
Le duc de l’Emploi, en compagnie de Lapsie, sont toujours à la recherche d’un traitement, qui ferait revenir les Doms émeraude dans la vie active, où, pense-t-on, ils seraient mille fois plus utiles qu’ici ! « Tout ça, c’est de la paresse ! s’écrie le duc. Pff ! Pff ! (Il crache toujours des pâquerettes!) Quand je pense qu’ils cotisent pas ! que le temps file ! Oh ! Mais, c’est au moment de la retraite que je les baise ! Là, qu’est-ce que je leur dis : « T’as cotisé, oui ou non ? » Non ! Eh ben, voilà, les comptes sont bons ! Adios amigo ! Serre-toi la ceinture maintenant ! Ah ! Ah ! Pff ! Pff !
_ Tss, tss, duc, répond Lapsie. Vous voilà peu charitable ! Ces Doms sont malades et…
_ Malades ? Des tire-au-flanc, oui ! Des profiteurs ! Avec de la volonté, on peut tout ! Vous entendez ? Pff ! Pff !
_ Même arrêter de semer des pâquerettes partout ? Vous voyez, ce n’est pas aussi simple ! Non, moi, je suspecte ces Doms émeraudes de se gaver en cachette d’anxiolytiques, sinon comment expliquer leur état ? Et pourtant, on a fouillé et refouillé leurs chambres, rien ! Pas un seul médoc !
_ Laissez-moi leur donner quelques baffes et ils vont parler !
_ J’en doute, surtout s’ils sont effectivement drogués ! Non, le mystère reste entier ! Voyons voir, je vais palper le gros là… »
Lapsie s’approche d’un Dom émeraude imposant, qui est assis apparemment morne… « Alors, mon gros, fait Lapsie, tu veux pas raconter à ta psy préférée les dessous de l’affaire, comment vous vous procurez les petits comprimés si reposants ? C’est pour votre bien que je vous demande ça, pour vous sortir de votre dépendance ! Hein ? Tu n’as pas confiance en moi ? »
Elle touche le Dom émeraude et soudain, elle a comme un choc électrique ! Elle est sur un sentier boisé… Son pas est silencieux et tout autour, il y a une multitude de petites fleurs blanches ! Le lieu a quelque chose de féerique ! C’est frais ! C’est vert ! Les oiseaux gazouillent mélodieusement, comme s’ils étaient heureux !
« Quel monde enchanteur ! » se dit Lapsie. Plus loin, des buissons d’aubépines éclatent comme des vagues sur les rochers ! Ailleurs, des fûts blanchâtres de peupliers montent fièrement vers le ciel bleu, où leur feuillages bruissent lentement, rappelant la rumeur de la mer ! « Tiens ! reprend Lapsie, là-bas, derrière le talus, il y a des buissons d’aubépines qui bougent… Mais non, suis-je bête, ces sont des jeunes filles qui reviennent de l’école… Je les ai confondues à cause de l’éclat de leur tenue… Mais… mais alors, nous sommes nous aussi d’une beauté inouïe ! Ces jeunes femmes, quelle espérance ! Peut-on parler de don… ?
_ Mais qu’est-ce que vous foutez ? lui crie soudainement le duc de l’Emploi.
_ Duc ? Vous êtes ici aussi ?
_ Mais oui, ma chère, je vous voyais comme en transe ! Alors, moi aussi, j’ai touché le gros Dom émeraude !
_ Non, mais regardez autour de vous, n’est-ce pas magnifique ?
_ Moi, tout ce vert, cette solitude, ce silence, ça me fait flipper !
_ Comment pouvez-vous dire ça ?
_ Je ne sais pas ! Je me sens à l’aise seulement quand il est question de moi ! Eh ! Mais qu’est-ce qui se passe ? »
Lapsie et le duc se retrouvent brusquement au sol, rejetés par le Dom émeraude ! Ils sont de retour au camp n° 5, car le Dom émeraude a sauté par la fenêtre, qui était ouverte ! « Mais il est en train de s’évader, ce con ! s’écrie le duc, qui appuie sur une alarme et aussitôt une sirène retentit fortement !
