On méprise!

  • Par
  • Le 04/01/2020

On meprise

 

 

 

 

 

    "Simon est de retour à la maison!

    _ Regarde-moi dans les yeux, Simon! Bien! Maintenant, tu peux aller prendre ton goûter!"

    Cette petite scène du film Code Mercury va donner le ton de cette chronique, car il y s'agira bien d'ouvrir les yeux, de considérer bravement un sujet quelque peu scabreux, puisque nous allons parler de sexe, mais sans amour!

    Nous sortons notre poubelle, quand le voisin nous fixe bizarrement! Il est à la fois inquiet et fasciné! Autrement dit, nous lui avons tapé dans l'œil! Ce n'est pas la première fois que nous intéressons des hommes, même si, de notre côté, nous avons toujours préféré les femmes! D'ailleurs, nos penchants dépendent de notre état moral et beaucoup d'hommes mariés, qui ont été déçus dans leurs ambitions et qui deviennent avec le temps de plus en plus dépressifs, sont finalement attirés par une liaison homosexuelle, avec ce qu'on appelle vulgairement une "folle"; parce qu'ils ne croient plus en eux-mêmes et qu'ils n'ont plus la force de vouloir s'imposer (leur égoïsme reste néanmoins très vif!)! Conquérir une femme est généralement comme "conquérir" la société!

    Cependant, loin de nous d'expliquer l'homosexualité par l'absence de force virile; le sujet est beaucoup plus vaste bien entendu! Mais il n'en demeure pas moins que de nombreux hommes, en vieillissant, se tournent vers elle à cause de la dépression!

    Par ailleurs, nous pouvons avoir l'air de nous contredire, en montrant combien est essentielle la domination, mais notre but n'a jamais été de la détruire! Elle nous est effectivement indispensable et il nous serait impossible de faire un pas de plus, si nous n'avions pas un tant soit peu le sentiment de notre valeur, de notre supériorité!

    Mais nous voulons donner à cette dernière un autre sens que celui qui existe dans la vie animale! Il ne s'agit plus de "triompher" des autres ou d'occuper dans la société une place prééminente, mais bien de jouir de son propre rôle, de s'enchanter même de son importance, par la connaissance, la sagesse; jusqu'à même être d'une tranquillité absolue grâce à la foi!

    Mais revenons à notre propre séduction, car nous avons commencé par la mettre en scène... Nous pouvons l'attribuer sans doute à des traits féminins et à des membres plutôt fins, mais, quand nous étions jeune homme, nous ne comprenions guère ce qu'on nous voulait, bien que les propositions fussent somme toute courantes, notamment si nous faisions du stop! Toutefois, aujourd'hui, nous voyons bien que le seul sentiment qui les anime est la domination! Le respect de l'autre, l'amour qu'on pourrait lui porter, en sont justement bannis! Expliquons pourquoi!

    Un dimanche matin, nous sommes dérangé par une voix criarde, qui perce notre fenêtre! Le seul jour que le trafic épargne, il faut encore que certains troublent la paix! Nous comprenons vaguement que la voix vient de chez le voisin et nous nous demandons qui peut ainsi parler d'une façon aussi désagréable!

    Nous avons la réponse l'après-midi! Le voisin apparaît avec sa conquête du samedi soir! C'est un homme qui porte une serviette et qui apparemment n'est même pas retourné chez lui, après le travail! Le dimanche, en effet, peut être considéré comme une journée vide et angoissante, ce qui fait que beaucoup, comme le couple que nous avons sous les yeux, cherchent à rompre leur solitude durant le week-end!

    Mais le compagnon du voisin parle et nous reconnaissons sa voix haut perchée! Il demande s'il a bien compris comment rejoindre la rue, car il a un portail fermé devant lui! Le voisin lui répond à peine et avec une pointe de mépris! D'un coup, nous comprenons la situation, d'autant que le compagnon maintenant passe devant nous, invisible, et qu'il démarre tout aussi rapidement!

    Cet homme est rongé par l'angoisse, d'où sa voix trop forte, d'où son hésitation pour s'en aller, car c'était de nouveau se retrouver seul! Mais cela veut aussi dire que sa liaison ne lui a rien apporté, sinon de l'humiliation, quand il y repensera! Mais, ici, il faut comprendre d'où vient le mot "folle"!

