Les enfants Doms (XXXIV-XXXIX)

  • Le 24/09/2022
  • 0 commentaire

Dom26

 

 

 

                                XXXIV

 

    Une grande partie de RAM était maintenant envahie par les Followers et des images prises du ciel montraient cette vague grouillante à l'assaut des buildings, y provoquant l'effroi et la panique! Beaucoup, devant leurs télévisions, restaient médusés, comme si la démesure frappait le cerveau d'inertie! D'autres se barricadaient déjà et faisaient des stocks, vidant les magasins! On assistait à des scènes de violence, pour du beurre ou du café, alors que le danger n'était même pas imminent! Mais l'égoïsme et sa laideur ne se contenaient plus, d'autant que l'animal qui était en chacun n'avait jamais été vraiment combattu!

    Les rares qui avaient un peu d'humanité et d'esprit étaient choqués par ces comportements! Ils étaient saisis de dégoût devant cette dureté, car elle semblait une porte irrémédiablement fermée sur l'espoir! D'un coup, le seul sens était celui de la jungle, du plus fort! Pourtant, la solidarité était nécessaire au salut et il fallait raisonner ceux qui avaient des victuailles plein les bras! Mais la peur avait le dessus et même les plus sages l'éprouvaient de nouveau, alors qu'ils croyaient l'avoir définitivement maîtrisée!

    Mais qu'est-ce que c'était au fond ce déferlement des Followers, sinon les digues de la haine et de la frustration qui avaient cédé? On ne voulait plus se contrôler, attendre, mais prendre et jouir! Pourquoi aurait-on agi autrement? Y avait-il autre chose que le culte de soi? Si oui, pour quelle destinée? Qu'est-ce qu'était l'espace? un jeu de particules incompréhensible? La Terre n'était-elle pas une planète deux fois perdue, par sa situation et la pollution? Qui croire, sinon soi-même? Comment dans ces conditions demander de l'humilité, de la modestie? Le temps fuyait et commandait de tenter sa chance! 

    D'ailleurs, RAM était pour l'heure particulièrement fragile! On y préparait de nouvelles élections, car la ville était sans chef! Devant la Tour du Pouvoir s'était regroupée la police et elle avait l'air d'attendre de pied ferme les événements! Mais avait-elle vraiment pris conscience de leur ampleur? Il régnait parmi ses rangs comme une sorte de doute et on fut surpris par l'apparition des enfants Doms dans le ciel! On commençait juste à les considérer, quand les Followers surgirent de partout, glissant les uns sur les autres, créant une onde sale de petits cris et de dents jaunes!

    C'était visqueux, quoique rapide! C'était avide, quoiqu'aveugle! Bref, c'était affreux, horrible et même terrifiant et la police ouvrit le feu, gagnée par la folie! Le flot fut arrêté ici et là, mais il en venait toujours et bientôt les forces de l'ordre furent submergées, dépassées, sans avoir le temps de fuir! Leurs chefs, survolant la zone, étaient figés, impuissants et la marée sombre s'attaqua à la Tour du Pouvoir! Des "RAM! RAM!" résonnaient comme une clameur de victoire et les enfants Doms jubilaient! Ils allaient devenir les maîtres! C'était leur place! Ils étaient nés pour cela!

    La Tour fut prise et vidée! Son drapeau fut changé! Il représentait maintenant un enfant dans sa bulle! La haine des Followers se calma avec le soir et les petites bêtes se reposèrent! Le sort de RAM était désormais en suspens et la ville elle aussi reprenait son souffle! On essayait de comprendre, de se retrouver, de s'adapter! Qu'est-ce qui s'était passé? Comment en était-on arrivé là? La stupeur était peu à peu remplacée par la réflexion... On bougeait, on essayait de remettre de l'ordre en soi et autour! On écoutait, on observait, on redevenait l'ancêtre lointain qui guettait, interprétait! Dans le ciel serein et velouté de la nuit, cependant, la lune fit son apparition, telle une reine éternelle! 