De son côté, le Dom émeraude court vers la Chose ! Il en a faim et soif ! Il veut retrouver la beauté et sa paix ! C’est viscéral ! Il ne peut plus supporter l’univers et l’agressivité des Doms ! Il court éperdu, mais le béton est partout ! Les maisons et les routes n’en finissent pas ! Des travaux perturbent le Dom ! Il ne sait quelle direction prendre, à cause du bruit et des barrières !
Il faut tenir, supporter toutes ces files de voitures, qui circulent sans fin, quasiment sans but ! Derrière, la meute est lâchée ! Des Jeeps et des chiens se lancent à la poursuite du Dom émeraude !
Finalement, celui-ci, à bout de souffle, s’écroule dans un ruisseau noirâtre, qui pue l’égout, entre des pneus ! Le Dom émeraude a échoué et les gardiens le reprennent là ! Pour retrouver son rêve, il eût fallu aller encore bien plus loin, courir encore et encore, alors que la ville s’étend comme une toile d’araignée !
Le 05/04/2025

"A poil, j'ai dit!
_ Bon, bon!"
Flic ou voyou
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Ce qu’a dû comprendre Paschic assez tôt, c’est qu’il est impossible de faire reconnaître au Dom ses « erreurs », son égoïsme, sa méchanceté, sa sournoiserie, son plaisir et donc son hypocrisie ! puisqu’il entre dans une colère folle, par le simple fait qu’on puisse « traiter d’égal à égal » avec lui, car cela lui donne une « matérialité », produit une différentiation, alors que le Dom n’existe que s’il commande les autres, en ayant du pouvoir sur eux ! Le Dom ne peut pas se voir seul, tel qu’il est, séparé de sa position dominante !
A chaque fois que Paschic a essayé de montrer à la Machine combien elle pouvait être injuste et comment lui en souffrait, à chaque fois la Machine en a été outrée et a déchaîné toute sa violence ! Selon elle, Paschic ne cherchait pas à lui expliquer quelque chose, mais il lui faisait injure ! Dans ces conditions, il était inévitable que Paschic se refermât sur lui-même, refoulant son chagrin et sa notion de la vérité, jugeant le monde autour foncièrement hostile et s’enfonçant dans une dépression précoce ! Dès l’enfance, l’incompréhension a miné Paschic, l’a rongé comme la rouille le fer, jusqu’à en faire un être à part, dolent, très fragile sur sa base, car il a été impossible de se débarrasser du doute !
Mais, obligé de dissimuler, se refusant à parler, contraint au mutisme, Paschic est devenu pour la Machine un être fourbe, menteur et véritablement méchant ! C’est lui qui a été accusé de sournoiserie et la Machine s’est mise à le suspecter, à le surveiller tout le temps ! Cette attitude n’a pas pu ne pas laisser de traces chez Paschic, qui, en plus de souffrir d’incompréhension, a dû s’interroger sur le bien-fondé des griefs de la Machine ! Etait-il lui-même un menteur, un paresseux, un mauvais ? Le Dom est extraordinaire à se voir telle une victime, quand c’est bien lui qui est coupable ! C’est quelque chose que l’on voit aujourd’hui chaque jour, au niveau international, jusqu’à ce que la vérité devienne totalement relative !
Mais il faut encore rappeler qu’il est impossible au Dom de se regarder en face, dans le cas où le monde qui l’entoure le lui demanderait et donc ne serait plus le sien ! La réaction du Dom, dans cette situation, est toujours violente, irraisonnée, produite par une quasi panique ! Toujours est-il qu’on a voulu ouvrir Paschic comme une huître, au lieu de se remettre en question ! On l’a condamné à se tenir toujours sur la défensive et à une vigilance constante, ce qui est éminemment destructeur chez un enfant ! C’est une tension permanente, qui abîme des nerfs encore immatures, d’où une dépression chronique et un chagrin inconsolable !
