L'ego et la lumière

  • Le 05/08/2023
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Dom64

 

 

                  "Vous voulez voir ma chambre?

                    _ Oui, m'dame!"

                            La Guerre selon Charlie Wilson      

                          

                                     21

     La lumière gare sa voiture devant la maison de l’ego et elle laisse un peu fumer son pot d’échappement, dans l’air froid du matin... Elle veut voir si tout est calme et soudain une femme et des enfants sortent de la maison de l’ego, pour aller à l’école… Ils prennent une voiture et passent devant la lumière, sans la remarquer. Celle-ci coupe maintenant son moteur, puis se dirige rapidement vers la maison, car l’ego doit y être seul !

     Après un coup de sonnette, la lumière entend du bruit et la porte s’ouvre… « Toi ! s’écrie l’ego en découvrant la lumière. Mais… je ne veux pas te voir ! Allez, va t’en ! » L’ego referme la porte, mais la lumière la bloque avec son pied ! Elle dit : « Voyons l’ego, est-ce une manière d’accueillir ses vieux amis ! Laisse-moi au moins t’expliquer, j’en ai pour cinq minutes ! » L’ego se rend compte qu’il ne pourra pas se débarrasser de la lumière comme ça et il se résout à la laisser entrer !

     La lumière pénètre dans le salon en sifflant : tout y est clair, propre, quasi luxueux ! « Tu t’en es bien sorti, à c’ que je vois ! laisse échapper la lumière.

_ On s’débrouille… fait l’ego avec un petit haussement d’épaules. Mais justement, tu n’as rien à faire ici ! J’ai tiré un trait sur toi !

_ Et sur les bonnes manières aussi ! Car tes visiteurs peuvent mourir de soif ! »

L’ego regarde la lumière et se résigne finalement à s’approcher du bar : « Whisky, j’ suppose ? dit-il.

_ Avec un doigt de soda », répond la lumière, qui s’est assise dans un fauteuil. 

     L’ego apporte les boissons et prend place en face de la lumière… « Au bon vieux temps ! » jette celle-ci en levant son verre, mais l’ego ne porte pas le toast et reste nerveux… « Ah ! fait la lumière avec satisfaction. C’est autre chose que le tord-boyau que je m’ permets quelquefois ! Alors tu es heureux ?

_ Comme tu l’ vois ! répond l’ego, en montrant encore son intérieur.

_ Oui, et j’ai aussi vu ta femme et tes enfants partir à l’école ! L’image même de la respectabilité !

_ Qu’est-ce que tu insinues ?

_ Rien, rien, mais tu l’aimes, ta femme ?

_ Qu’est-ce que ça peut t’ faire ? C’est pas tes oignons !

_ Donc, tu ne l’aimes pas ! Et elle ne doit pas t’aimer, non plus ! Vous avez une sorte de contrat, tacite s’entend ! Vous montrez votre réussite et vous n’avez plus peur ! J’ me trompe ?

_ T’as toujours été un sacré connard ! Du temps où j’étais avec toi, déjà t’en loupais pas une ! C’est pourquoi t’es resté un raté !

_ Allons, l’ego, tu crois quand même pas que ta vitrine va tenir le coup ! J’ suis sûr que ta femme a déjà peur de toi… et que tu songes à la tromper, tellement tu t’ennuies ! J’ te connais ! Et puis, y a les enfants… Ils grandissent, se révoltent pour s’ faire les dents et ils jugent et mettent les pieds dans l’ plat ! Y en a peut-être un qui brisera la vitrine, hein ?

_ On s’ tient les coudes ! On est soudé ! On forme une famille, c’est ce qu’ t’as jamais compris !

_ Moi, c’ que j’ai jamais compris, c’est qu’on puisse écraser les autres…, même au nom d’ la famille !

_ Je sais, t’es une victime ! On te doit des comptes ! T’es le gamin figé !

_ Oh là, j’ te demande rien ! J’ suis v’nu te proposer un coup...

_ Ça m’intéresse pas !

_ Attends, y en a pour dix mille vérités ! dans un coffre en province ! Tout c’ qu’il y a de plus facile… et avec ça, t’aurais d’ quoi voir venir…

_ Qu’est-ce que tu veux que j’ fasse de tes vérités ?

_ Le bien, l’ego ! T’arrêtes de te concentrer sur toi, même si tu t’occupes de ta famille ! T’arrêtes ton mensonge, avant que ça craque ! Car tu penses bien, la mort et la vieillesse ne vont pas t’ faire de cadeaux !