 

                                                                                                    XXXV

 

    Après une nuit difficile, au matin, Andrea s'éveilla auprès de Sullivan et les yeux encore lourds, ils regardèrent au dehors: la rue était déserte et jonchée de détritus! "Venez, dit Andrea à Sullivan, nous allons essayer de retrouver un ami, le fondateur de l'OED!  Lui seul pourra nous aider et nous dire ce qu'il faut faire!

    _ Mais il y a sans doute des Followers qui rôdent!

    _ Des Followers?

    _ Oui, c'est comme ça que s'appellent les créatures! Je l'ai appris par la bouche des Numériques!

    _ Les Numériques?

    _ Mais oui, c'était le nom qu'ils se donnaient! ceux que vous appelez les enfants Doms!"

    Andrea et Sullivan eurent un sourire l'un pour l'autre, devant un tel imbroglio, mais Andrea rajouta: "Ne vous en faites pas pour les... Followers! J'ai dans mon sac une arme extrêmement efficace contre eux! Elle a été conçue par Macamo et elle nous évitera tout ennui, à condition de ne pas rencontrer trop de ces affreuses taupes!"

    En fait, chacun avait vécu à sa manière l'invasion! La psychologue Lapie par exemple! Quand Ratamor était sorti de l'hôpital, elle avait décidé de se rendre à son adresse! Elle s'était garée devant son immeuble, se demandant ce qu'elle ferait, si elle le voyait sortir! Elle songeait à l'écraser, quand elle reçut elle-même un choc! Le flot des Followers venait de recouvrir entièrement son autociel et elle voyait leurs faces hideuses déformées par les vitres! A cet instant, elle hurla!

    Le grand-père poète, quant à lui, ne fut pas vraiment surpris! Il avait compris depuis bien longtemps que les pires horreurs commençaient pas un regard de mépris! Le mal était ce qu'il y avait de plus quotidien, de plus harassant, car on devait lutter contre lui chaque jour et partout! Qu'il eût pris la forme des Followers était singulier, propre à une époque, mais pour le grand-père, cela ne changeait pas grand-chose!

    Il vivait dans l'un des rares jardins de RAM, entre ses murs et il continuait à s'occuper de ses roses et de ses petits-enfants!

    Cariou, lui, fut emporté par le tsunami des créatures, mais il n'y succomba pas! Il savait d'où elles venaient et qui les commandait! La domination des enfants Doms couraient dans leurs veines, il ne pouvait en être autrement! Leur haine ne dévorait donc pas Cariou, puisque lui-même n'avait pas besoin de dominer! Il était comme insensible à leurs morsures, bien qu'il sentît toute leur férocité! Il était comme un rocher dans leur flot!

    Il en eût été tout le contraire, si l'équilibre de Cariou avait reposé sur la supériorité! Les Followers auraient trouvé des failles, car Cariou se serait débattu, aurait nécessairement cherché à vaincre! Ici, la haine glissait le long de son corps et il rentra chez lui, juste secoué!

    Au pied de la Tour du Pouvoir, on assistait cependant à d'étranges scènes! Les enfants Doms  apparaissaient au-dessus des Followers, qui sentaient leur présence et qui alors manifestaient leur adoration! Les taupes se trémoussaient, se tortillaient, levaient leur tête aveugle, poussaient des "RAM! RAM!", battaient leurs bras atrophiés et ça reniflait, couinait, bavait, pleurait, ce qui avait l'air d'enchanter leurs maîtres!

     Mais parfois, dans la masse velue et sombre, se produisait une mutation, une transformation! Un Follower devenait un enfant Dom! Sa bulle s'élevait soudain et il n'était plus la bête disgracieuse, mais un ado fier et venimeux! Il avait dès lors ses propres Followers, qui le servaient, l'admiraient et qu'il inspirait, dirigeait!

    Toutefois, les relations entre les enfants Doms et les Followers n'étaient pas si tranchées et elles ne se résumaient pas à une domination ou une allégeance absolues! Il arrivait qu'un enfant Dom, trop sûr de lui ou méprisant, s'approchât exagérément près des Followers et il était aussitôt attaqué, tant leur appétit, leur avidité étaient grands!

