Le Dom attaque!

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  • Le 11/07/2020

Le dom attaque

 

 

 

                                                                                         "Heureusement qu'il y en a qui prennent sur eux!"

                                                                                                 "La sirène est le chant de la vérité!"

                                                                                                                 Blague et aphorisme OED

 

 

    Le député franco-danois Jan Sorensen, de l'OED, parlait à ses collègues dans l'hémicycle: "Le 24 mai, dans le petit port de R..., des bateaux ont leurs amarres coupées et on les récupère le lendemain à la dérive, avant qu'ils ne deviennent des dangers pour la navigation! Le 4 juin, dans la ville de L..., qui ne compte pas plus de cinquante mille habitants, la police est piégée par des jeunes qui l'avaient déjà attaquée quelques jours auparavant! Des interpellations ont lieu et en représailles, des voitures sont incendiées! Le 10 juin, dans le bourg de A..., 800 âmes, le feu détruit la bibliothèque et son bâtiment historique et là encore il serait volontaire!

    Nous pourrions continuer cette liste sans difficultés, puisque de nouveaux faits viennent s'y ajouter chaque jour! Or, cette violence est inédite et devrait nous interroger! Elle est inédite, d'abord parce qu'elle se produit dans des lieux que d'habitude elle n'atteint pas! Ensuite, ses auteurs sont de plus en plus jeunes! Et, enfin, elle a quelque chose d'absurde, car on n'a aucun mal à trouver les coupables, ce qui montre qu'ils agissent d'une manière quasi irrépressible, qui leur échappe; même si l'alcool, ici comme ailleurs, a le rôle d'étincelle!

    Avant d'expliquer l'origine de cette violence inédite, je voudrais la replacer dans son contexte, car son importance en sera renforcée! Mais la violence éclate partout, comme si un immense incendie cherchait à ravager le pays! Des villes moyennes, jusque-là épargnées, prennent des airs de petit Chicago! La drogue y devient un pouvoir et on fait régner sa loi dans la rue, par la terreur et des coups de feu!

    On se bagarre aussi sur les places, pour un mot de trop, un regard mauvais, mais surtout parce qu'au vrai on veut en découdre, on rêve de se sentir le plus fort! L'alcool entraîne toutes les dérives! On bat et on tue le voisin, pour une réflexion! On viole par-ci par-là!

    Les couples se déchirent et scandalisent! Les violences conjugales vont jusqu'à la mort de l'autre! On reste hébété devant un tel déchaînement, un tel délire, une telle sauvagerie! C'est la violence qui est aujourd'hui la plus inventive!

    On la retrouve bien entendu dans les infractions au code de la route! On roule ivre, sans permis et pied au plancher! On est arrêté, jugé et on récidive! On s'empare d'une voiture, on la détruit et on va en prendre une autre! On renverse quelqu'un et on s'enfuie! On dirait des fous au volant! Ils s'agitent dans une sorte de cauchemar!

    Enfin, il faut toujours gagner sa vie! On vole tout ce qu'on peut, ainsi que la ville serait mise à sac! On cambriole comme si on rentrait chez soi! On arnaque, on terrorise, surtout les plus faibles, les plus fragiles! Si on bénéficie de bontés, on en veut plus! Seule compte sa personne! On est le roi des autres et on dispose, comme on l'entend, de ses sujets! Peu importe les larmes, les plaintes, les supplications! On méprise, on insulte, on écrase! On a tous les droits!

    Je ne parlerai pas maintenant des incivilités, car, quand on décrit la tempête, on ne songe déjà plus à ses signes avant-coureurs! Pourtant, ceux-ci sont toujours présents et nombreux: tapages nocturnes, ivresses, agressivité, rugissements de moteurs et véhicules comme des sonos ! Bref, l'égoïsme triomphe dans son décor, qui est constitué de déchets abandonnés, de tags et de vandalismes! On dirait la loi de la jungle, celle du plus fort!

    Au vrai, on se demande comment la police fait pour rester efficace et ne pas être débordée! On lui reproche son racisme et sa violence, mais c'est aussi se critiquer soi-même, car la police est sur le front, à la cassure, là où la société se heurte à ses contradictions, à ses manques! On ne peut pas demander à la police de les résoudre pour nous et son action reflète également nos propres craintes et aversions!

    Notamment, on pourrait se demander quelle est la part de l'émigration et de l'élément étranger, dans cette montée de la violence!

    _ Oh! Oh! firent certains.

    _ Je sais, c'est un sujet tabou, mais il ne devrait pas l'être! Pour beaucoup d'auteurs de délits, le réveil, c'est la justice! C'est devant un tribunal qu'ils ont leur premier vrai contact avec la société! Tout y est propre, ordonné, sévère, alors qu'eux-mêmes n'ont pas de stabilité, sont errants et perdus! Certains sont condamnés, parce qu'ils ont brisé des vies, mais a-t-on une seule fois parlé le même langage, s'est-on vraiment rencontré?

