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R64

L' attaque des Doms (92-95)

Le 29/12/2024

R64

 

 

              "John, c'est un artiste de la mort!"

                                         Man on fire

 

 

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     Ils sont deux… Pour l’instant, ils fouillent les débris du vaisseau écrasé de Paschic… D’où viennent-ils ? Paschic n’a entendu aucun vaisseau atterrir… Peut-être vient-on de les laisser là… Cela fait des années que Paschic vit seul ici et pourtant il se méfie de ces deux visiteurs ! C’est que Paschic a appris à ne compter que sur lui-même, surtout en s’apaisant ! La seule chose qui le préoccupe, c’est de guérir du poison de la Machine et de retrouver la santé ! Or, ce ne sont pas deux intrus, avec leur tourments et leur domination qui vont pouvoir l’aider ! Bien au contraire, car Paschic a déjà repéré qu’il avait affaire à deux Doms !

Cela pour lui ne fait aucun doute et il ne s’en étonne même pas : les Doms se signalent de loin, rien qu’à leur attitude ! Il serait naïf de croire qu’ils sont équilibrés et qu’ils connaissent la paix ! La conscience reste un mystère et chacun répond à sa manière à la peur que produit l’existence, face à l’inconnu de la vie et à l’étrangeté du cosmos ! C’est l’ordre, la routine, les devoirs, les chaînes que l’on s’impose qui nous masquent cette réalité !

Les deux Doms n’ont pas encore vu Paschic, mais il se décide à se montrer, dans le but de moins les effrayer… Il fait du bruit et devient bien visible et les Doms le repèrent et se figent ! Eux aussi se méfient et ils sont maintenant sur la défensive, mais Paschic continue d’avancer, avec le sourire… Il cherche à les rassurer, pour qu’il « n’y ait pas de casse », mais les Doms gardent le visage dur, comme s’ils grimaçaient ! « Il ne font aucun effort d’empathie ! » se dit Paschic, qui connaît déjà la suite !

Il est à présent face aux deux Doms et il y a un instant de silence, où l’on entend le vent miauler parmi les débris… Il n’y a pas de questions, rien, aucun dialogue… Soudain, l’un des Doms produit sa bulle de domination, qui est très puissante ! Elle s’allonge et elle est destinée à asphyxier Paschic ! à l’écraser même ! à lui couper tout espace ! Mais Paschic l’évite sans difficultés, en se tournant un peu de côté, où il retrouve toute sa dimension, qui lui paraît même infinie et qui en tout cas rend totalement ridicule et inoffensive la bulle du Dom !

Son compagnon ne demeure pas inactif et il cherche à prendre à revers Paschic, qui sent à présent une autre bulle de domination lui frapper le dos ! Il devrait être poussé en avant, en être ébranlé, mais il lui suffit de sentir tout son corps posé sur le sol, pour de nouveau échapper à cette attaque ! Il n’a même pas vacillé et il perçoit avec tranquillité toute l’impuissance du Dom derrière lui !

Sa riposte, qui n’en est pas vraiment une, puisqu’il ne fait preuve à l’égard des Doms d’aucun mépris, d’aucune agressivité, a des effets redoutables ! Si la bulle de domination des Doms perd toute efficacité, ils se retrouvent nus face à leurs peurs, leurs angoisses, comme si on les avait jetés brutalement, sans scaphandre, dans le vide du cosmos ! Ainsi, la pression que subissent à présent les deux visiteurs de Paschic est bien au-dessus de leurs forces ! Leur visage est d’abord surpris, car ils ne comprennent pas ce qui leur arrive, habitués qu’ils sont à diriger le monde et les autres ! Puis, la panique les envahit, telle une décharge électrique et ils explosent sous les yeux de Paschic, qui n’en est pas attristé ! Car il n’a rien fait ! Au contraire, il était d’abord de bonne volonté ! Il était prêt à se montrer aimable ! Ce sont les Doms qui l’ont attaqué et qui se sont détruit tout seuls, face à sa présence !

Comment cela est-il possible ? Mais Paschic vient lui aussi de découvrir cet état de choses ! La situation lui est nouvelle ! Mais voilà des années qu’il est ici et qu’il se transforme ! Il n’est pas là inerte, mais peu à peu il change, il mue !

Il enterre les restes des Doms et auprès d’un bon feu, alors que le soir tombe, il fait le bilan ! Il y a quelques mois, il s’est aperçu qu’il avait gagné en force, notamment parce qu’il pouvait manger moins ! Il a réussi à perdre du poids, à « renverser la vapeur », à quitter le chemin de l’obésité ! Cela n’est possible que si on arrive à se reposer ! Paschic est donc plus paisible et a trouvé un nouvel équilibre ! Comment ? Mais que fait-il ici, sinon avoir une histoire de confiance et de spiritualité ? Il se rétablit grâce à la connaissance, à la vérité ! Voilà pourquoi il n’a plus besoin de sa domination ! Voilà pourquoi celle des Doms ne peut plus rien sur lui !

L’existence des Doms et leur fonctionnement lui sont venus lentement, par la réflexion et parce qu’il est à l’écoute ! Il est tendu vers la compréhension, la lumière, ne serait-ce que dans le but de guérir ! S’il n’y avait pas eu de progrès, de rétablissement, il aurait abandonné ! L’illusion n’a pas sa place dans cette convalescence, mais le résultat, c’est qu’aujourd’hui l’hypocrisie et le mensonge des Doms, leur ignorance plutôt, lui son évidents ! Si l’équilibre des Doms était vrai, ils n’auraient pas besoin d’agresser, ni de mépriser ! A présent, la connaissance de Paschic, qui n’a jamais cessé de se rapprocher de lui-même, le rend libre et invulnérable !

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      Un arbuste se rend dans l’un des commissariats de Domopolis… « C’est pourquoi ? lui demande-t-on dans l’interphone.

_ C’est pour une plainte ! »

On laisse l’arbuste entrer et après un temps d’attente assez long, il est reçu dans un bureau… « Alors qu’est-ce que je peux faire pour vous ? lui demande un policier.

_ C’est au sujet de mon père… Il a été tué !

_ Diable ! Mais on ne nous a pas signalé de meurtre !

_ Non, j’ai constaté la chose ce matin ! Mon père n’était plus là ! Il a été coupé ! Il n’y avait plus que ses pieds, plantés dans le sol !

_ Comment ? Il n’y a pas de corps ?

_ Non…

_ Et il est où l’ corps ?

_ J’ sais pas !

_ Bon, commençons pas le commencement… Décrivez-nous vot’ père…

_ Ben, c’était un pin majestueux, magnifique ! Il avait près de cent ans !

_ Eh ! Eh !

_ Oui, c’était un colosse, dont les branches partaient très haut dans l’ ciel ! Tout le monde se réjouissait à sa vue !

_ Faut croire que non… Il avait des ennemis ?

_ Pas à ma connaissance…

_ Tout de même, c’est un travail de pro ! On le tue, on l’abat et on enlève le corps, qui est gigantesque ! Ceux qui ont fait ça avaient les moyens !

_ Sans doute…

_ Bon, laissez-moi passer un coup de fil… Allô la Ville ? Ici le commissariat… Dites donc, j’ai là un arbuste qui cherche son père, un pin magnifique… Ouais… Je me demandais si c’était pas vous ?

_ Bien sûr que si, c’est nous !

_ Ah bon ? Et qu’est-ce que je dis au fils ?

_ Ben, vous lui dites que son père était malade… et que pour le bien de tous, avant qu’il ne soit un danger, on l’a enlevé !

_ D’après le fils, le père était en pleine forme !

_ Bon ben, dites alors que c’est à cause des étourneaux !

_ Des étourneaux ?

_ Mais oui, ils se perchaient dans l’arbre et salopaient tout en dessous ! Et puis, il y avait aussi le bruit !

_ Et c’est pour ça que vous avez supprimé un arbre centenaire ? C’est pas un peu léger ? Y avait pas d’autres moyens ?

_ Je n’aimas pas du tout vot’ ton ! Mais alors pas du tout ! Vous racontez ce que vous voulez au fils… et vous me foutez la paix ! Est-ce que c’est clair ?

_ Oui…

_ Nous, on veut plus d’arbres ! Basta ! »

Le policier raccroche et se tourne de nouveau vers le fils… « C’est bien eux…, la mairie ! Mais ils m’ont dit que vot’ père a été victime d’une attaque ! Il est tombé comme ça, poum ! Alors, comme il dérangeait la circulation, ils l’ont découpé… et voilà… J’ suis désolé !

_ Je ne crois pas un mot de cette histoire ! Mon père était en parfaite santé ! C’est la mairie qui veut plus d’arbres ! C’est des salauds ! Vous verrez, quand y aura la canicule, y aura plus d’ombre, non plus ! Et l’oxygène, mon père captait le CO2, bravement : il faisait son devoir !

_ J’en doute pas ! D’ailleurs, j’ le connaissais vot’ père… J’ l’aimais bien, il m’éblouissait même tellement il était haut et puissant ! Une vraie merveille ! Mais la mairie a tous les pouvoirs et quand ils ont décidé quelque chose…

_ On dirait que vous parlez d’une mafia !

_ Mais c’est ça ! Alors un conseil… Faites vot’ deuil… Oubliez tout ça, sinon vous serez transformé en tas de copeaux ! »

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      Paschic songe à son enfance et la trouve toujours aussi curieuse, mystérieuse même ! Pourquoi s’est-il opposé à la Machine ? Cela n’est pas le cas de ses frères, ni de ses sœurs ! Voilà pourquoi il s’est vite trouvé anormal ! Mais il a toujours été un peu spécial, aimant être seul, se réjouissant de ses rêveries et de la magie de la nature !

Plus l’humanité avance et plus elle est individualisée, car c’est la conséquence inévitable du développement de la pensée, qui s’accompagne aussi d’une libération par la technologie, etc. ! Mais le risque, bien entendu, est que plus on s’intéresse à soi et plus on peut devenir égoïste, narcissique ! Pourtant, plus on est conscient de soi et plus on est sensible au mépris et donc à l’injustice ! Plus on a une idée nette de ce que l’on est et plus la tyrannie des autres devient évidente ! Ce n’est que quand la relation reste un brouillard, affectif notamment, que l’on peut être piétiné sans s’en rendre compte, comme si c’était normal d’obéir !

Mais, surtout, Paschic a très vite vu l’hypocrisie de la Machine, comment elle niait l’évidence, par exemple lorsqu’elle disait qu’elle ne prenait pas de plaisir, en se consacrant toutefois à sa vanité, son image ! Paschic est devenu une pierre dans le jardin de la Machine, bien malgré lui, car il était un enfant, qui ne cherchait pas autre chose que tous les autres enfants, à savoir qu’il voulait jouer, en découvrant la vie !

Mais la Machine n’avait rien d’exceptionnel : elle était une Dom parmi tant d’autres ! Paschic l’a constaté bien plus tard, mais c’est en étudiant justement la Machine qu’il est arrivé à connaître les Doms et leur fonctionnement ! Ainsi, le petit Paschic, qui ne demandait qu’à rêver, a dû soulever une page universelle, d’autant que les Doms n’ont jamais été aussi présents, avec autant de pouvoir ! Puissent les écrits de Paschic servir à l’humanité, car elle est en « danger », la peur conduisant le Dom au nationalisme et à faire triompher sa force, au détriment du plus faible, cela va de soi !

L’exemple de Paschic peut être utilisé par tous ceux qui prennent conscience de la tyrannie des Doms, qui en souffrent et qui veulent de l’espoir, au-delà de la domination, de la soif de l’ego !

Tout de même, Paschic s’interroge sur les deux Doms, qui se sont détruits à son contact… et il se décide à explorer un peu mieux les environs ! Il ne voudrait pas être surpris par d’autres Doms et ils ont peut-être une base plus loin ! D’ailleurs, Paschic se sent mieux pour faire de la marche, un effort plus grand physiquement, même s’il se méfie de sa faiblesse, qui ferait réapparaître tout aussitôt ses difficultés psychiques et ses angoisses ! Il veille donc à prendre de quoi manger, dans une besace et il gardera à l’esprit qu’il doit se surveiller, écouter son corps, car ses possibilités ne sont plus celles de jadis ! Pourra-t-il un jour être totalement débarrassé du poison de la Machine ? Il en doute !

Paschic est content de quitter son campement et de découvrir un nouvel horizon… et il se dirige tout naturellement vers un chaîne de montagnes, qui ne paraît pas inatteignable ! Le jour, il boit soigneusement et la nuit, il allume un feu et contemple les étoiles ! Puis, il arrive au pied des monts, sans grande fatigue, ce qu’il voulait, mais il découvre alors les ruissellements d’une eau noire, qui s’étendent dans la plaine, jusqu’à former un large fleuve à l’horizon ! D’où vient ce liquide sombre comme la nuit ? Des hauteurs sans doute… et Paschic commence son ascension, franchissant des éboulis, retrouvant l’eau noire en torrent, ce qui lui serre de plus en plus le cœur, d’autant que maintenant il est parfois épuisé, contraint de s’asseoir, afin de retrouver son souffle !

Il hésite à continuer, car il sait qu’il commence à dépasser ses forces, à se menacer de nouveau… Le vertige le prend dès que la pente devient abrupte, mais le « mystère » de ce flot anthracite le taraude et il continue jusqu’à une petite crête ! Le soir tombe et il découvre un lac noirâtre et bouillonnant ! Ainsi, la source est là ! Paschic se concentre, autant à cause de la fatigue que parce que l’obscurité se fait, mais il parvient à distinguer quelque chose qui hérisse ses cheveux, en le remplissant d’épouvante ! Là, sur une berge, des créatures sortent du lac, aussi noires que lui ! Elles se sèchent apparemment, en prenant forme et elles ressemblent à des êtres humains !

Seraient-elles des Doms ? Les deux visiteurs de Paschic ne venaient-ils pas d’ici ? Soudain, Paschic perçoit un bruit, plutôt une lamentation, qui monte du lac ! Mais oui, on y pleure, on y gémit, on y appelle même au secours ! C’en est trop pour Paschic, quasiment en proie à la panique ! Il n’est plus que faiblesse et peur ! Il se laisse glisser en arrière et ferme les yeux ! Il ne peut pas faire grand-chose pour ceux qui sont apparemment prisonniers du lac ! Il ne résisterait pas une seconde face à un Dom ! Il doit battre en retraite, retrouver le campement ! Il a présumé de ses forces et dans la nuit, en s’efforçant au silence, il s’échappe !

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     Au camp n° 5, les exercices s’enchaînent pour ramener les Doms émeraude dans le droit chemin, celui de la consommation, gage de la sociabilité ! Mais les Doms émeraude, qui ont été « contaminés » par la Chose, gardent un air nébuleux, avec un corps inerte et leur « guérison » semble toujours impossible ! On ne les comprend pas ! Les médecins, jamais en manque de mots compliqués, parlent de dépression, de catatonie, d’aboulie ! Ils auscultent, analysent et se perdent en conjectures devant ces faces de « crétins », insondables !

Des expériences sont tentées ! On ouvre par exemple des valises pleines de billets, sous les yeux des Doms émeraude et on caresse l’argent, en disant au patient : « C’est pas beau, ça, hein ? Je te donne ma parole que tout ce flouze est à toi ! Il te suffit de le prendre, de tendre la main ! C’est pas compliqué ! Prends, mais prends ! Pense à tous les plaisirs que tu vas pouvoir t’offrir ! Un bon gueuleton, avec la fille la plus belle du monde ! Ça se refuse pas ! Hein ? »

Si le Dom émeraude est une femme, on lui chante : « C’est offert par la maison ! sans contrepartie ! Écoute le bruit de la liasse ! Évidemment, c’est un peu vulgaire donné comme ça… Mais notre souci est sincère : on veut que vous repartiez tous, sur de nouvelles bases ! Tu loues un appartement, tu refais ta garde-robe, avec les bijoux qui te feront la plus belle… et une nouvelle vie commence ! Finie la tristesse, l’immobilisme, le repli sur soi, le sentiment d’abandon ! La battante qui est en toi retrouve ses droits ! Tu feras craquer les mecs ! On t’enviera… et tu redeviendras utile à la société ! Alors, dis-moi où est le blem ? »

Mais on a beau faire, les Doms émeraude restent passifs, comme perdus dans un rêve d’éternité ! On s’énerve et finalement, on les conduit au Rêve blanc, cette galerie marchande, reconstituée au sein même du camp ! Elle symbolise le summum de la civilisation ! D’abord, elle est d’une propreté stupéfiante ! Tout y est blanc, d’où son nom ! La modernité y est évidente ! Les lumières tamisées rayonnent tel de l’or ! Toute la grisaille de l’extérieur n’y paraît plus qu’un mauvais cauchemar et dans sa douce température, les organismes se reposent ! On y flotte plus qu’on y marche et on y murmure à l’égal de la musique ambiante !

Le luxe et la richesse comblent les yeux et la beauté des Doms triomphent ! C’est le palais de la mode et de la jeunesse et les dix Doms émeraude, qu’on y mène à la queue-leu-leu, tranchent absolument, ont l’air de bagnards, de pauvres bouges égarés, sans doute chargés de sortir les poubelles !

On décide pourtant de les faire entrer chez un opticien et une vendeuse sculpturale s’approche très vite d’eux ! Parmi les rayons impeccables, elle porte un tailleur chic et son visage est maquillé comme il faut ! Sa bouche est peut-être trop rouge, trop proéminente, ses joues trop poudrées, trop farineuses, sa volubilité trop grande, trop nerveuse et l’ensemble rappelle peut-être trop une poupée agitée, mais la Dom fait son numéro et elle le connaît bien ! Tous les modèles de lunettes sont décrits en un tour de main ! C’est un souffle, un tourbillon destiné à emporter, étourdir le client, qu’on voit déjà réglant ses achats, mais les Doms émeraude ne sont pas normaux et la vendeuse constate qu’elle n’a aucun effet sur eux !

Le temps s’arrête un instant… Le visage de la vendeuse se craquelle et son maquillage coule, parce qu’elle se met à pleurer, contre le torse du premier Dom émeraude, un géant apparemment débonnaire, mais qui ne réagit pas ! « Mais qu’est-ce qui se passe ici ? » s’écrie le duc de l’Emploi. On se rappelle qu’il est lui-même enfermé dans le camp, mais avec un statut spécial, puisqu’il n’est pas considéré comme un Dom émeraude ! Cependant, il a toujours ce problème lié à la Chose, qui est de « cracher » des fleurs, principalement des pâquerettes, en parlant ; ce qui ne l’empêche pas de s’emporter !

« Mais qu’est-ce qui s’ passe ici, bon sang ? répète-t-il. Pff, pfff ! (Il rejette des fleurs) ! Qui m’a fichu une vendeuse pareille ? Qu’est-ce qu’elle a à pleurer comme ça ! Pfff ! Pff ! » Autour, le personnel médical ne sait quoi répondre… Il est autant abasourdi par les larmes de la vendeuse que par les pâquerettes qui sortent de la bouche du duc, car il n’est toujours pas habitué à ce phénomène ! Cependant, le Dom géant fait un geste et il vient poser sa grosse main sur la tête de la vendeuse, comme pour lui dire : « Là, là, ça va passer ! »

Les médecins se regardent, puis l’un d’eux lâche : « Un cas de « burnout » certainement ! 

_ J’ t’en foutrai du burnout ! réplique le duc de l’Emploi. Pff, pfff ! Elle a tout cette gosse ! Elle vit tous les jours dans le Rêve blanc ! Elle devrait être heureuse ! Pff, pff ! Tu parles d’une publicité ! Allez, virez-moi cette tête à claque ! Pff ! Pff ! 

_ Remarquez, reprend le médecin, y a du mieux ! Vous avez vu le Dom émeraude : il a réagi ! »

R63

L' attaque des Doms (88-91)

Le 22/12/2024

R63

 

 

              "C'est sans danger?"

                                Marathon man

 

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     Dominator et l’Embrouilleur discutent ce soir-là, dans la tour du Pouvoir… Sous leurs yeux, le jour s’éteint avec des rayons d’or, à travers de gros nuages et à cette distance, la Chose, qui bloque la ville, paraît elle-même s’endormir ! Dominator, un verre de whisky à la main et soufflant la fumée de son cigare, prend un ton confidentiel : « Je suis né dans une famille pauvre, dit-il. Le chauffage marchait mal et les toilettes étaient sur le palier ! Évidemment, ça sentait la soupe aux choux… Pour m’en sortir, je me suis dit que je devais entrer dans la police secrète ! D’abord, parce que je voulais être un héros, quelqu’un qu’on admire, avec une vie pas ordinaire et du pouvoir, puisque l’agent secret manipule les gens, œuvre dans l’ombre… Vous saisissez ?

_ Oui, je crois, répond l’Embrouilleur, flatté d’entendre son maître raconter sa vie.

_ J’étais plutôt chétif à l’époque et assez effacé, ce qui faisait que je n’étais pas parmi les mieux notés ! Mais enfin j’étais discipliné, patient et j’attendais mon heure ! Ce fut à ce moment que l’Empire Dom s’est écroulé !

_ Oui, bien sûr…

_ Nous étions quasiment les maîtres de l’univers et subitement nous n’étions plus rien ! emportés par la tempête ! contraints de faire n’importe quoi pour survivre ! J’ai commencé à trafiquer, alors que j’étais devenu un secrétaire de mairie ! J’ai compris le lien qui pouvait se nouer entre la mafia et les autorités ! On favorise des marchés, on assure des protections en échange de marchandises, etc. ! Cela s’appelle la corruption !

_ C’était une période bien trouble...