    Chacun devait faire attention, était tenu dans certaines bornes, car le maître et la taupe étaient dépendants mutuellement! Le premier apportait à la seconde une identité, le passeport pour sortir de l'anonymat et de sa nuit, mais sans le Follower, l'enfant Dom n'avait pas de puissance et ne restait qu'un dieu ou une déesse pleins de doutes!

    Bref, l'ancien fief de Dominator était plein de simagrées, de haine sourde et de suffisance!

 

                                                                                                XXXVI

 

    Un grand silence régnait dans RAM et c'était exceptionnel! On n'y paradait plus! On n'y consommait plus, on n'y dominait plus! On ne cherchait plus à attirer les regards, ni à afficher sa réussite, sa beauté ou sa force! On ne jouait plus, on ne masquait plus! On était contraint de s'interroger, de regarder, d'attendre! On se demandait ce qui se passait, car on avait peur des créatures! Et on se demandait enfin qui étaient ces enfants dans leur bulle!

    Le temps était comme suspendu! Le grand "cirque" avait cessé pour une fois! Chaque jour, des millions d'individus sortaient de chez eux pour gagner leur vie, mais ils s'enfermaient dans une routine, qui servait leur mensonge et leur lâcheté! Si on souffrait, si on était effrayé, c'était à cause de cette entrave qu'on s'était mis au pied et qu'on disait nécessaire! On n'avait pas le choix, on était une victime! Le travail devenait un prétexte, pour ne pas aller au cœur, affronter la vérité, car que faisait-on là, sur cette minuscule planète, avant de mourir?

    La domination tenait chaque chose, aveuglait chacun! Même le scientifique, qui parlait d'un temps de dix puissance moins quarante-sept secondes, ne comprenait pas vraiment ce qu'il disait, mais c'était bien la soif de découvrir, la joie de trouver et donc la satisfaction de l'amour-propre et la renommée qui l'empêchaient d'être anéanti par l'immensité! On croyait qu'on pouvait vivre dans l'hypocrisie, malgré tous les signaux d'alarme!

    On voulait à tout prix satisfaire ses appétits et on n'avait aucune honte! Mais le plaisir n'était-il pas la seule bouée de sauvetage? N'était-il pas le feu sacré, qui étouffait les plaintes de la nuit? On s'enivrait de soi, c'était la solution! Or, voilà que la "machine" s'était arrêtée! Les rues et le ciel étaient déserts! On ne comprenait pas que les enfants Doms n'étaient qu'une création de la société! Comme on niait son propre égoïsme, comment imaginer que celui-ci avait enfanté les monstres qu'on craignait?

    La situation était inédite, paralysante, angoissante! Il n'y avait plus de repères, on ne pouvait plus s'abrutir par le mouvement, l'activité! On était confiné chez soi et déjà pour la plupart, c'était insupportable! Certaines même n'acceptaient aucunement ce qui se passait et ils considéraient qu'on exagérait, qu'on les menait en bateaux et qu'on voulait contrôler les gens par la peur! Ainsi, quelqu'un s'approcha de la Tour du Pouvoir, en claquettes et le Narcisse à l'oreille, parlant tout haut, comme si une allure totalement détachée allait enlever le problème, faire tomber le décor, dénoncer la mise en scène!

    Mais l'individu fut sauvagement attaqué et dépecé! D'autres, plus rationnels, qui ne mettaient pas en doute le danger, s'enivraient chez eux! Il fallait jouir, tromper l'ennui, garder "la tête chaude"! Mais la grande soupape de sécurité, celle qui provoquait le soulagement le plus courant, c'était bien entendu la critique à l'égard du pouvoir! C'était fustiger super maman, son inaction, son incompétence, sa vénalité, etc.! En pratiquant ce sport national, on s'évitait toute remise en question! C'était la gaine protectrice par excellence, contre tout ce qui pouvait renvoyer les hommes à leur solitude et à l'étrangeté de leur condition!  