    Il n'y a pas de progrès sans compréhension et il serait bon d'interroger les juges à ce sujet, car on continue de construire, en méprisant la nature du sol! Mais justement demandons-nous ce qui caractérise notre époque, pour qu'elle donne naissance à cette violence inédite, dont je parlais tout à l'heure! Nous allons voir que nos résultats expliqueront encore toute violence et que c'est principalement une question de degrés qui est en jeu!    

    Mais on peut dire du vingtième siècle qu'il est le siècle des idéologies! D'abord, l'influence religieuse y est encore très forte! Les écoles chrétiennes étaient réputées pour la qualité de leur enseignement et on commençait sa vie dans le cadre des préceptes évangéliques! Il y avait là une autorité, une évidence qui protégeait de l'étrangeté vertigineuse du monde!

    Aujourd'hui, la religion catholique n'en finit pas de s'émietter, à cause des ses affaires de pédophilie ... Quant au culte musulman, ses fanatiques meurtriers rendent l'idée même de Dieu horrible!

    Mais, surtout, le siècle précédent voit l'affrontement mortel de deux idéologies majeures: le fascisme et le communisme! Ce n'est pas seulement une lutte pour des territoires, mais c'est bien plus la pensée et son développement qui sont l'essentiel, ce qui rend la guerre totale et d'une cruauté jamais vue! L'homme, au fond, ne vit que pour la liberté de ses convictions, puisque c'est la conscience qui le constitue!

    C'est le communisme qui l'emporte, qui devient un empire et qui va s'opposer à l'autre puissance que sont les Etats-Unis et qu'on peut représenter par le capitalisme. C'est la guerre froide! Mais peut-on parler d'idéologie, au sujet du capitalisme? Ses adversaires devraient mieux réfléchir à cette question, car le communisme, lui, finit par disparaître, à la fin du siècle et il ne reste plus, de nos jours, comme moteur que l'économie, la finance, la mondialisation! Mais, s'il en est ainsi, ce n'est sans doute que parce que le pouvoir, grâce à l'argent, est notre pente naturelle! Mais nous allons y revenir!

    Cependant, le vingtième siècle, c'est encore les idéologies scientifiques! A chaque fois qu'il y a une grande découverte, il y a le désir, chez les chercheurs, de tout expliquer par cette découverte! C'est un fait récurrent, dans l'histoire de la science, et sa cause est même simple et liée à mon propos... Mais le vingtième siècle foisonne de découvertes quasi extraordinaires et un jour, tout est thermodynamique, puis génétique, jusqu'à l'eugénisme, ou bien psychanalytique! D'un coup, on repeint le monde et cela, bien entendu, donne un sens à la vie!

    Mais que d'espoirs déçus! Les résultats escomptés n'arrivent pas! La situation évolue, certes, mais pas comme on l'avait prédit, ce qui fait qu'on a l'air de rabâcher! Et aujourd'hui, au vingt-et-unième siècle, que voit la jeunesse? Qu'est-ce qui peut la guider, la protéger, la rassurer? Eh bien, rien! Pire! On est non seulement dans le désert, mais en plus le ciel est noir et annonce des catastrophes!

    Le bilan est lourd, trop lourd même! Citons en premier lieu le réchauffement climatique, qui semble attendre l'humanité comme un goulot et dont nous éprouvons dès maintenant les effets destructeurs!

    Le coronavirus est venu subitement et brutalement nous dire que la situation est même plus grave qu'on ne le croit, puisqu'il serait issu de notre rapport trop écrasant avec la nature! En plus des morts, il a ruiné tous nos efforts pour redresser l'économie et il reste une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes!

    Le résultat, nous le voyons, ce sont de grandes entreprises qui licencient à tour de bras! Le chômage grimpe en flèche, alors qu'il n'offrait déjà pas beaucoup de perspectives! Comment espérer, alors que les caisses sont vides, que les dettes ont explosé, que des crises, telle celle de 2008, nous montrent que la finance est un château de cartes, à la merci de spéculateurs!

    Qui voit un rayon de soleil, un chemin, une assurance? C'est le vide infini de nos vies, c'est le froid du cosmos, c'est le vertige de notre condition mortelle, son apparente absurdité qui viennent peser sur les esprits adolescents! C'est tout le désarroi et l'hypocrisie et la lâcheté du monde des adultes que doit supporter la jeunesse d'aujourd'hui! Comment peut-elle faire avec ses faibles forces? Comment peut-elle lutter contre l'angoisse?