    Celui qui est appelé ainsi ne semble vouloir qu'une chose: c'est de s'anéantir dans le sexe! S'abreuver de chair, se dissoudre en elle est comme un désir irrépressible chez lui, au point qu'être méprisé renforcerait sa jouissance, car l'esprit, l'individualité serait chassée au profit des seuls sens!

    Cette attitude défie la raison, car elle appelle à une certaine maltraitance, d'où le nom de "folle", pour traduire cette ambiguïté; mais elle n'est pas due à une féminité exacerbée! C'est bien plus des tourments qui consument, une usure psychique qui fait qu'on a recours au sexe, comme à une  noyade!

    On ne veut plus voir la réalité, mais se donner un maître! On se soumet pour ne plus penser! On devient esclave, pour ne plus exister! La tension est trop forte et n'importe quelle relation est un soulagement!

    Pour bien comprendre cela, il faut se rappeler combien il est difficile de "se tenir debout" dans la vie! Mais, ici, nous nous heurtons à l'hypocrisie ambiante, car ceux qui sont le plus à l'aise sont justement ceux dont la domination est la plus forte! Leur équilibre provient du contrôle qu'ils ont sur les autres! C'est la satisfaction de leur égoïsme qui leur tient lieu de boussole, et nous savons désormais à quelle tyrannie cela mène!

    Par contre, ceux qui sont affaiblis, qui n'ont pas de pouvoir, qui sont blessés ou névrosés, ceux-là sentent le vide sous leurs pieds! Ils sont saisis par le vertige, l'angoisse! Ils tremblent, vacillent, transpirent! Ils sont en quête d'une aide! Ils connaissent l'épouvante!

    Mais demandons-nous qui peuvent être ces hommes qui trouvent normal de mépriser et d'être considérés comme des maîtres! Qui sont-ils ceux qui profitent du désarroi d'autrui? Ils pensent peut-être ne répondre qu'à une demande, mais bien avant ils s'admirent et bien que laids et sales, ils se croient irrésistibles! Ce sont en réalité des cadavres, des tombes debout, que le ver de l'égoïsme dévore à loisir!

    D'ailleurs, le voisin nous regardera encore une ou deux fois avec dureté, car, dans son esprit, la faiblesse doit céder à l'esclavage! Un vautour est moins puant!

    Cependant, ce type de relations n'est pas propre aux hommes; il existe aussi chez les femmes! Certaines, pour les mêmes raisons, perdent totalement le sentiment de leur valeur, de leur dignité, et s'oublient dans la soumission! Leur réveil est parfois brutal et toujours douloureux, car le mépris ne peut pas ne pas laisser de l'amertume!

    Mais c'est comme une maladie, c'est plus fort que soi! Il faudrait à ces hommes et à ces femmes de l'apaisement, une reconstruction, ce qui éviterait l'usure psychique et permettrait le choix! Ces chroniques peuvent aider dans cette voie, car le fond du problème est toujours le même: vaincre sa peur! La justice revient quand on voit la médiocrité de ceux qui nous ont abusés! On est alors de nouveau dans le champ de la conscience et un être humain!

    Cependant, la plupart des couples sont en partie constitués par la domination; il ne saurait en être autrement! N'est-elle pas le moteur de notre individualité?

    Aujourd'hui, des personnalités féminines se plaignent, à la télévision, d'une relation toxique! Elles ont essayé de plaire à un homme, mais, malgré leurs efforts, il n'était jamais satisfait! Elles en ont été conduites à lutter contre elles-mêmes et à perdre totalement l'estime de soi! On comprend leur ressentiment!

    Mais, dans ce genre de cas, bien souvent l'homme est d'abord la victime de ses tourments! Un parent autoritaire l'aura préalablement fragilisé, ce qui fait qu'il ne peut être heureux lui-même et c'est la guerre, qu'il mène contre sa propre personne, qui rejaillit sur l'autre!

    De même, certaines femmes reproduisent les reproches qu'elles ont subis, durant l'enfance, et cinglent leur compagnon! Cette attitude a d'abord pour but d'exprimer sa propre souffrance, car la justice n'a pas été rendue! On expérimente sur d'autres des situations qui nous ont blessés, ce qui permet de mesurer combien celles-ci ont été anormales!

    Nous sommes tous à un stade de développement, qui dépend du degré de domination de ceux qui nous ont éduqués! Autrement dit, nous sommes tous plus ou moins matures ou immatures! Evidemment, nos relations amoureuses s'en ressentent!