_ Et que je perde tout ça ! J’ai une excellente situation ! Je fais même vivre des employés !

_ Mais tout s’ra balayé ! L’hypocrisie ne laisse que des ruines…

_ Tu as fini ton whisky ? Bon, maintenant prends la porte !

_ Comme tu voudras... »

La lumière se saisit de son chapeau et se lève… Elle s’en va, se retourne, veut dire un dernier mot, puis finalement elle sort...

                                                                                                    22

     L’ego est sous la pluie, monté sur une estrade et il s’adresse à d’autres d’egos, qui se sont rassemblés pour l’occasion et qui eux aussi ont l’air de chats mouillés (mais le courage de l’orgueil est bien connu!) ! « L’heure est grave ! tonne l’orateur. La police vient nous expulser ! Elle vient détruire notre avenir, car c’est ici même, dans ce terrain vague, que nous avons jeté les bases de notre rêve, de notre société idéale, où il n’y aurait pas de pouvoir, où nous serions tous frères ! »

     Les auditeurs applaudissent et s’encouragent avec des cris, malgré le crachin qui les douche ! Il y a là toutes sortes de héros ! Le Glacier ! à cause de sa barbe blanche ! 90 ans et toujours d’attaque ! les muscles noueux ! une référence pour les jeunes, un père aussi ! Son plus haut fait ? Il aurait, à poil, effrayer un cordon de CRS rien que par ses hurlements ! D’aucuns disent qu’ils ont eu pitié de lui !

     La Sorcière ! Une reine du mensonge ! capable d’imiter n’importe quelle bourgeoise ! L’espionne parfaite, qui a mille tours ! Pourrait être jolie fille, mais sa voix éraillée, ses tatouages et ses piercings glacent le dos !

     Le Bossu ! plié en deux ! suscite la compassion, mais aussi rebute, car toujours une canette à la main ! Mendiant professionnel, déposé sur son lieu de travail par sa mère, qui lui prodigue les derniers conseils ! Le Bossu intrigue, mais l’orateur n’est pas mal non plus !

     C’est Le Prof ! l’aîné, le guide à la voix suave ! l’intellectuel qui convainc les nouvelles recrues, qui se moque des cerveaux vierges, les hypnotise, avant de les ramener à lui ! Mais, au plus fort du combat, c’est un lâche qui se met en retrait : les coups, c’est pour les plus bêtes !

     Tous, ce matin-là, face au péril qui les menace, ont le sentiment d’entrer dans la légende, en se mettant au service de la justice et en s’opposant au maire, autre ego bien plus puissant ! surnommé Moïse, à cause de ses projets pharaoniques, comme s’il lui suffisait d’étendre le bras, pour que le béton jaillisse de terre ! Dieu tonnant sur sa ville et sous le ciel orageux, ainsi que son ambition aurait été furieuse et noire ! Son rêve ? Des bâtiments immaculés à perte de vue, joints par le serpent du tram ! Une cité moderne, fluide, rare, quasi éternelle !

     Qu’est-ce qu’une ZAD pourrait être à ses yeux ? Mais notre orateur reprend : « La police arrive, nous ne lâcherons rien ! Nous résisterons jusqu’au dernier ! » Sur ce, il crache, la bouche pleine d’eau et un petit poisson écarlate tombe sur l’estrade ! L’animal semble un petit morceau de soleil couchant, mais Le Prof l’écrase brusquement sous son godillot, en criant : « Les assoiffés de pouvoir, nous n’en voulons pas ! N’oublions pas notre rêve d’harmonie et de paix ! 

_ Ouais ! Ouais ! » crie l’auditoire, qui brandit des armes apparemment de l’âge de la pierre ! 

     Dans la rue s’amassent les gros insectes de la police, serviteurs zélés de Moïse ! masse sombre, opaque, ténébreuse ! armée jusqu’au dents ! Des barricades sont enflammées pour l’empêcher de passer ! Des gaz lacrymo répondent et l’affrontement s’engage ! Oh ! Qui chantera ces combats modernes ? Poète, prends ton luth et raconte-nous les exploits du prince noir, dont on ne voit jamais le visage ! Ce sont des panaches de fumée, des palettes rougeoyantes, des courses effrénées et malheureusement des coups ! Ici, on entend un drôle de dialogue !

« Sale enfoiré d’ego !

_ Saloperie d’ego !

_ L’ego ne passera pas !

_ Encerclez l’ego !