_ En effet, mais je gardais en moi cet amour de la patrie ! Je voulais lui rendre sa grandeur et que le monde craigne à nouveau le nom de des Doms ! J’étais encore jeune et prêt à tous les sacrifices ! Ces bonnes dispositions m’ont permis d’attirer la confiance et j’ai semblé l’homme de la situation…

_ Vous êtes devenu président !

_ Oui, sans doute grâce à cette flamme respectueuse qui brûlait en moi, cette soif de redonner au pays toute sa puissance, alors qu’il était désormais en proie au banditisme ! Il était certes libre, mais dans le chaos ! Il fallait y remettre de l’ordre, ce que j’ai fait !

_ Et de quelle manière !

_ Taisez-vous ! Vous ne savez pas la moitié des choses ! Comment par exemple réduire les chefs de bande ? Mais en devenant le premier d’entre eux, le plus fort, le plus riche aussi ! J’ai pris le contrôle de toutes les grosses entreprises, j’y ai placé mes amis d’enfance ou des hommes sûrs ! L’argent est rentré à flots, par millions ! Dans le même temps, je me suis débarrassé de tous mes adversaires ! Je les ai fait tomber un à un, car j’avais pris le contrôle de la justice ! Je les ai envoyés en prison, après les avoir humiliés dans des procès bidons !

_ A la guerre comme à la guerre !

_ Mais ce n’était que le début ! Tenir tout le pays dans sa main demandait d’être présent partout ! surtout dans les médias, car nous sommes à l’ère de la communication ! J’ai commencé par écarter les directeurs de chaînes qui m’étaient hostiles et peu à peu la télévision m’a été entièrement soumise ! Cela n’a pas été sans mal, croyez-moi : il n’y a rien de plus acharné qu’un journaliste ! Mais ceux qui m’ont cherché des poux ont été supprimés…, assassinés à vrai dire ! Oh ! Ne vous méprenez pas : ce n’est pas moi qui ai commandité ces assassinats ! Le système que j’ai instauré est constitué de cercles de pouvoir, qui se défendent eux-mêmes ! Ainsi tel journaliste, qui enquêtait sur le financement des autoroutes ou du matériel de l’armée, a connu une fin tragique !

_ Tous des fouille-merde, de toute façon !

_ Après les médias, je me suis attaqué à la constitution, pour devenir président à vie ! Il ne s’agissait pas de lâcher le pouvoir à un démocrate mollasson, qui aurait détruit mon œuvre !

_ Comme je vous comprends !

_ J’ai donc créé un parti, le mien, qui devait être largement majoritaire à l’Assemblée, afin de voter pour mes réformes ! Ici, j’ai pu compter sur les ambitions des députés, qui se sont ralliés à mon parti, même s’ils n’étaient pas d’accord avec mes idées ! Mon parti était devenu la garantie de leur victoire et j’ai comme siphonné entièrement le paysage politique !

_ Vous aviez enfin les pleins pouvoirs !

_ C’est ce que je croyais… ou tout du moins je croyais que le peuple suivait mon ambition, celui de rendre le nom des Doms tout puissant ! Je croyais même qu’il m’aimait pour cela, mais je me trompais ! Il y a eu des manifestations, contre mes soi-disant fraudes électorales ! Les gens voulaient leur liberté, ce qu’ils appellent la démocratie ! Pour en faire quoi ?

_ On se demande bien ! »

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      « A ce moment-là, j’ai ressenti ce qu’on appelle l’ingratitude !

_ Comme je vous plains ! Mais n’est-ce pas la destinée de tous les grands esprits d’être incompris ?

_ Peut-être… Toujours est-il que j’ai senti le vent de la sédition, du chaos, de la perversion ! L’ordre était menacé, la famille aussi ! Je me suis associé à l’Église, pour devenir le gardien de la morale !

_ C’est tout à votre honneur !

_ J’ai voulu une société pure, débarrassée du vice et se forgeant sur la vérité, le travail, l’honnêteté ! alors que par nécessité j’avais dû avoir recours à la corruption ! C’est elle qui m’assure l’allégeance de mes vassaux, si je puis dire ! Mais aurais-je pu suivre un autre chemin ? Une voie moins contradictoire ?

_ Je ne vois pas… Non…

_ La démocratie, la liberté individuelle ? J’aurais alors perdu le pouvoir et dû laisser le navire à un autre… Je vais vous révéler un secret… J’ai peur du vide, de l’inconnu, de l’imprévu ! J’adore la sécurité ! Je ne supporte pas un monde que je ne contrôle pas !

_ Mais vous êtes un visionnaire... Vous travaillez pour le bien des autres !

_ C’est exact ! Je protège la famille… Mais mon but principal reste toujours la grandeur des Doms, leur puissance, le souvenir de l’Empire ! Car, figurez-vous, la sécurité ne nous suffit pas ! Même si les Doms mangeaient à leur faim, étaient tranquilles, ils n’étaient pas heureux pour autant ! J’avais beau restaurer notre influence, notre droiture, notre fierté, le marasme finissait toujours par revenir ! Et qui dit marasme, dit mécontentement et sédition, dit désordre !

_ Les Doms ne savent pas ce qu’ils veulent ! Vous avez raison de parler d’ingratitude !

_ Force m’a été de constater que chacun veut se développer, avoir un destin propre ! Et plus la civilisation avance et plus nous nous individualisons, ne serait-ce que parce que nous sommes détachés de notre recherche de nourriture ! C’est cela le progrès : nous prenons de plus en plus conscience de nous-mêmes !

_ Je ne voyais pas ça sous cet angle…

_ C’est naturel ! Le destin de l’homme est un développement de sa conscience, de ce qui lui est propre ! Ce n’est pas un retour vers le règne animal !

_ Oui… Évidemment…

_ Mais cela veut aussi dire que nous sommes animés par une soif sacrée, quasi mystérieuse ! Un feu nous rend insatisfaits, nous met en quête, provoque notre impatience, dès que la routine devient implacable ! J’explique le marasme qui nous talonne, vous comprenez ?

_ Très bien, je vous suis parfaitement !

_ La conscience semble un arbre sous le cosmos ! Ses branches peuvent grandir indéfiniment ! Notre imagination n’a apparemment aucune limite ! Mais comment contrôler ce feu, étancher cette soif, canaliser cette recherche ? Comment faire pour que les Doms s’individualisent dans le même but ? Il y a des exemples, comme les compétitions sportives, où le pays se mobilise derrière l’athlète, s’enchante de sa victoire, retrouvant la fierté !

_ C’est vrai…

_ Mais ces exemples sont éphémères et sitôt qu’ils sont passés, le marasme revient !

_ Eh oui, cet affreux marasme !

_ Il fallait une cause plus grande, plus forte, plus durable ! une cause qui aurait rappelé aux Doms l’époque de l’Empire, quand l’univers tremblait rien qu’à entendre notre nom ! Alors chaque Dom pouvait s’enorgueillir, se nourrir de ce pouvoir !

_ Et le marasme était tenu en échec !

_ Il avait certainement des limites ! Alors qu’aujourd’hui, si on le laisse faire, il emporte tout, il n’a plus de barrières !

_ Je suis persuadé que vous avez trouvé la solution !

_ C’est vrai…, du moins je l’ai cru : je me suis tourné vers les armes !

_ La guerre ?

_ Chut, imbécile ! Ne prononcez jamais ce mot devant moi ! Me prenez-vous pour un homme du passé, un anachronisme ! Vous croyez qu’on peut déclencher une guerre comme ça, à l’ère de la communication, quand les distances sont abolies et que tout le monde se connaît ? Vous rêvez, mon ami ! Seule une brute épaisse utiliserait ce mot-là ! Non, je me suis d’abord contenté de petites opérations spéciales ! comme quand on entre dans l’eau froide, pas à pas !

_ C’était plus sage !

_ En effet, mais notre soif d’absolu, si je puis dire, s’est réjoui de mes premières victoires ! Le Dom était sauvé du marasme, car je me montrais fin stratège ! Je surprenais mes ennemis et le Dom se renforçait, se gargarisait de ma réussite !

_ Et il aurait eu tort de faire la fine bouche !

_ La suite est pourtant moins drôle ! »

                                                                                                                90

« Ah bon ?

_ Oui, à force d’être trop gourmand, l’une de mes opérations spéciales a échoué !

_ Diable !

_ Alors là, la totale ! Des morts par centaines ! Une retraite dans le chaos ! Des soldats frustrés commettant des exactions ! Mais surtout, surtout, un bourbier !

_ Un bourbier ?

_ Oui, une guerre de position, d’usure, si vous préférez…, avec des tranchées, des avancées minimes, de lourdes pertes, etc. !

_ La guerre, en définitive !

_ Voilà la guerre ! Ce que je voulais pas ! Au revoir mon génie militaire, ma ruse, mon brio ! L’épouvantail, c’est moi ! La tête de vampire, je la porte tous les jours ! Snif !

_ Allons, allons, ce n’est pas comme si vous étiez au front !

_ Comme si ça pouvait me consoler ! On voit que vous ne savez pas ce que c’est d’être mal aimé !

_ Enfin, ce n’est tout de même pas aussi pénible que pour vos soldats, si ? Ils ont froid, faim et ils risquent leur vie !

_ Mais ils peuvent piller, pour se nourrir, ou violer pour se réchauffer ! Ils peuvent même torturer, s’ils veulent rigoler ! tandis que moi, je me sens laid, rebutant ! J’ai toujours cette impression que le Dom me regarde et me demande des comptes ! J’entends sa voix : « Dominator ! Dominator ! Qu’as-tu fait ? » Je crains qu’on ne me traite subitement d’anachronisme ! Je déprime, je suffoque en silence, car je n’ai plus le droit de profiter de la vie, de ma fortune, qui est colossale ! Pensez, être là devant ce tas d’or, sans pouvoir y piocher ! La vie, cette fourbe !

_ Évidemment, tout n’est pas rose ! Moi-même, à la propagande, parfois je me dégoûte ! A force de mentir, de chanter vos louanges, je me regarde dans la glace avec répugnance ! Comme si je ne savais pas que vous avez poussé les Doms dans le gouffre ! A cause de la corruption, du népotisme, de l’économie souterraine, qui est forcée, vous avez enlevé au Dom tout avenir ! Ou bien il vous cire les pompes, ou bien il crève !

_ Non mais dites donc, je ne vous permets pas ! d’autant que vous êtes grassement payé ! Vous m’êtes suspect d’un coup !

_ Eh là ! Eh là ! Ne vous méprenez pas ! Ce n’est pas moi qui vient de vous parler ! C’est l’opposition, ce sont ses arguments ! J’ai voulu vous représenter combien elle pouvait être fourbe et vendu à l’étranger ! Excusez-moi, mais, s’il fallait vous parler à cœur ouvert, j’utiliserais un tout autre ton ! Ah ! J’enrage de ne pas pouvoir supprimer tous vos ennemis ! Enfin, vous connaissez maintenant leur ton fielleux !

_ Ouais ! Je me demande quel serait votre chant sous la lame du bourreau ?

_ Mais celui d’une fidélité absolue ! Il ne manquerait plus que vous ne vous sentiez pas en sécurité en ma compagnie, dans votre propre palais ! Mais nous en étions à vos vicissitudes, à votre peine !

_ Ouais ! Vous essayez de changer de sujet !

_ Ah bon ? Ce que je suis peut avoir une importance ? Vous rigolez ! C’est votre nom que l’Histoire retiendra ! D’ailleurs, à ce propos, je vous rappelle que j’ai repeint les siècles à votre couleur ! Dans les manuels, l’Empire des Doms est maintenant sans taches et sans ambitions ! Les parricides, les infanticides, les décisions militaires désastreuses, les lâchetés de vos prédécesseurs n’existent plus ! Le Dom est lustré !

_ A vrai dire, je crains que vous ayez raison et que nous soyons dans une impasse !

_ Ah !

_ Oui, je ne peux plus reculer !

_ Vraiment ?

_ Je ne peux pas arrêter cette boucherie, sans passer pour un perdant ! Et que dira le Dom ? Qu’on l’a ridiculisé ? Dieu m’en garde ! Oh ! Je suis las de tout ça ! J’ai voulu faire le bien… et voyez où ça mène ! Des cercueils et encore des cercueils ! Et les mères des soldats qui me regardent de travers !

_ Vous oubliez une chose ! C’est que, selon vos ordres, nous sommes les agressés… et non les agresseurs ! Ma propagande n’a cessé de le répéter : nous n’attaquons pas, mais nous défendons !

_ Mais oui, parbleu, je n’y étais plus, là ! Ah ! Ah ! Vous me redonnez le moral ! Vous n’êtes pas aussi inutile que ça, finalement !

_ Je ne vous le fais pas dire !

_ Ah ! Ah ! Il y a encore de l’espoir ! Tout n’est pas perdu ! On peut encore s’en sortir ! Bien sûr, il faudra encore tuer, mais la lumière apparaît, tout là-bas, à l’horizon !

_ De quoi arrêter l’inflation ? »

                                                                                                             91

      Paschic est toujours sur sa planète inconnue, parmi les débris de son vaisseau, qu’il a transformés en un abri ! Des années ont maintenant passé et Paschic a dû prendre conscience de l’ampleur de son mal, dû au poison de la Machine, mais aussi à sa bonne volonté ! En effet, jusqu’ici, Paschcic a toujours voulu faire au mieux, il n’a pas ménagé sa peine, mais la Machine a détruit chez lui toute défense, ce qui fait qu’il s’est demandé à lui-même bien plus que de raison et qu’il s’est perdu ! Il s’est déséquilibré psychologiquement, au point de ne plus sentir d’amour pour lui-même et d’être en proie à des angoisses absurdes et pourtant douloureuses ! Par exemple, pourquoi ne se mettrait-il pas à aboyer, avant de courir tout nu, ou pourquoi ne s’exposerait-il pas à la pluie, alors qu’il est si bien dans son abri ?

Bref, Paschic n’est plus qu’un fantôme grimaçant et tout effort lui coûte ! Ses nuits ne sont nullement reposantes et son lit ressemble à une claie de torture ! Chaque matin, il se lève encore plus fatigué que la veille et se nourrir reste une corvée ! L’esprit de Paschic ressemble à ce qui l’entoure : un désert caillouteux, balayé par les vents ! Parfois, Paschic pleure tellement sa vie lui paraît aride ! Se serait-il trompé ? La Machine aurait-elle raison ? N’est-ce pas Paschic l’inadapté, vu le résultat ? N’aurait-il pas exagéré ses impressions ? Mais est-ce que le fou se demande s’il est fou ? Bien sûr que non ! Il est fou tout « simplement » !

Paschic garde donc une petite certitude, une petite foi, tout au fond de lui-même, une petite lumière, malgré son triste état, ses peurs irraisonnées, ses angoisses destructrices ! Cependant, le quotidien demeure pénible ! Il semble à Paschic que pour pouvoir dormir, se reposer, tenir debout et même continuer à réfléchir, il lui semble qu’il ne mange jamais assez ! Il faut qu’il ingurgite pour que le sommeil le prenne, pour qu’il puisse souffler et qu’il connaisse au moins un apaisement ! Et Paschic mange, mange, et gonfle, gonfle ! Il y a par là un « arbuste à pain », qui sert incessamment de nourriture et Paschic est bientôt le double de lui-même, comme un ballon gonflable ! Il n’arrive plus à lacer ses chaussures, à cause de sa panse et il est tout de suite essoufflé ! Cela s’est fait progressivement, inéluctablement, mais pour Paschic, c’est un nouveau drame, une nouvelle cause de désespoir ! C’est encore un symptôme d’échec, de peine, d’abandon, de solitude !

Ce à quoi croyait Paschic s’est envolé ! Ce qu’il était, le sentiment de sa sensualité, son aisance, sa force, sa félinité même ont disparu ! Il n’y a plus qu’un gros, un obèse qui craint ses pensées ! Pourtant, Paschic ne se dissout pas ! Il persévère, il n’a pas pu se tromper ! Il a vu ce qu’il a vu ! Il n’a pas eu d’ambitions, il n’a pas menti, ni méprisé, ni fait de calculs ! Il a juste essayé de vivre, c’est tout ! C’est cette simplicité qui le fait tenir… et il attend, sue, peine, gémit, supporte ! Il doit bien y avoir quelque chose ! un sens, une vérité ! C’est cela le courage : être ferme, patient, déterminé, malgré les difficultés ! Paschic regarde et peu à peu la connaissance se lève ! Ce qui était brisé, desséché, apparemment mort, commence à reverdir, lentement, ainsi qu’une mousse, même une moisissure deviennent visibles !

Autrefois, Paschic était aveugle ! Il se débattait avec plein de choses : ses amours, ses blessures dues à la Machine, son avenir, la nécessité de gagner sa vie, etc. ! Il avait toujours l’impression de courir, d’où l’alcool, les stupéfiants, tout ce qui pouvait le détendre et qui lui semblait nécessaire ! Il était encombré de voiles et s’il en arrachait un, un autre surgissait ! Mille angoisses, mille questions, mille plaisirs, mille conversations ! Mais ici…, il ne peut plus s’agiter ! Il a touché le fond ! Il ne bouge plus ! Et peu à pue pourtant la connaissance coule en lui ! La nécessité de faire la paix avec lui-même le conduit à l’écoute, à la patience, à l’attente…. Le ruisseau frais du savoir n’est pas tari et arrose de jeunes pousses ! Le sens n’est pas une plaisanterie ! Ce n’est pas une absurdité de plus ! Paschci n’a demandé qu’à comprendre et sa vision s’élargit, devient vaste, infiniment plus claire ! L’existence des Doms lui est révélé, comme la logique de la Machine et la source de son mépris !

La connaissance a besoin de vastes épaules, car elle demande à l’individu qu’il accepte sa propre différence, ce qui ne peut pas être obtenu sans peur ! Voilà pourquoi le jeune doit attendre, pour avoir la réponse à ses questions ! Le savoir nécessite de la force et de la maturité, car il fait qu’on se sent étranger parmi les hommes ! Ce n’est pas facile à supporter ! Paschic n’est pas totalement dans une situation d’échec ! S’il gagne des connaissances, cela veut aussi dire qu’il gagne en force ! Il n’est pas seulement un obèse souffreteux, il est encore quelqu’un qui s’apaise, qui se réconcilie avec lui-même ! quelqu’un qui ferme lentement ses blessures, qui sait patiemment guérir ! Tout le contraire d’un chemin menant à la folie et au désespoir !

Donc Paschic s’accroche, à cause de cette connaissance qui reverdit ! Le Paschic, pris dans les brumes de son agitation, n’est plus ! La lumière s’éveille…

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L' attaque des Doms (83-87)

Le 14/12/2024

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      "Je m'appelle Roger Tornhill!

        _ Bien sûr, monsieur Kaplan..."

                                      La Mort aux trousses

 

                                   83

Le Nouveau Jour (NJ pour les intimes) sort de l’hôpital psychiatrique, après y avoir été interné à sa demande, pour une dépression grave ! En effet, NJ se sentait inutile, face à l’indifférence des gens ! Il avait beau donner le meilleur de lui-même, il ne provoquait aucun intérêt chez les Doms ! Le désespoir peu à peu l’avait envahi, sapé et plongé dans une apathie noire, qui le faisait souvent pleurer ! NJ avait eu recours à l’alcool, pour essayer de retrouver de l’euphorie, de la flamme, mais le résultat avait été pire, notamment par un abattement, un épuisement accru !

A l’hôpital, il avait laissé dehors l’agitation, les troubles des Doms et il s’était senti d’une certaine manière en sécurité, plus reposé ! Mais le Dom est partout le même et le personnel hospitalier et les autres malades n’échappaient pas à cette règle ! Il y avait des disputes, des oppressions etc. ! Toujours est-il que NJ avait voulu ressortir, après une semaine de séjour et pour ça, il avait dû revoir le médecin-chef ! « Alors, vous voulez nous quitter ? lui avait demandé celui-ci. Bien, mais êtes-vous prêt à reprendre la lutte ?

_ Je crois que oui, même si je me sens encore fragile !

_ Bon ! Vous savez, le pire pour nous, c’est quand nos patients ne veulent plus de cette lutte, avec le monde extérieur ! On les a à vie… et ça, ce n’est pas supportable ! Ah ! Ah ! »

NJ donc a repris son sac et le voilà qu’il salue quelques infirmières et quelques malades, avant de se retrouver à l’air libre ! Il respire et il a certaines idées, pour intéresser les Doms ! Dès le lendemain, il s’installe à un endroit très passant et il étale sa marchandise ! Voyons voir… Il y a là des nuages roses, à la couleur de l’aurore, bien cotonneux, sur un ciel d’un bleu encore sombre, presque mauve ! Pour agrémenter le tout, le Nouveau Jour dresse des branches qui font une dentelle noire des plus fines, quand on regarde le ciel, et un vol dansant d’étourneaux donne une note harmonieuse au tableau ! Puis NJ attend : nul doute que quelqu’un sera bientôt charmé, par le spectacle qui évolue sans cesse !

Mais devant NJ, on se presse sans le voir ! Le trafic, tout phare allumé, s’étire telle une chenille monstrueuse et s’il y a bien quelques marcheurs qui semblent regarder NJ, c’est pour l’effet qu’ils produisent sur lui ! Ils sont tout occupés par leur petite personne et le ciel et les arbres et les oiseaux les laissent absolument indifférents ! NJ s’agite un peu, il devient plus nerveux, car il sent ses vieilles angoisses revenir ! Peut-être se trompe-t-il, qu’il est fou ? Ce qu’il fait est minable et il y a bien plus important ! Par exemple, il faut gagner sa croûte et cotiser pour sa retraite ! Ça, c’est sérieux ! tandis que les nuages colorés, la dentelle des branches, les vols d’oiseaux, c’est pour les jobards, les benêts !