Cependant, plus la Machine se montrait redoutable et injuste et plus Paschic retrouvait avec plaisir la Chose, autrement dit la beauté de la nature ! C’était et c’est une véritable histoire d’amour ! Le génie de la Chose éclatait pour Paschic ! Comment les Doms, à côté des merveilles que découvrait Paschic, pouvaient-ils être aussi agités et haineux ? Voilà la question qui finissait toujours par remplir Paschic ! Qu’est-ce qui faisait le tourment des Doms ? Pourquoi ne trouvaient-ils pas un apaisement dans la Chose, comme Paschic ? Qu’est-ce qu’il leur manquait ? Que cherchait la Machine, pour ne pas se réjouir de la beauté de la Chose ?
Mais la réponse est évidente ! La Machine voulait satisfaire son orgueil, sa domination, son ego ! La Machine visait son pouvoir, son influence sur les autres, l’importance de sa position sociale ! Sa préoccupation, c’était elle-même, sa grandeur, sa réussite ! Sa prison, sa fermeture, c’était sa petite personne et non la nécessité de trouver à manger et le paiement des factures ! Certes, cela existe, mais le grand travail de la Machine, c’était de se sentir importante, le centre d’intérêt ! C’était d’être admirée et vénérée ! Elle désirait être au-dessus des autres, triompher parmi eux et ainsi il était toujours question d’elle et ses enfants devaient suivre, sans avoir droit au chapitre ! Ils n’étaient aimés qu’à condition d’enjoliver la vitrine ! Pour résumer, la Machine était totalement à ses plaisirs, elle qui aurait juré n’être qu’une victime du devoir ! Comment peut-on être aussi hypocrite, sinon parce qu’on croit que le monde tourne naturellement autour de soi ?
Mais voilà pourquoi la Machine ne pouvait comprendre la Chose ! Pour elle, la beauté de la nature est un accessoire parmi d’autres et elle est donc impuissante à apaiser la Machine ! Voilà pourquoi les Doms sont malheureux et détruisent la planète ! Ils veulent la réussite de leur domination et pourtant, ils vous diront, les yeux dans les yeux, qu’ils ne travaillent que pour la nécessité ! qu’ils ne prennent pas de plaisir, qu’ils ne sont pas égoïstes, qu’ils ne font que remplir leurs devoirs ! Ils ont le même discours et donc la même hypocrisie que la Machine ! Et comme elle ils font leur propre malheur, car la domination ne peut être satisfaite ! C’est un puits sans fond, qui ne guérit pas la peur !
Celui qui renonce à sa domination, au nom de son amour pour Dieu, trouve alors dans la beauté de la Chose l’émerveillement et la paix !
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Longtemps, Paschic a cru que c’était la Machine le problème et que s’il pouvait quitter la maison familiale, il trouverait la justice et le bonheur ! Il s’est donc empressé de conquérir son indépendance et quittant les études, il s’est mis à travailler très tôt ! Mais ce n’était que le début du cauchemar ! Nulle part Paschic ne trouvait une réponse à ses questions ! Il se sentait bientôt mal à l’aise où il était, comme un étranger ! Mais que voulait-il ? Une explication, une justification ! Il voulait qu’on lui dise que ce n’était pas lui le coupable, mais la Machine ! Il voulait qu’on reconnaisse ses blessures, leur véritable existence, qu’elles n’étaient pas vaines, ni dépourvues de sens !
Pourtant, Paschic s’adressait à un monde de sourds ! Il avait bien des relations amoureuses, des amitiés, mais il finissait toujours par se retrouver dans la beauté de la Chose, à attendre, seul ! Il n’y a que là qu’il avait l’impression d’être chez lui ! Cependant, le stress ne le quittait pas non plus, car il fallait toujours penser au lendemain, à la sécurité et c’était une drôle de vie, erratique, instable, tourmenté ! Pourtant, autour, le monde semblait très bien aller, avec des comportements comme celui la Machine et donc il fallut en convenir, c’était Paschic qui « déraillait » ! Sans doute se donnait-il une importance exagérée, qu’il était excessif, égoïste lui-même ! Peut-être était-il malade psychiquement ! En tout cas, il devait être bien ce dont l’accusait la Machine, puisqu’apparemment ce n’était pas elle qui avait tort !