_ A bas l’ego !

_ L’ordre contre l’ego !

_ Abus de l’ego !  

_ Tiens l’ego, prends ça !

_ Je ne suis pas un ego ! J’ ne fais que passer !

_ Un ego à terre !

_ J’ veux la peau d’ cet ego, peu importe le prix !

_ We all need an ego !

_ Un bon ego, c’est… etc. ! »

     Autour, les commentaires vont bon train ! « Enfin ! disent les uns. Ça devait arriver, la situation était intenable ! Tous ces fainéants crasseux ! Ils auraient fini par foutre le feu ! C’est le grand nettoyage et allez donc ! » « Scandaleux ! disent les autres ! Ils faisaient pas d’ mal ces jeunes ! Et puis, la police, on la connaît, c’est la reine des bavures ! Encore heureux qu’il y ait pas d’ blessés ! »

     Dans son coin, la lumière hausse les épaules, puis sourit ! « Ils sont tarés ! » se dit-elle et c’est qu’elle en a vu bien d’autres ! Elle s’en va seule, philosophe, et elle se réjouit de respirer ! De temps en temps, elle encourage une petite fleur qui sort d’un mur et qui semble la saluer à son tour !

                                                                                                      23

     « A boire ! fait l’ego. A boire ! » Il est sur une place et se précipite chez le marchand de vins ! « Il faut qu’ je boive ! crie-t-il à l’intérieur. Vous n’avez pas plus grand que ces bouteilles ? » et il ressort avec un cubi ! Puis, il boit à la régalade, comme s’il prenait une douche ! « Oh ! Je n’en peux plus ! Ah ! C’est bon ! »

     « A fumer ! fait l’ego. A fumer ! Où pourrais-je trouver du matos ? » et il court vers le dealer ! « Combien ? demande-t-il. Quoi ? Tu plaisantes, man ! En plus, c’est hyper mal servi ! Hein ? Non, non, je prends quand même ! » Le voilà chez lui préparant son pétard : il brûle sa barrette, s’enivre déjà de son parfum et colle ses feuilles, qui ont quasi la taille d’un journal ! Enfin, il se met à genoux et lève sa carotte, en révérant le dieu haschich !

     « Du sexe ! crie l’ego. Du sexe ! Il me faut du sexe ! » Il cherche, repère, ose, aborde, se retient, se lâche, dit n’importe quoi, sourit, dit « Vous êtes extraordinaire, magnifique, incroyable, démente, vite ! Non, non, ce n’est pas ce que je voulais dire ! Bien sûr, vous avez des sentiments, du charme ! Vous êtes sûrement très intelligente ! » Il regarde sa montre et il rêve qu’il embrasse l’autre, dévore son corps et s’y dissout ! Mais la réalité est toujours là et il suffoque !

     « Une haine ! jette l’ego. Et je bougerai le monde ! Donnez-moi une bonne haine et je m’enflammerai de nouveau ! Rien ne vaut un ennemi, rien ne vaut l’art de la guerre ! Connais-tu le fracas des épées ? Connais-tu la rage de vaincre, la puissance dans la main ? Ah ! Je mourrai en combattant ! en disant : « Tiens ! Tiens ! Prends ça ! », la sueur au front ! J’écraserai le serpent de la patience, l’arme des faibles ! Je triompherai dans la flamme, seul dieu vivant ! »

     « De l’argent ! De l’argent ! sanglote l’ego. De l’argent ! Dieu que c’est bon ! En caressant mes billets, je caresse ma sécurité, mon pouvoir, ma liberté ! Je vois des plages de cristal, des cocktails savoureux ! Je ne ferai rien, je m’ennuierai ! Ou plutôt à moi les choses, les nouveautés, ce qu’il y a de plus cher, pour épater ! Soyons sérieux ! Je bâtirai, j’aurai des plans, un chantier... et plein de problèmes ! J’ai soif ! si soif ! Et finalement l’argent m’assèche, me désespère ! »

     « Un médecin ! demande l’ego. Un médecin ! Ciel, je suis en train de perdre un œil ! J’en suis sûr, il va tomber ! Je ne peux pas me tenir sur mes jambes, c’est impensable ! Je suis obligé d’avancer en glissant sur les murs, sur le parquet ! Ma tête pèse trois tonnes ! Comment puis-je être moi-même ? Ah ! Je me fais peur ! Vite, un autre, que je me fonde en lui, que je ne me sente plus ! Quelle horreur, j’existe ! Il faut me soutenir, me donner des béquilles et m’encourager ! Des médicaments ! Il me faut des médicaments, qui procurent l’oubli, qui m’apaisent ! Oh non, encore ce chien qui aboie ! »

