Billets de luc-gerard

  • Les clés du Royaume

    Les cles

     

     

     

     

                                                "C'est un grand blanc!"

                                                  Les Dents de la mer

     

     

     

     

     

    Je te parlerai encore du Royaume de Dieu!

    Du vertige!

    Du mystère!

    De la joie!

    De l'infini!

    De l'amour!

    De l'eau!

    De ta nourriture!

    De ta tranquillité!

    De la paix!

    De la beauté!

    Du grandiose!

    Du fabuleux!

    Du légendaire!

    De la profusion!

    Et tu verras aussi le drame!

    Le brouillard!

    La bassesse!

    L'aveuglement!

    Car l'homme vit dans la nuit!

    Dans sa domination!

    Dans son désert!

    Dans sa douleur!

    Dans son égoïsme!

    Instinctivement!

    Je te parlerai du Royaume de Dieu!

    De son murmure!

    De son eau fraîche!

    Car le Royaume de Dieu donne à profusion,

    Mais ce n'est pas la richesse matérielle!

    C'est un pain spirituel,

    Le seul qui nourrit l'âme!

    Sitôt le ventre plein,

    Nous pensons à nous,

    A notre développement,

    A nos projets,

    A nos plaisirs,

    Mais si la domination est le maître,

    Il nous fait esclave!

    Car il n'en a jamais assez!

    Il nous assèche!

    C'est un désert!

    Qui use,

    Détruit,

    Fait vieillir!

    Nous voilà cassés,

    Au bout du chemin!

    Amers!

    Nous mourons dans le vide,

    Sans espérance!

    Comme une chose de rebut,

    Qui n'avait pas de sens!

    Nous mourons dans la nuit!

    Sans amour!

    Avec la douleur d'une conscience!

    Sans la "paix" des animaux!

    Pierre!

    Vieille pierre!

    Drôle de pierre!

    Qui veut sa liberté

    Et qui s'enferme dans la prison

    De la domination!

    Jusqu'au bout!

    Les dents serrées!

    Pleine de haine!

    A cause du gouvernement!

    Du passe!

    Des étrangers!

    De l'Europe!

    Du voisin!

    Du capitalisme!

    Des chômeurs!

    On s'invente un ennemi!

    Car la domination a besoin d'un combat!

    De vaincre!

    La liberté,

    L'amour lui fait peur!

    Car c'est d'abord l'insécurité!

    Drôle de pierre,

    Qui croit qu'on peut vivre comme ça,

    Avec la sécurité,

    Et qui se dévore le foi,

    Sans savoir pourquoi!

    Drôle de pierre,

    Qui grimace tout le temps,

    Car il y a toujours quelque chose qui ne va pas!

    Drôle de pierre,

    Qui a peur de l'ennui

    Et qui s'agite,

    Qui s'inquiète tout le temps!

    Drôle de pierre,

    Qui puise de l'eau

    Qui n'étanche pas la soif

    Et qui ne veut même pas le reconnaître!

    Qui boit toujours le même poison!

    Celui de sa supériorité!

    Qui est toujours esclave!

    Et qui cherche d'autres esclaves,

    De plus faibles,

    Un public

    Pour goûter,

    Une seconde!

    Un éclair de joie!

    Un triomphe

    Aussitôt éteint!

    Quelle misère!

    Quelle pauvreté!

    La pierre pousse la charrue

    De son égoïsme

    Et son champ est sans fin!

    Et sa tyrannie est sans fin,

    Comme sa destruction!

    Car la pierre détruit tout!

    La nature lui est étrangère,

    Même au paysan!

    Même au chasseur!

    Triste pierre

    Qui agresse sans cesse,

    Pour se nourrir

    Spirituellement!

    Triste pierre,

    Qui fait ici notre vallée de larmes!

    L'enfant, lui, n'est pas riche matériellement,

    Car comment pourrait-il croire?

    L'enfant n'a pas la sécurité,

    Car comment pourrait-il voir la gloire de Dieu?

    L'enfant n'a pas le pouvoir,

    Car comment pourrait-il voir le Royaume de Dieu?

    L'enfant ne triomphe pas parmi les hommes,

    Car comment pourrait-il aimer Dieu?

    L'enfant n'est pas très intelligent,

    Car comment verrait-il la simplicité de Dieu?

    L'enfant n'agresse pas,

    Ne veut pas vaincre,

    Dominer,

    Supplanter,

    Car comment connaîtrait-il Dieu?

    Comment l'aimerait-il,

    S'il s'aimait comme la pierre?

    L'enfant est à la fois Dieu et lui-même!

    Il est à la fois mystère et raison!

    Le signe de l'enfant?

    La paix!

    La joie tranquille!

    La patience!

    L'enfant se tait,

    Quand tout le monde parle!

    L'enfant comprend,

    Quand tout le monde juge et mord!

    L'enfant aime,

    Quand tout le monde hait!

    L'enfant écoute,

    Sait voir,

    Sait quand il est fatigué!

    Il va tranquille...

    Il tient sa peur en laisse...

    Il est le souffle de Dieu!

    Il en est illuminé!

    Il est la lumière parmi les pierres!

    Il essuie leur mépris!

    Il s'en amuse!

    Il rit de lui-même!

    Pardi, il est amoureux!

    Le niais!

  • La Puissance de Dieu

    La puissance

     

     

     

     

     

                            "C'est envoyer la souris au chat!"

                                                  First blood

     

     

     

    Je te parlerai de la puissance de Dieu!

    Car les pierres ne la voient pas,

    Ni ne la veulent!

    Ainsi elles sont rongées par le stress et l'inquiétude!

    Ainsi sont-elles dans un cercle vicieux,

    Puisque la peur engendre l'égoïsme ou la domination

    Et que ceux-ci amplifient la peur,

    Rendent le monde de plus en plus dur!

    Les pierres semblent accabler de problèmes,

    Ce qui n'est pas le cas de l'oiseau

    Et encore moins celui de la limace,

    Qui glisse énorme dans les bois!

    Pourtant la conscience est une chance!

    C'est la liberté

    Et c'est la connaissance de Dieu!

    La conscience est un chemin!

    C'est une voie de développement,

    Une ouverture sur le monde et l'Univers!

    Nous nous civilisons,

    Nous nous individualisons,

    Nous inventons toutes sortes de choses pour notre bien-être,

    Notre santé, notre sécurité

    Et il est évident que le progrès,

    C'est nous-mêmes en plus,

    C'est toujours plus de conscience!

    Nous avons la chance d'être libres,

    Mais nous ne regardons pas autour de nous!

    Nous limitons notre regard

    Et le monde nous devient incohérent!

    Terrible!

    Effrayant!

    Et nous nous détruisons, ainsi que ce qui nous entoure!

    Nous vivons comme des taupes hystériques!

    Nous sommes pleins de violence!

    De haine!

    De meurtres!

    Et pourtant nous n'avons pas faim!

    Mais Stress nous commande

    Et Domination également!

    Nous sommes sans pitié comme les animaux!

    Mais regardons-nous...

    Vois ce camion qui passe...

    Il est lourd, massif...

    Il semble écraser tout ce qu'il y a sur son passage...

    A son passage, on rentre les épaules...

    On serre les dents...

    On est assommé!

    On se dit: "Voilà de la puissance!"

    Mais vois ce chantier...

    Du bruit! Du bruit!

    Ecrasant!

    Choquant!

    Le bâtiment s'élève...

    Lui aussi est spectaculaire...

    Il domine!

    Eh! C'est qu'ici on bosse! On rigole pas!

    C'est du sérieux!

    C'est plein de problèmes... et d'inquiétudes!

    Regarde! C'est la puissance des pierres!

    Circule le va-nu-pieds! le chômeur! Le rêveur!

    Le monde est en marche! Hein! et ça t'épate, pas vrai?

    Regarde ma belle voiture! T'en "chiales" d'envie, hein?

    Regarde mon beau manteau! Hein? Il montre combien je suis riche!

    J' suis pas un rigolo, moi!

    Ainsi parlent les pierres!

    Ainsi est leur puissance!

    Mais voici la puissance de Dieu!

    Je t'en parle, pour que tu chantes, que tu aimes

    Et que toi aussi tu chantes sa gloire,

    Pour ta plus grande joie,

    Parce que tu seras rempli de sa puissance et sa lumière!

    Parce que tu seras heureux de son existence!

    Parce que tu auras sa puissance par lui!

    C'est ton cœur qui débordera d'allégresse!

    Vois maintenant!

    Au-dessus du camion, du chantier,

    Au-dessus des tribulations des pierres,

    De leur folie et de leur méchanceté!

    Au-dessus de leur aveuglement,

    Vois le nuage immense et éclatant!

    Qui a sa puissance?

    Qui est aussi fort?

    Qui est aussi pur, aussi paisible?

    Vois la paix de Dieu dans la nature!

    Respire-la! Détends-toi!

    Vois le paysage et le rayon qui perce les nuages!

    Là-bas, il éclaire un champ comme un citron!

    Il fait luire la vase comme un diamant!

    Il dore la brume!

    Et à côté broutent paisiblement les vaches!

    Ainsi est la puissance de Dieu, dans le repos!

    Où sont les pierres folles?

    L'enfant retrouve son amour

    Et sa paix dans le spectacle de la nature,

    Car l'homme est encore fait pour découvrir la beauté!

    La reconnaître!

    C'est le chemin de sa conscience!

    S'il ne voit pas la beauté,

    Il ignore la puissance de Dieu!

    Il ressent l'incohérence

    Et il a peur,

    Il se ferme

    Et le monde des pierres devient terrible!

    Il est bon de rejoindre la beauté,

    Pour retrouver Dieu!

    Il n'y aura pas de solutions pour les pierres,

    Tant qu'elles ne s'intéresseront pas à la beauté!

    C'est la domination qui les en empêche!

    L'enfant voit la puissance de Dieu

    Et se rassure!

    Car la beauté ou la puissance de Dieu sont sans limites!

    Il n'y a pas de beauté sans puissance!

    Elle est le signe de la puissance!

    Elle est le don de la paix!

    Elle est au-delà du besoin,

    Et c'est pourquoi elle est toute puissance!

    Pas de paix pour les pierres, sans la beauté!

    Mais la domination méprise la beauté!

    Car elle ne paraît pas puissante,

    Mais enfantine, rêveuse, superflue!

    Voilà pourquoi les pierres vivent dans la nuit,

    Où Stress règne et détruit!

    L'enfant chante la gloire de Dieu,

    Car son cœur déborde d'amour et d'allégresse!

    Voilà le soleil de l'enfant!

    Qui est fort?

    La pierre ou l'enfant?

  • Le Royaume de Dieu

    Le royaume

     

     

     

     

                                      "Tout va s'arranger, m'sieur Milan!

                                       J'ai pu avoir une cellule près de la vôtre!"

                                                                   L'Emmerdeur

     

     

     

     

    Le Royaume de Dieu est sous nos yeux!

    Il suffit de savoir regarder la beauté

    Et notamment le ciel et ses merveilles!

    Nous sommes dans le Royaume de Dieu,

    Où Il nous aime d'un amour fou!

    Où tout nous est donné avec profusion!

    Où l'économie n'existe pas!

    Regardez la force de la vie!

    Rien ne l'arrête!

    Elle donne sans retenue!

    "Folie! Folie que tout cela!" crie la pierre!

    "Ne vois-tu pas combien le monde est dur!" poursuit-elle!

    "Pauvre naïf! Rêveur! Comment tu vis?

    C'est le dieu travail qui règne!

    C'est le dieu de la peur!

    Nous sommes tous ses esclaves!

    Comment tu vas manger?

    Et tu parles de Royaume de Dieu?

    Et tu parles de la générosité de Dieu?

    Et tu parles même de Lui?

    Pauvre fou!

    Regarde la misère, l'injustice!

    La souffrance!

    Comment peux-tu dire que Dieu existe

    Ou que son Royaume est ici!"

    Ainsi va la pierre!

    Ainsi crie-t-elle!

    Un peu par raison,

    Beaucoup par peur,

    Terriblement par hypocrisie!

    Ne voir que la souffrance,

    Que la haine,

    Que la dureté,

    Est incohérent

    Et donc ne crée pas l'équilibre!

    La beauté est là à profusion!

    C'est le Royaume de Dieu!

    C'est l'amour dans la création!

    Dans le don!

    Pour tous les hommes!

    Et entre les hommes!

    Pourquoi le monde est-il si dur?

    Pourquoi ne voyons-nous pas le Royaume?

    Pourquoi ne sommes-nous pas heureux!

    Pourquoi ne connaissons-nous pas l'amour infini?

    L'espérance infinie!

    C'est à cause de la dureté de nos cœurs!

    C'est à causes des pierres!

    La pierre veut dominer!

    Dire qu'elle est le maître ou la maîtresse!

    Elle le veut parce qu'elle a peur,

    Mais aussi parce que ça lui plaît!

    On connaît la chanson!

    Plus la pierre a peur

    Et plus elle veut dominer!

    Et plus elle veut dominer

    Et plus elle fait un monde terrifiant!

    Et ainsi de suite!

    Le monde aujourd'hui dit: "Si tu tombes,

    T'es mort!

    Personne ne te ramassera!"

    C'est la terreur

    Et la domination en maître méprisant!

    C'est l'époque du complot!

    Des peurs obscures, quasi hystériques!

    C'est Stress qui commande la ville!

    Qui dit: "Allez! Allez!

    Dis donc, toi? Pourquoi tu souris?

    Tu profiterais pas des autres, des fois?

    Allez! Allez!

    C'est moi, qui commande! Je suis Stress!

    Je vous détruis lentement!

    Je vous écrase!

    Je vous mouds!

    Vous allez goûter mon fouet!

    Bienvenue dans la cale du navire!

    Les riches sur le pont, pour l'air pur!

    Les pauvres, dans les centres sociaux,

    Où on pleure, où on a peur!

    Vous avez entendu parler d'un Royaume de Dieu?

    Je vais vous guérir de cette illusion!

    Voici Argent!

    Il dirige avec moi tout ce bazar!

    Vous lui obéirez comme à moi!

    C'est clair?"

    Où est le Royaume?

    Pourtant il est là!

    Dans le ciel qui passe avec sa majesté!

    Dans la fleur qui pousse entre les pavés!

    Dans le murmure de la pluie!

    Il est dans le cœur de chacun, mais enfermé!

    Il veut se libérer, s'étendre, rayonner!

    Mais la pierre l'en empêche!

    Pourquoi tant de pierres,

    Puisque ce sont elles qui refusent le Royaume?

    Parce que Dieu est amour!

    Il ne saurait forcer, contraindre!

    Il ne peut frapper, ni blesser, ni même conduire!

    Il est désemparé!

    Oui, il est désemparé devant la haine!

    Il aime et on ne l'aime pas!

    Le voilà impuissant!

    Et les pierres se meurtrissent!

    Et les pierres s'écrasent entre elles!

    Et les pierres gémissent et disent: "Il n'y a pas de Royaume!"

    Que les pierres fassent un premier pas vers l'amour!

    Qu'elles aient confiance comme l'enfant!

    Qu'elles aient au moins ce petit courage!

    Ce tout petit courage!

    Qu'elles disent: "Dieu m'aidera!

    Si le Royaume est ici,

    Alors Dieu est le maître!

    Et doit m'aimer,

    Car moi je l'aime!"

    Ainsi est la foi! la confiance!

    Ainsi est l'amour!

    La reconnaissance de l'autre!

    La voie des pierres est sans issue!

    L'enfant "ne sait pas" et se confie!

    L'enfant a confiance et espère!

    L'enfant ne dit pas: "Je veux être le maître!"

    L'enfant dit: "Je veux être heureux!

    Le monde n'as pas de sens, si je ne suis pas heureux!"

    L'enfant n'est pas hypocrite!

    Quand il a peur, il dit: "J'ai peur!"

    Il ne cherche pas à être le plus fort!

    Il ne se cache pas!

    Le Royaume de Dieu est ici!

    Dieu est le maître,

    Mais un maître d'amour!

    Les pierres se rendent esclaves!

    Par peur du "petit pas"!

    Dieu donne sans limites,

    Encore faut-il le voir!

    Qui verra le Royaume de Dieu?

    Qui chantera ses merveilles?

    Qui délivrera les pierres?

    Qui leur donnera à boire?

    Qui sera comme le soleil?

  • Nouvelles lois!

    Les lois

     

     

     

     

     

    Tout homme qui emprisonne la lumière

    Est une pierre!

    Tout homme qui ne sert pas la lumière

    Est une pierre!

    Tout homme qui veut la lumière pour lui seul

    Est une pierre!

    Tout homme qui ne voit pas l'autre

    Est une pierre!

    Tout homme qui veut la soumission de l'autre

    Est une pierre!

    Tout homme qui veut sa propre gloire

    Est une pierre!

    Tout homme qui ne cherche qu'à triompher

    Est une pierre!

    La pierre ne s'enchante pas du monde!

    Elle ne le comprend pas!

    La pierre ne voit pas la beauté

    Ou la méprise!

    La pierre ne voit pas le don de la vie!

    Ni Dieu!

    La pierre ne voit pas la générosité de l'existence!

    Sa force infinie!

    La pierre est mécontente et craintive!

    Elle a plein de problèmes,

    Même avec le ventre plein!

    La pierre crée le chaos par son égoïsme!

    La lumière est à l'origine du monde,

    Si on la veut pour soi,

    On rend le monde malade!

    A servir la lumière,

    Il n'y a nul endoctrinement!

    Nulle contrainte!

    Nulle servilité!

    C'est une question d'amour!

    De réjouissance!

    De fête!

    D'admiration!

    D'adoration!

    C'est assez mystérieux!

    Il n'y a pas d'égoïsme!

    Ni de craintes!

    C'est du miel!

    Le monde est dur à cause des pierres!

    Elles ne veulent pas se libérer!

    L'enfant est amoureux!

    C'est pourquoi il ne méprise personne!

    L'enfant est contre le mensonge et l'égoïsme,

    Mais sitôt qu'on fait preuve de lumière,

    Il aime à nouveau!

    Il accueille à nouveau!

    L'enfant ne nourrit pas de haine!

    L'enfant est amoureux!

    Seul lui voit le monde cohérent!

    Les pierres ne voient pas la beauté!

    L'enfant voit les pierres et la beauté!

    Il sait pourquoi il y a des pierres!

    Il les comprend!

    Il les attend!

    Comme Dieu!

    Les pierres sont lourdes et haineuses!

    Elles font leur propre malheur!

    Alors que le paradis,

    La profusion de Dieu,

    L'infinie lumière leur sourit!

    La pierre travaille pour elle-même,

    L'enfant pour la lumière!

    La pierre ne voit pas la planète!

    La pierre est lourde et veut écraser!

    La pierre a peur et elle fait peur!

    L'enfant est léger,

    Car il est porté par la lumière!

    La pierre est inquiète,

    Car elle se soucie de son image, de sa domination!

    L'enfant joue et s'amuse,

    Car il est confiant!

    La pierre doit toujours dominer, gagner,

    Sinon elle s'épuise et elle a peur!

    Qu'est-ce qui peut briser la pierre?

    Qu'est-ce qui peut la changer?

    L'enfant parle à la pierre,

    Mais elle méprise l'enfant!

    L'enfant dit à la pierre: "Regarde!"

    Mais la pierre ne regarde pas!

    La pierre a peur et est pressée!

    La solution, c'est que la pierre regarde l'autre

    Comme une réalité!

    C'est qu'elle cesse de vouloir être la plus forte!

    Si l'autre se sent quelque chose,

    Alors il est rassuré

    Et la sécurité s'installe!

    Peu importe la situation économique!

    Nous avons peur, parce que nous sommes des pierres!

    L'autre demeure un étranger pour nous!

    Regarde l'autre!

    Prends conscience de son existence,

    En abaissant ton impatience!

    Aime-le, comprends-le!

    Ainsi progresse la paix!

    Il n'y a pas d'autres chemins!

    Plus l'autre est une réalité

    Et moins tu es une pierre!

    La crise va revenir!

    La tempête va revenir,

    Car les inégalités augmentent!

    C'est le résultat des pierres!

    Seul l'enfant arrête la spirale!

    Seul l'enfant donne!

    Seul l'enfant fait espérer!

  • La fête de la lumière!

    La fete

     

     

     

     

     

    La lumière donne à profusion!

    Elle éclate en été!

    Elle donne sans compter!

    Regardez les plantes, les fruits!

    Regardez les mûres!

    Vous en ramassez deux kilos,

    On en ramasse autant après votre passage!

    Les hommes sont pareils aux mûres!

    Il y en a de toutes sortes

    Et ils forment une multitude,

    Quasi incalculable!

    La lumière pousse en tous!

    Elle ne demande qu'à s'étendre, qu'à rayonner!

    Elle veut développer, épanouir!

    Elle conduit à la maturité,

    Au beau fruit!

    Comme elle donne la mûre!

    L'homme sent cette sève qui monte en lui!

    Cette force!

    La lumière soulève, entraîne

    Comme la marée!

    Les hommes et les femmes aiment alors la vie!