Maintenant, NJ se dandine, en proie au doute et avec la dépression qui le rattrape ! « Eh ! Toi ! fait une voix. Est-ce que je t’ai autorisé à t’installer ici ? » NJ regarde qui lui adresse la parole et il voit un gars, qui a l’air d’un voyou, d’une petite frappe ! Il mâche un chewing-gum et roule des mécaniques ! « Je ne savais qu’il fallait ton autorisation, répond NJ.

_ Ben si, car c’est moi qui commande ici !

_ Ah bon ?

_ Ouais, je m’appelle la Peur, pour ta comprenette, et tout le monde ici fait ce que je dis !

_ Tous ces gens t’obéissent, même le trafic ?

_ Parfaitement ! Alors tu vas prendre tes cliques et tes claques et on te reverra plus !

_ Pour que tu règnes à loisir ?

_ J’ sais pas d’où tu sors, mais tu parles comme dans un livre et rien qu’ ça, ça me débecte !

_ Ben, j’ crois que j’ vais rester un peu… J’ suis bien ici, moi !

_ Alors tu m’ défies, c’est ça ?

_ Non, j’ pense que je peux être utile, c’est tout !

_ Toi ? Mais tout le monde s’en fout d’ toi ! Regarde autour de toi ! Personne ne s’arrête ! Et c’est à cause de moi ! »

NJ ne dit rien et observe cette foule, qui l’ignore effectivement ! A ce moment, il claque des doigts et le soleil sort de sa cachette ! Il vient illuminer d’or les toits et les fenêtres les plus hautes ! « Qu’est-ce que tu dis d’ ça ? demande NJ à la Peur. Ça en jette un, hein ?

_ Bof ! répond la Peur, qui hausses les épaules.

_ Et très vite, je vais réchauffer les Doms ! Tu vas voir ! »

                                                                                                                84

Au camp n° 5, on essaie toujours de rééduquer les Doms émeraude, qui apparemment ont subi l’influence de la Chose et qui sont dans un état étrange, puisqu’ils semblent apathiques, avec des yeux globuleux, comme s’ils n’étaient plus vraiment des Doms, mais des êtres repliés en eux-mêmes, ainsi qu’un insecte attend une mue, à l’intérieur de son cocon !

Ce matin cependant, ils sont rassemblés sur le terrain d’exercice, face à un nouvel instructeur ! « J’ me présente, dit-il, j’ suis l’ sergent Normalité ! Vous avez déjà eu des instructeurs, mais j’ peux vous dire que j’ chuis le plus vachard des vachards ! Avec moi, vous allez en baver, jusqu’au fond des yeux ! Et quand j’ vois vos têtes d’abrutis, j’ me dis qu’ y a du boulot ! Toi ! Le grand niais, pourquoi tu souris ?

_ J’écoute le vent !

_ Qu’est-ce que tu fais ? T’écoutes le vent ? Mais t’es taré, ma parole !

_ Non, pour moi le vent est rafraîchissant ! C’est un synonyme de force et d’oubli… Il me berce ! Ne sommes-nous pas tous comme de grands navires, que le vent entraîne ?

_ Voyez-vous ça ! Qu’est-ce que t’es ? Un poète, une sorte de chaman, ou de débile mental ? Ah ! Ah !

_ Euh…

_ Euh… Ça, tu sais dire, ça tu connais ! Mais est-ce que tu bosses ? Non ! Est-ce que tu cotises ? Non ! Est-ce que t’es utile à la société ? Non ! Est-ce que tu es un parasite et un paresseux, oui !

_ C’est que…

_ C’est que quoi ? Approche ! J’ t’ai dit d’approcher ! N’aie pas peur, j’ vais pas t’ faire de mal ! »

Le Dom émeraude se met devant le sergent Normalité, qui lui dit : « Regarde-moi bien dans les yeux ! » Le Dom émeraude s’exécute et il reçoit un formidable coup de poing, en pleine figure ! Il est soufflé et part en arrière, puis chancelle : il est maintenant à quatre pattes et saigne du nez ! « Allez, relève-toi, salopard ! Je n’ai qu’un principe, mais il faut le suivre absolument ! Debout et remets-toi devant moi, comme un homme ! Allez ! Voilà mon principe ! Ouvre-bien tes oreilles ! Et c’est valable pour tout le monde ! Écoutez bien, car je le ne dirai pas deux fois ! Quoiqu’il arrive, même si je vous frappe, vous ne devez pas vous écarter de moi ! Est-ce que c’est clair ! Vous ne devez en aucun cas chercher à vous enfuir ou à prendre vos distances ! Vous devez rester collés à moi ! Et vous savez pourquoi ? Parce que je suis la normalité et on ne s’écarte pas de la normalité ! Allez, fais-moi vingt pompes ! Fais-moi, vingt pompes, j’ te dis ! »

Le Dom, qui saigne toujours du nez, obéit et le sergent commence à compter : « Une ! Deux ! Qu’est-ce que la normalité ? C’est d’avoir un job ! C’est de gagner sa vie ! Trois, quatre, cinq ! C’est de cotiser pour sa retraite ! Après, vous pourrez faire ce que vous voulez ! Huit, neuf ! Si vous êtes en règle, libre à vous de faire les cons dans les magasins ! Les gogos, les magasins n’attendent que ça ! Vous pourrez aller avec vot’ copine vous marrer au restau ou vous dandiner dans les rues piétonnes ! Onze, douze ! Et pourquoi vous serez libres ? Hein ? Quatorze, quinze ! Parce que vous serez en règle ! Parce que vous aurez un état-civil clair ! Pas d’embrouilles ! Dix-sept, dix-huit ! Travail, famille, patrie ! Ça peut paraître vieillot, mais c’est encore dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe ! Dix-neuf, vingt ! Tu vois, c’était pas si difficile ! L’effort, y a qu’ ça ! T’es pas plus heureux maintenant ? T’as pas l’impression d’être plus propre, plus sain, plus normal ? »

Le Dom ensanglanté regarde le sergent sans répondre, d’un air morne… « Allez, relève-toi et rejoins les autres ! lui dit le sergent.

_ Sergent ! Sergent ! Quel est le travail le plus difficile ? fait une voix.

_ Hein ? Qui se permet de m’interpeller ? C’est toi, le freluquet ! Non mais regarde-toi ! T’es même pas un homme ! J’ te souffle dessus et y a plus personne ! J’ parie qu’ les filles, elles rigolent quand t’enlèves ton pantalon ! D’ailleurs, est-ce qu’ tu s’rais pas une gonzesse des fois ?

_ J’ai l’impression que vous esquivez ma question, sergent !

_ J’esquive rien du tout ! Viens ici et regarde-moi dans les yeux ! Viens en face, le maigrelet ! » 

Le Dom émeraude se tient devant le sergent, qui lui demande : « Alors, répète-moi ta question !

_ Quel est le travail le plus difficile ?

_ J’ sais pas ! Y en a des tas qui sont durs !

_ Pour moi, le plus difficile, c’est de ne pas vous haïr et d’ vous comprendre, malgré toute votre violence et votre mépris !

_ Qu’est-ce que tu racontes ?

_ Le plus difficile, c’est de garder à l’esprit que vous avez peur, car rien d’autre ne peut expliquer votre violence !

_ T’es un intello, c’est ça ? Tu travailles pas et tu cotises pas, mais tu comptes sur les autres pour te nourrir ! T’es le monsieur bon et plein de pensées, à condition de ne pas mettre les mains dans le cambouis, c’est ça ?

_ Bon sang ! Comment vous rassurer ?

_ Avec ça, connard ! »

Le sergent frappe violemment le Dom émeraude, qui part en arrière et chancelle ! « T’écartes surtout pas d’ moi, mon gars ! dit le sergent. Tu connais le principe ! On s’écarte pas d’ la normalité ! Y a rien d’autre ! Ah ! Ah ! »

                                                                                                                         85

Tautonus est inquiet et c’est normal dans un vaisseau de cinquante kilomètres de long ! Il cherche la Machine et ne la trouve pas ! Personne ne sait où elle est ! C’est pourtant elle qui commande, mais finalement Tautonus la trouve dans une des soutes… Oui, dans une des soutes, là où règnent les mécanos ! C’est pourquoi la Machine est vêtue d’un bleu de travail, mais cette situation ne paraît toujours pas normale aux yeux de Tautonus !

Cependant, la Machine est non seulement en bleu de travail, mais elle porte encore un casque de soudeur et des gerbes d’étincelles tombent sur ses grosses chaussures ! « Eh ! La Machine ! crie Tautonus. Qu’est-ce que tu fais ? » La Machine finit par entendre qu’on l’appelle et elle relève on casque, pour voir de quoi il s’agit ! « Ah ! C’est toi, chéri ! fait-elle. Y a un problème ?

_ Non, je voulais juste savoir ce que tu fais !

_ Eh bien, tu vois, je soude…

_ Et tu soudes quoi ?

_ Tu vas voir… J’ai presque fini... »

La Machine arrête son appareil à souder et recule, pour contempler son œuvre ! Tautonus voit alors un robot… « C’est un droïde de la dernière génération, explique la Machine, et il peut tout faire ! Il est quasiment impossible de le distinguer d’un Dom !

_ Mais pourquoi tu t’en occupes ? dans quel but ?

_ Attends, il lui manque son élément essentiel ! »

La Machine prend un masque, sur une table, et le fixe à la place du visage, sur le robot ! « Alors, tu le reconnais ?

_ Mais… Mais c’est Paschic !

_ C’est exact ! Mais un Paschic bien particulier ! Celui-ci m’obéit au doigt et à l’œil ! Il fait tout ce que je lui demande ! Il m’est totalement soumis ! »

Comme pour prouver ce qu’elle dit, la Machine commence par donner des ordres au robot : « Tu vas me nettoyer cet atelier de fond en comble ! Je ne veux plus que quelque chose traîne ! Tout doit être propre et à sa place ! Tu m’as bien comprise ?

_ Oui, la Machine !

_ Bien ! Parce que tu comprends, je ne suis pas ta bonniche ! Chacun ici doit faire des efforts ! d’autant que tes résultats scolaires ne sont pas très bons ! D’ailleurs, une fois que tu auras tout nettoyé l’atelier, tu feras tes devoirs, dans une salle particulière, où tu n’auras aucun moyen de te distraire ! Tu m’as bien comprise !

_ Oui, la Machine !

_ Bien ! On fera peut-être quelque chose de toi ! Et redresse-toi ! T’es un homme, oui ou non ! Un vrai homme se tient droit !

_ Oui, la Machine !

_ Si chacun ici suivait ses plaisirs, on deviendrait dingue !

_ Oui, la Machine !

_ Faut bosser ! Faut arrêter de se prendre pour le centre du monde et d’être égoïste ! Est-ce que c’est bien clair ?

_ Oui, la Machine !

_ Bon au boulot ! »

Le robot se met à ranger avec célérité et précision, ce qui fait que la Machine dit à Tautonus : « Non mais, regarde-le ! Une véritable merveille ! Il obéit au quart de tour ! Ah ! Si le vrai Paschic avait été comme ça, j’aurais eu moins de misères ! Il m’a usé, le branleur !

_ Chéri, tu crois vraiment que tu avais besoin d’un robot, pour te consoler ! Ce n’est pas un peu artificiel, tout ça ?

_ Ah ! Parce que tu crois que je vais me satisfaire d’un robot obéissant ! Mais tu n’y es pas du tout, mon pauvre ami ! Ce robot a une mission ultime ! Quand je serai sûr de son fonctionnement, je le programmerai pour cette mission !

_ Et quelle est-elle, cette mission ?

_ Comment ? Tu ne devines pas ? Mais mon robot doit tuer Paschic, le détruire !

_ Oh…

_ On n’échappe pas à la Machine ! Soit on m’est soumis, soit on disparaît ! C’est la loi ! Ma loi et c’est la seule qui compte ! Mon robot va retrouver ce merdeux et il va entrer dans sa tête ! Il a des fonctions hypnotiques ! Il peut laver les cerveaux ! les pénétrer et les commander ! Et il va me ramener le vrai Paschic doux comme un agneau, enfin discipliné, enfin soumis, enfin ma chose ! Tu m’entends ? »

                                                                                                                  86

C’est une planète désertique, balayé par le vent et Paschic se réveille péniblement… Il est couché parmi les débris de sa navette et il commence à se rappeler ce qui s’est passé ! Alors qu’il voyageait dans l’espace, près d’Almarande la Grande, il avait été attaqué ! Par qui, par quoi ? Il n’en savait rien et il avait dû juste défendre sa peau ! Touché par des rayons, il avait atterri en catastrophe, sur cette planète dont il ignorait le nom !

Il ne comprenait pas ! Il était pourtant un bon pilote, mais il avait eu beau essayer des manœuvres, le vaisseau attaquant les avait toutes contrées, comme s’il les prévoyait ! Et puis, il y avait cette vision… Alors qu’il s’était extirpé de la navette en flammes, il avait vu un Dom venir vers lui, sans doute son ennemi ! Celui-ci s’était penché sur Paschic, en tenant une seringue et il l’avait piqué ! Ce qui remplissait d’effroi Paschic, c’était que le Dom était son double, l’exact lui-même !

Mais sans doute que Paschic avait été victime d’une hallucination, car très vite il avait plongé dans l’inconscience et il ne sait plus maintenant s’il a rêvé ou non ! Si même le Dom a bien existé, qu’est-ce qu’il a pu injecter à Paschic ? Ces questions-là, il faudra y répondre plus tard, car pour l’instant l’urgence est de survivre et Paschic est blessé ! Il utilise la trousse de secours, se donne les premiers soins et commence à construire un abri, avec des restes de la navette !

Quand la nuit vient et comme il n’y a aucune habitation à proximité, Paschic peut admirer à loisir la beauté des étoiles ! Elles sont des milliards, comme des diamants jetés sur un velours noir ! Mais soudain Paschic a une crise ! Il s’accuse brutalement de son égoïsme ! Comment peut-il se réjouir ici tout seul, de la beauté du monde, alors qu’il y a tant de souffrances ailleurs et particulièrement chez la Machine, que Paschic a sévèrement critiquée et pour ainsi dire abandonnée !

« Je suis un monstre ! s’écrie Paschic, dans le silence de la nuit. Je n’ai fait que penser à moi jusqu’ici, alors que la communauté, la famille me tendaient les bras ! Où sont mes devoirs ? Qu’est-ce que je sais faire, sinon me consacrer à mes plaisirs ! Oh ! Honte à moi ! Et comme je vais changer ! Pardon la Machine, à cause de mon égoïsme ! Pardon les Doms, pour vous avoir méprisés ! Mon narcissisme est sans bornes ! Oh ! Mais je vous promets : demain le nouveau Paschic arrive ! bon, résolument bon ! serviable en diable, se montrant patient, aimable avec tous ! enfin juste ! enfin dans les petits papiers du Seigneur ! »

Et c’est en pleurant et c’est en battant sa coulpe que Paschic termine sa nuit ! La lumière a daigné lui ouvrir les yeux et au matin, Paschic ne traîne pas ! Il nettoie d’abord les débris du vaisseau, car si on laisse la saleté s’installer, on ne peut plus la contrôler et on court à la paresse et au vice ! Le mensonge, l’affreux mensonge du paresseux montre alors sa tête hideuse, avant de ne faire qu’une bouchée du triste Paschic et de provoquer l’horreur de tous les Doms bien nés ! Paschic récure, balaie, range, se presse, tandis que le jour semble se lever mollement !

La mollesse ? Paschic ne connaît pas ! Il entreprend de déplacer un rideau de rocher, qui lui faisait de l’ombre, car Paschic ne doit pas se plaire à satisfaire sa sensualité, c’est le piège tendu par son égoïsme ! Si Paschic commence à l’écouter, il continuera à être ce Paschic détestable aux yeux de tous, si inutile à la société ! Voilà donc Paschic qui court, affairé comme jamais, infatigable ! Il soulève les rochers, transpirent, les pose ailleurs, évite de manger, car c’est une perte de temps, n’oublie pas ses ablutions, de réviser sa trigonométrie, puisqu’elle a tendance à rouiller ! « Et les langues étrangères ? » se demande Paschic !

Un peu plus tard, c’est l’anniversaire de notre « héros » et il s’efforce de faire un gâteau, avec une pauvre farine obtenue sur place, et il se prépare à marquer le coup, un petit peu par respect pour lui-même, quand il écrase subitement le gâteau ! « Tss ! Tss ! fait Paschic. Encore ce terrible égoïsme ! Ils avaient bien raison tous : je suis indécrottable, viscéralement mauvais ! Oh ! Comme j’ai été irrespectueux, à l’égard de la Machine ! Serais-je pardonné ? »

Et ainsi vont les jours ! Paschic pleurant, se maudissant, se brisant à force d’efforts, luttant contre lui-même, devenant son pire ennemi, se détruisant de toutes ses forces, de toute son âme, jusqu’au jour où, tremblant des membres, vidé, épuisé, il s’écroule, il tombe à même le sol ! Il n’en peut plus, sous le soleil noir de l’amertume ! La nature autour, cependant, paraît absolument indifférente à son petit drame ! Les oiseaux d’ici piaillent dans les buissons ! Des lézards se montrent, pour se chauffer ; des papillons volettent, mais Paschic ne bouge plus ! Il a une larme de cristal au coin de l’œil, et tout lui est égal !

« Il n’y a rien ! se dit Paschic. Il n’y a rien et tout n’est qu’indifférence ! Il n’y a personne pour soulager ma peine ! Le ciel est vide… et moi aussi ! Seul existe l’amertume, la tristesse ! Je suis abandonné… et sans doute est-ce de ma faute ! » Un grillon fait entendre son chant et c’est alors que Paschic repense à son atterrissage forcé et à sa vision ! Et s’il n’avait pas rêvé ? Et si son double lui avait bien injecté quelque chose ? Un poison, dont il serait la victime aujourd’hui ?

                                                                                                                      87

Le soleil brille sur la détresse de Paschic, qui ne peut plus se relever, qui ne le veut plus non plus, qui ne bouge plus ! Deux jours passent… Il faut pourtant boire, ne serait-ce que par habitude… et on ne meurt pas comme ça, en se laissant se dessécher…, ou en tout cas, cela doit prendre un temps infini, et Paschic s’ennuie déjà, il a besoin de passer à autre chose !

Il essaie donc de se mettre debout, en grimaçant et le voilà qui titube, jusqu’à sa gourde… Il boit un peu, la tête lui tourne et il s’efforce de retrouver son équilibre ! Il ne peut pas continuer comme ça, à se détruire, à se demander toujours plus, à se briser ! D’ailleurs, il ressent de nouveau cette vieille haine, à l’égard de la Machine, preuve que se sentir coupable auprès d’elle n’était pas vraiment sincère ! Il a bien été empoisonné… par son double ! La Machine a encore essayé de le détruire par ce moyen ! Elle a fait en sorte que Paschic continue lui-même à se trouver détestable, pour qu’il se combatte sans relâche, sans mesure !

Paschic boit encore une rasade et baisse la tête : il est le dindon de la farce, une farce sinistre, puisqu’il est empoisonné et que seule la justice pourrait apparemment le guérir ! La justice, l’antidote, elle est comme cette paille là-bas qui s’envole, dans un nuage de poussière ! « Comment se débarrasser de ce poison ? » se demande Paschic… Soudain, il voit son bras s’allonger comme un serpent, qui lui entoure le cou ! Paschic est étranglé par son propre bras et il veut s’en libérer ! Il tire sur son bras, en proie à l’épouvante : ne commande-t-il plus ses membres ? Il se met à crier, à courir et le bras serre encore plus fort ! Finalement, Paschic n’arrive plus à respirer et s’évanouit à nouveau !

Plus tard, la nuit est tombée et Paschic se réveille péniblement ! Très vite, il regarde son bras, qui lui paraît normal… Il le fait jouer et celui-ci répond parfaitement ! Que s’est-il passé ? Paschic n’en sait rien ! Est-ce encore l’effet du poison ? Ou bien est-ce le résultat de la folie ? Est-ce qu’à force de se démolir Paschic ne s’est pas perdu ? Il ferme les yeux… Comment peut-on souffrir autant ? Quelle solitude ! Quel désespoir ! Un oiseau chante quelque part et apaise Paschic… Il s’endort…

Le lendemain, il commence sa journée mécaniquement… Il lui faut manger, se laver… Il est toujours fatigué, mais il tente de réfléchir… Que peut-il faire pour quitter cette planète ? La navette est inutilisable et apparemment on ne peut compter que sur un vaisseau de passage… Mais peut-être qu’il y a des habitants au-delà de ce désert ? Il serait alors nécessaire de tout abandonner ici et de se mettre en marche, avec le risque de ne rien trouver !

Paschic a un sourire amer : comment peut-il songer à partir en expédition, alors que rien que de tenir debout lui demande toute son énergie ? Il a juste la force de se sustenter, avant de se recoucher ! Il n’est plus qu’une épave, et dès qu’il ne se ménage plus, qu’il croit qu’il a fait des progrès, il est repris par de violentes angoisses, qui lui font imaginer toutes sortes de choses ! Par exemple, hier, il s’est mis en tête d’escalader une colline et brusquement, il a eu l’impression que le sol ondulait sous ses pieds, qu’il était pris dans un torrent ! Il a dû rentrer presque à quatre pattes, en demandant pitié !

Non, il vaut mieux juste assurer le quotidien, se montrer patient et dormir… Oh ! Dormir ! Ce soi, il pleut… et comme c’est doux pour Paschic ! Chaque goutte qui tombe est un sanglot tintant ! qui semble produire l’oubli et le sommeil ! Paschic écoute et finalement s’endort, bercé !