     « Un cancan, par pitié ! gémit l’ego. Un cancan et c’est l’éclaircie ! Dire du mal me met l’eau à la bouche ! C’est comme ça, à chacun ses douceurs ! Je vois ma voisine, ma sauveuse ! Nos langues se délient et s’abreuvent ! Une symphonie commence ! On parle d’un couple, c’est du miel ! « Lui, me dit la voisine, était dans les affaires… Enfin, c’est ce qu’il disait ! Il regardait tout le monde de haut !

_ Elle, elle se croyait riche ! Elle avait des manières, alors que tout lui venait de sa famille !

_ Moi, je les ai toujours trouvés mal assortis ! Etc. »

     « Du ménage ! Du ménage ! martèle l’ego. Je traquerai la poussière jusqu’en Patagonie ! Je passerai l’aspirateur dans la faille qui est dans la faille ! Je me soûlerai de son bruit ! Je tuerai l’araignée sur l’autel de la propreté ! Mes machines tourneront, vrombiront ! Je serai utile, sans pitié pour la crasse ! La tache m’épuisera, me fera vomir ! Les carreaux me casseront les doigts ! La vaisselle ridera mes mains ! L’air pur me lavera ! J’exigerai alors des comptes ! Je présenterai la facture ! J’aurai le droit d’être déçu, par l’inertie des autres ! Ma maison reposera, mais pas moi ! »

     « De la reconnaissance ! réclame l’ego. De la réussite, de la lumière ! A moi le haut de l’échelle et les sommets ! Fi de l’anonymat, de la médiocrité ! Je veux plein d’histoires, des injures, des débats, des procès ! Je veux la une, qu’on se concentre sur moi ! J’ai cinq doigts et, eh ! eh ! dois-je l’avouer ? Eh oui, eh oui, j’ai encore une paire des fesses ! Voilà je l’ai dit ! Qu’entends-je ? Les fans se déchaînent, hurlent ! C’est normal ! O doux chant ! C’est comme si la mer me portait ! Attention à la nouvelle vague, il faut que j’invente un truc ! J’ai, j’ai aussi un âne ! Il s’appelle Anatole ! Hi, han ! »

     « Du mystère ! L’heure du mystère est venue ! affirme l’ego. Les fantômes sont parmi nous ! Ils nous regardent et nous jugent ! Une arbre se déplace derrière moi, je le sais ! Là-bas, il y a une tour et dans la tour il y a une boîte, et dans la boîte, il y a un message ! Car ils sont déjà venus, mais on n’était pas prêt ! Ils reviendront dans leurs soucoupes scintillantes et enfin, on s’ra heureux ! »

     « Un complot supplie l’ego. Un complot ! Que de noirs desseins m’accablent, me torturent ! Moi, le dernier résistant, le dernier voyant ! Je sais lire entre les lignes ! Nous sommes des milliers à recueillir l’information souterraine, la vraie ! Je suis la victime du mensonge, du mal ! Je me dresse contre l’armée des robots ! »

     « De l’intégrisme, du populisme, du radicalisme, de la violence s’il vous plaît ! J’ai soif ! Si soif ! »

                                                                                         24

     Les trois coups résonnent et le rideau se lève ! Sur la scène, la lumière rêve, la tête posée sur son bras et assise à une table ! De quoi rêve-t-elle ? Mais d’une vague bien fraîche, qui vient relever du goémon, avec des bruits de baisers, tandis que des mouettes au-dessus se chamaillent, pleines de vie !

      Cette sauvagerie envoûte la lumière, quand soudain une ego frappe la table, faisant sursauter la lumière ! « Hein ? Quoi ? fait-elle.

_ Tu es à moi, t’entends ! jette l’ego. J’ t’ai repéré dans la rue et je te veux !

_ C’est que…

_ C’est que quoi ? Je ne te plais pas ? »

     L’ego se tourne et montre combien ses formes sont magnifiques ! La lumière avale sa salive…Elle n’en mène pas large… « Alors ? reprend l’ego. Avoue que ça vaut le coup ! T’as l’air tout ému ! Mon pauvre bichon, tout ça, c’est à toi, si tu le veux ! Tu n’as qu’un mot à dire !

_ C’est-à-dire… que c’est assez soudain… J’ai peur… Je crains…

_ Tu as peur de quoi ? Je ne vais pas t’ manger !