    Elle bout en eux, les rend plus beaux!

    Et les hommes s'en enchantent!

    Ils sont joyeux!

    Confiants!

    Ils veulent faire la fête!

    C'est bien normal!

    C'est le don gratuit de la lumière!

    C'est la force de la nature!

    Mais que font les hommes avec la lumière?

    Avec ce nouvel enthousiasme?

    Avec cette énergie!

    Mais ils veulent triompher!

    Dominer!

    Que les autres les regardent,

    Soient soumis,

    Les reconnaissent comme supérieurs!

    Ils veulent donc la lumière pour eux seuls!

    A leur service!

    Ils veulent la lumière des autres!

    Pour les éteindre!

    Mais est-ce cela que veulent les autres?

    Le résultat est terrible!

    La fête ne dure pas longtemps!

    Le lendemain, c'est la désillusion!

    L'amertume,

    La tristesse!

    La marée s'est comme retirée!

    Où est la lumière?

    Alors la nature est jugée avare!

    Et la vie sans joie!

    Pourtant, rien n'a changé!

    La lumière est toujours là

    Et elle continue de pousser!

    De donner!

    Elle est toujours aussi généreuse!

    Mais dominer c'est éteindre

    Et les pierres se sont étouffées elles-mêmes!

    Elles se sont piétinées, écrasées

    Et la fête a pris fin!

    Comment sortir de ce cycle infernal?

    Comment prolonger la joie?

    Faire qu'elle soit sereine?

    Toujours présente,

    Même si elle varie d'intensité!

    Comment garder un sourire tranquille?

    Ne pas avoir peur?

    Comment garder l'espérance

    Et ne pas détruire?

    Mais il faut considérer la lumière!

    Ne pas la vouloir pour soi!

    Mais chercher à la faire naître, à la libérer chez chacun!

    A lui donner le plus d'espace!

    C'est se mettre à son service,

    Car elle rend heureux!

    Ceci est le travail de l'enfant!

    L'enfant est un petit chien

    Sur la piste de la lumière!

    Il la suit à la trace!

    Il se demande chaque jour où elle est!

    Ce qu'elle est!

    Il essaie de se remplir de la lumière,

    Car c'est elle qui fait sa joie!

    Pas seulement la sienne!

    Toutes les pierres veulent aussi la lumière,

    Mais elles croient que non!

    Elles croient que leur joie est leur domination!

    Et leur joie est comme des bulles de savon!

    Toutes les pierres ont besoin de la lumière!

    C'est pourquoi elles veulent le regard de l'enfant,

    Car sa lumière est riche!

    Alors que la lumière des pierres est pauvre

    Et elles ne peuvent donc s'entraider!

    Que dit la lumière sinon que tu existes!

    Que tu es grand, fort, beau!

    Que ton bonheur est possible!

    Que tu n'es pas abandonné!

    Que la vérité existe!

    Que l'enfant se rassure!

    C'est lui la lumière!

    C'est lui qui commande les pierres,

    Car elles ont besoin de lui!

    Que l'enfant se rassure!

    Qu'il ait la tête haute!

    Car il est aimé!

    Il va avec la lumière

    Et la donne à qui il veut!

  • LE DRAME DES PIERRES!

    Le drame des

     

     

     

     

     

    Je te raconterai le drame des pierres!

    Comment elles font leur malheur

    Et celui des autres!

    La pierre veut exister

    En dominant son prochain!

    En s'imposant à lui!

    Alors, puisqu'elle commande,

    Puisqu'elle se sent supérieure

    Dans le regard de l'autre,

    Elle existe!

    Elle croit à son importance!

    La pierre marche donc sur l'autre!

    Elle l'étouffe!

    L'oppresse!

    Elle empêche l'autre de vivre,

    De se développer,

    D'être dans la joie!

    La pierre fait le monde infernal!

    C'est elle qui le rend absurde!

    Mais la pierre ne s'arrête pas là!

    Si on lui résiste,

    Si elle n'est pas le centre d'intérêt!

    Si on s'en moque!

    Si on est libre!

    Alors la pierre hait

    De toutes ses forces!

    Elle veut détruire,

    Ecraser!

    Tuer!

    Il faut qu'elle domine,

    Qu'elle asphyxie!

    Elle blesse pour s'imposer!

    Pour signaler sa présence!

    C'est la haine sa petite clochette!

    Bien sûr, elle n'est pas heureuse!

    Elle ne crée pas de vrais liens!

    Elle est seule

    Ou avec ses esclaves!

    Elle reste donc seule!

    Elle vit dans une prison,

    Qui est celle de sa haine!

    La pierre ne chante pas!

    Elle n'est pas libre!

    Elle ne respecte pas

    Et on ne l'aime pas,

    Car elle fait peur!

    La pierre n'est pas heureuse

    Et rend le monde malheureux!

    C'est là notre situation!

    C'est là notre drame!

    C'est là le drame des pierres!

    Pourtant, la lumière brille à côté!

    Majestueuse, parfaitement libre!

    Eternelle même!

    Infinie!

    La pierre pourrait boire la lumière!

    Elle serait transformée!

    Elle se mettrait à chanter!

    A rire!

    A rire des pierres!

    Et à pleurer sur elles!

    Car les pierres font leur malheur,

    Comme le nôtre!

    Je t'apprendrai le drame des pierres!

    Je te montrerai leur folie!

    Les pierres s'écrasent!

    Se piétinent!

    Se haïssent!

    Les pierres sont des prisons!

    Elles mordent la lumière!

    L'empêchent de sortir!

    Elles ragent!

    La lumière va vers l'infini!

    Elle prend quiconque veut bien d'elle!

    Elle donne à son amoureux la dimension du cosmos!

    La pierre enrage!

    Elle voudrait être plus grande!

    Elle voudrait être heureuse!

    Mais sans la lumière!

    Seulement pour elle!

    Elle est vide!

    Haineuse!

    Elle souffre!

    Elle est malade!

    C'est le drame des pierres!

    Qui ne veulent pas boire!

    Qui ne veulent pas de la simplicité de l'enfant!

    La pierre croit qu'elle peut triompher,

    En écrasant!

    Mais il y a des pierres toujours plus grosses!

    Pourquoi ne pas vouloir croire

    Ou boire?

    Je ris!

    Je chante!

    Je m'amuse!

    Je rêve!

    J'aime même les pierres!

    J'ai assez de force pour cela!

    Je danse!

    Qui est disponible comme moi?

    Qui est aussi fort?

    Tranquille?

    Qui est aussi riche?

    Pourquoi la pierre ne veut-elle pas du bonheur?

    Elle veut le détruire,

    Car il lui échappe!

  • L'ENFANT ET LA LUMIERE 2

    L enfant 2

     

     

     

     

     

    Heureux celui qui est traversé par la lumière!

    Qui ne la retient pas!

    Celui-là aime Dieu!

    Est baigné par son amour!

    Il est l'enfant de la lumière!

    La foi est la lumière!

    A l'enfant la vie est infinie!

    Elle a des ailes incommensurables!

    Jamais l'enfant ne s'ennuie!

    S'il est triste, c'est à cause des pierres!

    Mais l'enfant de lumière découvre la vie...

    Il en est ébloui!

    Il adore Dieu parce qu'il l'aime!

    Nulle sujétion!

    Nulle crainte!

    Nulle austérité

    Nul reproche!

    Nulle réserve!

    Une confiance de plus en plus grande!

    Une joie de plus en plus forte et souveraine!

    Voilà ce que donne la foi!

    Heureux celui qui est traversé par la lumière!

    Qui ne la retient pas!

    L'enfant comprend les pierres,

    Mais le pierres ne comprennent pas l'enfant!

    L'enfant voit la lumière,

    Mais la lumière ferme les yeux des pierres!

    L'enfant va vers la joie infinie,

    Mais les pierres sont tristes et malheureuses

    Et elles ne le savent même pas!

    Les pierres sont malades!

    La pierre veut capturer la lumière

    Et la garder pour elle!

    Elle veut la lumière à son service!

    Pour se grandir, être plus forte, la meilleure!

    Mais la lumière emprisonnée rend malade!

    La lumière veut s'étendre!

    Elle vient des origines et va vers la fin!

    Elle est liberté!

    Peut-on arrêter la liberté?

    Peut-on enfermer la création?

    La pierre est une prison pour la lumière

    Et c'est pourquoi la pierre est malheureuse!

    Plus le temps passe et plus elle est amère!

    Elle n'a plus les illusions de la jeunesse!

    Sa lumière enfermée s'éteint peu à peu!

    La nuit vient!

    La peur aussi!

    La haine encore!

    Où trouver de la lumière?

    Quelle déception!

    Quelle amertume!

    L'enfant joue avec la lumière,

    Car elle est compréhension!

    Vérité!

    Elle n'est pas un mensonge!

    Une fuite!

    Les pierres ne comprennent pas l'enfant

    Et même le haïssent!

    L'enfant, lui, comprend les pierres

    Et même les aiment!

    C'est pourquoi la lumière est vérité,

    Force, indulgence, amour, patience, rire, légèreté!

    L'enfant pleure sur les pierres!

    Il voit leur malheur, leur peine, leur abîme!

    Leur nuit!

    Les pierres méprisent l'enfant!

    Les pierres prennent toute la lumière,

    Comme des cochons affamés!

    Mais c'est pour l'emprisonner!

    Et la lumière s'éteint dans leur nuit!

    Comme de l'eau jetée sur du sable!

    Les pierres continuent chaque jour

    A réclamer de la lumière, en vain!

    Elles n'aiment pas la lumière!

    Elles n'aiment qu'elles!

    Elles font leur propre malheur!

    Elles creusent leur propre tombe!

    Elles traînent leur boulet!

    Elles disent: "La lumière n'existe pas!"

    Et pourtant elles en crèvent d'en manquer!

    Elles ont plein de théories, de chiffres, de raisonnements, de plans!

    Et elles ne savent pas être heureuses!

    Elles ne sont au fond utiles à personne!

    Elles veulent diriger le monde,

    Avoir des hommages, le pouvoir,

    Etre considérées, célèbres, riches

    Et elles ne savent pas être heureuses!

    Elle n'ont pas la clé!

    Elles ne veulent pas de la clé!

    La foi est cette clé

    Elle est celle de l'enfant!

    Qui joue avec la lumière

    Qui en est plein, qui en est fort!

    Les pierres haïssent,

    Car elles sont trop lourdes!

    Le moindre obstacle les conduit à la fureur!

    La moindre différence provoque leur mépris!

    L'enfant, lui, est de plus en plus disponible!

    Il est soulevé, porté par la lumière!

    Toutes les pierres veulent la lumière de l'enfant!

    Et l'enfant donne sa lumière!

    Mais les pierres la prennent comme des voleurs!

    Toutes les pierres seront jugées!

    C'est là leur malheur,

    Car il n'y a qu'un petit pas à faire!

    Un petit pas vers la foi!

    Et la lumière accueille, aime, fait se réjouir!

  • RAM crève de soif!

    Ram soif

     

     

     

                                  "Ce n'est pas moi qui pleure! Ce sont mes yeux!"

                                                                  Manon des sources

     

     

     

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 10 août... J'ai une démarche administrative à faire et j'entre dans le bâtiment! Je n'ai pas beaucoup d'espoir sur ce qui m'attend! Cela fait plus de cinquante ans que je suis en face du même mur! J'ai quand même appris quelque chose... Je connais ce mur, je sais de quoi il est fait, qu'il existe bien et je pourrais le démontrer, le prouver, par la logique en plus, par le raisonnement scientifique!

        C'est là tout mon acquis après toutes ces années et ce n'est déjà pas si mal! Maintenant que je vois à peu près clairement, pour rien au monde je ne voudrais être aveugle, comme la plupart! Passer toute sa vie comme une taupe et mourir! A quoi bon? C'est sinistre en diable! Mais cela n'empêche pas le mur de demeurer et de m'y heurter!

        De quoi est fait le mur? Mais du mauvais traitement que subit la lumière! A partir de là, toute situation est à demi-fausse et me demande de refouler ma propre lumière, ce qui n'arrange personne, même pas le mur!

        On me dit qu'on va me recevoir et on me conduit jusqu'à un bureau... A l'intérieur, un grand type obèse! Comme j'ai moi-même des problèmes de surpoids, je compatis et bien sûr cet homme n'est pas heureux! On mange trop pour combler un manque! Et ici la graisse monte sur la table, mais ça n'a pas l'air de déranger le monsieur et pour cause! Un coup d'œil sur son son regard et me voilà averti!

        On n'y voit absolument aucune trace de lumière! Elle est enfermée à double tour! Les yeux sont blancs, opaques et il serait vain d'y chercher quoi que ce soit! Nous allons donc rester sur un plan strictement professionnel! Mais avec tout ce que cet homme nie, ce qui fera la discussion à sens unique! Car il ne faut surtout pas que je le dérange! Sa barrière est nette et si on la brusque, la menace, on s'attirera les foudres du personnage et je pourrai dire au revoir à ma démarche!

        Pourtant, cet homme est perdu, sans doute encore profondément angoissé; son obésité en témoigne! Il serait possible de l'aider... Il faudrait ramener un peu la lumière dans son regard! Il se détendrait, aurait un sourire, retrouverait le goût de la joie, mais le rideau blanc de ses yeux semble impénétrable! Il monte la garde et fait même peur à ses collègues! 

        Qu'est-ce qui peut encore l'animer, alors que toute sa chair s'évade, comme si elle criait au secours? Qu'est-ce qui le maintient en vie? Il faut bien sûr continuer à gagner son pain et dans son cas, la retraite a déjà demandé trop de peines, pour être gâchée! Mais cela n'est pas suffisant! Aucun homme ne pourrait résister à huit heures de travail par jour, s'il n'avait pas tout de même un petit rêve, un secret espoir! Nous ne pouvons être complètement des esclaves, fût-ce pour manger!

        Ici, c'est peut-être encore une ambition le moteur caché! Car le bureau est propre, sans laisser-aller, et notre homme a même une carte de visite personnelle, très claire! Vise-t-il un poste plus élevé? Continue-t-il à amasser de l'argent? En tout cas, c'est vain! La lumière enfermée ne pardonne pas! Elle détruit! Elle ruine tous les espoirs qui ne sont pas placés en elle! Car on reste comme une pierre, qui tombe dans le néant!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 12 août... RAM marchait dans le désert... Il avait soif, terriblement soif! Le soleil paraissait implacable, avec sa lumière comme du plomb fondu! RAM se sentait désespéré, car la soif qui le dévorait agissait sur son cerveau, comme s'il n'eût été qu'un poids supplémentaire, qu'une cause d'angoisse!

        RAM aurait tant voulu boire, de cette eau fraîche, limpide, que l'on nomme encore bonheur! Il eût tout donner pour rire, aimer de nouveau la vie, être confiant, mais il était de plus en plus sombre, il avait de plus en plus peur et malgré la chaleur, un froid étrange le pénétrait!

        Que se passait-il? Qu'avait-il mal fait? Enfin, il vit un silhouette venir vers lui... Un autre homme! Il allait pouvoir lui demander de l'eau! "Eh! Eh!" Il courut vers l'homme! "Eh! Eh!" L'autre aussi fonçait dan sa direction et il furent très vite face à face, mais quelle désillusion! Ils étaient tous deux assoiffés! Ils regardaient leurs lèvres sèches et entourées de sel! Ils haletaient, le dos courbé, et il était évident qu'ils ne pouvaient s'entraider!

        Ils se quittèrent sans un mot et RAM reprit sa marche... Il était encore plus amer et fatigué... Il tempêtait: "Comment pouvait-on aller dans le désert et ne pas emporter d'eau?" se disait-il! L'imprévoyance, la bêtise de l'autre le remplissait de colère et de mépris! Evidemment, RAM ne se voyait pas dans le même cas: il avait ses raisons!

        Il rencontra d'autres hommes et des femmes, mais nul n'avait de quoi étancher sa soif et il devint de plus en plus mauvais! Il y avait quelque chose qui n'allait pas! Mais à un niveau supérieur, dans la direction des choses! Ce n'était pas la première fois que les dirigeants de ce pays le décevaient! Ils n'étaient pas à la hauteur! C'était un bande d'amateurs, gagnés par la corruption! RAM l'avait toujours su!

        La langue gonflée, il se mit à rire: "Les incapables! Les fumiers! Les ordures! Ils s'en mettent plein les poches! Pire! L'eau! L'eau, ils la gardent pour eux! On en crève et ils s'en foutent!" Sa colère gagna même un cran! "Et là-haut! là-haut! cria-t-il en désignant le ciel, y a rien! Y a rien, vous m'entendez! Le ciel est vide! Ah! Ah! Nous sommes seuls ici et nous grillons! Abandonnés! Ah! Ah! Finie ma foi! Les yeux ouverts maintenant! Et comment elle s'appelle la chanson: "Chacun pour soi!" Ouais!"

        RAM avait cessé d'être une poire! Ouf! Il allait passer aux chose sérieuses... et par chance, il vit venir à lui un homme plus petit.. "T'as pas d'eau? lui demanda-t-il. Tu t' promènes dans l' désert et t'as pas d'eau! Voyez-vous ça!" Il frappa l'autre! "Explique-moi comment on peut être aussi tarte! Allez, donne-moi ton eau, sinon je te tue! T'en as bien un fond!" Il fit pleuvoir ses coups sur l'homme, qui finit par lui donner, en tremblant, une toute petite gourde...

        "J' savais qu' t'en avais!" triompha RAM, mais, quand il se mit à boire, il ne reçut que quelques gouttes jaunâtres, qui ressemblaient à de la pisse! "Pouah!" fit-il et enragé, il battit l'homme, en le laissant pour mort! Plus tard, il fit subir le même sort à une femme, ce qui fut plus facile, car elle était encore plus faible! Il harcelait comme ça, il était violent et on le craignait! Cela aurait dû le satisfaire, puisqu'on lui cédait le peu d'eau qu'on avait, mais celle-ci était toujours aussi incapable de le rafraîchir et il restait triste!

        Son esprit s'obscurcissait de plus en plus! Il en vint à penser qu'il était l'objet d'une vaste machination! Quelque part, il ne savait où, des hommes plus puissants que lui dirigeaient tout! C'était des machines, des âmes sorties tout droit de l'enfer, des démons! qui n'avaient qu'un seul but, le détruire, lui et tous ceux qui étaient à son niveau! tous les malheureux qui arpentaient ce désert sans fin! Mais il allait leur en faire voir! Il n'était pas dupe et il renverserait l'ordre des choses! Il suffisait de s'unir! On était les plus nombreux et donc les plus forts!

        Un jour, il n'en crut pas ses yeux! Venait à sa rencontre quelqu'un qui avait l'air heureux, détendu, frais, nullement assoiffé! "Mais qu'est-ce que... Mais qu'est-ce que c'est que ce guignol? pensa RAM et il courut presque vers l'individu. "Eh toi! fit-il menaçant. Donne-moi ton eau?

        _ Ah! Ah! Tu veux mon eau! Mais bien sûr, prends!"

        Sous ses yeux médusés, RAM vit qu'on lui tendait une pleine outre! Ce n'était pas possible! Mais il but! Il but! Il ne pouvait cesser! L'eau était merveilleuse! Elle coulait dans son corps comme un fleuve de bienfaits! "Bon sang! s'écria-t-il, ça c'est de l'eau! Ah! Ah!" Il riait emporté par la satisfaction, mais soudain il se rembrunit! N'était-il pas victime d'une supercherie? Comment pouvait-on avoir autant d'eau et d'aussi bonne qualité en plein désert? Ne se moquait-on pas de lui? 

        Il ne vit pas combien son raisonnement était étrange, mais il se montra soudain agressif: "D'où vient cette eau? Qui es-tu et pour qui tu te prends? Hein? Elle vient d'où cette eau?

        _ Tu as l'air d'avoir soif! fit l'homme.

        _ Et comment! dans c' foutu désert!

        _ Un désert? Mais de quel désert tu parles?

        _ Mais.. mais de ce..."

        RAM ne finit pas sa phrase, car tout autour, maintenant, il ne voyait qu'un paysage luxuriant, incroyablement vert et partout jaillissaient des sources, environnées d'oiseaux et de papillons, sous le ciel d'un luminescent saphir! "Où vois-tu le désert?" demanda encore l'homme... Alors, RAM, pour la première fois, tomba à genoux et se mit à pleurer!

        Ailleurs, même jour... Ils se croient courageux, affranchis, intelligents! Ils bavent sur les réseaux sociaux! Ils jugent! Ils condamnent, se répandent! Ils ne connaissent ni la faim, ni le froid, ni le vent! Jamais ils n'ont cherché! Ils ont couvé leur amour-propre, préservé toute leur vie leur sécurité! Ils se mirent dans leurs commentaires! Ils s'écoutent parler! Ils ont le cœur sec, plus dur que la pierre!

        Ils sont heureux quand ils mordent et qu'ils infusent leur poison! Chaque jour, ils sont repus, pleins d'eux-mêmes et ils ne supportent pas l'injure! Ils n'ont aucune modestie! aucune bonté, aucune patience, aucune richesse!