Paschic essaya donc de changer ! Autrement dit, il fit ce que ne font jamais ou presque les Doms ! Il devint contraire à lui-même ! Il se chargea des efforts dont les Doms se gardent bien ! Avec toute la bonne volonté qu’il sentait en lui, il se mit à se dépasser, à se demander toujours plus, à la recherche de l’erreur qui était en lui ! Il ne prit plus au sérieux ses blessures et s’enfonça sur le chemin sombre de sa destruction ! Il fallait trouver une vérité et que faisait la Machine pendant ce temps-là ? Elle s’absolvait et continuait de parader ! Elle n’évoluait même pas, ne se sentant nullement en faute !
Entre-temps, Paschic s’était découvert poète ! Il avait absolument besoin d’exprimer ce qu’il ressentait et le « chant » des mots le comblait pleinement ! Écrire lui donnait une plaisir ineffable et lui paraissait aussi naturel que s’il avait été lui-même une fontaine, qui au lieu d’eau laissait écouler des rimes ! Ce n’était pas dépassé, car la rime est comme une note, qui a un effet sur le cerveau et la mémoire ! On peut la comparer au piton de l’alpiniste : celui qu’il enfonce en appelle un autre et ainsi progresse l’ascension, mais dans les souvenirs, la beauté ou la plainte !
Mais de quoi parlaient les poèmes de Paschic ? Mais bien entendu de ses relations avec la Chose, de sa solitude, de son incompréhension, de son désarroi, etc ! Il s’y mêlait son admiration pour la nature et la haine, la volonté de détruire des Doms ! Bref, Paschic ne quittait pas ses sentiments, mais il était toujours incapable de les expliquer, de leur donner une origine, car il aurait alors fallu comprendre la logique des Doms, leur fonctionnement ! Mais Paschic n’était pas mûr pour cela : il en était encore à un stade « dolent », pour ainsi dire, tout habité par sa sensualité, qui allait avec le temps se transformer en raison !
Néanmoins, Paschic était persuadé que son premier recueil de poème lui apporterait la reconnaissance de son travail, qu’on verrait alors sa valeur, ce qui serait une sorte de justice ! Sitôt qu’il serait édité, il trouverait sa place et on saluerait son courage, on le plaindrait pour toutes ses souffrances ! Il aurait dans ce cas comme une nouvelle famille, celle des hommes ! Le sens aurait été rétabli !
Quelle naïveté ! Paschic n’avait-il pas déjà vu que la plupart des Doms se comportent comme la Machine ? Comment l’un d’entre eux aurait pu comprendre la poésie de Paschic, s’y intéresser, se dire : « Mais… mais c’est ce que j’attendais ! » Paschic espérait, il est vrai, qu’on saluât son art, puisque c’était la transformation de sa pensée, suivant des « codes », mais même ainsi l’esprit qui ne cherche pas, qui vit pour sa domination, est incapable de trouver de l’intérêt à un message qui semble aux antipodes de ses préoccupations, même si c’est une peinture ou une photo ! Tant qu’il n’y a pas d’attente, l’individu passe à côté, à moins peut-être qu’on lui mette le doigt dessus et qu’on lui demande d’épeler !
Le fiasco fut complet pour Paschic ! Pas un éditeur ne lui accorda de l’attention ! Tout le monde s’en moquait ! Ce fut un coup dur ! Ce que Paschic avait de meilleur en lui ne valait rien ! La justice qu’il avait espérée n’était pas venue ! La Machine et les autres avaient raison ! Il s’était monté le bourrichon ! Ce à quoi il croyait, c’était du vent ! Sa base en était encore plus fragile et il s’assombrissait ! Il n’était pas au bout de sa destruction, semble-t-il ! Il devait davantage se corriger, faire plus d’efforts et sa dépression, devenue depuis longtemps chronique, le conduisit à l’abîme !
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Il est inutile d’entrer dans les détails des souffrances de Paschic… D’abord, parce que c’est très intime et ensuite, c’est impossible ! Il faut vivre ses choses avec la chair, pour s’en faire une idée ! Toujours est-il que Paschic se perdit absolument lui-même ! A force de batailler contre sa propre personne, il devint un étranger à son être ! Il lui était par exemple désormais impossible de caresser un animal sans avoir peur ! Et il transmettait cette peur, mettant en fuite l’animal ou le rendant agressif !