_ Si justement ! Ce que je sais, c’est que l’angoisse vous fait chercher un homme, afin que vous ne soyez plus seule et rassurée sur votre séduction ! Et puis, quand vous irez mieux, faudra que je marche à la baguette !

_ J’ comprends pas !

_ Autrement dit, vous ne pensez qu’à vous ! Vous êtes immature et… agressive, car vous estimez que vous avez des droits !

_ Bla, bla ! Tu s’rais pas en train d’ virer ta cuti, des fois ? »

     La lumière est embêtée pour répondre, quand on entend du bruit et des gens entrent, l’air mécontent et se dirigeant vers la lumière… « Voilà notre plainte ! disent-ils et ils déposent un papier sur la table.

_ Qu’est-ce que… ? fait la lumière.

_ Vous nous avez ignorés dans la rue ! Et c’est pourquoi nous demandons 10 000 euros de dommages et intérêts !

_ Diable ! J’avoue que je ne me rappelle pas d’ vous !

_ C’est bien ce que nous vous reprochons ! On s’est croisé sur le trottoir et vous ne nous avez même pas accordé un regard !

_ Sans doute étais-je plongé dans mes propres pensées… Mais je ne vois pas non plus pourquoi je serais obligé de m’intéressez à vous !

_ Comment ? Mais sachez que j’ai un emploi stable, avec des responsabilités et que je paye mes impôts !

_ Je n’en doute pas, mais…

_ Et ma femme ? Elle n’est pas mal ! J’en suis fière, n’est-ce pas chérie ? Pourquoi subirait-elle votre indifférence ? Et ma fille, elle promet !

_ Mais je ne peux pas regarder tout le monde… J’ai aussi mes affaires…

_ Vous allez voir qu’on ne rigole pas avec la justice ! »

     A cet instant, le dialogue est interrompu par un homme qui parle avec emphase : « Les médias représentent le pouvoir et donc il ne faut pas les croire !

_ Ah ? fait la lumière. Mais je vous reconnais, vous êtes l’épicer auquel je viens d’acheter des tomates !

_ C’est exact ! Et vous m’avez déclaré que la société est de plus en plus violente…

_ En effet, cela me semble une évidence...

_ Ah ! Ah ! C’est bien c’ que je pensais ! Vous êtes une victime des médias ! Encore une ai-je envie de dire !

_ J’ai déjà remarqué que vous avez une sensibilité d’extrême gauche et apparemment elle vous aveugle...

_ Nullement ! Je vous résume la situation… Au pouvoir, les riches et les profiteurs ! Ils nous manipulent, augmentent les prix, nous exploitent ! Ce sont les maîtres du monde ! Noirs corbeaux ! Quant aux casseurs de gauche, de braves petits ! Ils essaient de lutter, pour sauver la Terre et la justice ! Là-dessus, les médias créent d’ la peur, pour qu’on ne pipe pas !

_ Vous voulez parler de la sœur de Kate ?

_ Quoi ?

_ Oui, Pipa, la sœur de Kate ! Ouf ! Ouf ! Vous voyez, je suis dépravé, irrécupérable ! Ceci étant, l’humour est une arme contre le désespoir…

_ A condition qu’il soit bon !

_ Il ne l’est pas ! J’en suis désolé, mais tout ce que je comprends, c’est que vous n’avez pas besoin d’ moi ! Vous êtes des fortiches, alors haut les cœurs ! 

_ C’est ça, nous nous en allons ! réplique le père de famille ! Vous ne nous méritez pas !

_ Tout à fait d’accord ! »

     La lumière est de nouveau seule et avec un soupir, elle se remet à rêver…

                                                                                               25

     Les egos mangent… « Celui-là, j’ l’ai baisé ! dit le père. Ça faisait un certain temps que je le voyais tourner autour du pot !

_ Il s’est toujours cru important ! approuve la mère, le dos droit et la cuillère en l’air !

_ Il est venu me voir, alors que j’allais prendre ma voiture… Il était dans tous ses états ! Il m’a dit qu’on l’avait oublié dans le budget! que ce n’était pas possible ! qu’on ne pouvait rien sans lui… et qu’il allait faire opposition !

_ Mais qu’il le fasse, si ça lui chante ! réplique la mère.

_ Il a toujours été contre toi, de toute façon ! ajoute la fille.