        Ils foncent, avec leurs voitures de richards! Ils s'admirent encore! Ils patrouillent, écrasent la vue! Ils veulent de la soumission, des hommages et ils sont vains, aussi vides que des baudruches! Ils pètent avec leurs motos!

        Ils ne connaissent pas la rosée, le nuage aussi fragile qu'une aile! Ils piétinent l'oiseau tombé du nid! Un pissenlit rayonne mille fois plus qu'eux! Ils ne sont occupés que d'eux-mêmes! et peureux avec ça!

        Rien ne doit les effrayer, au nom de leur sacro-sainte sécurité! Ils cotisent! Et ils plastronnent! Ont-ils déjà regardé les épis ondoyer? Savent-ils la langueur de la vague sur le rivage? Que murmure-t-elle? Qui peut imiter la douceur du baiser qu'elle donne au sable?

        Ont-ils déjà admiré l'écume qui s'étend en formant des ocelles, comme celles d'une aile de papillon? Ont-ils rêvé sur ces archipels spumeux? Ont-ils vu les voiles d'or du soleil et leur régate scintillante? Ont-ils déjà apprécié le corps du poisson, qui semble une fusée flottant dans l'espace?

        Non, ils sont une armée de repus, de nantis, de visages grimaçants! Car ils ne cherchent pas! Ils ne bougent pas! Ils se vident sur place! Quel est leur problème? On leur a manqué de respect! C'est une catastrophe! Le monde s'écroule! Voilà l'événement!

        Le soir, ils ferment leur porte et s'abrutissent devant la télé! Quel est leur grandeur, leur souffle? Ah! j'oubliais: ils cotisent, pour leur retraite et tous les fainéants! Ils sont en règle! Et chaque jour, ils sont de plus en plus suffisants, de plus en plus agressifs et violents!

        C'est l'été! Le fruit est mûr et se montre tel qu'il est! Il devrait être gorgé de lumière! Il devrait briller jusqu'au firmament! Il devrait être fort et reconnaissant! comme si l'enthousiasme était sa sève! Il devrait témoigner d'une surabondance de richesses!

        Mais nous ne connaissons pas la lumière! Nous ne la cultivons pas! Nous ne cherchons pas! Pauvres fous! Nous ne sommes pas sur une planète perdue dans l'espace! Nous ne mourons pas! Nous sommes éternels avec notre ennui et nos petits problèmes!

        Les morts sont en terrasse! dans les magasins! dans leur voiture! Et c'est bientôt la rentrée! Avec ses alarmes, son stress! son temps qui se gâte! sa folie dans les rues! Qui a déjà soupesé une heure? Qui l'a goûtée avec délice! Qui a caressé le temps, en étant infiniment plus lent que lui! Qui s'est fondu en lui, pour jouir de l'attente, du secret de la paix?

        Va, danse, quitte les morts et les zombies qui se disent jeunes devant leur mur de son! Va, quitte les égoïstes! Pars à la recherche! Jette ta ligne! Va, n'aie pas peur! Tu vas douter, avoir mal, et alors? Va chercher ton trésor! C'est lui qui te nourrira!

  • L'ENFANT ET LA LUMIERE!

    L enfant

     

     

     

     

    Qu'est-ce qui bloque la lumière?

    Qu'est-ce qui l'enferme?

    La peur et la haine sont les barreaux de la lumière!

    La lumière tourne en rond dans sa prison

    Et devient malade!

    Elle s'empoisonne

    Et devient incompréhensible!

    L'individu crie sans raison!

    Il est tout le temps en colère!

    Tendu!

    Il paraît en guerre contre le monde entier!

    Il devient paranoïaque!

    Enragé!

    L'apaisement permet de nouveau à la lumière de passer!

    La peur et la haine contractent!

    Assèchent, attristent!

    L'individu est dans la nuit!

    Amer!

    Perdu!

    Vaincre sa peur permet de gagner de la lumière!

    Ce gain à son tour enlève de la peur!

    Ainsi progresse la foi!

    Celui qui vit dans la lumière n'a plus de haine!

    Pourquoi en aurait-il?

    N'est-il pas traversé par plus grand que lui?

    N'est-il pas en sécurité?

    N'est-il pas fort, par la lumière?

    N'est-il pas serein?

    Comment vaincre la haine?

    Haine et peur forment une chaîne!

    La haine est une souffrance!

    Une peine!

    Un effroi!

    Une douleur!

    La lumière apaise, tranquillise!

    Elle a le temps, elle est le temps!

    Celui qui vit dans la lumière est en repos!

    Il calme lui aussi, par sa lumière!

    Qu'est-ce qui empêche la lumière sinon la peur,

    Qui elle-même engendre la haine?

    La haine exprime une souffrance,

    Qui est celle de l'individu qui a peur!

    Plus on veut retenir,

    Plus on a peur

    Et plus on souffre!

    Le riche a peur de manquer!

    Il devient un coffre-fort!

    Sa lumière est malade!

    Le pauvre est facilement hargneux,

    Violent, haineux,

    Car ses peurs sont vives, toujours là!

    Le riche méprise! Sa haine est confortable!

    La lumière est un miracle!

    Elle veut danser!

    Elle veut donner!

    Elle est gratuite!

    Seules la haine et la peur peuvent l'arrêter!

    Haine et peur constituent la domination!

    Plus on a peur et plus on veut dominer!

    Plus on a besoin de la haine!

    Opposer de la haine à la haine ne sert à rien!

    La lumière ne fait que changer de prison!

    Seul libérer la lumière permet le progrès!

    La lumière est sage et apaisante,

    Car elle est infinie!

    Sa puissance est sans bornes!

    Elle est d'une force jamais vue, inégalée!

    Pourquoi serait-elle haineuse?

    De quoi pourrait-elle avoir peur?

    C'est la lumière qui pousse à la vie!

    Elle ne demande qu'à s'étendre,

    Qu'à grandir,

    Qu'à donner à l'individu son plein développement!

    Qu'à épanouir!

    Pourquoi résister à la lumière?

    A cause de la peur, des blessures, des traumatismes!

    Les blessures créent la peur et empêchent donc la lumière!

    Les blessures créent donc aussi la haine!

    On en veut à ceux qui nous ont blessés!

    C'est leur mépris qui cause notre haine!

    La chaîne des blessures, entre les individus, empêche la lumière!

    La lumière se heurte à la porte des blessures, de la haine et de la peur!

    Elle ne peut ni entrer ni sortir!

    Comment guérir les blessures?

    C'est la lumière qui apaise et qui guérit!

    On mord parce qu'on a été mordu!

    Une goutte de lumière suffit pour calmer et créer le sourire!

    La lumière appelle la lumière et réconcilie!

    La lumière libérée guérit!

    Celui qui vit dans la lumière est un guérisseur!

    Il apaise...

    Console

    Rend justice

    Fait espérer

    La lumière est réparatrice!

    La haine s'éteint à son contact!

    Elle se raconte, se confie!

    Elle livre ses blessures, les montrent!

    La lumière est un baume...

    La haine va vers sa destruction!

    La peur est comme la mort!

    Elle paralyse et enterre!

    L'enfant est confiant dans la lumière...

    C'est la lumière qui le fait enfant...

    Ainsi l'enfant n'est pas faible!

    Il a toute la force de la lumière!

    Toute sa légèreté!

    Toute sa joie!

     

     PS: il y a eu une erreur dans la présentation des nouveaux billets, depuis un certain temps! Le jeu, c'est de trouver ceux que vous n'avez pas lus! Mais ils devraient tout de même être proches de celui-ci!

  • RAM a peur!

    Ram enfant

     

     

     

     

                                                     "Dernière chance!"

                                                         Piège de cristal

     

     

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 19 août...

    La lumière est un enfant parmi les pierres!

    L'enfant rigole!

    Il admire les nuages ou l'eau qui coule!

    L'enfant ne veut rien!

    Il ne comprend pas le monde des adultes!

    Il est meurtri par lui!

    L'enfant aime la lumière!

    Il est amoureux d'elle!

    Ce n'est qu'avec elle qu'il est heureux!

    La lumière fait sa joie!

    Les pierres n'aiment pas la lumière!

    Les pierres aiment les devoirs, les responsabilités!

    Les pierres sont sérieuses!

    Les pierres ont peur!

    Elles sont tristes!

    Elles sont dures!

    Les pierres sont perdues, elles sont dans la nuit!

    L'enfant est plein de lumière!

    Mais les pierres la lui cachent!

    Lui disent que la lumière n'existe pas!

    Qu'elle est le fruit de son imagination!

    Qu'il la voit parce qu'il est malade!

    Que dans la réalité elle n'existe pas!

    Ainsi parlent les pierres!

    Ainsi parlent les morts!

    Alors qu'ils sont tristes et dans la nuit!

    Qu'ils n'ont pas de solution!

    Ils étouffent la lumière!

    D'abord par peur!

    Ils se disent que si la lumière existe

    Que si elle les traverse

    Ils vont souffrir!

    Ils ont peur de ce qu'elle pourrait montrer!

    Alors ils se ferment encore plus!

    Deviennent encore plus durs!

    Alors ils haïssent l'enfant qui aime la lumière

    Ils veulent le détruire

    Car lui est courageux, grâce à la lumière!

    L'enfant n'a rien à cacher!

    Il ne veut rien!

    Il est l'ami de la lumière!

    Et elle est son amour!

    Dieu est gratuit! Dieu est amour!

    Source vive! Ainsi chante l'enfant!

    Amoureux des nuages, de la beauté et de la lumière!

    L'enfant ne veut rien!

    Il aime la lumière, c'est tout!

    L'enfant est traversé par la lumière!

    Il est lumière lui-même!

    La pierre empêche la lumière!

    Il la retient, il la nie!

    Il dit qu'elle n'existe pas , en serrant les dents!

    Il ne peut pas faire autrement, car la lumière veut sortir!

    Elle veut traverser l'être pour chanter sa propre gloire!

    Elle déborde!

    Dieu est gratuit! Dieu est amour!

    Chante l'enfant!

    La pierre serre les dents, se durcit, veut tuer, détruire!

    Elle a peur de s'ouvrir, d'éclater, de vivre!

    La pierre résiste, est malade et chasse la lumière!

    Juste par peur!

    Elle s'accroche à son propre pouvoir, à sa fermeture, à sa domination!

    Elle est dans la nuit et l'ennui!

    Elle dit que le ciel est vide!

    Elle meurt en serrant les dents, comme un héros!

    Elle reçoit sa pierre, chapeau bas!

    Lâche ton cœur!

    Sois l'enfant!

    Prends la lumière dans tes mains!

    Regarde-la jouer!

    Comme elle est belle!

    Elle est immense, infinie!

    Elle sourit dans les étoiles et dans le feu!

    Elle toute puissante dans la vague!

    Elle souffle sur le monde!

    Elle veut jaillir des yeux!

    Elle veut jaillir dans le désert des pierres!

    Elle est vivante, bien vivante toujours!

    N'écoute pas les pierres!

    Elles sont pleines de raisonnements, de faussetés, de mensonges!

    Elles te diront que c'est toi le fourbe, le méchant, l'intransigeant, l'immature!

    N'écoute pas les pierres!

    Elles te diront que c'est toi la pierre!

    Elles sont fortes pour ça, pour faire mal!

    Elles sont mortes en-dessous!

    Elles éteignent la vie!

    Elles sont troubles, empoisonnées!

    Elles écrasent les plus faibles!

    Elles vont par le monde en disant: "La lumière n'existe pas! Aimez la pierre!"

    L'enfant est meurtri par la pierre!

    Il est triste à cause de la pierre!

    Il est écrasé par la pierre!

    Mais la lumière, nul ne peut la vaincre!

    La lumière rit dans l'espace!

    La lumière est infinie!

    Elle chante!

    Elle est toute puissante!

    Elle fait grincer les pierres!

    Elle fait grincer les morts dans leur sépulcre!

    La lumière chante!

    Nul ne peut la vaincre!

    Elle aime même la pierre!

    L'enfant est secret!

    La lumière aussi!

  • RAM et la lumière!

    Ram et la lumiere

     

     

     

                                           "Tss, tss, tu sais pas te servir de ça!"

                                                      Il était une fois dans l'Ouest

     

     

     

    La lumière s'étend à travers l'espace!

    Elle avance avec l'Univers!

    Elle s'épanouit dans les plantes et les animaux!

    Mais la conscience peut l'arrêter!

    La conscience peut la contrôler!

    C'est le privilège de la conscience!

    La conscience est donc unique!

    C'est une révolution!

    La lumière est donc conscience elle aussi!

    Que voyons-nous?

    La lumière comme un marécage, transformée en boue!

    La lumière niée, emprisonnée, muette, dans une forteresse imprenable!

    La lumière cachée, piétinée, moquée, galvaudée, méprisée, oubliée, salie!

    Ainsi c'est le chaos! la nuit! Il n'y a pas de lumière, de vérité!

    Ainsi va la misère, les larmes, le désespoir! l'amertume, la guerre, la violence!

    Pourquoi? pourquoi ne pas accueillir la lumière, la répandre, l'aimer?

    La lumière embarrasse!

    La conscience n'en veut pas!

    Pourtant conscience et lumière ne devrait faire qu'un seul!

    Si l'homme reste un animal, alors la conscience se sépare de la lumière!

    L'homme reste un animal, quand la conscience veut triompher sans la lumière!

    L'animal est lumière, car il n'a pas de conscience!

    La conscience fait le choix de l'homme!

    C'est le prix de la connaissance de la lumière!

    On doit pouvoir la rejeter, si on veut pouvoir la définir!

    Mais la lumière est piétinée, méprisée, oubliée, moquée  et la conscience dit: "C'est la nuit!"

    La vie devient une vallée de misères! un gouffre!

    Aujourd'hui encore plus qu'avant!

    La lumière reconnaît le manque de lumière!

    La lumière voit comme elle est maltraitée, dans le regard de l'autre!

    Celui qui nie la lumière doit la combattre!

    Car la lumière veut s'étendre, grandir, se libérer!

    La conscience qui nie doit lutter contre la lumière!

    C'est de l'énergie perdue! qui empêche le développement, qui favorise la haine!

    Car on hait plus grand que soi, comme on hait la lumière!

    On a les yeux de glace! la lumière semble morte derrière!

    La conscience alors est un défi contre la lumière!

    La lumière pourrait briser la glace, montrer qu'elle n'est rien!

    Mais la haine et la violence surgiraient!

    On ne peut pas détruire la conscience à cause de la lumière!

    Ce serait détruire la lumière elle-même!

    C'est la conscience qui doit choisir de libérer la lumière, de la retrouver elle-même!

    C'est le privilège de la conscience! C'est ce qui fait l'individualité!

    Conscience et lumière sont inextricablement liées!

    La lumière est cachée le plus souvent!

    Car elle paraît l'ennemie de la conscience, de l'individualité!

    Pourquoi? Parce qu'elle est autre?

    La conscience veut pleinement exister! C'est l'effet de la lumière!

    Mais elle ne veut pas la lumière, qui semble ne pas être elle!

    La conscience veut exister seule! alors que c'est la lumière qui la pousse!

    La conscience s'ampute d'elle-même! Elle n'éteint pas sa soif et reste malheureuse!

    Sa satisfaction: avoir combattu la lumière, c'est-à-dire elle-même!

    Elle ne s'est pas développée, elle s'est juste retournée contre elle-même! recroquevillée!

    Elle est restée chiffonnée, flétrie, enfermée!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 4 août... Je voudrais mobiliser les habitants de RAM! les amener à lutter, à prendre conscience de ce qu'ils ont de bon en eux! Je voudrais réveiller leur lumière! la faire naître, la libérer! Je voudrais leur rendre la vue!

        Combattre pour son égoïsme, pour sa soi-disant liberté, contre le gouvernement, ce n'est pas se libérer! C'est encore favoriser le nombril, quoiqu'on ait l'impression de lutter contre l'autoritarisme! Je voudrais que les gens rient, en voyant danser leur lumière! Mais comment faire?

        Les gens ont peur de la lumière! ont peur d'être ridicules! d'être trompés! Pourtant, la lumière est là, quelque part, au fond de leurs yeux! Chez certains, cependant, elle paraît définitivement morte, comme si elle n'avait jamais existé! Elle est à des kilomètres de profondeur, sous la glace, sous une glace accumulée par toute une vie! une vie à nier la lumière, à se durcir contre elle, pour se protéger, pour vaincre!

        Le résultat est un mur impénétrable! La lumière est pourtant toujours là, il ne pourrait en être autrement! Mais alors la haine la combat incessamment, pour l'étouffer et qu'elle ne parle plus! Nul repos! nulle paix! Nulle vraie joie! L'énergie sert à la fermeture, à la dureté!

        Je voudrais aider la lumière à se libérer, qu'elle sorte des corps, des yeux, que les gens rient de la voir danser devant eux! car tout est possible! La lumière fait retrouver l'enfant, sa légèreté, sa joie, son innocence, son espoir, sa force aussi, son enthousiasme!

        Mais comment faire? La lumière est gardée sévèrement! comme un dangereux criminel en prison! On peut pas s'isoler avec elle au parloir! La lumière, chez la plupart, est muselée! On ne peut pas l'atteindre! Tout au plus lui jette-t-on un message furtif, qui sera peut-être mal compris, mal lu!

        Souvent aussi quand on s'adresse à la lumière, la réaction de la domination est haineuse! Elle a l'impression qu'on la méprise, qu'on se sent supérieur! Dame, elle méprise elle-même la lumière, la juge infantile! On voudrait la rassurer, lui faire comprendre qu'on ne veut que son bien, que la lumière est pure, mais c'est trop tard: elle s'est dressée comme un serpent!

        Il y a un malentendu, de la lumière il n'est plus question! Il n'y a plus que la haine qui siffle! Comment récupérer la lumière, apaiser la haine, la radoucir, l'endormir, la mettre en confiance, afin que la lumière revienne, qu'elle fleurisse à nouveau? Comment faire revenir la limpidité dans les yeux? le rire, l'innocence?

       La lumière est en cage, derrière les yeux, et voudrait s'échapper! La domination et la peur l'en empêchent! Ces deux gardiens varient suivant les individus... Quand la domination est souveraine, absolue, on ne voit plus la lumière! Il faudrait briser la domination, mais cela reviendrait à briser l'individu! 

        La plupart du temps, Peur et Domination se partagent le travail et la lumière apparaît de loin en loin timidement! Parfois, elle appelle au secours! Mais dans sa prison! C'est un appel muet, qui ne se dit pas! Il faut l'interpréter, car Peur et Domination sont toujours là, sur les bords, prêtes à intervenir!

        L'appel au secours ressemble à celui d'un naufragé! Les vagues l'entourent, menacent de l'engloutir et on voit sa main nous faire signe. On regarde impuissant cet être qui est emporté et qu'on ne peut sauver! Il est impossible de discuter avec Domination et Peur! Domination, nous le savons, ne supporte pas d'être rabaissée, de se montrer faible! C'est Domination qui commande et qui réussit!

        Elle ne peut donc avouer être en perdition! Quant à Peur, elle a peur tout simplement, peur de Domination, de Lumière, de tout! Elle ne veut rien entendre! Pour parler à Lumière, pour qu'elle réapparaisse, il faut rassurer Peur et amadouer, endormir Domination! C'est difficile, mais cela arrive! Alors la personne est transformée! Lumière est de nouveau dans ses yeux, sur le pas de sa porte! La personne rayonne, elle est traversée par la lumière qui lui donne son plein épanouissement, comme la sève des plantes!

        La personne laisse passer la lumière, qui vient du fond du cosmos! Elle a fait tout ce chemin en un instant, mais c'est à présent une lumière consciente, qui se connaît elle-même! C'est une lumière qui est passée par la conscience! Elle est unique, car elle est le fruit d'une individualité! Mais c'est encore la lumière, qui est commune à toutes les lumières! Ce n'est pas le reflet d'un égoïsme!

        C'est une lumière personnalisée, au service de la lumière, qui aime la lumière pour ce qu'elle est! Il n'y a pas de diminution de la personne! Au contraire, il y a toute l'étendue de la personne! C'est la lumière qui lui donne toute sa dimension! Domination est alors totale, car inoffensive! au service de la lumière! L'enfant est tout puissant, léger, libéré, mais sans haine, sans mal, amant de la lumière!

        Domination pleine de lumière ne veut que voir toutes les dominations pleines de lumière! Car dominer avec la lumière, ce n'est pas dominer! C'est s'enchanter de la lumière, c'est être joyeux qu'elle existe! C'est un bonheur infini, ineffable! C'est pourquoi la lumière veut la lumière chez les autres! Il n'y a aucune gêne à voir d'autres lumières personnalisées, au contraire!

        La lumière est une, même individualisée! La lumière cherche la lumière, parce qu'elle veut toujours s'étendre, se développer, sortir, être heureuse! Lumière est vérité, c'est pourquoi elle fait la joie! Domination et Peur sont troubles, car ils nient Lumière et l'emprisonnent!