    Eh bien, elle a recours à l'instinct de la domination, car c'est lui qui nous pousse à nous imposer, à nous développer, à nous sentir réussir et supérieurs! Ainsi, notre égoïsme nous sert de boussole! S'il est satisfait, c'est que nous existons et alors, adieu l'angoisse! Nous voilà importants, d'autant que l'autre est dominé, en reconnaissant notre valeur! Il en a toujours été ainsi, d'où les guerres, d'où les luttes pour la justice, l'égalité sociale!

    Mais aujourd'hui l'égoïsme est seul, il n'a pas d'idées, ni de foi, ni de chef, ni de garde-fous! Il doit être impérieux, total, omnipotent! Chacun doit dominer le monde entier incessamment, pour faire un pas! Car il n'y a pas de cannes, ni d'épaules sur lesquelles s'appuyer, ni de certitudes pour soulager! Dominer, dominer et encore dominer! Puisque la vie autour n'a pas de sens, est incompréhensible, il ne faut pas quitter sa personne! Le sentiment de soi doit être permanent!

    Vous pensez que j'exagère! Mais regardez les jeunes: ils ont constamment le nez dans leurs smartphones, dans leur univers; c'est leur cordon ombilical! leur balise Argos! leur bouée pour apprendre à nager! Ils y retrouvent bien sûr leurs proches, mais aussi leurs images, leurs musiques, leurs jeux, leurs messages, etc.! C'est leur matrice, leur nourriture; c'est le terreau de leur égoïsme! C'est leur miroir, qui sert de lumière dans la nuit!

    Mais dominer, c'est encore mépriser! Pour se sentir supérieur, il faut bien juger les autres inférieurs! Les adultes, qui n'ont pas de réponses, sont donc méprisés absolument, radicalement! Une preuve? L'attitude de Greta Thunberg! Elle traite les gens de l'ONU comme des enfants pas sages et la formule OK Boomer veut juste dire: "Tu radotes"!

    C'est ce mépris qui permet la violence, bien que la cause puisse paraître juste! Des militants vegans ou antispécistes attaquent des boucheries, des poissonneries ou détruisent des élevages! Mais le plus fort, le plus déroutant, c'est de s'en prendre à la police, de lui tendre une embuscade, c'est d'essayer de la vaincre, comme si l'ordre n'était pas ce qui tient nos vies!

    Nul doute que les assaillants ne voient pas jusque-là! Mais la domination de la police les gêne, semble être un frein à la leur et provoque leur angoisse, leur rejet et leur haine! Le culte de soi n'admet pas la concurrence, ni la contrainte! Pensez à la susceptibilité qui existe déjà chez les animaux! Il y a de la place pour tout le monde, mais "on" se querelle tout de même!

    Mais tout ce qui représente l'ordre peut être senti comme une oppression! Les amarres des bateaux ne symbolisent-elles pas ce qui est établi, ce qui ne doit pas changer, autrement dit ce qui limite le culte de soi, car la communauté empêche le triomphe d'un seul! Et la bibliothèque du bourg n'est-elle pas un plaisir conventionnel, un obstacle qui témoigne du plus grand nombre?

    Je vois que certains s'agitent sur leur siège, parce qu'ils sont gagnés par l'inquiétude et il y a de quoi! La seule réponse au vide abyssal et spirituel de notre siècle ne pouvait être qu'un culte de soi monstrueux, qui se traduit par une domination surtout psychique sans précédent! L'enfant rayonne de dégoût et de haine! Il manipule ses parents! Il est vieux avant de vivre! Il est sec et dur, quand il devrait rire comme une eau tinte sur les rochers!

    Mais cette domination a un coût énorme! Alors que le jeune ne voudrait, en réalité, que la paix, la sécurité et même dormir, il se tend pour supplanter l'adulte, pour contrôler le monde extérieur, en rester le centre! Il est toujours sur le qui-vive et ses nerfs n'y résistent pas, d'où les dépressions précoces et la recherche de moyens d'évasion les plus brutaux! On s'assomme avec de l'alcool, on se gave de gaz hilarant ou on se lance des défis dangereux!

    C'est pourquoi on voudrait apaiser, rassurer cette jeunesse perdue et malheureuse, mais c'est trop tard, car son hostilité est si vive qu'elle impose de lui résister, de s'en défendre! C'est une question de survie et le dialogue et la tendresse semblent désormais impossibles!

    Certes, il est à espérer que la majorité reste malgré tout docile et de bonne volonté, mais nos sociétés modernes, chers collègues, sont tels des paquebots qui s'enfoncent dans les glaces de la jeunesse! La nuit arrive et nos larmes aussi!"

 

    PS: nous pensons bien entendu au chauffeur de bus de Bayonne, tué par les Doms!