Paschic avançait dans la rue tel un vieillard et il ne pouvait plus rien supporter ! Toute l’agitation autour lui donnait le vertige, le remplissait d’angoisse ! Pour résumer, il s’était brisé en deux et cela avait été possible, parce que ses bases avaient été fragilisées par la Machine et qu’aucune justice ne les avait réparées ! Il est extraordinaire de voir comme nous pouvons souffrir ! Mais tout le temps il y a des gens qui sont écrasés, blessés, tués ! C’est aussi cela notre quotidien et c’est dire comme les Doms sont responsables !
Certes, ils ne se connaissent pas entre eux, mais ils ont pourtant un point en commun et c’est la peur, la peur de chercher et de s’offrir ! Les Doms sont coincés dans leurs haines et leurs ambitions, ce qui fait le monde si terrible ! Et non seulement ils ne « bougent » pas, mais en plus ils sont tout prêts à détruire ceux qui ont justement le courage de se libérer ! C’est dire leur petitesse et leur inconséquence !
Mais Paschic, ayant atteint ses limites, commençait à faire la paix avec lui-même ! S’il n’arrêtait pas ses tourments, il allait mourir ! Il ne pouvait aller plus loin ! Ce « voyage » peut paraître ridicule, insensé à un Dom, mais il était nécessaire à Paschic, qui ne trouvait pas de réponses et qui progressait dans l’inconnu ! Comme il était loin le temps où il avait cru obtenir justice des Doms !
Mais la paix venait sur Paschic, par force pourrait-on dire, et elle avait encore une conséquence extrême : aucun Dom désormais ne serait capable de troubler Paschic ! Car il faudrait, à ce Dom, aller aussi loin que Paschic et connaître les mêmes souffrances, ce qui est impossible ! En effet, si Paschic s’était obstiné, c’était d’abord par amour pour la Chose, c’était à cause de sa foi ! Le Dom qui suivrait cette route devrait donc avoir la même foi et il comprendrait alors Paschic !
Cependant, avec ce nouvel équilibre, Paschic se rétablissait lentement et il reprenait des forces ! La compréhension de ce qui l’entourait y gagnait et Paschic distinguait la logique de la domination chez les Doms, leur rapport avec les animaux et leurs propres peurs ! Il était éclairé, car lui-même s’était différencié davantage ! Il semble que nous restons aveugles, tant que nous restons esclaves de notre ego, car c’est la soumission des autres qui nous rassurent, quand ce n’est pas carrément leur destruction ! Comment pourrait-on respecter autrui, s’il nous sert de faire-valoir ? Celui qui tient sur ses jambes, sans vouloir dominer, est à même de reconnaître la différence et de l’aimer !
Paschic avançait dans sa vision, car il en avait des preuves chaque jour ! Il la vérifiait au quotidien, jusqu’à prévoir tel comportement, attendre telle haine, etc. ! Le monde entier changea pour Paschic, ainsi qu’il serait passé dans une autre dimension, mais bien plus réelle que celle des Doms ! Ceux-ci se déchirent et détruisent la planète ! Ils sont dans la nuit ! Mais Paschic n’avait donc pas perdu son temps ! Il était sorti des griffes de la Machine, avait beaucoup souffert pour trouver la lumière, mais enfin les fruits étaient venus ! Il est inévitable que le « croyant » perde ses repères, car nous sommes nombreux et donc nous nous « heurtons » à ce qui n’est pas nous ! Mais la pire réaction alors est la haine et le rejet ! La foi, c’est la confiance, la paix et la tranquillité ! C’est ce qu’a appris Paschic au bout de son long chemin douloureux !
Paschic au fond a retrouvé la simplicité évangélique, celle qui faisait dire au saint d’Assise : « Merci Seigneur, pour frère Soleil et sœur Eau ! » C’est bien par la beauté de la nature que Paschic arrive au don de Dieu, mais cette reconnaissance n’est possible que par la simplicité ! Tant qu’on est « empêtré » par son ego, l’image que l’on se fait de soi, sa domination, son pouvoir, on ne peut y accéder ! Au contraire, cette simplicité est qualifiée de naïveté, quand ce qui paraît sérieux est de gagner de l’argent et de triompher sur les autres ! Et pourtant, aujourd’hui, les Doms ne peuvent que constater leur impasse !
Il est toujours possible de réveiller le bien chez les individus ! Il est toujours là en sommeil et même aux aguets ! Mais, pour cela, il faut être soi-même en paix et porteur d’espoir ! On ne réanime pas la douceur, par la force ! « Sous » la Machine, Paschic a dû absorber toutes les peurs du monde ! Tout ce que les Doms n’arrivent pas à gérer, toutes leurs inquiétudes, toute leur méchanceté ont été versés dans Paschic, car il constituait une étrangeté, une énigme ! Il a servi de rocher, sur lequel on frappe, pour savoir si c’est bien dur ! Et c’est un affrontement inévitable, pour ceux qui recherchent la vérité !
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Les Doms se moquent volontiers des enfants de Lumière ! Ceux-ci paraissent trop mous, trop empotés, pas assez agressifs et dominateurs ! C’est le mouvement naturel de l’animal qui est en nous qui s’exprime ! Pour les femmes, l’homme doit être volontaire, sportif, plein de force, car ce n’est que comme cela qu’il peut les protéger et assurer leur sécurité ! Pour les hommes, la femme doit d’abord être séduisante et organisée, afin de tenir une « maison » et d’espérer des enfants ! Chaque sexe constitue une émulation pour l’autre, pousse à une sélection naturelle, à un dépassement de soi et c’est un très bon moteur, mais la conscience fait aussi voir que ce n’est pas suffisant !
La souffrance humaine interroge, la différence aussi ! Il y a les malades, les pauvres, les affamés, les handicapés, ceux qui sont écrasés, les alcooliques, etc. ! N’importe qui peut voir que le monde est plus vaste que son égoïsme ! L’expérience fait comprendre que nous ne sommes pas toujours gagnants et que même nous pouvons ne pas trouver de place ! au contraire de ce qui se passe chez les animaux, qui eux parviennent à un équilibre ! Car les Doms mettent leur intelligence au service de leur domination, en fabriquant des armes par exemple ! Ils peuvent alors croire que la planète leur appartient !
Plus généralement, le Dom ne s’attend pas à ce qu’on lui résiste : les choses doivent se dérouler selon ses désirs ! Il vit dans sa bulle, à un certain degré, et cette bulle s’étend plus ou moins loin, mais tout ce qui se trouve dedans est contraint d’obéir au Dom ! Malheur à celui qui marche de travers, car on sait qu’il constitue une brèche dans la bulle, par là où peuvent entrer les peurs ! La réaction du Dom est alors le plus souvent violente et sans mesure ! Mais tout ça fait que la société n’aime pas la faiblesse, la lenteur, qu’elle associe très vite à de la paresse !
Les maladies nerveuses sont une conséquence du stress entretenu par les Doms ! Les choses ne vont jamais assez vite pour leurs ambitions, qu’ils voilent sous la nécessité ! Au fond, tant que le Dom n’a pas été brisé lui-même, il garde l’illusion que la volonté peut tout, que seul son chemin est valable et que s’il n’y arrive pas, c’est qu’on lui a mis des bâtons dans les roues ! Le Dom a des ennemis, ce qui lui évite de se remettre en question !
Cependant, plus la civilisation avance et plus la société se féminise et nous avons vu pourquoi ! D’abord, les femmes sont aussi égoïstes que les hommes et c’est une condition nécessaire à leur développement ! Elles poussent à être et à prendre toute leur place ! Ensuite, moins la sécurité du pays est nécessaire et plus le rôle de l’homme diminue et donc ses privilèges aussi ! Mais la féminisation de la société entraîne un respect croissant pour la fragilité, la différence, la santé nerveuse, toutes choses que les hommes dominateurs méprisent, car impropres au combat !
Les femmes font valoir justement aujourd’hui les maux dont elles souffrent (endométriose, S II etc.), mais aussi leurs conditions de vie, ce qui profite à ceux qui sont d’habitude rejetés, comme les homosexuels ! La femme a forcément plus de tolérance envers la faiblesse, puisque naturellement elle s’occupe des enfants, qui sont sans défense ! Mais cela ne veut pas dire non plus qu’elle ne continue pas à pousser l’homme à la virilité, doutant de ses performances sexuelles, etc. ! Le Dom reste le Dom ! Il faut que la femme soit fière de son mari, de leur réussite sociale et les enfants jouent un rôle dans la vitrine, comme nous l’avons vu avec la Machine !
Ainsi, malgré son évolution, la société demeure persuadé de sa cohérence et de sa viabilité, en cloisonnant dans le domaine du privé les croyances les plus intimes de chacun ! Ainsi encore la foi est facultative, d’autant qu’on ne l’imagine pas sans la religion, qui est à même de menacer le libre-arbitre ! Ainsi toujours la Chose ou la beauté de la nature est secondaire et n’est vue que sous l’angle du réchauffement climatique et de la transition écologique ! alors que la beauté est au contraire la clé de notre avenir, dans le sens où elle nous permet d’avoir la foi et de lutter contre notre domination !
Ainsi enfin on continue à se moquer de l’enfant de Lumière, qui même aux yeux des femmes manque de mordant et de combativité ! C’est que le Dom se trompe sur lui-même ! Il croit faire le bien, quand il écrase quelqu’un d’autre ! Il croit que triompher le mène dans la bonne voie ! Mais, si l’enfant de Lumière paraît aussi inapte à la vie, c’est que lui voit la souffrance avec plus de discernement ! Il n’est pas dans sa bulle ! Il n’est pas esclave de ses ambitions, d’où son atermoiement, son hésitation devant la complexité du monde ! d’où ses questions et son air absent ! On pourrait même dire que l’enfant de Lumière est en avance sur son temps ! Mais, en butte à la violence et au mépris des Doms, il n’est pas rare qu’il soit broyé ! Les Doms ne l’ont pas vu, ni écouté, tellement ils étaient à se marcher dessus !
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Le soleil se lève ronchon ce matin ! Il étire ses bras, bâille et dit : « Qu’est-ce que ça caille ici ! Bouh ! Qu’est-ce qu’il fait, le soleil ? Mais j’suis bête : c’est moi, le soleil ! C’est moi qui réchauffe ! Ouais, mais qui me réchauffe, moi, hein ? C’est toujours à moi de bosser ! Ouais, ouais, d’accord, on sort de l’hiver, où j’étais en vacances, en veilleuse ! Eh ! Mais c’est que j’ai droit moi aussi d’ souffler ! J’ai droit moi aussi à la « grasse » ! à des dimanches tranquilles, paresseux, peinards !
Bon, mais voilà l’ printemps ! Et allez donc, faut qu’ ça chauffe ! On a besoin de moi ! Les petites fleurs tremblantes dans l’ vent, elles crient : « Eh ! Soleil, on est là ! Verse ta lumière dans not’ calice ! Qu’on se gorge d’elle ! Qu’on fabrique du sucre !
_ Voilà ! Voilà ! Que j’ dis ! Et hop, j’ fais mon service ! Dès sept heurs, j’ suis sur le pont, jusqu’à huit, neuf heures ! J’ bosse, moi ! Et que j’envoie mes rayons ! J’ tends les bras toute la journée ! Tu parles d’une suée ! Mais bon, les petites fleurs, j adore ça ! C’est plein de couleurs et c’est si fragile ! Et puis, oh ! belle reconnaissance du ventre ! Les pétales grands ouverts ! On sent qu’on leur rend service !
Les p’tits oiseaux aussi, j’aime bien ! Avec le retour de la chaleur, ça pépie joyeusement ! Leur entrain fait plaisir à voir ! Tout ça pour s’accoupler et faire des petits ! J’adore visiter les nids, dire bonjour aux oisillons, en train de gueuler pour en avoir plus ! Quelle marmaille ! Quel boulot pour les parents ! Eh ! J’ai mon rôle à jouer ! Qui fait pulluler les insectes ? C’est bibi !
Mais y en a quand même qui s’en foutent ! qui m’ méprisent ! Qui ? Qui ? Attention, moi, j’ cafte pas ! J’ suis pour la paix des ménages ! Y s’ra pas dit que l’ soleil l’a ouverte ! Humm ! L’ soleil, il a une fermeture éclair sur la bouche ! Et là elle est fermée, close !
L’ soleil, il est pas du genre à médire ! Ça non ! Ceux qui veulent des ragots, des critiques à tout va, passez vot’ chemin ! L’ soleil bosse et s’occupe pas des autres ! C’pendant…, c’pendant, y a quand même de l’ingratitude en c’ monde ! Oh oui ! Mais bon, on passe là-d’ssus, non ? On est entre grandes personnes !
Tout d’ même, j’en ai un peu gros sur la patate ! Y a des choses qui m’ gênent, voilà ! J’éclaire tout ce qui existe…, mais tout ce qui existe dit pas merci ! Eh ! Eh ! Voilà la situation ! Des noms ? Vous voulez des noms ? Je parle sans rien dire ? Je me plains pour me faire plaisir ? C’est ça que vous suggérez ? Bon, alors, je vide mon sac ! Vous l’aurez voulu ! Les Doms ! Les Doms, voilà le problème !
Comment ? J’exagère ? Je suis d’un parti pris ? Qu’est-ce qu’il faut pas entendre ! Des exemples, vous voulez des exemples, des preuves ? J’ vais vous en donner, moi ! Comme vous le savez, la lumière est bienfaisante ! Elle est indispensable à la vie ! Bon ! J’ réchauffe les Doms, je leur redonne de la force, je fais monter en eux la sève, les hormones ! Ils sont plus beaux, ils veulent s’accoupler, ils sont plus tranquilles, plus heureux même ! J’ fais tout ça ! Les légumes, les fruits reviennent en force, etc.! Que de réjouissances !
Mais qu’est-ce qui arrive ? Est-ce que les Doms me remercient ? Est-ce qu’ils reprennent le sentiment de mon importance ? Est-ce qu’ils me louent ! Est-ce qu’ils sont plus doux entre eux ? Est-ce qu’ils polluent moins ? J’ t’en foutrais ! Y pensent qu’à eux ! Ils considèrent ma lumière comme un dû ! Y voient pas le miracle ! Y s’émerveillent pas d’ mon don ! Y voient pas l’ progrès qu’apporte le printemps ! Ils ont toujours l’nez dans l’ guidon, dans leurs problèmes, dans leur comptes et attention à ceux qui sont pas dans les règles, qui cotisent pas, qui s’amusent, qui apparemment ne travaillent pas ! Le Dom comptable est là ! Il note tout ! Sa haine est prête à bondir ! Car lui, il est exemplaire ! Il obéit aux lois ! Ce n’est pas un assisté ! Mais où est le cœur ? Où est mon exemple, ma gratuité, ma force, ma gentillesse, mon infinie bonté ?
Dans l’esprit du comptable ? dans son mépris pour le voisin ? dans son envie, sa lâcheté ? Diminue-ton ses ambitions, au profit de la patience ou de l’écoute ? Moi, j’ donne sans calculer et que fait le Dom : il mesure avec des yeux froids ! Merci, c’était l’ soleil, qui n’aurait pas dû s’ lever !
Ma pipe, elle est où ma pipe ? Marre ! Je bronze des Jean-foutre ! Ah ! L’odeur des géraniums, doucement caressés par ma chaleur ! Bande de gnomes, de blaireaux ! Calme-toi, soleil ! Manquerait plus que tu deviennes un Dom !
Dimanche prochain, ciel gris ! J’ veux voir les mômes doms pleurer ! Bah, j’ suis content quand les enfants rient ! Bon, bon, la prochaine fois j’ vous raconterai comment il m’est impossible de me faire une tartine au beurre ! »