        Lumière doit être patiente! Lumière s'incline, est souple comme le vent! Domination est dure comme la pierre! toujours en colère, insatisfait! Peur est pleine de soucis, de troubles, de plaintes!

        Lumière est au fond heureuse! Son cœur chante comme un ruisseau! Peur et Domination se chargent chaque jours de seaux lourds! Elles peinent sous le poids! Si Lumière sort du cachot, elle pardonne tout! Elle rit de retrouver ses ailes! Même après une vie en prison!

  • ANAGRAMME

    Anagramme

     

     

     

                                                    "On se retrouvera en enfer!

                                                      _ D'accord!"

                                                                    Impitoyable

     

     

     

        L'égoïsme allait par les rues de RAM! Il s'ennuyait! Il ne se demandait pas ce qu'il faisait ici, ni ce qui lui manquait pour être heureux! Non, il était inquiet, sombre, impatient, nerveux et même prêt à mordre!

        En effet, que pouvait-il espérer? En qui pouvait-il avoir confiance? Comment se développer, étendre son amour, enrichir son être? Quel repère avait-il? quel ami, quel confident? Qu'est-ce qui pouvait le conduire à se dépasser et en même temps à vaincre ses peurs, pour s'apaiser?

        Il pouvait s'abrutir de travail, de bruit! L'effort le rassurait, le fatiguait aussi, le rendait amer et querelleur! D'autres ne faisaient rien et lui peinait! Ce n'était pas supportable! Il demandait des comptes, avivait les haines, amplifiait les fractures! Le mépris coulait de sa bouche et n'arrangeait rien!

        Seul celui qui est heureux peut être utile, ne serait-ce que parce qu'il peut s'intéresser aux autres! L'égoïsme en était incapable et il allait par les rues de RAM, le visage fermé! La vie ne lui donnait aucune espérance, apparaissait morne et il maudissait tous les paresseux, les mollusques! Il était malheureux!

        Au-dessus de lui pourtant passaient les nuages d'un blanc éclatant! Le vent agitait les branches, ainsi qu'elles auraient été des mains folles de danser! La lumière pleuvait et chauffait! Les oiseaux fiers planaient merveilleusement! Mais l'égoïsme était maudit! Il portait le fardeau du monde, pendant que toute la nature se permettait de s'amuser!

        Mais comment aurait-il pu avoir confiance et relâcher son effort? Sa femme n'allait pas mieux! La haine lui brûlait le ventre! A la boulangerie, elle dut attendre une minute et ce fut celle de trop! Elle sortit son grand couteau et elle égorgea le client qui la devançait! Celui-ci s'écroula en gesticulant et en perdant tout son sang! Elle fut bientôt arrêtée par la police et maintenant elle passe ses jours en prison! Maudite elle aussi!

        Comment faire confiance? Comment espérer, devenir infiniment meilleur et heureux? Comment être toujours riche? Comment ne plus avoir soif? J'ai le secret! Mais l'égoïsme ne veut pas l'entendre! Il se moque même de moi! Il me prend pour un enfant (ce que je suis!)!

        A mon secret, il préfère sa rengaine, sa scie! Et il va par les rues de RAM, triste, le visage fermé! Il fume! La situation le désespère! Que n'est-il à la tête de RAM? RAM et son concert d'avis! cette crécelle à inquiétudes!

        Monde de RAM, mercredi 28 juillet... RAM regardait sa ville par l'immense baie de son bureau... Aussi loin que portait la vue, il y avait des chantiers, de nouveaux bâtiments et on avait même gagné sur le mer! Mais cela ne suffisait pas à RAM!

        Il se passa les mains dans les cheveux, fit jouer les muscles de son cou et battit un instant des paupières, suivant une méthode qu'il avait vue un jour! Puis, en agitant les doigts, il prit place sur un tabouret, devant une maquette de la ville qui avait les dimensions de la pièce! Il tapota une des touches du clavier, qui permettait de faire sortir de nouvelles constructions!

        A cet instant, le soleil se couchait et le ciel était sanglant! Un tel spectacle favorisait l'inspiration et RAM rejeta la tête en arrière, comme s'il devait recueillir l'eau fraîche de sa muse! Puis, le concert commença et RAM, maire de sa ville, fit exploser de vieux quartiers, souleva des rues et vers les cieux des immeubles immaculés s'envolèrent!

        RAM était maintenant en transe et la maquette ondoyait comme la mer! Peut-être était-il possible d'écrire le nom de RAM, avec son écume, son béton neuf? Ainsi, il y aurait une signature seulement visible par des initiés, qui survoleraient la ville! Derrière RAM, dans l'ombre, se tenaient deux invités!

        D'abord, la mort, décharnée, apparemment indifférente, battait discrètement la mesure, car c'est elle au fond qui poussait RAM à laisser une trace, à transformer autant la ville! De temps en temps, son doigt squelettique et glacé caressait le cou de RAM, comme pour lui dire: "C'est bien! Si tu veux qu'on se rappelle ton nom, tu ne dois pas lésiner! Sinon, ce sera l'oubli à jamais!"

        A côté, une femme à demi-folle laissait aller ses sanglots! Elle criait, mais on ne l'entendait pas! C'était dame Nature! On avait d'abord écrasé ses épis, mit en fuite ses oiseaux, abattus ses arbres! On l'avait chassée, repoussée comme un vieux tapis sale! Elle ne savait plus où aller! Des flots de béton avaient été déversés dans le secret de sa mer! Elle avait vu les poissons affolés, les algues mourir! Maintenant, elle suppliait RAM! Elle lui lançait: "Je t'en prie, RAM! Tu ne sais pas qui je suis! ni ce que je suis capable de faire! Je vais me venger, même si ce sera sans haine! Tu vas souffrir, RAM, au-delà de tout ce que tu peux imaginer! Tu ne fais pas le poids! Tu es un enfant!"  

        Mais RAM n'écoutait pas! Il voyait son nom en lettres de feu dans l'avenir! Il continuait sa folie... et sur place, parmi les hommes, les habitants, comment cela se passait? On prenait des charrettes, on les chargeait de meubles, on y mettait sa famille! On partait! On n'en pouvait plus! On ne voyait plus rien! Il n'y avait plus de lumière! Trop de bruit! Les petits pleuraient tout le temps! On devenait malades! De plus riches prenaient la place! mornes, indifférents! On partait! On reprenait la route, avec ses dangers, ses peines, ses fatigues! L'errance était de nouveau là!

        Mais personne, personne n'arrêtait RAM! Avec son conseil, il parlait de progrès, de relance économique, d'emplois!  Tout le monde opinait! Si on cillait, on était aussitôt vu comme un rétrograde, un irréaliste! Ainsi, RAM menait sa ville et le monde en enfer, en dansant au rythme de sa folie! Oui, son nom sera dans la géhenne!  

        Monde de RAM, jeudi 29 juillet... Le ciel était de plus en plus noir, tourmenté, tempétueux! On savait que des maisons avaient été emportées, ailleurs, que des gens avaient tout perdu! On savait que la planète était en train de fondre et qu'on était en route vers des changements profonds, brutaux, gigantesques!

        Des cataclysmes marchaient vers RAM, mais, comme si cela ne suffisait pas, la violence envahissait la ville, devenait quotidienne! On battait à mort, on délimitait des territoires, on faisait la loi! Ceux dont l'orgueil était assoiffé et qui n'arrivaient pas au pouvoir, à s'élever, à cause de leur origine étrangère, ceux-là choisissaient la voie de la drogue et de la délinquance! Ils s'imposaient par la force et défiaient la société! Ils étaient les nouveaux chefs et abattaient tous les obstacles!

        RAM suait! d'autant que sa base, son pied était fragile! La dette de RAM, en effet, était abyssale et on sentait parfois le froid du gouffre! Des conflits sans bornes, des fractures, des sacrifices étaient à prévoir et RAM allait encore trembler!

        Mais le pire n'était pas là! Quand on est prêt, qu'on voit lucidement la situation, qu'on sait où est l'essentiel, à savoir qu' on est somme toute engagé dans une guerre, puisque notre destruction est amorcée, on peut prévoir, se préparer, réagir au mieux, en échappant à la catastrophe!

        Notre monde s'écroule, mais que fait le peuple de RAM? Eh bien, il s'amuse, il rêve, il se berce dans son illusion! Il ne voit pas le mal, ou bien il considère que c'est l'affaire de la police, des lois! Il ne voit pas le mal chez lui, il se croit innocent, c'est dire sa cécité!

        Il se croit pur et il refuse de reconnaître sa laideur, son avidité, sa folie, son égoïsme! Ainsi, il fait son propre malheur, car il ne vit pas dans la réalité! Il ignore l'orage qui arrive! Il s'admire, il joue, il parade, il se raconte des histoires, crée un univers factice, artificiel, qui n'offre, ne pourra offrir aucune résistance au malheur!

        Ne réveille pas l'habitant de RAM, si tu as les yeux ouverts! C'est impossible tant il rêve! Regarde ses jouets! sa belle voiture, qui fait vroum! vroum! Contemple-le dans la rue! Il avance les yeux dans son petit miroir, qu'il tient à bout de bras et auquel il parle aussi!

        L'habitant de RAM n'est préoccupé que de lui-même! Est-il regardé? Fait-il de l'effet? A-t-il du succès, des amis? Est-il fort? bien habillé? riche? Son monde est sa petite personne, alors qu'au loin le volcan gronde et fume!

        Les merveilleuses histoires de RAM, de ses élus, de ses élites! On voit encore une cité rayonnante, harmonieuse, symbole du progrès, de la civilisation! On n'a pas de haine, ni d'envie, ni d'orgueil, de méchanceté, d'agressivité! On est seulement des flèches d'or dirigées vers l'avenir!

        On n'est pas sale! On croit encore à la cité rayonnante! Bien sûr, il y a des conflits, des pleurs, des plaintes, des attaques, mais ce sont des envieux qui essaient de freiner la cité immaculée! On est pris par la mer des problèmes, mais on imagine la dompter, la faire disparaître sous la modernité, le neuf, la cité rêvée!

        Certains ne bougent pas! Ils ne sont pas bien, ils souffrent, mais ils ne bougent pas! On agira pour eux! Car il en a toujours été ainsi! Il se trouvera un champion, une poire en somme! Un révolté, si on veut! Mais ils ne bougent pas, trop fiers et leur confort avant tout! Le plaisir, le rêve à tout prix!

        Le raz de marée de la catastrophe balaiera tout ça! Il y aura des crises, des cris et de la haine, beaucoup de haine! Ben dame, on est comme des enfants! On ne veut pas être dérangés, ni voir, ni se fatiguer! On criera comme des bébés et on méprisera, on détruira, on condamnera comme des adultes! De la haine et encore de la haine!

        Parce qu'on n'aura pas voulu voir! être humain! prendre sa peine! avoir du courage! Dors douillettement habitant de RAM! Raconte-toi tes berceuses! Ris à tes fêtes! Les nuages s'amoncellent sur ta tête!   

        Ne cherche pas surtout! Ne te demande pas ce qui est vrai, réel! Ne donne pas un sens à ta vie! Ecoute seulement ton ambition, le chant de ton égoïsme! Comme il te berce! Comme il te tient chaud, malgré le vent et les éclairs!

        Ecoute, il est des chemins de pierres dont tu n'as même pas idée! Il existe des sanglots en plein soleil! Des amertumes noires en plein jour! Tu n'as aucune idée de la dureté et du chagrin!

        Fais vroum vroum avec ta voiture ou ton scoot! Regarde ton écran géant! Imagine ta cité merveilleuse, sans mal! puisque tu en dépourvu toi-même! Hein? Tu ne fais pas le mal, hein dis RAM? Tu ne frappes pas, tu ne méprises pas! Tu ne hais pas!

        Monde de RAM, vendredi 30 juillet...

        L'égoïsme est un bébé dans la rue!

        Tout le monde doit s'occuper de lui!

        Les autres n'existent pas!

        C'est l'homme piranha!

        Il court à sa destruction!

        Il crée la violence dont il sera la victime!

        Il ne connaît ni la planète ni le cosmos ni la mort!

        Il n'est qu'un souffle, qu'un mirage!

        Il n'est déjà plus là!

        Ouvre-toi!

        Laisse passer la lumière!

  • EPIGRAMME!

    Epigramme

     

     

     

                                                                    "FIST! FIST!"

                                                                               FIST

     

     

     

       Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 20 juillet... "Accusé Cariou, levez-vous! Attendu que, devant le couple ici présent, vous ne vous êtes pas prosterné à ses pieds, en demandant pardon d'exister! Attendu que vous n'avez pas reconnu que vous aviez affaire à des dieux, je vous déclare coupable, accusé Jack Cariou, et vous condamne à la géhenne pour l'éternité! Avez-vous quelque chose à rajouter?

        _ Ben, j'étais à la caisse du magasin et je finissais de payer! Je discutais poliment avec la patronne, que je connais... On échangeait des nouvelles, quand ce couple est arrivé lui aussi... et il a été frappé de stupeur que je continue comme si de rien n'était! Je l'avais repéré pourtant, mais je ne mettais pas de mauvaise volonté! C'est que c'est simplement à chacun son tour! Chacun a une existence propre!  

        _ C'est tout?

        _ Non, puisque nous en sommes aux amabilités, je rajouterais que ce couple est malade! Il faut qu'en tous lieux il domine, soit le centre d'intérêt! Il ne peut pas accepter l'indépendance des autres! On leur fait injure, si on reste soi! C'est une forme d'immaturité, comme si le monde autour restait des langes! Et combien ne sont pas malades comme ça! C'est notre époque...

        _ Suffit! Qu'on emmène l'accusé! Qu'on satisfasse sur le champ le couple victime! Des honnêtes gens!

        _ C'est bien simple! Dès que j'ai senti leur présence, près des légumes, j'ai eu envie de vomir!

        _ Gardes! Hors de ma vue!"

        Je suis emmené au-dessus d'une porte temporelle et elle s'ouvre dans la nuit, sur un brasier géant! "Eh, les gars! vous allez quand même pas m' jeter là-dedans!" On me pousse et je crie, je crie!

        Et je me réveille en sueur dans un lit d'hôpital et qui pis est j'ai les mains attachées! Bon sang, où suis-je? Je m'efforce au calme, malgré l'horreur de ma nouvelle situation et je refais le cours des événements!

        Le départ de la station Charcot s'est plutôt bien passé... Après avoir tué Godefroy, le capitaine Siclay a demandé qu'on nous récupère... Je l'ai quand même invité à détruire l'arme de Morizur, le pistolet fracturant ou PF! Mais Siclay m'a répondu que ce n'était pas de sa compétence...

        Par la suite, j'ai été conduit dans RAM chez le ministre Fauconnier, qui m'avait missionné pour ainsi dire... et c'est là dans le Bob, sur le trajet, que j'ai été apparemment endormi! Mais par qui? Dans quel but? Ne pourrait-on pas me laisser tranquille?

        "Surprise!" crie le Psycho-RAM en entrant brusquement. Sa boule vole dans la pièce, avant de reprendre: "Je vous avais dit qu'on s' retrouverait! que même j'aurais vot' peau! Les cas comme vous, on les abandonne pas! Au contraire, on les choie, on les presse, on les écrase, en écoutant pisser leur jus! comme on écrase des blattes!

        _ Tiens, mais c'est cette vieille connaissance de Psycho-RAM! On a l'air d'avoir encore mal! Voilà qui m' fait plaisir!

        _ Ah! Ah! Ris, ris, Cariou, pendant que tu as encore des dents! Tu es à moi, à ma disposition! J'ai carte blanche! On veut savoir en haut lieu pourquoi tu résistes au PF! Tu vois, les nouvelles vont vite! Tu vas tout déballer, car ici on a tous les traitements! Psychotropes, électrochocs, camisole et même cette bonne vieille douche froide!

        _ Il vaut mieux que vous cherchiez pas à savoir, pour moi et le PF...

        _ Ah bon? Qu'est-ce que tu veux dire?

        _ Si j'arrive à vous faire comprendre, vous allez y rester!

        _ Oh! Oh! Mais pour qui tu t' prends? Pour Dieu en personne? Attends, pour ce genre de malades, tout est prévu! Faut les faire atterrir, c'est tout! C'est une maladie, Jack, ça s'appelle la paranoïa! Hein? T'as le complexe du messie? Pas grave, on va t' purger!

        _ J' vous aurai prévenu... Mais est-ce que je vais rester attaché?

        _ Mais non, Jack! C'était pour t'éviter une réaction incontrôlée dès ton réveil! Mais maintenant que tu sais dans quelle nasse tu es, tu vas pouvoir aller et v'nir comme les autres malades! Bienvenue dans mon hôpital, ma garderie, Jack!"

        Monde de RAM, mercredi 21 juillet... La dépression va par les rues de RAM, le corps massif, le visage fermé et l'œil indifférent!

        Elle peut accoster n'importe qui... Elle ne parle pas beaucoup et on est toujours surpris de la voir chez soi! Mais, avant qu'on ait pu faire une objection, elle nous affirme qu'elle sera un modèle de discrétion, qu'elle ne dérangera personne, et on la laisse là où elle est!

        Au matin, elle se lève aussi tout près de nous et on se demande qui elle est vraiment... Elle ne fait pas de bruit et on hausse les épaules! Sans doute qu'on s'habituera à sa présence! Et pourtant elle gêne! C'est quasiment indéfinissable! Elle lit par exemple le journal, semble ne s'occuper que d'elle-même, mais en même temps elle pèse, préoccupe, envahit!

        Elle a une action sourde, empoisonnée, quoique douce, non violente! Elle murmure à l'oreille: "A quoi bon?", "Laisse-tomber!", "T'y arriveras pas!", "C'est pas pour toi"!, etc.! Ce sont de drôles de messages, qu'elle répète inlassablement, chaque jour, et qu'on finit par faire siens!

        Elle s'amuse encore à nous effrayer! Elle suscite des peurs idiotes, éprouve les nerfs! Elle claque des portes, crie au voleur, au feu! Elle raconte des histoires folles: la justice nous a dans le collimateur! Notre nom circule, provoquant la réprobation générale! Des ombres nous guettent, le voisin nous en veut! Elle nous rend peureux à force et nous fait même pleurer, car nous sommes à bout!

        Elle s'en moque et continue son travail de sape! On en a marre et on lui dit de partir! Elle temporise et dit que ça ne servira à rien! De nouveau son poison agit! Il faut la combattre chaque jour! C'est un bras de fer! A chaque fois, on devrait pouvoir se dire qu'on a gagné un peu, qu'on est un peu plus fort! Il faut oser, se rendre compte qu'elle nous ensevelit!

         Car elle nous enterre, nous efface, au profit de ceux qui piétinent, qui écrasent de sorte qu'ils  n'en sont pas atteints! Elle nous dit d'attendre et par derrière, elle creuse notre tombe, qu'elle fait bien douillette et dans laquelle on rentrera sans résister! Ainsi, rien ne restera de nous! Elle aura tout pris, tout engouffré, tout digéré!

        Il faut lui mettre des bâtons dans les roues! Car rien ne doit demeurer dans l'ombre! L'indignation, la colère du cœur, ses doutes, ses questions n'ont rien d'absurde, tout au contraire! Ce qui est pur, légitime, a sa place au soleil! La vérité est simple et doit s'imposer! Elle sort de nous quand elle est mûre et il suffit juste de la laisser aller!

        La vérité parle et elle veut être écoutée! Alors la dépression s'en va, vaincue!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 22 juillet... Je peux déambuler parmi les autres "pensionnaires" de l'hôpital... Certains jouent aux cartes ou aux dominos... D'autres font de la peinture, des découpages... Les plus nombreux sont devant la télé, happés par elle, alors qu'elle n'est au fond qu'un objet! On aura peut-être honte dans les couloirs du temps...

        Soudain, je me fige, car je reconnais dans une vieille personne tremblante Sarah Taylor, une collaboratrice de l'Oued que j'apprécie beaucoup! Bon sang, que lui est-il arrivé et qu'est-ce qu'elle fait ici? Je m'approche, m'assied près d'elle et je lui dis: "Sarah! C'est Jack!

        _ J...ack, Jack? Ce n'est pas possible!"

        Elle se met à pleurer: où est passée l'altière, l'inébranlable Anglaise? "Sarah, ils t'ont fait du mal?  

        _ Ouuiii... Beaucoup sont morts, tu sais! Stein (ses larmes redoublent)! Gnocka, Sato, Sovensen! Exécutés!

        _ Mais pourquoi?"

        Elle hausse les épaules. "Moi, ils me droguent, reprend-elle. Oh Jack! je ne sais plus où j'en suis! Je n'ai plus aucune force!

        _ J' vais t' sortir de là!

        _ Vous ne devriez pas gêner, madame Taylor, me fait une infirmière sèche. Les émotions, c'est pas bon pour elle!"

        Je me lève et m'éloigne et à ce moment, un soignant vient me chercher. Le Psycho-RAM m'attend dans son bureau et en y entrant, j'ai une première surprise! Un homme d'une cinquantaine d'années, les cheveux en brosse, se tient devant moi: "Ah! Cariou! fait-il. Asseyez-vous! Mettez-vous à l'aise! J'ai décidé que nos relations devaient commencer sur de nouvelles bases... et c'est pourquoi j'ai quitté ma boule, pour me présenter en chair et en os! Je pense que nous n'arriverons à rien sans une confiance mutuelle! Et j'ai fait le premier pas! J'espère que vous y serez sensible!

        _ Bien sûr, docteur! J'ai grand plaisir à vous voir aussi... simplement!

        _ Bien! Bien! En fait, si vous vous montrez coopératif, je ne verrai pas pourquoi vous ne seriez pas traité ici dans les meilleurs conditions! Disons que votre séjour parmi nous ressemblerait à une période de repos! Vous pourriez être comme un coq en pâte!

        _ Et vos sentiments revanchards disparaîtraient?

        _ Mais bien sûr! Votre collaboration les éteindrait!

        _ D'autant qu'en haut lieu on vous marquerait une réelle gratitude!

        _ Hein? Oui, évidemment! Alors, c'est conclu? Bien, entrons à présent dans le vif du sujet! Qu'est-ce qui vous fait résistant au PF?

        _ Eh bien d'abord, je dois vous poser une question..., pour que vous me compreniez! Voilà, il y a longtemps que vous êtes comme ça?

        _ Comme ça? Comment?

        _ Oui, que vous êtes fermé à la lumière, à la vérité, que votre égoïsme fait barrage! Vous avez été un enfant pourtant, plein de bonne volonté!

        _ Qu'est-ce vous racontez, je suis un scientifique et seuls m'intéressent les faits!

        _ Justement, il est tentant pour un scientifique de vouloir quitter son innocence, afin de montrer qu'il n'est pas dupe! Mais je vais vous montrer mon secret, car moi, je suis ouvert à la lumière divine! Faites l'obscurité et vous allez constater que je dégage une luminescence particulière! C'est elle qui me permet de mettre en échec le PF! En fait, docteur, ce que je vous propose, ce n'est ni plus ni moins que de réaliser le plus vieux rêve de l'homme: voir Dieu!"

        Le Psycho-RAM s'exécute, non sans hésitation, mais il est mené par la carotte de l'ambition! Nous sommes debout l'un près de l'autre et je lui dis: "Observez- bien!" Il a les yeux qui sortent des orbites et c'est à cet instant que je lui envoie de toutes mes forces un coup de pied dans les parties! A sa décharge, il ne crie pas! Il est tétanisé par la souffrance, car j'ai même senti ses testicules être broyées sur le bout de ma chaussure!

        Enfin, il s'écroule en gémissant, mais je ne perds pas mon temps: je le bâillonne et le ligote avec du scotch, puis j'enfile sa blouse et me fait un peu sa tête. Ce n'est pas très difficile, il suffit d'avoir l'air toujours excédé, comme si l'autorité se mesurait à cet énervement!

        Je repère la sortie et découvre une scène à laquelle je m'attendais: deux ambulanciers discutent mollement, adossés à leur véhicule. D'emblée, je leur braille dessus et ils se mettent quasiment au garde-à-vous! "Comment, madame Taylor, n'est pas encore là! C'est inadmissible! Allez la chercher!

        _ Mais..."

        Aucune explication ne sera donnée! Je suis supérieur, car sans traumatismes, sans névroses, sans besoin d'affection! "Vous ne m'avez pas entendu?" je crie encore, le visage plein de menaces! Ils plient bien entendu! Ils sont ductiles, poreux et ils filent! Ils ramènent Sarah dans un temps record et nul doute qu'ils ont eux-mêmes fait pression sur leurs collègues!

        Nous partons, avec l'ambulance, et je demande bientôt de nous laisser en plein centre! Là encore, aucune explication! Un léger mépris, qui doit laisser supposer aux chauffeurs qu'ils s'en tirent à bon compte! Plus tard dans la soirée, je monte sur une éminence et je regarde brasiller la ville!

        La mère du capitaine Siclay va s'occuper de Sarah! Mais puisque RAM est en dessous de tout, que sa médiocrité et sa lâcheté sont sans bornes et qu'on vient inévitablement me chercher des noises, en m'empêchant de vivre, eh bien, je vais donc combattre RAM pied à pied, jusqu'au bout! Je ne fuirai plus et je m'amuserai!

       

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                                                     "Vous êtes Ambrose Chapel?"

                                                          L'Homme qui en savait trop

     

     

     

        Mercredi 14 juillet, monde de RAM... RAM déambule maussade dans la galerie marchande... Il se gratte le menton: que pourrait-il bien acheter? Il ne sait pas! Mais qu'est-ce qui pourrait lui faire plaisir, car il a quand même de quoi?

        Un bijou, une nouvelle montre? La sienne est déjà belle! Un nouveau costume? Faudrait se changer, se regarder dans la glace, voir qu'on a pris du poids... Tiens, ici, y a des articles originaux! Des bocaux recouverts de lin! Fallait y penser! C'est tout un univers, dans lequel RAM s'enfonce! Il farfouille, puis tous ces objets finissent par lui donner la nausée!

        C'est venu soudainement! Il était là, quasiment dans l'euphorie... Il sentait son enthousiasme, mais une idée froide s'est glissée dans son cerveau! Et si on se moquait de lui? Derrière ce décor coloré, séduisant, il y a des études de ventes, qui catégorisent les acheteurs et RAM s'imagine maintenant comme un élément du troupeau!

        Il n'a plus la foi, d'autant que le magasin suivant propose une philosophie, un bien-être par la consommation! On achète la paix ou le bonheur! la bougie apaisante ou la méthode du bonze tout sourire! RAM a l'air perdu, désolé! La richesse qui l'entoure curieusement le vide et il abandonne!

        Il avance d'un pas de condamné vers une terrasse, où il se laisse choir! Sa voix n'est plus qu'un souffle, quand il commande! Mais on lui fait de grands signes! C'est son ami de toujours, M'as-tu vu, qui arrive! "Bon sang! RAM, t'en fais une tête! 

        _ Oui, je me sens patraque! Le temps reste gris et je n'arrive pas à me faire plaisir, par un achat!

        _ Y a peut-être trop de choses! Ou bien tu ne manques de rien et tu n'es pas vraiment motivé! Pense à celui qui économise pendant des mois, des années même, pour pouvoir se payer l'objet de ses rêves! Celui-là espère... et il est heureux! 

        _ Comme quoi l'argent ne fait pas le bonheur! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Tu vas mieux, on dirait!

        _ Pas vraiment! On se sent plus chez soi, si tu vois ce que je veux dire!

        _ Oh oui! L'émigration est massive! On en voit de toutes les couleurs! Eh! Eh! Mais tu sais, tant qu'on ne règlera pas la démographie d'un pays, en fonction de ses ressources, on sera toujours envahi!

        _ Tu es affreux, mais j'aime ça! Mais il y a tant de problèmes! Que penses-tu de la solidarité économique? Mais elle n'existe pas, mon cher! C'est chacun pour soi! Terrible! Et le désarmement? Qui songe à en rabattre!

        _ Certainement pas nous! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Et la planète qui continue à brûler!

        _ Sûr! Faut la transition écologique!

        _ Ben tiens!

        _ Rien ne vaut une bonne pompe à chaleur, pour rendre fous les voisins, à cause du bruit! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Et les éoliennes qui dégradent les paysages! Rendre service est bien ingrat! Mais tout cela, même si c'est important, c'est un peu secondaire, en ce qui me concerne! Je ne sais pas, je ressens un mal-être, un vide, une angoisse diffuse, comme si j'étais l'objet d'une menace sourde, indéfinissable!

        _ Dépression, dépression, RAM! Tiens, mais voilà l'Humaniste, il va peut-être pouvoir nous aider! Eh! l'Humaniste!"

        Fidèle à lui-même, M'as-tu-vu siffle bruyamment, à travers la galerie commerciale, et il crie: "Eh! l'Humaniste, on est là!" Celui-ci s'approche et prend place à côté des deux autres. "Dis l'Humaniste, fait M'as-tu-vu, t'as peut-être un truc pour RAM! Il a un coup de mou et c'est bien ton job, à toi, de réfléchir au bonheur, non?

        _ Parfaitement! Mais attention, le bonheur est ici et maintenant! Il doit être sans illusions! On doit regarder bravement les choses!

        _ D'ac, l'Huma! enchaîne M'as-tu-vu. Mais concrètement, ça veut dire quoi?

        _ Ben, on peut s'appuyer sur le "contrat social"! Je respecte les autres et donc la société, qui à son tour me donne son bien-être! C'est la civilisation qui progresse!

        _ Dans du velours! rajoute M'as-tu-vu. Mais t'oublies les crises sociales! C'est quoi la société sans chaos?

        _ Evidemment, chacun défend son bifteck, mais justement il faut qu'il évolue, qu'il sache se tempérer!

        _ Tu veux parler d'une sorte de sagesse?

        _ Exactement! Je vais vous donner mon truc! Pour toujours plus apprécier le moment, je me dis que c'est peut-être le dernier!

        _ Eh! Eh! Pas bête!

        _ Et moi, je ne veux pas avoir l'air d'un condamné! coupe RAM. Je veux tout! Je veux espérer! que ma vie ait un sens! que tout mon élan, toute ma force, toute mon énergie contribue à mon bonheur, sans léser les autres! J'ai soif! Je crève de soif! Je veux un dessein aux dimensions cosmiques! Je veux que mon amour profite au monde entier!

        _ Dans ce cas, répond l'Humaniste, je crains que tu ne sois à la veille de bien des illusions!

        _ Pourquoi? Parce que je ne rentre pas dans ta boîte à chaussures?

        _ Non, parce que tu es déraisonnable!

        _ Dis tout de suite que je suis un fanatique!

        _ Hum! En effet, il est possible que ton "amour" soit destructeur!

        _ J' vais t' dire, l'Huma: j' t'ai jamais kiffé!

        _ Moi non plus à vrai dire! J' t'ai toujours vu comme un gros poussah!

        _ Oh! Oh! les gars! intervient M'as-tu-vu. Calmez-vous!

        _ Que je me calme? s'écrie RAM. Quand j'entends une philosophie de pacotille, qui ignore même toute la haine que nous avons dans le cœur!

        _ Bon, bon! fait l'Humaniste. J' crois qu'il vaut mieux que j' parte! C'est toujours le plus intelligent qui cède!

        L'Humaniste se lève et descend par l'escalator. "Place! Place au héros, au martyr! clame alors RAM au-dessus de sa tête et à destination des autres gens.

        _ Pauvre con! répond l'Humaniste.

        _ J' te chie d'ssus! hurle RAM.

        _ Tu pètes vraiment les plombs! fait derrière lui M'as-tu-vu.

        _ Sans doute! concéde RAM. Mais il m'a énervé par sa vue bornée! Et tu sais ce qui nous rend malheureux? C'est de douter de nous, du bonheur lui-même! Nous sommes des enfants et nous pouvons tout avoir! même le rêve le plus fou!"

        Vendredi 16 juillet, monde de RAM... La domination se frottait les mains... "Quel chaos! Non, mais quel chaos! Pleurez pauvres gens! Vous voilà écrasés! Et qui est derrière tout ça? C'est bibi! Mais moi, ça va, j' sens rien! J' suis d'ailleurs au soleil! A l'heure actuelle, j' sirote un excellent cocktail sur une chaise longue, et vous savez ce que j'ai devant moi? Une vaguelette de cristal, qui vient mourir! A vingt-six degrés, s'entend!

        Quand je m'y plonge, c'est juste un petit rafraîchissement! Et partout, autour, un bleu, mais un bleu! Azur dans le ciel et peut-être un tantinet turquoise pour les flots! Le paradis, j' vous dis! En short et tongs! J' suis sûr que vous avez peu à peu la gorge serrée, devant la carte postale! Eh! mais c'est mérité! J' bosse, moi! Et pas qu'un peu! J' compte pas mes heures! Et le résultat! Le chaos sur la Terre! Et quel chaos, encore une fois!

        Vous doutez de mes capacités? Vous pensez que vos tristesses et la souffrance des autres ne sont que l'effet du hasard? Hein! Ces chers scientifiques qui nous parlent du réchauffement climatique comme d'une fatalité! Avec un air triste, ils vous disent que nous sommes de plus en plus nombreux et que, forcément, nous mettons à genoux la planète! Bien sûr, ils lancent une alerte, il appellent à agir! Les braves gens! Mais si leur vision était juste, cela supposerait que chacun est en imper et roule en Traban! Chacun aurait les mêmes besoins! Hein! Comme si nous n'en étions pas justement aux antipodes!

        Comme si derrière la consommation, l'industrie, l'économie, etc., je n'étais pas le maître! Moi, la domination, la Dom! Ainsi, les récentes inondations meurtrières, en Allemagne et en Belgique, c'est moi! C'est Bibi! Pas directement bien sûr! J' suis pas assez bête pour m'exposer! Mais de fil en aiguille, c'est moi, l'auteur! Et évidemment, j' suis saisi d'effroi, comme tous les responsables, les chefs! Car c'est chez eux que j'habite aussi le plus, le mieux!

        Paradoxe! paradoxe! Mais j'enfume aussi tout le monde! Cigare? Y a des benêts qui disent: "C'est l'argent qui mène le monde!" Mais l'argent, c'est mon chien! Il m'obéit au doigt et à l'œil! Sans moi, il aurait pas d'écuelle! Que serait l'argent, sans la soif de dépasser l'autre, de l'écraser, sans la soif de l'amour-propre? Bien sûr, j'en ai besoin! Il me sert bien, mais c'est moi qui le façonne!

        Tenez, voilà un de mes plaisirs: une réunion entre amis! Belle villa, belles voitures! Du monde choisi, qui se reconnaît! Du luxe, de l'autosatisfaction coulant comme une fontaine! On est là au-dessus des autres! On fait partie des gagnants, des élites! grâce à moi, la Dom! Comment? Mais suffit d'appuyer là où c'est mou! là où on peut écraser, exploiter! Suffit d'être sourd aux larmes, aux plaintes, aux malheurs!

        Imaginez-moi en promoteur! Hein? J'ai un gros projet! Mais alors, le Big! un immeuble de ouf! J' cire les pompes, je fais valoir les besoins, j' trouve le maire intelligent, j' reconnais qu' la vie peut être grave... et j'ai l' marché, légalement! J'ai les mains libres et attention les yeux! C'est moi, le héros, le créateur d'emplois! C'est moi qui nourris, la main qui donne ou qui enlève! C'est moi, Dieu!

        J' fais venir mes camions, mes grues, mes hommes, mes machines! Alors commence le concert du siècle! un hymne au bruit et à la nuisance! Pas besoin de payer la place! Si tu viens pas à moi, j'irai à toi! La teuf est dans la ville, délirante, légale, j' le rappelle! Et tu pleures, tu gémis? Mais regarde-toi! Tu vis dans la crasse! dans un immeuble sombre comme un égout! Tu te traînes! T'es là morne avec ton chien, qu' tu promènes! Ta vie est finie! T'es un spectre et autour mes camions passent soulevant la poussière!

        C'est la guerre! Mes machines canardent sans fin! Ton quotidien est un enfer, mais j' te vois même pas! T'es une araignée dans la nuit! Le cœur, la compréhension, la modestie, le doute, désolé, c'est pas pour la Dom! Et j'vais t' dire, j' te baise jusqu'au trognon! J'ai détruit ton environnement! J' te laisse avec plein de problèmes et des bruits qui t' détruisent! Mais moi, ça va et même fort! C'est l'inauguration du nouvel immeuble! Une vraie réussite, tu peux m'en croire!

        Tous mes amis sont là: Dom 1, Dom 2, Dom 3, etc.! Nous buvons du champagne au nom du progrès! Tu m' trouves dégueulasse? Nous sommes perdus dans l'espace et nous devrions être solidaires? Comme si on t'entendait!"

  • CRAME!

    Crame

     

     

     

                                                         "C'est moi l'aigle de la route!"

                                                                            Mad Max

     

     

     

        Lundi 5 juillet 2021, monde de RAM... "Je vais vous expliquer certaines choses, ouais! Mais d'abord laissez-moi bourrer ma pipe!

        Hum! Voilà... Alors, j'entends beaucoup d' conneries, comme d'habitude! Par exemple, je lis sous la plume d'un scientifique, Lee Smolin en l'occurrence, dans son livre La Renaissance du temps, que "le combustible de la foi, c'est la peur de la mort! C'est s' rassurer en donnant un sens à la vie, contre la solitude! Etc. Etc.!"

        Bref, la rengaine de l'affranchi! du scientifique qui regarde enfin l'existence dans les yeux! l'homme ou la femme qui en ont! Pff! Pff! Car y a des bêtes, croyez-moi! Y a des titans parmi nous! Et dans le meilleur des cas, y nous méprisent pas! Y nous comprennent! La faiblesse n'est-elle pas humaine! Hein? Ne sont-ils pas bons? Et y z'ont intérêt, car ces gus-là, ces hommes et ces femmes d'airain, eh ben, y r'présentent le monde de demain, le futur! C'est pas rien!

        Des caïds! des grands frères et des grandes sœurs! Heureusement qu'y sont là! pour faire honneur au genre humain! Pff! Pff! On n'a rien fait d'mieux depuis le tyrannosaure! Non, parce que lui, c'était une vraie machine à dévorer! Et eux, ce sont de vraies machines à courage! Sûr! Y s' sont mis debout! Y n'ont pas peur, eux!

        Mais la foi, c'est quoi au juste? Eh! Eh! J' vais vous étonner, mais c'est d'abord une histoire d'amour! Surprise! Et pas n'importe laquelle, c'est la plus grande! Cherchez pas, c'est la vérité! Bien sûr, on peut aimer une femme! Et c'est le soleil dans la maison! On lui sourit et elle nous sourit, et patati et patata! Mais aimer Dieu, c'est quand même autr' chose!

        Le croyant, y met les pieds dans un drôle de monde! celui de l'esprit si vous voulez! Faut bien lui donner un nom! Mais c'est un monde étrange, qui peut sembler un peu fou! Car voilà un type qui dit: "Seigneur", in petto et qui commence à discuter avec lui-même! Il est peut-être givré! Et puis voilà, voilà qu'il est devant une équation, si j' puis dire, qu'est pas banale!

        Eh ouais! J' peux la résumer ainsi: "J' suis Dieu, bon, si tu crois en moi, j' suis ton créateur, j' te connais et j' veux qu' ton bien, forcément! Si j' t'ai fait, c'est pour veiller sur toi, pour qu' tu manques de rien! C'est pour que tu sois heureux, car comment voudrais-tu m'aimer, en n'aimant pas la vie! Bref, tu dois avoir confiance!"

        Oh! Oh! Faut avoir confiance! Oh! Oh! faut pas avoir peur d'être heureux, d'être soi! Oh! Oh! Z'avez déjà lu le journal? Mais... mais le poids du monde vous tombe dessus! Il pleut des inquiétudes, des cornes d'inquiétudes! Comment on pourrait rester calme, avoir confiance? Au secours! Au secours, le bateau coule! Vite de l'eau, j'ai soif! Mais où sont les bouées? Mais donnez-moi une bouée! Ouais, elle est à moi! A moi vous entendez! Le premier qui tend la main vers elle, j' le descends! Et j' s'rai en légitime défense! Ouais!

        Hein? Comment rester heureux, serein dans cette folie? Eh, mais attention! Une petite minute! Le croyant croit par peur essentiellement! C'est ce que dit l'athée! le Bayard moderne! Mais oh! oh! ce que demande la foi, c'est justement d'avoir le courage d'être heureux! C'est de ne pas avoir peur! Hein? C'est tout le contraire de ce que dit l'ath..., le machin chose! On met un brelan sur la table... et je mets un carré! C'est moi qui rafle la mise! moi, le plus audacieux! Pfff! Pff!

        Qui est le plus courageux? Celui qui a une chaire à l'Université, qui a son salaire, un bureau propre, qui est salué par des étudiants, des paires et qui écrit un livre par semaine, pour signaler qu'il gamberge et qu'il avance! Ou bien, ou bien le gars qui est dans l'ombre, sans reconnaissance, qui ne sait pas de quoi demain sera fait et qui prend en plein figure la vague de toutes les inquiétudes du monde, qui ne peut qu'être emporté par elle et qui quand même se dit qu'il faut avoir confiance et ne pas avoir peur? Qui? Le fonctionnaire de l'esprit! ou le plongeur de l'impossible, le trapéziste du bonheur?

        Qui montre du souffle, de la grandeur, de la force? Qui va à contre-courant? Qui résiste au malheur, qui ne s'en effraie pas? J' vais vous dire, le secret du Carpe diem, c'est pas:"J'en profite! J'en profite!" C'est pas un abrutissement, une ivresse! C'est: "Je n'ai pas peur!" La foi, c'est d'abord une école pour apprendre à maîtriser ses craintes, à rester sur le pont malgré la tempête! Et c'est pour cela que c'est la plus grande histoire d'amour! En n'ayant plus peur, malgré l'épouvante ambiante, on devient un homme! un vrai! ou une femme, une vraie!

        La foi, c'est unique aujourd'hui et peut-être que ça n'a jamais été aussi difficile! Voilà l'os pour les forts! un terrain de morfales pour le courage! Mais j'en ai marre, marre de tous ces bouseux, de ces suffisants, de tous ces eunuques, qui nous bassinent avec la perte de leur pucelage!  Y n'ont rien vu, rien senti, y connaissent encore moins et ça jacte, ça jacte! Pff! Pff! Le titan, c'est moi! Les cloportes, c'est eux! Voilà j' suis sans cœur! Mais j'en ai marre, j' vous dis!"

        Mardi 6 juillet, monde de RAM... "RAM est ton guide! ta lumière! ta voie, ton appui! Fie-toi à RAM et RAM te soutiendra!

        Tu es perdu dans le vaste monde? Tu angoisses dans la rue, les grands magasins, devant des inconnus? RAM est là, près de toi et t'aide, et t'aime! Regarde comme RAM est séduisant! Ses images glissent, hautement colorées! Et c'est toi qui les commandes! Elles obéissent docilement sous ton doigt!

        Le monde de RAM est fluide, chaleureux! Il n'est pas âpre, froid et hostile, comme celui qui t'entoure! Le monde de RAM est liquide, numérique, kaléidoscopique! C'est un monde de rêve qui te chérit, comme tu chéris RAM!

        RAM est ton chien, ton enfant, ton frère, ta sœur! C'est ton repère! Partout, RAM t'accompagne, comme ton cœur! Que ferais-tu sans RAM! Que se passerait-il, si tu le perdais? Que deviendrais-tu! Tu n'oses y penser!

        Eh bien, je vais te dire ce qui arrivera! D'abord, il y aura un grand silence, comme pour annoncer sa venue! Tu seras inquiet, tu auras la nausée, tu perdras l'équilibre, tu devras chercher le soutien des murs! Puis, elle surgira et ce que tu sentiras, c'est d'abord son haleine froide, car en dehors de RAM règne un vide glacial!

        Elle se dressera au-dessus de la ville, monstrueuse! Tu n'as pas idée comme elle te fera trembler! Elle t'arrachera les pieds vers le bas! Elle t'écrasera, te ratatinera! Tu auras envie de crier, de hurler, mais tu ne le pourras pas, tant elle te pressera! Tu n'aura qu'un faible gémissement et tu demanderas pitié muettement!

        Elle, c'est l'épouvante! Elle est née de l'hypocrisie et du mensonge du monde! Tu vois, elle ne date pas d'hier! Ta haine sera impuissante contre elle! Elle rira de toi! Tu seras plein de sueur et tu ne pourras pas supporter son regard! Pour la combattre, il faudrait être du Nord, d'une tribu légendaire, qui a toujours affronté le brouillard et la nuit!

        Ces hommes-là n'existent plus, mais n'appartiennent-ils pas à un mythe? Il est possible qu'ils n'eussent jamais vécu! Mais on raconte qu'ils s'installaient devant la réalité et qu'ils lui demandaient: "Qui es-tu?" On raconte qu'ils cherchaient Dieu, qu'ils lui parlaient! C'est te dire comme ils étaient arriérés! Dieu, cette farce!

        Enfin, ils lui disaient: "Si tu es, je te trouverai! Je n'abandonnerai pas ma quête! Je n'aurai pas peur! Je t'aimerai jusqu'au bout!" Ils ne lâchaient rien et ils se perdaient! Tu entends? Ils se perdaient! Ils disparaissaient dans le mirage qu'ils avaient eux-mêmes créé! Ils étaient trompé par leur songe!

        A ce compte- là, on peut comprendre qu'ils aient tenu tête à l'épouvante, à force de rêveries et de fantasmes! Mais où sont-ils à présent? Le vent n'a-t-il pas effacé leurs traces? Pauvres marionnettes d'un temps obscur! Aujourd'hui, nous savons que l'Univers est sans fin et que ses particules, qui l'étendent encore, n'obéissent qu'au hasard!

        Mais ne crains rien: RAM est ton rempart! Il te fait le centre de tout! L'Univers, aussi immense soit-il, tourne autour de toi! Tu es la seule réalité, c'est RAM qui te le dis et qui te le répète! Si tu doutes, Elle reviendra! Elle te menacera... et Elle a des comparses, tu sais! Elle a ses agents, ses serviteurs! Ce sont tous ceux qui ne te reconnaissent pas comme leur dieu! tous ceux qui ne t'admirent pas! tous ceux qui doutent de toi... ou qui par méchanceté exhibent leur indifférence!

        Ceux-là entaillent ta sécurité! Ils sont hors de RAM! Méprise-les! Hais-les! Ils ne méritent que ton dégoût... et si tu peux les détruire, fais-le! Ne doit-on pas écarter, supprimer, vaincre les obstacles? Je vais te donner le secret de RAM! Ecoute..., RAM, c'est toi! C'est ton image! ta lumière, ta sauvegarde! ton but, ton futur, ta seule raison d'être!

        Au-delà, l'hydre de la nuit développe ses tentacules!

        Mercredi 7 juillet, station Charcot... "L'émotion tue la réflexion!" Voilà ce que je me dis, en courant dans les couloirs de la station, car je me dirige de nouveau vers le laboratoire de Cressant; là même où Friant a voulu me tuer!

        Pourquoi? Mais parce que je sais que là-bas il y a une porte, au fond du labo, que je dois pouvoir bloquer, après l'avoir refermée, et qui me mène à l'extérieur du bâtiment, avec quelques perspectives!

        Je ne suis donc pas totalement désespéré, mais derrière, à ma poursuite, j'ai un homme surentraîné au combat, et je ne fais pas le fier, comme le lièvre de la fable! D'ailleurs, les choses se répètent, puisque, au moment à où j'atteins la porte salvatrice, une balle siffle à mon oreille, pour encore aller casser du verre!

        Les assassins ne connaissent pas le prix des choses, c'est bien connu! Ce sont avant tout des jouisseurs, puisqu'ils privilégient leurs appétits! Mais, me voilà quasiment dehors et si je trouve la bonne cale, pour coincer la poignée et immobiliser la porte, j'ai une très mauvaise surprise, en ce qui concerne le reste!

        En effet, il n'y a plus de motos neige, ni d'équipement contre le froid, et je regarde donc la neige qui pénètre l'endroit sans enthousiasme! J'entends des coups contre la porte et par réflexe, je m'en écarte, cherchant vaguement une solution, alors que je commence déjà à frissonner! Dans mon émoi, je tombe dans un trou, plutôt une fosse, car je me retrouve nez à nez avec la tête d'un squelette, qui semble trouver ma situation hilarante!

        Je me dégage vite fait du tas d'ossements, encore gluants et portant des lambeaux de vêtements! Sans soute qu'un ours a déterré ce cadavre! Mais une fois debout, j'aperçois au cou du mort un petit objet doré, qui ne peut être qu'une médaille! Je m'en saisis et je lis son inscription: "A ma Sophie, son parrain..."

        Ce n'est pas vrai! La merveilleuse, la fantastique Sophie Prémel est là! réduite à ce pantin blanchi! "La voilà, la vérité!" me dirait un humaniste seulement désireux de bien faire, jusqu'à manquer de délicatesse! "Que vas-tu imaginer une vie future? continuerait-il, implacable. La vraie vie est ici et maintenant! C'est celle-là qui doit te rendre heureux! Agis dans la réalité, afin que tout le monde soit gagnant, aperçoive de son vivant le paradis!"

        "Hélas, lui répondrais-je, je ne peux croire un aveugle! Le jour où je te verrais conscient de ta domination et du mal que tu fais, car tu en écrases sûrement certains, alors, oui, je demanderais ma carte de pointage à ton usine! Mais, pour vraiment améliorer notre condition, il n'y a pas d'autres chemins que celui de vaincre la domination... et pour cela la foi est nécessaire!"

        " Ya rien à faire avec toi!" me lâcherait-il déçu, mais je le couperais en lui demandant: "Tu n'entends pas des coups de feu?" Et effectivement, dans la station, on tire, puis c'est le silence! Une voix bientôt fait: "Vous êtes là, Cariou? Je suis le capitaine Siclay! Et j'ai tué Godefroy! Vous êtes en sécurité maintenant!"

        J'attends encore un peu et j'ouvre la porte! Je me retrouve devant un jeune homme paisible et qui m'explique qu'il avait été chargé par l'Etat-major de surveiller le colonel, sur lequel pesaient déjà des soupçons! Il a agi quand il a compris que son supérieur était devenu un tueur! Je contemple ce soldat et je me rends compte que c'est un cœur pur, qu'il n'est pas dans la nuit de sa domination et je souris, en songeant que "l'Esprit" souffle là où il veut!

  • Macramé!

    Macrame

     

     

     

                     "Ma chère, on peut trouver Wagner boursouflé ou grandiose, mais pas charmant!"

                                                                                        Le Président

     

     

     

        RAM souffre d'un mal étrange! Ses habitants ont le visage grave, fermé et sans doute leur a-t-on annoncé quelque calamité! Ils semblent détenir un lourd secret! Peut-être savent-ils que le monde est condamné à une explosion nucléaire et ils comptent ainsi les derniers instants qui leur restent à vivre! 

        Des jeunes sont là, accablés, figés, sans avenir, au bout de la plus profonde impasse! Leur sort paraît d'une cruauté impitoyable et en effet, ils voudraient qu'on reconnaisse leur malheur, qu'on les plaigne, qu'on s'attache à eux, qu'on prenne conscience de leur abîme!

        Et qu'on passe indifférent, énergique, heureux, les stupéfie... et suscite malheureusement leur haine! S'il y a une solution, un remède, pourquoi le détestent-ils? Pourquoi ne courent-ils pas après? Si on a vraiment mal et qu'il existe un baume, un calmant, ne serait-on pas prêt à tout pour se le procurer?

        Non, ils se contentent de mépriser, de vouloir détruire... et donc étrange mal qui les ronge! Ceci est surtout valable pour les hommes, car les femmes, elles, ont une autre façon de montrer  ce désespoir qui règne dans RAM! Elles s'habillent volontiers tels des clowns! A leurs vêtements disparates, outrageusement colorés et qui les rendent presque nues, il semble ne manquer que des grelots dorés ou un chapeau pointu!

        Que veulent-elles? Ecraser le regard? Pourquoi susciter le désir, au point de faire preuve de mauvais goût ou d'impudeur? Quelle peur, quel mal-être les excitent, les inquiètent autant? Hélas, la malédiction, qui mine les hommes, les agite au contraire, mais partout c'est le même poison: ombre ici, folie là-bas!

        Lourd destin que celui de RAM! Les hirondelles le savent, elles, qui toute la journée font de la voltige pour se nourrir; elles qui jusqu'aux dernières lueurs s'empressent et qui de temps en temps, en couple, s'amusent à des merveilles de figures et de vitesse!

        Car au-dessus de RAM, en effet, il y a un miracle, quelque chose d'extraordinaire! Il y a un ciel d'un bleu saphir et cristallin! avec des vagues de nuages, qui semblent des charges de cavalerie en coton! C'est que ça bouge magnifiquement là-haut aussi! Il y a des marées immenses, tachetées, sanglantes, orangées, évanescentes; ou plutôt massives, noirâtres, mauves, empêtrées dans des barbelés de lumière!  

        Mais RAM ne peut pas s'en rendre compte, car sa tête repose sur son nombril, pesante! C'est cela que regarde RAM tout le temps, son nombril! C'est sa maladie incurable, son fléau, sa damnation!

        Passe étranger! Laisse RAM à sa douleur! Respecte-la! C'est un combat de titans! un cancer aux dimensions cosmiques! Ce n'est pas pour toi, étranger au pas léger et innocent! Va te distraire, pendant que RAM la grave, la tourmentée, réfléchit à son triste exil!

        RAM ne connaît pas l'éclat des fleurs, ni les insectes infatigables qui y puisent! RAM courbe sous le poids de son égoïsme et sent toute l'amertume de sa prison!

        Monde de RAM, mercredi 30 juin... Il est des rites de RAM qui semblent dépourvus d'humanité! On prend soudain une personne âgée, car sans soute sont-elles les plus vulnérables, et la foule menaçante, excitée, la pousse vers un magasin! Là, on force la personne âgée à acheter et commence son calvaire!

        On la surveille de loin cependant, à cause des mesures sanitaires, mais elle doit faire un choix et devant elle s'étalent mille sortes de fromage et de chocolat! Les yaourts les plus fins sont aussi de la partie et voilà notre victime qui souffre, qui s'exprime d'une voix dolente, et on la comprend, car comment peut-on faire subir pareil supplice!

        La peine, l'amertume, la haine se peignent sur le visage de la vieille dame! Elle éprouve le plus grand des dégoût à mesure que son panier se remplit! On doit la plaindre! Ce n'est pas le bon yaourt! Il faut un au caramel et l'autre au citron! La main tremble, l'atmosphère est plus que tendue!

        Ce fromage est un peu trop sec! Cet autre, oui, peut-être, mais c'est à regret! La commerçante ne se départit pas de son calme! Elle sait comme c'est dur, dans quel piège on a enfermé sa cliente! Elle ne désire que l'aider, afin qu'elle sorte, qu'elle échappe à l'épreuve! Et voilà justement la vieille dame qui retrouve la rue, hagarde, ivre de douleur! Comment ne pourrait-elle pas susciter la pitié? 

        D'ailleurs des migrants qui passent ne s'y trompent pas! Ils réclament la fin du rite! Ils font appel à la compassion, en mettant en avant leur histoire! Ils disent que dans leur pays d'origine ils n'ont rien et c'est pourquoi ils seraient infiniment plus civilisés! Ils soutiennent que jamais n'a existé chez eux une telle barbarie, qu'il est possible même de vivre sans ses traditions délétères et qu'on peut quasiment aller le ventre creux!

        Bien sûr, ils plongent RAM dans l'incrédulité, car ici les choses sont habituellement à foison! On s'écarte d'eux, on les prend pour des hâbleurs, des rabat-joie! On continuera de faire souffrir les anciens! Qu'ils aient l'air d'expier, même si on ne comprend plus bien pourquoi! Qu'on se réjouisse encore de notre cruauté, devant ces atermoiements que l'on voudrait gourmands! Ecoutons encore ces plaintes, si douces à l'oreille qui sait les reconnaître!

        Qu'est-ce qu'il y a de plus drôle? RAM est là dans toute sa gloire!

        Monde de RAM, jeudi premier juillet... On raconte que RAM défia les dieux! qu'il se dressa contre eux! qu'il voulut les abattre! les anéantir, les supprimer!

        Alors sa haine était sans pareille! Elle avait longtemps été accumulée et enfin elle éclatait! RAM coupa la tête des fanatiques, les creva à coups de baïonnettes, détruisit leurs maisons, leurs temples, brûla leur sol, viola leurs femmes, égorgea leurs enfants, car plus rien ne devait subsister de l'ancien monde, celui des croyances et des dieux!

        Le flot de sang semblait ne jamais vouloir s'arrêter et pendant ce temps-là, RAM édifia des lois et salua la naissance du libre-arbitre, le gouvernement de la raison! RAM devenait maître de son destin! L'esclave avait fait tomber ses fers et il respirait l'air pur, d'un ciel débarrassé de ses maîtres!

        Une vie nouvelle commença! Il suffisait d'être sans parti-pris et de faire évoluer la loi, quand c'était nécessaire! On chantait, on avait écrasé le fléau, l'abjection et on parlait de fraternité, de liberté et d'égalité! Il y eut encore quelques guerres, mais le bon sens était pris et quand on ne discuta plus des territoires, le bonheur tant espéré aurait dû être là!

        Mais on continua à se mordre les uns les autres, à se haïr, à se détester, à vouloir détruire! Où était le ciel serein? le rêve? l'idéal? la raison triomphante? Ah! Mais il y avait encore des gêneurs, des ennemis! C'est que les dieux ont la vie dure! d'autant qu'ils sont attachés aux riches, qui pullulent, qui écrasent, agissent dans l'ombre!

        RAM n'en finissait pas de se déchirer, de se mettre à feu et à sang! Que lui manquait-il? Un jour, Dieu eut pitié de lui et revint le voir et lui demanda: "Pourquoi me hais-tu?

        _ Parce que tu n'existes pas... et que je veux être libre!

        _ Mais tu m'as rejeté, fait disparaître! Me voilà sans influence, ridiculisé, balayé! Alors que crains-tu?

        _ On sait jamais! Tu pourrais revenir! Les gens sont faibles et ils ont besoin de superstitions!

        _ Si tu étais si sûr de toi, tu n'aurais que compassion pour eux! Tu changerais les autres en les aimant, car tu sais à présent que la violence est inefficace! N'est-ce pas plutôt que tu as besoin de ta haine? N'est-ce pas plutôt que tu es incapable de vivre en paix?

        _ Bientôt, on y arrivera! Ce n'est qu'une question de progrès, de lois, de raison! La science nous aidera!

        _ Ah bon? Mais aujourd'hui tu as tout! Mais peut-être as-tu déjà oublié ce qu'est d'être pauvre? Je pourrais t'aider, tu sais, et sans te priver de ta liberté, bien au contraire! Car, regarde-toi, tu es esclave de ta haine! Tu ne peux vivre sans te donner un ennemi, ce qui explique ta violence et ta peine! Tu as soif et je suis une aventure! Tu veux aimer et la foi te donnera le vertige! Tu veux être puissant et je te rendrai invincible parmi les hommes!

        _ Laisse-moi! Je dois travailler pour vivre! C'est la seule réalité!

        _ Non, tu veux aussi vaincre, te sentir supérieur et demain sera plein de tes larmes!"

        Station Charcot, vendredi 2 juillet... Je regarde toujours Morizur, qui tient maintenant dans la main une drôle d'arme! "Cariou, je vous présente le pistolet au rayon fracturant! Il brise tout champ psychique, produit par la domination et... wwouuf! On s'évapore!

        _ J'imagine que c'est comme ça que les deux soldats ont disparu...

        _ Exactement! Vous ne pouvez pas savoir combien j'étais impatient d'essayer ma nouvelle arme!

        _ Et Cressant, dans le réfectoire?

        _ Simple mise en scène macabre, afin de tendre un peu l'atmosphère!

        _ Somme toute, vous êtes resté un cabotin!

        _ Cariou, ce seront vos dernières paroles, car, malheureusement, vous ne serez pas du voyage de retour, vers RAM! Adieu Cariou!"

        Morizur tend son arme et je ferme les yeux, puis j'entends la voix de Godefroy dire: "Ne tirez pas Morizur, ou votre tête explose!" Le colonel s'est glissé dans la pièce et il applique maintenant son propre pistolet, contre la tempe de Morizur... Celui-ci hésite une seconde, mais il prend conscience qu'il n'a aucune chance... et il tend finalement son engin à Godefroy!

        Mais, à ma grande stupeur, Godefroy fait malgré tout feu et Morizur a une horrible grimace, avant de tomber! Il est désormais vraiment mort, puisque je vois pour la première fois de la cervelle, sur le sol! "Mais vous êtes fou, Godefroy!

        _ Cariou, les choses sont un peu plus compliquées que vous ne le croyez! Voyez-vous, RAM se perd, se désagrège, devient même la risée du monde entier! Le gouvernement permet tout et les crimes, les abus de toutes sortes, deviennent légions! Où est notre esprit, Cariou, celui qui a fait notre grandeur? Il faut reprendre les choses en main... et c'est l'armée qui agira! Maintenant que j'ai cette nouvelle arme, je serai un interlocuteur crédible!

        _ Je pense que vous ne valez pas mieux que Morizur!

        _ L'histoire jugera, Cariou! Cependant, je ne peux laisser un témoin tel que vous derrière moi...

        _ Oui, vous êtes, vous aussi, victime du devoir... C'est typique des fous! Ils ne sont jamais responsables!

        _ Adieu, Cariou!"

        Je ferme de nouveau les yeux, mais il ne se passe rien! Godefroy s'énerve, car il presse en vain la gâchette de la nouvelle arme. "Bon sang! ça ne marche pas! fait le colonel. C'est du vent!"

        A cet instant, un autre soldat entre: "Mon colonel, je..." Godefroy ne l'écoute pas et tire brusquement vers lui! L'homme nous regarde surpris, puis un effroi insoutenable gagne son visage, tandis que son corps s'éparpille en particules!

        "Mais... mais alors, pourquoi ça ne fonctionne pas sur vous?" fait le colonel. Je pourrais tenter de lui répondre, mais il va finir par comprendre qu'il peut utiliser son arme traditionnelle et je le bouscule, pour qu'il perde l'équilibre, avant de m'enfuir! C'est une habitude maintenant!

  • RAMINAGROBIS!

    Raminagrobis

     

     

                                                  "Mais il nous embête, ce vieux!"

                                                                    Poulet au vinaigre

     

     

     

        "Bonjour, Léa, tu vas bien?

        _ Je ne sais pas...

        _ Ah bon?

        _ Ben oui, tu m'appelles Léa..., mais tu pourrais aussi bien m'appeler Léon!

        _ Tiens?

        _ Mais oui, je ne me définis pas comme binaire! Je ne suis pas plus une femme qu'un homme et surtout je n'ai pas à choisir entre les deux!

        _ Faut bien que je te parle tout de même!

        _ Oui, mais sans me discriminer!

        _ Parfait! Tu as faim?

        _ Oui, j'ai bien un p'tit creux! Hi! Hi!

        _ Tu veux du chocolat!

        _ Je veux bien!

        _ Le problème, c'est que maintenant je te sens coercitive!

        _ Qu'est-ce que tu racontes?

        _ Sans char! Ton appétit fait que je me sens subitement oppressé!

        _ J' te comprends pas! Tu m' proposes et v'là que tu donnes pas! C'est quoi c' délire?

        _ Mais j' t'assure! Tant que ton désir était latent, je me sentais à l'aise, généreux! Et puis tu te dresses devant moi, avide, telle une bouche grande ouverte! J'ai plus qu'un sentiment d'effroi, d'abandon même!

        _ Bon sang, t'es une poule mouillée ou quoi?

        _ Oh là! Oh là! J' croyais que t'étais contre toute forme de discrimination! Moi aussi, j'ai ma propre sensibilité! Il faut la respecter et non m'injurier!

        _ Pauvr' connard! Ah! Tu t' sens vraiment balèze! T'as réussi ton coup! Tu jubiles, pas vrai?

        _ Alors, quand ça va pas, quand on est différent, on a seulement droit à ton mépris? Et tu sais pourquoi? Mais parce que ta lutte pour toute liberté, c'est d'abord une manière pour toi de te donner encore plus d'importance! Tu refuses quoi que ce soit du système, parce que tu aurais l'impression de te diminuer!

        _ Vas-y Boomer, chante toujours!

        _ J' vais t' dire! Le jour où tu s'ras capable de recevoir l'affront sans sourciller, alors tu s'ras vraiment humaine!

        _ Sale rat!

        _ C'est ton côté "ruisselant d'amour"!"

        Monde de RAM, mardi 22 juin... "Qu'est-ce que tu nous ramènes là, La Frim? Mais c'est la star de la télé en personne, celle qui fait cette semaine la couverture du magazine TV! Ben, on est drôlement gâté!

        _ Mais qu'est-ce que ça veut dire tout ça? C'est un enlèvement?

        _ Presque! Oh! mais dites donc, vous avez salement vieilli depuis cette photo! Ou bien, ou bien, ils vous ont superbement arrangée! La peau lisse, lumineuse! Une véritable étoile dans le cosmos de la séduction!

        _ Apparemment, ça vous plaît d'être grossier! Mais enfin me direz-vous ce que je fais ici?

        _ Et puis, il y a vos propos! votre leçon de vie! votre sagesse! Eh! dame! Il faut un message, pour tamiser votre exhibition! Sinon elle serait indécente! Et que racontez-vous? Votre foi en l'amour, qui témoigne que vous êtes restée pure! Eh! Eh! Vous voilà encore plus jeune et attirante!

        _ Mufle!

        _ Moi, c'est le Boss... et celui qui vous a amenée jusqu'ici, grâce à son joli minois, c'est La Frim!

        _ Bon... et qu'est-ce que vous voulez?

        _ Ben, la vérité! On veut un peu d'air! On en a marre d'être pris pour des billes, toute la sainte journée! On est désormais attentif à notre santé mentale et à celle du plus grand nombre!   

        _ J' comprends pas!

        _ La vérité, c'est que tu as cinquante ans, que tu vieillis et que tu es complètement paumée!

        _ Ah! Ah! Vous rigolez!

        _ T'es tellement paumée que tu es folle de toi-même! On doit te voir partout et tu te comportes comme une ado! Sur certaines photos, tu aguiches sans vergogne et quand tu n'es plus la vedette, tu deviens agressive, voire odieuse, à l'égard de ton entourage! On veut des aveux filmés pour les réseaux sociaux! Crois-moi, ça fera du bien à tout le monde, même à toi!

        _ Et si je refuse?

        _ La Poiss, s'occupera de toi!"

        A ce moment, un petit homme ventru s'approche de la star et la touche, ce qui lui donne l'impression d'avoir un serpent sur la peau! Elle veut crier, mais le Boss la coupe: "Ah! j'oubliais! La Poiss a une spécialité: le chevalet!"

        Palais de RAM, mercredi 23 juin... L'orgue à quartz s'éteint peu à peu! Les fermions, les bosons, la matière noire ne sont plus qu'un murmure, avant le silence! "Ah! fait la voix du président Romuald, alors que lui-même n'est plus qu'un disque irisé. Cet allegro de spins, avec cette fonction d'onde lancinante! Je ne m'en lasse jamais!

        _ Quel hommage rendu à notre origine aléatoire! renchérit le professeur Bourdon, lui aussi réduit à l'état d'une mémoire numérique. Quand je pense à la lourdeur du déterminisme! Fi de la causalité!

        _ Et vous, Fauconnier, ne trouvez pas là le sommet de la régénérescence? demande le président à son ministre.

        _ Certes, certes! répond le dernier disque irisé. Mais j'aime encore les cymbales de la relativité générale! C'est sans doute mon enfance populaire qui parle! A l'époque, nous n'avions pas de cuisine quantique! Il fallait encore porter les casseroles!

        _ Hein? Oui, oui, bon! Mais la situation est mauvaise, monsieur le ministre! Les émeutes succèdent aux émeutes! Nous frôlons l'insurrection! Mais enfin que veulent les gens?

        _ Ils disent qu'ils sont trop loin du pouvoir, qu'ils n'ont plus voix au chapitre! Ils demandent à participer plus à la vie politique, au développement de RAM!

        _ Ah! Ils voudraient plus de responsabilités! Mais notre système est déjà démocratique!

        _ Et les dernières élections ont été un fiasco, avec une abstention jamais vue!

        _ De quoi s'arracher les cheveux, si on en avait encore!

        _ J'ai peut-être une explication... fait Bourdon timidement. Imaginons que ce que veulent vraiment les gens, ce serait qu'on s'occupe d'eux, pour qu'ils se sentent plus importants, ce qui encore les rassurerait! Dans ce cas, leur demande, qui ne pourrait pas évidemment s'exprimer directement, se traduirait par un désir de réforme des institutions...

        _ Hmmm! Mais il faut des élus, des délégués! Il ne devrait pas y avoir d'abstention!

        _ Vous oubliez le virus! Il nous lamine, nous rend exsangues! Alors, comment pourrions-nous, dans ces conditions, nous intéresser à un autre que nous-mêmes? L'autre nous exaspère!

        _ Hmmm! Pas bête, professeur! Et vous voyez une solution?

        _ Non, j'ai bien peur que nous soyons plus compliqués que la physique atomique!"

        Journal de Jack Cariou, station Charcot, jeudi 24 juin... Nous avons pris nos quartiers, comme on dit..., mais seulement après avoir cherché assidûment les deux soldats disparus! Sans résultat et nous sommes maintenant extrêmement tendus, comme toujours, quand la menace reste inexplicable!

        Dans mon ancienne chambre, je me dis que les événements nous ont détournés du commencement, à savoir la fouille de la chambre de Morizur, pour comprendre ce qu'il est devenu... et je m'y rends. Elle est vide bien entendu et paraît aussi abandonnée que la mienne, mais, avant de sortir, alors que j'éteins la lumière, je remarque une raie qui brille dans le mur!

        En m'approchant, je constate qu'il y a là un panneau qui coulisse et je descends quelques marches, dans une pièce entièrement éclairée! On dirait un laboratoire et un vaste tableau montre des formules mathématiques compliquées! "Ainsi, vous avez trouvé mon antre! fait une voix derrière moi, que je reconnais être celle de Morizur. Ce n'est pas un problème, car j'allais de toute façon révéler ma présence!"

        Je me retourne et regarde Morizur à peine changé, peut-être un peu plus hâve! "Morizur! Je vous croyais mort!

        _ Moi aussi! Mais je me suis réveillé dans la chambre froide! La porte était ouverte et des hommes en combinaison agissaient à la hâte! Ils m'ont transporté dehors et j'aurais pu leur montrer que j'étais vivant, mais je me suis vu plus tard en prison! J'ai donc tenté ma chance! Placé à côté d'autres morts, j'ai réussi à me cacher et subitement ce fut le silence: tout le monde était parti!

        _ Et la balle?

        _ Toujours là! Mais j'ai soigné la blessure! Je me ferai extraire le plomb dans RAM, car il va y avoir une suite, Cariou! Il s'est passé quelque chose, à cause de mon coma... Une idée de génie m'est venue! Une révélation! J'ai imaginé une arme nouvelle!

        _ Evidemment, ça ne pouvait pas être un nouveau pansement!

        _ Vos sarcasmes, Cariou, me laissent indifférent, car j'ai maintenant la toute puissance! Mais, curieusement, vous êtes le seul à pouvoir me comprendre! Car vous travaillez pour l'Oued ou l'OED, n'est-ce pas? Vous connaissez donc la domination et comment elle génère chez chacun de nous un champ psychique! Or, qu'arriverait-il si on pouvait anéantir ce champ?

        _ Eh bien, je suppose que l'individu serait en proie à la panique! Il devrait lutter contre la folie!

        _ Mieux que ça, Cariou! Il se retrouve soudain sans défenses, face à l'infini cosmique! Et, tenez-vous bien, la différence de pression est telle que toutes les liaisons atomiques sont rompues! L'individu est proprement désintégré!"

  • RAMONAGE!

    Ramonage

     

     

     

                                       "Mais c'est vous-même qui créez ce monstre!"

                                                                                Planète interdite

     

     

     

        RAM ne sait pas vivre en paix! Voilà une vérité qu'il devrait admettre! Mais le peut-il? Pendant longtemps, RAM a combattu ses ennemis, pour sauvegarder son territoire et donc, la guerre ne lui étant pas étrangère, son incapacité pour la paix ne lui a pas paru évidente! Mais aujourd'hui?

        L'époque contemporaine commence dans les années 2000, il y a tout juste plus de vingt ans, au moment où se termine la guerre froide, avec la désagrégation de l'"empire soviétique"! Contrairement aux idées de Marx, c'est le capitalisme ou le libéralisme qui "reste sur le ring"! Pourquoi? Mais parce que, s'il est inégalitaire, il laisse quand même a priori toute liberté pour se développer! Tout régime qui contraint trop est appelé à disparaître!

        L'égalité n'est même pas à souhaiter, même si l'exploitation, elle, est à combattre! Mais la différence nous est nécessaire pour nous construire! C'est en nous mesurant les uns par rapport aux autres que nous arrivons à nous déterminer, à nous connaître et à donner à notre personnalité toute sa valeur!

        Mais aujourd'hui nous avons tout, comme nous le signalent les migrants! Et que se passe-t-il? Les milieux aisés, c'est-à-dire financiers, produisent des crises, par leur rapacité et leur comportement voyou! Les milieux modestes, pour leur part, sont également dans la tourmente! Ils réclament plus, parce que d'autres ont plus! Ils veulent plus d'écoute, de justice ou même n'ont pas de revendications précises, mais sont poussés par un mal-être!

        Nos sociétés, qui ne sont plus menacées par les guerres, sont en pleine ébullition, comme si l'ennemi était nous-mêmes et effectivement, notre héritage animal fait que nous avons besoin de dominer l'autre! C'est cela qui nous rend incapables de vivre en paix et non un salaire trop bas, mais encore faudrait-il pouvoir le reconnaître et malheureusement, nous restons comme des enfants!

        Or, nous affirmons ici qu'il n'y a pas de paix sans spiritualité! Nous ne pouvons pas nous affranchir de la domination sans foi! Mais qu'est-ce que la spiritualité, sinon la découverte de soi sans l'égoïsme? Qu'est-ce que la spiritualité, sinon la liberté?

        Journal de Jack Cariou, station Charcot, mercredi 16 juin... Nous restons silencieux devant le cadavre de Cressant, alors que le vent semble la plainte même des damnés! "Vous le connaissez? me demande Godefroy.

        _ C'est Cressant, l'assassin de Gestin! Il n'a pas l'air dans son assiette!"

        Personne ne goûte ma plaisanterie, mais je m'en moque, car le second degré permet parfois d'échapper à l'épouvante! "La dernière fois que je l'ai vu, il était allongé dans la chambre froide! je reprends.

        _ Il n'a pas pu venir là tout seul! rajoute Godefroy.

        _ Il manque Moreau et Blaise! coupe l'un de ses hommes. Je les avais envoyés s'occuper du générateur!"

        Godefroy relève la tête, inquiet. "Bien, allons voir! fait-il. Vous deux, vous montez la garde ici!" Les deux soldats, auxquels il s'est adressé, acquiescent sans enthousiasme, mais notre petit groupe est déjà reparti et de nouveau le faisceau de nos lampes vient relayer la clarté lunaire, dès qu'elle s'absente!

        Nous voilà devant le générateur et nous n'y trouvons effectivement personne! Pire, je remarque que les soldats ont laissé des traces qui vont vers la machine, mais qui n'en repartent pas! Je le signale à Godefroy, dont la tête s'allonge de plus en plus! Mais au même moment le générateur se remet en marche, sous l'action des deux hommes qui nous accompagnent, et les lumières et le chauffage reprennent vie!

        Nous pourrions en éprouver une certaine satisfaction, si une musique très forte ne venait pas maintenant à nos oreilles, d'autant qu'elle a le don de crisper nos nerfs! C'est un chant d'opéra, apparemment d'un fou, qui se réjouirait de manger des enfants! Nous avançons tendus vers la source du bruit et nous rejoignent les soldats du réfectoire, qui eux aussi sont à cran!   

        Je reconnais la chambre de Douguet et je me dis que l'histoire se répète! Mais cette fois-ci, il n'y a pas de corps sur le lit, juste un radio-réveil qui hurle! Je l'éteins avec soulagement et je fais: "Il a dû se déclencher avec la remise du courant!

        _ Possible..., dit Godefroy.

        _ Colonel, en manipulant le générateur, nous avons vu qu'il n'avait pas été arrêté depuis longtemps!"

        Nous nous regardons sans un mot... Tout cela pourrait sembler une mauvaise farce, n'étaient les deux hommes qui ont disparu! Comme s'il devinait ma pensée, Godefroy lâche: "Inutile de vous dire, Cariou, que j'ai sous mes ordres la crème des combattants!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 17 juin... "Bienvenue RAM!

        _ Hmmm!

        _ Prêt pour le parcours?

        _ Hmmm!

        _ OK! On y va!

        _ Hmmm!"

        RAM s'avance dans la rue artificielle... Soudain, un étranger en carton sort de sa cachette! Le révolver de RAM tonne trois fois et la figure est découpée! RAM reprend sa marche... Un petit bruit et le virus apparaît! Bang! bang! Le virus pendouille! Hmmm!

        Puis, c'est le régionalisme, les taxes, les bas salaires, l'Europe, le centralisme, le pollen, les crottes de chien, les hommes, les nuages, les femmes, les éoliennes, les taxis, les oiseaux, RAM lui-même! La rue sent la poudre et on n'y voit même plus! Les douilles ne se comptent plus! Mais RAM recharge! Hmmm! "C'est fini, RAM! On est au bout du parcours! Et c'est pas brillant! Deux bébés et des tas d'innocents tués! Et puis les oiseaux et surtout les fleurs, était-ce bien utile! Ne vaudrait-il pas mieux réfléchir un peu plus! Le problème est peut-être plus profond que vous ne le croyez, RAM?

        _ La ferme! On refait le parcours!

        _ Vous n'êtes jamais las!

        _ Si tout le temps!

        _ Alors?

        _ Alors envoie les cibles!"

        Ailleurs... 35°! Je m'essuie le cou et le visage, mais ça sert pas à grand-chose: la ville est juste en train de fondre! Et puis voilà qu'elle entre dans mon bureau! J' peux pas dire qu'elle fasse de l'effet tout d 'suite! Elle est pas du genre poupée! Non, sa beauté apparaît peu à peu, mais alors vous pouvez plus cessez d' la r'garder!

        "Vous êtes Véronique le détective? demande-t-elle d'une voix qui vous prend aux tripes!

        _ Lui-même! je fais la gorge serrée, alors qu'elle croise ses longues jambes!

        _ Voilà... Un type me harcèle! Il écarte tous mes amis, en les effrayant! Il fait le vide autour de moi! Il parle en mon nom, au point de me faire passer pour ce que je ne suis pas! Il m'étouffe et je crains qu'à force il ne devienne violent!

        _ Pouvez-vous me le décrire?

        _ A première vue, c'est un type sans histoires! Il est marié, bourgeois, médecin, mais lui seul serait objectif et saurait de quoi j'ai besoin! Il n'a pourtant jamais regardé une fleur ou un arbre! La beauté lui est parfaitement étrangère! Il dit qu'avant lui je n'étais rien, que je vivais dans la nuit, la superstition! Bref, il affirme que je lui dois tout et qu'il m'a sortie du ruisseau!

        _ Vous avez été sa maîtresse?

        _ Disons que je lui ai accordé quelques privautés, mais guère plus! En tout cas, il n'a aucun droit sur moi!

        _ Et que voudriez-vous que je fasse?

        _ J'aimerais que vous alliez le voir, pour lui montrer que le monde est bien plus vaste qu'il ne le croit! Qu'il ressente deux ou trois vérités qu'il ignore... et peut-être ainsi me laissera-t-il tranquille!

        _ Bien! Je vais m'en occuper! Comment s'appelle ce monsieur?

        _ Freud! Sigmund Freud!

        _ Et vous, vous êtes?

        _ Madame Réalité!"

        Elle m'a laissé un chèque, mais pour elle j'aurais travaillé gratis! Quelle classe!

        Sur les remparts de RAM, vendredi 17 juin... "Ils arrivent, RAM!

        _ Je sais... Ils sont tous là!"

        Au sommet des collines entourant RAM se massent maintenant des hommes, au point de former une ligne noire! On entend déjà les cors qui rassemblent et les étendards sont levés!

        Viennent en premier ceux de la tribu des Autistes, l'air mauvais, pleins de défis et crachant et insultant! ou bien indifférents, plongés dans leur monde musical, dont la cacophonie vient battre RAM, telles les vagues de la mer!

        A côté, avec leur drapeau rouge, les syndicats! toujours sûrs d'eux, défenseurs de la veuve et de l'orphelin, mais qui dédaignent évoluer, qui méprisent l'histoire et qui restent prisonniers de leurs discours, comme de vieux disques rayés!

        Puis se reconnaissent aisément les Gilets jaunes! ramassis de violents ou cohorte de perdus! le poing levé vers RAM, responsable de tous leurs maux! se battant pour qu'il n'y ait pas de chefs! demandant pourtant le pouvoir! inquiets, soupçonneux, bien que déterminés!

        Les Purs sont là aussi! les amoureux de la solution simple! avec leur armure blanche et noire! Chacun y a son épouvantail, sa cible! On y fait volontiers rôtir l'étranger... ou le fasciste! C'est toujours la faute du voisin! Nulle introspection! La bêtise éternelle!

        Les Verts camouflés, comme il se doit! impitoyables! tuant au nom de la santé de tous! répandant le sang pour mieux respirer! le cerveau d'un seul bloc! adorateur du climat! pleins de chiffres! ignorant tout d'eux-mêmes et donc des autres! méprisant eux aussi l'histoire, réducteurs en diable!

        Puis traîne après la Guimauve, bien que respectueuse en apparence de RAM! tous ceux qui se vouent un culte et qui n'ont qu'un seul dieu, l'hypocrisie! stars, starlettes, vedettes de la télévision, qui sapent le système à leur manière, qui bouchent l'horizon, qui font croire aux calembredaines, qui brouillent tout! fumigènes de l'égoïsme!

        Et il y en a encore bien d autres! "Savez pourquoi ils nous attaquent? demande RAM à son ministre. C'est à cause de la domination! Quand elle n'est pas employée pour la guerre, contre un ennemi extérieur, elle se retourne contre la société; c'est inévitable! C'est soit la guerre, soit la crise sociale! Et il en a toujours été ainsi! Rien ne change, ou si peu!"

        Soudain, une immense clameur précède l'assaut et déjà des boules de feux sont catapultées depuis RAM, alors que les nuages de plus en plus sombres les rendent particulièrement brillantes!

  • RAMURE!

    Ramure

     

     

     

     

                                              "T'as qu'à prendre le train de minuit! Hi! Hi!"

                                                                                      Midnight Express

     

     

     

        Comment va RAM? Des piétons traversent comme si la rue leur appartenait! Des conducteurs fulminent parce que leur Bob ne prend pas toute la chaussée! On dit bonjour pour mépriser! On devient fou furieux quand on est rappelé à l'ordre! Au fond, l'existence de l'autre nous est insupportable et tels les enfants, nous ne voulons le monde que suivant nos goûts!

        Peu à peu, RAM découvre son affreux petit visage!

        Mais à quoi encore comparerais-je RAM? A un sultan parmi ses coussins et qui s'ennuie! Il est repu, entouré d'or et il se plaint! Il ne se passe jamais rien de son côté et le mépris rafraîchit sa bouche!

       Il est une créature de RAM très particulière! Elle est comme un morceau de scotch! On ne peut s'en débarrasser! Ou plutôt il n'existe qu'une manière d'en être libéré, c'est de lui laisser le dernier mot! C'est d'accepter qu'elle vous quitte avec le sentiment qu'elle a raison, qu'elle vous est supérieure!

        Tant qu'on renchérit pour se défendre, pour faire valoir son avis, elle continue de répondre, même absurdement, car c'est une maladie! C'est plus fort qu'elle! Elle ne peut se résoudre au silence! Elle est incapable de s'arrêter, de renoncer, de se plier, d'être intelligente pour deux, de travailler pour la paix!

        Car c'est son monde qui doit s'imposer! Sans lui, elle est perdue! Elle le tient à bout de bras, toujours, où qu'elle soit! C'est un chemin de granit! une bulle! un espace clos! dont la créature est la gardienne, tel un chien féroce! Même les courants d'air sont menaçants! La moindre fissure peut provoquer une catastrophe!

        C'est l'une des conséquences de RAM! Ce sont des veines de domination qui se fossilisent! C'est un défi animal dans une société d'hommes! une agressivité qui empêche tout dialogue! C'est une misère morale! une rengaine asséchante! qui témoigne que RAM ne donne pas d'eau!

        Heureux celui qui peut se taire! qui subit l'injustice! qui comprend, qui accepte de se plier, qui ne cherche pas à mordre! Celui-là prépare en lui la place pour son trésor! Par le vide qu'il accepte, on lui donnera beaucoup! Plus il sera serein et plus il chantera! Plus sa foi sera grande et plus il sera heureux!

        Heureux celui qui ne craint pas l'appauvrissement! l'attente! Heureux celui qui se sait aimé, malgré la haine, l'indifférence et le chaos! Car il recevra le soleil! Heureux celui qui travaille pour la paix! Heureux l'enfant de l'esprit!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 9 juin: "RAM! RAM! Réveillez-vous, bon sang!

        _ Hein? Quoi? Qu'est-ce que c'est?

        _ C'est encore la chaudière! répond le ministre. Elle chauffe!

        _ C'est pas possible! Y a pas moyens d'avoir la paix! On peut compter sur personne! On l'a bien fait réparer y a peu, non?"

        Le ministre hausse les épaules, pendant que RAM se rhabille! Puis, les deux hommes descendent au sous-sol et devant eux se dresse une énorme machine! "Pff! Quel merdier! fait RAM. Bon, là, c'est l'inflation... Mince, elle est dans le rouge! D'où est-ce que ça peut v'nir? Ici, c'est le niveau des prix... L'import... L'emploi... "Tirez vers le bas, pour baisser les minima sociaux..." J' comprends pas... "Tirez vers le bas, pour..." Et là? "Pression de la TVA"!

        _ Qu'est-ce que vous avez RAM? Vous êtes tout pâle!

        _ Y a qu' j'en ai marre! Mais marre! Y sont jamais contents! On a tout, vous comprenez tout! Et ils gémissent comme des chiots!

        _ Oh là! Restez avec nous! Oh là, quelqu'un! RAM est parti dans le cirage! Vite un médecin!"

        Un peu plus tard... "Bon, vous allez l'air d'aller mieux...

        _ Qu'est-ce qui s'est passé?

        _ Vous avez eu un évanouissement! Le surmenage sans doute... et on vous a conduit dans votre lit...

        _ Et vous, vous êtes...?

        _ Le docteur Ego! Ecoutez, je pourrais vous prescrire des médicaments, mais je préfère vous donner un bon conseil! Choyez-vous! Ne vous lâchez pas! Adorez-vous! Car à quel moment le ferez-vous? Quand je viendrai vous dire que c'est fini? Mais alors il s'ra trop tard! De toute façon, qui pensera à vous, si vous-même ne le faites pas?

        _ Vous avez raison!

        _ Mais oui, une belle bagnole, pour épater! Un coffre-fort taillé comme un diamant! Quelque chose de bien, ruisselant de richesse! Ecrasez les autres! Mettez-vous encore en terrasse! Vissez-vous sur une chaise! Trônez, méprisez! Soyez salace! un royal désabusé! Ennuyez-vous à mort!

        _ Ah! Ah!

        _ Vous voyez, vous allez déjà mieux! J'ai envie de vous dire d'être médiocre, mais vous en êtes incapable, n'est-ce pas! Et puis n'hésitez pas à vous plaindre! Même si ça va, même si vous en avez plein la gueule! Ne paraissez jamais satisfait! C'est naïf! Epongez tout ce qu'il y a! Sinon votre anxiété va revenir! Hein? J'ai une formule: "Réveillez l'animal qui est en vous!"

        _ Euh...

        _ Vous êtes perdu? Mais mordez, haïssez, soyez vicieux! Faites sentir votre supériorité! Y a qu' vous dans les étoiles! Et votre conscience, que faisons-nous de cette chose encombrante? Hein? Ah! Ah! Ecoutez, mettez-la dans un petit bateau et regardez-la partir au fil de l'eau!

        _ Merci, doc!

        _ Soyez vain! Paresseux! Ne faites pas le moindre effort qui pourrait contrarier votre égoïsme! Travaillez, mais pour l'argent, la puissance! Je compte sur vous!"

        Dans la pièce d'à côté, deux sœurs jumelles pleurent: c'est Fatigue et Doute! "Tu crois qu'ils vont faire la guerre? demande Fatigue.

        _ Ils en seraient capables, tellement ils sont perdus et agressifs!

        _ Ils ne veulent pas du vrai remède!

        _ Tu les connais, ils auraient l'impression de perdre quelque chose!

        _ S'ils savaient comme on peut se libérer! danser dans l'infini bonté de Dieu! être comme une étoile vibrante à jamais! comme un coq de feu plein de bonté! comme une lame de lumière, rayonnante! S'ils savaient comme c'est riche! C'est une cascade chaque jour!

        _ Mais ils vivent comme des limaces, à s' gratter le nombril... Ils limitent leur espace à un tiroir et ils haïssent tout ce qui est plus grand! Ils s'énervent! Ils s'énervent et j'ai peur!

        _ Oui, ils auront tôt ou tard recours à la violence! Il leur faudra des coupables! Tout plutôt que se remettre en question! Tout plutôt que chercher! Ils ont le cœur plus sec que les pierres... et ils en crèvent!

        _ Ils sont aveugles!

        _ Oui, la nuit s'avance!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 10 juin... Ils sont là les enfants de la nuit, de monsieur Nuit! Ils sont là les enfants de RAM, ceux de la domination!

        Ils tuent père, mère, copain ou copine! Ils tuent dans le nuage de leur égoïsme et ils se filment sur les réseaux sociaux, ou se dénoncent à leurs parents ou à la police, comme si cela justifiait leur crime!

        Ils ne connaissent que leur bulle! Ils ne se sentent pas coupables: ils se sont seulement débarrassés d'un obstacle! RAM, par son mensonge, son hypocrisie, sa naïveté, a été incapable de les éduquer! Ils sont là les monstres et chaque jour ils nous plongent dans la stupeur!

         Mais plus l'angoisse s'étend, plus la domination devient féroce et plus les incivilités se multiplient! Il est maintenant impossible de faire confiance! Si on respecte les règles, rien ne dit que l'autre le fera! Cela produit une tension permanente, car chacun doit rester sur le qui-vive!

        Le matin, encore sonnés et dans nos rues de plus en plus sales, nous nous regardons comme des étrangers... Mais que va-t-il nous arriver? Beaucoup croient encore que le salut est dans la force, l'argent et la supériorité et c'est ce qui nous conduit à la tragédie, car il en faudra une, une de plus, pour nous abattre et nous rendre humains!

        Cariou ailleurs... L'hélicoptère nous laisse non loin de la station Charcot! A côté de notre équipement, le colonel Godefroy dirige ses six hommes et nous sommes donc huit en tout! Puis, nous allons au pas de course, vers le bâtiment, au milieu du blizzard!

        Là, premier ennui, la porte est soudée! Mais d'un sac quelqu'un tire un chalumeau et nous observons tous la flamme bleue, comme si elle devait nous réchauffer! Puis, enfin, nous pouvons entrer!

        Ce qui frappe d'emblée, c'est l'air abandonné du lieu! On voit bien que personne n'est venu ici depuis longtemps! Les motos neige semblent mortes et au-delà, c'est un vide qui se perd dans les ténèbres! Seule nous parvient la plainte du vent!

        Je regarde Godefroy, tandis que derrière nous ses hommes déposent le matériel. Il devine ma pensée et dit:" Je vous assure, Cariou, que le message venait bien de la station! Nous avons vérifié!" Nous sommes parés pour l'exploration, en formant deux groupes, et nos lampes se mettent à fouiller l'obscurité!

        A mesure que j'avance, des fantômes viennent me visiter! Je revois Nizou et Covillon perdant la tête et s'échappant vers la mort! Douguet me fait de nouveau face, prêt à combattre, mais c'est son corps sans vie sur son lit qui m'a le plus impressionné!

        J'ai de nouveau des larmes aux yeux, au souvenir de Gestin, torturé avant d'être noyé dans sa baignoire! Un homme si doux, si intelligent! Soudain, la belle Sophie Prémel rayonne tout près! Sa bouche corail me murmure une nouvelle fois des mots qui sont comme des braises! L'altière, la magnifique Sophie Prémel, avec ses formes ensorcelantes, mais aussi sa haine féroce et son destin tragique!

        Puis, des âmes plus noires s'invitent encore dans ma mémoire... Ce fou de Cressant, ce monstre à lunettes, ce professeur méthodique et sans pitié! Morizur le suit bien entendu, d'autant qu'il est la cause de notre arrivée... Morizur, l'aristo si je puis dire! L'assassin avec des manières, comme tuant de sa caste!

        Ma lampe maintenant éclaire mon ancienne chambre... On ne peut parler ici de poussière et pourtant tous les objets sont comme figés, sous une "pellicule de temps"! Tout est un peu gris et me désole! Dehors, le vent continue à mugir, rappelant l'hostilité des éléments et rendant encore plus fragiles sans doute toutes les traces de mon ancienne occupation!

        Le talkie du chef de notre groupe se déclenche: nous devons nous rassembler dans le réfectoire! Là, sous la clarté lunaire des hublots, il y a effectivement une anomalie: c'est Cressant, gelé, assis devant les restes de quelque repas!

  • RAMEUR!

    Rameur

     

     

     

     

                                       "Elle dit que la jungle fait disparaître les hommes!"

                                                                                              Predator

     

     

     

        "A l'assassin! A l'assassin!" cria-t-on cette nuit-là dans RAM! On s'éveilla en sursaut, on alluma des torches et on courut vers la source du bruit! Des hommes en armes étaient déjà là et leur armure luisait sous les flammes! Il y avait bien un mort et c'était un commerçant du quartier, mais sa tête avait été coupée!

        On se mit à la recherche de l'assassin, qui ne devait pas être loin, et on le cerna à l'aube! Il ne voulut pas se rendre et chargea, ce qui fit qu'on dut le tuer! Une épée le transperça et on put alors voir qui c'était! Mais son origine étrangère ne faisait aucun doute et on ne le connaissait pas!  

        Or, ce n'était pas le premier crime produit par ces gens venus d'ailleurs et la colère gagna la ville! On ferma les portes, on chercha les étrangers et des milices, avec des chiens féroces, arrêtaient le moindre suspect! Puis, on découvrit le cadavre d'une femme et la haine fut à son comble!

        Mais le mari était le coupable et on finit par le pendre! Une patrouille fut attaquée dans le bas de la ville; des chariots et des carrosses brûlèrent et il y eut des pillages, des viols, des querelles avec des coups de dagues et des suicides chez les soldats! Chaque jour on était dans la stupeur et il semblait qu'une nuit sans fin recouvrât RAM!

        Au palais, les ministres s'invectivaient, se traitaient d'incapables et on prenait de nouvelles mesures, toujours plus restrictives, plus autoritaires! On ne comprenait pas, on suait, on appréhendait, on grimaçait! Quelle était la source du mal? On n'en savait rien! On n'avait aucune vision d'ensemble!

        De loin, RAM avait l'air d'un dragon dans sa grotte, qui crachait du feu sur lui-même!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi premier mai: c'était une vieille folle! Elle ne comprenait rien et n'en faisait qu'à sa guise! Elle voulait tout le temps qu'on parle d'elle! Elle boudait dès qu'on quittait le sujet!

        Certains jours, elle avait l'air morne et se plaignait! On ne lui donnait pas assez! Les autres avaient une conduite odieuse! On se moquait du monde! Elle se courbait, prenait l'expression d'une victime, si bien qu'on eût dit quelque pauvresse, quelque souillon!

        D'autres fois, elle était fière et triomphait! Elle trouvait sa chance et les hommages mérités! Elle brillait comme un soleil! Où était sa peine de naguère, ses plaintes, ses cauchemars? Envolés! Disparus, comme par enchantement!

        Elle avait mille tours dans son sac! Elle se déguisait en homme, gonflait son pénis et jaugeait la virilité des autres, en scrutant leurs fesses! Et sa tête, à quoi elle servait? Mais à rien visiblement et pourtant elle était là!

        Quand elle était femme, attention! Tenue impeccable, lignes pures! Le regard admirait, soupirait et c'était bien normal! Elle était la maîtresse et on devait lui obéir au doigt et l'œil! Et le cœur? Quoi, le cœur? Les sentiments, le sens de la vie, les autres! Quoi? Quoi? Mais il n'y a avait qu'elle! Bien sûr, il faut aider les pauvres! C'est complexe et il y a la dette de RAM! Mais, mais, il y a d'abord moi!

        Qui était cette folle, qui était comme chez elle dans la ville, qui n'apprenait rien, qui n'évoluait pas, qui fatiguait tout le monde, qui ne faisait aucun effort, sauf pour sa comédie et ses intérêts? Qui était ce monstre qu'on devait supporter chaque jour?

        Mais c'était et c'est la conscience de soi! le papier buvard du quotidien! le tombeau de nos espérances! la girouette de nos bises! C'est le courant alternatif de notre chaise électrique! "Madame a bien dormi? Monsieur veut-il un peu plus de sauce? Le sel? Où j'ai mis le sel? Madame s'impatiente? Mais madame est merveilleuse, extraordinaire, éternelle même!" La crise? Quelle crise?

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 2 mai: à quoi fait penser RAM, sinon à une éponge? En effet, la ville est pleine de trous, qui ressemblent à celui du fourmilion! Si on tombe dedans, on est écrasé, dépecé, avalé! Chacun veut dominer, que le monde tourne autour de lui! Comment la vie dans RAM serait-elle possible?

        "Qui êtes-vous?

        _ Euh...

        _ Vous travaillez?

        _ Non... C'est-à-dire si!

        _ Expliquez-vous...

        _ Voilà quand je regarde les gens, je les vois vraiment... Je les comprends... Ils sont pour moi une parfaite réalité! Je n'essaie pas de leur marcher dessus... Je m'efforce de leur donner le plus d'espace possible, afin qu'il se développe! Je suis disponible et c'est pourquoi je vous dis que je travaille!

        _ J' pige pas!

        _ Cela ne m'étonne pas! La plupart des gens que je croise m'agresse tout de suite! Il me place d'emblée dans un rapport de force! Les hommes veulent me supplanter et les femmes me séduire! Je suis contraint de résister, pour préserver ma propre liberté, bien entendu! Mais ces attitudes obéissent à la même logique: on domine pour se sentir exister, d'autant que la peur, l'angoisse est derrière! Plus celle-ci est forte et plus l'envie de dominer l'est également!

        _ Hum!

        _ Oui, je vous présente un monde nouveau, mais il est facile de comprendre que la domination est une forme de tyrannie et que là où il y a de la tyrannie, la vie est asphyxiante, insupportable! Imaginez des hommes et des femmes qui ne chercheraient pas à dominer, qui n'auraient pas peur, qui voudraient encourager l'autre, lui faire sentir qu'il est aimé, qu'il a droit au respect, quel qu'il soit! Imaginez qu'au lieu de prendre, on donnerait! qu'au lieu d'attirer vers soi, on serait plutôt dirigé vers l'extérieur, telle une source! Imaginez qu'on ne soit pas exsangue, mais riche!

        _ Vous n'êtes pas de RAM, c'est sûr!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 3 mai: RAM avait un "pote" un peu louche, nommé La Com! "'Lut, La Com!

        _ Lut, RAM!

        _ Alors?

        _ Ben, on est prêt!

        _ Ah ouais? On raconte de drôles de trucs sur toi et ta bande de satellites!

        _ On raconte quoi?

        _ On dit qu' tu pourrais bien t'appeler La Noosphère!

        _ Pfff! Qu'est-ce que c'est qu' ça? Une eau d' toilette?

        _ C'est qu' j'ai besoin d'être sûr de mes gars, tu comprends?

        _ Puisque j' te dis qu'on est prêt!

        _ Vrai? Parce que La Noosphère, ce s'rait cette couche de la pensée, répandue par les communications et qui f'rait que la planète deviendrait comme un tout sensible!

        _ Tant qu' t'es au manettes, j' s'rai méchant RAM!

        _ Bien, Bien! Pas d'amollissement donc!

        _ La haine, comme tu veux, où tu veux!"

        Cariou ailleurs... Je me réveille à l'hôpital, comme au premier jour dans RAM! Il y a tout de même un changement, car est assis dans la pièce le commissaire Brocart! "Bonjour, Cariou, comment allez-vous?

        _ J'ai l'impression d'avoir été concassé!

        _ Oui, on vous a bien travaillé! Une idée sur vos agresseurs?

        _ Des grands gars costauds, au visage fermé!

        _ Ah! Ah! Dites, vous pouvez vous lever? J'aimerais vous faire rencontrer quelqu'un!"

        Je m'habille en grimaçant et nous prenons un Bob feutré! Puis, c'est une vaste demeure et de longs couloirs... Enfin, une sorte d'huissier nous ouvre une large porte et nous sommes devant un pupitre que surmonte un disque irisé, étrangement libre dans un liquide verdâtre!

        " Je suis le ministre Fauconnier! fait le disque. Ne soyez pas trop surpris par mon apparence, monsieur Cariou, mais l'immortalité a quand même un coût!

        _ Mais à quoi bon l'immortalité pour les pauvres?

        _ Ah! Ah! On m'avait dit que vous aviez un esprit caustique! Mais vous venez de la station Charcot, je crois? Bien, je vous prie de regarder ces images..."

        Je me tourne vers un écran, où je reconnais... le professeur Morizur! "Les morts se réveillent! fait-il. Tremble RAM, car notre vengeance sera terrible! Nous avons été abandonnés! Mais l'au-delà a eu pitié de nous! Il nous a rendus à la vie, pour la justice! Nous arrivons, RAM, nous arrivons, indestructibles, puisque nous sommes de la peur!"

        "C'est une mauvais plaisanterie, je fais, quand l'écran s'éteint. Morizur a été tué et je ne crois pas aux revenants!

        _ Moi non plus! répond le ministre. Comme vous le voyez, notre corps est voué à la disparition! Mais nous venons de recevoir ce message et il est vrai que l'évacuation de la station, sous la menace du virus, a été pour le moins... bâclée!

        _ J'en sais quelque chose... Mais qu'est-ce que vous attendez de moi?

        _ Que vous retourniez là-bas, pour faire la lumière sur cette soi-disant résurrection! Moyennant quoi, nous abandonnerons toute poursuite contre vous!"

        Je me gratte le menton et cela veut dire que ça m'intéresse... Je pourrais  dire que c'est plutôt à moi de me plaindre, mais il y a des moments où il est inutile de discuter, tant la vérité est absente à mesure que la domination est forte! Et puis, comment mieux lutter contre RAM qu'en y étant tranquille?

        J'accepte donc et je suis laissé en compagnie de Brocart, pour les préparatifs... "C'est étrange, mais le ministre ne m'a pas parlé du vaccin, je dis!

        _ Non, je lui ai fait croire que c'était Friant, la formule sur pattes!

        _ Ah bon?"

        Nous entrons dans une petite pièce, où nous attend un militaire... "Voici le colonel Godefroy! dit Brocart. Avec ses hommes, il va vous accompagner jusqu'à Charcot!" Je suis face à une silhouette droite, surmonté d'un visage massif, quoique volontaire!

        Le colonel a l'air d'un lion apaisé et j'en éprouve quelque gêne! L'œil jaune de ma névrose se rouvre et les chauves-souris de mes complexes quittent leur grotte! Mais j'adore ça dans le fond: être chatouillé par mes peurs, pour sentir combien j'ai évolué!

        Sous les vieilles toiles d'araignées brille l'or de la lampe!

        Mais, pour l'instant, les soldats sont à la fête, chez eux, dans cet hélicoptère branlant, qui nous emporte vers la glace!