Les jours passent… Entre les crises, Paschic observe… Un oiseau ici, une mousse par-là… Le temps n’a plus d’importance, puisque s’énerver, se révolter conduit à un retour en arrière, aux souffrances qui anéantissent Paschic ! Il doit d’abord apprendre à ne plus avoir peur, à ne plus s’inquiéter, car c’est cela qui rend impatient, nerveux, agité ! Ce n’est pas une mince affaire, quand on est sans forces, incapable de se défendre ! Mais Paschic n’a pas le choix : la leçon est sans appel !

Une année s’écoule, puis deux, puis trois… Paschic ne le sait pas, mais il va rester là plus de dix ans ! avec quand même des progrès petits, mais constants ! C’est une lente rééducation, qui fait prendre conscience de la puissance et de l’ampleur du poison inoculé par la Machine ! alors qu’elle n’est même pas entièrement responsable ! Non, elle est aveuglée par sa domination ! Elle vit dans un monde uniquement régi par son pouvoir, ce qui fait qu’elle ne supporte aucun obstacle et quand malgré tout elle est inquiétée, elle réagit avec une fureur extrême, dépassant toute mesure, comme un animal fou qui serait attaqué !

Bien sûr, ce n’est pas pardonnable, mais ce n’est pas lucide non plus ! La Machine ne sait pas où elle est, c’est tout ! Son grand tort est de ne pas essayer d’explorer l’inconnu, de comprendre la différence, car elle serait contrainte de laisser là sa domination, son orgueil ! Elle n’a confiance qu’en elle et c’est ce qui la perd et la conduit à écraser et détruire tous ceux qui semblent la menacer !

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L' attaque des Doms (78-82)

Le 30/11/2024

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     "C'est le bout de la route, pour toi ou moi, ou pour tous les deux!"

                            Classe tous risques

 

 

 

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      Qu’est-ce qui se passe ? Sur Domopolis, le jour ne s’est pas levé ! Il continue à y faire nuit ! Enfin, pas tout à fait, le ciel n’est pas d’encre, mais à peine éclairé ! Il n’est constitué que d’une immense chape de plomb, ainsi qu’il aurait été cimenté ! Des volutes grisâtres ne cessent d’y défiler et on a l’impression que la lumière ne reviendra plus ! Chacun se regarde étonné, stupéfié, en proie à la peur ! On se tâte, en disant à un proche : « C’est bien toi ? » L’artiste peintre se désespère et s’écrie : « On n’y voit rien ! » Son cri fait écho à des milliers d’autres ! Des bébés pleurent, à cause de la nervosité de leurs parents ! Des chiens gémissent et la colère et la panique se disputent la première place !

Au troisième jour (mais ce terme n’est-il pas devenu impropre ?), de grands mouvements de protestation prennent d’assaut la rue et les cortèges hérissent leurs pancartes : « Touche pas à mon jour ! », « Rendez-nous nos jours ! », « La nuit ne passera pas ! » Des manifestants interrogés déclarent catégoriquement : « Ça suffit, l’État nous a assez volés ! », « On sait tous d’où vient le problème ! C’est le résultat d’une politique laxiste, favorisant les plus riches ! », « Voilà où mène la délinquance ! » On entend aussi, quoique plus rarement : « Ainsi est la punition de Dieu ! Prions pour qu’Il nous pardonne nos péchés ! »

Des émeutes éclatent ! Certains montrent du doigt le « Deep State », qui aurait réussi à nous priver du soleil, pour favoriser l’industrie de nuit ! On ne dit pas ce que c’est, mais sur les réseaux sociaux, les théories les plus folles explosent ! Du ciment aurait été répandu dans l’atmosphère, à la suite d’expériences interdites ! La Lune ne serait plus à la même place, à cause d’extraterrestres, décidés à nous exterminer ! La fatalité, le sentiment d’être des victimes, la tristesse la plus noire s’emparent des internautes et en conduisent au suicide !

Puis, soudain, l’info circule : le Nouveau Jour, responsable du jour tout court, NJ pour les intimes, est reçu par Dominator ! Ils seraient en pourparlers ! Les journaux titrent : « Après la nuit, la lumière ? », « Dominator vs NJ », « Le Nouveau Jour prêt à traiter ! », etc. 

«  Mais enfin, pourquoi ne voulez-vous plus faire vot’ boulot ? » demande Dominator à NJ. Celui-ci est un type à l’allure pleurarde, qu’on classerait volontiers dans les mous et même les lâches ! D’ailleurs, c’est en grimaçant et en gémissant qu’il répond à Dominator : « Mais c’est facile pour vous ! dit-il. On parle de vous ! Vous êtes connu ! Vous avez du pouvoir... et les moyens ! tandis que moi…

_ Je ne comprends pas où est vot’ problème ? renchérit Dominator, en soufflant la fumée de son cigare. Vous avez tout ! Personne ne vient vous déranger ! Vous êtes indépendant ! Vous obéissez à des lois célestes ! Vous avez la sécurité, etc. Alors qu’est-ce qui va pas ?

_ Mais peut-être que monsieur est un brin égoïste… suggère Lapsie, également présente.

_ Non, j’ suis tout le contraire d’un égoïste ! s’indigne en pleurnichant NJ. J’ai toujours pensé aux gens, depuis toujours !

_ Mais peut-être que monsieur ne sait pas ce qu’il en coûte, de ne plus obéir aux lois cosmiques ! souligne le professeur Ratamor.

_ De toute façon, la situation ne peut pas être pire, de ce qu’elle est maintenant ! lâche le Nouveau Jour.

_ Est-ce que vous ne pourriez pas être plus précis ? fait Dominator.

_ Personne ne pense à moi l’ matin ! Tout le monde me considère comme une chose due ! Comme si je n’existais pas ! Personne ne me loue, ni ne me remercie ! Je me sens désormais inutile ! Je fais de la dépression ! Là, vous êtes contents ! Les certificats médicaux sont là ! Je ne plaisante pas !

_ Il est vrai que nous sommes un peu stressés, le matin ! surtout en ce moment !

_ Ce n’est pas seulement en c’ moment, mais c’est TOUJOURS comme ça ! On m’ignore, on m’ méprise ! Personne ne me dit : « Bonjour, Nouveau Jour ! C’est bien qu’ tu sois là ! »

_ Mais chacun doit faire un effort ! explique Lapsie.

_ C’est justement ce que j’ demande ! que vous fassiez un effort sur vos peurs, votre égoïsme !

_ Vous voulez peut-être qu’on vous apporte le café au lit et que ce soit bibi qui le fasse ! Sale machiste, va !

_ On s’égare les enfants ! jette Dominator.

_ Oh mais, j’ vois que j’ suis d’ trop ! réplique NJ. Alors, voilà j’ m’en vais ! Puisqu’on veut pas m’ comprendre, on m’verra plus !

_ Eh ! Une petite minute ! s’écrie Dominator. On vient à peine de commencer à discuter ! Et Lapsie s’est un peu emportée ! Hein ? Pas vrai Lapsie ?

_ C’est vrai ! Je suis toujours un peu soupe au lait, eu égard à mon enfance ! J’ m’excuse !

_ C’est pas parce que vous avez eu une enfance difficile, que vous pouvez être insupportable ! rétorque le Nouveau Jour.

_ Grrr ! J’ me suis excusée, ça suffit pas ?

_ Mais vous avez l’air de vous excuser vous-même, à cause de votre enfance…

_ Nous regrettons tous sincèrement notre indifférence, coupe Dominator. Nous allons tous faire un effort, et tous les Doms aussi !

_ Bon, bon, j’ vais voir... »

                                                                                                              79

      Paschic marche dans Domopolis et se demande s’il ne tourne pas en rond ! Depuis combien de temps défend-il la Chose, essaie de faire comprendre quelle est sa richesse, son secret ? Depuis combien de temps n’est-il pas considéré comme un agent de la Chose et donc comme un ennemi des Doms ? D’ailleurs, il a un Dom spécial aux fesses !

Les Doms spéciaux se distinguent par leur virulence, leur haine ! Ils ont tôt fait de repérer ceux qui semblent libres, hors du pouvoir de leur domination ! Cela leur coupe le souffle qu’on ne les remarque pas, qu’on soit indifférent à leur présence, comme si leur pouvoir n’existait pas ! Cela les panique au fond et provoque leur envie de détruire ! Ils sont les gardiens des Doms et ont voulu plusieurs fois tuer Paschic !

Ce jour-là, Paschic n’a pas la force pour se défendre… et il garde le même rythme, dans sa marche… Tant pis, le Dom spécial fera ce qu’il veut, mais peut-être ou plutôt sans doute que Paschic se contentera d’éviter son tir au dernier moment ! C’est déjà arrivé !

Le Dom spécial se rapproche… Il peut grandir d’un coup et écraser Paschic, sous son immense chaussure ! Le plus souvent, il envoie une boule de haine noire, qui s’enfonce dans le cœur de Paschic, en lui coupant la respiration ! C’est quasiment telle une morsure de serpent, puisque le poison de la haine se diffuse et fait son effet ! Paschic est censé devenir lui aussi haineux, avec une envie irrépressible de hurler et d’anéantir le Dom spécial ! A ce moment-là, celui-ci a gagné, car il est devenu le centre d’intérêt de Paschic !

Paschic a rarement été aussi inerte, car la longueur de son combat, son peu d’efficacité lui pèsent ! Derrière, le Dom spécial dégaine et il va tirer, alors que Paschic ne réagit toujours pas ! Soudain il se passe une chose imprévue ! Un filet de lumière tombe sur le Dom spécial, en même temps que deux feuilles mortes et mouillées viennent lui couvrir les yeux ! Le Dom spécial s’écroule et se débat sous le filet de lumière ! Puis, il se met à crier et finalement disparaît dans la lumière !

« Eh ! Paschic ! » fait-on autour de lui, sans qu’il puisse voir qui l’appelle ainsi ! Il se tourne, scrute et entend encore : « Mais on est ici, dans la lumière ! » Paschic regarde plus attentivement le trottoir mouillé, qui resplendit effectivement sous un rayon de soleil ! Enfin, Paschic distingue des êtres, dans de petites bulles, qui ont l’air d’être leurs vaisseaux ! « Ah ! Quand même tu nous vois ! » s’écrie un homme barbu.

_ Mais… mais qui êtes-vous ?

_ Nous sommes les gardiens de la lumière, pardi ! Nous veillons sur toi depuis toujours… et heureusement, car autrement tu serais passé à la casserole depuis belle lurette !

_ C’est que…

_ Alors comme ça, monsieur fait le nonchalant, le désespéré ! Qu’il advienne ce que pourra !

_ Je suis fatigué…

_ Bah, t’affole pas ! On en a vu bien d’autres ! La lumière est vieille comme le monde, ah ! ah !

_ C’est la reine Beauté qui vous envoie ?

_ Exact !

_ Les Doms sont si loin d’elle… »

A cet instant, Paschic est frappé violemment à la tête et perd conscience ! Il se réveille avec un affreux mal au crâne, sur une chaise inconfortable ! « Eh ! Mais c’est notre rêveur national qui émerge ! » dit joyeusement quelqu’un en face de lui. Il est dans une salle d’interrogatoire toute blanche et le type qui le regarde, avec un sourire sardonique, a l’air d’un fou. « J’ suis l’Embrouilleur ! T’as sûrement entendu parler d’ moi…, reprend l’individu. J’ suis célèbre, même pour les gars comme toi !

_ Les gars comme moi ?

_ Oui, les va-nu-pieds, les marginaux, les anti-système ! Les rêveurs et les paresseux ! Tiens, est-ce que t’as cotisé pour ta retraite ? Non ? Tu vois, t’es pas dans la normalité ! T’as un plan B, pour ta vieillesse ?

_ Non, pas vraiment…

_ Alors qu’est-ce que tu vas faire ? Oh ! Je sais ! Tu attends qu’on vienne te sauver ! ce qui demande que les autres bossent pour toi, évidemment !

_ Où suis-je ? Et qu’est-ce que je fais ici ?

_ T’es là pour rentrer dans ma bande ! Je te promets un bon salaire, la sécurité et le pouvoir ! T’en as pas marre de galérer, tout seul ! Tu seras respecté, reconnu ! Tu auras beaucoup de succès !

_ Et qu’est-ce qu’il faudra que je fasse ?

_ Simple, tu ne penseras qu’à toi… et tu haïras dès que d’autres t’ignor’ont ! Je veux que tu voues un culte à ton égoïsme ! Tu seras nationaliste, tu prôneras le repli sur soi, tu voudras retrouver la puissance et la gloire de ton pays !

_ Et la lumière ?

_ Quoi, la lumière ? Je me fous de la lumière, car elle n’existe pas, t’entends ! Il n’y a que toi et moi !

_ Comme vous devez être malheureux ! »

                                                                                                                     80

     « Moi, malheureux ? répond l’Embrouilleur. Pourquoi est-ce que je serais malheureux ? J’ai tout ce qu’il me faut ! Je suis bien occupé, j’ai du pouvoir, mon poste est important, on me considère ! J’ai des vacances quand il le faut et je surveille ma santé !

_ Et quand la mort se présentera, vous lui direz : « C’est dans l’ordre des choses… Je te suis ! »

_ Pourquoi pas ? J’aurais alors bien vécu et eu tout ce que j’aurais pu désirer !

_ Quelle foutaise !

_ Pourquoi tu dis ça ?

_ Parce que t’as de la haine, que tu veux encore plus de pouvoir et que tu te crois entouré d’ennemis ! Autrement dit, tu ne connais même pas la paix et tu rêvasses sur ta soi-disant sagesse !

_ Il faut bien lutter contre ceux qui nous menacent !

_ Encore de la foutaise ! La vérité, c’est que tu as besoin d’ennemis, pour étancher ta soif de combattre, ce qui est une forme pauvre et dangereuse de soif d’être ! Crois-tu vraiment que les hommes puissent accepter de faire le même travail toute une vie, pour avoir une retraite et mourir tranquillement ? Comme nous nous connaissons mal ! Pourquoi à ton avis Domopolis est-elle toujours en crise ?

_ Mais il y a encore bien des injustices ! Les choix politiques peuvent être différents, etc. !

_ Ce que nous voulons, c’est vivre, nous sentir vivre ! Notre esprit nous fait entrevoir l’infini et il nous faudrait une existence de vaches ? Non, notre soif nous dévore et au fond, nous ne savons qu’en faire ! d’où nos révoltes aveugles ! Or, il existe une chemin, pour exister sans bornes, mais aussi sans haine !

_ Oh ! Et quel est-il ce chemin ?

_ Le chemin de la lumière… et de la beauté !

_ Je vois…

_ Non, tu ne vois pas ! Regarde bien ce qui va arriver ! »

A cet instant, un rayon de soleil tombe dans la pièce et comme Paschic est un agent de la Chose, il s’en sert immédiatement ! Il trouble d’abord le ballet étoilé de la poussière, visible dans le rayon de soleil, puis, lui-même monte sur une de ces petites étoiles et se met à remonter le rayon ! Cela n’est possible que si on connaît la Chose, que si on l’aime et qu’on a compris son pouvoir !

Evidemment, cette disparition soudaine stupéfie l’Embrouilleur ! Il n’en revient pas ! Paschic était assis en face de lui et subitement il n’est plus là ! L’Embrouilleur se frotte les yeux, doute de ses sens, inspecte la pièce et finalement appelle deux de ses hommes !

« On a la video de l’interrogatoire ? leur demande-t-il.

_ Affirmatif !

_ Très bien, allons la voir ! »

Sur la video, la disparition de Paschic est parfaitement visible ! Elle s’effectue comme par enchantement ! « Mais où est-il passé ? s’interroge l’Embrouilleur.

_ C’est de la sorcellerie ! s’écrie un des hommes.

_ Pas forcément… Il est peut-être passé dans un autre monde, en prenant une autre dimension ! Je me demande… Je me demande s’il n’a pas le pouvoir de ne faire qu’un avec la Chose !

_ Avec la Chose ? Alors il n’y a qu’une solution : il a utilisé le rayon de soleil, pour s’enfuir ! Car rien d’autre ne pourrait appartenir à la Chose !

_ C’est exact ! En tout cas, je veux la peau de ce type ! Il est bien plus dangereux que ce qu’on pense… et il finira par réapparaître, sous sa forme humaine ! Il faut bien qu’il mange ou qu’il ait des relations sociales ! Il faut surveiller son logement, ses amis, etc. !

_ Entendu !

_ Maintenant, s’il peut s’enfuir grâce à la Chose, il faut qu’il soit emprisonné sans aucun contact avec elle ! Pensez-y ! »

Les deux hommes partent, mais l’Embrouilleur continue à réfléchir… « Tout de même, comment peut-on réussir un tel tour de passe-passe ? Cela me serait bien utile, me donnerait un pouvoir sans limites ! Ce Paschic ne sait pas ce qu’il a entre les mains ! C’est un loser né ! tandis que moi, avec son don, je ferais des merveilles, comme par exemple prendre la succession de Dominator ! Dès qu’il sera repris, Paschic parlera ! J’y veillerai personnellement ! Il m’expliquera comment me servir de la Chose ! La beauté, puisqu’elle paraît essentielle, sera mon esclave ! »

                                                                                                                      81

      « Résumons-nous, fait Dominator à l’Embrouilleur, en soufflant la fumée de son cigare. Vous avez identifié un type, qui s’appelle Paschic… Ce type est capable de ne faire qu’un avec la Chose, ce qui veut dire qu’il utilise la Chose à son gré, pour notamment s’échapper de n’importe où… C’est bien ça ?

_ Exactement !

_ N’importe quoi ! coupe le professeur Ratamor. Comment pouvez-vous croire de telles bêtises ?

_ Professeur, reprend Dominator, vous aurez votre mot à dire, croyez-moi ! Mais, pour l’instant, c’est à l’Embrouilleur que je m’adresse ! Bien ! L’Embrouilleur, vous avez mené votre propre enquête et là, vous vous êtes aperçu que ce Paschic avait différentes identités…

_ Oui, il s’appelle encore Zorm ou Piccolo !

_ Piccolo ? s’écrie Ratamor.

_ Oui, au fait, Piccolo était bien sous votre garde, si je me souviens bien ! coupe Dominator.

_ Oui, euh, enfin…, après qu’il m’a conduit dans la Chose, je lui ai rendu sa liberté !

_ Vous aviez sous la main un agent de la Chose, un personnage dangereux, mais vous l’avez gentiment laissé partir !

_ Mais je ne savais pas qui il était à ce moment-là !

_ Votre métier, c’est de savoir, non ? Mais passons… Voyons, l’Embrouilleur où tout cela nous mène-t-il ?

_ Eh bien, je ne comprends pas trop le pouvoir de ce Paschic, je vous l’avoue… Comment peut-on utiliser la Chose, pour disparaître ? A priori, cela ressemble à une fuite, à un refus de voir la réalité ! La beauté serait un refuge, en ce sens…

_ Je suis tout à fait d’accord avec vous ! intervient Lapsie. Votre Paschic se glisse dans un monde merveilleux, car il est incapable de s’adapter, sans doute à cause de son narcissisme ! J’en fais mon affaire !

_ Du calme, Lapsie ! lâche Dominator, dans un nuage de fumée. S’il ne s’agissait que d’une de vos proies favorites, je vous encouragerais sans retenue ! Mais ce n’est pas le cas ! D’abord, nous ne contrôlons plus la Chose… et nous avons besoin de plus d’informations sur elle… Nous sommes nous-mêmes dans une impasse ! Ensuite, si ce Paschic fuyait juste la réalité, il serait facile de l’appréhender et son moyen d’évasion ne fonctionnerait pas ! Ce n’est pas seulement un névrosé… Il sait quelque chose que nous ignorons…

_ A son contact, fait l’Embrouilleur, c’est moi qui paraissait immatériel ! Il m’a parlé de paix, grâce à la beauté, figurez-vous !

_ Mais la beauté est une invention de l’homme ! coupe Ratamor. Elle n’a pas de réalité physique ! Comment alors pourrait-elle offrir une stabilité ? Et même croire à un message de sa part est une totale folie !

_ Ce que je sais, par contre, reprend l’Embrouilleur, c’est que ce Paschic est dangereux pour nous, les Doms !

_ Je le savais ! s’exclame Lapsie. Tous les mêmes ! Je…

_ Sur quoi vous basez-vous, coupe Dominator, pour croire ce Paschic dangereux ?

_ Il m’a parlé de notre hypocrisie ! Il m’a dit qu’il était impossible, à nous les Doms, de travailler toute notre vie, en cotisant, juste pour notre retraite, avant d’accepter d’être réduit à néant par la mort ! Il a rajouté que nous avions tous soif d’exister et même d’absolu, d’où nos révoltes, nos crises, nos frustrations, notre instabilité en un mot !

_ Hum… Il n’a pas tout à fait tort, mais il menace également notre fonctionnement, notre système ! lâche Dominator.

_ Laissez-moi le descendre alors ! jette Lapsie. On en sera débarrassé !

_ D’après mon enquête, reprend l’Embrouilleur, Paschic aurait aussi une relation conflictuelle avec la Machine, votre fidèle servante !

_ Décidément, ce Paschic les collectionne ! répond Dominator. Diable, avoir des histoires avec la Machine, c’est vouloir se faire du mal, car elle ne lâche jamais rien ! Est-ce qu’on connaît le rapport qu’il y a entre les deux ?

_ Paschic serait son fils…

_ De mieux en mieux… Mais qu’est-ce… ? »

Dominator est saisi, car une large fissure apparaît sur l’un des murs de son bureau, puis elle s’étend, s’élargit, avec des craquements sinistres ! Tous sont stupéfiés par le phénomène, d’autant que maintenant une lumière verte, incandescente, semble battre, tel un poumon, dans une ouverture ! Une femme y brille, en pleurs, près d’une fontaine… On entend ses sanglots !

                                                                                                                    82

      Dominator ne peut quitter des yeux cette femme en pleurs, c’est plus fort que lui et il s’approche de cette lumière émeraude si resplendissante ! Il fait un ou deux pas et pose la main sur la femme : « Allons, allons, pourquoi pleurez-vous ? demande-t-il. Qu’est-ce qui ne va pas ?

_ Pourquoi me fais-tu tant de mal ? répond la femme.

_ Moi ? Mais je ne te connais même pas !

_ Je suis la reine Beauté ! »

A cet instant, Dominator voit la nature écrasée, balayée, souillée par les villes ! Il contemple les décharges qui se déversent, l’agriculture intensive, les routes qui éventrent les paysages, l’urbanisation incessante ! « Mais… Mais c’est par nécessité que nous agissons ainsi ! se défend Dominator. Nous sommes toujours plus nombreux à Domopolis ! Il nous faut des logements, des emplois ! C’est notre développement qui a des besoins !

_ Vraiment ? Nous n’agissons que par la seule nécessité, hein ? »

Une autre vision s’impose à Dominator, c’est la saleté des villes, l’égoïsme de leurs habitants ! C’est leur mépris à l’égard des autres, leur haine quand leur amour-propre est contrarié, leur soif de se sentir supérieurs, leur quête incessante pour soumettre tout ce qui les entoure, leur domination inextinguible, leur peurs qui ne guérissent pas, leurs angoisses qui les rendent agressifs ! Et leur folie, car maintenant Dominator voit ceux qui souffrent de la faim, de la solitude, ceux qui gémissent dans la plus parfaite indifférence, des enfants qui crient parmi les ruines, à cause des bombes, tous les opprimés qui rejoignent la mort, oubliés ! des jeunes qui se suicident, qui se harcèlent, qui se moquent, qui en battent d’autres ! Et tout cela pour vaincre son prochain, le mettre sous la botte de la domination !

« C’est cela que tu appelles la nécessité ? fait la reine Beauté.

_ Mais… Mais je...

_ Tu vois, j’ai le pouvoir de t’ouvrir les yeux ! Tu me détruis pour les mêmes raisons qui font que les Doms se détruisent entre eux ! Tu veux soumettre la nature, pour te sentir important, utile, pour calmer tes angoisses, pour flatter ton égo, par haine du silence et de la patience ! Tu es une sauterelle avide, par peur du vide ! parce que tu n’es que le jouet de ta domination ! Où vois-tu la nécessité ?

_ Mais… Mais il faut des emplois !

_ Si on travaillait juste pour vivre, juste par nécessité, comme tu le dis, ne crois-tu pas que le monde serait complètement différent ? Pourquoi les Doms ne se respectent-ils pas entre eux ?

_ Je croyais… Enfin, j’étais persuadé…

_ Regarde encore ! Prends à satiété, car je te montre ! J’ai ce pouvoir ! J’éclaire le monde ! Aucune zone d’ombre ne me résiste ! Je suis tout sauf un mirage ! Tant que la domination te ferme les yeux, tu feras n’importe quoi ! »

Dominator veut encore répondre, mais il est tiré vers l’arrière ! « Oh là ! Dominator, vous êtes avec nous ? demande l’Embrouilleur.

_ Allez, revenez ! appuie Lapsie.

_ Mais… qu’est-ce qui s’est passé ? interroge Dominator, qui retrouve le visage de ses associés.

_ Vous vous êtes engouffré dans la brèche du mur ! Vous ne vous souvenez pas ? Un moment, j’ai cru qu’on allait vous perdre ! »

Dominator se retourne et ne voit plus qu’une fissure dans le mur ! « Mais… la femme qui pleurait, où est-elle ?

_ Quelle femme ?

_ Mais la reine Beauté ! »

Chacun se regarde devant Dominator et craint le pire : le chef est-il en train de perdre la raison ? « Je vais vous examiner, fait Ratamor, qui sort son dominomètre, un appareil mesurant le degré de domination de chaque individu ! « 35 ° ! s’écrie-t-il. Votre taux d’égoïsme n’a jamais été aussi bas ! Mauvais ça ! »

 

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L' attaque des Doms (73-77)

Le 23/11/2024

R60

 

 

             "Il y a bien la voiture du jardinier, mais..."

                                                Rio ne répond plus

 

                                        73

Il y a de l’agitation dans Domopolis, un mouvement de foule ! La cause ? Un Dom transformé par la Chose ! On le regarde avec crainte et horreur et il est vrai que le bonhomme a une drôle d’allure ! C’est au vrai un arbre vivant ! Son corps est devenu un tronc et ses bras des branches ! C’est un arbre sans feuilles, un arbre d’hiver ! D’ailleurs, il s’essuie le nez souvent, comme s’il était enrhumé !

« Oui, dit-il, j’ai été dans la Chose et j’en reviens !

_ Dans quel état tu es ! s’exclame une Dom.

_ Quoi ? Tu n’aimes pas ma nouvelle apparence ? Moi, je la trouve très seyante !

_ Pouf ! Tu te moques de moi !

_ Non, regarde mes lichens… Ne sont-ils pas d’un beau vert ? Ils sont presque bleus ! Et mes rides ? N’indiquent-elles pas un passé vigoureux ?

_ Comment peux-tu dire de telles bêtises ? s’indigne un Dom. Tu es maintenant un monstre !

_ Comme tu me juges mal ! La Chose m’a ouvert les yeux ! Elle m’a montré les prairies gonflées d’eau et ses perles blanches ! J’ai suivi le lit marron de la rivière et ses glouglous, tels des yeux étonnés ! J’ai aimé le tapis amarante du chemin creux, dont seul le merle trouble le silence ! J’ai vu le houx s’illuminer pareil aux cierges ! Je connais la bruyère craquante !

_ Suffit ! Tu es fou !

_ Tu effraies les enfants en plus ! renchérit la Dom.

_ L’abandon, l’attente, le vide m’ont rempli et je reviens vous parler !

_ De quoi ? De la crise actuelle ? Tu es venu nous expliquer comment finir les mois ?

_ Non, j’ai bien plus à donner ! Un véritable trésor !

_ Donne ! Envoie la monnaie !

_ Il ne s’agit pas d’argent, mais de la beauté ! C’est elle le trésor !

_ Tu continues à te moquer de nous !

_ C’est la beauté qui va mettre des légumes dans la soupe ? coupe un autre Dom.

_ Exactement !

_ Pfff !

_ Sortez le clown !

_ La beauté a un secret ! Je suis le Dom hiver et je connais maintenant ce secret !

_ Et comment la beauté pourrait-elle nous aider ?

_ Son secret, c’est qu’elle est infinie en tout point ! Regardez les trous dans mon tronc… Ils sont noirs d’ombre, mais même cette nuit est belle ! Regardez cette ombre, comme elle est traversée par le voile bleu de la toile d’araignée ! Un souffle et la voilà qui frissonne !

_ Sornettes !

_ C’est nous que tu gonfles !

_ Si vous comprenez que la beauté est infinie, alors vous pouvez croire et vous pouvez aimer, au-delà de vos haines et de vos peurs ! Vous pouvez avoir confiance ! C’est la joie que je vous apporte, le pain de vie !

_ Mais qu’est-ce que tu veux à la fin ?

_ Vous ne vous rendez pas compte ? Le Dom hiver est là pour saper nos institutions ! C’est notre ennemi, un ennemi de l’ordre ! Il veut nous distraire de nos souffrances, alors que nous savons pertinemment qui sont les responsables !

_ Ouais, ouais, c’est le gouvernement

_ Et les étrangers !

_ Et les riches !

_ Ouais !

_ C’est là notre malheur !

_ T’es encore là, le Dom hiver ?

_ Qu’on le brûle ! Qu’on le coupe et qu’on le brûle !

_ Ouais, ouais, tous des salauds !

_ Je pourrais vous apaiser, vous aider ! Je vous demande d’abord de contempler… et d’aimer ! Vous aurez la source de vie !

_ Haine aux exaltés, aux faux prophètes !

_ Haine à ceux qui ne nous respectent pas ! aux profiteurs !

_ Une hache ! Une hache pour découper le Dom hiver ! »

                                                                                                                 74

Il crachine sur Domopolis et c’est comme un brouillard apaisant ! La fraîcheur se mêle au rêve… Là-bas, dans la Chose, les rubis et les émeraudes des feuillages se sont tus… La veille, des rayons les faisaient étinceler, dernière fête avant l’hiver ! Les candélabres s’éteignent les uns après les autres ! Et que dire encore des grands pins, dont la cime produit le bruit de la mer et de leur tapis d’aiguilles rouges ? Que leurs longs tronc gris ont des coulures de sève, comme les cierges ? Et que dire de la terre sombre, qui attire les oiseaux au blanc bleuâtre ?

Il y a des lumières dans le ciel qui sont incomparables ! C’est un jeu entre le mauve des nuages et le jaune des rayons ! C’est un spectacle envoûtant, d’une incroyable gratuité ! C’est un don d’une infinie richesse, qu’il y ait des yeux pour le voir ou non ! C’est là, irrépressible ! La beauté pousse incessamment !

Mais que font les Doms ? Ils s’inquiètent bien entendu ! Ils se mettent colère, s’impatientent, cherchent à mordre ! Ils haïssent ou désirent violemment, tellement c’est en désordre chez eux ! L’oubli du crachin est pourtant là ! Le manteau de la pluie suggère le sommeil, le repos : ça tombe doucement…, sans fin ! Les cyprès ont une odeur à eux, très forte, résineuse et leur fruit est une petite balle à écailles, presque carrée ! Il y a bien sûr le travail, les horaires, mais écoute-t-on la Chose ? Essaie-t-on de la comprendre ? Veut-on s’en nourrir ? Mettons-nous à profit notre temps libre, pour aimer la Chose et même lui demander des comptes ?

Non, tout cela n’intéresse pas le Dom ! Parce que cela ne concerne pas sa domination ! C’est son ego qui lui donne chaud et le rassure ! Est-il aimé par ses proches ? Est-il supérieur à un tel ? Qu’est-ce qu’il a dit à machin ? Il l’a mouché ? Parfait ! Le Dom parle du Dom et s’il va dans la Chose, c’est encore pour parler du Dom ! A peine regarde-t-il autour de lui ! La chose lui demeure étrangère ! Elle parle aussi pourtant…

Qu’est-ce qu’il y a de plus doux que certaines herbes ? Les flaques sont des morceaux du ciel ! Cependant, sur la place de Domopolis, le Dom hiver continue de discuter avec ses concitoyens… Il interpelle un enfant : « Eh, toi, tu as déjà vu un merle ?

_ Oui…

_ Tu as vu comme il est tout noir… Il est invisible parmi les feuilles ! Tu as vu comme il gratte les feuilles, pour trouver sa nourriture ? Tu as vu avec quel plaisir il mange les petits fruits rouges ? Tu as vu comment il a toujours l’air fâché ?

_ Oui, c’est rigolo !

_ Eh là, s’écrie une Dom, tu n’ s’rais pas en train de pervertir notre jeunesse, par hasard ?

_ Mais non ! réplique le Dom hiver. Les enfants comprennent ce que je dis, mais pas vous !

_ Eh, c’est qu’on n’est plus des enfants nous ! rétorque un Dom. On a des responsabilités, des traites à payer !

_ Oui, pour votre plaisir…

_ Hein ?

_ Oui, la grosse voiture, c’est pour votre plaisir !

_ Mais c’est aussi par né… !

_ Eh ! s’exclame un autre Dom. Le crachin est empoisonné ! Regardez ce qu’il a fait à mes vêtements, ils sont troués !

_ C’est un piège de la Chose ! Elle essaie de nous avoir avec une pluie acide !

_ Mais non, fait le Dom hiver. Tendez plutôt vos visages vers la fraîcheur !

_ Sauve qui peut !

_ Au secours ! »

En un rien de temps, la place est abandonnée… Le Dom hiver reste seul sous la pluie fine…, qui blanchit les environs… Là-bas, sans doute, il y a le fantôme de l’espoir…, qui attend…, avec la clé d’une sagesse perdue ! Une vieille Dom est toujours là aussi, infirme… Elle a du mal à marcher et le Dom hiver s’en approche : « Attendez, je vais vous aider ! » Il soutient la vieille, qui balbutie, puis qui finalement se calme… « Ils sont tous partis ! dit-elle.

_ Oui.

_ La pluie n’est pas acide...

_ Non.

_ Nous sommes bien fous !

_ Oui. »

                                                                                                               75

La tempête fait rage dans Domopolis ! Le vent hurle dans les rues, que noient des trombes de pluie ! Les lampadaires tremblent, grincent, des fenêtres claquent, des choses s’envolent ! « Tu entends ? fait une Dom à son mari, alors que le couple est couché.

_ Ben, j’entends le vent ! Ça souffle, quoi !

_ Non, on dirait que quelqu’un crie dans la rue ! »

Le mari tend l’oreille et effectivement, il perçoit une voix qui dit : « Je suis le Dom tempête ! Ah ! Ah ! Je suis le vent et la nuée ! Je suis la fureur et l’oiseau qui plane triomphant !

_ Un fou sans doute ! fait le mari.

_ J’ai peur tu sais ! J’ai l’impression que c’est la fin du monde !

_ Mais non, rendors-toi !

_ je suis le Dom tempête ! Ah ! Ah ! Je suis la nuit et la sauvagerie ! Ah ! Ah ! J’ai été dans la Chose et j’ai vu la vague immense ! Je hurle comme le vent ! Je file comme la nuée ! Je suis le temps gris et bouché ! Je suis la dent blanche de l’écume, la dent dévorante ! Ah ! Ah !

_ Monsieur, monsieur, on peut parler ? »

C’est Lapsie, en compagnie de Ratamor, qui intervient. Ils ont été envoyés en mission par Dominator, qui leur a dit : « Il paraît que des Doms reviennent de la Chose… et qu’ils ont été transformés par elle ! Je crains qu’ils ne soient devenus fous ! Je voudrais que vous enquêtiez là-dessus et que vous preniez les mesures nécessaires ! »

Ainsi, Ratamor et Lapsie sont partis en chasse, même en cette nuit affreuse ! Et ils ont trouvé un Dom qui apparemment revient de la Chose et qui en plus se nomme lui-même le Dom tempête ! « Je peux vous aider, assure Lapsie. Je suis psychologue ! Je peux soulager votre souffrance ! Vous pouvez tout me dire !

_ Hein ? Je suis le Dom tempête ! C’est moi qui oublie dans la fureur de la mer ! C’est moi qui me régénère dans la puissance du vent ! Ah ! Ah ! C’est moi qui commande les anneaux de sable, qui fuient comme des cheveux ! C’est moi encore le silence, à l’abri du buisson !

_ Bien sûr ! Écoutez, ce qu’on va faire, c’est qu’on va trouver un café ouvert ! Hein ? Et là, au chaud, on va prendre une boisson réconfortante ! Et on pourra parler tranquillement ! Parce qu’ici ça mouille… et il fait froid !

_ Parler tranquillement ? Bavasser, vous voulez dire ! Vous ne savez faire que ça ! Bavasser !

_ S’expliquer alors ! Vous ne pouvez pas continuer à crier comme ça dans la rue, la nuit ! Vous effrayez les gens !

_ J’aimerais vous embrasser, vous serrer dans mes bras !

_ Je ne pense que cela soit nécessaire… D’après le code 4B Orimop de la psychologie, il est dit que… »

Mais Lapsie n’a pas le temps de finir ! Le Dom l’entoure de ses bras et c’est comme si elle était aspirée ! Elle sent d’abord une forte odeur de varech, puis des vagues viennent sauter devant ses yeux, comme des dents qui tremblotent ! Elle veut retrouver sa respiration, mais là voilà dans le ciel en train de jouer avec les rafales du vent ! Elle monte, monte, puis chute, en cassant ses ailes ! Elle est pleine de la puissance des éléments ! Surprise, elle se laisse prendre, puis elle se met à rire… à rire !

« Ah ! Ah ! fait -elle.

_ Ah ! Ah ! » l’imite le Dom.

Ils rient tous les deux et se mettent à danser ! « Mais vous êtes dingues ! s’écrie Ratamor. Lapsie, voyons, revenez parmi nous ! Soyez raisonnable !

_ Y a encore plus fort ! » lance le Dom tempête à Lapsie et il lui montre comment on peut sauter sur les crêtes du clapot ! « C’est comme des aiguilles ! s’exclame Lapsie. Ça picote ! Qu’est-ce c’est rigolo !

_ Hi ! Hi !

_ Bon sang, mais arrêtez tous les deux ! réplique Ratamor. Je vais être obligé d’appeler une ambulance.

_ On est les Doms tempêtes ! chantent maintenant en chœur Lapsie et le Dom. On revient de la Chose ! On est transformé ! Nous sommes des laminaires qui se tordent ! Hi ! Hi !

_ Tant pis ! Vous l’aurez voulu ! J’appelle les secours ! »

                                                                                                                   76

Un vieux plant de maïs desséché soupire… Il est dans la Zone… La Zone, c’est la partie entre Domopolis et la Chose, la partie cultivée ! cultivée par les Doms ! De temps en temps, ils passent au-dessus des champs avec leur vaisseau et pulvérisent des produits… On les appelle les Doms agris ! Autrefois, ils étaient plus heureux, plus respectés aussi ! Le travail était dur, mais ils comprenaient encore le Chose, l’admiraient, discutaient avec elle ; ils connaissaient sa valeur ! Mais le temps passant, ils ont fini par subir le changement de Domopolis, qui s’est complètement détachée de la Chose, dont les Doms se sont de plus en plus concentrés sur eux-mêmes et leur domination !

Les Doms agris eux aussi ne respectent plus la Chose, ne la voient plus que comme une source de profit, sous l’angle du rendement ! Ils n’ont même plus de contact avec la terre, à bord de leur vaisseau ! Ils ont oublié combien la Chose est simple et généreuse, à force de la manipuler et de la traiter de toutes les façons ! Maintenant, ils effectuent mornes leurs récoltes, comme si leur vie n’avait plus de sens ou que Domopolis les avait trahis, après leur avoir commandé tant de changements ! En fait, leur mal-être reflète celui des Doms ! Plus près de la Chose, ils montrent toute l’ambiguïté de Domopolis, qui doit bien sûr se nourrir, mais qui en même temps ne veut plus entendre parler de la nature ! Les Doms en effet croient en leur autarcie, qu’ils n’ont plus besoin de la Chose ou qu’elle est juste là pour les servir, tellement ils trouvent normal désormais d’avoir leurs assiettes pleines ! Les Doms agris paient cette indifférence et cette illusion !

Le vieux plant de maïs est pris d’une toux, puis, pour se calmer, il prend sa bouffarde… et d’autres plants l’imitent à côté ! On fume calmement, sous la lune… et le vieux plant commence à parler : « Je me souviens d’une autre époque… Alors, on n’avait pas les pieds nus ! On poussait avec d’autres herbes et elles nous tenaient chaud ! Aujourd’hui, regardez, le sol est vide ! Pas une herbe n’y pousse, car il est traité au maximum ! Quelle tristesse, car avec les herbes, il y avait des tas d’insectes colorés, qui nous amusaient !

_ Tu as raison ! fait un autre plant. J’ai connu cette époque moi aussi ! Et c’était le bon temps ! Il y avait encore des talus, de la fraîcheur en été et de la douceur en hiver, puisque les talus arrêtaient le vent ! Ah ! Comme on était fier, jeune et fort ! »

Une brise passe, faisant bruire tous les vieux bras des maïs ! « On pourrait retrouver notre gloire d’antan ! reprend le plus âgé des plants.

_ Qu’est-ce que tu veux dire ? demande un autre.

_ Je parle d’un baroud d’honneur…, d’une dernière attaque, d’un dernier assaut ! pour retrouver notre vigueur perdue !

_ Eh ! Eh !

_ Mais tu songes à quoi exactement ?

_ Mais à nous venger de ceux qui nous ont tués ! qui nous ignorent aujourd’hui totalement ! de ceux qui n’ont pas cessé de nous dire : « Poussez comme ça ! Non, soyez plus nombreux, plus grands, plus épais ! », qui ont ordonné de nous faire boire plein de cochonneries et qui à présent se moquent de ce que nous devenons, de ceux qui nous exploitent comme des esclaves !

_ Eh ben, dis donc l’ancien, je ne savais pas que tu en couvais autant ! Mais je suis d’accord avec toi !

_ Moi aussi !

_ Moi aussi ! entend-on dans tout le champ.

_ Bien ! Alors, c’est pour cette nuit ! Je propose de marcher vers Domopolis et de montrer aux Doms qui nous sommes !

_ Ouais, ouais !

_ Ouais, il a raison le vieux ! »

Les plants de maïs se mettent alors à sortir leurs pieds de la terre et font apparaître leurs racines ! Oh ! Il faut voir cette troupe, cette armée même qui s’ébranle ! On dirait de vieux squelettes jaunis, tremblants et secs, mais c’est la dernière charge et tout le monde en sera ! On prend la route de Domopolis, le royaume méprisant de la domination ! Les premiers Doms, qui voient ces silhouettes, ses épis dressés, aux feuilles grinçantes et blanchies, prennent peur évidemment et l’alerte est donnée ! Bientôt, c’est l’affrontement, avec les forces de l’ordre ! Des policiers sont saisis et jetés par ces tiges encore solides, mais les Doms possèdent des armes et le feu !

Au matin, on découvre le carnage ! Tous les plants ont été tués et jonchent le « champ de bataille » ! Mais qu’importe ! C’était la dernière charge et ils sont morts en héros !

                                                                                                                77

Domopolis fume, s’inquiète, s’agite, pense et pense, débat, s’énerve, se révolte, se met en colère, saigne, hurle ! Voyant cela, le soleil en a pitié ! Il décide de se rendre à Domopolis, pour rassurer ses habitants ! Il met dans sa valise quelques joyaux, comme des feuilles émeraude ou des perles de rosée ! Puis il part et se déplace avec beaucoup de couleurs, puisqu’il commence par peindre les nuages de tons oranges ! Mais Domopolis ne semble pas y faire attention et il est vrai qu’il faut courir, pour gagner sa vie ! C’est le travail, qui est représenté par le trafic, qui s’allonge comme une chenille agressive !

Mais ce n’est pas le plus grave : l’actualité est brûlante ! Combien n’ont pas le couteau sous la gorge ? Combien n’ont pas faim ou meurent sous les bombes ? Les Doms sont en colère : ils crient à la trahison ! Ils font des barrages dans la ville, saccagent des magasins, parlent et parlent encore, crient ! On leur a pris leur pieds, l’enfant qu’ils tenaient chaudement dans les bras ! Certains poursuivent même leur tête que l’État a tenté de voler ! Le soleil ne sait pas quoi faire ! Il est là, avec sa petite valise, mais tout le monde s’en moque et a bien d’autres problèmes ! Le soleil sort quand même ses merveilles et fait briller ses feuilles, ses nuages et sa rosée, mais le résultat est le même : il a l’impression de se retrouver en plein sur un champ de bataille !

Un poète, qui passe par là, le reconnaît, mais tout de suite l’invective ! « Tu n’as pas honte ? crie le poète.

_ Hein ? Quoi ? fait le soleil interloqué.

_ N’essaies-tu pas de nous faire croire au bonheur ? N’essaies-tu pas de nous faire croire que le Ciel n’est pas vide, que nous ne sommes pas seuls et que la vie ne se termine pas par la mort ?

_ Ma foi, loin de moi de vous vouloir du mal ! Tiens, par exemple, je fais mûrir les épis, pour que vous ayez du bon pain chaud ! Hein ?

_ Encore un de tes tours ! Encore une de tes illusions ! Nous pourrions effectivement nous réjouir de tes bienfaits, mais ce serait nous tromper ! Ton éclat est faux et n’effacera pas la mort, ni notre solitude, ni notre malheur ! Car nous en bavons, crois-moi !

_ Tu veux dire que tu as peur d’être pris pour un gogo, c’est ça ? Regarde, j’ai apporté des feuilles émeraude, des perles de rosée et mes nuages orangés ! Hein ? La classe, non ?

_ Supercheries, mirages, impostures ! L’ombre est l’ombre ! Nous sommes seuls, mais nous serons d’airain ! Nous aurons le courage d’affronter la mort, sans l’aide de Dieu, sans ce rêve trompeur !

_ Faut que je remballe tout, c’est ça ? Mais la situation ne serait-elle pas pire ? Un peu de chaleur, ça fait du bien ! Je réjouis les enfants, n’est-ce pas ! Laisse-moi les faire rire et les enchanter ?

_ Il faudra bien qu’ils pleurent eux aussi ! Un jour ils seront grands !

_ Et ils s’agiteront en vain, comme tous les Doms ici ! Que cherchez-vous ? Que voulez-vous ? Qu’est-ce qui pourrait vous rassurer ? Pourquoi ne m’aimes-tu pas plus ? Si tu me regardais avec simplicité, avec amour, tu serais plus tranquille… et les Doms aussi !

_ Excuse-moi, mais j’ai à faire…, une élection à l’Académie, un discours…

_ Ah ! Nous y voilà ! Le sentiment de ton importance ! Voilà ta chaleur, ton moyen de chauffage ! Ton amour-propre ! Ton esprit ! Et c’est bien naturel, vous, les Doms, avez été dotés d’une pensée… et il vous faut donc l’exercer ! Ceci explique toute votre agitation et votre énervement, car vous avez soif de reconnaissance ! tandis que que moi apparemment, sur ce plan-là, je suis vide et ne vous apporte rien ! Ce n’est pas vrai ?

_ Hum ! Tu n’as pas tort : la nature nous paraît vide !

_ Et ma beauté aussi ? Je ne suis pas seulement utile, pour faire pousser les plants, mais j’embellis tout ce que je touche ! Ma beauté devrait aussi vous rassurer, elle devrait vous faire sentir combien vous m’êtes chers et importants !

_ Je ne comprends pas…

_ Non, tu préfères ce qui est immédiat, l’avis de tes confrères, un bon déjeuner, etc. ! La patience et la simplicité, ça demande des efforts ! ça demande de grandir, de la confiance et de calmer son ego ! Et là, plus personne !

_ Bon, ben, c’est pas que tu m’ennuies, mais faut qu’ je file !

_ Va, va, je vais rester là, car sans moi, ce serait la nuit et la mort ! »

Le soleil en effet reste là, dans le bruit et le vacarme ! Il est là devant ses valises ouvertes et présente ses feuilles émeraude, ses perles de rosée et ses nuages oranges ! Seul un oiseau furtif en profite ! Mais le soleil est patient, il a tout son temps… et il se met à siffloter une vieille chanson !

R59

L' attaque des Doms (68-72)

Le 16/11/2024

R59

 

          "Evidemment, monsieur Cerruti, si vous aviez quelque créance...

            _ J'ai ça: 357 Magnum! Mais est-ce suffisant?

            _ Tout à fait, monsieur Cerruti."

                                                        Flic ou voyou

 

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Il se passe quelque chose d’étrange dans Domopolis : les rues sont envahies par des feuilles ! Des feuilles mortes, oranges, jaunes, rouges ! Il y en a des millions et c’est un enchantement pour les yeux, mais pas pour les Doms ! Eux ne voient que la gêne, car la circulation n’est même plus possible… et puis ils sont profondément troublés, par la nouveauté du phénomène ! Qu’est-ce que ça veut dire ? D’où viennent toutes ces feuilles ? Est-ce encore un « coup tordu » de la Chose ?

Qu’à cela ne tienne, les services de Dominator vont nettoyer la ville et les souffleurs et les balayeuses entrent en action ! Mais c’est peine perdue ! Il y a trop de feuilles ! Sitôt qu’on a dégagé une rue et qu’on s’attaque à une autre, les feuilles reviennent en une pluie d’or et elles forment de nouveau un tapis épais, inextricable, dans lequel on s’enfonce ! Les nettoyeurs s’acharnent, mais bientôt des balayeuses, des employés disparaissent sous l’étrange marée ! On voit leurs véhicules être comme mangés, digérés par les feuilles et on se dit que certainement c’est l’action de la Chose !

La colère monte ! On accuse l’incompétence des pouvoirs publics ! On parle de corruption à un haut niveau ! Certains habitants paniquent… Des motards notamment s’élancent, avec un bruit d’enfer, contre des paquets de feuilles déjà brunies ! Il s’agit de passer, d’échapper à cette « prison », mais le résultat est toujours le même : le motard glisse, chute et est avalé, sous les yeux remplis d’horreur ! On n’ose plus sortir de chez soi ! On regarde par la fenêtre ce flot feuillu, qui rend impuissant ! Pour faire ses courses, on se déplace avec précaution, en tentant « de ne pas mettre en colère » le phénomène ! C’est que le désespoir fait craintif et superstitieux !

« Vous allez me trouver une solution et fissa ! crie Dominator à Ratamor et Lapsie ! C’est vous les scientifiques, les spécialistes !

_ On peut émettre l’hypothèse d’un vent venu de la Chose et qui transporte les feuilles… répond timidement Ratamor.

_ Ouais, ouais, fait Dominator, en rallumant son cigare. La sainte logique ! Mais vous foncez sur le terrain, car je veux une solution pratique, pas de théories ! La Chose se fout de nous !

_ La Chose n’a pas d’âme et...

_ Vous êtes encore là ? »

Ratamor et Lapsie se retrouvent dans la rue, face aux feuilles… « Bon, par quel côté prendre le problème ? » se demande Ratamor. Mais il y a un drôle de type qui se dirige vers eux… C’est un personnage qui paraît flou, même de près et effectivement, sa peau est toujours en mouvement, comme si elle n’était pas homogène, mais constituée de milliers de particules ! On ne peut pas ne pas avoir un léger haut-le-corps, devant un tel « spectacle » ! « Salut ! fait l’homme, avec une bouche grouillante. Bon, vous pouvez partir ! Il faut laisser faire les pros !

_ Hein ? Comment ? s’étonne Lapsie piquée. C’est nous qui avons été chargés de… Mais vous êtes qui, vous d’abord ?

_ J’ suis Microbiote ! Autant dire le personnage principal ! Mon rôle a enfin été reconnu ! A moins que vous ne sortiez du coma ? Donc, on cède la place !

_ Quoi ? C’est toi, les matières fécales ? Et il faudrait t’obéir ?

_ Sûr ! C’est moi qui commande le cerveau ! Quand j’ vais pas bien, il va pas bien non plus ! T’as pas encore pigé, Lapsie ?

_ J’ai rien pigé du tout ! Ah ! Ah ! Parce que tu crois que tu peux régler les angoisses existentielles ? Non, mais regarde-toi !

_ Toi et tes collègues, il fut un temps, vous avez bien cru que c’était la baise, le problème ! avec tonton Freud, dont le cigare était un TOC, non ?

_ D’accord, d’accord ! Mais c’est complexe tout ça !

_ Moi, tout ce que je sais, c’est que la constipation empoisonne le corps et le cerveau ! Bien s’ vider garantit un bon équilibre !

_ Peut-être, mais la réflexion, la recherche de sens, t’en fais quoi ?

_ Et l’inflammation du côlon ? C’est pas le fléau des femmes d’aujourd’hui ?

_ Ça suffit vous deux ! fait Ratamor. On a besoin de tout le monde, pour lutter contre les feuilles, vous ne croyez pas ?

_ Bien parlé, old chap ! approuve Microbiote.

_ Très bien, mais alors qu’est-ce qu’on fait ? » demande Lapsie.

Les trois regardent le tapis qui s’étend devant eux… « Mince, qu’est-ce qui arrive là-bas ? demande Microbiote.

_ On dirait des bogues… rajoute Lapsie.

_ Des bogues géantes… et elles roulent vers nous ! précise Ratamor. 

_ Faudrait songer à s’ barrer, non ? Ça pique, ces machins-là ! jette Microbiote.

_ J’ suis assez d’accord avec lui ! lâche dépitée Lapsie.

_ Sauve qui peut ! »

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Dans le vaisseau Dom 45TY550°, le Général rêve : il se voit dans la toute nouvelle voiture Dom GTH 7 K ! Ah là, il serait arrivé ! Il caresserait du regard l’intérieur ! Il s’enchanterait du luxe et du confort ! Il ferait parler la puissance, il en jouirait ! Il ferait envie aux autres, le rêve de toute une vie ! Il pourrait alors mourir, car il aurait réussi !

« Général ! fait la voix du Dom passerelle dans l’interphone.

_ Quoi ?

_ Un autre vaisseau Dom demande à accoster !

_ M’en fous !

_ Hem, il s’agit de l’Embrouilleur, le propagandiste !

_ L’Emmerdeur, vous voulez dire !

_ Général, l’Embrouilleur est dans les petits papiers de Dominator ! Il faut le recevoir !

_ Ça va, ça va ! Accueillez-le, j’arrive…. »

L’Embrouilleur a fait du chemin, depuis qu’il appelait à la révolte dans un garage… Il s’est approché de Dominator, il lui a montré tout l’intérêt d’une propagande forte, basée sur le mensonge ! Il lui a exposé toutes les techniques, pour perturber ses adversaires, notamment comment oser dire que blanc c’est noir, ce qui abreuve de désespoir tous les opposants ! L’Embrouilleur est devenu un personnage puissant, vêtu d’une cape et toujours accompagné par des hyènes tenues en laisse ! Plus elles sont cruelles et mieux elles sont nourries, récompensées !

A bord du vaisseau 45TY550°, on s’écarte devant le visiteur, on frémit de dégoût, en le cachant évidemment, car on craint l’Embrouilleur et surtout ses hyènes ! « L’Embrouilleur ! fait le Général faussement jovial. Sois le bienvenu !

_ Je viens de la part de Dominator…, pour améliorer le rendement de nos troupes !

_ Bien sûr, je t’aiderai au mieux dans ta mission ! Comment va Domopolis ?

_ Mal, nous sommes attaqués par des feuilles !

_ Voyez-vous ça !

_ C’est cette infâme Chose ! Elle met le chaos !

_ Elle embrouille tout le monde ! Euh… Ça m’a échappé !

_ J’ai lu tes rapports... et il y a certaines choses qui ne vont pas du tout !

_ Diable ! Installons-nous dans le poste de commandement… Le Dom passerelle va nous apporter du café ! »

Une minute plus tard, l’Embrouilleur, parmi ses hyènes, reprend la conversation : « J’ai constaté que votre équipage a un rendement de 50 %! Or, il serait facile de l’augmenter à 70 %!

_ Ah bon ? s’étonne le Général.

_ Oui, il suffit de baisser la température du vaisseau !

_ Je te demande pardon ?

_ On laisse le froid cosmique agir dans le vaisseau… Plus il fait froid et plus le Dom s’inquiète et donc devient actif et égoïste ! C’est un mouvement naturel !

_ Tu n’es pas sérieux !

_ Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ? »

A cet instant, le vaisseau est ébranlé, à un tel point que l’Embrouilleur est jeté de son siège et que les hyènes hurlent à la mort ! « Mais qu’est-ce qui se passe ? s’écrie paniqué l’Embrouilleur.

_ Hum, d’après ce que je vois, répond le Général, ce sont les nuages rouges de la planète Camandria… Nous en sommes très proches et ces nuages sont souvent accompagnés de vents gigantesques, ce qui explique cette perturbation…

_ Tu… Tu en es sûr ?

_ Allô, Dom passerelle ? C’est Camandria qui fait des siennes ?

_ Affirmatif, Général, ça se calme déjà !

_ Tu vois, reprend le Général, un incident, rien de plus !

_ Excuse-moi, dit l’Embrouilleur, qui se remet maladroitement sur son siège, je… je suis un peu fatigué en ce moment !

_ Hum, mentir tout le temps, ça doit être fatigant, non ? Toujours manipuler, toujours être sur ses gardes ! Pour ma part, je n’y résisterai pas !

_ Mais je le fais pour la bonne cause ! Nos ennemis sont nombreux et ont juré notre perte ! La grandeur des Doms passe avant tout ! Il en va de notre survie !

_ Ah bon ? Ce n’est pas une question d’orgueil ? »

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Domopolis est toujours en danger ! Les feuilles se sont transformées en petites scies circulaires ! Elles roulent avec le vent et leurs pointes acérées découpent les corps ! C’est affreux évidemment, car il y a du sang partout et on entend des cris horribles, mais les feuilles semblent choisir leurs cibles ! Par exemple, elles se jettent sur le Dom qui laisse tomber négligemment un papier par terre ! Le Dom, qui quelques secondes auparavant se moquait éperdument du monde, se met soudain à appeler au secours, à demander la solidarité des autres ! Comme ce revirement est étrange… et inutile, car l’attaque va très vite : le Dom est taillé en pièces en un éclair ! C’est incroyable ce que ces feuilles peuvent avoir d’énergie !

Mais il y a aussi le Dom qui ne trie pas ses déchets, qui bourre sa poubelle n’importe comment, qui est pris à partie ! A peine laisse-t-il sa poubelle déborder de sacs que les feuilles arrivent sur lui ! Elles font de petits bruits secs sur le trottoir, puis un courant d’air et hop, elles sautent sur l’individu, en lacérant ses chairs ! La surprise est totale, l’épouvante aussi ! On est égoïste jusqu’au fond de l’âme, on ne se préoccupe que de soi, on méprise absolument son prochain… et voilà qu’il faut se réveiller, prendre conscience à mesure qu’on ressent la douleur ! La leçon est aussi amère que funeste ! Le sang ruisselle dans les caniveaux et on se demande si la Chose n’a pas perdu patience, si son action n’est pas contre-productive, à force d’être radicale ! Où est le doux temps de la pédagogie ?

Évidemment, les Doms qui effectuent des dépôts sauvages, qui sèment dans un coin leurs ordures, comme les chiens pissent en tel endroit, ceux-là sont particulièrement assaillis, suscitant parmi les feuilles un véritable petit tsunami ! Tous les membres de ces « cochons » volent en éclats ! On a l’impression que les feuilles sont brusquement ivres, tant leur ardeur est visible, et à la place d’un tas de vieux meubles ou d’habits, on trouve des têtes, des bras, des jambes, dans un ordre si bizarre qu’un léger sourire paraît affleurer dans les yeux des morts ! Sentent-ils tout le sel de la situation ? La Chose ne les traite pas elle-même comme des ordures ?

Mais les feuilles ne s’arrêtent pas là ! Elles veulent les vrais responsables, les champions de la nécessité, ceux qui se masquent obstinément leurs ambitions, qui ne réfléchissent jamais à ce qu’ils sont, qui n’avouent jamais leurs peurs, qui font croire que leur vie a un sens ou n’en a pas besoin ! ceux qui détruisent la nature sans sourciller ! ceux qui sont malades sans chantiers ! ceux qui bétonnent à tout va ! qui ne recueillent jamais la beauté dans la main ! qui n’ont aucune humilité ! qui ne savent pas s’arrêter ! qui sont aveugles, pleins d’intrigues, qui boivent le pouvoir à grandes gorgées, qui se droguent avec leur ego ! ceux qui ne savent pas ce qu’errer veut dire ! qui ignorent tout de la nuit et de la souffrance !

Vite, les feuilles se ruent sur la tour du Pouvoir ! Elles veulent la peau de Dominator et de ses sbires ! Elles créent une vague monstrueuse, effrayante, haute comme un immeuble ! C’est un déferlement mordoré, un horizon couleur sang, qui fait tressaillir Dominator, alors qu’il se croyait à l’abri ! « Mais ça va pas quand même pas nous atteindre ? » s’écrie-t-il, tout en sentant ses cheveux se dresser sur la tête. Derrière lui, Ratamor et Lapsie ne disent rien, figés par l’horreur que produit cette masse immense et qui fonce vers eux ! « Eh prof ! jette encore Dominator. Réveillez-vous ! C’est vous le matheux ici ! On est assez haut, hein ?

_ Je… Je ne sais pas ! » balbutie Ratamor.

La vague s’écrase et la tour du Pouvoir en est ébranlée ! On y sent une secousse ! Puis, la crête monte face à l’obstacle ! Les fenêtres sont obscurcies par les feuilles, même à la hauteur du bureau de Dominator ! On est comme enterré sous les feuilles et une angoisse saisit chacun ! On se met à courir éperdu, on crie, on se percute ! Monsieur Nuit, toujours transformé en escargot, entreprend d’escalader un mur, vaste projet, mais la peur lui donne du courage, tout en excitant ses antennes ! Dominator ne bouge plus, oubliant son cigare éteint dans la bouche ! Lapsie, malgré sa répugnance à l’égard de Ratamor, son ancien ennemi, l’a tout de même pris par le bras, afin sans doute de mieux résister au choc ! « Et dire que je suis en détox! » se dit-elle.

Des feuilles ont réussi à pénétrer la ventilation et des gardes sont découpés, dans des couloirs sombres ! On entend comme des couteaux se planter derrière les portes, qui résistent ! Puis, c’est l’incroyable reflux, telle une respiration géante ! Les feuilles se retirent ! Elles ne sont plus soutenues par leur élan ! Elles repartent ! Pourtant, la stupeur dans la tour du Pouvoir ne retombe pas ! On y reste muet, assommé, tandis que là-bas les feuilles n’en finissent plus de s’écouler hors de la ville, dévoilant des « noyés » !

                                                                                                                    71

Il existe dans la Chose un endroit magique ! On y descend dans l’ombre, par un petit escalier… C’est un lavoir, à côté de sa fontaine ! L’eau murmure doucement et diffuse sa paix… Apparemment le lieu est banal : des dalles de pierre entourent le bassin, sous les feuillages, mais si on y regarde de plus près, si on se concentre, un charme peu à peu envahit le visiteur, car là, à la surface, le reflet du ciel et des arbres est tellement clair qu’on a le sentiment qu’un autre monde commence, parallèle à au nôtre ! L’idée que l’eau en aurait une vertu particulière, qu’elle pourrait donner une connaissance supérieure, extraite d’un univers plus pur, vient naturellement !

Une légende est donc née : si on boit un peu de cette eau, on est transformé, on devient meilleur, on a un pouvoir inconnu, peut-être même le don de guérir ! à condition toutefois de puiser le liquide au bon endroit, juste avant qu’il ne reprenne sa course, justement quand il est illuminé par des éclats de soleil, qu’on aura soin de recueillir entre ses mains ! Alors, dit-on, le charme opère, on revient vers Domopolis et les Doms, en étant différent, avec un regard qui a changé !

D’abord, on est écœuré par la saleté de la ville ! Car les déchets que l’on voit ne sont pas dus à la fatalité, mais à l’indifférence, à l’égoïsme ! Force est de constater que les Doms vivent dans une porcherie ! Mais ce n’est pas là le pire, on s’en doute ! Il y a encore l’incessant trafic, qui abrutit, vide et rend esclave, mais ce qui désespère le plus est plus loin, dans le centre, au sein même des rapports entre les Doms ! Celui qui a bu l’eau du lavoir est sidéré, abasourdi par la manière dont nous nous comportons ! Ce sont d’abord des regards de haine, de gens que nous ne connaissons pas et qu’on découvre subitement et donc qu’on n’a pas pu blesser ! Alors pourquoi cette haine, ce mépris ? Ce n’est pas une illusion, ce dégoût est bien là, car on tient à nous le montrer, de sorte qu’il nous pénètre, qu’il nous fasse mal !

Tout simplement, la domination s’offusque que vous lui échappiez, que vous soyez heureux sans elle, que vous ayez l’air libre et non soumis ! Quel étrange message ! Il faudrait donc être malheureux ou avoir peur, pour satisfaire ces Doms ? Ce sont eux les maîtres et il faut que vous le sachiez ! Mais pourquoi les suivre, alors qu’ils ne sont pas heureux, car leur haine témoigne de leur malheur, de leur peur et de leur ignorance ? Pourquoi, s’ils sont gênés par votre joie et votre liberté, n’essaient-ils pas de comprendre d’où elles viennent, afin qu’ils en profitent eux aussi ! Non, il faut qu’ils vous détruisent ! S’ils ne peuvent vous commander, vous devez disparaître ! Cela veut aussi dire que c’est la domination qui mène le monde, que c’est le poison de Domopolis !

Mais vous n’êtes au bout de vos peines ! Dès que vous entrez dans un magasin, un Dom ou une Dom vient vous presser par derrière ! On pèse sur vous, comme si vous étiez du bétail, car là encore c’est le Dom qui compte, c’est son monde, pas le vôtre ! Dans ces conditions, comment pourrions vivre en paix et aimablement ! Il faut se défendre, résister, faire comprendre au Dom que les autres sont ses égaux ! Pourquoi se sent-il supérieur ? Pourquoi ne respecte-t-il pas l’autre, n’en est-il pas curieux ? Pourquoi n’est-il pas humble ? Celui qui a bu l’eau du lavoir prend conscience d’une chose gigantesque : c’est que les Doms vivent dans leurs plaisirs ! Ils se gavent de leur égoïsme, au-delà des apparences ! Ils se roulent dedans, comme les hippopotames dans la boue !

Et pourtant le Dom se plaint ! Il se croit victime du devoir, plein de respectabilité et de responsabilités ! Il ne s’en rend pas compte ! Il est aveugle telle une taupe ! Il n’a aucune idée de la souffrance et il vit dans un luxe incroyable ! Voilà ce que voient les yeux nouvellement ouverts ! Et c’est sidérant ! Tout pourrait être différent, si chacun luttait contre sa domination, son égoïsme ! Ce n’est pas une question de politique ou d’économie, c’est juste en nous, à la portée de tous ! Mais on le sait, se remettre en question pour le Dom est ce qui lui est le plus pénible, tant il est attaché à sa domination, pour se protéger de la peur !

Car le fond du Dom, c’est la peur ! Tant qu’il domine et que c’est son monde qui triomphe ou s’impose, il ne s’en aperçoit pas ! Au contraire, il se croit très malin et courageux ! C’est ce qu’il appelle sa réussite, quand il se sent un gagnant, qui devient haineux et hostile, dès qu’on paraît différent, plus libre ! Cette réaction haineuse, ce désir de détruire montre toute la fragilité et l’hypocrisie du Dom, montre comment toute sa soi-disant sûreté est bâtie sur du sable ! Car c’est la peur qui n’est pas guérie, qui reste un abîme sous les pieds ! Les tyrans sont forcément peureux !

Voilà le pouvoir de ce fameux lavoir enchanté, qui dort quelque part dans la Chose ! qui ne fait pas de bruit et qui reste caché des Doms, tant ils sont agités et même violents ! Dans le lavoir, il y a encore des feuilles qui tournent lentement, qui ondulent parmi les bulles, qui forment un tapis d’or…, qui tombent en créant un œil qui s’ouvre de plus en plus largement sur l’eau ! C’est l’onde du rêve !

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Les scientifiques, les philosophes, les penseurs, se trompent sur la Chose ! Ils disent notamment qu’elle est une fuite, un mirage, que le merveilleux est une illusion ! Car eux savent ce qu’est l’homme ou le Dom ! Ils savent et comprennent… et ils font confiance au rationnel, car ils ne sont pas dupes : les hommes sont durs et égoïstes et deux plus deux font quatre, et la mort est la fin, etc. !

Mais l’art, qui représente la beauté, arrive à comprendre le réel, justement là où la science se révèle impuissante ! Un beau portrait laisse voir toute la personnalité d’un individu bien mieux que n’importe quel traité de psychologie ! C’est une image d’ensemble qui capte ce qui est indicible et échappe à l’analyse ! Science et art sont complémentaires, car la beauté nous enseigne quelque chose ! Par son rythme, son temps déjà, elle nous forge ! Notre domination nous quitte peu à peu, à son contact, comme une mue ! Cela ne se fait pas sans douleurs, car nos blessures peuvent être nombreuses, ce qui nous conduit à un ardent désir de justice ! Mais notre amertume et nos frustrations ne sont pas causées par la beauté, mais bien par les Doms !

La beauté, la nature ou la Chose ne font que nous accueillir et… nous consoler ! De quelle manière ? Mais, en suscitant notre admiration, elle attache notre regard et fait pénétrer en nous son message ! Quel est-il ? Mais que l’infini existe, puisque cette beauté se révèle sans limites ! La beauté nous dit qu’elle est extraordinaire, en produisant notre enchantement ! Elle nous rassure, en nous faisant comprendre que nous ne sommes pas des étrangers dans le monde, mais qu’au contraire il est notre maison ! Nous ne sommes pas seuls, malgré notre désarroi et nos blessures, mais nous sommes aimés, d’où notre réflexion sur cette ambiguïté, car comment pourrions-nous être aimés, alors que nous souffrons ?

La boîte qui nous sert de cerveau, se met alors en action, pour résoudre cette énigme ! provoquée par la beauté ! On le voit, nous sommes ici très loin déjà de toute naïveté ! Le merveilleux, loin de nous séparer du réel, nous en rapproche au contraire au plus près ! Naïfs sont plutôt les scientifiques et les philosophes, les matérialistes, car de tout temps l’homme a compris le réel grâce à l’art ou à la beauté ! La spiritualité naît de l’imagination et de l’admiration ! Elle nous est aussi indispensable que la science, mais en plus elle nous apporte la sécurité et le levier de l’amour ! Car la beauté peu à peu résout notre énigme : comment Dieu pourrait exister, alors que nous souffrons ?

Peu à peu, la beauté nous enlève notre domination, c’est un travail de patience, permis par l’enchantement ! La compréhension s’éveille… D’abord, le Dom a peur… et plus il est violent et plus il a peur et est perdu, malgré ses airs bravaches et victorieux ! Comme nous nous sentons aimés et comme nous sommes rassurés, nous sommes à même de comprendre ! C’est notre égoïsme qui empêche notre réflexion, notre lucidité ! Par l’amour, notre vision s’élargit ! Elle devient elle-même sans limites, bien au-delà de la simple logique ou de la seule raison, qui sont toujours asséchantes ! L’« eau de vie » jaillit de l’amour et donc de la beauté ! Le merveilleux est la connaissance « suprême » ! C’est la « science » de l’enfant !

Mais voyons maintenant nos vies actuelles… Notre environnement est éminemment agressif : saleté, pollution, trafic incessant, travaux partout, laideur des bâtiments, colère, haine, violence, guerre, incertitude, manifestations, destructions, racisme, intolérance, etc. Où est la beauté ? La paix ? Comment pourrions-nous ne pas être perdus, malheureux et malades ? Nous sommes de plus en plus nombreux certes et les villes ne cessent de s’étendre, mais nous avons vu que c’est surtout à cause de la domination ! Rien que le fait de ne rien faire, de rester tranquilles, nous angoisse ! Nous sommes à des années-lumières de l’enseignement de la beauté ! Nous en sommes aux antipodes et nous nous analysons et nous nous dévorons et nous nous rendons suspects à nous-mêmes : qu’est-ce que notre nourriture, comment marchent nos digestions ? Ce qui devrait être le plus simple devient un abîme de réflexion !

Bien sûr, le premier réflexe est le rejet, la fermeture sur soi, le phantasme d’une autre époque, où la société était plus ordonnée, plus « pure » ! Mais ce chemin est celui de la haine et du mépris ! Or, la beauté est toujours parmi nous, malgré nous a-t-on envie de dire ! Le ciel est toujours au-dessus de nos têtes, la végétation n’a de cesse de toujours repousser, même à travers le béton, etc. ! Son message nous attend donc toujours ! Il suffit de s’arrêter et de l’écouter ! Mais il est vrai aussi que l’art s’est perdu lui-même, qu’il s’est dépourvu de toute admiration et de spiritualité et que c’est en partie la faute de la science, qui croit même toujours être supérieure à l’art, pour l’avoir circonscrit ! C’est la domination scientifique !

R58

L' attaque des Doms (64-67)

Le 09/11/2024

R58

 

 

                  "Nous sommes les chevaliers du Ni!"

                                                     Sacré Graal

 

                                       64

La Peur n’est pas seulement une vieille dame, qui rend visite à Dominator, c’est une femme bien plus puissante, qui a son propre château, non loin de Domopolis ! Il existe même entre la ville et le château un réseau de tuyaux, par lequel la Peur envoie ses philtres jusqu’à l’eau potable des habitants, qui en sont empoisonnés ! La Peur transmet ainsi ce qu’elle est, contrôle chacun suivant le degré de ses préparations et au fond, c’est elle qui a le véritable pouvoir sur Domopolis et non Dominator !

La peur souffre-t-elle de cette situation fausse ? Voudrait-elle être reconnue à sa juste valeur et apparaître en tête d’affiche ? Souhaiterait-elle que son nom soit sur toutes les lèvres ? Il semble que cela soit impossible, car jamais un Dom ne reconnaîtra sa peur ! C’est là heurter son orgueil et donc sa domination ! Plutôt que d’avouer sa peur, le Dom préfère mille fois trouver des coupables à son mal-être ! Il désigne des ennemis, se met en colère et ainsi l’action de la Peur reste enfouie, dans l’ombre, ignorée ! C’est un avantage pour la Peur, car elle n’est combattue que d’une manière détournée et inefficace  ! Elle peut donc continuer sa longue carrière, sans être dérangée, et de son anonymat, elle a fini par en prendre parti, puisqu’il lui permet de vivre librement !

Mais cela ne veut pas dire non plus que la Peur s’endort sur ses lauriers, qu’elle se contente d’un quotidien qui a fait ses preuves, non, elle cherche toujours à augmenter sa puissance, son emprise et pour cela elle est toujours à l’écoute de son temps, à analyser son époque ! Elle a été le témoin de la fin des idéologies et de l’influence des religions ! Le Dom, toujours à la conquête de sa liberté, pour mieux assurer son développement, son épanouissement, s’est débarrassé de toutes les croyances, qui servaient de garde-fous, avec l’aide la science, qui a fait triompher le fait et la raison ! Le résultat, c’est que le Dom se retrouve face à un vide, que seul l’argent semble en mesure de remplir, mais dans lequel la Peur s’est vite engouffrée, voyant là une occasion unique d’étendre à l’infini son pouvoir !

Dans son laboratoire, devant ses cornues, elle est partie d’un principe : le Dom, qui ne sait plus en quoi croire, se retrouve en proie à une angoisse de taille cosmique, d’autant qu’on lui dit que ses activités condamnent sa planète ! Cette angoisse est telle qu’elle devrait anéantir le Dom, s’il ne possédait pas un « réflexe » animal de défense : sa domination ! L’animal, en effet, n’a pas de peur existentielle, puisqu’il s’occupe essentiellement de la défense de son territoire ! Ceci explique pourquoi le Dom moderne accuse tant d’autres d’être à l’origine de ses maux (les étrangers, les riches, etc.) De cette manière, il revient au stade animal et retrouve dans sa lutte un sentiment de sécurité, même si le territoire qu’il défend est devenu principalement psychique !

La Peur, avec ses philtres, ses vieux grimoires, au fil des expériences, a abouti au Dom ultime, celui qui n’est qu’un concentré de domination pure ! Celui-ci est dans son monde, bien entendu ! Tout ce qui ne constitue pas son territoire psychique et qui serait capable de le mettre en échec est rejeté, voué à la destruction ! Le Dom ultime est dans une bulle de domination et il se déplace avec elle, exigeant sur son passage une totale soumission des autres ! Ce n’est qu’à ce prix que le Dom ultime échappe à son angoisse, quand l’univers qu’il découvre devient « automatiquement » le sien !

Cela ne doit pas être une surprise, mais c’est chez l’enfant que la Peur a le mieux réussi ! En effet, face à l’incertitude du monde moderne, les parents se retrouvent eux-mêmes perdus et incapables de rassurer leurs enfants ! Ceux-ci se voient alors comme contraints de prendre le contrôle, de prendre la place des parents, qui ne sont plus traités que comme des « vaches à lait », des esclaves nécessaires, qu’on apprend à manœuvrer, en utilisant tous les codes entre parents et enfants ! La Peur a créé ce qu’elle appelle un enfant bulle, qui n’est plus un enfant véritablement, mais plutôt une « pile » de domination ! L’enfant bulle est en réalité plus vieux que ses parents, qu’il considère comme naïfs ! Il domine tout et tout le temps, d’une manière psychique, puisqu’il n’a pas le muscle et c’est ce qui fait sa difformité, sa dangerosité également, car son pouvoir est aussi insidieux qu’invisible !

L’attribut essentiel de l’enfant bulle, c’est évidemment le Smartphone, l’accès au Web ! C’est là son territoire psychique de prédilection, la communication où il se sent le plus à l’aise ! Sur les réseaux sociaux, le corps de l’enfant bulle est quasi inutile et son pouvoir s’exerce librement ! Cela ne veut pas dire que l’enfant bulle ne « fasse pas ses gammes », dans Domopolis même ! Il n’est pas rare qu’il s’installe sur un lieu de passage et qu’il y fasse valoir sa Domination ! Les Doms s’écoulent alors devant ses yeux et il juge qui fait partie du troupeau et qui lui est soumis ! Il est renseigné par des signes imperceptibles, comme le baissement de tête, mais il est très surpris quand il rencontre une résistance, puisqu’il contrôle déjà ses parents ! Dans ce cas, sa haine est immédiate et sa domination redouble, car il sent quelque chose de nouveau : la formidable angoisse qui ne cesse de faire pression sur sa bulle !

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Les enfants bulles, encore appelés enfants Doms ou enfants Trous noirs, puisqu’ils veulent soumettre le monde autour de leur personne, ne sont pas en bonne santé et c’est le prix à payer pour une domination excessive ! Comme ils n’ont pas confiance dans les adultes et qu’ils se voient supérieurs à eux, les enfants bulles n’ont aucun moyen pour se relâcher ou se détendre ! Normalement, les parents sont là pour apporter un sentiment de sécurité, mais ce n’est plus le cas et l’enfant ne peut que se rassurer par sa domination ! Partout, il doit sentir la puissance de son cerveau, alors que celui-ci n’a même pas atteint sa pleine maturité ! La dépression, due au surmenage, est quasiment inévitable, outre l’utilisation abusive du Smartphone ! Un épuisement nerveux, des accès de colère, un profond désespoir, des troubles de l’humeur apparaissent tôt chez l’enfant bulle !

Cela n’empêche pas à bien des égards sa monstruosité ! Certains enfants bulles n’hésitent pas à tuer d’autres enfants, si ceux-ci les gênent, se retrouvent sur leur route ! L’enfant bulle, comme son nom l’indique, ne voit pas l’autre comme son égal, mais tel un esclave, qui n’a donc pas la même valeur, dont la vie reste abstraite, secondaire ! Seul compte l’enfant bulle ! De même, l’autorité n’est que tolérée par l’enfant bulle ! Dès qu’elle le dérange vraiment dans son quotidien, par exemple par des mesures sanitaires, elle est contestée, vue comme une ennemie, à laquelle on ne va pas obéir ! La police ou les institutions peuvent devenir des cibles ! L’enfant bulle peut très bien détruire un camion de pompiers, s’il s’ennuie, car ce véhicule représente l’ordre, une contrainte, un obstacle pour l’extension de sa bulle ! Le sentiment d’utilité générale, le respect de l’autre n’existent pas chez l’enfant bulle ! C’est l’égoïsme et le nombril d’abord !

Quelle relation l’enfant bulle a avec la Chose ? Dans Domopolis, l’enfant bulle se déplace grâce à sa petite bulle transparente… Il glisse entre les bâtiments et on ne le voit presque pas, car il se confond avec le ciel… Il n’en demeure pas moins qu’il se sent un maître au-dessus des gens, mais, comme il ne se nourrit que de sa domination, il est mal à l’aise avec la Chose, il la trouve même insupportable, puisqu’on ne peut a priori rien y dominer ! On parle d’arbres dans la Chose et peut-on avoir un quelconque rapport avec eux ? A quoi servent-ils, si on ne les coupe pas ? L’enfant bulle reste concentré sur lui-même, parmi d’autres enfants, et il évite la Chose, qui ne lui dit rien ! Pourtant, la Chose est justement ce qu’il faut à l’enfant bulle ! C’est elle qui permet de l’apaiser et elle l’attend, pour ainsi dire, car elle a un message, une leçon ! C’est au fond une mère, qui enseigne et murmure !

Mais comment les enfants bulles pourraient-ils aller vers la Chose, être tentés de l’explorer, oser lui « demander des comptes », une explication, une raison d’être ? Ne sont-ils pas chevillés à leur peur ? Ne sont-ils pas hostiles à tout ce qui leur paraît étranger, incontrôlable ? Ne sont-ils pas comme sous perfusion, avec leur domination, et comment alors se sentiraient-ils assez libres, pour une découverte ? Où est leur courage ?

Ils sont pourtant de plus en plus dangereux et de plus en plus jeunes ! Il y a même des bébés inquiétants, qui diffusent déjà le poison de leur domination, dans leur poussette ! La mère n’est déjà plus qu’un fantôme ! Il semble que l’enfant bulle n’ait aucune grandeur ! aucune force d’âme ! Il croit qu’on lui doit tout ! Il ne cherche pas une explication universelle, un sens plus grand que lui ! Il est vissé à son petit univers ! Il n’en a aucune honte ! La justice pour lui, c’est qu’il soit satisfait ! Ce n’est pas quelque chose qui s’argumente, qui appartient à la raison ! La peur enlève tout jugement à l’enfant bulle, d’où ses idées complotistes ! Une force obscure est à l’œuvre contre lui, car c’est encore une manière pour lui de se croire important, un centre d’intérêt ! Et on ne peut pas changer un complotiste, car ce serait lui arracher sa bulle, le mettre dehors, dans le froid du cosmos !

L’enfant bulle est sidéré par celui qui connaît la Chose, qui en vient, qui a été son élève ! Celui-là a un pouvoir psychique infini, mais qui n’est pas dominateur ! C’est une énigme pour l’enfant bulle, qui montre d’abord les crocs, avant de se rendre compte de son impuissance ! Car l’élève de la Chose est puissant et serein, sans la domination ! Il a passé ce cap ! Il est indestructible et aucune domination ne peut l’entamer ! Pourtant, l’enfant lumière, appelons-le ainsi, n’a fait qu’écouter la Chose, l’aimer, l’admirer ! Il n’a rien demandé d’autre ! Et la Chose l’a comblé et lui a répondu !

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Qu’il y a-t-il dans la Chose ? Un scientifique répondrait une « émergence » ! Tous les atomes, toutes les molécules, tout ce qui constitue l’univers, à l’échelle quantique ou du cosmos, y agit d’une certaine manière, mais c’est à la science de répondre comment précisément ! Une chose est sûre : dans la Chose, la domination ne sert à rien ! Au contraire, elle nuit à l’écoute et à la compréhension ! L’orgueil, l’amour-propre doivent être laissés à l’entrée de la Chose, qui est là justement pour enseigner comment s’en débarrasser et surtout pourquoi !

La Chose a priori ne dit rien et paraît vide, insensible, quasiment morte et indifférente ! C’est que celui qui vient de Domopolis est plein de bruit et de fureur ! Il est rongé par l’inquiétude et veut des réponses immédiates ! Mais la Chose se moque du temps et sa paix est infinie ! C’est son premier enseignement, c’est que son temps n’est pas celui de notre impatience et même celui de notre douleur ! Mais c’est justement cette paix de la Chose qui est un baume pour les blessures ! L’apaisement qu’elle produit fait aimer la Chose, rend fidèle à ce qu’elle est ! Comment s’effectue cette transformation ? Prenons l’exemple de Paschic !

Paschic est un enfant lumière, par opposition aux enfants Doms ou bulles ! Dès le départ, Paschic a été confronté à un problème : il voyait les Doms faire le mal ! « Pourquoi font-ils le mal et comment peuvent-ils le faire ? », voilà les questions de Paschic ! Mais personne ne pouvait lui répondre, car les Doms font le mal sans vraiment s’en rendre compte ! Là où Paschic était heurté et blessé, les Doms eux ne voyaient rien et ne trouvaient donc rien à se reprocher ! Comme Paschic l’a compris bien plus tard, cet aveuglement vient de la bulle de domination ! En ne donnant pas à l’autre toute sa réalité, c’est elle qui permet justement d’écraser celui-ci en toute impunité, en trouvant même ça naturel, car l’autre est un esclave ! C’est si fort que c’en est maladif ! Si le Dom est acculé, confronté radicalement à sa méchanceté, il a une réaction de panique, pleine de fureur, ce qui fait qu’il devient sourd à tout argument ! C’est un rejet irraisonné, car la bulle de domination protège contre le monde extérieur ! Elle est un état d’immaturité, où le Dom « se blottit », comme un animal prêt à mordre dans son terrier !

Paschic, à son grand désespoir, va constater cette impossibilité à se faire comprendre, à faire valoir les preuves, la raison ! Plus la bulle de domination est forte et plus la réaction est hostile et dangereuse, dès que cette bulle est menacée ! Puisque les Doms ne pouvaient pas aider Paschic, il s’est naturellement tourné vers la Chose… et il a finalement été éduqué par elle, plutôt que par ses parents ou la société ! De quelle manière ? Le processus était toujours le même… Paschic, plein de blessures, gémissant, sanglant, quittait Domopolis, pour rejoindre la Chose et s’y enfoncer ! Durant tout le trajet, Paschic essayait de se rendre justice, essentiellement à cause de la Machine (celle qui a un vaisseau de cinquante kilomètres de long!), qui venait de le piétiner ! La méchanceté de la Machine, sa fourberie, son mensonge, son sadisme même étaient évidents pour Paschic, qui s’en sentait la principale victime, alors que les autres autour ne semblaient pas en être gênés !

C’était une situation très pénible pour Paschic, car n’exagérait-il pas son importance, n’était-ce pas lui le Dom ou l’orgueilleux, l’égoïste, le malade, le méchant ? Pourtant, sa souffrance était bien là, il ne rêvait pas ! Alors, l’un des deux, lui ou la Machine, faisait le mal… et ce n’était pas Paschic ! Mais cette vérité était trop lourde pour les fragiles épaules de Paschic, qui restait dans le doute, ce qui n’empêchait pas la Chose de commencer à opérer ! Peu à peu, les douleurs de Paschic s’éteignaient… Il se taisait et le spectacle débutait… La beauté captivait bientôt Paschic ! L’eau du ruisseau, par exemple, enchantait par son murmure, ses remous, ses éclats de lumière, sa mousse, sa fraîcheur, sa limpidité, sa pureté, sa faune, ses fleurs qui dansaient, etc. ! Il en était de même pour les feuillages, tels des vitraux ensoleillés, les troncs aussi graves que des piliers ! Rien n’était inintéressant, mais au contraire tout pouvait devenir un trésor !

Paschic avait peu à peu le sentiment que si une telle beauté existait, il devait exister une vérité absolue, unique, qui était présente et qui le consolait ! Ainsi, il reprenait des forces, loin des Doms, dans la Chose ! Leur folie d’ailleurs lui apparaissait d’autant plus clairement, ce qui lui prouvait qu’il avait fait un pas vers la lucidité ! Cependant, il était encore très éloigné de comprendre le rôle de la domination et comment elle construit une bulle psychique, qui enferme le Dom !

Ce que Paschic laissait dans la Chose, au contact de la beauté et sans en prendre vraiment conscience, c’était toute sa haine, son impatience, sa colère ! C’était toute sa domination, qui se dissolvait dans le temps de la beauté ! C’était son amour-propre qui disparaissait, dans l’ombre de la terre ! En fait, il a mûri dans la Chose, comme les arbres rayonnant autour !

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Les Doms vivent dans un mirage ! Ce n’est pas la Chose et comment l’interpréter qui sont une illusion, c’est l’existence des Doms, qui est un phantasme ! La bulle de domination empêche la lucidité et les Doms accusent, menacent, se battent, vont d’un amour à un autre, puis meurent avec de l’amertume, des regrets, de l’égoïsme, de la peur, etc. ! Dans certains cas, ils se font philosophes stoïques et ils acceptent leur mort et l’injustice par dégoût, nihilisme, fatalisme, mais ils passent là encore à côté de l’espoir, de la vérité simple, du magnifique cadeau que contient la Chose !

Le message de la Chose est si ahurissant que les Doms ne veulent pas y croire ! Il est si simple, si grand que les Doms en ont peur ! Ils craignent d’être trompés et bien entendu de perdre leur bulle de domination, celle-là même qui leur donne un sentiment de sécurité ! Le prix à payer, quand on ne s’ouvre pas à la Chose, est le mépris que l’on voue à l’autre et le besoin de l’écraser, pour apparaître comme supérieurs, ce qui renforce la bulle de domination, d’où les guerres, la lutte économique, la destruction de la nature, le suicide de l’humanité ! Plus on supprime la Chose et plus on s’enlève des chances de paix et plus les Doms deviennent agressifs et perdus !

La Chose est d’abord une école de patience ! L’enfant lumière sait où il est, pas l’enfant bulle ! Le Dom rêve d’un âge d’or…, il y croit ! Il croit qu’il y avait un bonheur passé, où son pays était contrôlable, où il n’y avait pas d’étrangers, où la morale régnait, où les traditions étaient respectées ! Cet âge d’or n’a jamais existé, sauf dans l’imagination du Dom, dans son hypocrisie exactement ! Comme le Dom vient du règne animal, la domination a toujours été son lot, d’où une lutte incessante pour le territoire, posséder plus ! De tout temps, les Doms se sont combattus et l’injustice était parmi eux ! Le bonheur est un état à venir, nullement un passé ! Le bonheur se trouve dans la disparition de la bulle de domination, grâce à la beauté de la Chose !

Cependant, plus le Dom a peur et plus il augmente sa domination et plus les nationalismes sont exacerbés et plus on se ferme à l’autre et plus on se prépare au conflit ! Tout repli sur soi est contre le progrès et sème la terreur de demain ! L’échange, la connaissance de l’autre sont le mouvement naturel de la civilisation ! Pour éviter les guerres, il est nécessaire de se débarrasser de sa bulle de domination ! Moins on respecte l’autre et plus les haines et les mépris s’accumulent ! La domination produit la frustration et la colère ! La beauté de la Chose permet de lutter contre sa propre peur ! Incroyablement, c’est par l’amour que la civilisation avance, cet amour que le Dom raille volontiers, en le trouvant naïf ! Mais c’est le Dom qui se fait des illusions ! Ainsi parle la Chose !

La Chose apprend à être courageux, vaillant, à se tenir droit devant la peur et l’adversité ! Celui qui est le maître de sa domination est inspiré, nourri par la force de la Chose ! Le Dom n’est en aucun cas lucide, d’où sa peur ! Le secret de la beauté… est le secret de la Chose ! Celui qui domine ne voit pas la beauté et méprise la Chose ! L’enfant lumière n’a pas peur de perdre, l’enfant Dom est enfermé dans sa bulle et craint chaque pas ! La Chose libère, la domination rend esclave !

Mais le Dom vit dans l’hypocrisie ! La vitrine est pour lui un attribut ! « Voyez ma réussite ! » dit sa richesse. Et pour protéger ce bonheur faux, ce paraître, le Dom est prêt à toutes les lâchetés et tous les mensonges ! Que ne cherche-t-il pas la lumière ? Pourquoi ramener tout à soi et tout le temps ? C’est peine perdue, car on ne guérit pas de ses peurs de cette manière ! On se ferme, alors qu’on devrait s’ouvrir ! Il est normal d’être inquiet, quand l’environnement change (cela aussi est animal), mais la solution n’est pas de rejeter, ni de haïr !

L’enfant lumière demande des comptes à la vie même, il n’accuse pas les autres ! L’enfant Dom, lui, parle de morale et de devoirs ! Il veut régler le monde, il s’en croit même le gardien, tandis que sa vraie nature se déploie dans la corruption ! On fait le mal et on veut faire croire que c’est au nom du bien !

Cependant, un vieil ami vient voir Paschic… Il frappe à la porte et entre… C’est un gros arbre humide et maintenant dépourvu de feuilles ! « Salut Hiver ! fait Paschic. Ça va ?

_ Ben non, pas trop ! Les rhumatismes, tu comprends ?

_ Bien sûr ! Viens près du feu te réchauffer !

_ Pas d’refus ! C’est mes potes qui crament là-d’dans ! Oh ! T’inquiète pas, c’est dans l’ordre des choses… C’est calme chez toi, c’est bien ! 

_ Oui, c’est silencieux...

_ C’est ce dont j’ai besoin, de paix… »

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L' attaque des Doms (61-63)

Le 02/11/2024

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                  "Oui, j'ai eu très peur!"

                             La Fille de Brest

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« Bienvenue au grand Salon de l’égoïsme ! Comme chaque année nous vous offrons ce qu’il y a de meilleur ! Rien n’est trop beau pour vous, les Doms ! Il doit y avoir une solution pour chacun d’entre vous ! Chaque Dom a le droit à son bonheur, à son plaisir ! N’écoutez pas ceux qui vous disent qu’il faut faire des efforts, qui essaient de vous remettre en question, au nom d’une morale universelle, qui n’existe pas et que d’ailleurs ils ne suivent pas ! N’écoutez pas les éteignoirs, les tristes sires, les soi-disant redresseurs de torts ! Ils veulent votre perte ! Ils veulent vous contrôler, vous dire comment penser !

Moi, je vous dis, cultivez plutôt votre égoïsme ! Car seul vous compte ! Pensez à vous ! Caressez-vous ! Admirez-vous et comme je suis heureux, quand je vous vois si nombreux dans nos allées ! A voir cette foule parcourir notre salon, je me dis « Voilà, y a encore des gens raisonnables et qui aiment la vie ! Il y a encore des gens qui travaillent dur et il est normal qu’ils profitent de leur argent ! » Au diable, tous ceux qui vous culpabilisent, qui vous appellent à dépasser vos haines, qui vous conduisent à l’humilité et à la modestie ! Vous valez mieux que ça ! Le monde vous appartient et l’injustice ici ne frappera plus vos oreilles ! Enfin, vous serez aimés… Alors profitez-en !

Bien sûr, vous allez retrouver nos produits phares ! Par exemple, les chaussures Place-Place…, pour vous, mesdames ! Tout le monde connaît ses chaussures et comment elles font de l’effet au quotidien ! Quelles que soient leur couleur ou leur forme, elles font toujours : « Place ! Place ! », en martelant le sol ! Grâce à elles, mesdames, on vous entend arriver à des kilomètres et on comprend combien vous devez être impérieuse, dominatrice ! Beaucoup d’hommes, dès cet instant, deviennent nerveux, se mettent à gémir, demandent maman, car ils savent que leur maîtresse arrive et qu’elle n’est pas contente !

Quel vêtement, pour accompagner les chaussures Place-Place ? Pour les petits budgets, nous recommandons la tenue Léopard, car c’est prolonger naturellement l’allure dominatrice, d’autant que notre choix mettra en valeur vos courbes parfaites, mesdames ! Cependant, le sac-à-mains sera alors sobre, strict, avec l’idée qu’il cache la cravache, que la sévérité n’est pas feinte, sous l’exotisme ! Mais, si vous avez les moyens, alors allez-y à fond ! Plus vous montrerez de luxe et plus les chaussures Place-Place auront leur place ! L’argent symbolise le pouvoir et il est normal que vous considériez les autres, moins riches, comme vos esclaves ! C’est la règle et vous la rappellerez si magnifiquement, mesdames ! On ne saurait trop vous conseiller un joli petit foulard, signe distinctif de votre caste et d’une santé sophistiquée ! L’élite ne peut pas non plus ne pas propager un parfum subtil et coûteux ! Pensez-y, quand vous passerez devant notre rayon parfumerie !

Un mot sur les hommes maintenant, car ils sont aussi nos amis ! Messieurs, vous trouvez que vos parties ne sont pas assez volumineuses ? Nous avons la solution : la coquille Lavasse ! Elle remplit tout le pantalon, en formant un sac lourd ! Elle s’adapte à toutes les formes de testicules et on la trouve en des dizaines de coloris ! Elle vous ira comme un gant ! Dès que vous l’essaierez, messieurs, vous allez susciter bien des convoitises ! C’est bien simple, on vous suppliera d’exposer votre sexe, de le laisser couler là sur la table, comme un foie de veau ! « On en mangerait ! » vous dira-t-on ! Ce sera vous le maître assurément ! L’effet est garanti douze mois ! Avec la coquille, quel assortiment ? Ma foi, il y a toujours le jean crasseux et puant ! Indémodable ! Un classique, qui dépanne toujours autant ! Mais on peut viser plus haut, style banquier et responsable, par exemple ! Ici, le sexe est porté comme un gourdin sage ! C’est plus raffiné…, il n’y a plus l’effet sac !

A vous de choisir, il y en a pour tous les goûts ! L’essentiel et j’y tiens beaucoup, c’est que vous ne pensiez qu’à vous ! L’idée est de faire croire que vos vies ont toujours un sens, ne serait-ce que pour ne pas être gagné par la panique ! Tout repose sur votre petit ego !

Entrez, entrez mes amis ! Venez lutter contre la grisaille ! Certains se moquent de vous… et moi, je vous dis : « Ne changez pas ! Ne cherchez pas ! Gardez vos peurs ! Niez-les ! Restez dans vos rêves et vos illusions ! Accroissez vos haines ! N’essayez pas d’aimer l’autre, c’est moins pour vous même ! N’essayez pas de comprendre ! Soyez plus fort que votre adversaire ! Triomphez de lui, sinon il vous détruira ! Vous croyez quand même pas que quelqu’un vous attend par-delà la mort, dans le noir du cosmos ? C’est fini tout ça ! Les dieux, c’est vous ! Comme vous êtes beaux ! Vous rayonnez dans les lumières de ce salon ! Comme je vous envie ! Je vous considère comme mes propres enfants ! Soyez vains ! Merci ! » »

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« Le colonel Svenz voudrait vous voir, dit D 4 à Dominator.

_ Le colonel Svenz ? Je ne le connais pas !

_ Il dit qu’il peut nous aider…, au sujet de la Chose !

_ Pfff ! Bon, faites entrer ! »

Peu après, le colonel Svenz se présente en effet… et on sent le militaire blanchi sous le harnais ! Il est en treillis, avec un corps mince et un visage taillé à coups de serpe ! « Colonel Svenz, dit-il, alors que Dominator l’invite à s’asseoir, en face de lui, sur un canapé.

_ Alors colonel, qu’est-ce qui me vaut le plaisir de votre visite ?

_ Eh bien, Dominator, je suis un militaire à la retraite, mais je ne suis pas inactif pour autant ! J’ai fondé une firme et j’offre mes services à des gens qui en ont besoin !

_ Quel genre de services ?

_ Eh bien, disons que j’assure la sécurité de gens importants ! Je contribue à la stabilité de certains régimes ! La guerre est mon métier…

_ Moyennant finances, je suppose ?

_ Cela va de soi !

_ Autrement dit, vous êtes à la tête d’un groupe de mercenaires !

_ C’est exact ! C’est le mot !

_ Un verre ?

_ Volontiers ! Mais j’ai appris que vous aviez des ennuis, avec une certaine Chose !

_ C’est exact ! C’est le mot ! Votre verre…

_ Merci ! Que diriez-vous, si je vous en débarrassais ?

_ D’abord, merci, car la situation est bien gênante ! Nous ne savons toujours pas ce qu’est la Chose !

_ Laissez-nous nous en occuper ! Tous mes hommes sont des professionnels !

_ Et quelle serait la facture…

_ Disons une part de 10 % sur vos gisements de pétrole, pendant un an !

_ Fichtre !

_ Vous voulez des résultats et nous risquons nos vies !

_ Entendu ! »

Quelques jours plus tard, les hommes de Svenz pénètrent dans la Chose… Ils portent l’écusson qui symbolise leur groupe : un renard qui se lèche les babines, avec la devise « Nous sommes la mort rusée ! » Svenz marche à leur tête et pour l’instant ils sont entourés de brume… « Quand même, ce silence, Svenz ! fait l’un des gars. C’est encore plus oppressant que des tirs d’armes à feu !

_ C’est vrai, ça, Svenz, approuve un autre. Quand ça pète, au moins on sait où est l’ennemi ! Mais là…

_ Fermez vos gueules et écoutez ! répond Svenz. Il ne s’agit pas qu’on nous tombe dessus, parce qu’on aura l’air de prendre le thé ! »

Le groupe continue d’avancer, mais, gagné par la fatigue, il finit par s’arrêter… « Toujours ces mottes gonflées d’eau et cette brume ! lâche un des mercenaires. Qu’est-ce qu’on fout ici ? » Personne ne lui répond, car tous sont épuisés ! « Bon, on va faire une pause, dit Svenz. On se met en cercle et on reprend des forces ! » Chacun s’assoit et sort de son sac quelque provision… On mange en se fixant d’une drôle de manière, car maintenant qu’on ne marche plus, le silence est encore plus impressionnant !

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? demande l’un.

_ Moi, mais je te regarde pas ! répond l’autre.

_ Mais si ! Tu me regardes avec un p’tit sourire, comme si tu te moquais…

_ Tu t’ fais des idées ! Moi, j’ suis tranquille !

_ T’es tranquille et pourtant t’es sournois !

_ Doucement les gars, intervient Svenz.

_ C’est tout de même pas ma faute si t’as les foies !

_ Qui ça qui a les foies ? Tout le monde sait qu’il y a un lâche ici et c’est bien toi !

_ Ben voyons, comme si c’était moi qui avais une petite bite !

_ Les gars, dou... »

Tout va soudain très vite ! Une arme aboie, une autre réplique, puis d’un coup c’est un carnage ! On tire pour se protéger sur n’importe qui ! Encore quelques coups, puis le silence revient… Un formidable silence, sur la brume qui danse un peu !

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« Dominator, dit D 4, une vieille dame voudrait vous voir…

_ Non mais à quoi tu sers, D 4, tu me prends pour un centre social ?

_ Elle dit qu’elle vous connaît très bien… et qu’elle sait des choses… au sujet de la Chose !

_ Décidément, tout le monde veut m’aider, mais personne n’y parvient ! Des nouvelles des mercenaires ?

_ Aucune !

_ Bon, fais entrer la vieille dame, mais c’est la dernière fois !

_ Entendu... »

La vieille dame entre dans le bureau et se précipite vers Dominator, pour lui faire la bise : «Dominator, mon garçon !

_ On se connaît ? fait Dominator, en essuyant ses joues, avec un certain dégoût. 

_ Oh ! Quel vilain petit garçon ingrat tu fais ! Tu n’invites pas ta maman à s’asseoir ?

_ Ma maman ?

_ Oh, bien sûr, je ne suis pas ta mère officielle, ça va de soi ! Et pourtant je t’accompagne depuis ton enfance et maintenant que tu es devenu Dominator, c’est encore moi qui te donne toutes tes idées ! Je peux donc prétendre être ta mère, tellement je ne fais qu’un avec toi ! Dis donc, il est très confortable ce canapé ! Je vois que tu te soignes ! C’est bien, je n’ai rien contre ça ! Au contraire, comme je dirais pas non, non plus à un verre !

_ Je vous trouve un drôle de toupet ! Mais vous allez m’expliquer tout ça, n’est-pas ?

_ Mais bien sûr, mon grand ! Maman t’a t’elle déjà laissé tomber ? Allez, viens t’asseoir près de moi ! Comme il fait bon ! C’est bien chauffé ! T’as raison, c’est pas quand on tombe malade que les choses s’arrangent !

_ Alors comme ça, toutes mes idées, c’est vous ?

_ Mais bien sûr, mon chou ! Hmmm, pas mauvaise ta gnôle, mon garçon ! Ah ! Maman en avait bien besoin ! Mais oui, tous tes projets, c’est moi ! Par exemple, l’extension de Domopolis, c’est d’ mon cru ! J’adore parler d’ cru ! Hi ! Hi !

_ L’extension… de Domopolis ? Ben voyons !

_ Mais si ! Une ville toujours plus grande, jusqu’à ce qu’elle empiète sur la Chose et que celle-ci réagisse, c’est bibi ! Tes idées conservatrices, pareil ! La fermeture des frontières, ta haine à l’égard des étrangers, j’en passe et des meilleurs, toujours maman ! Tu me ressers un verre ? J’ai soif !

_ Ah ! Ah ! Vous êtes impayable ! Je ne vous connais même pas, et vous êtes en train de me dire que vous me commandez entièrement ! comme si je n’avais aucun libre-arbitre, ni de personnalité !

_ Mais bien sûr que si, tu es libre ! Et t’as ton caractère bien à toi ! Ne t’inquiète pas ! Je t’aime comme tu es ! Car sous mon influence, tu aurais pu te comporter très différemment, par exemple en creusant un trou dans le sol… Certains le font… Ou bien tu aurais pu devenir alcoolique ! Hips ! Mais toi, non, tu as beaucoup plus d’envergure ! Avec moi, tu développes toute une politique ! Tu parles de la grandeur des Doms ! comme quoi ils doivent retrouver une puissance perdue ! T’arrêtes pas ! Des projets pharaoniques, t’en as plein ! Des discours, t’en regorges ! Tu écrases même tes adversaires ! Tu les injuries ! Tu appelles l’enfer sur eux ! Tu rêves même de conquêtes guerrières ! Si bien que tu finis par oublier maman ! Snif !

_ Et comment ! puisque c’est la première fois que je te vois ! Je te tutoies maintenant, vu que tu bois toute ma bouteille !

_ Tu vois, je te l’ai dit ! Tu m’oublies complètement ! Snif ! Tu brises le coeur d’une mère ! Mais j’en ai vu bien d’autres, tu sais ! Vous me niez tous dans le fond ! Je ne suis pas un atout, ni présentable ! On m’ignore volontiers… et pourtant je réapparais comme je veux ! Hi ! Hi ! Vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi !

_ Je pense que tu as assez bu… et que D 4 va te raccompagner !

_ D 4 ? Le singe de l’entrée ? Mais, baste, je suis venu te parler de la Chose !

_ Ah ! Bien, j’ t’écoute et après…

_ Laisse tomber… Elle est plus forte que toi ! Ce n’est pas toi qui vas dominer la Chose ! Ceux qui la fréquentent sont d’une autre trempe que toi !

_ Mon Dieu, ça fait dix minutes que je te supporte… et c’est dix minutes de trop !

_ Mais c’est pour ton bien que j’ dis ça ! La Chose, va falloir que tu t’en accommodes ! C’est pas une mauvaise... chose ! Ouf ! Ouf ! Et comme tu te surmènes, tu s’ras pas complètement perdant ! Faut qu’ t’apprennes à lever le pied ! Hips !

_ Mais t’es complètement saoule, ma parole ! Allez hop, dehors !

_ Laisse-moi te dire mon nom, dans ton oreille ! Voilà mon chou, je suis ta peur ! »