Billets de luc-gerard

  • EPIGRAMME!

    Epigramme

     

     

     

                                                                    "FIST! FIST!"

                                                                               FIST

     

     

     

       Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 20 juillet... "Accusé Cariou, levez-vous! Attendu que, devant le couple ici présent, vous ne vous êtes pas prosterné à ses pieds, en demandant pardon d'exister! Attendu que vous n'avez pas reconnu que vous aviez affaire à des dieux, je vous déclare coupable, accusé Jack Cariou, et vous condamne à la géhenne pour l'éternité! Avez-vous quelque chose à rajouter?

        _ Ben, j'étais à la caisse du magasin et je finissais de payer! Je discutais poliment avec la patronne, que je connais... On échangeait des nouvelles, quand ce couple est arrivé lui aussi... et il a été frappé de stupeur que je continue comme si de rien n'était! Je l'avais repéré pourtant, mais je ne mettais pas de mauvaise volonté! C'est que c'est simplement à chacun son tour! Chacun a une existence propre!  

        _ C'est tout?

        _ Non, puisque nous en sommes aux amabilités, je rajouterais que ce couple est malade! Il faut qu'en tous lieux il domine, soit le centre d'intérêt! Il ne peut pas accepter l'indépendance des autres! On leur fait injure, si on reste soi! C'est une forme d'immaturité, comme si le monde autour restait des langes! Et combien ne sont pas malades comme ça! C'est notre époque...

        _ Suffit! Qu'on emmène l'accusé! Qu'on satisfasse sur le champ le couple victime! Des honnêtes gens!

        _ C'est bien simple! Dès que j'ai senti leur présence, près des légumes, j'ai eu envie de vomir!

        _ Gardes! Hors de ma vue!"

        Je suis emmené au-dessus d'une porte temporelle et elle s'ouvre dans la nuit, sur un brasier géant! "Eh, les gars! vous allez quand même pas m' jeter là-dedans!" On me pousse et je crie, je crie!

        Et je me réveille en sueur dans un lit d'hôpital et qui pis est j'ai les mains attachées! Bon sang, où suis-je? Je m'efforce au calme, malgré l'horreur de ma nouvelle situation et je refais le cours des événements!

        Le départ de la station Charcot s'est plutôt bien passé... Après avoir tué Godefroy, le capitaine Siclay a demandé qu'on nous récupère... Je l'ai quand même invité à détruire l'arme de Morizur, le pistolet fracturant ou PF! Mais Siclay m'a répondu que ce n'était pas de sa compétence...

        Par la suite, j'ai été conduit dans RAM chez le ministre Fauconnier, qui m'avait missionné pour ainsi dire... et c'est là dans le Bob, sur le trajet, que j'ai été apparemment endormi! Mais par qui? Dans quel but? Ne pourrait-on pas me laisser tranquille?

        "Surprise!" crie le Psycho-RAM en entrant brusquement. Sa boule vole dans la pièce, avant de reprendre: "Je vous avais dit qu'on s' retrouverait! que même j'aurais vot' peau! Les cas comme vous, on les abandonne pas! Au contraire, on les choie, on les presse, on les écrase, en écoutant pisser leur jus! comme on écrase des blattes!

        _ Tiens, mais c'est cette vieille connaissance de Psycho-RAM! On a l'air d'avoir encore mal! Voilà qui m' fait plaisir!

        _ Ah! Ah! Ris, ris, Cariou, pendant que tu as encore des dents! Tu es à moi, à ma disposition! J'ai carte blanche! On veut savoir en haut lieu pourquoi tu résistes au PF! Tu vois, les nouvelles vont vite! Tu vas tout déballer, car ici on a tous les traitements! Psychotropes, électrochocs, camisole et même cette bonne vieille douche froide!

        _ Il vaut mieux que vous cherchiez pas à savoir, pour moi et le PF...

        _ Ah bon? Qu'est-ce que tu veux dire?

        _ Si j'arrive à vous faire comprendre, vous allez y rester!

        _ Oh! Oh! Mais pour qui tu t' prends? Pour Dieu en personne? Attends, pour ce genre de malades, tout est prévu! Faut les faire atterrir, c'est tout! C'est une maladie, Jack, ça s'appelle la paranoïa! Hein? T'as le complexe du messie? Pas grave, on va t' purger!

        _ J' vous aurai prévenu... Mais est-ce que je vais rester attaché?

        _ Mais non, Jack! C'était pour t'éviter une réaction incontrôlée dès ton réveil! Mais maintenant que tu sais dans quelle nasse tu es, tu vas pouvoir aller et v'nir comme les autres malades! Bienvenue dans mon hôpital, ma garderie, Jack!"

        Monde de RAM, mercredi 21 juillet... La dépression va par les rues de RAM, le corps massif, le visage fermé et l'œil indifférent!

        Elle peut accoster n'importe qui... Elle ne parle pas beaucoup et on est toujours surpris de la voir chez soi! Mais, avant qu'on ait pu faire une objection, elle nous affirme qu'elle sera un modèle de discrétion, qu'elle ne dérangera personne, et on la laisse là où elle est!

        Au matin, elle se lève aussi tout près de nous et on se demande qui elle est vraiment... Elle ne fait pas de bruit et on hausse les épaules! Sans doute qu'on s'habituera à sa présence! Et pourtant elle gêne! C'est quasiment indéfinissable! Elle lit par exemple le journal, semble ne s'occuper que d'elle-même, mais en même temps elle pèse, préoccupe, envahit!

        Elle a une action sourde, empoisonnée, quoique douce, non violente! Elle murmure à l'oreille: "A quoi bon?", "Laisse-tomber!", "T'y arriveras pas!", "C'est pas pour toi"!, etc.! Ce sont de drôles de messages, qu'elle répète inlassablement, chaque jour, et qu'on finit par faire siens!

        Elle s'amuse encore à nous effrayer! Elle suscite des peurs idiotes, éprouve les nerfs! Elle claque des portes, crie au voleur, au feu! Elle raconte des histoires folles: la justice nous a dans le collimateur! Notre nom circule, provoquant la réprobation générale! Des ombres nous guettent, le voisin nous en veut! Elle nous rend peureux à force et nous fait même pleurer, car nous sommes à bout!

        Elle s'en moque et continue son travail de sape! On en a marre et on lui dit de partir! Elle temporise et dit que ça ne servira à rien! De nouveau son poison agit! Il faut la combattre chaque jour! C'est un bras de fer! A chaque fois, on devrait pouvoir se dire qu'on a gagné un peu, qu'on est un peu plus fort! Il faut oser, se rendre compte qu'elle nous ensevelit!

         Car elle nous enterre, nous efface, au profit de ceux qui piétinent, qui écrasent de sorte qu'ils  n'en sont pas atteints! Elle nous dit d'attendre et par derrière, elle creuse notre tombe, qu'elle fait bien douillette et dans laquelle on rentrera sans résister! Ainsi, rien ne restera de nous! Elle aura tout pris, tout engouffré, tout digéré!

        Il faut lui mettre des bâtons dans les roues! Car rien ne doit demeurer dans l'ombre! L'indignation, la colère du cœur, ses doutes, ses questions n'ont rien d'absurde, tout au contraire! Ce qui est pur, légitime, a sa place au soleil! La vérité est simple et doit s'imposer! Elle sort de nous quand elle est mûre et il suffit juste de la laisser aller!

        La vérité parle et elle veut être écoutée! Alors la dépression s'en va, vaincue!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 22 juillet... Je peux déambuler parmi les autres "pensionnaires" de l'hôpital... Certains jouent aux cartes ou aux dominos... D'autres font de la peinture, des découpages... Les plus nombreux sont devant la télé, happés par elle, alors qu'elle n'est au fond qu'un objet! On aura peut-être honte dans les couloirs du temps...

        Soudain, je me fige, car je reconnais dans une vieille personne tremblante Sarah Taylor, une collaboratrice de l'Oued que j'apprécie beaucoup! Bon sang, que lui est-il arrivé et qu'est-ce qu'elle fait ici? Je m'approche, m'assied près d'elle et je lui dis: "Sarah! C'est Jack!

        _ J...ack, Jack? Ce n'est pas possible!"

        Elle se met à pleurer: où est passée l'altière, l'inébranlable Anglaise? "Sarah, ils t'ont fait du mal?  

        _ Ouuiii... Beaucoup sont morts, tu sais! Stein (ses larmes redoublent)! Gnocka, Sato, Sovensen! Exécutés!

        _ Mais pourquoi?"

        Elle hausse les épaules. "Moi, ils me droguent, reprend-elle. Oh Jack! je ne sais plus où j'en suis! Je n'ai plus aucune force!

        _ J' vais t' sortir de là!

        _ Vous ne devriez pas gêner, madame Taylor, me fait une infirmière sèche. Les émotions, c'est pas bon pour elle!"

        Je me lève et m'éloigne et à ce moment, un soignant vient me chercher. Le Psycho-RAM m'attend dans son bureau et en y entrant, j'ai une première surprise! Un homme d'une cinquantaine d'années, les cheveux en brosse, se tient devant moi: "Ah! Cariou! fait-il. Asseyez-vous! Mettez-vous à l'aise! J'ai décidé que nos relations devaient commencer sur de nouvelles bases... et c'est pourquoi j'ai quitté ma boule, pour me présenter en chair et en os! Je pense que nous n'arriverons à rien sans une confiance mutuelle! Et j'ai fait le premier pas! J'espère que vous y serez sensible!

        _ Bien sûr, docteur! J'ai grand plaisir à vous voir aussi... simplement!

        _ Bien! Bien! En fait, si vous vous montrez coopératif, je ne verrai pas pourquoi vous ne seriez pas traité ici dans les meilleurs conditions! Disons que votre séjour parmi nous ressemblerait à une période de repos! Vous pourriez être comme un coq en pâte!

        _ Et vos sentiments revanchards disparaîtraient?

        _ Mais bien sûr! Votre collaboration les éteindrait!

        _ D'autant qu'en haut lieu on vous marquerait une réelle gratitude!

        _ Hein? Oui, évidemment! Alors, c'est conclu? Bien, entrons à présent dans le vif du sujet! Qu'est-ce qui vous fait résistant au PF?

        _ Eh bien d'abord, je dois vous poser une question..., pour que vous me compreniez! Voilà, il y a longtemps que vous êtes comme ça?

        _ Comme ça? Comment?

        _ Oui, que vous êtes fermé à la lumière, à la vérité, que votre égoïsme fait barrage! Vous avez été un enfant pourtant, plein de bonne volonté!

        _ Qu'est-ce vous racontez, je suis un scientifique et seuls m'intéressent les faits!

        _ Justement, il est tentant pour un scientifique de vouloir quitter son innocence, afin de montrer qu'il n'est pas dupe! Mais je vais vous montrer mon secret, car moi, je suis ouvert à la lumière divine! Faites l'obscurité et vous allez constater que je dégage une luminescence particulière! C'est elle qui me permet de mettre en échec le PF! En fait, docteur, ce que je vous propose, ce n'est ni plus ni moins que de réaliser le plus vieux rêve de l'homme: voir Dieu!"

        Le Psycho-RAM s'exécute, non sans hésitation, mais il est mené par la carotte de l'ambition! Nous sommes debout l'un près de l'autre et je lui dis: "Observez- bien!" Il a les yeux qui sortent des orbites et c'est à cet instant que je lui envoie de toutes mes forces un coup de pied dans les parties! A sa décharge, il ne crie pas! Il est tétanisé par la souffrance, car j'ai même senti ses testicules être broyées sur le bout de ma chaussure!

        Enfin, il s'écroule en gémissant, mais je ne perds pas mon temps: je le bâillonne et le ligote avec du scotch, puis j'enfile sa blouse et me fait un peu sa tête. Ce n'est pas très difficile, il suffit d'avoir l'air toujours excédé, comme si l'autorité se mesurait à cet énervement!

        Je repère la sortie et découvre une scène à laquelle je m'attendais: deux ambulanciers discutent mollement, adossés à leur véhicule. D'emblée, je leur braille dessus et ils se mettent quasiment au garde-à-vous! "Comment, madame Taylor, n'est pas encore là! C'est inadmissible! Allez la chercher!

        _ Mais..."

        Aucune explication ne sera donnée! Je suis supérieur, car sans traumatismes, sans névroses, sans besoin d'affection! "Vous ne m'avez pas entendu?" je crie encore, le visage plein de menaces! Ils plient bien entendu! Ils sont ductiles, poreux et ils filent! Ils ramènent Sarah dans un temps record et nul doute qu'ils ont eux-mêmes fait pression sur leurs collègues!

        Nous partons, avec l'ambulance, et je demande bientôt de nous laisser en plein centre! Là encore, aucune explication! Un léger mépris, qui doit laisser supposer aux chauffeurs qu'ils s'en tirent à bon compte! Plus tard dans la soirée, je monte sur une éminence et je regarde brasiller la ville!

        La mère du capitaine Siclay va s'occuper de Sarah! Mais puisque RAM est en dessous de tout, que sa médiocrité et sa lâcheté sont sans bornes et qu'on vient inévitablement me chercher des noises, en m'empêchant de vivre, eh bien, je vais donc combattre RAM pied à pied, jusqu'au bout! Je ne fuirai plus et je m'amuserai!

       

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                                                     "Vous êtes Ambrose Chapel?"

                                                          L'Homme qui en savait trop

     

     

     

        Mercredi 14 juillet, monde de RAM... RAM déambule maussade dans la galerie marchande... Il se gratte le menton: que pourrait-il bien acheter? Il ne sait pas! Mais qu'est-ce qui pourrait lui faire plaisir, car il a quand même de quoi?

        Un bijou, une nouvelle montre? La sienne est déjà belle! Un nouveau costume? Faudrait se changer, se regarder dans la glace, voir qu'on a pris du poids... Tiens, ici, y a des articles originaux! Des bocaux recouverts de lin! Fallait y penser! C'est tout un univers, dans lequel RAM s'enfonce! Il farfouille, puis tous ces objets finissent par lui donner la nausée!

        C'est venu soudainement! Il était là, quasiment dans l'euphorie... Il sentait son enthousiasme, mais une idée froide s'est glissée dans son cerveau! Et si on se moquait de lui? Derrière ce décor coloré, séduisant, il y a des études de ventes, qui catégorisent les acheteurs et RAM s'imagine maintenant comme un élément du troupeau!

        Il n'a plus la foi, d'autant que le magasin suivant propose une philosophie, un bien-être par la consommation! On achète la paix ou le bonheur! la bougie apaisante ou la méthode du bonze tout sourire! RAM a l'air perdu, désolé! La richesse qui l'entoure curieusement le vide et il abandonne!

        Il avance d'un pas de condamné vers une terrasse, où il se laisse choir! Sa voix n'est plus qu'un souffle, quand il commande! Mais on lui fait de grands signes! C'est son ami de toujours, M'as-tu vu, qui arrive! "Bon sang! RAM, t'en fais une tête! 

        _ Oui, je me sens patraque! Le temps reste gris et je n'arrive pas à me faire plaisir, par un achat!

        _ Y a peut-être trop de choses! Ou bien tu ne manques de rien et tu n'es pas vraiment motivé! Pense à celui qui économise pendant des mois, des années même, pour pouvoir se payer l'objet de ses rêves! Celui-là espère... et il est heureux! 

        _ Comme quoi l'argent ne fait pas le bonheur! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Tu vas mieux, on dirait!

        _ Pas vraiment! On se sent plus chez soi, si tu vois ce que je veux dire!

        _ Oh oui! L'émigration est massive! On en voit de toutes les couleurs! Eh! Eh! Mais tu sais, tant qu'on ne règlera pas la démographie d'un pays, en fonction de ses ressources, on sera toujours envahi!

        _ Tu es affreux, mais j'aime ça! Mais il y a tant de problèmes! Que penses-tu de la solidarité économique? Mais elle n'existe pas, mon cher! C'est chacun pour soi! Terrible! Et le désarmement? Qui songe à en rabattre!

        _ Certainement pas nous! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Et la planète qui continue à brûler!

        _ Sûr! Faut la transition écologique!

        _ Ben tiens!

        _ Rien ne vaut une bonne pompe à chaleur, pour rendre fous les voisins, à cause du bruit! Ah! Ah!

        _ Ah! Ah! Et les éoliennes qui dégradent les paysages! Rendre service est bien ingrat! Mais tout cela, même si c'est important, c'est un peu secondaire, en ce qui me concerne! Je ne sais pas, je ressens un mal-être, un vide, une angoisse diffuse, comme si j'étais l'objet d'une menace sourde, indéfinissable!

        _ Dépression, dépression, RAM! Tiens, mais voilà l'Humaniste, il va peut-être pouvoir nous aider! Eh! l'Humaniste!"

        Fidèle à lui-même, M'as-tu-vu siffle bruyamment, à travers la galerie commerciale, et il crie: "Eh! l'Humaniste, on est là!" Celui-ci s'approche et prend place à côté des deux autres. "Dis l'Humaniste, fait M'as-tu-vu, t'as peut-être un truc pour RAM! Il a un coup de mou et c'est bien ton job, à toi, de réfléchir au bonheur, non?

        _ Parfaitement! Mais attention, le bonheur est ici et maintenant! Il doit être sans illusions! On doit regarder bravement les choses!

        _ D'ac, l'Huma! enchaîne M'as-tu-vu. Mais concrètement, ça veut dire quoi?

        _ Ben, on peut s'appuyer sur le "contrat social"! Je respecte les autres et donc la société, qui à son tour me donne son bien-être! C'est la civilisation qui progresse!

        _ Dans du velours! rajoute M'as-tu-vu. Mais t'oublies les crises sociales! C'est quoi la société sans chaos?

        _ Evidemment, chacun défend son bifteck, mais justement il faut qu'il évolue, qu'il sache se tempérer!

        _ Tu veux parler d'une sorte de sagesse?

        _ Exactement! Je vais vous donner mon truc! Pour toujours plus apprécier le moment, je me dis que c'est peut-être le dernier!

        _ Eh! Eh! Pas bête!

        _ Et moi, je ne veux pas avoir l'air d'un condamné! coupe RAM. Je veux tout! Je veux espérer! que ma vie ait un sens! que tout mon élan, toute ma force, toute mon énergie contribue à mon bonheur, sans léser les autres! J'ai soif! Je crève de soif! Je veux un dessein aux dimensions cosmiques! Je veux que mon amour profite au monde entier!

        _ Dans ce cas, répond l'Humaniste, je crains que tu ne sois à la veille de bien des illusions!

        _ Pourquoi? Parce que je ne rentre pas dans ta boîte à chaussures?

        _ Non, parce que tu es déraisonnable!

        _ Dis tout de suite que je suis un fanatique!

        _ Hum! En effet, il est possible que ton "amour" soit destructeur!

        _ J' vais t' dire, l'Huma: j' t'ai jamais kiffé!

        _ Moi non plus à vrai dire! J' t'ai toujours vu comme un gros poussah!

        _ Oh! Oh! les gars! intervient M'as-tu-vu. Calmez-vous!

        _ Que je me calme? s'écrie RAM. Quand j'entends une philosophie de pacotille, qui ignore même toute la haine que nous avons dans le cœur!

        _ Bon, bon! fait l'Humaniste. J' crois qu'il vaut mieux que j' parte! C'est toujours le plus intelligent qui cède!

        L'Humaniste se lève et descend par l'escalator. "Place! Place au héros, au martyr! clame alors RAM au-dessus de sa tête et à destination des autres gens.

        _ Pauvre con! répond l'Humaniste.

        _ J' te chie d'ssus! hurle RAM.

        _ Tu pètes vraiment les plombs! fait derrière lui M'as-tu-vu.

        _ Sans doute! concéde RAM. Mais il m'a énervé par sa vue bornée! Et tu sais ce qui nous rend malheureux? C'est de douter de nous, du bonheur lui-même! Nous sommes des enfants et nous pouvons tout avoir! même le rêve le plus fou!"

        Vendredi 16 juillet, monde de RAM... La domination se frottait les mains... "Quel chaos! Non, mais quel chaos! Pleurez pauvres gens! Vous voilà écrasés! Et qui est derrière tout ça? C'est bibi! Mais moi, ça va, j' sens rien! J' suis d'ailleurs au soleil! A l'heure actuelle, j' sirote un excellent cocktail sur une chaise longue, et vous savez ce que j'ai devant moi? Une vaguelette de cristal, qui vient mourir! A vingt-six degrés, s'entend!

        Quand je m'y plonge, c'est juste un petit rafraîchissement! Et partout, autour, un bleu, mais un bleu! Azur dans le ciel et peut-être un tantinet turquoise pour les flots! Le paradis, j' vous dis! En short et tongs! J' suis sûr que vous avez peu à peu la gorge serrée, devant la carte postale! Eh! mais c'est mérité! J' bosse, moi! Et pas qu'un peu! J' compte pas mes heures! Et le résultat! Le chaos sur la Terre! Et quel chaos, encore une fois!

        Vous doutez de mes capacités? Vous pensez que vos tristesses et la souffrance des autres ne sont que l'effet du hasard? Hein! Ces chers scientifiques qui nous parlent du réchauffement climatique comme d'une fatalité! Avec un air triste, ils vous disent que nous sommes de plus en plus nombreux et que, forcément, nous mettons à genoux la planète! Bien sûr, ils lancent une alerte, il appellent à agir! Les braves gens! Mais si leur vision était juste, cela supposerait que chacun est en imper et roule en Traban! Chacun aurait les mêmes besoins! Hein! Comme si nous n'en étions pas justement aux antipodes!

        Comme si derrière la consommation, l'industrie, l'économie, etc., je n'étais pas le maître! Moi, la domination, la Dom! Ainsi, les récentes inondations meurtrières, en Allemagne et en Belgique, c'est moi! C'est Bibi! Pas directement bien sûr! J' suis pas assez bête pour m'exposer! Mais de fil en aiguille, c'est moi, l'auteur! Et évidemment, j' suis saisi d'effroi, comme tous les responsables, les chefs! Car c'est chez eux que j'habite aussi le plus, le mieux!

        Paradoxe! paradoxe! Mais j'enfume aussi tout le monde! Cigare? Y a des benêts qui disent: "C'est l'argent qui mène le monde!" Mais l'argent, c'est mon chien! Il m'obéit au doigt et à l'œil! Sans moi, il aurait pas d'écuelle! Que serait l'argent, sans la soif de dépasser l'autre, de l'écraser, sans la soif de l'amour-propre? Bien sûr, j'en ai besoin! Il me sert bien, mais c'est moi qui le façonne!

        Tenez, voilà un de mes plaisirs: une réunion entre amis! Belle villa, belles voitures! Du monde choisi, qui se reconnaît! Du luxe, de l'autosatisfaction coulant comme une fontaine! On est là au-dessus des autres! On fait partie des gagnants, des élites! grâce à moi, la Dom! Comment? Mais suffit d'appuyer là où c'est mou! là où on peut écraser, exploiter! Suffit d'être sourd aux larmes, aux plaintes, aux malheurs!

        Imaginez-moi en promoteur! Hein? J'ai un gros projet! Mais alors, le Big! un immeuble de ouf! J' cire les pompes, je fais valoir les besoins, j' trouve le maire intelligent, j' reconnais qu' la vie peut être grave... et j'ai l' marché, légalement! J'ai les mains libres et attention les yeux! C'est moi, le héros, le créateur d'emplois! C'est moi qui nourris, la main qui donne ou qui enlève! C'est moi, Dieu!

        J' fais venir mes camions, mes grues, mes hommes, mes machines! Alors commence le concert du siècle! un hymne au bruit et à la nuisance! Pas besoin de payer la place! Si tu viens pas à moi, j'irai à toi! La teuf est dans la ville, délirante, légale, j' le rappelle! Et tu pleures, tu gémis? Mais regarde-toi! Tu vis dans la crasse! dans un immeuble sombre comme un égout! Tu te traînes! T'es là morne avec ton chien, qu' tu promènes! Ta vie est finie! T'es un spectre et autour mes camions passent soulevant la poussière!

        C'est la guerre! Mes machines canardent sans fin! Ton quotidien est un enfer, mais j' te vois même pas! T'es une araignée dans la nuit! Le cœur, la compréhension, la modestie, le doute, désolé, c'est pas pour la Dom! Et j'vais t' dire, j' te baise jusqu'au trognon! J'ai détruit ton environnement! J' te laisse avec plein de problèmes et des bruits qui t' détruisent! Mais moi, ça va et même fort! C'est l'inauguration du nouvel immeuble! Une vraie réussite, tu peux m'en croire!

        Tous mes amis sont là: Dom 1, Dom 2, Dom 3, etc.! Nous buvons du champagne au nom du progrès! Tu m' trouves dégueulasse? Nous sommes perdus dans l'espace et nous devrions être solidaires? Comme si on t'entendait!"

  • CRAME!

    Crame

     

     

     

                                                         "C'est moi l'aigle de la route!"

                                                                            Mad Max

     

     

     

        Lundi 5 juillet 2021, monde de RAM... "Je vais vous expliquer certaines choses, ouais! Mais d'abord laissez-moi bourrer ma pipe!

        Hum! Voilà... Alors, j'entends beaucoup d' conneries, comme d'habitude! Par exemple, je lis sous la plume d'un scientifique, Lee Smolin en l'occurrence, dans son livre La Renaissance du temps, que "le combustible de la foi, c'est la peur de la mort! C'est s' rassurer en donnant un sens à la vie, contre la solitude! Etc. Etc.!"

        Bref, la rengaine de l'affranchi! du scientifique qui regarde enfin l'existence dans les yeux! l'homme ou la femme qui en ont! Pff! Pff! Car y a des bêtes, croyez-moi! Y a des titans parmi nous! Et dans le meilleur des cas, y nous méprisent pas! Y nous comprennent! La faiblesse n'est-elle pas humaine! Hein? Ne sont-ils pas bons? Et y z'ont intérêt, car ces gus-là, ces hommes et ces femmes d'airain, eh ben, y r'présentent le monde de demain, le futur! C'est pas rien!

        Des caïds! des grands frères et des grandes sœurs! Heureusement qu'y sont là! pour faire honneur au genre humain! Pff! Pff! On n'a rien fait d'mieux depuis le tyrannosaure! Non, parce que lui, c'était une vraie machine à dévorer! Et eux, ce sont de vraies machines à courage! Sûr! Y s' sont mis debout! Y n'ont pas peur, eux!

        Mais la foi, c'est quoi au juste? Eh! Eh! J' vais vous étonner, mais c'est d'abord une histoire d'amour! Surprise! Et pas n'importe laquelle, c'est la plus grande! Cherchez pas, c'est la vérité! Bien sûr, on peut aimer une femme! Et c'est le soleil dans la maison! On lui sourit et elle nous sourit, et patati et patata! Mais aimer Dieu, c'est quand même autr' chose!

        Le croyant, y met les pieds dans un drôle de monde! celui de l'esprit si vous voulez! Faut bien lui donner un nom! Mais c'est un monde étrange, qui peut sembler un peu fou! Car voilà un type qui dit: "Seigneur", in petto et qui commence à discuter avec lui-même! Il est peut-être givré! Et puis voilà, voilà qu'il est devant une équation, si j' puis dire, qu'est pas banale!

        Eh ouais! J' peux la résumer ainsi: "J' suis Dieu, bon, si tu crois en moi, j' suis ton créateur, j' te connais et j' veux qu' ton bien, forcément! Si j' t'ai fait, c'est pour veiller sur toi, pour qu' tu manques de rien! C'est pour que tu sois heureux, car comment voudrais-tu m'aimer, en n'aimant pas la vie! Bref, tu dois avoir confiance!"