    Nous nous souvenons d'une femme, qui méprisait l'homme qu'elle venait de quitter, puisque celui-ci, pour dire sa révolte, ne laissait devant sa porte que des objets en pâte à modeler!

    Nos premières amours sont toutefois fusionnelles, selon le terme consacré! Mais ce n'est pas, comme le disent certains psychologues, à cause d'une quelconque nostalgie, à l'égard du stade fœtal, dont nous n'avons de toute façon aucun souvenir ("Dieu merci!", pourrait-on dire!)! C'est plutôt qu'il est toujours difficile de se "mettre sur ses jambes", d'autant qu'elles sont jeunes et tendres!

     Quand on commence à "porter le poids de la vie", on est tenté de saisir n'importe quel moyen pour y échapper! L'alcool et la drogue sont souvent utilisés, mais on a aussi l'illusion que la relation sexuelle permet de ne faire plus qu'un avec l'autre; ce qui est encore un moyen de "disparaître", de ne plus penser!

    C'est donc l'époque des grands déchirements, des drames, dont on croit qu'on ne se remettra jamais! On était heureux et voilà qu'on se quitte, sans savoir pourquoi! Ben dame! On est appelé à s'individualiser, pas à rester "collé!"

    On règle ses comptes! "Ah! mais toi, t'es comme ça!

    _ Hein? Et toi, tu t'es pas r'gardé! Qui fait le plus d'après toi?

    _ La vérité, c'est qu' t' es une bourgeoise!

    _ Quoi? Dehors, j' t'ai assez vu! Sale rat! Allez dehors! Fous-moi le camp!

    _ Bourgeoise!"

    On ne se doute pas qu'on continue ainsi l'œuvre de la nature! On se forge, on se construit, nos caractères s'affirment, même par les disputes, peut-être surtout par elles!

    A la suite d'une séparation, du côté masculin, on erre dans la rue, morne, hagard! On rumine; on n'est plus qu'une enveloppe à ressentiments! L'amertume nous donne une soif inextinguible! On fait peur au barman lui-même! On parle des femmes, comme si on les connaissait! Encore heureux qu'on trouve quelque grabat pour la nuit! La vie est décidément trop cruelle!

    Du côté féminin, on éclate en sanglots chez la copine, qui est tout de même heureuse de vous voir dans cet état! Elle était un peu jalouse et elle vous voit revenir, soumise! Elle vous donne bien entendu quelques conseils; elle dit: "Tu sais, les hommes...", comme si elle les connaissait! Mais nous n'avez qu'un mot dans la bouche: "Le salaud! Le salaud!"

    Les deux camps se fortifient et finalement on se connaît de mieux en mieux, on est de plus à en plus à même de donner, puisqu'on est mieux défini! Mais, on le voit, d'après tout ce qui a été dit, il n'y a pas apparemment de véritable amour, tant qu'on reste esclave de sa domination!

    Aimer l'autre, ça ne peut pas être le contrôler, l'humilier, le mépriser! C'est d'abord le respecter, le rendre heureux! Il fut un temps on avait peur du diable! On parlait de péchés, on se confessait même! On craignait d'être envoyé en enfer et on se méfiait de soi-même; on faisait attention, on cherchait à s'améliorer!

    Aujourd'hui, qu'est-ce qui peut nous inciter à lutter contre notre égoïsme? Apparemment rien! Au contraire, nous n'avons que lui et il nous sert comme un radeau en plein océan! Nous convenons tous que nous commençons nos vies, par chercher qui nous sommes! Pourquoi alors nous figeons-nous, arrêtons-nous notre développement; en pensant que ce sont les autres qui nous doivent quelque chose?

    Un jour quelqu'un, qui se croyait très malin, a dit: "Dieu a créé les hommes pour qu'ils l'adorent!" On voit le venin de la formule, puisqu'elle fait apparaître Dieu comme le plus vain de tous! Mais qu'est-ce qu'adorer? Ce n'est pas se prosterner, ni être soumis! C'est de s'enchanter d'aimer! C'est de se sentir grandi par l'amour que l'on porte! En ce sens, oui, Dieu a créé les hommes pour qu'ils soient heureux!

    Mais restons tristes et fermés! Continuons à macérer dans nos réduits et à regarder nos Smartphones, comme des compteurs Geiger! Gardons nos haines! Il y aura bien une guerre ou un cataclysme, pour nous sortir de là!