    Il y avait tout de même un hic, puisque super maman, après le suicide de Dominator, n'était plus là et l'Assemblée ne pouvait pas plus prendre le rôle de responsable, car elle ne siégeait pas, faute de députés! Les médias également ne fonctionnaient pas et à la télévision passait un programme minimum, en boucle! Les débats, les discussions s'épuisaient donc vite, car on n'y répondait pas et chacun voyait sa haine stérile! On était comme forcé de se regarder dans la glace, de considérer peut-être pour la première fois sa destinée, de peser sa vie sans le gouvernement!

    La ville mûrissait malgré elle! Des peurs, qui auraient déjà dû être mille fois rencontrées, frappaient comme des étrangères à la porte! Tout ce qu'on n'avait pas voulu voir montrait le bout de son nez! On allait enfin véritablement travailler! porter un peu de la peine du monde! mettre en doute son égoïsme! On aurait, extraordinaire nouveauté, des cals au cerveau, puisqu'on aurait réfléchi! Les anges eux-mêmes pleuraient!

 

                                                                                        XXXVII

 

    Bien sûr, chez les candidats aux élections, on s'intéressait particulièrement à la catastrophe, car si on pouvait se présenter en libérateur, on serait forcément élu! Ainsi, toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues et Nuit accueillit le général Mécontent, quoiqu'il ne le prît pas au sérieux! "Général, quelle bonne surprise!

    _ Monsieur Nuit, je vous remercie de me recevoir, mais je crois que j'ai une bonne idée!

    _ Vraiment?

    _ Oui, j'ai réuni un commando de vieux briscards, comme moi... Ah! Ah! Et nous allons nous introduire dans la Tour du Pouvoir, afin de neutraliser cette vermine d'enfants Doms!

    _ Ecoutez, général, je ne voudrais pas mettre en doute vos capacités, mais...

    _ Jamais nous n'avons arrêté l'entraînement! Nous sommes en plein forme physique! En outre, monsieur Nuit, vous rappelez-vous que vous êtes le constructeur de la Tour?

    _ Euh... Mais oui! C'était l'un de mes premiers chantiers! Une autre époque!

    _ Eh bien, j'ai demandé à vos services les plans de la Tour... et il existe un moyen d'y pénétrer, sans alerter ces  pouilleux de Followers!

    _ Vous m'intriguez..."

    Le général déplia le plan sur une table et reprit: "Regardez, c'est ici... Il existe un escalier dit "rouge", de haute sécurité, qui permet une évacuation contre tout incendie!

    _ En effet... Il a dû être construit suivant les ordres de Dominator!

    _ C'est un escalier quasiment secret, très étroit et même dans le bureau de Dominator, son entrée est cachée! Pareillement, il s'ouvre sous la Tour, mais comme s'il n'existait pas, dans un coin reculé!

    _ Et vous comptez passer par là?

    _ Exactement!

    _ Vous imaginez la montée?

    _ Cela vaut la peine d'être tenté! Nous aurons des armes et si les enfants Doms résistent...

    _ Je vois, vous n'aurez pas les scrupules de l'armée, ni de la police!

    _ L'armée en ce moment a des problèmes de chef, comme RAM!

    _ Oui, on m'a dit que le général Gallibur avait quelques soucis... Evidemment, si vous réussissez, je vous reconnaîtrai et deviendrai président! Je saurai vous remercier! Mais en cas d'échec...

    _ C'est clair, mais j'ai tout de même besoin de votre feu vert!

    _ Vous l'avez, général! Vous l'avez! Mais qu'est-ce qui vous motive à ce point?

    _ Disons que l'inaction me pèse... et puis j'ai quelques comptes à régler!"

 

                                                                                                XXXVIII

 

    Le commando Mécontent décida d'opérer de nuit, car les Followers avaient pris l'habitude d'y faire la fête! Ils allumaient de grands feux au pied de la Tour et s'enivraient! Comme ils étaient maladroits, avec leurs bras, ils plongeaient carrément la tête dans des cuves remplis d'alcool et ragaillardis, ils se trémoussaient au rythme d'une sono démente! C'était la foire à la frime!