        Oh! Oh! Faut avoir confiance! Oh! Oh! faut pas avoir peur d'être heureux, d'être soi! Oh! Oh! Z'avez déjà lu le journal? Mais... mais le poids du monde vous tombe dessus! Il pleut des inquiétudes, des cornes d'inquiétudes! Comment on pourrait rester calme, avoir confiance? Au secours! Au secours, le bateau coule! Vite de l'eau, j'ai soif! Mais où sont les bouées? Mais donnez-moi une bouée! Ouais, elle est à moi! A moi vous entendez! Le premier qui tend la main vers elle, j' le descends! Et j' s'rai en légitime défense! Ouais!

        Hein? Comment rester heureux, serein dans cette folie? Eh, mais attention! Une petite minute! Le croyant croit par peur essentiellement! C'est ce que dit l'athée! le Bayard moderne! Mais oh! oh! ce que demande la foi, c'est justement d'avoir le courage d'être heureux! C'est de ne pas avoir peur! Hein? C'est tout le contraire de ce que dit l'ath..., le machin chose! On met un brelan sur la table... et je mets un carré! C'est moi qui rafle la mise! moi, le plus audacieux! Pfff! Pff!

        Qui est le plus courageux? Celui qui a une chaire à l'Université, qui a son salaire, un bureau propre, qui est salué par des étudiants, des paires et qui écrit un livre par semaine, pour signaler qu'il gamberge et qu'il avance! Ou bien, ou bien le gars qui est dans l'ombre, sans reconnaissance, qui ne sait pas de quoi demain sera fait et qui prend en plein figure la vague de toutes les inquiétudes du monde, qui ne peut qu'être emporté par elle et qui quand même se dit qu'il faut avoir confiance et ne pas avoir peur? Qui? Le fonctionnaire de l'esprit! ou le plongeur de l'impossible, le trapéziste du bonheur?

        Qui montre du souffle, de la grandeur, de la force? Qui va à contre-courant? Qui résiste au malheur, qui ne s'en effraie pas? J' vais vous dire, le secret du Carpe diem, c'est pas:"J'en profite! J'en profite!" C'est pas un abrutissement, une ivresse! C'est: "Je n'ai pas peur!" La foi, c'est d'abord une école pour apprendre à maîtriser ses craintes, à rester sur le pont malgré la tempête! Et c'est pour cela que c'est la plus grande histoire d'amour! En n'ayant plus peur, malgré l'épouvante ambiante, on devient un homme! un vrai! ou une femme, une vraie!

        La foi, c'est unique aujourd'hui et peut-être que ça n'a jamais été aussi difficile! Voilà l'os pour les forts! un terrain de morfales pour le courage! Mais j'en ai marre, marre de tous ces bouseux, de ces suffisants, de tous ces eunuques, qui nous bassinent avec la perte de leur pucelage!  Y n'ont rien vu, rien senti, y connaissent encore moins et ça jacte, ça jacte! Pff! Pff! Le titan, c'est moi! Les cloportes, c'est eux! Voilà j' suis sans cœur! Mais j'en ai marre, j' vous dis!"

        Mardi 6 juillet, monde de RAM... "RAM est ton guide! ta lumière! ta voie, ton appui! Fie-toi à RAM et RAM te soutiendra!

        Tu es perdu dans le vaste monde? Tu angoisses dans la rue, les grands magasins, devant des inconnus? RAM est là, près de toi et t'aide, et t'aime! Regarde comme RAM est séduisant! Ses images glissent, hautement colorées! Et c'est toi qui les commandes! Elles obéissent docilement sous ton doigt!

        Le monde de RAM est fluide, chaleureux! Il n'est pas âpre, froid et hostile, comme celui qui t'entoure! Le monde de RAM est liquide, numérique, kaléidoscopique! C'est un monde de rêve qui te chérit, comme tu chéris RAM!

        RAM est ton chien, ton enfant, ton frère, ta sœur! C'est ton repère! Partout, RAM t'accompagne, comme ton cœur! Que ferais-tu sans RAM! Que se passerait-il, si tu le perdais? Que deviendrais-tu! Tu n'oses y penser!

        Eh bien, je vais te dire ce qui arrivera! D'abord, il y aura un grand silence, comme pour annoncer sa venue! Tu seras inquiet, tu auras la nausée, tu perdras l'équilibre, tu devras chercher le soutien des murs! Puis, elle surgira et ce que tu sentiras, c'est d'abord son haleine froide, car en dehors de RAM règne un vide glacial!

        Elle se dressera au-dessus de la ville, monstrueuse! Tu n'as pas idée comme elle te fera trembler! Elle t'arrachera les pieds vers le bas! Elle t'écrasera, te ratatinera! Tu auras envie de crier, de hurler, mais tu ne le pourras pas, tant elle te pressera! Tu n'aura qu'un faible gémissement et tu demanderas pitié muettement!

        Elle, c'est l'épouvante! Elle est née de l'hypocrisie et du mensonge du monde! Tu vois, elle ne date pas d'hier! Ta haine sera impuissante contre elle! Elle rira de toi! Tu seras plein de sueur et tu ne pourras pas supporter son regard! Pour la combattre, il faudrait être du Nord, d'une tribu légendaire, qui a toujours affronté le brouillard et la nuit!

        Ces hommes-là n'existent plus, mais n'appartiennent-ils pas à un mythe? Il est possible qu'ils n'eussent jamais vécu! Mais on raconte qu'ils s'installaient devant la réalité et qu'ils lui demandaient: "Qui es-tu?" On raconte qu'ils cherchaient Dieu, qu'ils lui parlaient! C'est te dire comme ils étaient arriérés! Dieu, cette farce!

        Enfin, ils lui disaient: "Si tu es, je te trouverai! Je n'abandonnerai pas ma quête! Je n'aurai pas peur! Je t'aimerai jusqu'au bout!" Ils ne lâchaient rien et ils se perdaient! Tu entends? Ils se perdaient! Ils disparaissaient dans le mirage qu'ils avaient eux-mêmes créé! Ils étaient trompé par leur songe!

        A ce compte- là, on peut comprendre qu'ils aient tenu tête à l'épouvante, à force de rêveries et de fantasmes! Mais où sont-ils à présent? Le vent n'a-t-il pas effacé leurs traces? Pauvres marionnettes d'un temps obscur! Aujourd'hui, nous savons que l'Univers est sans fin et que ses particules, qui l'étendent encore, n'obéissent qu'au hasard!

        Mais ne crains rien: RAM est ton rempart! Il te fait le centre de tout! L'Univers, aussi immense soit-il, tourne autour de toi! Tu es la seule réalité, c'est RAM qui te le dis et qui te le répète! Si tu doutes, Elle reviendra! Elle te menacera... et Elle a des comparses, tu sais! Elle a ses agents, ses serviteurs! Ce sont tous ceux qui ne te reconnaissent pas comme leur dieu! tous ceux qui ne t'admirent pas! tous ceux qui doutent de toi... ou qui par méchanceté exhibent leur indifférence!

        Ceux-là entaillent ta sécurité! Ils sont hors de RAM! Méprise-les! Hais-les! Ils ne méritent que ton dégoût... et si tu peux les détruire, fais-le! Ne doit-on pas écarter, supprimer, vaincre les obstacles? Je vais te donner le secret de RAM! Ecoute..., RAM, c'est toi! C'est ton image! ta lumière, ta sauvegarde! ton but, ton futur, ta seule raison d'être!

        Au-delà, l'hydre de la nuit développe ses tentacules!

        Mercredi 7 juillet, station Charcot... "L'émotion tue la réflexion!" Voilà ce que je me dis, en courant dans les couloirs de la station, car je me dirige de nouveau vers le laboratoire de Cressant; là même où Friant a voulu me tuer!

        Pourquoi? Mais parce que je sais que là-bas il y a une porte, au fond du labo, que je dois pouvoir bloquer, après l'avoir refermée, et qui me mène à l'extérieur du bâtiment, avec quelques perspectives!

        Je ne suis donc pas totalement désespéré, mais derrière, à ma poursuite, j'ai un homme surentraîné au combat, et je ne fais pas le fier, comme le lièvre de la fable! D'ailleurs, les choses se répètent, puisque, au moment à où j'atteins la porte salvatrice, une balle siffle à mon oreille, pour encore aller casser du verre!

        Les assassins ne connaissent pas le prix des choses, c'est bien connu! Ce sont avant tout des jouisseurs, puisqu'ils privilégient leurs appétits! Mais, me voilà quasiment dehors et si je trouve la bonne cale, pour coincer la poignée et immobiliser la porte, j'ai une très mauvaise surprise, en ce qui concerne le reste!

        En effet, il n'y a plus de motos neige, ni d'équipement contre le froid, et je regarde donc la neige qui pénètre l'endroit sans enthousiasme! J'entends des coups contre la porte et par réflexe, je m'en écarte, cherchant vaguement une solution, alors que je commence déjà à frissonner! Dans mon émoi, je tombe dans un trou, plutôt une fosse, car je me retrouve nez à nez avec la tête d'un squelette, qui semble trouver ma situation hilarante!

        Je me dégage vite fait du tas d'ossements, encore gluants et portant des lambeaux de vêtements! Sans soute qu'un ours a déterré ce cadavre! Mais une fois debout, j'aperçois au cou du mort un petit objet doré, qui ne peut être qu'une médaille! Je m'en saisis et je lis son inscription: "A ma Sophie, son parrain..."

        Ce n'est pas vrai! La merveilleuse, la fantastique Sophie Prémel est là! réduite à ce pantin blanchi! "La voilà, la vérité!" me dirait un humaniste seulement désireux de bien faire, jusqu'à manquer de délicatesse! "Que vas-tu imaginer une vie future? continuerait-il, implacable. La vraie vie est ici et maintenant! C'est celle-là qui doit te rendre heureux! Agis dans la réalité, afin que tout le monde soit gagnant, aperçoive de son vivant le paradis!"

        "Hélas, lui répondrais-je, je ne peux croire un aveugle! Le jour où je te verrais conscient de ta domination et du mal que tu fais, car tu en écrases sûrement certains, alors, oui, je demanderais ma carte de pointage à ton usine! Mais, pour vraiment améliorer notre condition, il n'y a pas d'autres chemins que celui de vaincre la domination... et pour cela la foi est nécessaire!"

        " Ya rien à faire avec toi!" me lâcherait-il déçu, mais je le couperais en lui demandant: "Tu n'entends pas des coups de feu?" Et effectivement, dans la station, on tire, puis c'est le silence! Une voix bientôt fait: "Vous êtes là, Cariou? Je suis le capitaine Siclay! Et j'ai tué Godefroy! Vous êtes en sécurité maintenant!"

        J'attends encore un peu et j'ouvre la porte! Je me retrouve devant un jeune homme paisible et qui m'explique qu'il avait été chargé par l'Etat-major de surveiller le colonel, sur lequel pesaient déjà des soupçons! Il a agi quand il a compris que son supérieur était devenu un tueur! Je contemple ce soldat et je me rends compte que c'est un cœur pur, qu'il n'est pas dans la nuit de sa domination et je souris, en songeant que "l'Esprit" souffle là où il veut!

  • Macramé!

    Macrame

     

     

     

                     "Ma chère, on peut trouver Wagner boursouflé ou grandiose, mais pas charmant!"

                                                                                        Le Président

     

     

     

        RAM souffre d'un mal étrange! Ses habitants ont le visage grave, fermé et sans doute leur a-t-on annoncé quelque calamité! Ils semblent détenir un lourd secret! Peut-être savent-ils que le monde est condamné à une explosion nucléaire et ils comptent ainsi les derniers instants qui leur restent à vivre! 

        Des jeunes sont là, accablés, figés, sans avenir, au bout de la plus profonde impasse! Leur sort paraît d'une cruauté impitoyable et en effet, ils voudraient qu'on reconnaisse leur malheur, qu'on les plaigne, qu'on s'attache à eux, qu'on prenne conscience de leur abîme!

        Et qu'on passe indifférent, énergique, heureux, les stupéfie... et suscite malheureusement leur haine! S'il y a une solution, un remède, pourquoi le détestent-ils? Pourquoi ne courent-ils pas après? Si on a vraiment mal et qu'il existe un baume, un calmant, ne serait-on pas prêt à tout pour se le procurer?

        Non, ils se contentent de mépriser, de vouloir détruire... et donc étrange mal qui les ronge! Ceci est surtout valable pour les hommes, car les femmes, elles, ont une autre façon de montrer  ce désespoir qui règne dans RAM! Elles s'habillent volontiers tels des clowns! A leurs vêtements disparates, outrageusement colorés et qui les rendent presque nues, il semble ne manquer que des grelots dorés ou un chapeau pointu!

        Que veulent-elles? Ecraser le regard? Pourquoi susciter le désir, au point de faire preuve de mauvais goût ou d'impudeur? Quelle peur, quel mal-être les excitent, les inquiètent autant? Hélas, la malédiction, qui mine les hommes, les agite au contraire, mais partout c'est le même poison: ombre ici, folie là-bas!

        Lourd destin que celui de RAM! Les hirondelles le savent, elles, qui toute la journée font de la voltige pour se nourrir; elles qui jusqu'aux dernières lueurs s'empressent et qui de temps en temps, en couple, s'amusent à des merveilles de figures et de vitesse!

        Car au-dessus de RAM, en effet, il y a un miracle, quelque chose d'extraordinaire! Il y a un ciel d'un bleu saphir et cristallin! avec des vagues de nuages, qui semblent des charges de cavalerie en coton! C'est que ça bouge magnifiquement là-haut aussi! Il y a des marées immenses, tachetées, sanglantes, orangées, évanescentes; ou plutôt massives, noirâtres, mauves, empêtrées dans des barbelés de lumière!  

        Mais RAM ne peut pas s'en rendre compte, car sa tête repose sur son nombril, pesante! C'est cela que regarde RAM tout le temps, son nombril! C'est sa maladie incurable, son fléau, sa damnation!

        Passe étranger! Laisse RAM à sa douleur! Respecte-la! C'est un combat de titans! un cancer aux dimensions cosmiques! Ce n'est pas pour toi, étranger au pas léger et innocent! Va te distraire, pendant que RAM la grave, la tourmentée, réfléchit à son triste exil!

        RAM ne connaît pas l'éclat des fleurs, ni les insectes infatigables qui y puisent! RAM courbe sous le poids de son égoïsme et sent toute l'amertume de sa prison!

        Monde de RAM, mercredi 30 juin... Il est des rites de RAM qui semblent dépourvus d'humanité! On prend soudain une personne âgée, car sans soute sont-elles les plus vulnérables, et la foule menaçante, excitée, la pousse vers un magasin! Là, on force la personne âgée à acheter et commence son calvaire!

        On la surveille de loin cependant, à cause des mesures sanitaires, mais elle doit faire un choix et devant elle s'étalent mille sortes de fromage et de chocolat! Les yaourts les plus fins sont aussi de la partie et voilà notre victime qui souffre, qui s'exprime d'une voix dolente, et on la comprend, car comment peut-on faire subir pareil supplice!

        La peine, l'amertume, la haine se peignent sur le visage de la vieille dame! Elle éprouve le plus grand des dégoût à mesure que son panier se remplit! On doit la plaindre! Ce n'est pas le bon yaourt! Il faut un au caramel et l'autre au citron! La main tremble, l'atmosphère est plus que tendue!

        Ce fromage est un peu trop sec! Cet autre, oui, peut-être, mais c'est à regret! La commerçante ne se départit pas de son calme! Elle sait comme c'est dur, dans quel piège on a enfermé sa cliente! Elle ne désire que l'aider, afin qu'elle sorte, qu'elle échappe à l'épreuve! Et voilà justement la vieille dame qui retrouve la rue, hagarde, ivre de douleur! Comment ne pourrait-elle pas susciter la pitié? 

        D'ailleurs des migrants qui passent ne s'y trompent pas! Ils réclament la fin du rite! Ils font appel à la compassion, en mettant en avant leur histoire! Ils disent que dans leur pays d'origine ils n'ont rien et c'est pourquoi ils seraient infiniment plus civilisés! Ils soutiennent que jamais n'a existé chez eux une telle barbarie, qu'il est possible même de vivre sans ses traditions délétères et qu'on peut quasiment aller le ventre creux!

        Bien sûr, ils plongent RAM dans l'incrédulité, car ici les choses sont habituellement à foison! On s'écarte d'eux, on les prend pour des hâbleurs, des rabat-joie! On continuera de faire souffrir les anciens! Qu'ils aient l'air d'expier, même si on ne comprend plus bien pourquoi! Qu'on se réjouisse encore de notre cruauté, devant ces atermoiements que l'on voudrait gourmands! Ecoutons encore ces plaintes, si douces à l'oreille qui sait les reconnaître!

        Qu'est-ce qu'il y a de plus drôle? RAM est là dans toute sa gloire!

        Monde de RAM, jeudi premier juillet... On raconte que RAM défia les dieux! qu'il se dressa contre eux! qu'il voulut les abattre! les anéantir, les supprimer!

        Alors sa haine était sans pareille! Elle avait longtemps été accumulée et enfin elle éclatait! RAM coupa la tête des fanatiques, les creva à coups de baïonnettes, détruisit leurs maisons, leurs temples, brûla leur sol, viola leurs femmes, égorgea leurs enfants, car plus rien ne devait subsister de l'ancien monde, celui des croyances et des dieux!

        Le flot de sang semblait ne jamais vouloir s'arrêter et pendant ce temps-là, RAM édifia des lois et salua la naissance du libre-arbitre, le gouvernement de la raison! RAM devenait maître de son destin! L'esclave avait fait tomber ses fers et il respirait l'air pur, d'un ciel débarrassé de ses maîtres!

        Une vie nouvelle commença! Il suffisait d'être sans parti-pris et de faire évoluer la loi, quand c'était nécessaire! On chantait, on avait écrasé le fléau, l'abjection et on parlait de fraternité, de liberté et d'égalité! Il y eut encore quelques guerres, mais le bon sens était pris et quand on ne discuta plus des territoires, le bonheur tant espéré aurait dû être là!

        Mais on continua à se mordre les uns les autres, à se haïr, à se détester, à vouloir détruire! Où était le ciel serein? le rêve? l'idéal? la raison triomphante? Ah! Mais il y avait encore des gêneurs, des ennemis! C'est que les dieux ont la vie dure! d'autant qu'ils sont attachés aux riches, qui pullulent, qui écrasent, agissent dans l'ombre!

        RAM n'en finissait pas de se déchirer, de se mettre à feu et à sang! Que lui manquait-il? Un jour, Dieu eut pitié de lui et revint le voir et lui demanda: "Pourquoi me hais-tu?

        _ Parce que tu n'existes pas... et que je veux être libre!

        _ Mais tu m'as rejeté, fait disparaître! Me voilà sans influence, ridiculisé, balayé! Alors que crains-tu?

        _ On sait jamais! Tu pourrais revenir! Les gens sont faibles et ils ont besoin de superstitions!

        _ Si tu étais si sûr de toi, tu n'aurais que compassion pour eux! Tu changerais les autres en les aimant, car tu sais à présent que la violence est inefficace! N'est-ce pas plutôt que tu as besoin de ta haine? N'est-ce pas plutôt que tu es incapable de vivre en paix?

        _ Bientôt, on y arrivera! Ce n'est qu'une question de progrès, de lois, de raison! La science nous aidera!

        _ Ah bon? Mais aujourd'hui tu as tout! Mais peut-être as-tu déjà oublié ce qu'est d'être pauvre? Je pourrais t'aider, tu sais, et sans te priver de ta liberté, bien au contraire! Car, regarde-toi, tu es esclave de ta haine! Tu ne peux vivre sans te donner un ennemi, ce qui explique ta violence et ta peine! Tu as soif et je suis une aventure! Tu veux aimer et la foi te donnera le vertige! Tu veux être puissant et je te rendrai invincible parmi les hommes!

        _ Laisse-moi! Je dois travailler pour vivre! C'est la seule réalité!

        _ Non, tu veux aussi vaincre, te sentir supérieur et demain sera plein de tes larmes!"

        Station Charcot, vendredi 2 juillet... Je regarde toujours Morizur, qui tient maintenant dans la main une drôle d'arme! "Cariou, je vous présente le pistolet au rayon fracturant! Il brise tout champ psychique, produit par la domination et... wwouuf! On s'évapore!

        _ J'imagine que c'est comme ça que les deux soldats ont disparu...

        _ Exactement! Vous ne pouvez pas savoir combien j'étais impatient d'essayer ma nouvelle arme!

        _ Et Cressant, dans le réfectoire?

        _ Simple mise en scène macabre, afin de tendre un peu l'atmosphère!

        _ Somme toute, vous êtes resté un cabotin!

        _ Cariou, ce seront vos dernières paroles, car, malheureusement, vous ne serez pas du voyage de retour, vers RAM! Adieu Cariou!"

        Morizur tend son arme et je ferme les yeux, puis j'entends la voix de Godefroy dire: "Ne tirez pas Morizur, ou votre tête explose!" Le colonel s'est glissé dans la pièce et il applique maintenant son propre pistolet, contre la tempe de Morizur... Celui-ci hésite une seconde, mais il prend conscience qu'il n'a aucune chance... et il tend finalement son engin à Godefroy!

        Mais, à ma grande stupeur, Godefroy fait malgré tout feu et Morizur a une horrible grimace, avant de tomber! Il est désormais vraiment mort, puisque je vois pour la première fois de la cervelle, sur le sol! "Mais vous êtes fou, Godefroy!

        _ Cariou, les choses sont un peu plus compliquées que vous ne le croyez! Voyez-vous, RAM se perd, se désagrège, devient même la risée du monde entier! Le gouvernement permet tout et les crimes, les abus de toutes sortes, deviennent légions! Où est notre esprit, Cariou, celui qui a fait notre grandeur? Il faut reprendre les choses en main... et c'est l'armée qui agira! Maintenant que j'ai cette nouvelle arme, je serai un interlocuteur crédible!

        _ Je pense que vous ne valez pas mieux que Morizur!

        _ L'histoire jugera, Cariou! Cependant, je ne peux laisser un témoin tel que vous derrière moi...

        _ Oui, vous êtes, vous aussi, victime du devoir... C'est typique des fous! Ils ne sont jamais responsables!

        _ Adieu, Cariou!"

        Je ferme de nouveau les yeux, mais il ne se passe rien! Godefroy s'énerve, car il presse en vain la gâchette de la nouvelle arme. "Bon sang! ça ne marche pas! fait le colonel. C'est du vent!"

        A cet instant, un autre soldat entre: "Mon colonel, je..." Godefroy ne l'écoute pas et tire brusquement vers lui! L'homme nous regarde surpris, puis un effroi insoutenable gagne son visage, tandis que son corps s'éparpille en particules!

        "Mais... mais alors, pourquoi ça ne fonctionne pas sur vous?" fait le colonel. Je pourrais tenter de lui répondre, mais il va finir par comprendre qu'il peut utiliser son arme traditionnelle et je le bouscule, pour qu'il perde l'équilibre, avant de m'enfuir! C'est une habitude maintenant!

  • RAMINAGROBIS!

    Raminagrobis

     

     

                                                  "Mais il nous embête, ce vieux!"

                                                                    Poulet au vinaigre

     

     

     

        "Bonjour, Léa, tu vas bien?

        _ Je ne sais pas...

        _ Ah bon?

        _ Ben oui, tu m'appelles Léa..., mais tu pourrais aussi bien m'appeler Léon!

        _ Tiens?

        _ Mais oui, je ne me définis pas comme binaire! Je ne suis pas plus une femme qu'un homme et surtout je n'ai pas à choisir entre les deux!

        _ Faut bien que je te parle tout de même!

        _ Oui, mais sans me discriminer!

        _ Parfait! Tu as faim?

        _ Oui, j'ai bien un p'tit creux! Hi! Hi!

        _ Tu veux du chocolat!

        _ Je veux bien!

        _ Le problème, c'est que maintenant je te sens coercitive!

        _ Qu'est-ce que tu racontes?

        _ Sans char! Ton appétit fait que je me sens subitement oppressé!

        _ J' te comprends pas! Tu m' proposes et v'là que tu donnes pas! C'est quoi c' délire?

        _ Mais j' t'assure! Tant que ton désir était latent, je me sentais à l'aise, généreux! Et puis tu te dresses devant moi, avide, telle une bouche grande ouverte! J'ai plus qu'un sentiment d'effroi, d'abandon même!

        _ Bon sang, t'es une poule mouillée ou quoi?

        _ Oh là! Oh là! J' croyais que t'étais contre toute forme de discrimination! Moi aussi, j'ai ma propre sensibilité! Il faut la respecter et non m'injurier!

        _ Pauvr' connard! Ah! Tu t' sens vraiment balèze! T'as réussi ton coup! Tu jubiles, pas vrai?

        _ Alors, quand ça va pas, quand on est différent, on a seulement droit à ton mépris? Et tu sais pourquoi? Mais parce que ta lutte pour toute liberté, c'est d'abord une manière pour toi de te donner encore plus d'importance! Tu refuses quoi que ce soit du système, parce que tu aurais l'impression de te diminuer!

        _ Vas-y Boomer, chante toujours!

        _ J' vais t' dire! Le jour où tu s'ras capable de recevoir l'affront sans sourciller, alors tu s'ras vraiment humaine!

        _ Sale rat!

        _ C'est ton côté "ruisselant d'amour"!"

        Monde de RAM, mardi 22 juin... "Qu'est-ce que tu nous ramènes là, La Frim? Mais c'est la star de la télé en personne, celle qui fait cette semaine la couverture du magazine TV! Ben, on est drôlement gâté!

        _ Mais qu'est-ce que ça veut dire tout ça? C'est un enlèvement?

        _ Presque! Oh! mais dites donc, vous avez salement vieilli depuis cette photo! Ou bien, ou bien, ils vous ont superbement arrangée! La peau lisse, lumineuse! Une véritable étoile dans le cosmos de la séduction!

        _ Apparemment, ça vous plaît d'être grossier! Mais enfin me direz-vous ce que je fais ici?

        _ Et puis, il y a vos propos! votre leçon de vie! votre sagesse! Eh! dame! Il faut un message, pour tamiser votre exhibition! Sinon elle serait indécente! Et que racontez-vous? Votre foi en l'amour, qui témoigne que vous êtes restée pure! Eh! Eh! Vous voilà encore plus jeune et attirante!

        _ Mufle!

        _ Moi, c'est le Boss... et celui qui vous a amenée jusqu'ici, grâce à son joli minois, c'est La Frim!

        _ Bon... et qu'est-ce que vous voulez?

        _ Ben, la vérité! On veut un peu d'air! On en a marre d'être pris pour des billes, toute la sainte journée! On est désormais attentif à notre santé mentale et à celle du plus grand nombre!   

        _ J' comprends pas!

        _ La vérité, c'est que tu as cinquante ans, que tu vieillis et que tu es complètement paumée!

        _ Ah! Ah! Vous rigolez!

        _ T'es tellement paumée que tu es folle de toi-même! On doit te voir partout et tu te comportes comme une ado! Sur certaines photos, tu aguiches sans vergogne et quand tu n'es plus la vedette, tu deviens agressive, voire odieuse, à l'égard de ton entourage! On veut des aveux filmés pour les réseaux sociaux! Crois-moi, ça fera du bien à tout le monde, même à toi!

        _ Et si je refuse?

        _ La Poiss, s'occupera de toi!"

        A ce moment, un petit homme ventru s'approche de la star et la touche, ce qui lui donne l'impression d'avoir un serpent sur la peau! Elle veut crier, mais le Boss la coupe: "Ah! j'oubliais! La Poiss a une spécialité: le chevalet!"

        Palais de RAM, mercredi 23 juin... L'orgue à quartz s'éteint peu à peu! Les fermions, les bosons, la matière noire ne sont plus qu'un murmure, avant le silence! "Ah! fait la voix du président Romuald, alors que lui-même n'est plus qu'un disque irisé. Cet allegro de spins, avec cette fonction d'onde lancinante! Je ne m'en lasse jamais!

        _ Quel hommage rendu à notre origine aléatoire! renchérit le professeur Bourdon, lui aussi réduit à l'état d'une mémoire numérique. Quand je pense à la lourdeur du déterminisme! Fi de la causalité!

        _ Et vous, Fauconnier, ne trouvez pas là le sommet de la régénérescence? demande le président à son ministre.

        _ Certes, certes! répond le dernier disque irisé. Mais j'aime encore les cymbales de la relativité générale! C'est sans doute mon enfance populaire qui parle! A l'époque, nous n'avions pas de cuisine quantique! Il fallait encore porter les casseroles!

        _ Hein? Oui, oui, bon! Mais la situation est mauvaise, monsieur le ministre! Les émeutes succèdent aux émeutes! Nous frôlons l'insurrection! Mais enfin que veulent les gens?

        _ Ils disent qu'ils sont trop loin du pouvoir, qu'ils n'ont plus voix au chapitre! Ils demandent à participer plus à la vie politique, au développement de RAM!

        _ Ah! Ils voudraient plus de responsabilités! Mais notre système est déjà démocratique!

        _ Et les dernières élections ont été un fiasco, avec une abstention jamais vue!

        _ De quoi s'arracher les cheveux, si on en avait encore!

        _ J'ai peut-être une explication... fait Bourdon timidement. Imaginons que ce que veulent vraiment les gens, ce serait qu'on s'occupe d'eux, pour qu'ils se sentent plus importants, ce qui encore les rassurerait! Dans ce cas, leur demande, qui ne pourrait pas évidemment s'exprimer directement, se traduirait par un désir de réforme des institutions...

        _ Hmmm! Mais il faut des élus, des délégués! Il ne devrait pas y avoir d'abstention!

        _ Vous oubliez le virus! Il nous lamine, nous rend exsangues! Alors, comment pourrions-nous, dans ces conditions, nous intéresser à un autre que nous-mêmes? L'autre nous exaspère!

        _ Hmmm! Pas bête, professeur! Et vous voyez une solution?

        _ Non, j'ai bien peur que nous soyons plus compliqués que la physique atomique!"

        Journal de Jack Cariou, station Charcot, jeudi 24 juin... Nous avons pris nos quartiers, comme on dit..., mais seulement après avoir cherché assidûment les deux soldats disparus! Sans résultat et nous sommes maintenant extrêmement tendus, comme toujours, quand la menace reste inexplicable!

        Dans mon ancienne chambre, je me dis que les événements nous ont détournés du commencement, à savoir la fouille de la chambre de Morizur, pour comprendre ce qu'il est devenu... et je m'y rends. Elle est vide bien entendu et paraît aussi abandonnée que la mienne, mais, avant de sortir, alors que j'éteins la lumière, je remarque une raie qui brille dans le mur!

        En m'approchant, je constate qu'il y a là un panneau qui coulisse et je descends quelques marches, dans une pièce entièrement éclairée! On dirait un laboratoire et un vaste tableau montre des formules mathématiques compliquées! "Ainsi, vous avez trouvé mon antre! fait une voix derrière moi, que je reconnais être celle de Morizur. Ce n'est pas un problème, car j'allais de toute façon révéler ma présence!"

        Je me retourne et regarde Morizur à peine changé, peut-être un peu plus hâve! "Morizur! Je vous croyais mort!

        _ Moi aussi! Mais je me suis réveillé dans la chambre froide! La porte était ouverte et des hommes en combinaison agissaient à la hâte! Ils m'ont transporté dehors et j'aurais pu leur montrer que j'étais vivant, mais je me suis vu plus tard en prison! J'ai donc tenté ma chance! Placé à côté d'autres morts, j'ai réussi à me cacher et subitement ce fut le silence: tout le monde était parti!

        _ Et la balle?

        _ Toujours là! Mais j'ai soigné la blessure! Je me ferai extraire le plomb dans RAM, car il va y avoir une suite, Cariou! Il s'est passé quelque chose, à cause de mon coma... Une idée de génie m'est venue! Une révélation! J'ai imaginé une arme nouvelle!

        _ Evidemment, ça ne pouvait pas être un nouveau pansement!

        _ Vos sarcasmes, Cariou, me laissent indifférent, car j'ai maintenant la toute puissance! Mais, curieusement, vous êtes le seul à pouvoir me comprendre! Car vous travaillez pour l'Oued ou l'OED, n'est-ce pas? Vous connaissez donc la domination et comment elle génère chez chacun de nous un champ psychique! Or, qu'arriverait-il si on pouvait anéantir ce champ?

        _ Eh bien, je suppose que l'individu serait en proie à la panique! Il devrait lutter contre la folie!

        _ Mieux que ça, Cariou! Il se retrouve soudain sans défenses, face à l'infini cosmique! Et, tenez-vous bien, la différence de pression est telle que toutes les liaisons atomiques sont rompues! L'individu est proprement désintégré!"

  • RAMONAGE!

    Ramonage

     

     

     

                                       "Mais c'est vous-même qui créez ce monstre!"

                                                                                Planète interdite

     

     

     

        RAM ne sait pas vivre en paix! Voilà une vérité qu'il devrait admettre! Mais le peut-il? Pendant longtemps, RAM a combattu ses ennemis, pour sauvegarder son territoire et donc, la guerre ne lui étant pas étrangère, son incapacité pour la paix ne lui a pas paru évidente! Mais aujourd'hui?

        L'époque contemporaine commence dans les années 2000, il y a tout juste plus de vingt ans, au moment où se termine la guerre froide, avec la désagrégation de l'"empire soviétique"! Contrairement aux idées de Marx, c'est le capitalisme ou le libéralisme qui "reste sur le ring"! Pourquoi? Mais parce que, s'il est inégalitaire, il laisse quand même a priori toute liberté pour se développer! Tout régime qui contraint trop est appelé à disparaître!

        L'égalité n'est même pas à souhaiter, même si l'exploitation, elle, est à combattre! Mais la différence nous est nécessaire pour nous construire! C'est en nous mesurant les uns par rapport aux autres que nous arrivons à nous déterminer, à nous connaître et à donner à notre personnalité toute sa valeur!

        Mais aujourd'hui nous avons tout, comme nous le signalent les migrants! Et que se passe-t-il? Les milieux aisés, c'est-à-dire financiers, produisent des crises, par leur rapacité et leur comportement voyou! Les milieux modestes, pour leur part, sont également dans la tourmente! Ils réclament plus, parce que d'autres ont plus! Ils veulent plus d'écoute, de justice ou même n'ont pas de revendications précises, mais sont poussés par un mal-être!

        Nos sociétés, qui ne sont plus menacées par les guerres, sont en pleine ébullition, comme si l'ennemi était nous-mêmes et effectivement, notre héritage animal fait que nous avons besoin de dominer l'autre! C'est cela qui nous rend incapables de vivre en paix et non un salaire trop bas, mais encore faudrait-il pouvoir le reconnaître et malheureusement, nous restons comme des enfants!

        Or, nous affirmons ici qu'il n'y a pas de paix sans spiritualité! Nous ne pouvons pas nous affranchir de la domination sans foi! Mais qu'est-ce que la spiritualité, sinon la découverte de soi sans l'égoïsme? Qu'est-ce que la spiritualité, sinon la liberté?

        Journal de Jack Cariou, station Charcot, mercredi 16 juin... Nous restons silencieux devant le cadavre de Cressant, alors que le vent semble la plainte même des damnés! "Vous le connaissez? me demande Godefroy.

        _ C'est Cressant, l'assassin de Gestin! Il n'a pas l'air dans son assiette!"

        Personne ne goûte ma plaisanterie, mais je m'en moque, car le second degré permet parfois d'échapper à l'épouvante! "La dernière fois que je l'ai vu, il était allongé dans la chambre froide! je reprends.

        _ Il n'a pas pu venir là tout seul! rajoute Godefroy.

        _ Il manque Moreau et Blaise! coupe l'un de ses hommes. Je les avais envoyés s'occuper du générateur!"

        Godefroy relève la tête, inquiet. "Bien, allons voir! fait-il. Vous deux, vous montez la garde ici!" Les deux soldats, auxquels il s'est adressé, acquiescent sans enthousiasme, mais notre petit groupe est déjà reparti et de nouveau le faisceau de nos lampes vient relayer la clarté lunaire, dès qu'elle s'absente!

        Nous voilà devant le générateur et nous n'y trouvons effectivement personne! Pire, je remarque que les soldats ont laissé des traces qui vont vers la machine, mais qui n'en repartent pas! Je le signale à Godefroy, dont la tête s'allonge de plus en plus! Mais au même moment le générateur se remet en marche, sous l'action des deux hommes qui nous accompagnent, et les lumières et le chauffage reprennent vie!

        Nous pourrions en éprouver une certaine satisfaction, si une musique très forte ne venait pas maintenant à nos oreilles, d'autant qu'elle a le don de crisper nos nerfs! C'est un chant d'opéra, apparemment d'un fou, qui se réjouirait de manger des enfants! Nous avançons tendus vers la source du bruit et nous rejoignent les soldats du réfectoire, qui eux aussi sont à cran!   

        Je reconnais la chambre de Douguet et je me dis que l'histoire se répète! Mais cette fois-ci, il n'y a pas de corps sur le lit, juste un radio-réveil qui hurle! Je l'éteins avec soulagement et je fais: "Il a dû se déclencher avec la remise du courant!

        _ Possible..., dit Godefroy.

        _ Colonel, en manipulant le générateur, nous avons vu qu'il n'avait pas été arrêté depuis longtemps!"

        Nous nous regardons sans un mot... Tout cela pourrait sembler une mauvaise farce, n'étaient les deux hommes qui ont disparu! Comme s'il devinait ma pensée, Godefroy lâche: "Inutile de vous dire, Cariou, que j'ai sous mes ordres la crème des combattants!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 17 juin... "Bienvenue RAM!

        _ Hmmm!

        _ Prêt pour le parcours?

        _ Hmmm!

        _ OK! On y va!

        _ Hmmm!"

        RAM s'avance dans la rue artificielle... Soudain, un étranger en carton sort de sa cachette! Le révolver de RAM tonne trois fois et la figure est découpée! RAM reprend sa marche... Un petit bruit et le virus apparaît! Bang! bang! Le virus pendouille! Hmmm!

        Puis, c'est le régionalisme, les taxes, les bas salaires, l'Europe, le centralisme, le pollen, les crottes de chien, les hommes, les nuages, les femmes, les éoliennes, les taxis, les oiseaux, RAM lui-même! La rue sent la poudre et on n'y voit même plus! Les douilles ne se comptent plus! Mais RAM recharge! Hmmm! "C'est fini, RAM! On est au bout du parcours! Et c'est pas brillant! Deux bébés et des tas d'innocents tués! Et puis les oiseaux et surtout les fleurs, était-ce bien utile! Ne vaudrait-il pas mieux réfléchir un peu plus! Le problème est peut-être plus profond que vous ne le croyez, RAM?

        _ La ferme! On refait le parcours!

        _ Vous n'êtes jamais las!

        _ Si tout le temps!

        _ Alors?

        _ Alors envoie les cibles!"

        Ailleurs... 35°! Je m'essuie le cou et le visage, mais ça sert pas à grand-chose: la ville est juste en train de fondre! Et puis voilà qu'elle entre dans mon bureau! J' peux pas dire qu'elle fasse de l'effet tout d 'suite! Elle est pas du genre poupée! Non, sa beauté apparaît peu à peu, mais alors vous pouvez plus cessez d' la r'garder!

        "Vous êtes Véronique le détective? demande-t-elle d'une voix qui vous prend aux tripes!

        _ Lui-même! je fais la gorge serrée, alors qu'elle croise ses longues jambes!

        _ Voilà... Un type me harcèle! Il écarte tous mes amis, en les effrayant! Il fait le vide autour de moi! Il parle en mon nom, au point de me faire passer pour ce que je ne suis pas! Il m'étouffe et je crains qu'à force il ne devienne violent!

        _ Pouvez-vous me le décrire?

        _ A première vue, c'est un type sans histoires! Il est marié, bourgeois, médecin, mais lui seul serait objectif et saurait de quoi j'ai besoin! Il n'a pourtant jamais regardé une fleur ou un arbre! La beauté lui est parfaitement étrangère! Il dit qu'avant lui je n'étais rien, que je vivais dans la nuit, la superstition! Bref, il affirme que je lui dois tout et qu'il m'a sortie du ruisseau!

        _ Vous avez été sa maîtresse?

        _ Disons que je lui ai accordé quelques privautés, mais guère plus! En tout cas, il n'a aucun droit sur moi!

        _ Et que voudriez-vous que je fasse?

        _ J'aimerais que vous alliez le voir, pour lui montrer que le monde est bien plus vaste qu'il ne le croit! Qu'il ressente deux ou trois vérités qu'il ignore... et peut-être ainsi me laissera-t-il tranquille!

        _ Bien! Je vais m'en occuper! Comment s'appelle ce monsieur?

        _ Freud! Sigmund Freud!

        _ Et vous, vous êtes?

        _ Madame Réalité!"

        Elle m'a laissé un chèque, mais pour elle j'aurais travaillé gratis! Quelle classe!

        Sur les remparts de RAM, vendredi 17 juin... "Ils arrivent, RAM!

        _ Je sais... Ils sont tous là!"

        Au sommet des collines entourant RAM se massent maintenant des hommes, au point de former une ligne noire! On entend déjà les cors qui rassemblent et les étendards sont levés!

        Viennent en premier ceux de la tribu des Autistes, l'air mauvais, pleins de défis et crachant et insultant! ou bien indifférents, plongés dans leur monde musical, dont la cacophonie vient battre RAM, telles les vagues de la mer!

        A côté, avec leur drapeau rouge, les syndicats! toujours sûrs d'eux, défenseurs de la veuve et de l'orphelin, mais qui dédaignent évoluer, qui méprisent l'histoire et qui restent prisonniers de leurs discours, comme de vieux disques rayés!

        Puis se reconnaissent aisément les Gilets jaunes! ramassis de violents ou cohorte de perdus! le poing levé vers RAM, responsable de tous leurs maux! se battant pour qu'il n'y ait pas de chefs! demandant pourtant le pouvoir! inquiets, soupçonneux, bien que déterminés!

        Les Purs sont là aussi! les amoureux de la solution simple! avec leur armure blanche et noire! Chacun y a son épouvantail, sa cible! On y fait volontiers rôtir l'étranger... ou le fasciste! C'est toujours la faute du voisin! Nulle introspection! La bêtise éternelle!

        Les Verts camouflés, comme il se doit! impitoyables! tuant au nom de la santé de tous! répandant le sang pour mieux respirer! le cerveau d'un seul bloc! adorateur du climat! pleins de chiffres! ignorant tout d'eux-mêmes et donc des autres! méprisant eux aussi l'histoire, réducteurs en diable!

        Puis traîne après la Guimauve, bien que respectueuse en apparence de RAM! tous ceux qui se vouent un culte et qui n'ont qu'un seul dieu, l'hypocrisie! stars, starlettes, vedettes de la télévision, qui sapent le système à leur manière, qui bouchent l'horizon, qui font croire aux calembredaines, qui brouillent tout! fumigènes de l'égoïsme!

        Et il y en a encore bien d autres! "Savez pourquoi ils nous attaquent? demande RAM à son ministre. C'est à cause de la domination! Quand elle n'est pas employée pour la guerre, contre un ennemi extérieur, elle se retourne contre la société; c'est inévitable! C'est soit la guerre, soit la crise sociale! Et il en a toujours été ainsi! Rien ne change, ou si peu!"

        Soudain, une immense clameur précède l'assaut et déjà des boules de feux sont catapultées depuis RAM, alors que les nuages de plus en plus sombres les rendent particulièrement brillantes!

  • RAMURE!

    Ramure

     

     

     

     

                                              "T'as qu'à prendre le train de minuit! Hi! Hi!"

                                                                                      Midnight Express

     

     

     

        Comment va RAM? Des piétons traversent comme si la rue leur appartenait! Des conducteurs fulminent parce que leur Bob ne prend pas toute la chaussée! On dit bonjour pour mépriser! On devient fou furieux quand on est rappelé à l'ordre! Au fond, l'existence de l'autre nous est insupportable et tels les enfants, nous ne voulons le monde que suivant nos goûts!

        Peu à peu, RAM découvre son affreux petit visage!

        Mais à quoi encore comparerais-je RAM? A un sultan parmi ses coussins et qui s'ennuie! Il est repu, entouré d'or et il se plaint! Il ne se passe jamais rien de son côté et le mépris rafraîchit sa bouche!

       Il est une créature de RAM très particulière! Elle est comme un morceau de scotch! On ne peut s'en débarrasser! Ou plutôt il n'existe qu'une manière d'en être libéré, c'est de lui laisser le dernier mot! C'est d'accepter qu'elle vous quitte avec le sentiment qu'elle a raison, qu'elle vous est supérieure!

        Tant qu'on renchérit pour se défendre, pour faire valoir son avis, elle continue de répondre, même absurdement, car c'est une maladie! C'est plus fort qu'elle! Elle ne peut se résoudre au silence! Elle est incapable de s'arrêter, de renoncer, de se plier, d'être intelligente pour deux, de travailler pour la paix!

        Car c'est son monde qui doit s'imposer! Sans lui, elle est perdue! Elle le tient à bout de bras, toujours, où qu'elle soit! C'est un chemin de granit! une bulle! un espace clos! dont la créature est la gardienne, tel un chien féroce! Même les courants d'air sont menaçants! La moindre fissure peut provoquer une catastrophe!

        C'est l'une des conséquences de RAM! Ce sont des veines de domination qui se fossilisent! C'est un défi animal dans une société d'hommes! une agressivité qui empêche tout dialogue! C'est une misère morale! une rengaine asséchante! qui témoigne que RAM ne donne pas d'eau!

        Heureux celui qui peut se taire! qui subit l'injustice! qui comprend, qui accepte de se plier, qui ne cherche pas à mordre! Celui-là prépare en lui la place pour son trésor! Par le vide qu'il accepte, on lui donnera beaucoup! Plus il sera serein et plus il chantera! Plus sa foi sera grande et plus il sera heureux!

        Heureux celui qui ne craint pas l'appauvrissement! l'attente! Heureux celui qui se sait aimé, malgré la haine, l'indifférence et le chaos! Car il recevra le soleil! Heureux celui qui travaille pour la paix! Heureux l'enfant de l'esprit!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 9 juin: "RAM! RAM! Réveillez-vous, bon sang!

        _ Hein? Quoi? Qu'est-ce que c'est?

        _ C'est encore la chaudière! répond le ministre. Elle chauffe!

        _ C'est pas possible! Y a pas moyens d'avoir la paix! On peut compter sur personne! On l'a bien fait réparer y a peu, non?"

        Le ministre hausse les épaules, pendant que RAM se rhabille! Puis, les deux hommes descendent au sous-sol et devant eux se dresse une énorme machine! "Pff! Quel merdier! fait RAM. Bon, là, c'est l'inflation... Mince, elle est dans le rouge! D'où est-ce que ça peut v'nir? Ici, c'est le niveau des prix... L'import... L'emploi... "Tirez vers le bas, pour baisser les minima sociaux..." J' comprends pas... "Tirez vers le bas, pour..." Et là? "Pression de la TVA"!

        _ Qu'est-ce que vous avez RAM? Vous êtes tout pâle!

        _ Y a qu' j'en ai marre! Mais marre! Y sont jamais contents! On a tout, vous comprenez tout! Et ils gémissent comme des chiots!

        _ Oh là! Restez avec nous! Oh là, quelqu'un! RAM est parti dans le cirage! Vite un médecin!"

        Un peu plus tard... "Bon, vous allez l'air d'aller mieux...

        _ Qu'est-ce qui s'est passé?

        _ Vous avez eu un évanouissement! Le surmenage sans doute... et on vous a conduit dans votre lit...

        _ Et vous, vous êtes...?

        _ Le docteur Ego! Ecoutez, je pourrais vous prescrire des médicaments, mais je préfère vous donner un bon conseil! Choyez-vous! Ne vous lâchez pas! Adorez-vous! Car à quel moment le ferez-vous? Quand je viendrai vous dire que c'est fini? Mais alors il s'ra trop tard! De toute façon, qui pensera à vous, si vous-même ne le faites pas?

        _ Vous avez raison!

        _ Mais oui, une belle bagnole, pour épater! Un coffre-fort taillé comme un diamant! Quelque chose de bien, ruisselant de richesse! Ecrasez les autres! Mettez-vous encore en terrasse! Vissez-vous sur une chaise! Trônez, méprisez! Soyez salace! un royal désabusé! Ennuyez-vous à mort!

        _ Ah! Ah!

        _ Vous voyez, vous allez déjà mieux! J'ai envie de vous dire d'être médiocre, mais vous en êtes incapable, n'est-ce pas! Et puis n'hésitez pas à vous plaindre! Même si ça va, même si vous en avez plein la gueule! Ne paraissez jamais satisfait! C'est naïf! Epongez tout ce qu'il y a! Sinon votre anxiété va revenir! Hein? J'ai une formule: "Réveillez l'animal qui est en vous!"

        _ Euh...

        _ Vous êtes perdu? Mais mordez, haïssez, soyez vicieux! Faites sentir votre supériorité! Y a qu' vous dans les étoiles! Et votre conscience, que faisons-nous de cette chose encombrante? Hein? Ah! Ah! Ecoutez, mettez-la dans un petit bateau et regardez-la partir au fil de l'eau!

        _ Merci, doc!

        _ Soyez vain! Paresseux! Ne faites pas le moindre effort qui pourrait contrarier votre égoïsme! Travaillez, mais pour l'argent, la puissance! Je compte sur vous!"

        Dans la pièce d'à côté, deux sœurs jumelles pleurent: c'est Fatigue et Doute! "Tu crois qu'ils vont faire la guerre? demande Fatigue.

        _ Ils en seraient capables, tellement ils sont perdus et agressifs!

        _ Ils ne veulent pas du vrai remède!

        _ Tu les connais, ils auraient l'impression de perdre quelque chose!

        _ S'ils savaient comme on peut se libérer! danser dans l'infini bonté de Dieu! être comme une étoile vibrante à jamais! comme un coq de feu plein de bonté! comme une lame de lumière, rayonnante! S'ils savaient comme c'est riche! C'est une cascade chaque jour!

        _ Mais ils vivent comme des limaces, à s' gratter le nombril... Ils limitent leur espace à un tiroir et ils haïssent tout ce qui est plus grand! Ils s'énervent! Ils s'énervent et j'ai peur!

        _ Oui, ils auront tôt ou tard recours à la violence! Il leur faudra des coupables! Tout plutôt que se remettre en question! Tout plutôt que chercher! Ils ont le cœur plus sec que les pierres... et ils en crèvent!

        _ Ils sont aveugles!

        _ Oui, la nuit s'avance!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 10 juin... Ils sont là les enfants de la nuit, de monsieur Nuit! Ils sont là les enfants de RAM, ceux de la domination!

        Ils tuent père, mère, copain ou copine! Ils tuent dans le nuage de leur égoïsme et ils se filment sur les réseaux sociaux, ou se dénoncent à leurs parents ou à la police, comme si cela justifiait leur crime!

        Ils ne connaissent que leur bulle! Ils ne se sentent pas coupables: ils se sont seulement débarrassés d'un obstacle! RAM, par son mensonge, son hypocrisie, sa naïveté, a été incapable de les éduquer! Ils sont là les monstres et chaque jour ils nous plongent dans la stupeur!

         Mais plus l'angoisse s'étend, plus la domination devient féroce et plus les incivilités se multiplient! Il est maintenant impossible de faire confiance! Si on respecte les règles, rien ne dit que l'autre le fera! Cela produit une tension permanente, car chacun doit rester sur le qui-vive!

        Le matin, encore sonnés et dans nos rues de plus en plus sales, nous nous regardons comme des étrangers... Mais que va-t-il nous arriver? Beaucoup croient encore que le salut est dans la force, l'argent et la supériorité et c'est ce qui nous conduit à la tragédie, car il en faudra une, une de plus, pour nous abattre et nous rendre humains!

        Cariou ailleurs... L'hélicoptère nous laisse non loin de la station Charcot! A côté de notre équipement, le colonel Godefroy dirige ses six hommes et nous sommes donc huit en tout! Puis, nous allons au pas de course, vers le bâtiment, au milieu du blizzard!

        Là, premier ennui, la porte est soudée! Mais d'un sac quelqu'un tire un chalumeau et nous observons tous la flamme bleue, comme si elle devait nous réchauffer! Puis, enfin, nous pouvons entrer!

        Ce qui frappe d'emblée, c'est l'air abandonné du lieu! On voit bien que personne n'est venu ici depuis longtemps! Les motos neige semblent mortes et au-delà, c'est un vide qui se perd dans les ténèbres! Seule nous parvient la plainte du vent!

        Je regarde Godefroy, tandis que derrière nous ses hommes déposent le matériel. Il devine ma pensée et dit:" Je vous assure, Cariou, que le message venait bien de la station! Nous avons vérifié!" Nous sommes parés pour l'exploration, en formant deux groupes, et nos lampes se mettent à fouiller l'obscurité!

        A mesure que j'avance, des fantômes viennent me visiter! Je revois Nizou et Covillon perdant la tête et s'échappant vers la mort! Douguet me fait de nouveau face, prêt à combattre, mais c'est son corps sans vie sur son lit qui m'a le plus impressionné!

        J'ai de nouveau des larmes aux yeux, au souvenir de Gestin, torturé avant d'être noyé dans sa baignoire! Un homme si doux, si intelligent! Soudain, la belle Sophie Prémel rayonne tout près! Sa bouche corail me murmure une nouvelle fois des mots qui sont comme des braises! L'altière, la magnifique Sophie Prémel, avec ses formes ensorcelantes, mais aussi sa haine féroce et son destin tragique!

        Puis, des âmes plus noires s'invitent encore dans ma mémoire... Ce fou de Cressant, ce monstre à lunettes, ce professeur méthodique et sans pitié! Morizur le suit bien entendu, d'autant qu'il est la cause de notre arrivée... Morizur, l'aristo si je puis dire! L'assassin avec des manières, comme tuant de sa caste!

        Ma lampe maintenant éclaire mon ancienne chambre... On ne peut parler ici de poussière et pourtant tous les objets sont comme figés, sous une "pellicule de temps"! Tout est un peu gris et me désole! Dehors, le vent continue à mugir, rappelant l'hostilité des éléments et rendant encore plus fragiles sans doute toutes les traces de mon ancienne occupation!

        Le talkie du chef de notre groupe se déclenche: nous devons nous rassembler dans le réfectoire! Là, sous la clarté lunaire des hublots, il y a effectivement une anomalie: c'est Cressant, gelé, assis devant les restes de quelque repas!

  • RAMEUR!

    Rameur

     

     

     

     

                                       "Elle dit que la jungle fait disparaître les hommes!"

                                                                                              Predator

     

     

     

        "A l'assassin! A l'assassin!" cria-t-on cette nuit-là dans RAM! On s'éveilla en sursaut, on alluma des torches et on courut vers la source du bruit! Des hommes en armes étaient déjà là et leur armure luisait sous les flammes! Il y avait bien un mort et c'était un commerçant du quartier, mais sa tête avait été coupée!

        On se mit à la recherche de l'assassin, qui ne devait pas être loin, et on le cerna à l'aube! Il ne voulut pas se rendre et chargea, ce qui fit qu'on dut le tuer! Une épée le transperça et on put alors voir qui c'était! Mais son origine étrangère ne faisait aucun doute et on ne le connaissait pas!  

        Or, ce n'était pas le premier crime produit par ces gens venus d'ailleurs et la colère gagna la ville! On ferma les portes, on chercha les étrangers et des milices, avec des chiens féroces, arrêtaient le moindre suspect! Puis, on découvrit le cadavre d'une femme et la haine fut à son comble!

        Mais le mari était le coupable et on finit par le pendre! Une patrouille fut attaquée dans le bas de la ville; des chariots et des carrosses brûlèrent et il y eut des pillages, des viols, des querelles avec des coups de dagues et des suicides chez les soldats! Chaque jour on était dans la stupeur et il semblait qu'une nuit sans fin recouvrât RAM!

        Au palais, les ministres s'invectivaient, se traitaient d'incapables et on prenait de nouvelles mesures, toujours plus restrictives, plus autoritaires! On ne comprenait pas, on suait, on appréhendait, on grimaçait! Quelle était la source du mal? On n'en savait rien! On n'avait aucune vision d'ensemble!

        De loin, RAM avait l'air d'un dragon dans sa grotte, qui crachait du feu sur lui-même!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi premier mai: c'était une vieille folle! Elle ne comprenait rien et n'en faisait qu'à sa guise! Elle voulait tout le temps qu'on parle d'elle! Elle boudait dès qu'on quittait le sujet!

        Certains jours, elle avait l'air morne et se plaignait! On ne lui donnait pas assez! Les autres avaient une conduite odieuse! On se moquait du monde! Elle se courbait, prenait l'expression d'une victime, si bien qu'on eût dit quelque pauvresse, quelque souillon!

        D'autres fois, elle était fière et triomphait! Elle trouvait sa chance et les hommages mérités! Elle brillait comme un soleil! Où était sa peine de naguère, ses plaintes, ses cauchemars? Envolés! Disparus, comme par enchantement!

        Elle avait mille tours dans son sac! Elle se déguisait en homme, gonflait son pénis et jaugeait la virilité des autres, en scrutant leurs fesses! Et sa tête, à quoi elle servait? Mais à rien visiblement et pourtant elle était là!

        Quand elle était femme, attention! Tenue impeccable, lignes pures! Le regard admirait, soupirait et c'était bien normal! Elle était la maîtresse et on devait lui obéir au doigt et l'œil! Et le cœur? Quoi, le cœur? Les sentiments, le sens de la vie, les autres! Quoi? Quoi? Mais il n'y a avait qu'elle! Bien sûr, il faut aider les pauvres! C'est complexe et il y a la dette de RAM! Mais, mais, il y a d'abord moi!

        Qui était cette folle, qui était comme chez elle dans la ville, qui n'apprenait rien, qui n'évoluait pas, qui fatiguait tout le monde, qui ne faisait aucun effort, sauf pour sa comédie et ses intérêts? Qui était ce monstre qu'on devait supporter chaque jour?

        Mais c'était et c'est la conscience de soi! le papier buvard du quotidien! le tombeau de nos espérances! la girouette de nos bises! C'est le courant alternatif de notre chaise électrique! "Madame a bien dormi? Monsieur veut-il un peu plus de sauce? Le sel? Où j'ai mis le sel? Madame s'impatiente? Mais madame est merveilleuse, extraordinaire, éternelle même!" La crise? Quelle crise?

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 2 mai: à quoi fait penser RAM, sinon à une éponge? En effet, la ville est pleine de trous, qui ressemblent à celui du fourmilion! Si on tombe dedans, on est écrasé, dépecé, avalé! Chacun veut dominer, que le monde tourne autour de lui! Comment la vie dans RAM serait-elle possible?

        "Qui êtes-vous?

        _ Euh...

        _ Vous travaillez?

        _ Non... C'est-à-dire si!

        _ Expliquez-vous...

        _ Voilà quand je regarde les gens, je les vois vraiment... Je les comprends... Ils sont pour moi une parfaite réalité! Je n'essaie pas de leur marcher dessus... Je m'efforce de leur donner le plus d'espace possible, afin qu'il se développe! Je suis disponible et c'est pourquoi je vous dis que je travaille!

        _ J' pige pas!

        _ Cela ne m'étonne pas! La plupart des gens que je croise m'agresse tout de suite! Il me place d'emblée dans un rapport de force! Les hommes veulent me supplanter et les femmes me séduire! Je suis contraint de résister, pour préserver ma propre liberté, bien entendu! Mais ces attitudes obéissent à la même logique: on domine pour se sentir exister, d'autant que la peur, l'angoisse est derrière! Plus celle-ci est forte et plus l'envie de dominer l'est également!

        _ Hum!

        _ Oui, je vous présente un monde nouveau, mais il est facile de comprendre que la domination est une forme de tyrannie et que là où il y a de la tyrannie, la vie est asphyxiante, insupportable! Imaginez des hommes et des femmes qui ne chercheraient pas à dominer, qui n'auraient pas peur, qui voudraient encourager l'autre, lui faire sentir qu'il est aimé, qu'il a droit au respect, quel qu'il soit! Imaginez qu'au lieu de prendre, on donnerait! qu'au lieu d'attirer vers soi, on serait plutôt dirigé vers l'extérieur, telle une source! Imaginez qu'on ne soit pas exsangue, mais riche!

        _ Vous n'êtes pas de RAM, c'est sûr!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 3 mai: RAM avait un "pote" un peu louche, nommé La Com! "'Lut, La Com!

        _ Lut, RAM!

        _ Alors?

        _ Ben, on est prêt!

        _ Ah ouais? On raconte de drôles de trucs sur toi et ta bande de satellites!

        _ On raconte quoi?

        _ On dit qu' tu pourrais bien t'appeler La Noosphère!

        _ Pfff! Qu'est-ce que c'est qu' ça? Une eau d' toilette?

        _ C'est qu' j'ai besoin d'être sûr de mes gars, tu comprends?

        _ Puisque j' te dis qu'on est prêt!

        _ Vrai? Parce que La Noosphère, ce s'rait cette couche de la pensée, répandue par les communications et qui f'rait que la planète deviendrait comme un tout sensible!

        _ Tant qu' t'es au manettes, j' s'rai méchant RAM!

        _ Bien, Bien! Pas d'amollissement donc!

        _ La haine, comme tu veux, où tu veux!"

        Cariou ailleurs... Je me réveille à l'hôpital, comme au premier jour dans RAM! Il y a tout de même un changement, car est assis dans la pièce le commissaire Brocart! "Bonjour, Cariou, comment allez-vous?

        _ J'ai l'impression d'avoir été concassé!

        _ Oui, on vous a bien travaillé! Une idée sur vos agresseurs?

        _ Des grands gars costauds, au visage fermé!

        _ Ah! Ah! Dites, vous pouvez vous lever? J'aimerais vous faire rencontrer quelqu'un!"

        Je m'habille en grimaçant et nous prenons un Bob feutré! Puis, c'est une vaste demeure et de longs couloirs... Enfin, une sorte d'huissier nous ouvre une large porte et nous sommes devant un pupitre que surmonte un disque irisé, étrangement libre dans un liquide verdâtre!

        " Je suis le ministre Fauconnier! fait le disque. Ne soyez pas trop surpris par mon apparence, monsieur Cariou, mais l'immortalité a quand même un coût!

        _ Mais à quoi bon l'immortalité pour les pauvres?

        _ Ah! Ah! On m'avait dit que vous aviez un esprit caustique! Mais vous venez de la station Charcot, je crois? Bien, je vous prie de regarder ces images..."

        Je me tourne vers un écran, où je reconnais... le professeur Morizur! "Les morts se réveillent! fait-il. Tremble RAM, car notre vengeance sera terrible! Nous avons été abandonnés! Mais l'au-delà a eu pitié de nous! Il nous a rendus à la vie, pour la justice! Nous arrivons, RAM, nous arrivons, indestructibles, puisque nous sommes de la peur!"

        "C'est une mauvais plaisanterie, je fais, quand l'écran s'éteint. Morizur a été tué et je ne crois pas aux revenants!

        _ Moi non plus! répond le ministre. Comme vous le voyez, notre corps est voué à la disparition! Mais nous venons de recevoir ce message et il est vrai que l'évacuation de la station, sous la menace du virus, a été pour le moins... bâclée!

        _ J'en sais quelque chose... Mais qu'est-ce que vous attendez de moi?

        _ Que vous retourniez là-bas, pour faire la lumière sur cette soi-disant résurrection! Moyennant quoi, nous abandonnerons toute poursuite contre vous!"

        Je me gratte le menton et cela veut dire que ça m'intéresse... Je pourrais  dire que c'est plutôt à moi de me plaindre, mais il y a des moments où il est inutile de discuter, tant la vérité est absente à mesure que la domination est forte! Et puis, comment mieux lutter contre RAM qu'en y étant tranquille?

        J'accepte donc et je suis laissé en compagnie de Brocart, pour les préparatifs... "C'est étrange, mais le ministre ne m'a pas parlé du vaccin, je dis!

        _ Non, je lui ai fait croire que c'était Friant, la formule sur pattes!

        _ Ah bon?"

        Nous entrons dans une petite pièce, où nous attend un militaire... "Voici le colonel Godefroy! dit Brocart. Avec ses hommes, il va vous accompagner jusqu'à Charcot!" Je suis face à une silhouette droite, surmonté d'un visage massif, quoique volontaire!

        Le colonel a l'air d'un lion apaisé et j'en éprouve quelque gêne! L'œil jaune de ma névrose se rouvre et les chauves-souris de mes complexes quittent leur grotte! Mais j'adore ça dans le fond: être chatouillé par mes peurs, pour sentir combien j'ai évolué!

        Sous les vieilles toiles d'araignées brille l'or de la lampe!

        Mais, pour l'instant, les soldats sont à la fête, chez eux, dans cet hélicoptère branlant, qui nous emporte vers la glace!

  • RAM O!

    Ram o

     

     

     

     

                                                                   "Szell! C'est Szell!"

                                                                            Marathon man

     

     

     

        RAM contempla la plaine, sous le ciel noir... La bataille avait duré toute la journée et on s'était égorgé avec une furie extrême! Partout des corps enchevêtrés et des foyers qui se consumaient! Le sang tachait la terre et la souffrance restait figée sur les visages!

        Le bruit du vent avait remplacé l'appel des cors, les cris de la hargne et les tintements de l'acier! L'ennemi avait fui, comme à présent les fumées! Sur son cheval qui s'ébroua, RAM pensa que le royaume était maintenant en sûreté et il rentra dans son château, alors qu'on enterrait les morts! 

        Quand il arriva, il fut assiégé par les prêtres, qui lui demandèrent une cérémonie, pour remercier leur dieu, et RAM fut soudain las! Les prêtres avaient le pouvoir sans combattre! Ils imposaient des règles, pour être les chefs! Ils demandaient une foi, des efforts, dont ils étaient eux-mêmes incapables!

        "A partir de maintenant, leur dit RAM, le culte sera séparé de mon gouvernement! Vous ne bénéficierez plus de ma protection et croira qui voudra!" Ils furent scandalisés et menacèrent RAM de la pire vengeance divine, mais il n'en eut cure et fit plutôt appel à des savants, des chercheurs!

        Ceux-ci s'empressèrent autour de lui, heureux de diffuser leur science! Ils lui ouvrirent l'abîme du temps! RAM se vit cousin du chimpanzé et venant d'Afrique! On lui expliqua qu'il avait une conscience, parce qu'il se tenait débout, et l'âge des premiers hominidés lui donna le vertige!

        On lui parla encore de phyla, de l'arbre de vie, et la taille des dinosaures lui en imposa, alors qu'il songeait avec mélancolie qu'il eût pu être une algue, à la dérive dans la mer chaude! On fut plus circonspect quant à l'apparition de la vie, mais il en avait déjà assez!  

        Pourtant, on ne le lâcha pas et on partit sur le cosmos! On lui dit en riant qu'il habitait une planète sans doute comme tant d'autres et que de toute façon on était dans un univers constitué de milliards de galaxies et probablement né de l'excitation de particules!

        RAM alors se tassa un peu plus sur son trône, mais on lui réservait le meilleur pour la fin! Savait-il que le temps dépendait du voyage de la lumière? Connaissait-il la matière noire, qui devait accélérer l'Univers malgré la gravitation? Et la mécanique quantique? A quel moment pouvait-t-on être sûr de la réalité d'un fait?

        RAM, d'une voix faible, finit par demander à ceux qui le tourmentaient maintenant, par leur intelligence si brillante, comment ils faisaient pour ne pas se mettre à crier, face à l'absurdité, à l'abandon total que rencontrait l'homme! Ils répondirent qu'ils comptaient sur les progrès  de la raison et RAM vit qu'ils ne se connaissaient pas du tout et qu'ils n'étaient que des enfants!

        Il les renvoya et cette nuit-là, il eut un terrible cauchemar! Il était naufragé dans une mer noire et autour les vagues montraient leurs dents blanches! Il allait se noyer, quand il aperçut une bouée qui dansait! Il s'y accrocha de toutes ses forces, mais alors un éclair lui montra que ce n'était qu'une effigie de lui-même, avec un sourire grotesque!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 25 mai: sœur Sagesse est une femme médecin, qui va par les routes en marchant, pour soigner les gens et diminuer leurs peines! Elle arriva à RAM un soir d'orage!

        Elle vit que les habitants souffraient d'une étrange maladie: ils devenaient de plus en plus durs et méchants! Leur haine était palpable! Leur mépris avait soif de frapper! N'avaient été les lois, ils s'eussent détruits entre eux! Pourtant, RAM regorgeait de richesses, mais c'était comme si une malédiction s'était abattue sur la ville!

        Sagesse ne savait que faire et observa... La température, notamment, agissait sur les habitants comme un pressoir! Plus elle était basse et plus l'agressivité, elle, montait! Or, pendant des jours et des jours, un vent du nord souffla avec violence, détruisant les récoltes, grêlant les fleurs et donnant l'impression que nul ne comptait!

        Pire, on s'aperçut que certains étaient définitivement changés en statues! On les voyait tels qu'ils avait été surpris! Un affreux rictus marquaient les uns, quand d'autres arboraient un air hagard, teinté de défi! C'était une vision de cauchemar, alors que la bise tourbillonnait! Les sourires n'existaient plus, mais au contraire les attitudes étaient de plus en plus martiales, car on ne comprenait pas le phénomène!

        On n'établissait pas de liens entre le temps, la dureté des cœurs et les statues! Sagesse demeurait impuissante et eût-elle voulu intervenir, on l'aurait chassée! Elle assista donc à la troisième étape de la maladie! Les statues se brisaient! Elles tombaient en morceaux! Leurs têtes roulaient sur le sol! Et chose étrange, elles avaient quelques larmes!

        Mais ce qui plongeait dans la stupeur, c'était que parmi les débris brillaient des joyaux! Evidemment, ils firent envie, mais, si on essayait de s'en saisir, on était vite déçu! La main les dispersait! leur donnait leur liberté! et sous l'œil médusé, ils s'échappaient avec le vent! Ainsi, RAM devint la ville du regret, de la plainte, des visages fermés!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, même jour: non loin de RAM il existe un marais, dont l'eau est sombre, parmi les joncs que courbe le vent! L'endroit est désert, sous le ciel qui paraît toujours gris, et le silence n'est perturbé que par quelques cris d'oiseau!

        Evidemment, les habitants de RAM ne viennent jamais par ici, car ils cherchent plutôt à briller entre eux et pourtant une curiosité se trouve au centre du marais! C'est un monticule effrayant, fait d'arbres tordus, comme s'ils criaient leur souffrance, et de plis de terre si creusés qu'ils ont l'air le fruit de quelque cataclysme; ce qui ne serait pas loin de la vérité!

        En effet, les fermiers du coin racontent une histoire... Ils disent qu'il y avait là comme une sorte d'ermitage, mais son occupant ne se dévouait pas à Dieu, mais à la magie! Il était peut-être un ancien druide et en tout cas, il se répandait en invocations et semblait jeter des sorts!

        Il aurait eu le pouvoir de commander les arbres et même le sol, car un matin on ne vit plus l'ermitage parmi les troncs et les bosses, mais dans une clairière parfaitement plane! Avait-on rêvé et que s'était-il passé par la suite, pour qu'on montre le monticule telle la tombe du magicien?

        On peut imaginer celui-ci repoussant la forêt par sa puissance, en devenant le maître et rêvant d'installer des cités, qui auraient révéré son nom! Puis, cédant sous l'effort, il n'aurait pas pu empêcher le retour de la nature, pareil à celui de la mer! L'homme est-il capable de vaincre celle qui lui a donné le jour?

        Bien sûr, voilà un énième conte naïf, de ceux qui conviennent au chant un peu triste de l'alouette et d'ailleurs, le lieu est menacé de destruction par RAM, car la ville ne cesse de s'étendre! 

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 27 mai: connais-tu vraiment RAM? Après tout, ce n'est qu'une colonie d'hommes dans la nature! Des arbres et des fleurs, dans la ville, témoignent de notre environnement, comme les oiseaux!

        Ah! Mais cette verdure est si domestiquée et autour, ce sont des champs et des champs! Où RAM n'est plus le maître, d'autant que ses avions sillonnent le ciel et ses bateaux la mer? RAM finit bien par croire qu'il domine le monde et non l'inverse!

        Il se répète d'ailleurs ce message chaque jour, de toutes les manières possibles! Il se regarde dans son miroir, au point que la nature semble être secondaire, superfétatoire, à sa botte! RAM apparemment triomphe et d'où vient alors son angoisse, sa violence?

        Mais RAM a des ennemis et il pense qu'ils sont l'obstacle à son bonheur, qu'il faut les vaincre pour être heureux! Sacré RAM! Il veut garder ses illusions! Il rabâche et il ne voit même pas que le ciel se moque de lui!

        En effet, les nuages qui passent sont bien plus réels que l'agitation de RAM! Ces titans de coton qui filent donnent à la ville la dimension d'une maquette! Et les tempêtes à venir, c'est la nature qui marche sur RAM! Va-t-il enfin se remettre en question?

        Cariou ailleurs... Je retourne chez Sacripante... et je trouve la porte ouverte! Mon ami est là dans le salon, couché sur sol, avec le crâne défoncé, à en juger par le sang qui en a coulé!

        Sur le mur, il y a une inscription grossière: "L'insolence est payée!" Cela ressemble à une farce sinistre, mais il ne faut jamais oublier que la domination est aussi créée par la peur et que celle-ci peut conduire aux gestes les plus désespérés, les plus violents!

        Quelques DTN auront suivi Sacripante et lui auront réglé son compte! Combien ne sont pas malades, trônant dans leur rêve, implacables devant la menace? A côté du corps se trouve le brouilleur, en miettes, mais, en y regardant de plus près, je m'aperçois que ce n'est pas l'appareil en question! Sacripante aura-t-il été génial jusqu'au bout?

        Je fais le tour de la pièce des yeux et je me rappelle combien l'Italien avait l'amour des livres! Je repère sans trop de peine la Divine comédie de Dante, juste à côté de Si c'est un homme de Primo Levi! Ce n'est pas un mauvais voisinage et je bascule les livres vers moi. Bingo! Le brouilleur est derrière... et c'est la distinction de Sacripante qui m'a guidé!

        Mais je quitte l'appartement en colère, car ceux qui sont dehors ne valent pas mon ami! Je voudrais confondre l'hypocrisie qui m'entoure, la mettre à bas! Le soi-disant équilibre de la société n'existe pas! Il est uniquement fondé sur la domination, ce qui veut dire que nous nous piétinons les uns les autres, en rendant au final la vie impossible!

        Ce que nous appelons équilibre, c'est le sentiment de notre supériorité, sur le tas de nos victimes! Or, le brouilleur parasite la puce cérébrale, de sorte que l'individu a le sentiment d'être propulsé en pleine nature, ce qui réduit évidemment à néant et en un instant sa domination! J'utilise l'appareil comme une mitraillette, pour soulager ma rage, et les réactions ne se font pas attendre!  

        La panique produit aussitôt la haine et on ne rêve plus que de me détruire! Mais je n'en ai cure, car c'est la faute des gens s'ils n'ont pas plus de réalité! Par peur essentiellement, ils ne veulent absolument pas explorer la spiritualité et ne s'en remettent qu'à leur égoïsme, d'où leur superficialité, leur petitesse!

        Pourtant, soudain, un Bob s'arrête brusquement à ma hauteur et avant de m'en rendre compte, je suis poussé dedans par deux malabars! 

        "Mais enfin où m'emmenez-vous?" "La ferme!" Cela a au moins le mérite d'être clair et nous entrons bientôt dans le parc d'une maison cossue! Puis, me voilà conduit dans un salon richement meublé, devant un grand type sec, la soixantaine dépassée! Il prend le brouilleur que lui tend un de ses hommes, l'examine une seconde, avant de se tourner vers moi...

        "Je vais te raconter une histoire, me dit-il. Aujourd'hui, je suis à la retraite... Enfin, je vis de mes rentes, de celles qui viennent de mon bisness... Et là, surprise, je prends conscience que la seule chose qui me reste en définitive, c'est mon amour-propre! Je veux toujours avoir raison et l'impression que je contrôle tout! C'est plus fort que moi!

        _ D'où aussi sans doute une peur atroce du ridicule! je coupe.

        _ J'étais sûr que tu s'rais intelligent! Or, ton... gadget, subitement, a fait le vide sous mes pieds! J'étais dans la rue tout à l'heure et je me suis vu avec la taille d'un atome! Insupportable! Je confisque donc l'objet et Pierrot va te donner une leçon!

        _ Avec plaisir patron! C'est du petit bourgeois, sans cals dans les mains, quasiment du sorbet!

        _ Bien, mais ne le tue pas!"

        Le premier coup m'arrive au plexus et la douleur irradie, comme si j'avais avalé un champignon nucléaire! Puis, le programme de lavage commence, mais, avant de sombrer, j'entends encore tout de même la petite voix de Julie, ainsi qu'un écho qui meurt, me murmurer: "Tu aurais p't'-être dû essayer le rameau d'olivier!"

  • RAM N!

    Ram n 2

     

     

     

     

                                                             "Ils arrivent!"

                                                                  Le Jour le plus long

     

     

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 17 mai: comme d'habitude, RAM commença la semaine maussade, inquiet et agressif! Il ne pouvait en être autrement, car le dimanche ne le reposait pas, mais au contraire lui faisait peur, le minait!

        Pourquoi? Mais RAM vivait pour dominer et l'inaction, le calme ne lui permettaient pas de se sentir supérieur! Il avait tout essayé! la beuverie du samedi soir, qui le laissait le lendemain assommé et avachi devant la télévision! les promenades dominicales interminables, qui l'épuisaient, le vidaient! les déjeuners familiaux, copieux et bien arrosés, qui se terminaient en débinant les absents, comme si on avait nourri l'amertume!

        RAM avait même continué de travailler, ignorant le jour de repos, mais ses bruits de chantiers étaient contre sa propre loi et il avait dû s'arrêter! Il aurait pu encore jouir du silence, du spectacle des nuages, s'enchanter des oiseaux et du vent dans les arbres, mais la nature l'ennuyait, l'effrayait même! Il voulait se voir partout, que toute chose reflète son importance, sinon il angoissait!

        Bref, RAM ne savait pas vivre, être en paix avec lui-même et ce matin-là, il enfila son armure avec un air sombre, avant de sortir dans la rue! Là, il voulut écraser deux ou trois types qu'il croisa, histoire de montrer qui était le maître et de donner à sa domination son petit-déjeuner! Puis, il alluma une machine infernale, dont le bruit sema le chaos, car ainsi RAM s'abrutissait, ne pensait plus et faisait régner une sorte de terreur! La ville pouvait alors s'éveiller!

        Sa femme Stress ne fut pas de meilleure humeur! Elle sortit de chez elle comme si le monde lui appartenait! Elle était élégante, avec un parapluie transparent! Cependant, elle dut attendre un instant, avant d'entrer dans un magasin, et elle repéra une proie, un homme! Elle le fixa, pour lui dire qu'il était à elle!

        Stress avait besoin de sexe, pour se soulager, mais, s'il devait bien y avoir un échange, elle resterait dominante! Pas question qu'elle ne commande pas! On pouvait la satisfaire, si on restait inférieur, à peine existant! L'autre n'échappait pas au brouillard qui l'entourait et qui rendait esclave! Sans doute, tout de même, récompenserait-elle son "étalon", en lui offrant un verre d'eau ou un mot gentil! Elle n'était pas toute en bois!

        Ainsi, parfois elle pleurait! Elle avait passé tout son dimanche à s'inquiéter, à se ronger les sangs! RAM n'était pas un bon mari, se désintéressait d'elle et elle avait peur, sans trop savoir pourquoi! C'était encore elle qui avait à charge de faire vivre le couple! Elle pensait pour deux! Si on n'écoutait que RAM, rien ne se passerait, nulle réunion de famille, nulle promenade, nulle fête, nul espoir! On serait enseveli, enterré avant l'heure, sous l'ennui!

        Et puis le lundi, elle reprenait le travail! C'en était trop et les larmes lui montaient aux yeux! Elle raconta alors à un quasi inconnu, mais qui semblait s'intéresser à elle, sa jeunesse, très sportive, qui lui causait aujourd'hui des douleurs, des rhumatismes! Elle eut de la tendresse pour elle-même et se sentit légèrement ragaillardie! Un peu de sève la réchauffait!

        Comme d'habitude, ce jour-là, le monde de RAM faisait la grimace et il ne lui manquait pourtant rien, seulement l'essentiel! Au loin, retentirent les premières ambulances!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 18 mai: monsieur Nuit n'en revenait pas! On lui avait résisté! Il eût voulu détruire ce... type! ce minable! Il sentit de nouveau une haine atroce l'envahir!

        Mais pourquoi s'embrasait-il ainsi? N'était-ce pas indigne de lui? N'était-il pas le plus fort, le centre de tout? Existait-il vraiment autre chose que lui? Mais il avait eu peur! Oui, une peur horrible, nouvelle pour lui! d'où sa haine, son envie de pulvériser!

        Il essayait de comprendre... Il vivait à condition de contrôler le monde, que celui-ci se soumette, soit sa chose! Il était comme un aimant, avec de la limaille de fer autour! C'était la condition sine qua non de son équilibre! Bien sûr, il n'avait pas la main mise sur tout, loin s'en fallait! Mais là où il était, c'était chez lui!

        Or, cet individu n'avait pas été influencé! Il était resté hors de sa puissance mentale, comme un rocher au milieu des flots! Monsieur Nuit avait eut l'impression que des barbelés avaient déchiré sa bulle, que l'oxygène s'en était brusquement échappé et qu'il avait failli étouffer! Ce type-là, il devait le retrouver, pour savoir qui il était, quel était son parcours, d'où venait son étrange force! Il fallait analyser la menace, pour mieux l'effacer!

        Monsieur Nuit s'approcha de la fenêtre et regarda la ville... Elle ne lui était pas hostile, bien au contraire! Comme lui, elle fonctionnait suivant sa domination! Ses habitants se réjouissaient de se supplanter les uns les autres et ils voulaient la nature comme un miroir de leur puissance!

        Ici, pouvaient naître et prospérer les enfants de monsieur Nuit! Ils seraient les enfants de RAM, ses futurs adultes! Car monsieur Nuit avait un don funeste: il pouvait semer sa nuit et la faire germer!

        Il sortit et sillonna la ville et dans tous les endroits qui étaient plutôt sombres et peu fréquentés, il s'arrêtait pour laisser tomber quelques gouttes de son sang, qui n'était que de la nuit! Et bientôt, les gouttes s'agrandirent, devinrent des poches, dans lesquelles des fœtus se développaient, mûrissaient, avant de se libérer de leur enveloppe!

        Des garçons et des filles, en grand nombre, commencèrent à mener leur existence dans RAM! Ils n'avaient pas trop de peine à obtenir ce qu'ils voulaient, tant ils dégageaient un pouvoir obscur! C'était quelque chose d'impalpable, qui avait la force d'une maladie, d'un déséquilibre, d'une pente!

        Même les adultes, sans se l'avouer, en avaient peur! Ils étaient bien supérieurs physiquement, mais, sous les yeux de ces jeunes, ils éprouvaient une gêne, un malaise, et ils cédaient ne serait-ce que pour en être débarrassés! RAM changeait! Chaque jour, il y avait des faits d'une criminalité toujours plus étrange, plus grave, plus inquiétante, ainsi qu'un lierre aurait asphyxié RAM, déjà victime du virus!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 19 mai: RAM avait une fille: Parole! Il l'aimait particulièrement, la choyait! C'était son rayon de soleil, sa joie et il aimait danser avec elle! Il est vrai qu'elle séduisait, envoûtait même, avec ses boucles qui étincelaient comme ses yeux! RAM ne pouvait plus s'en passer et il demandait où elle était, dès qu'il ne l'entendait plus, ne la voyait plus!

        Il était inquiet sans elle et il lui arrivait de ne plus pouvoir la quitter! Ils dansaient alors tous les deux jusqu'à l'étourdissement: elle de plus en plus riante, légère; lui de plus en plus lent et comme perdu! Stress, la femme de RAM, ne voyait pas ces jeux d'un mauvais œil et c'est même elle qui les provoquait, ce qui fait qu'elle n'était pas jalouse!

        Mais parfois RAM était sujet à un abattement profond, sans savoir pourquoi! Il était là hagard, comme un fantôme, avec des gestes mécaniques et il se montrait volontiers hargneux, coléreux, blessant et tyrannique! Il estimait qu'il en avait le droit, que le petit méritait d'être écrasé! Car lui RAM était malheureux et cela seul comptait!

        Sa fille derrière était d'accord! Parole elle-même se montrait agressive, acerbe, mauvaise, comme si jusque-là son temps n'avait pas été occupé par des fêtes, des plaisirs! Elle se sentait étrangement lésée et sa langue de vipère le faisait savoir! La famille était odieuse, crainte, tant qu'elle ne retrouvait pas une période favorable, qui lui redonnait aussitôt le sourire et Parole et RAM recommençaient à danser!

        Cariou ailleurs... Je marche dans RAM en retrouvant la domination dans tous ses états, car c'est une journée à angoisse! Quand ils ont peur, l'homme cherche à être le chef et la femme irrésistible! Par là, je vois que chacun est dans la nuit et ne comprend même pas ce qui le motive!

        A chaque coin de rue, pourtant, il y a une scène prévisible! Ici, on parle haut pour se rassurer! Là, on me dépasse avec dédain, comme si je n'étais que poussière! Là-bas, on m'offre le galbe d'une cuisse, ou on se tient bien droit, pour montrer la fermeté de ses fesses!

        On est en représentation, mais nullement en paix! On n'est pas heureux! On essaie seulement de masquer son effroi! Je m'enchante tout de même du monde, quand quelqu'un me heurte! "Espèce de butor! me crie l'individu. Vous ne pouvez pas faire attention!" Je vais pour répondre, mais je reconnais qui est devant moi: "Excusez-moi, m'sieur! je fais avec une voix de demeuré. J' cherche le Colysée!"

        L'homme me regarde quelques secondes... "Cariou?" "Sacripante!" Nous nous tombons dans les bras et très vite nous trouvons un banc, pour nous raconter les nouvelles! On se rappelle que Sacripante est un Italien, qui travaille comme technicien à l'OED (Organisation Ennemi des Doms)!

        "Sacripante, vous allez peut-être pouvoir m'expliquer ce que je fais ici, car j'étais à la station Charcot, dans mes derniers souvenirs!

        _ Oui, je crois avoir entendu parler d' ça... C'est pas net, mais l'armée aurait joué un rôle! C'est de là-bas qu'est parti le virus et d'après ce que l'on sait, il y a eu une hécatombe chez vous, non?

        _ Oui, c'était pas joli!

        _ Ecoutez, je vais peut-être vous raconter des bêtises, mais je crois qu'on a réglé la situation d'une manière secrète! En tout cas, on n'entend plus parler de cet endroit!

        _ Mais RAM, qu'est-ce que c'est?

        _ RAM! RAM a toujours été là! Il avait un autre nom... et puis, vous avez sans doute évolué! Comme moi d'ailleurs, car l'OED n'existe plus!

        _ Comment?

        _ Oui, certains ont voulu commander, dominer et ils sont devenus eux-mêmes des Doms! Pour moi, nous avions perdu la partie et quand j'ai quitté l'organisation, elle était en pleine crise!"

        Je digère ces propos et je reprends: "Venez avec moi, Sacripante! Je vais vous montrer quelque chose et vous allez peut-être pouvoir m'aider!" Nous arrivons bientôt dans une artère... "Vous voyez le jeune homme sur la gauche, Sacripante, celui qui est adossé contre le mur et qui paraît l'innocence même, le nez sur son petit écran? Eh bien, c'est un DTN (Dom Trou Noir)! Il engloutit toutes les énergies autour de lui!

        _ Vous avez toujours été meilleur que moi, pour les reconnaître...

        _ Maintenant, regardez sur la droite, un peu plus haut, cette jeune fille... C'est aussi une DTN et il y en a comme ça tous les cinquante mètres! Ce que je voudrais, c'est ramener un peu la réalité ici, en trouvant un moyen de troubler ces jeunes gens!"

        Nous filons chez Sacripante et il se met au travail, car c'est lui le génie de la technologie, et moi, j'en profite pour passer une bonne nuit! Au matin, cependant, Sacripante me présente un objet: "C'est un brouilleur! m'explique-t-il. Il agit sur la liaison qui existe entre la puce du cerveau et l'écran consulté, comme si d'un seul coup le sujet voyait à travers des lunettes 3D! Il ne reste plus qu'à choisir un univers!

        _ Parfait! Je voudrais qu'on soit catapulté dans le ciel, dans les nuages!

        Nous retrouvons la rue et essayons le brouilleur, mais la réaction est inquiétante! Elle ne témoigne pas d'une découverte, d'un émerveillement, mais elle est puissamment hostile, haineuse! Le jeune se met à donner des coups et à crier! "Diable! Nous ne sommes pas sortis de l'auberge! je fais.

        _ Les gens ne veulent pas être heureux, mais dominer, Cariou!"

  • RAM ROUGE!

    Ramrouge

     

     

     

                                       "La lumière tamisée, mais pas trop! Le champagne frappé, mais pas trop!

                                        Mozart, mais pas trop!"

                                                                                                                      Le Guignolo

     

     

       Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 10 mai: RAM étouffait, enrageait! Il ne se sentait pas libre et en était même en colère! Tout l'exaspérait! le froid, le chaud, le dehors comme le dedans! trop de lumière, pas assez d'ombre!

        La moindre contrariété et il explosait! On lui conseilla le sexe, mais il leva les bras au ciel! Le prenait-on pour un imbécile! D'accord, c'était agréable, mais combien de niaiseries accompagnant l'acte! Il faudrait encore rester béat! Et puis, il y aurait tellement d'idiots dans ses souvenirs, une fois qu'il serait dans le lit!

        N'avait-on pas quelque chose de plus aéré, de plus fort, de plus vaste! un espoir plus profond! un souffle plus puissant! Il aurait voulu rêver au-delà de toute limite! Il était las de tout! Ses nerfs voulaient de la fraîcheur, se revigorer comme jamais!

        On lui parla alors d'un magicien, qui était en ville et qui enchantait petits et grands! "Pourquoi après tout! répondit RAM. Il est même possible que ce... saltimbanque fasse mieux que mes ministres!" L'homme entra et il était vêtu pauvrement! Mais il avait le corps droit, léger et paraissait sans soucis!

        Il fit l'obscurité dans la pièce et le cosmos apparut, traversé par une rivière d'étoiles! Puis, soudain, tout s'illumina, aveugla, sous la force du soleil! On vit encore la course des nuages, avec leur liséré de lumière et les vagues australes, mornes et monstrueuses! Une fleur blanche termina la séance et son pétale était comme un drap immaculé et soyeux, tandis qu'une poussière d'or affleurait!

        Mais RAM n'avait pas bougé et même bâilla, ce qui fit rire le mage! "Je vois ton mal, RAM, dit-il. Tu ne veux pas être libre, cela te fait bien trop peur! Ce dont tu as besoin, c'est ta haine! C'est elle qui te tient chaud et te rassure!

        _ Exact! L'ancêtre! Et qu'on me vire ce cul-terreux! ordonna RAM à ses gardes, en désignant le mage. Bon! Où sont mes ennemis? Que dit-on de moi? Dominer, triompher, casser du bougre ou de l'arrogant! Là voilà ma santé! La discorde, le venin, la dent dure, ô vous mes remèdes! Les affaires reprennent!"

        Pourtant, cette nuit-là, RAM fit un étrange rêve! Une voix lui murmura: "As-tu faim? Es-tu à la rue? Dois-tu échapper aux bombes? Ne disposes-tu pas des meilleurs soins médicaux? Alors, tu vas me dire que ça va?

        _ Plutôt crever!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 11 mai: "Non, non, Friant, je ne peux pas être à la station! Ce n'est pas possible!

        _ Mais enfin où pensez-vous que nous puissions être?

        _ Je... et comment suis-je arrivé ici, dans ce lit?

        _ Mais on vous a retrouvé dans la neige, inconscient, et on vous a ramené dans votre chambre! Evidemment, je me suis calmé, depuis que je vous poursuivais avec une arme! Je suis désolé..."

        Je regarde autour de moi, n'en croyant pas mes yeux! Ainsi, le monde de RAM n'aurait été qu'un rêve, qu'un long cauchemar! Il est vrai que lui-même était déjà étrange! Mais c'est bien ma chambre que je retrouve... Je commence à suer, à cause de l'angoisse!

        "Non, non, ne vous levez pas! s'écrie Friant. L'infirmier, qui remplace Gestin, a recommandé que vous ne quittiez pas le lit! Vous êtes sous le joug d'une intense fatigue, à laquelle le vaccin apparemment ne serait pas étranger!

        _ Vous parlez d'effets secondaires?

        _ Exactement! A propos, maintenant que nous ne sommes plus ennemis, vous pourriez me dire où vous l'avez caché, le vaccin?

        _ Mais il n'a jamais été avec moi, comme je vous l'ai déjà répété!

        _ Voyons, Cariou..."

        A cet instant, un homme pénètre à reculons dans la pièce... Il porte un vêtement de ville, ce qui ne va pas du tout avec les températures de l'endroit! Mais il semble craindre un autre individu qui entre à son tour! Celui-ci porte un imper et un grand chapeau!

        Friant, qui s'est retourné, est soudain lui aussi en proie à une peur extrême, qui se lit sur son visage! L'homme au chapeau doit avoir quelque chose de terrifiant et soudain il me fixe! Je ne vois pas ses yeux, mais seulement de la nuit! Il s'approche, comme s'il était stupéfait, et je le sens particulièrement haineux!

        Mais je ne bronche pas, car j'ai compris à qui j'ai affaire! Cet homme est de la domination pure! Il fait tourner le monde autour de lui et il est partout le maître! C'est un trou noir qui a des jambes!

        Mais cela ne me concerne pas! Mon équilibre ne repose pas sur la domination! On ne peut donc pas me soumettre! J'ai traversé des épreuves, dont cette créature n'a même pas idée! Mes racines sont déjà par-delà la mort! Il y a belle lurette que je navigue dans l'océan sidéral et que le pouvoir me fait bien rigoler! Pour celui qui veut commander, être supérieur, je suis à jamais aussi imprenable qu'un poisson!

        L'homme au chapeau commence à le comprendre et s'il ne domine pas, si on ne lui est pas soumis, sa carapace se fissure et dans la brèche s'engouffre le souffle du néant et de la folie! Un abîme s'ouvre sous les pieds de l'individu, qui est gagné par la panique! La tête entre les mains, il se met à crier, comme s'il se disloquait, et il prend la fuite!

        Celui qui était entré à reculons vient alors près de moi... Il a l'air à la fois épuisé et soulagé! "Je me présente, dit-il, commissaire Brocart, de RAM! Excusez-moi, monsieur Cariou, pour toute cette mise en scène!" Il montre la pièce... "Mais nous avons reconstitué votre chambre de la station Charcot, suivant les indications de Friant...

        _ Ils m'ont menacé de m'enlever ma retraite, si je ne collaborais pas! rajoute Friant, en baissant la tête.

        _ Euh... Hum! Notre but, monsieur Cariou, était de vous mettre en confiance, pour que vous nous disiez où est le vaccin...  

        _ Mais il n'a jamais été en ma possession!

        _ Peu importe! Peu importe! Vous m'avez sauvé la vie... et cela je ne l'oublierai jamais! Mon collègue Miniers n'a pas eu cette chance... et il a été tué par cet homme au chapeau! Il s'agirait d'un monsieur Nuit et qui par ailleurs est un assassin de femmes!

        _ Cela ne m'étonne pas! Il ne peut pas supporter que les autres aient une vie propre!

        _ Mais comment avez-vous pu lui résister?

        _ Ce s'rait trop long à vous expliquer! C'est aussi le travail de toute une vie! En d'autres circonstances, je saluerais votre talent de décorateur, mais vous m'avez tout de même bien secoué, avec votre supercherie! Je peux donc m'en aller?

        _ Oui, vous êtes libre, ainsi que Friant! Je vais oublier pour un temps cette histoire de vaccin!"

        Nous sortons, moi et Friant, et sur notre passage, nous découvrons un commissariat sens dessus dessous! Puis, c'est de nouveau l'air libre... "Je pense que vous devez m'en vouloir, me dit Friant. Mais venez avec moi... J'aimerais vous faire rencontrer certaines personnes, qui pourront nous aider!

        _ Pourquoi pas? Il faut de toute façon que je marche, pour m'en remettre!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 12 mai: nous avons dormi dans un entrepôt, sur des matelas à même le sol, mais ce n'était pas si désagréable, car on entendait le vent et la pluie, qui rendaient notre intérieur d'autant plus précieux et douillet!

        Par ailleurs, des gouttes tombaient sur une rambarde, en tintant, et cela semblait le chant même du temps! Mais, enfin, une aube grise s'est levée et nous avons quitté nos lits, pour un petit déjeuner sobre, accompagné d'un bon café fumant, dont les volutes nous réchauffaient!

        Maintenant, je prends conscience que nous sommes en fait dans une salle de réunion et elle se remplit peu à peu de femmes et d'hommes. "C'est un collègue de travail qui m'a fait connaître tous ces gens, m'explique Friant. Et tu vas voir, ils sont très actifs!" J'opine, en constatant que Friant me tutoie dorénavant... Cela doit être le froid, à moins que l'ambiance qui monte...

        "Camarades! crie celui qui a l'air d'un chef. Nous voilà au complet! La séance peut commencer!

        _ Hem! fait Friant. J'ai amené une nouvelle recrue! C'est Jack Cariou! Peut-être peut-on lui expliquer en quelques mots le but de notre mouvement?

        _ C'est très simple, Jack! répond une femme. Nous sommes en guerre contre RAM! contre son pouvoir... et son système capitaliste, qui sert principalement les riches! On veut une vraie République, une vraie démocratie, une justice pour tous! Les privilèges, c'est terminé! On veut l'égalité, que le gouvernement soit entre les mains de délégués, qui pourront être révocables à tout moment! Le pouvoir, c'est le peuple! C'est nous!

        _ Ouais! Ouais! C'est ça! Bien dit, ma grande! Reste encore du café?

        _ Tu ne peux pas condamner notre idéal! reprend le chef. Car il n'en est pas de plus beau! A moins que tu ne sois un profiteur, un exploiteur! Alors, t'es avec nous?

        _ Ben non!"

        Un profond silence se fait. Tout bas, Julie me murmure: "Et voilà le grand Jack Cariou, qui nous remet d'dans!" "Et on peut savoir pourquoi?

        _ Mais oui! Nous allons à l'individualité! La preuve, c'est que vous êtes là chacun pour vous développer! Or, ce que vous voulez, c'est une fusion! C'est incompatible!

        _ J'avoue que je ne m'attendais pas à celle-là! continue Julie.

        _ Vous ignorez comment nous fonctionnons! je reprends. Si nous allons à l'individualité, c'est que la domination animale se poursuit en nous! Vous gardez l'illusion d'une fusion, parce que vous vous donnez un ennemi: RAM et les riches! Mais, dès que vous vous retrouverez entre vous, une fois vainqueurs, vous serez en lutte les uns contre les autres, ne serait-ce que pour vous évaluer et vous connaître!

        _ Mais on ne peut pas se laisser dévorer! clame la jeune femme.

        _ Non, mais RAM est déjà une république et une démocratie! Il y a une hiérarchie et des inégalités, car elles sont inévitables! Mais pourquoi jalouser et vouloir renverser des gens, qui ne savent même pas être heureux! Si vous étiez en paix avec vous-mêmes, si votre ego n'était pas souffrant, vous plaindriez même les profiteurs! Le bonheur, c'est vivre avec ce qu'on a!

        _ Je crois qu'il vaut mieux que tu partes! me dit le chef.

        _ Bien sûr, je détruis votre rêve! Mais vous faites fi de la nature, alors qu'au contraire il faudrait plutôt l'utiliser! C'est-à-dire reconnaître d'abord que nous voulons tous le pouvoir! Pour nous construire, nous avons besoin d'oppresser! Demandons-nous alors comment tenir debout, sans commander?"

          Je voudrais m'expliquer davantage, mais je n'ai devant moi que des visages haineux et je sors. De nouveau seul, je regarde le ciel et les oiseaux, qui ont l'air heureux de vivre!

  • VIET RAM!

    Vietram

     

     

     

                                                "Dire que les meilleurs sont morts le nez dans la boue!"

                                                                                       The Big Lebowsky

     

     

     

       Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 3 mai: l'aube pointait à peine quand la mère de RAM prépara son voyage et elle pleurait en remplissant son sac! Elle songeait à l'ingratitude de son fils, à sa dureté! Certes, il devait faire sa vie, mais de là à ignorer sa mère!

        La vieille femme prit son bâton et quitta la ferme, sous l'œil interrogatif des animaux! Elle marcha longtemps, s'abîmant les pieds sur les pierres, mais tout de même elle était partout chez elle et toute chose la fêtait à sa manière! Enfin, le soir tombant, elle vit les murailles de la ville!

        Elle s'approcha des gardes et expliqua qui elle était et qu'elle voulait voir son fils! Les gardes furent d'abord incrédules, mais, face à l'insistance de la vieille, ils envoyèrent un des leurs prévenir leur chef!

        Cependant, RAM était fort occupé! Chaque jour, en effet, la ville était en ébullition! On s'y battait, s'y injuriait, s'y soulevait et RAM était comme ses sujets, à cran! "Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? cria-t-il à son ministre. Ma mère est à la porte? Bon sang! C'est bien le moment! Dites-lui qu'elle repasse plus tard! Hein? Parce que moi, j'en ai jusque-là!

        Elle paraît lasse, gémissante, suppliante? Mais, avec elle, c'est toujours pareil! Il faudrait l'écouter, se réjouir de sa présence! Comme si on n'avait qu' ça à faire! Un poison! Mon dieu, que de simagrées! Mais que croit-elle à la fin? Qu'on va donner à manger aux gens avec des fleurs et des beaux discours! On est dans une cage remplie de fauves ici!"

        On retourna donc vers la mère, pour lui dire qu'elle ne pourrait rencontrer RAM, car il avait trop de travail! Elle baissa la tête et se mit de nouveau à pleurer et même les gardes en furent émus! Puis, elle s'écria: "C'est moi, sa mère, je peux l'aider! le consoler, l'apaiser! J'ai apporté des philtres pour le soulager! Je lui chanterai ses anciennes chansons, celles qui le berçaient et l'endormaient! Il se sentira de nouveau en sécurité! Il a besoin de paix, vous savez!"

        Les gardes étaient d'accord, mais ils ne pouvaient pas désobéir et la vieille dut repartir dans la nuit; son châle se confondant dans les ténèbres! Mais ainsi RAM nie la beauté!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 4 mai: il existe une machine très particulière dans le fonctionnement de RAM! Chaque jour, chaque individu y est soumis! C'est pourtant une machine invisible et elle doit agir avec des ondes sur le cerveau!

        Celui-ci est étiré dans tous les sens, réduit en des milliers de fragments, à l'instar de ceux d'un kaléidoscope! Et il faut chaque matin reconstituer le tout! C'est épuisant, comme si on commençait la journée, en se réveillant sur une grève, après avoir failli se noyer!

        C'est qu'au fond RAM est pareil à la mer! Les peurs, les inquiétudes, mais aussi les envies, les ambitions y soulèvent des vagues incessantes, puissantes, qui heurtent la coque du cerveau! C'est un festival d'incohérences, de hargnes, de bêtises effrayantes d'égoïsme, ainsi que les lames semblent rivaliser de brutalité contre un quai!

        Le repli sur soi, le sédentarisme ne sont que des tentatives maladroites, inconscientes, pour essayer de trouver un peu de paix, celle des profondeurs! Pour le penseur aguerri, qui a déjà plongé des milliers de foi, qui connaît tous les pièges de la concentration, le danger de ses mélanges, pour celui-là, il est possible de voir dans le bleu le plus dense, presque étouffant, la dorsale de RAM!

        Elle est une réalité, malgré l'agitation folle de la surface! Mais, même si on la connaît et qu'on sait qu'elle donne du sens, on perd bientôt son souvenir, car la machine de RAM est tout le temps en route et elle brise toutes les certitudes! Au mieux, on est comme un horloger affectueux devant une montre cassée! Au pire, on se laisse emporter par la furie, en essayant de mordre!

        Commissariat de RAM: "Patron, y a un Psycho-RAM qui voudrait vous voir!

        _ Bof!

        _ Y dit que c'est au sujet du virus et du patient zéro!

        _ Mais faites entrer, Miniers, faites entrer!

        _ Bonjour! fait le Psycho-RAM, qui entre par-dessus Miniers. Je me présente: Psycho-RAM, Alphonse Boucherat!

        _ Enchanté! Enchanté! Je suis le commissaire Brocart! Un peu... d' café..."

        La voix de Brocart meurt, car évidemment comment donner du café à une boule qui se déplace? "Eh! Eh! Commissaire, du surmenage sans doute!

        _ Evidemment, nos journées sont longues! Vous disiez avoir quelque information au sujet de l'épidémie, du patient zéro....

        _ Oui, figurez-vous qu'il m'est arrivé de drôles de choses ces derniers temps!

        _ Ah?

        _ Oui, j'ai d'abord secouru un va-nu-pieds, un cuistre, un nommé Jack Cariou! Il avait un coup de blues et j'ai essayé de lui apporter des solutions! Peine perdue! Le bonhomme savait tout! prenait chacun de haut! J'ai tout de suite flairé le paranoïaque, souffrant d'un complexe du père! Ces individus sont les plus sournois, les plus paresseux, la vraie lie, si vous voyez ce que je veux dire?

        _ Euh! Pas tout à fait! Mais quel rapport avec ce qui nous préoccupe?

        _ J'y viens, commissaire, j'y viens! Vous savez que grâce à RAM nous pouvons déchiffrer le passé, voir les images de l'enfance! Manifestement, ce Jack Cariou n'était pas d'ici... Il semblait détenir un secret!

        _ Hum!

        _ Ne vous impatientez pas, commissaire, car c'est ici que les choses se corsent! Quelques jours plus tard, j'ai recueilli un autre individu, un nommé Friant! Il délirait et on l'avait trouvé à demi-noyé dans les égouts!

        _ Dans les égouts? Tiens!

        _ Oui! Il disait qu'il n'était pas le patient zéro et que Jack Cariou mentait! Il pleurait encore la mort d'une certaine Sophie! Le pauvre homme était bien tourmenté et choqué! Mais je l'ai remis d'aplomb! Je lui ai demandé si à cinquante ans il avait droit à la retraite et il a ouvert des yeux effarés! Je lui ai montré l'abîme qui l'attendait! A partir de là, il fut aussi doux qu'un agneau! Il devrait être possible de le retrouver, car à l'heure qu'il est il doit courir après une embauche! Ah! Ah!

        _ Mais voilà des renseignements fort intéressants, monsieur... Boucherat! Nous allons effectivement nous mettre à la recherche de ce Friant!

        _ J'en étais sûr! J'aimerais cependant formuler une requête!

        _ Je vous écoute...

        _ Quand vous aurez fini avec Cariou, je voudrais l'interner!

        _ Ah?

        _ Oui, j'ai envie de l'entendre gémir et me supplier! Ce s'rait pour moi très doux!

        _ Et parfaitement déontologique! Mais je ne peux rien vous promettre! On verra, comme disait la truie!

        _ On verra... comme disait la truie? Ah! Ah! Commissaire, je sens qu'entre bons vivants on va pouvoir s'entendre! Ce n'est pas la peine de me raccompagner!"

        Le Psycho-RAM s'envole et quitte la pièce... "Nous les tenons, Miniers! Allez en route!

        _ Vous oubliez, patron, ces femmes assassinées! Elles sont six maintenant!

        _ Très juste, Miniers! Je vous charge de l'enquête... et je m'occupe de Friant!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 5 mai: une voix retentit dans la rue: "Bienvenue dans notre nouveau jeu, monsieur Cariou!

        _ Tu entends ça, Julie? Comment savent-ils mon nom?

        _ Tu as dû passer devant une borne qui reconnaît les puces! Il y en a un peu partout!

        _ Et si je refuse de jouer! je crie moi aussi.

        _ Nous nous fâcherons!

        _ Je vois! Alors de quoi s'agit-il?

        _ C'est très simple! Comme vous le savez, les conducteurs sont toujours désireux de rendre service... et ils ralentissent pour laisser passer le piéton! Le but du jeu, c'est de ne pas les décevoir! A chaque fois qu'un "Bob" veut vous obliger, vous devez traverser!

        _ Même devant ceux qui arrivent à fond?

        _ A vous de juger, Cariou! N'en peinez aucun, c'est tout! Attention, top départ! Ouais, c'est bien! Premier passage réussi! Allons du nerf! Ouais, deuxième bon également!

        _ J'en ai marre de courir, Julie!

        _ Normal, avec toutes les cochonneries qu' tu manges!

        _ Il faut que je salue aussi?

        _ Mais oui, tu remercies! Tu ne vas pas faire comme certains, afficher un visage hautain! 

        _ Eh! Eh! Cariou, c'est le rond-point! Et des Bobs bienveillants, il en vient de tous les côtés! On tourne, ouais, c'est ça! Ah! Ah!

        _ Y s' fout d' ma gueule! Bon, je vais m'enfuir, Julie!

        _ Mais tu es de moins en moins ridicule!"

        Je me mets à courir tout de bon, loin de la voix, mais mes jambes sont soudain molles! Je vacille et j'ai l'impression d'être englué! Je lutte pourtant, je force, mais c'est inexorable! C'est comme si on me pompait toute mon énergie!

        "Il se passe quelque chose d'anormal, Julie! Je n'arrive plus à avancer!

        _ Je crois savoir! RAM aurait mis au point un rayon, qui ne serait qu'un concentré de haine! Celle-ci te dévore en quelque sorte!

        _ J' sens que j' vais m'écrouler!"

        Effectivement, je glisse contre un mur et sombre dans l'inconscience! A mon réveil, j'ai une drôle de surprise: la tête de Friant est penchée sur la mienne! "Friant? comment se fait-il?

        _ Tout doux, Cariou... Voilà un bon moment que vous délirez!"

        Je regarde autour de moi et brusquement je suis sujet à la panique! "Friant, bon sang! Où sommes-nous?

        _ Mais quelle question! A la station Charcot!"   

  • DEMANDEZ L' PROGRAMME!

    Tout un programme

     

     

     

                                     "Monsieur Malaquet est demandé au bureau de monsieur Guiton!"

                                                                                                      Le Distrait

     

     

     

        Journal de JACK Cariou, monde de RAM, lundi 26 avril: RAM n'est pas une ville ordinaire... On croit qu'on y habite, mais il n'en est rien! On y reste étranger!

        Soudain, la ville apparaît telle qu'elle est: un cristal de forme cubique et doré! une pyrite! Sa face lisse, au reflet métallique, est fermée et maintient à l'écart! Pourtant, il y a des gens de l'autre côté, à l'intérieur du cube! Ils vivent bien dans RAM, s'y sentent à l'aise et on comprend peu à peu que ce sont eux qui font RAM et qui excluent! 

        RAM dérive dans l'espace et elle a comme ancre son illusion! Celui qui ne rêve pas est chassé par RAM! Il regarde alors la ville souffrir et se détruire! RAM apprend, mais sur ses ruines!

        Palais de RAM: les disques cérébraux de nouveau s'animent! Le président Romuald reprend la parole: "Alors, professeur Bourdon, où en est-on avec cette épidémie?

        _ Hum! C'est grave, président! Des milliers de personnes sont infectées et nos hôpitaux n'ont plus de place! Nous plongeons!

        _ Voyez-vous ça! Et du côté du patient zéro et du vaccin... Quelles nouvelles, monsieur le ministre Fauconier?

         _ Ahem! Nous n'avons toujours pas retrouvé les deux individus! Le commissaire Brocart, chargé de l'enquête, nous a révélé un fait étrange... Un groupe des forces spéciales a été anéanti dans les égouts... On parle d'internautes mutants et anthropophages!

        _ Seigneur!

        _ Professeur Bourdon, voilà plusieurs fois que vous évoquez le nom de Dieu et à ce niveau, c'est une mauvais plaisanterie! surtout pour un scientifique! Je me demande s'il ne faudrait pas réviser votre statut d'immortel!

        _ Excusez-moi, président... Je reste un éternel émotif! Mais je vous promets que ça ne se reproduira plus!

        _ Bien, mais, somme toute, vous ne m'apportez aucun bon résultat! J'ai déjà commencé à vous expliquer pourquoi la situation est inédite, mais je vais me montrer beaucoup plus précis! RAM est en suspension dans le cosmos... Notre monde y est comme un grain de sable, éclairé par le soleil, qui un jour deviendra tout rouge, avant de claquer la porte! A ce moment-là, RAM disparaîtra et sa mémoire aussi!

        _ Mais nous aurons peut-être essaimé, grâce aux voyages spatiaux!

        _ Bien sûr, professeur, nous ne pouvons accepter notre fin totale! Notre esprit doit trouver une échappatoire et c'est pour cela que même aujourd'hui nous nous tenons dans une sorte d'ivresse! celle du mouvement, de la construction, de la réussite! Ainsi, nous ne voyons pas la nuit qui nous entoure, même si notre développement a l'air d'une "fuite en avant"!

        _ Mais nous sommes positifs! A chaque problème, la raison trouve une solution!

        _ Exact! Alors voilà le problème! Le virus agit sur nous comme un couvercle de cocotte-minute! Il freine notre élan! L'abîme, le vertige réapparaissent donc! La peur s'installe et donne lieu aux réactions les plus imprévisibles, les plus violentes!

        _ Nous notons en effet une forte augmentation des troubles mentaux!

        _ Ce n'est pas pour rien que je suis le chef, professeur! Evidemment, dans ces conditions, notre société est menacée! Le chaos nous frappe comme un bélier! La bizarrerie agit comme le salpêtre dans nos murs! Nous devons à tout prix retrouver notre vitesse de croisière, en relançant l'économie!

        _ Je vais mettre la pression sur les enquêteurs! Les deux fugitifs ne sauraient nous échapper!

        _ De notre côté, nos chercheurs travaillent d'arrache-pied, pour trouver un vaccin!

        _ Bien, douce musique! Qu'on nous régénère!"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 27 avril: d'où vient-il? Personne ne le sait! Peut-être de SgrA*? Peut-être a-t-il échappé au rayon de Schwarzschild? Il viendrait alors de l'immense trou noir de notre galaxie!

        En tout cas, il est de la nuit, mais de la nuit sans étoiles! Quand on le regarde, on ne voit que de l'ombre très dense, impénétrable, insondable! Il a jeté son dévolu sur RAM et il s'est habillé comme ses habitants, pour se fondre en eux!

        Il porte un grand chapeau et un imper et paraît un peu rustre, mais ainsi on ne cherche pas ses yeux, qui sont absents! Il parle la tête baissée, comme quelqu'un de malade, et on ne s'en inquiète guère. D'ailleurs, on s'en méfie, car il représente une menace sourde, quoique indéfinissable!

        Appelons-le monsieur Nuit, puisqu'il faut à chacun un nom! Il a un comportement étrange... Par exemple, il peut attirer à lui tous les objets! Quand il se déplace, il veut de la soumission! Il fait peur, voilà tout et on se courbe autour de lui! On reconnaît implicitement sa supériorité et il en est satisfait!

        Ce qui le guide, c'est la docilité des âmes, des esprits! Il est alors unique, quasi divin! Le soir, il prend une femme, une qui angoisse, fragile et qui ne peut plus supporter sa solitude! Il lui fait un peu de baratin; il dit qu'elle est belle et même si sa voix paraît lointaine, sans chaleur, il emmène sa conquête!

        Il jouit de ce corps, qu'il possède et qui le demande! Il est le maître! Il atteint le plaisir comme un roi et... le reste ne l'intéresse pas! Les petites mots doux, les promesses, les questions, il n'en veut pas! Et surtout il ne supporte pas les adieux, quand la vie de l'autre redevient une réalité!

        On ne quitte pas monsieur Nuit! On n'existe pas sans lui et il tue la jeune femme, alors qu'elle est encore alanguie, sans défenses! Il lui vole son âme, qu'il absorbe dans son ombre! Au matin, il n'y a plus qu'un cadavre, que la police découvre tôt ou tard!

        Et monsieur Nuit est déjà en route, soumettant les passants, terrible, vers une autre femme!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 28 avril: c'est la première journée de travail pour Friant! Il a eu du mal à trouver un emploi, car il n'est plus tout jeune, mais il voulait être rassuré et surtout il pourra de nouveau cumuler des points pour sa retraite!

        La vie a de nouveau un sens, d'autant qu'il fait beau, et Friant est exact au rendez-vous qu'on lui a fixé! Il est devant un vaste entrepôt, dont les alentours sont déserts et balayés par le vent! Une grande flèche indique la voie à suivre et Friant entre dans le bâtiment, alors que la porte se referme lourdement derrière lui!

        Quel silence! Ne percevant que son pas, Friant avance entre des étagères monumentales et qui sont remplies de toutes sortes de produits! De temps en temps, il arrive à une allée transversale, qui présente le même décor et qui paraît s'étendre à l'infini! Soudain, un petit bruit attire l'attention de Friant: sur un carton, un clown miniature joue du banjo!

        Amusé, Friant se penche, quand un souffle passe au-dessus de sa tête et une barre de fer vient brutalement frapper un montant! Ce fut moins une et il eût pu avoir la tête arrachée! Friant a gardé son sens marin et il plonge dans les produits, pour échapper au prochain coup! Il sort dans une autre allée et se met à courir, puis de nouveau il se cache dans l'ombre des marchandises.

        Son agresseur ne tarde pas et d'où il est, Friant peut l'apercevoir. Son sang se fige, car il vient d'être attaqué par un robot! Celui-ci a une grosse tête scintillante et la barre de fer est bien entre ses pinces! Puis, il s'éloigne en glissant sur des roulettes!

        "On a un peu d' temps devant nous! murmure une voix juste derrière Friant, qui se retourne. J' suis avec vous, relax! C'est vous le nouveau?" Friant opine et demande: "Mais qu'est-ce qui se passe, nom de Dieu?

        _ On nourrit les algorithmes!

        _ Quoi?

        _ On est embauché pour ça! pour que les robots soient toujours plus performants! Ils s'occupent des livraisons et leur situation évolue sans cesse! Nous, en servant de cibles, nous enrichissons leur expérience! Nous sommes des antirouilles, si vous voulez!

        _ Mais il a failli m' tuer!

        _ C'est le jeu, ça ne marcherait pas, si c'était pas vrai! Mais ils sont pas très malins, vous verrez! Y a déjà un an que j' suis ici! Et puis, l'adrénaline, ça me convient! Y a des boulots bien plus chiants!

        _ Bon sang!

        _ Au fait, pourquoi vous êtes là?

        _ Pour avoir une retraite!

        _ Ben, où est le problème?"

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 29 avril: regarde dans ton miroir, mon cœur! Que vois-tu dans l'espace digital? Ton image bien sûr! C'est ton existence qui se reflète!

        L'image de RAM, qui glisse, qui s'efface et qui renaît, c'est ton voyage, ta lumière! As-tu d'autres repères, ô voyageur! Cette image qui flotte, te captive, qui frissonne, qui en devient liquide, que te dit-elle?

        Que tu es le plus beau, la plus belle, n'est-ce pas? Car qui suivre à part toi? Qu'est-ce qu'il y a dans les ténèbres? Des monstres! que tu ne comprends pas, qui sont repoussants, qui écrasent et qui ne sont pas toi! de toute façon!

        Tu es ta propre lumière! Adore-toi! Vénère-toi! Car toi seul comptes! Le mal n'est pas en toi! Tes intentions sont pures! Le mal, c'est pour la loi! Toi, tu es nacré! Sonde-toi, vois-tu le mal? Il y a tes proches, tes amis, tes envies, tes achats! Quoi de plus naturel?

        L'Univers n'existe pas! Seul vaut ton clic! Tu vas gagner, réussir, c'est dans ton miroir! Tu n'as pas de haine! Tu ne détestes pas! Tu ne veux pas mépriser, écraser, détruire! Ces choses laides ne vivent pas en toi, n'est-ce pas? Cher cœur! Tu es pur et tes intentions sont magnifiques!

        Ta langue critique, mord, empoisonne; tes yeux méprisent, envient, sont pleins de feu: oublie! Il ne s'est rien passé! Personne n'a rien vu, pas même toi! Oublie, mon ange! Ce n'est pas contre la loi! Trompe-toi, comme tu trompes les autres! Ainsi, tu restes en sécurité! Tu n'es pas un bandit! Ils sont pour la loi! La police s'en occupe!

        Mon cœur, mon ange, si tu savais comme je t'aime! Moi, RAM! Moi, la société folle! Si tu savais comme je délire dans la nuit du cosmos! Comme je me mens! Je danse dans l'Univers, fille pure! Veux-tu mon secret? Mais tu le connais déjà! Tu sais comment je ris de l'immensité et de la mort?

        Mon nombril est mon foyer, ma maison, ma lumière! Je ne prie pas, je ne crois pas, je suis trop fort pour cela! Je danse dans la nuit, les yeux sur moi-même! Et surtout, je ne fais pas le mal! Je ne fais pas le mal! Mes intentions sont bonnes! Je travaille! Je veux juste réussir! Tu veux mon secret: le mal n'existe pas! Pourquoi RAM se condamnerait lui-même?

  • PIC ET COLEGRAM!

    Pic et colegram

     

     

     

     

                                                    "Vous l'avez sentie?

                                                     _ Oui, Amiral, je l'ai sentie!"

                                                              La Ligne rouge 

     

     

     

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 19 avril: il y a des marées d'or, qui traversent l'Univers! Elles sont mal connues et pourtant elles influencent RAM! Quand il en est baigné, il est heureux! Il est alors comme un bon vivant, qui se gratte le dos et qui chante, dans sa baignoire!

        Quand elle se retire, RAM devient maussade, inquiet et ou bien il se terre, ou bien il écrase quelque petite créature! En somme, RAM ne sait même pas quand il est fatigué ou non!

        A quoi comparerais-je RAM? A un enfant perdu dans la nuit!

        On dit que RAM est un assassin! C'est vrai, RAM peut tuer, quand il ne sait pas! Car ce qui fait RAM, c'est exclusivement RAM!

        S'il reconnaît son ignorance, alors il n'est plus RAM! Ce qui ne se peut! RAM détruit donc tous ceux qui le mettent en défaut! Ainsi, RAM évolue peu, de loin en loin, et encore parce qu'il ne peut pas faire autrement!

        Qu'est-ce qui donne à RAM le sentiment de vivre, sinon sa supériorité, ce qui nécessite d'écraser, d'effrayer? A quoi comparerais-je RAM? A un homme qui s'attend au coin de la rue, avec un couteau!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 20 avril: "Voulez-vous vous joindre à nous pour la prière? me dit l'homme souriant qui m'a accueilli.

        _ Non.

        _ Ah? Seriez-vous incroyant?

        _ Non, non, mais ma vie est déjà une prière! Qui vous priez, avec vos génuflexions?

        _ Mais le Très-Saint, le Créateur de toute chose!

        _ Eh bien, il vous a créé, non? Il connaît le secret de votre cœur, alors pourquoi ne lui parlez-vous pas simplement? A force d'être mis sur un piédestal, il va trouver ça louche!"

        A cet instant, un énorme individu s'approche: "Un problème, père Léon? demande-t-il à mon interlocuteur.

        _ Je vous préviens, je fais, que la haine ou la colère sont incompatibles avec la foi! En effet, la foi, c'est la confiance... et la haine, la peur! Les deux sont donc contraires, voyez!

        _ Mais c'est que vous allez nous faire la leçon! répond l'homme souriant, en montrant ses belles dents, comme un crocodile enthousiaste! Vous devez cependant respect et même adoration au Très-haut!

        _ J' crois pas qu'on va pouvoir s'entendre, car si Dieu a fait les hommes pour en être adoré, y vaut pas mieux qu'une star de RAM!

        _ Et pourquoi nous serions là alors?

        _ Mais pour avoir la chance de vivre... et d'être libres! d'où notre conscience et notre capacité d'analyse! Mais par manque de simplicité et aussi pour commander, les hommes ont inventé le sacré! Sacrée maladie, ouais!"

        Je veux sourire, pour montrer que je les aime quand même, mais je n'en ai pas le temps! Une main comme un étau me saisit le col, quand une autre me soulève en serrant ma ceinture. Je gigote et ma voix devient frêle, puis la porte capitonnée est ouverte par le gars souriant et hop, je suis jeté dans la rue!

        Ouch! "Le Seigneur me rendra justice! je crie devant la porte déjà close. Y aura des grincements de dents le jour du jugement!

        _ Chut! fait Julie. Tu crois pas qu'on a assez d'ennuis comme ça!

        _ Sans doute, mais leur foi est dangereuse, parce que dominatrice! Eh! Mais c'est Friant là bas! Eh! Friant!"

        Je cours vers le seul homme que je connaisse ici, mais son accueil est froid! "Bon sang, Friant, que je suis content de vous voir! Je vous croyais mort!

        _ Ah! C'est vous... Excusez-moi, mais il faut que je fasse mes courses!"

        On entre dans le magasin, où les paniers sont en suspension à côté des clients! "Mais vous vous en êtes sorti, Friant, c'est merveilleux!

        _ Oui, oui, j'ai été recueilli... et soigné!

        _ Parfait! Et vous avez cherché un sens à notre présence ici?

        _ Excusez-moi, mais tout ça, c'est loin à présent... J'ai pris conscience de certaines choses... et je n'ai plus le temps...

        _ Qu'est-ce que vous voulez dire?

        _ Figurez-vous que je n'ai pas de retraite! On m'a ouvert les yeux: je suis devant un abîme!

        _ Evidemment, il y a toujours la peur du lendemain! Mais la vie, Friant, c'est bien maintenant! Lui donner un sens, une richesse, c'est à faire aujourd'hui! Si vous n'êtes pas heureux du jour, à quoi vous servira la sécurité plus tard?

        _ Oui, tout ça, c'est bien gentil, mais, pendant que nous parlons, je perds des points!

        _ Bon sang, Friant, qui a pu vous changer autant, vous, l'ancien marin?

        _ J'ai été soigné par un Psycho-RAM, figurez-vous! Et je lui vouerai une reconnaissance éternelle!

        _ Un Psycho-RAM? Mince alors... et il vous a fait peur?

        _ Non, au contraire, il m'a fait affronter la réalité! Le temps passe... et je n'ai pas de points! Comment je vais faire?

        _ Mais calmer sa peur, grâce à sa foi, c'est autrement plus réel et costaud, et même plus profitable, que de rentrer la tête, comme ses ailes! Vous ne pensez tout de même pas que les gens qui atteignent leur retraite soient enfin heureux! Pour la plupart, le bilan est calamiteux! Les regrets sont là! La paix, qu'on aurait pu conquérir, elle, est absente!

        _ Oui, oui, ce sont encore discours d'extrémistes! Alors qu'il me faut des points, des points, vous comprenez? Je suis pour l'instant bon dernier... et on va pas m' louper!

        _ La paix n'a pas de prix, Friant, et elle n'est pas une affaire d'argent!

        _ Oui, oui, la paix, c'est bien, mais les points, c'est plus sûr! Excusez-moi!"

        Friant veut s'en aller, mais soudain je lui rappelle quelque chose d'essentiel: "Vous avez sans doute oublié que vous êtes le patient zéro!

        _ Non, vous ne m'aurez plus là-d'ssus, Cariou! Le Psycho-RAM m'a bien mis en garde contre mes sentiments de culpabilité! Je ne suis pas le patient zéro, je ne ressens rien... et je suis même totalement étranger à cette épidémie!

        _ Vous rigolez?

        _ Non... et d'ailleurs si vous m'importunez davantage, je vous dénonce à la police! Car vous, vous devez vous faire du souci: vous n'êtes certainement pas en odeur de sainteté dans RAM! Et qui croira-t-on: un singe excité et perturbateur, ou quelqu'un qui n'a à présent qu'un rêve, celui d'être en règle avec tous et toutes!

        _ Je vous laisse Friant... et je vous souhaite bonne chance!

        _ Et moi, je souhaite ne plus vous revoir!"

        La différence, quand elle est radicale, nous isole et nous en éprouvons de la peur! Je regarde partir Friant et j'essaie de passer outre mon chagrin...

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 22 avril: RAM est marié, le saviez-vous? Sa femme, si tant est qu'on peut dire que RAM est masculin, s'appelle Stress! C'est même elle qui porte la culotte!

        Stress est partout dès le matin! Elle secoue les gens dans leur lit: "Réveillez-vous! Réveillez-vous! crie-t-elle. Ah! Ah! Je vais vous angoisser moi, si vous paressez! J'aime bien vos membres froids et douloureux! Et vos maux de têtes! Et vos sourcils froncés! Et vos idées ténébreuses, macabres, empoisonnées!

        Debout, bande de lavettes! Vous n'avez pas dormi vos sept heures, à cause de moi? Mais, mes chéris, c'est extrêmement grave! Vot' santé va en prendre un coup! Ouh! ça vous flippe de nouveau! En avant marche! Toilettes, petit déj': mange ceci, mange pas ça! Je surveille tout! Je ne vous quitte pas de l'œil!

        Vous savez ce que j'aime le plus, c'est la bagnole! C'est faire vroum, vroum! J'adore klaxonner! Eh! pauvre con va! Ah! Ah! je m'amuse comme une folle! J' fais peur à celle-ci et hop dans le mur! Pim! Pom! Pim! Pom! Ah! Ah! c'est gratuit et j' rayonne! Du sang! et on court, on court!

        Des fois, j'arrête des vies! J' fais mal, j' tue! Bang, plus personne! Un cycliste, une feuille morte! Eh! Eh! Le chauffard s'enfuit! C'est que j' suis avec lui! On repart à fond de train! On sue! Une nouvelle vie commence, pleine de cauchemars! Un nouveau disciple, un nouvel amant!

        Allez le trafic! J'abrutis à mort! Et pas seulement les humains, les animaux aussi! Les chiens? J ' leur dit subitement: "Attaque! " et ces cons-là attaquent! Ils dévorent tout! Autre chien, bébé, petite fille, pauvre gars, femme enceinte! La fête!

        RAM est mon aimé! J' le rends dingue! J' le ruine! J 'le bousille! J' le mets à genoux! Mais c'est d'sa faute! Il est mou, faible, lâche! Y veut pas voir, ni entendre! Tout c' qui veut, c'est rouler des mécaniques! Faut l' voir dans l' soleil! Qui c'est le plus beau? C'est RAM! le plus fort, le plus riche, le plus puissant? RAM! RAM! et encore RAM! J'suis fier de lui! Plus il est dur et plus il me donne du plaisir!

        Nous formons le couple parfait, battant, gagnant! J' suis la locomotive! J' le hisse au sommet, l' p'tit RAM! Des fois, pourtant, il en peut plus! Y s' plaint de son dos, de son estomac, de tous un tas de maux! Y dit que j' le mine, que j' l'épuise! Y sait pas c' qui veut! Pour le pire et le meilleur, c'est dit!

        C'est ma personnalité! S'il voulait une bien sage, y s'rait encore dans sa campagne, en train de ramasser une par une ses pommes de terre! Y s'rait encore un minable! avec sa chaumière, sans électricité, sans eau chaude, pouah!

        Avec moi, y a la ville scintillante! la gloire, l'éclat! Allez, sue, mon RAM! La réussite est à ce prix! Moi, le vert, ça me dégoûte! Oh! bon sang, qu'est-ce que c'est triste! Et les gosses! j'aime bien les gosses! J' suis près d'eux et je leur raconte des histoires horribles! J' leur dit: "T'es seul... y a pas d'avenir! Regarde tes parents: y sont paumés! Y sont même responsables de ta peine! Des boomers!

        Et non seulement t'es seul, mais autour on t'aime pas! Y a que toi! Et si tu te suicidais? avec d'autres, pour leur montrer! Tu veux de la cam! Pas de problèmes! Tu préfères boire, Allez glou, igloo hi! hi! Sauvage, je t'aime sauvage, brutal, violent! Fais peur à ton père! Tire-lui les pieds! N'attends pas qu'il soit mort! Prends son fric!

        Ah! Ah! La vie est drôle! C'est moi la reine! RAM m'a dans la peau! Pour se séparer de moi, y faudrait qu'il change... et ça plutôt crever, hein! Alors qu'est-ce qu'on mange aujourd'hui? Quelles injures? Quel scandale, quel meurtre? Combien de morts?

        Et voilà la nuit et... les insomnies! Non, décidément j' suis gâtée! Bon anniversaire, Stress!"

  • AMSTRAMGRAM!

    Amstragram

     

     

                                                             "T'es un bandit, toi?

                                                               _ Mais oui, j' suis un bandit!

                                                               _ Ouais?

                                                               _ Ouais! Grrr!"

                                                                           Bandits, bandits

     

     

     

        On raconte que RAM était fier de sa ville! Ses immeubles touchaient le ciel, scintillaient au soleil et s'étendaient toujours plus loin! Pourtant, RAM n'était pas heureux! Son front était soucieux et il n'arrivait pas à se reposer! Il travaillait toujours et finit par tomber malade!

        On lui parla alors d'une guérisseuse, qui vivait dans la montagne et qui connaissait tous les secrets! RAM, d'abord sceptique, avait de plus en plus mal et il se résolut à rendre visite à la vieille! Il sella son cheval et quitta la ville avant l'aube, car il ne voulait pas qu'on le vît! 

        Il fut bientôt devant la masure de la vieille, qui tirait de l'eau de son puits, pour le donner à ses chèvres. RAM grimaça: que venait-il faire là, d'autant que sa maladie semblait sérieuse? Mais enfin il se présenta: "Bonjour, il paraît que tu es guérisseuse?

        _ C'est exact, RAM! Oh! Ne t'étonne pas, je connais tout le monde!

        _ Alors tu sais de quoi je souffre et quel remède il me faut!

        _ Oui, mais tout a un prix, tu le sais bien...

        _ Ah! Ah! Je crois être en mesure de te payer!

        _ Ce n'est pas d'argent dont j'ai besoin...

        _ Non?

        _ Non, je t'aiderai si tu arrives à me vaincre à la lutte!"

        RAM regarda autour de lui, pour voir s'il n'y avait pas d'enfants, qui attendaient de se moquer de lui! "Vous n'êtes pas sérieuse la vieille, reprit-il. Il me suffirait de vous donner une chiquenaude, pour vous faire mordre la poussière!

        _ Eh bien, essaie!

        _ Hem..."

        RAM porta un coup, mais la vieille l'esquiva! RAM se passa la langue entre les lèvres et décida de passer aux choses sérieuses! Il bondit sur la vieille, qui disparut! "Hi Hi! comme tu es lent, RAM! fit la guérisseuse. Mes chèvres sont plus douées que toi!"

        Enervé, RAM donna toute sa force, mais à chaque fois la vieille lui échappait! C'était comme si elle profitait de la puissance de RAM, pour être encore plus vive! A la fin, RAM s'avoua vaincu: le soleil était déjà haut et il suait à grosses gouttes! "Fallait le dire que tu ne voulais pas m'aider! jeta-t-il à la vieille.

        _ Tu te trompes, RAM! Je vais d'ailleurs te donner le moyen de gagner: il faudrait que tu m'aimes, ne serait-ce qu'un peu!"

        Mais RAM regarda la masure et les chèvres et il eut un haut-le-cœur devant tant de pauvreté! Il partit et sa ville fut encore plus grande, alors que lui-même pleurait la nuit!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, samedi17 avril: "Alors, vous émergez?" J'ouvre les yeux et je me vois couché sur un grabat. A côté, un vieil homme est assis devant un bureau et la pièce est petite et sombre, mais en son centre je reconnais le "nerf" de RAM!

        "Vous avez eu de la chance, de pouvoir sortir du rayon! Et vous étiez bien faible, quand j'ai pris soin de vous!

        _ Merci. Vous vivez ici?

        _ Oui, c'est mon chez moi... C'est pas très reluisant, mais ça me suffit! Vous allez pouvoir vous mettre debout?

        _ Oui, je pense que je vais y arriver... Ouh! ça tourne encore un peu!

        _ Prenez un peu de thé sur la plaque...

        _ Oui, merci... Bon, ça commence à aller mieux... et qu'est-ce que vous faites, sans indiscrétion...

        _ Ah! Ah! Secret défense! Mais j' suppose que vous n'êtes pas du côté d' RAM, n'est-ce pas? Alors, j' peux vous le dire... J'attaque le système! Et ça fait vingt ans qu' ça dure! Mais ils m'ont jamais trouvé!

        _ Ah? Et comment vous faites?

        _ Voyez mon installation! Un ordi des années 2000, deux ou trois câbles et tout de même quelques trucs vicelards de mon cru!

        _ Vous envoyez des posts?

        _ Tout juste! Je suis branché sur le nerf de RAM et chaque jour, je fustige sa politique, son incompétence, sa bassesse, sa mégalomanie! Hi! Hi! J' mâche pas mes mots! Les puces doivent danser!"

        Je regarde autour de moi... et je ne vois qu'un vieil homme dans une demi-obscurité... "Vous ne sortez jamais? J' veux dire, vous n'allez jamais au soleil?

        _ Pas le temps... et puis ça m'intéresse pas! Faut qu' je cogne!

        _ Hum, vous connaissez les petites vieilles au corps de mouche..., celles qui harcèlent les gens dans les magasins, parce qu'elles ne supportent pas d'attendre?

        _ Non...

        _ Vous ignorez sans doute aussi les hommes phallus, qui veulent qu'on admire leur membre!

        _ Mais de quoi parlez-vous?

        _ Et les décors, les hologrammes de chacun ne vous dérangent pas non plus?

        _ Les holos...

        _ Et tous ces bruits agressifs, tous plus saugrenus les uns que les autres! Et tous ces véhicules qui foncent et qui rugissent! Et toute cette haine qui ruisselle et qui agit comme du vitriol, cela vous ne vous perturbe pas davantage apparemment! 

        _ Mais où voulez-vous en v'nir?

        _ Excusez-moi, mais ce que je vous décris, c'est bien le quotidien de RAM! Et c'est lui qui me blesse, me désagrège, m'enlève toute raison depuis que je suis ici... et non vraiment la politique du gouvernement!

        _ Mais c'est RAM tout ça! C'est à cause de RAM que les gens sont comme ça!

        _ Ah bon? Vous croyez donc naïvement qu'il suffit que le gouvernement change, pour que chacun évolue et devienne meilleur? RAM est influent, mais pas autant que ça... N'est-ce pas plutôt que nous sommes aveugles?

        _ Je vous trouve de moins en moins sympathique...

        _ Je suis désolé, mais je pense que vous devriez réfléchir... Vous savez pourquoi au fond nous nous  piétinons et nous nous détruisons? C'est par peur... et j'ai l'impression que vous-même, privé de votre haine, vous seriez perdu, non?

        _ Foutez le camp! Disparaissez!

        _ Très bien, mais il fallait que je vide mon sac et que vous le croyiez ou non, c'était par respect pour vous! Comment peut-on sortir d'ici? 

        _ Y a la galerie là... ou bien le rayon, que vous connaissez déjà!

        _ Et la galerie, elle mène où?

        _ Je ne sais plus! Je vous ai dit de vous en aller!"

        Je commence à marcher dans la galerie, qui heureusement est éclairée... "Bravo Jack! Qu'est-ce que tu lui as mis!

        _ Julie?

        _ Deux gauches, une bonne droite et le crochet final! KO!

        _ Te revoilà! J'en suis content! Un moment j'ai pensé que RAM t'avait définitivement mis hors-jeu!

        _ Je fais partie de la vieille garde, Jack! Mais, en réalité, dès que ta puce repart, moi aussi!

        _ Bon, alors tu vas me dire où conduit cette galerie!

        _ Mais je l'ignore totalement!

        _ Et tu avais besoin de revenir dans mes pattes! pour ne pas savoir!

        _ Tu es odieux, Jack! Un homme normal aurait songé à m'offrir des fleurs, pour fêter mon retour!

        _ Tu ne crois pas si bien dire, Julie, car je vois la lumière du soleil!"

        Je retrouve avec plaisir l'air frais, mais je suis tout de même dans un quartier déshérité, très loin des "cristaux" étincelants du centre! "Eh mec, t'aurais pas un crédit par hasard?"

        Je ne regarde pas celui qui parle et continue ma marche! "Mec, la politesse voudrait que tu m' répondes! On n'est pas des bêtes!

        _ Si j' t'ignore, c'est parce que tu me méprises! Tu te juges au-dessus du système, en n'en faisant pas partie, et tu me considères comme un mouton du troupeau! Et pourtant tu mendies! Mais ce qui te gêne le plus, c'est mon indifférence, puisque tu te vois comme supérieur! On doit subir un droit de passage, en ta présence, pas vrai?

        _ Oh! là! Oh! là! Tu t'emballes l'intello! Tout ce que je sais, c'est qu'y faut pas m' parler comme ça! Mes potes et moi, on n'aime pas les caïds propres sur eux... et qui ont pleins de mots durs dans la bouche! Tu vois..."

        Je regarde autour et il y a trois autres individus qui apparaissent, avec chacun une arme préhistorique! "T'as gagné la timbale, Jack, me murmure Julie. Une merveille de diplomatie!"

        A cet instant, un éclair blanc fige l'un des assaillants, isolant sa silhouette! "Un médico-rayon, les gars! je crie. Sauve qui peut!" Je les vois s'enfuir, car de toute façon ils évitent toute autorité, mais je ne reste pas là non plus, car je ne veux pas finir en cobaye et je me mets à courir!

        Je passe deux rues, à fond de train, mais derrière les éclairs blancs ne cessent pas et se reflètent sur les murs! Vite une porte capitonnée, je la pousse et je pénètre dans un endroit immédiatement silencieux, comme si tous les bruits du dehors n'avaient pas le droit d'entrer!  

        "Bienvenue, qui que vous soyez! me dit un visage souriant. Ici, vous êtes dans une totale sécurité, car c'est un lieu sacré! Ici, règne Celui qui domine toute chose et nul doute qu'Il vous aimera aussi!"

        Je fixe une sorte de fenêtre et passe effectivement l'éclair blanc! Premier miracle!

  • RAMsès!

    Ramses

     

     

     

     

                          "Dictée: "Des moutons... des moutonsss... paissaient.... paaîîsssaient....""

                                                                                               Topaze

     

     

     

       Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 12 avril: il existe une voie pour échapper à RAM! Elle permet d'atteindre les étoiles, d'y pousser son cri de fou, son cri de désespéré! Le cerveau y perd toutes ses chaînes! Il retrouve un rêve enfoui, une liberté sans limites!

        Il se met à courir sans freins! Il perce tous les murs! Il se met à pleurer tellement c'est beau, grand, lumineux, tellement il est fort! Il boit au foyer primordial, qui est une énergie pure! Oubliée la boue de RAM, son agressivité, sa petitesse, sa bêtise!

        A vrai dire, cette voie est un mystère... D'où vient-elle, car elle fait de l'homme un dieu? Elle le rend plus rapide que la lumière, plus grand que l'Univers, plus puissant que la vague, plus léger que le nuage! Cette voie quelle est-elle? Mais c'est celle de la musique!

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 13 avril: "Jack, Jack, réveille-toi! Je t'en supplie!

        _ Hein? Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

        _ Tu criais, tu te débattais dans un cauchemar!

        _ Un cauchemar? Curieux! Pourquoi aurais-je des cauchemars?

        _ Tu as été traumatisé!

        _ Oui, depuis l'enfance! Je devais avoir douze ou treize ans et je me suis retrouvé, je ne sais comment, sur une voie ferrée! A ce moment-là, un train est arrivé... et j'ai commencé à faire de grands gestes, pour montrer que j'étais coincé! Mais le train m'est passé d'ssus quand même!

        _ C'est affreux! Et comment tu t'en es sorti?

        _ J'ai pris la forme d'un fil de fer et j'ai attendu que le fracas cesse! Depuis, je remonte le rail, pour savoir d'où venait le train!

        _ Et que feras-tu quand tu auras trouvé la gare?

        _ Je noterai son nom... et j'irai me plaindre à la police!

        _ C'est tout toi, ça! Quelle correction!

        _ Bon... et si on redevenait sérieux! La torche n'est pas loin de s'éteindre... C'est à cet instant que tu dois déchirer un pan de ta chemise, pour alimenter la flamme!

        _ Quoi?

        _ C'était comme ça, dans les anciens films! On découvrait alors un peu plus de l'anatomie merveilleuse de l'héroïne!

        _ Tu s'rais pas en train de t'échauffer?

        _ Non, d'autant qu'on est maintenant dans le noir!

        _ Par tous les octets de Ram!

        _ C'est curieux, mais il y a une légère lumière bleue dans la galerie..."

        Je me dirige lentement vers la source... A un endroit, le souterrain a comme une chambre et je me retrouve derrière un homme, assis, qui contemple un écran bleu! "Hem! Excusez-moi, mais je passais par là... A vrai dire, je suis sans doute perdu!"

        La scène reste parfaitement immobile... On entend juste le souffle de l'écran... Je m'approche encore plus... "Monsieur, je ne voudrais pas vous déranger, mais..." Rien ne se passe et je tends la main, pour toucher l'épaule de l'homme... A cet instant, sa tête vacille, se décroche et tombe sur le sol, où elle éclate en poussière!

        Je me retiens de hurler! Du cou s'échappent des vers et une odeur infecte me fait vivement reculer! "Il est mort, Julie! je bredouille.

        _ Tu es sûr?

        _ Hon! Hon! Il est sans doute décédé devant son écran...

        _ C'est triste!

        _ Oui, mais c'est aussi étrange! Car que faisait-il là? S'il surveillait quelque chose, pourquoi n'a-t-il pas été remplacé?

        _ Il agissait peut-être pour son propre compte! Ce qui te manque, Jack, c'est une pipe! J'ai lu quelque part que tous les bons enquêteurs en avaient une!

        _ T'es vraiment un logiciel?

        _ Je suis la meilleure de ma génération!

        _ Bien sûr, pour une fois j'ai de la chance... Cet écran m'intéresse, Julie, car il pourrait nous servir de lampe... Malheureusement il est branché!

        _ Il y en a un plus petit à côté, qui doit être autonome... Je vois ce que tu penses, Jack, avant même que tu en prennes conscience!

        _ Tu me rediras ça à l'envers une autre fois! Mais, tu as raison, c'est un ancien Smartphone, en recharge... Je le libère et...

        _ Et il s'envole, bravo Jack!

        _ Vite, suivons-le! Il nous mènera bien quelque part!"

        Je cours après la petite lumière, qui danse dans la galerie. Je devrais m'en étonner, mais je n'ai pas le temps, car l'objet va de plus en plus vite et il finit par être happé par l'entrée d'une vaste salle, où il disparaît dans un flux qui se dresse au centre, telle une colonne d'un bleu quasi immatériel!

        L'endroit est impressionnant, surmonté d'une voûte, avec ce flux étrange qui sort du plancher et s'échappe par le haut! "Qu'est-ce que c'est? je demande à Julie.

        _ C'est sans doute un nerf de RAM!

        _ Un nerf de RAM?

        _ Mais oui, toutes les informations que nous échangeons, par la puce, doivent bien circuler... et sont même recueillies!

        _ Tu veux dire qu'il est possible pour RAM de savoir qui on est et... ce qu'on pense!

        _ Sans doute... Encore faut-il que ça l'intéresse!

        _ Bien sûr, bien sûr, il ne faudrait pas que je me prenne pour une star! Mais, dis-moi, que se passerait-il si je pénétrais le rayon? Car, vois-tu, il pourrait peut-être nous aider à revenir à la surface!

        _ Eh bien, à vrai dire, je ne sais pas...

        _ Co... comment? La magnifique Julie, l'incollable Julie prise en défaut! Et je suis tout seul ici, pour assister à cet événement!

        _ Je vais demander à quitter le service!

        _ Ne fais pas ça, Julie! Si je comprends bien, tu t'adaptes à ton client! Tu deviens en quelque sorte son miroir...

        _ Pouf! Je suis bien plus que ça!

        _ Voilà, c'est exactement ce que je veux dire! Mais, je vais essayer d'y mettre le doigt... dans ce nerf de RAM!"

        J'approche la main du flux, la plonge dedans et... il ne se passe rien... C'est un peu tiède, c'est tout! Alors, je m'introduis en entier dans cette substance, qui n'en est pas vraiment une. "Tu m'entends, Julie? Je crois que nous sommes dans la peau d'un ado!

        _ Oui, mais il nous faut chuchoter..., car il pourrait peut-être nous entendre...

        _ Je suis le maître! le plus fort! Je domine les autres, je leur suis supérieur! Le monde, c'est moi... et rien d'autre! Mon père, cette baudruche! je le ménage, tant que je ne suis pas indépendant financièrement! Par contre, les filles de mon école, elles vont apprendre le respect! Comment m'ont-elles appelé? Le morveux! Elles vont ouvrir la porte de leur vestiaire et boum!

        _ Il est fou!

        _ Chut! Moins fort, Julie... Je me déplace un peu...

        _ Capitaine Lenormand... Nous entrons dans une salle... Nos deux fuyards n'ont pu que passer par là!

        _ Très bien, capitaine! Ici, Miniers, en compagnie du commissaire Brocart... Nous suivons votre opération!

        _ Nous passons au pied de tours, qui ont de curieuses niches... Mais qu'est-ce que...? On nous attaque! Tatatatataaaa! Aaaaaah! Repli, repli, bon sang! Arrrgh! Tatttaattta!

        _ Lenormand, répondez ! Qu'est-ce qui se passe?

        _ On leur a fait couic!

        _ Doucement, Julie... Je change encore de position...

        _ Elle s'appelait Sophie... Sophie Prémel!

        _ Vous l'aimiez, n'est-ce pas?

        _ Bon sang! Friant n'est donc pas mort!

        _ Du calme, Jack, tu te rappelles... En tout cas, on a l'air de s'occuper de lui!

        _ Ah! Te voilà! Il y a déjà un p'tit temps que je te cherche!

        _ Quoi? Qui êtes-vous?

        _ Mais je suis RAM!

        _ RAM? Je croyais que c'était une ville!

        _ Ah! Ah! Tu veux voir à quoi je ressemble?"

        A cet instant, je vois le cosmos et un géant qui a le pied sur notre planète! "Je pourrais te briser comme un fétu, mais tu m'es tout de même précieux, car tu es le vaccin!

        _ Vous savez, j'ai dit ça surtout pour sauver ma tête!

        _ Et tu viens à moi! La partie de cache-cache est terminée!

        _ Qu'est-ce qu'on fait, Julie? Julie?

        _ J'ai soufflé d'ssus... et elle n'est plus! Ah! Ah!"

        Je suis soudain pris d'une étrange langueur... Des milliers de voix m'entourent, me soûlent, m'emportent tel un courant... Je rugis pourtant et gratte la pierre, que maintenant mes mains touchent! Lentement, lentement, je sors du flux et m'évanouis!

  • RAMDAM!

    Ramdam

     

     

     

     

                                                             "Vous avez mal?

                                                             _ Juste quand je respire!

                                                                       Chinatown

     

     

        Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 7 avril: il existe une très vieille légende sur RAM! On raconte que dans ses profondeurs, en compagnie de la vermine grouillante, vit la déesse noire!

        On lui a donné ce nom, faute de connaître le sien, car on dit aussi qu'elle n'a pas d'âge, qu'elle était là dès la création de l'Univers, sous la forme d'une antiparticule! Puis, elle aurait accompagné le souffle de la lumière, été présente dans chaque maternité d'étoiles et la captivité de la roche refroidie ne l'aurait pas gênée!

        Encore, elle aurait profité des pluies et de l'étendue des océans! La vie l'aurait excitée! D'abord, le combat silencieux des plantes, mais surtout la dent sanglante des carnivores l'auraient ravie! Mais, c'est chez l'homme qu'elle se sent le mieux, au point quelle prenne l'apparence d'une vieille infirme!

        Ainsi, elle paraît inoffensive, facilement maîtrisable, mais, si on s'en approche, elle se relève soudain et vous cravache le visage! La lèvre et le ventre en feu, on ne rêve plus que de la tuer! Mais, elle, impérieuse, dit: "Va!" et on va pour détruire, écraser tout ce qui se présentera!

        Journal de Jack Cariou, chez les antipuces, mercredi 7 avril: "Vous vous connaissez? demande un antipuce à Friant, en me désignant.

        _ Il a tué l'amour de ma vie! répond Friant. C'est pourquoi je vous demande de me le laisser!

        _ D'accord! Mais vous allez en faire quoi?

        _ Je suis un ancien marin pêcheur... Mes bras sont en acier et je vais lui tordre le cou, comme à un poulet!

        _ Ah! Ah! Et on peut rester?

        _ Si vous voulez...

        _ Eh! Une petite minute! Une petite minute! je fais. Vous ne savez sans doute pas ce qui se passe là-haut? C'est un vrai ramdam!

        _ Ah bon?

        _ Ouais, y a un virus qui circule et qui tue les gens! Et devinez qui est le patient zéro? C'est l' gars qui a les bras en acier!

        _ Hein?

        _ Oui, son amour est morte du virus et il l'a embrassée, fou de douleur!

        _ Et comment se fait-il que vous restiez tranquillement près de lui?

        _ Parce que moi j'ai été vacciné!

        _ Quoi? fait Friant. Vous êtes vacciné?

        _ Mais oui, je l'ai été par Gestin lui-même! Hum, Friant, nous sommes seuls maintenant!"

        Il regarde autour et effectivement il n'y a plus personne! "Ecoutez, Friant, au sujet de Sophie, vous devez vous raisonner! Seul le virus est responsable!

        _ Je sais bien! Mais j'ai vu le bonheur... et il m'a été arraché!

        _ Je vous comprends... Mais dites, vous allez peut-être pouvoir m'expliquer ce qu'on fait là?

        _ Mais je l'ignore également! Je me suis retrouvé sur un trottoir, où ces gars-là m'ont ramassé... Mais pourquoi je ne suis pas malade, si je suis contaminé?

        _ Vous devez être asymptomatique! Mais ça ne veut pas dire que le virus va vous laisser tranquille! Bon... et elles mènent où, ces galeries?

        _ J'en connais seulement une partie...

        _ Et si on continuait l'exploration? Ce n'est pas ici qu'on trouvera une réponse à nos questions!

        _ Bien, mais il faut allumer des torches!"

        Nous avançons entre des murs très anciens et suintants, qui prennent une couleur sanglante, à la lueur de nos flammes... "C'est vrai que vous êtes pucé?

        _ Mmmouais...

        _ Et ça fait comment?

        _ Eh bien, je dirais qu'on se sent moins libre... C'est comme si on était attaché à quelque chose... J'ai même une hôtesse, que j'appelle Julie et qui me répond, quand je lui pose une question!

        _ Non!

        _ Si, mais je ne lui parle pas devant vous, car j'aurais l'air d'un fou!

        _ Quel monde étrange!

        _ Mais qu'est-ce qu'on entend là?"

        Depuis quelques minutes, le bruit régulier de quelque chose qui glisse me perturbe... "Oui, je sais de quoi il s'agit... Je vais vous montrer!" précise Friant. Nous escaladons bientôt une échelle de fer, pendant que le bruit devient un véritable boucan! Nous sommes maintenant au-dessus d'un énorme conduit et Friant me désigne une grille, laissant voir l'intérieur...

        "Des livres?

        _ Oui, il y en a des milliers! On m'a expliqué que c'est les éditeurs qui choisissent un thème et ça inonde les étals des librairies! Le client en est comme écrasé!

        _ Un bon moyen pour faire du profit!

        _ Sans doute, mais prendre les gens pour des gogos, c'est aussi façonner une pensée unique! Les antipuces appellent ça: "Donner à manger aux cochons"!

        _ Hem, ils n'ont pas tout à fait tort!"

        Nous reprenons notre marche et les parois ont l'air de dater de l'Antiquité, avec leurs pierres de plus en plus grosses! Je note aussi que depuis un moment nous descendons... et soudain nous sommes face à une salle immense, dont nous ne voyons même pas les extrémités!

        Au milieu, cependant, des tours épaisses sont criblées de niches! "A quoi peuvent-elles servir? je demande.

        _ Je ne suis jamais venu ici, mais les antipuces m'ont raconté de drôles de choses..., au sujet d'internautes qui n'auraient pas trouvé leur place sur RAM et qui seraient venus se réfugier ici... Ils auraient même muté à force, paraît-il!"

        Le silence est impressionnant, tellement qu'il en paraît oppressant, menaçant, mais nous n'avons pas le choix: il nous faut traverser cette salle! Je regarde ces tours et brusquement quelque chose me saute sur la nuque! Elle essaie aussitôt de me mordre et je m'efforce de m'en protéger avec les mains, quand la torche de Friant la brûle et la fait tomber sur le sol!

        C'est une créature qui a la moitié de ma taille, toute velue, avec des yeux de poissons morts et des dents pourries! "Seigneur! s'écrie Friant. Vite Cariou, il faut courir, elles sont des centaines!" Je lève le nez et je vois effectivement de petits corps qui sortent des niches, comme de l'eau qui coule!

        Nous sommes écœurés et terrifiés! Mes cheveux sont dressés et il me semble courir dans le vide, tant je parais lent, comme ralenti par l'épouvante! Autour, c'est un flux grossissant et qui n'a qu'une rumeur! Les petites bouches disent RAM, RAM, ce qui devient dans mon oreille: MIAM, MIAM!

        J'ai envie de vomir, mais l'entrée de la galerie opposée est visible et nous nous y précipitons, conscients que déjà ce passage resserré va freiner nos poursuivants! Nous ne cessons notre course folle! J'entends Friant souffler et brusquement nous stoppons! Devant nous, un courant d'une violence inouïe nous barre le passage! L'obstacle semble impossible à franchir!

        Mais Friant jette sa torche par-delà le torrent et sous mon œil stupéfait, il saute sur deux anneaux fixés au-dessus de l'écume! "Allez-y, Cariou! me hurle-t-il. Accrochez-vous à moi... et j' vous balancerai de l'aut' côté! Le gars aux bras d'acier tiendra le coup!"

        J'avale ma salive et je me jette sur Friant, m'agrippe à lui et grâce ses muscles puissants, il me fait glisser sur la berge! "Attrapez-moi maintenant!" me crie-t-il. Je me retourne pour le saisir: "Frriiiant!" Il a disparu! Je n'ai même pas eu le temps de voir quelque chose!

        En face, les créatures forment une masse effrayante et grimaçante! RAM! RAM! Je suis pourtant pris d'un étrange malaise... Je voudrais retraverser le torrent pour les anéantir, pour les brûler une à une avec ma torche et entendre leurs gémissements! Mais je redeviens lucide et je recule dans la galerie, qui se poursuit. Puis, je fonce, jusqu'à m'essouffler et les yeux en larmes, j'appelle: "Julie! Julie!

        _ Oui, oui, je suis là...

        _ Pourquoi tu chuchotes?

        _ Parce qu'ici le réseau est très mauvais!

        _ Tu n'aurais pas peur plutôt!

        _ Non, non, j' t'assure que je suis même incapable de te dire où on est!

        _ Alors, y a qu'à continuer!

        _ Tu songeais revenir en arrière?"

        Commissariat principal de RAM, jeudi 8 avril: "Entrez, entrez Minier! dit le commissaire Brocart. Vous voyez le vase bleu là-bas? Eh bien, je vais tirer dans la direction opposée! Et hop, tout de même le vase éclate! C'est notre nouvelle arme, Minier! Les balles sont dirigées par la pensée! Hein? Heureusement que j' vous ai à la bonne!

        _ Ah! Ah! Dites, patron, y a un drôle de type qui dit s'appeler MG et qui voudrait vous voir!

        _ MG? Diable! Hem, bon, faites monter!"

        MG entre. "Je vous avais dit de ne jamais venir ici, MG! s'écrie Brocart. Y a sûrement des taupes antipuces dans le service! Eux aussi ont leurs espions! Et vous voulez qu'ils vous reconnaissent... et qu'ils vous tranchent la gorge dans un coin sombre!

        _ J'ai pas pu attendre, j'ai du lourd! Mais, attention, cette fois-ci, je veux dix mille crédits!

        _ Bien sûr et une haie d'honneur en plus!

        _ Je sais où est le patient zéro et même qu'il y a un vaccin!

        _ D'accord! Je préviens le comptable, qui va payer vot' puce! Et après vous me racontez toute l'histoire!"

     

     

  • RAM TOUJOURS!

    Ram toujours

     

     

     

     

                                                                     "Dis plutôt qu'elle ne t'aime pas!"

                                                                                       Cyrano de Bergerac

     

     

        Journal de Jack Cariou, lundi 29 mars: "Bienvenue dans le monde de RAM! Il fait beau et c'est le printemps! la fête du culte de soi en vérité! Car RAM vous glorifie, vous magnifie, rend hommage à votre réussite, salue votre lumière, et parle de vous et encore de vous, ô mes étoiles!

        Qui est le modèle du jour? le phare, l'exemple? Qui va nous ensorceler par ses qualités, sa modestie, sa droiture, sa ténacité dans le travail? Qui est percutant et talentueux? Qui mérite notre admiration et notre argent? Quel est le cristal qui brille? Quel ego va nous ravir? Attention, les dés roulent sur le tapis vert des histoires, des ascensions!

        A quand la tienne, cher cœur? Tu sais que RAM est là pour toi, qu'il veille à ton bonheur où que tu sois! Tu es le miroir de RAM! Sans ta jeunesse, le royaume dépérit! C'est toi, en réalité, le pouvoir! RAM a besoin de toi! Aime RAM, comme il t'aime! C'est toi l'avenir, la fusée, le diamant de RAM! Tout est nuit dehors, tu le sais bien!

        On nous dit qu'un virus est en ville! On parle d'un confinement! Eh! Mais RAM en a vu bien d'autres! Le royaume saura se défendre! Que peut faire un virus contre les chevaliers de RAM? On vaccine déjà, dit-on! Etoile et tu retourneras étoile! C'est le secret! Voilà la clé!

        Dans l'eau sombre de l'oubli, tu gis, corps diaphane, caressé par le courant pur! Tu te réveilleras et éclatera ta force! Que ta beauté féminine ou masculine épouvante les ténèbres! RAM est ta maison ensoleillée... C'est ton berceau que tu protèges!"

        Palais de RAM, mardi 30 mars: c'est une vaste salle, avec des colonnes de porphyre. Au centre, sous un rayon qui tombe, des disques cérébraux gèrent le fonctionnement de RAM!

        L'un, celui du chef, se met à scintiller avec des sons étranges, que nous devons traduire ici: "Professeur, qu'est-ce que c'est cette histoire de virus?

        _ Malheureusement, ce n'est pas une histoire, Président! Il y a bien un virus qui se répand et qui tue!

        _ N'avons-nous pas un vaccin, car c'est bien gênant! RAM n'est pas gratuit! Il faut que le rêve rapporte! Comprenez, nous tournons dans l'espace à une certaine vitesse... Si nous sommes ralentis, une angoisse gravitationnelle va nous saisir! Cela veut dire une panique épouvantable! C'est notre mouvement qui nous fait croire à une éternité... et qui nous évite de penser! Construire sans cesse, investir, jouer les termites, râler même, manifester, tout sauf le repos, la contemplation, la réflexion, le silence, la vérité!

        _ Je comprends bien, monsieur le Président...

        _ Vous savez ce qui nous pend au nez, professeur? C'est le trou noir de l'économie! Nous avons ce monstre aux fesses... et il faut les tenir serrées!

        _ Bien sûr, Président, mais le virus nous préoccupe... Il faudrait déjà trouver le patient zéro, afin de contrôler la chaîne de contamination!

        _ Hum! Nous sommes déjà à sa recherche..., coupe le ministre de l'intérieur.

        _ Bien! fait le président. Et ça donne quoi?

        _ Hum! C'est assez compliqué! RAM, comme vous le savez, a plusieurs niveaux de lecture... Toutefois, le patient zéro ne peut que venir de l'extérieur...

        _ Concrètement, qu'est-ce que vous voulez dire?

        _ Rien que hier, on a pu noter dix bébés tués, quatorze femmes découpées, vingt meurtres... Je passe les viols, les vols, les agressions! On a des choses plus étranges... On a retrouvé dix mille canards empalés, quarante pelleteuses brûlées et une trentaine d'ados castrés! Deux fleuves encore ont été colorés en jaune!

        _ Mon Dieu, glisse le professeur!

        _ Laissez Dieu où il est! jette le Président. Ici, on est entre gens sérieux, pour un bisness sérieux! La vitrine de RAM tient le coup, c'est tout ce qui compte! Bon sang, il me faut la peau de celui qui est en train d'amplifier le merdier!

        _ Il y aurait bien une hypothèse, rajoute le professeur... Pourquoi ne pas voir du côté des antipuces? Ils vivent dans la crasse... L'un d'eux chope le virus et il entre en contact avec un pucé... et hop!

        _ Hop! C'est aussi simple que ça! Pour me causer des problèmes, c'est toujours simple! Mais, monsieur le ministre de l'intérieur, que pensez-vous de la piste du professeur?

        _ Hum! Elle est intéressante, certes! Nous allons tout mettre en œuvre pour la suivre!

        _ Bien, et pour le vaccin?

        _ On y travaille, évidemment! répond le professeur.

        _ Parfait! Qu'on nous régénère!"

        Des serviteurs longilignes, au visage impassible, s'approchent et font descendre un orgue à quartz. Des ondes cosmiques emplissent la salle, des rayonnements d'étoiles mortes, des grincements de planètes stériles, des errances de comètes, des pans de matières noires fusionnent en une nourriture verdâtre et phosphorescente, pour baigner lentement les cerveaux, qui ont des secousses, comme des soupirs d'aise!  

        Journal de Jack Cariou, mercredi 31 mars: "Julie, j'ai faim!

        _ Rien de plus facile! Ici, pour avoir du pain, il suffit de cligner des yeux devant la caisse, ce qui t'enlève un crédit!

        _ Et si j'ai des tics!

        _ Tu sors en slip! Idiot va! La volonté est prise en compte par la cellule! Mais, dans les archives de RAM, on peut lire que certains, avant de prendre leur petit déjeuner, devaient d'abord faire du feu, pétrir la pâte, avant de la faire cuire! Quel travail!

        _ C'est pourquoi je ne vois que des sourires autour!

        _ Mais oui!"

        J'entre dans une boulangerie, où je vois le pain en apesanteur, pour apparemment mieux circuler... J'hésite sur les viennoiseries qui flottent, quand je ressens une violente piqûre dans le dos! Je me retourne et je vois une grosse mouche, qui vrombit, pleine de haine à mon égard!

        "Mais qu'est-ce que...?

        _ Attention, Jack! me dit Julie. C'est une vieille RAM!

        _ Et alors, elle est folle?

        _ Elle juge que tu as pris trop de temps à choisir....!"

        La créature est maintenant au plafond et se prépare pour une nouvelle attaque! "Mais j'ai même pas compté jusqu'à cinq, depuis que j' suis entré!" je crie. Des yeux morts et des lames qui sortent de la bouche! Oh! Oh! Je me saisis d'une chaise et m'en protège, mais elle vole en éclats!

        Je prends alors un outil agraire d'une autre époque et qui sert d'ornement... Quand la petite vieille fonce à nouveau, je la frappe violemment sur le côté et elle va buter contre le comptoir. Elle est sonnée et ses ailes froissées ne battent plus que mollement! "Tu n'aurais pas dû faire ça, Jack! fait Julie. Ici, les petites vieilles sont sacrées! La police va arriver!

        _ Mais c'est qu'elle m'aurait tué, la garce!"

        Toutefois la police ne me préoccupe pas, car il y a maintenant plusieurs petites vieilles qui bourdonnent et qui tapent contre la vitrine, impatientes de me détruire! Je file par l'intérieur du magasin, sous le regard médusé des employés! Je trouve une porte et je sors dans le rue, où je suis pris par un étrange défilé!

        Des hommes avec un haut serré, un drôle de chapeau arrondi et des ballons aux hanches, m'entraînent avec eux! Puis, il s'arrêtent et se mettent à danser avec le même mouvement, tout en chantant! Je ne les quitte pas, car pour l'instant ils me protègent! Mais voici ce que j'entends!

        "Nous sommes les hommes bites! Vois not' paquet! comme il gonfle ton orbite! C'est nous les chefs, okay!"

        A ce moment, un liquide blanc gicle au-dessus de leurs têtes! sans doute grâce à une poire... Je voudrais m'échapper, mais je repère des petites vieilles mouches, qui continuent à me chercher. Finalement, moi aussi, je suis le rythme et les paroles: "Nous sommes les hommes bourses! Entre nos jambes, un poids... nous entraîne dans sa course! En dehors de nous, pouah!"

        Je dois être maladroit, ou peu convaincant, car un coup de pied aux fesses me sort du groupe et, en me tâtant le bas du dos, je regarde s'éloigner ces étranges personnages!  

        Cependant, je n'ai pas trop le temps de réfléchir, car des éclairs blancs figent soudain quelques passants non loin de là! "Qu'est-ce qui se passe? je demande à Julie.

        _ C'est un médico-rayon! Il est envoyé par une navette... Il cherche le patient zéro!

        _ Julie, j'ai bien peur que ce soit moi, le patient zéro!

        _ Par tous les octets de RAM! Ce n'est pas possible! Oh! Jack, comment as-tu pu? Et moi, est-ce que je ne risque pas quelque chose?

        _ Au lieu de pleurnicher, tu f'rais mieux de trouver une solution! Sinon toi et moi, on va passer à la casserole!

        _ Mais à vos ordres, monsieur Jack! Oh! J'y suis, les égouts! Jack! Impossible pour le rayon de t'atteindre là-bas!

        _ Bon... et comment on y va!

        _ Tu vas aimer, j'en suis sûr! Il faut sauter dans le fleuve... et rejoindre la bouche!

        _ Jamais je saurai si c'est pas une vengeance! Mais j'ai pas le choix!"

        Je fais donc un plongeon dans le fleuve d'à côté et si la température n'est pas trop éprouvante, j'ai tout de suite l'impression d'être sale, dans une eau huileuse et affreuse! Puis, je nage tout de même vers une ouverture, au ras du courant... Je m'y hisse et avance dans un conduit boueux et puant!

        Enfin, ça s'élargit et me voilà trempé dans une salle... Il faut y aller à tâtons, mais soudain une lampe s'allume, une bonne vieille lampe tempête! "Tiens, tiens, on a de la visite on dirait! fait une voix.

        _ Un pucé sans doute! dit quelqu'un d'autre, avec un visage noirâtre. Peut-être qu'il a voulu mettre fin à ses jours...

        _ Qu'est-ce qu'on fait? On le mange?

        _ Paraît pas bien ragoûtant!

        _ Il est à moi!"

        Je reconnais celui qui parle: "Friant?" "Lui-même, Cariou! Va falloir payer!"

  • PSYCHO-RAM!

    Psycho ram

     

     

     

     

     

        Journal de Jacques Cariou, monde de RAM, lundi 22 mars: "Comment ça, vous ne voulez pas dominer! Vous ne voulez pas réussir, briller en société, être un exemple pour vos enfants, faire la fierté de votre femme? Dépression! Dépression!"

        Le Psycho-RAM tourne autour de moi dans la pièce. C'est une bulle comme une petite télé, apparemment réelle, avec une tête chenue et souriante dedans, qui me parle: l'image même du psy épanoui! Pourtant, les cheveux précocement couleur neige, c'est un signe de peur!

        "Comment ne pas vouloir dominer? Quoi de plus naturel? Regardez le sport, la joie de la performance! Vous êtes en vie que diable! Agissez, foncez, osez! Quand vous serez mort, vous aurez tout le temps pour réfléchir, vous apitoyer! Si je vous parle aussi vertement, c'est parce qu'avec les dépressifs faut pas s'amollir, entrer dans leur jeu! Les ranimer, même par la haine, ainsi qu'on les frotterait avec un gant de crin, voilà ce qu'il faut faire!"

       La bulle monte, descend, accélère, ralentit au rythme de ses propos! Je l'ai appelée sur les conseils de Julie, j'ai cédé parce que j'étais sans force, désemparé, mais je m'aperçois que c'est encore pire que ce que je redoutais! Toutefois, le discours que j'entends doit avoir une certaine utilité!

        "La société vous attend, Jack! Elle veut de vous le meilleur et... elle vous le rendra au centuple! Ne soyez pas du camp des perdants, des éternels contestataires, de ceux qui crient comme des bébés! Ne me décevez pas, Jack! Debout! L'avenir vous appartient, car vous faites partie des forts! N'est-ce pas, Jack? Personne, absolument personne ne doit vous marcher sur les pieds!"

        Un air électronique et entraînant envahit la pièce et le Psycho-RAM a pris une couleur rouge: il s'échauffe! "En haut de l'échelle! C'est là que je veux vous voir, Jack! Votre sourire illuminant les couvertures des magazines! Votre parcours, votre témoignage donnant du rêve, affirmant que tout est possible! De la lumière, Jack, apportez-nous de la lumière! Nous en avons tant besoin! Célèbre et bienfaiteur de l'humanité, voilà votre futur portrait!

        Sinon, si vous avez peur, vous savez ce qui va vous arriver? Dépression! Dépression, Jack! Amertume, chagrin, haine et fermentation, Jack! Le microbiote, Jack, nous en avons plus d'un kilo dans le côlon! 100 000 milliards de bactéries pour 10 000 milliards de cellules! A qui faut tendre la main, Jack? Aux petites bêtes, bien sûr! Vous voudriez pas les peiner, hein Jack? Le syndrome du côlon irritable, le SII vous connaissez? C'est des douleurs inexpliquées, sans véritable traitement, et pourtant c'est tellement destructeur!

        Dans la solitude, Jack, on digère des tôles, on a des piqûres d'aiguilles! On charrie des tessons de verre! On a peur et on pète interminablement!

        On sue la nuit, Jack! On se retourne sur sa couche, comme un steak sur le gril! Au matin, on ne désire plus qu'une pelle pour creuser son trou, que les souffrances cessent! Tout ça parce qu'on a laissé entrer l'anxiété, qu'on la prise au sérieux, qu'on a craint de prendre des coups, qu'on a baissé la tête devant les plus forts et les incivilités!

        C'est le sort du gibier, du petit, du foireux, Jack! Vous vous voyez vous tenant le ventre, toujours aux aguets, avant d'aller aux toilettes, pendant que d'autres rient sur le tapis rouge et que leurs noms brillent comme les étoiles!

        Vous ne dites toujours rien Jack, vous vous cachez, mais pas pour longtemps! Grâce à RAM, votre enfance n'a plus de secrets pour nous et elle vient maintenant s'afficher sur les murs de la pièce! Ce n'est pas de la magie, Jack, simplement la science en marche! Mais que voyons-nous?

        Non, mais regardez-moi ça! Le pauvre garçon effacé, éteint, quasiment diaphane! Invisible sur les photos de classe! Comment est-ce possible, Jack? Ah! Mais voilà la mère castratrice! abusive, ivre de son pouvoir! tracassière sans relâche! Pauvre Jack! Vous avez dû morfler, mon pauvre vieux!

        Ne vous offusquez pas de mon ton, toujours le gant de crin, hein! Et à côté de la mère comme un rouleau compresseur, l'aîné, plus fort physiquement et qui vous met des raclées, qui se moque de vous comme il veut! Lui, c'est le modèle pour la famille, l'excellence, la route normale de la réussite! tandis que vous, Jack, vous êtes le besogneux, le gars à problèmes, le souffre-douleur!

        Est-ce que vous n'auriez pas posé des difficultés pour qu'on s'occupe de vous? Est-ce que ça ne continuerait pas encore aujourd'hui? Est-ce que je suis là pour vous rendre intéressant? J'espère que non, Jack! Car je n'aime pas les narcissiques, Jack! J'aime pas les bébés qui prennent mes chaussettes pour leurs couches!

        J' veux du muscle, du caractère, de la révolte! La vie est une lutte, Jack! N'avez-vous pas envie d'inverser la tendance, que votre mère se dise qu'elle s'est trompée, que vous n'êtes pas un minable? Ne voulez-vous pas que votre grand frère devienne votre débiteur, qu'il soit conduit à vous appeler à l'aide, alors que vous faites la sourde oreille?

        Comme ce serait doux, hein, Jack, d'entendre leurs supplications et leurs gémissements! Quelle revanche!"

        Le Psycho-RAM est maintenant bleu-vert, signe d'apaisement, de profondeur... "Vous êtes le meilleur, Jack, et vous ne le savez pas! Vous valez mieux qu'eux! Vous êtes plus humain, plus sensible et ils vous ont broyé! Y s' foutent bien de votre gueule, allez! Au diable, vos scrupules, Jack! Ils rient et vous pleurez! Ils fêtent et vous êtes seul, avec vos blessures! Ils sont les rois et vous êtes dans la boue, la nuit!

        On va pas attendre que vous répariez un à un vos traumatismes, Jack! On va faire mieux, grâce à la science! On va aller plus vite et plus radicalement! C'est sans douleur et ça touche l'épigenèse, Jack! Vous connaissez? Les connections neuronales! Le circuit fonctionne, mais certains fils ont été montés à l'envers ou sont dénudés! à cause de votre enfance malheureuse et troublée!

        On corrige le circuit, Jack, car on sait le faire! On laisse ses névroses dans le bloc et on en sort en titan, en demi-dieu! Les chagrins vont mendier ailleurs, Jack! A nous le soleil... et les crédits bien sûr! A nous le pouvoir et... le bonheur, Jack! On domine et on jouit! Et... et je disparais! Ah! Ah! Vous n'aurez plus besoin de moi! L'affaire est dans le sac, Jack! Hein, qu'en dites-vous?

        _ En somme, vous m'invitez à devenir comme mon frère et ma mère?

        _ Exactem... Mais non, mais non, vous serez bon tout en dominant! Vous avez l'expérience pour vous!

        _ Vous pensez vraiment qu'on peut dominer sans piétiner les autres? Non, ce n'est pas possible! Mais justement, dominer, ce n'est pas voir les autres! Ils ne sont qu'une gêne ou un obstacle, qu'il faut pousser! On domine parce qu'on n'est pas fait soi-même! On croit que le monde n'est qu'une extension de sa propre personne! Mais vous êtes-vous demandé pourquoi il en est ainsi?

        _ Allez-y, Jack, révélez-vous!

        _ Pour ma part, triompher sur un autre, me satisfaire de sa crainte ou de son admiration m'a toujours paru ridicule; à l'échelle de notre planète, de l'Univers et de notre mort! Mais c'est précisément pour échapper à ce vertige, à cet abîme, que les hommes dominent frénétiquement et se détruisent!

        _ Vous y êtes, Jack! Continuez!

        _ Savez-vous qu'il suffirait que chacun prenne un tout petit peu sur lui, chaque jour, pour que nous soyons au paradis! Il suffirait que chaque jour chacun s'efforce d'avoir un peu moins peur, se montre un poil plus patient, pour respecter l'autre, et on pourrait danser dans un gigantesque festival de couleurs! Mais même ce minuscule effort, cet infime exercice est comme arracher les entrailles de la plupart!

        _ Je ne vous aime pas, Jack! Vous savez?

        _ Oui, vous m'avez détesté dès que vous m'avez vu, mais il vous a fallu le cacher!

        _ Vous exagérez!

        _ Mais non, vous avez tout de suite senti que vous ne me dominiez pas, que je n'étais pas impressionné, que je ne vous admirais pas! Non que je vous fusse hostile, ce qui vous aurait rassuré! Mais, malgré ma douleur, je ne vous ai pas naturellement considéré comme un maître, d'où votre haine! Inutile de dire aussi que votre savoir, dans ces conditions, n'est que pacotille, car c'est votre pouvoir et la servilité des autres qui garantissent votre équilibre!

        _ Petit morveux! Espèce de salopard! Je vais t' gratiner, moi, tu vas voir!"

        A ce moment précis, je prends conscience que le décor a changé: le Psycho-RAM est pourpre et deux infirmiers, comme des armoires à glace, viennent d'entrer dans la pièce! J'ai beau savoir qu'ils ne sont que virtuels, je ne peux pas m'empêcher de frémir, mais il faut que je m'échappe et je passe à travers les deux images, qui essaient de m'agripper!

        Dans le couloir, j'ai la mauvaise surprise de voir que l'hologramme du Psycho-RAM s'étend encore jusque-là et d'autres infirmiers et des malades gênent ma fuite! Je bouscule tout le monde, comme si je déchirais un cauchemar, tandis qu'un message sinistre résonne à mes oreilles: "Attention, attention, un schizophrène dangereux, un narcissique de la pire espèce, un SII gluant, un égocentrique à tendances paranoïdes est en train de s'enfuir et représente une menace! Attention, attention, je répète..."

        C'est la poésie de la science fâchée! celle qui oublie tous ses devoirs (et qui d'ailleurs ne les a jamais connus!)! Mais soudain je retrouve des décors de toutes sortes et je me calme, car je suis de nouveau dans la foule! "Tu as eu une bonne idée, Julie!

        _ Excuse-moi, Jack, mais c'était la logique! Tu n'allais pas bien, on appelle un psy!

        _ J'aurais vot' peau, sale fumier!

        _ Hargh! Et ça c'est quoi Julie?

        _ C'est le Psyco-RAM! Il est sur ta messagerie!

        _ Bon sang! Tu peux pas le mettre dans les indésirables!

        _ Hop! C'est fait!

        _ Vois-tu, ici, la domination est folle! Elle ne connaît plus de bornes! Il lui faudrait tomber sur un bec, pour qu'elle se remette en question!"

        A ce moment, une sirène hurlante déchire l'air, pour une urgence absolue, semble-t-il, et une ambulance vient freiner tout près! "Allons voir!" dis-je à Julie.

        Un homme est étendu sur le trottoir et le survole une drôle de petite machine. "C'est un Scan-RAM! m'explique Julie. Il examine au mieux la personne..."

        Soudain, le Scan-RAM se met en alerte et crie: "Attention! Attention! Ecartez-vous! Ecartez-vous! C'est un décès dû à un virus! Je répète: un décès dû à un virus! Les ambulanciers doivent revêtir leur combinaison spéciale! Nul ne doit approcher sans protection!

        A ce moment la foule se retire, plus ou moins brutalement! "Va falloir trouver le patient zéro! fait Julie. Qu'est-ce qu'il y a, Jack? Tu trembles! J'ai encore dit une bêtise?

        _ Non, non...

        _ Tu sais, le patient zéro...

        _ Oui, c'est la logique!

        _ Non, c'est la procédure!

        _ A la bonne heure!"

  • LE MONDE DE RAM!

    Ram

     

     

     

     

     

     

     

     

        Journal de Jacques Cariou, monde de RAM, lundi 15 mars: "Bienvenue dans le monde hyperconnecté de RAM! Il fait 15 degrés, le ciel est pur et c'est bientôt le printemps, même si la doudoune reste de rigueur!

        L'information défile et nous sommes fluides dans son courant! Nous verrons ça tout à l'heure, avec nos amis! Il y aura des notes, des jugements, des rires et des pleurs! Il y aura des étoiles et des araignées! Il y aura des jeux aussi! Il faudra se bouger pour gagner! On ne se quittera pas!

        RAM vous tend son miroir et vous dira que vous êtes le plus beau et la plus belle, et vous le croirez, car c'est vrai! De l'eau noire de l'écran, ton corps sortira resplendissant! Qui veut être à la traîne? Le sénior, mais lui c'est normal!

        Toi, tu veux être jeune, bien dans ta peau et avoir plein d'amis! Tu es magnifique de toute façon! Nos spécialistes vont te donner les meilleurs plans pour épater! Tu auras les bonnes adresses, des MIO et des FGES! Ne t'inquiète pas: tu penses, tu désires et RAM matérialise!

        Tu es dans notre kaléidoscope et baigné par sa lumière! Tout va bien! Il est 10 heures 30! Les hits que tu aimes sont là! C'est ta plateforme et n'oublies pas: "Tu es ego et tu retourneras ego!" N'est-ce pas mortel?

        Mardi 16 mars: je me réveille péniblement , mais où suis-je? Et qu'est-il arrivé? Visiblement, je suis alité dans une chambre d'hôpital... J'ai dû avoir un accident à la station Charcot et on m'a conduit ici! Mais dans quel pays?

        "Toc! Toc! c'est le médecin qui vient faire sa tournée! Eh bien, on est réveillé! Et puis on a l'air d'aller mieux!

        _ Oui, ça va, mais, excusez-moi, on est où ici?

        _ A l'hôpital de RAM!

        _ RAM? C'est dans quel pays?

        _ Mais dans aucun! RAM, c'est seulement RAM!

        _ Je ne comprends pas...

        _ Ecoutez, on vous a ramené ici, parce que sans doute on vous a trouvé inconscient... Mais j'ai tout de suite vu que vous étiez un antipuce!

        _ Un antipuce!

        _ Oui, ceux qui sont contre la puce... et qui vivent dans les égouts de RAM, comme les rats!

        _ Il doit y avoir une erreur, car je ne connaissais pas RAM avant d'ouvrir les yeux ici!

        _ Cela n'a plus d'importance maintenant, car vous voilà pucé!

        _ Pucé?

        _ Mais oui, on a profité de votre sommeil, pour vous implanter la puce!

        _ Vous avez fait quoi?

        _ Mais c'est la loi pardi! Il est impossible de vivre dans RAM sans être pucé! Il faut être connecté pour payer! Comment allez-vous vous nourrir ou vous déplacer sinon?

        _ Je ne sais pas...

        _ Vous voyez! Je vais dire à l'infirmière que vous sortez aujourd'hui!

        _ Bien, bien, merci... J'ai entendu un drôle de message hier... J'ai eu l'impression qu'il venait de moi...

        _ Mais oui! Eh! Eh! Vous êtes connecté à RAM et vous recevez donc maintenant ses messages! Rassurez-vous, vous pouvez les filtrer!

        _ Bon sang!

        _ Et rappelez-vous: "Vous êtes ego et vous retournerez ego!"

        Mercredi 17 mars: finalement, c'est ce matin que je quitte l'hôpital, mais j'ai un problème: il est impossible de retrouver mes habits! "Qu'à cela ne tienne! me dit-on. Vous n'avez qu'à vous connecter à RAM!" "Comment?" "Mais en pensant très fortement à lui!"

        Ainsi je fais et je vois effectivement apparaître dans mes pensées le nom RAM, qui s'éparpille en des milliers de taches de couleurs, pour laisser place à son réseau! Puis, je me concentre sur le mot vêtement et de nouvelles images défilent, ainsi que des questions sur la taille, la couleur, la marque ou le prix!

        Mais je dois être maladroit, car bientôt je me perds dans un dédale d'interrogations, qui deviennent de plus en plus bizarres, incompréhensibles! "Si vous faites plus d' 1m 80 et que votre cousine a un loft, pensez 1!", "Si vous faites plus d'1m 80 et que votre cousine a un loft, mais dont le bail doit être renouvelé, pensez 2!", Si vous-même n'avez pas de loft et que votre cousine mesure plus d' 1m 80 et que cela ne la gêne pas, pensez 3!", "Pour toute autre question, pensez 4!"

        Je sue à cause de la contention d'esprit et j'ai l'impression d'être perdu dans un monde hostile! Le désespoir et la colère vont m'atteindre, quand un être humain passe par là! C'est une infirmière qui se met à rire de ma mine défaite, mais qui va quand même me chercher une combinaison légère et grise, comme on en porte partout, me précise-t-elle! Puis, elle rajoute que je ne dois pas hésiter à faire appel à l'hôtesse RAM, si j'ai des difficultés! C'est une interlocutrice virtuelle, qui répondra à toutes mes questions!

        Fort de cette connaissance, je sors au grand jour, avec pourtant le désagréable sentiment d'être en pyjama, mais je n'ai pas le temps de m'inquiéter, car je suis tout de suite frappé de stupeur devant le spectacle de la rue! Le trafic est intense, mais à peine matérialisé! Ce que l'on voit, ce sont des scintillements de carrosserie, comme si ici triomphait le luxe!

        Ces diamants qui glissent n'en menacent pas moins le piéton, qui emprunte des tubes de verre quand il a la priorité! Mais sur le trottoir il peut être surpris par un surfeur du ciel! Des individus sur des planches passent au ras des têtes! D'autres sont enveloppés d'hologrammes qui représentent leurs amis, avec lesquels ils parlent ou s'esclaffent! Certains avancent encore dans un décor particulier: rivage de rêve, salon cossu, feu de cheminée! Beaucoup assistent à des concerts et les musiques se chevauchent!

        L'impression générale n'est pas agréable, car ces univers sont fermés et excluent! On a l'air d'être en trop à côté, mais il y a des créations bien plus dérangeantes et menaçantes, d'autant qu'on comprend peu à peu qu'elles se ressemblent et qu'elles sont les plus nombreuses!

        Par exemple, un guerrier farouche arrive et on doit reconnaître sa supériorité, car son armure est pesante et son regard sans pitié! C'est le thème choisi par la plupart des hommes, quand les femmes sont plutôt des déesses ou des reines, qui veulent de l'admiration; ce qui n'empêche pas certaines de montrer de l'agressivité!

        Quand on croise les personnes, on devient un personnage de leur décor; on est coloré, habillé par l'hologramme et on se retrouve ainsi le plus souvent dans le rôle du vaincu ou de l'admirateur! Mais c'est de toute façon un poste subalterne et soumis à une autorité!  

        J'essaie d'échapper à ces univers, car je voudrais bien réfléchir posément, à la raison de ma présence ici, mais c'est quasiment impossible, car il y a toujours des gens et on est confronté à leur décor! Je suis bientôt épuisé, à refuser de jouer l'esclave ou l'adorateur, d'autant que je provoque la haine ou le mépris!

        Ce sont des éclairs dans le regard, des grimaces qui signalent cela et c'est assez étrange dans ce monde ultramoderne et lisse! C'est comme si la barbarie miroitait sur la civilisation! Il y a même des décors qui dégagent une telle tension qu'ils sont quasiment palpables! Ce sont des salles de torture, des bancs de rameurs sous les coups de fouets, des étals de boucher où on est découpé par des mains pleines de fièvre!

        Tant de brutalité étonne, puisque le monde de RAM semble ne manquer de rien! Quelques femmes cependant font preuve d'une grande inventivité et par exemple leur visage se dresse sur le corps majestueux d'un dragon aux écailles dorées! On voudrait applaudir, mais de la bouche dépassent des membres d'enfants, avant d'être mangés!

        Evidemment, il ne s'agit pas du tout de céder à ces créations, car on n'y serait qu'une victime et on peut se demander comment chacun résiste au décor de l'autre! Mais la réponse vient vite: le meilleur bouclier, c'est son propre univers! Ici, je me demande s'il ne faudrait pas me connecter à RAM, pour en obtenir un qui me protégerait et me permettrait de souffler!

        J'appelle donc l'hôtesse, en pensant très fortement à elle et une voix me répond: "Bonjour, je suis l'hôtesse RAM, que puis-je faire pour vous?

        _ Ben, je vois que tout le monde se déplace avec un décor... et je voudrais savoir comment créer le mien!

        _ Mais il n'y a rien de plus simple: il suffit de le désirer et RAM fait le reste!

        _ Ah! Ah! En effet, c'est facile! Euh, il est possible de vous personnaliser?

        _ Bien sûr et je peux même vous dire que mes algorithmes sont très, très forts, au point que je peux sembler avoir de l'humour!

        _ Ah? Parfait! Puis-je te tutoyer et t'appeler Julie?

        _ Bien sûr et toi, comment tu t'appelles?

        _ Jack! Sans vouloir être sexiste, je t'imagine bien faite, souveraine, avec un regard ardent!

        _ Très bien! Tu veux voir mon hologramme?

        _ Hein? Non, vaut mieux pas pour l'instant... On peut atteindre les limites de la ville? J'ai besoin de calme pour réfléchir!

        _ Suffit de prendre un Bob!"

        Je comprends alors pourquoi le trafic me paraissait dématérialisé, car nous prenons place dans un baquet ou Bob, au milieu d'un flux d'énergie. Mais la carrosserie se constitue également comme les décors et je choisis une voiture sportive et nous filons! Au bout d'une cinquantaine de kilomètres, effectivement les bâtiments sont de plus en plus clairsemés et nous devons faire le reste à pied. Je dis nous, car Julie est déjà comme quelqu'un qui m'accompagne!

        Je me fige sur place en regardant l'immense désert, qui succède à la ville! Une croûte sèche à perte de vue! "On a coupé le dernier arbre il y a cinquante ans, Jack!" Je garde le visage fermé et je pense que la catastrophe est arrivée! Je ne sais pas comment les habitants de RAM se nourrissent, mais je prends conscience que je suis prisonnier de la ville!

        "Le soir tombe, Julie, il me faut une chambre d'hôtel!

        _ Pas de problèmes, Jack! En tant que nouveau pucé, tu disposes d'un certain nombre de crédits!"

        La chambre est bien dans le style de RAM... Elle se forme selon le rêve de chacun! Il y a une option apesanteur et je flotte dans la pièce, m'amuse un certain temps à rebondir contre les murs élastiques, alors que les lumières de la ville s'allument progressivement!

        On peut fermer les volets et s'immerger totalement dans un univers! On mime un crawl, au milieu de la chambre, sous une merveilleuse chute d'eau! Ou bien on combat des animaux préhistoriques, en sautant dans tous les coins!

        "J'ai un gros problème, Julie!

        _ Ah bon?

        _ Oui, je ne peux pas créer de décor, pour me protéger! Je ne veux pas dominer!"