_ C’est vrai, reprend le père, mais alors je l’ai pris en quatre yeux ! Je lui ai dit : « Dis donc, qui a soutenu le projet de la salle d’expo ? C’est bien toi qui en étais à l’origine ! Là, t’étais content de me voir ! C’est bien grâce à moi que c’est arrivé au bout ! Or, aujourd’hui, on ne fait rien pour toi ! On t’oublie ! Il serait peut-être temps de renvoyer l’ascenseur, tu crois pas ! »

_ Je me rappelle qu’il était venu ici te relancer ! précise la mère.

_ Oh ! T’aurais vu sa tête ! s’écrie le père. Il était vert ! D’un coup, j’ai refroidi ses ardeurs ! On aurait mis une figue entre ses jambes qu’on aurait recueilli de l’huile ! tellement la stupeur le faisait trembler !

_ Ah ! Ah ! Papa, t’es le meilleur ! fait le fils, enfournant une moitié de pain.

_ Sa femme est aussi sotte que lui ! jette la fille.

_ Allons, allons, mes enfants, coupe la mère. N’oubliez pas la charité ! Il ne faut pas dire trop de mal de son prochain ! Quand je pense qu’il a acheté une Porsche !

_ Son personnel se moque de lui ! lance la fille. Elles trouvent que c’est un vieux beau, qui prend sa voiture de sport !

_ En tout cas, il a les moyens ! lâche le fils, qui tend son assiette pour être resservi.

_ Penses-tu ! Toute sa fortune lui vient de sa femme ! s’écrie la mère, qui redonne à manger au fils. Chou, t’en veux aussi ?

_ Non, pour moi terminé ! répond le père. C’était très bon, mais il faut que je pense à ma ligne !

_ Ah ! Ah ! Mais t’es très bien comme ça ! s’insurge la fille. Tu te fais des idées !

_ Faut que j’aille à la réunion, cet après-midi ! fait le père dégoûté et qui se met à se curer les dents.

_ Mais enfin, papa, t’es pas obligé ! rectifie la fille. Tu peux leur dire qu’ils peuvent se débrouiller ! T’en fais bien assez comme ça !

_ Mais bien sûr que si, il est obligé ! coupe la mère. S’il y va pas, tu vas voir comment ils vont lui tomber d’ssus ! Ils n’attendent que ça !

_ Oh oui ! opine le père. Ils cherchent à me prendre en défaut !

_ Tu parles ! appuie la fille. Ils veulent ton poste !

_ Ce sont des voraces ! confirme le fils, entre deux bouchées.

_ Tu sais qu’ils vont voter contre toi, souligne la fille.

_ J’ m’en fous ! fait le père, soudain las.

_ Et toi, tu dis rien ? demande la mère à la lumière, assise en bout de table.

_ Non…

_ Non, tu préfères nous observer, avec ton petit air sournois ! rajoute la mère.

_ Je n’ai pas un petit air sournois, réplique la lumière, et je n’observe pas… Je ne juge pas !

_ Il ne manquerait plus que ça ! crie la mère, qui laisse aller sa colère.

_ Qu’est-ce qui se passe, chou ? demande le père.

_ Mais il est là… Il ne dit rien, explique la mère, car monsieur se croit supérieur !

_ Mais je ne me crois pas supérieur, répond la lumière, j’écoute, c’est tout !

_ Tu vois, lui dit le père, cet après-midi, je dois aller à une réunion, à laquelle je n’ai pas du tout envie d’aller ! Mais il faut bien que j’y aille, car il faut te payer à manger et il y a tes études aussi ! Tu verras quand tu s’ras dans la vie active !

_ Mais je sais, répond la lumière, et je n’ai rien dit !

_ Tu n’as rien dit, jette la mère, mais tu n’en penses pas moins ! On s’ crève le cul pour toi et qu’est-ce qu’on a en récompense ? Ta gueule, ton mépris ! J’en ai marre !

_ Mais…

_ Ne réponds à ta mère ! avertit le père. Si jamais tu lui manques de respect, je te casse en deux !

_ Je sais…

_ Bon, y a quand même des limites !

_ Il faut que tu changes d’attitude ! dit la mère à la lumière. Ça peut pas continuer comme ça, tu peux être sûr ! »

     On commence à faire la vaisselle… Le père et la mère discutent encore et la lumière se tient sur ses gardes : on peut de nouveau la prendre à partie ! Elle agit comme un robot, dans un monde qu’elle ne comprend pas ! Son cœur est fermé et elle est triste ! Où est l’espoir ?

 
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