    Le commando attaqua la porte de l'escalier, sous la Tour, au chalumeau et on comptait là quatre hommes bien décidés, tout vêtus de noir et bien armés! Ils pénétrèrent dans l'escalier et leur frontale éclaira une vis étroite, qu'ils devaient gravir interminablement! Mais ce ne fut pas le manque de souffle qui les gêna, c'était cet effort répétitif, abrutissant, qui finissait par cisailler les genoux!

    L'escalier avait à chaque tiers du bâtiment une porte, qui servit de repère! Là, le commando fit une pause et reprenait des vitamines, alors qu'aucun bruit de l'extérieur ne lui parvenait! Enfin, il fut au sommet, où il put sans difficultés ouvrir de l'intérieur la dernière porte! Celle-ci débouchait effectivement dans un coin sombre et poussiéreux, mais très vite le commando vit de la lumière et entendit des voix!

    Ce qu'on savait, c'était que les enfants Doms eux-mêmes s'étaient donné un chef et qu'il était sans doute le plus puissant d'entre eux! Il s'appelait Rimar et comme un roi, il avait pris une reine, Sarma! Les enfants Doms formaient donc une petite cour et pour l'heure ils étaient occupés par quelque agape, entrecoupée de querelles! Le commando surprit tout le monde, tant il avait l'air menaçant, avec ses armes braqués!

     Le silence se fit et la voix du général claqua: "On reste bien tranquille ou il y aura du sang sur les murs!" Mais un rire sec lui répondit, celui de Rimar! "Et qu'est-ce que tu veux faire? demanda celui-ci. Tu veux me tuer? Mais tu es comme moi! Tu ne le vois peut-être pas, mais ta bulle existe! Non, ne dis rien! Laisse-moi imaginer ton histoire!"

    Le général avala sa salive, il s'apprêtait à écouter des choses désagréables! "Tu es de la génération précédente, reprit Rimar, et elle était plus disciplinée, car elle était mieux encadrée par des valeurs et l'avenir n'y était pas bouché comme maintenant, à cause du réchauffement! Tu as donc suivi le parcours! Tu as travaillé toute ta vie, pour avoir ta retraite! pour avoir le droit d'être vieux en somme! Ah! Ah! Mais tu as quand même été un p'tit chef pendant tout c' temps! Dame, il te fallait ton monde! qu'on t'obéisse! comme on continue à le faire encore maintenant!"

    Les mots de Rimar apparemment frappaient juste, car le silence devint encore plus pesant! "Mon Dieu, quelle était ta profession? Tu commandais qui ou quoi?

    _ J'étais patron sur... un bateau de dragage! balbutia le général comme envoûté!

    _ Voilà! C'était ta cour! T'y faisais ta loi! Hi! Hi! Combien d'hommes y as-tu tyrannisés?"

    Le général ne répondit pas... "Eh bien moi, j'ai osé! s'emporta Rimar. Nous avons osé! Notre génération a pris les rênes! Et tu voudrais me tuer, alors que je suis ce dont tu as toujours rêvé! Tu voudrais détruire ton idéal? à cause de ta colère rancie? de ton manque d'audace? Allez, fais-moi bouger les choses, en attirant l'attention sur toi! Montre comment tu es un Dom, puisque c'est le nom qu'on nous donne! Montre ta puissance! On jugera ainsi de la mienne!"

    Le général n'était plus sûr de lui! Son front, ses mains étaient moites! Mais il fit comme on lui avait dit! Il s'efforça de concentrer tout ce qu'il y avait autour sur sa personne... et bien entendu ses larges épaules et sa queue, dont il était le plus fier, lui servirent! Mais les murs et les esprits furent à peine ébranlés! C'est que le général avait toujours craint en secret le regard des autres, à cause de son manque d'instruction! Il nourrissait une haine particulière à l'égard d'hommes qu'ils considéraient comme hautains et cultivés, appartenant à un milieu qui dans son imagination lui échappait et le méprisait! Sa domination entraînait forcément de la paranoïa!

    "C'est tout ce que tu peux faire! éructa Rimar! Il est vrai que nous ne sommes pas sur ton bateau! Regarde! Regarde ma puissance!" A cet instant, les murs voltigèrent, tourbillonnèrent! Ils se déchiraient en arêtes vives, s'ouvraient sous une nuit traversée de flammes, ainsi que les lieux n'eussent plus été qu'une cathédrale en ruines, signant le triomphe de la mort et de la désolation! Le général était à terre, comme ses hommes, et il gémissait! Quelque chose avait craqué en lui et le vieillissement l'envahissait! Il n'était plus qu'une chiffe et Rimar le commanda! "Viens voir ce qu'est la gloire!" cria celui-ci et le général, tel un somnambule, apparut sur le balcon, en compagnie du roi des enfants Doms! 

    Aussitôt des projecteurs se braquèrent sur eux et une immense clameur monta d'en bas! "Dom! Dom!" entendait-on! Ce n'était plus RAM qui était dans la bouche des Followers, car la ville était vaincue, mais c'était Dom, pour glorifier le maître, la force! "Ecoute-les, général de pacotille! reprit Rimar. Et rejoins-les!" A cet instant, le général bascula dans le vide, car il fut encore le jouet de la puissance psychique de Rimar et ses hommes connurent le même sort! Ils furent poussés un à un par leurs cauchemars!

 

                                                                                      XXXIX

 

    Cariou était rentré chez lui et il se reposait, en écoutant de la musique! Le son pur d'un oud l'emmenait bien loin de RAM! Mais on sonna à la porte et c'était Andrea, accompagnée par Sullivan! On fit les présentations et on s'installa au salon, tandis que Cariou restait tout de même attentif au oud, qui continuait en sourdine...

    "Alors que comptez-vous faire? demanda Sullivan.

    _ Eh bien, pas grand-chose, à vrai dire!

    _ Mais la ville est complètement immobilisée... et Andrea m'a dit que vous étiez le seul à pouvoir combattre les enfants Doms!

    _ Je peux en effet leur résister, mais en aucun cas les chasser ou les détruire! En les haïssant, on ne fait qu'aggraver la situation!

    _ Mais on ne peut pas rester sans rien faire!

    _ Vous savez, il faut bien se connaître, pour être en paix avec soi-même! Si on agit au-delà de ses forces, on fait autant de bien que de mal, car certains devront payer notre instabilité! Il importe de savoir dans quoi on est bon... C'est ce qui nous rend vraiment utile, car tout nous est pas possible!

    _ Sans doute, mais quand je songe à cette racaille au pied de la Tour!

    _ Beaucoup pensent comme vous et les enfants Doms ne se doutent même pas des haines qu'ils sont en train de susciter! Mais, en empêchant toute domination à l'exception de la leur, ils plongent la ville dans l'angoisse, ce qui lui est insupportable! Il faut s'attendre à des événements de plus en plus violents!

    _ Ma... ma haine montrerait-elle que je ne suis toujours pas libéré de ma domination?

    _ D'après le manuel, non, fit Cariou avec un sourire!

    _ Je suis déçu... Je croyais être sur la bonne voie!

    _ Mais vous l'êtes! Mais vous voulez toujours la perfection! Ne vous bilez pas: le plus important, c'est la bonne volonté! Le reste est une affaire de temps...

    _ De temps? Mais comment prendre patience actuellement?

    _ Ecoutez, avec votre aide, nous pourrions reformer l'OED!

    _ Chic! s'écria Andrea.

    _ Vous prendriez la partie technique de Macamo! reprit Cariou vers Sullivan.

    _ J'en serais... très honoré!

    _ J'ai songé qu'il faudrait rebaptiser l'organisation..., rajouta Andrea.

    _ Et tu pensais à quoi? demanda Cariou.

    _ Eh bien, à l'OCED! à l'Organisation contre les enfants Doms! Il faut être précis maintenant!

    _ Tu as raison et nous voilà avec un tas de problèmes sur le dos!"

    Tous éclatèrent de rire!

 
  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire