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  • Dom Succès!

    Dom succes

     

     

     

     

                          "On demande à l'assassin de la comtesse de Saint-Fiacre s'il veut du café!"

                                                                                        Maigret et l'affaire Saint-Fiacre

     

     

       "Celui qui lutte contre la domination, dit encore Joord Kraabe, qui veut un monde meilleur, plus juste; où les individus ne se piétinent pas les uns les autres, celui-là, bien qu'il s'aide de la foi, ne peut pas tôt ou tard échapper au doute, à l'amertume et à la tristesse! Car il voit que son message ou son action ne portent pas! Il se sent isolé, perdu, découragé, car le monde ne change pas et continue toujours dans le même sens!

        C'est la fête du succès! la fête de la domination reine et dorée, même si on ne cite pas son nom! C'est le Versailles médiatique, parisien même! C'est l'éloge constant du triomphe de soi! Le tapis rouge se déroule pour les gagnants, qui font rêver sous les crépitements des flashs! Il existe une Olympe dans la société, un sommet, qui est le symbole même de la réussite, où les personnalités connues, admirées, sont vêtues de tuniques immaculées, qui resplendissent plus que la neige en plein soleil!

        Hors de ce monde, c'est la nuit, faite de créatures repoussantes, envieuses et qui griffent pour atteindre la lumière! La déesse Haine les commande, les organise, les excite! Ils sont des millions dans l'ombre, à guetter leur tour, à se jeter sur les miettes, à rêver d'être eux aussi des dieux!

        Là, on souffre, on gémit, on mord, on aboie, on raille; on tue aussi, on perd pieds! La société brille tout là-haut et sur ses pentes, c'est la crasse, la sauvagerie, le mépris! Là-haut, on a des salaires mirobolants, les dents blanches et quand on a un avis, une humeur, une petite colère, un ongle incarné, une léger vertige, il est recueilli par mille serviteurs et accroché à des pigeons, qui s'envolent pour informer le royaume! Un tel a perdu sa grand-mère et le pays est en berne! Le chien Malfada est mort et la peine est immense!   

        Plus bas, on s'écrase et on ne connaît personne! La vie paraît morne, vide, dépourvue de sens! Nous avons l'air errants et damnés! Nous n'avons pas été choisis! Il y a peu d'élus dans ce coin de l'Univers! Dans ces conditions, la vie vaut-elle d'être vécue? Si les dieux ne laissaient pas tomber sur nous leurs paillettes, la violence, qui est déjà manifeste, n'aurait plus de bornes! Nous attaquerions les bienheureux, mais nous avons tout de même l'illusion de partager leurs repas, de pouvoir juger leur quotidien ou de devenir leurs amis! Grâce aux réseaux sociaux, nous rejoignons la communauté des élites, nous les côtoyons et nous ne formons plus qu'une seule et grande famille!

        Celui qui combat la domination, qui est sensible à la souffrance générale, qui ne veut pas blesser, celui-là voit passer tous les trains et les ans! Ses proches, ses camarades d'école prennent bientôt part au festin! Certains même deviennent eux-mêmes des dieux! Ils rejoignent l'Olympe médiatique! On les interroge tels des oracles et on mendie leur lumière! Ils paraissent des exemples de réussite, ils ont désormais du poids et doivent chaque jour le savourer!

        Comment celui qui est resté en arrière, qui a des scrupules, qui ne trouve pas sa place, qui débat en lui-même, pourrait-il ne pas être affecté, désemparé, anéanti? Fatalement, il se remet en question: est-ce lui qui se trompe, qui manque de volonté, qui a peur? Ne devrait-il pas consulter?

        Commence alors un long chemin de peine! On traverse le pays de l'angoisse, morne, ténébreux, plaintif, peuplé de cauchemars comme des chauves-souris géantes! On mange son pain noir invariablement! On accumule les soucis et on tombe dans des abîmes! Les dieux n'ont absolument aucune idée des souffrances qu'on peut supporter, de la misère que l'on rencontre, de l'immense chagrin qui ronge!

        On tâtonne dans la nuit et on se demande comment on arrive à survivre! Pourtant, c'est plus fort que soi! Certes, on est sans doute névrosé, on a peur et les dieux ont peut-être osé, mais surtout on suit un fil rouge, qui n'a rien à voir avec notre psychologie! On a été choqué par l'injustice, la tyrannie de certains; l'absence de sens, la vanité de la plupart des comportements!

        On a une idée de la vérité, qui est la base même de ce que nous sommes et on ne peut donc pas lâcher; à moins d'accepter qu'on soit fou! Ce que nous voyons et comprenons nous constitue! Les autres ont beau chanter le même air, le nôtre reste distinct! C'est cela qui tient dans la nuit et il en va de notre survie! Cette petite flamme nous la protégeons, vaille que vaille, de la tempête! Il ne faut pas qu'elle s'éteigne et nous avons pour elle les soins d'une mère pour son enfant!

        Le prix à payer, pour qu'elle devienne claire et bienfaisante, est élevé et souvent trop fort, car, en cours de route, la santé a pu s'altérer, à cause de l'âpreté du combat et de notre bonne volonté!  Nous n'avons pas voulu lâcher et c'est maintenant le corps qui renâcle et se révolte! Certes, notre fragilité, nos traumatismes ont appuyé notre torture et certains se sont détruits sans retour, mais il y avait un but, une raison, une vérité, et si cela reste dur, c'est la faute des dieux, qui veulent qu'on soit leur dupe!

        Malheur à celui qui ignore les dieux! qui ne leur rend pas hommage, qui ne les croit pas et qui les ridiculise! Car ce qui les protège, c'est justement de se sentir des dieux! Quelle bizarrerie la vie sur cette planète! Quelle étrange condition qu'est la nôtre!

        Pas pour les dieux! Ils ne sentent pas le froid du dehors, ni la solitude! Ils vivent sur leur nuage d'encens et pour cela ils sont prêts à tout! Il s'agit de se maintenir dans la lumière, d'occuper les premières places, qu'on parle d'eux! Vie éreintante et qui somme toute ne diffère que très peu de celle de l'homme de la rue!

        Chacun a priori veut sentir chaque jour sa valeur, son pouvoir, quitte à mépriser, à haïr, à bousculer, à terroriser ceux qui font obstacle! Les dieux ne font pas mieux, mais ils agissent dans une sphère lumineuse: leur apparition, leurs querelles, leurs pressions sont publiques! Les dieux n'en sont pas! Ce sont des animaux déguisés! Des hyènes et des singes endimanchés!

        Chaque jour, les dieux doivent s'imposer et ils ne connaissent pas la paix! Leurs besoins sont énormes et les poussent à bout! Il faut qu'ils travaillent sans cesse, pour faire la une et paraître des gagnants éternels! Ils s'usent, crachent leur venin, s'empoignent, se dénudent! Ils doivent être partout et la construction du mensonge est harassante! Par exemple, que d'efforts pour présenter la retraite tel un ultime rebond! Dame, des dieux ont été jetés dehors, tels des malpropres! La machine à lumière broie son monde!

        Pour celui qui a les yeux ouverts, le monde est incompréhensible! Au contraire des animaux, l'homme a été doté d'une conscience et pourtant il prétend vivre sans elle! C'est-à-dire qu'il croit qu'il peut grandir sans spiritualité!

        Les sociétés paraissent comme des ensembles viables, alors qu'elles ne sont tenues que par la domination! C'est l'ego qui les structure et non la raison ou le progrès! C'est l'ego qui les anime de sorte qu'elles ne sentent pas le gouffre qui les borde! C'est l'ego qui aveugle et qui est pourtant présenté comme le symbole de la réussite!

        C'est marcher sur l'autre qui est censé nous faire évoluer et nous éclairer dans le cosmos! C'est cela qui forme la pyramide humaine! Et la raison, naïve, chante sur ce tas de fumier!

        Malheur à qui ne respecte pas les dieux, car ils ferment toutes les portes, pour qu'on croit leur mensonge! Jésus, par exemple, un benêt, un psychotique, un dépressif qui s'est tué! Un brave type, sans doute, mais un raté sûrement!

        La domination est comme un pharmacien monstrueux, qui surveille tous ses bocaux! Sur les étiquettes, on peut lire: "Spiritualité, Poésie, Amour, Idéal, etc." La domination connaît tout et a réponse à tout! Elle ronfle, rugit, se dresse, se moque, règne, se cure le nez, écrase, pète! C'est un mur qui protège l'Olympe et qui enferme chacun d'entre nous!

        Qui ose s'aventurer dans la nuit, quitte à se perdre, pour explorer la conscience, trouver la vérité?

        Ce n'est pas la raison, car elle vient de calculer qu'en 2023 il y aura trois fois moins de sources qu'aujourd'hui et que si nous ne nous épouillons pas, nous risquons de tomber malades! La raison calcule et n'est jamais déraisonnable! Le mieux qu'elle puisse faire, c'est d'avoir une domination mesurée! Elle est alors stoïque, comme une stèle! Elle n'a pas maudit les dieux pour autant, elle n'est pas folle!

        Qui va explorer la nuit, quitte à se perdre, pour savoir s'il existe une vérité? Qui pourra le faire et avec quelle force? Qui sera assez stupide, pour faire un pas dans l'inconnu? Qui renoncera à la domination, en la trouvant abominable? Qui pèsera dans la nuit de tout son poids, pour la faire céder? Qui développera vraiment sa conscience, en lui donnant toutes ses ailes, tout son souffle?

        Celui qui sera honni par l'Olympe! Celui qu'on ne voudra pas voir, ni faire entrer! Celui qu'on ne reconnaîtra pas, qu'on raillera, qu'on méprisera! La domination ne pardonne pas qu'on la quitte, ni qu'on l'inquiète! Elle fuit sa peur et ne supporte pas qu'on la lui rappelle!

        Aujourd'hui, la Terre est lasse! Le réchauffement climatique et le Covid sont là pour en témoigner! Chaque jour, le manteau de la nuit peine à se retirer! Le mauvais temps est permanent, nous accable, nous enlève tout projet et le virus travaille nos sociétés, comme un insecte tape dans le bois, inexorablement! Ce ne sont pas seulement les économies qui sont attaquées, ce sont toutes les charpentes institutionnelles qui menacent de s'écrouler!

        Le dégoût et la haine se lisent sur les visages! La situation n'a jamais paru aussi fermée! Même les dieux semblent en veilleuse, désemparés et la télévision ne chante plus qu'un monde artificiel, une destination de rêve pour extraterrestres!

        Soudain, la domination s'affole, car son pouvoir n'est plus! Elle pique des crises de nerfs ou bien s'en va tuer quelqu'un! Ainsi, Trump laisse sa nation se déchirer! Il est un pur produit de notre temps! Hors de l'Olympe, point de salut!

        Demain sera plein de cauchemars, car il n'est pas possible que l'ego cède sans résister! Des monstres sont déjà en marche, dont nous n'avons même pas idée! Et tout ça pour ne pas aller dans la nuit, pour ne pas se diminuer d'un centimètre! pour ne pas en perdre une miette, par peur, par lâcheté, par bêtise!

        Qui sondera le dehors, qui en aura la force? Qui acceptera de perdre? Qui renoncera à être un dieu? Qui acceptera qu'on dise de lui qu'il est un perdant, un minable, un parasite? Qui sera oublié et méprisé? Qui aura peur et tiendra? Qui donnera tout, par amour? Qui aura confiance? Qui voudra voir le feu de la vérité, s'il existe?

        Car l'enchantement et la beauté sont toujours là! La domination est perdue et veut mordre, mais l'enfant de la foi danse! Il est encore la conscience amusée et reconnaissante! Il découvre l'infini, quand la science s'assombrit! Il fait la nique à l'Olympe!"

     

                                     LA MODERNITE

     

    Dieu pour elle est ringard!

    On y était contraint!

    Depuis, arrive en gare

    De la raison le train!

     

    Elle en sort en vraie star!

    Son sourire éblouit

    Et elle a pour les tares

    Du passé un bon Louis!

     

    Pourtant, où est le phare,

    Quand tout va dans la nuit?

    Pourquoi tant on s'effare,

    Si on sait ce qui nuit?

  • Dom Raison!

    Dom raison

     

     

     

     

                                                                  "Moïse veut son rocking-chair!"

                                                                             La Prisonnière du désert

     

     

        "Qu'est-ce qui fait que nous ne nous aimons pas? demanda Joord Kraabe. Car c'est bien là le problème: nous ne sommes pas solidaires! Nous ne soutenons pas l'autre; nous ne veillons pas à son développement; nous ne faisons pas preuve de prévenances! Nous ne sommes pas attentifs, respectueux, clairvoyants!

        Si cela était, si chaque jour nous pouvions voir réellement nos semblables, les difficultés, les dangers, les peurs et les haines s'évanouiraient d'elles-mêmes! Le réchauffement climatique ou le Covid ne nous demanderaient pas plus qu'un choix de tiercé!

        Pour résumer, il nous manque l'éveil! Et la question est: "Comment l'obtenir ou qu'est-ce qui l'empêche?" Car notre rapport à l'autre dépend de notre propre état d'esprit, de notre propre maturité!  Plus nous sommes libres et individualisés, et plus l'autre a pour nous une réalité distincte! Au contraire, plus nous nous débattons dans la nuit, dans nos peurs, et plus l'autre reste comme un faire-valoir, un adversaire obscur, que nous frappons tel un punching-ball et que nous méprisons volontiers!

        Que nous luttions contre l'autre nous isole et crée un monde dur, sans pitié, qui tôt ou tard nous fait souffrir à notre tour, quand il ne nous détruit pas! En favorisant le bien-être général, c'est nous-mêmes au final que nous aidons! Tout cela peut paraître évident, logique, plein de bon sens et pourtant nous en sommes à des années-lumière!

        Voici un cas courant, que nous avons déjà évoqué plusieurs fois... Vous entrez chez un commerçant et vous remarquez d'emblée qu'il est fatigué! Il ne s'en rend pas compte lui-même, car il est prisonnier d'un tas de craintes et de priorités, qui mêlent à l'envi la soif de bénéfices, la vanité avec des sentiments de culpabilité et des devoirs! Notre commerçant n'est pas plus libre qu'un homme sur un traîneau, perdu dans une tempête de neige!

        Ce n'est pas une fatalité, quoiqu'il puisse penser de son métier! A courir après des chimères, en ne voulant rien perdre de son égoïsme, il ne voit pas clair en lui et ne guérit pas de ses peurs! Il est responsable de son malheur, même s'il y a bien entendu un contexte économique, des impondérables, des pressions extérieures!

        Il est à l'origine de son esclavage et de sa peine! Il pourrait quasiment déposer la totalité de son fardeau, sans cesser de gagner sa vie! Dans ce cas, non seulement il serait soulagé et un sourire éclairerait son visage, mais en plus il aurait la possibilité de devenir un bienfaiteur de l'humanité, car il serait enfin disponible, pour s'intéresser vraiment à ses clients, ce qui leur donnerait à leur tour du baume au cœur, et ainsi de suite!

        Mais le poison est en lui! Et ce n'est pas le Covid, la période des fêtes, une mauvaise livraison, les taxes ou les impôts! Tout cela est secondaire, du moment qu'on est tourné dans la bonne direction! Mais notre commerçant cherche quelque chose, qui le condamne!

        De quoi s'agit-il? Vous avez vu qu'il a les traits tirés et donc vous adaptez votre attitude, afin de ne pas aggraver sa souffrance! Vous êtes un être humain de bonne volonté, lucide, qui considère l'autre réellement!

        Vous allez par conséquent tout faire pour alléger votre achat! Vous ne commanderez pas trop de choses et vous n'hésiterez pas excessivement! Vous vous efforcez à la brièveté, ce qui ne vous empêche pas de vous intéresser à la difficulté du commerçant! Vous donnez, car vous êtes disponible! Ceci est fondamental!

        Le commerçant apprécie immédiatement votre sympathie, ce qui est bien normal... En répondant à vos quelques questions, il exprime son ennui et se restaure un peu et c'est ce que vous vouliez: qu'il oubliât sa fatigue, en retrouvant du plaisir! Jusqu'ici tout va bien, mais soudain le commerçant expose son vice, la vraie raison de sa peine! Il vous révèle son maître, sans même s'en apercevoir! Et c'est un maître qui le fouette et le maintient en esclavage!

        Car après l'avoir écouté un moment, vous parlez enfin de vous, ou plutôt d'une chose, qui permet à vos sentiments de poindre! Par exemple, vous avez un mot sur la façon dont vous ressentez la météo, ce qui annonce vos propres préoccupations! Ce qui se passe s'appelle une conversation! Deux personnes se rencontrent et ont un échange! Il doit être équilibré, afin que chacun quitte l'autre satisfait, avec de l'espoir!

        Mais ici, à votre grande surprise et pour votre désappointement, votre propos reste sans réponse, ainsi que vous auriez parlé dans le vide ou que vous seriez fou! Dès que vous avez cessé de vous intéresser directement au commerçant, il s'est fermé! Il est devenu fourbe, avare, voleur, inhumain! Il ne vous voit pas, mais se sert de vous! Il prend, mais ne donne pas! Il est comme un désert qui boit de l'eau et il vous vide! Nous sommes là aux antipodes d'une relation bénéfique pour l'ensemble! Au contraire, c'est la guerre! On a l'air de dire: seuls les plus forts survivront!

        Pourquoi en est-il ainsi? Mais la réponse vient toute seule! Notre commerçant cherche à vous dominer, à vous supplanter! Par son silence, qui est une forme de mépris, il veut vous faire sentir qu'il est supérieur; alors que, dès le départ, vous avez vu sa nuit et voulu le ménager! C'est comme si un patient crachait sur son médecin! Mais le point de mire de notre commerçant, c'est son égoïsme et c'est cela qui fait son malheur, et non le Brexit!

        Inutile de dire que dans ces conditions il ne peut se faire admirer et il vous hait donc, même du plus profond de son âme! Pourtant, vous n'avez désiré que son bien! Ah! Mais il vous voulait soumis, dans ses ténèbres! Votre bonté, qui n'était pas de la pitié, l'a tout de même agacé! Il ne veut pas du remède! Il brûle! Il a soif et maudit le puits! Et il vous blesse sans vergogne, comme si vous n'étiez pas vous-même un être humain, quelqu'un de sensible! Il ne comprend rien, mais frappe!

        Il a des circonstances atténuantes: on le martyrise aussi! Il a peur et d'autres, par exemple son patron s'il en a un, en profitent! Il prête le flanc, apparaît demandeur et on le pompe, le malmène, exactement comme il a procédé avec vous! Mais qu'il subisse "dans son coin" ne l'excuse pas, car nous sommes dans une impasse! Il faut casser cette chaîne! essayer de comprendre, d'évoluer! Et c'est la domination, l'égoïsme qui est la cible!

        Mais notre commerçant a toujours le même réflexe: plus il souffre et plus il croit se consoler, en valorisant sa personne! On étouffe et l'oxygène semble nos qualités! Malheureusement, retrouver son pouvoir s'effectue toujours au détriment des autres! On les écrase, on les saoule! On ne fait rien fleurir et le réconfort qu'on obtient est éphémère, s'enfuit déjà! L'angoisse revient et des regrets apparaissent, car on provoque des ruptures et on se sent encore plus seul, plus vulnérable! Le gain de l'amour-propre est amer!

        On peut toutefois continuer à s'abuser et répéter que l'économie va mal, que le gouvernement est incapable d'endiguer la violence, le flot des étrangers, etc.! On se plaint avec la clé du bien dans la poche!

        Cependant, jusqu'à présent, nous n'avons pas parlé de la raison! Certes, je vous livre ici une analyse, quelque chose de réfléchi, mais, sur le terrain, la perception n'est pas d'abord du domaine de la raison! Tout se passe comme si la maturité était comme les peaux d'un oignon, tellement elle détermine notre rapport au réel! Notre commerçant ne voit les choses qu'à travers sa domination! Tout ce qui ne le flatte pas, ne satisfait pas son égoïsme, est rejeté et reste même incompris, car ce qui nous fait est bien entendu lié à notre peur!

        Celle-ci nous ferme, nous rend cruel, nous maintient dans l'ignorance et empêche notre guérison! Nous aurions beau expliquer à notre commerçant, avec les meilleurs arguments possibles, comment il nous blesse et les bienfaits de l'altruisme, le résultat serait nul ou presque, car la peur est paralysante! Il faudrait d'abord la calmer, mais c'est une question de maturité! C'est le résultat d'un développement et non d'un simple raisonnement! C'est l'aboutissement d'une recherche, le fruit d'une métamorphose et non la solution d'un problème mathématique! On peut même dire que c'est la perle unique de la foi! Toujours est-il que, libéré de sa peur, l'homme est prêt à tous les entendements!

        Aujourd'hui, on oppose traditionnellement la foi et la raison et c'est un héritage historique! En effet, les hommes ont combattu la foi pour être libres, car celle-ci était devenue elle-même dominatrice et même odieuse, en s'alliant avec le pouvoir des plus riches! La réaction a été si forte qu'elle a été saluée comme la naissance du libre arbitre et depuis le fossé entre la foi et la raison semble impossible à combler!

        La seconde considère la première avec un certain mépris, comme un enfantillage, une superstition, indigne de la modernité! Il est d'ailleurs courant de voir la foi telle la partie idéale de l'homme, celle qui appartient aux rêveurs, et il y a donc les idéalistes et les réalistes! les artistes et les scientifiques! les névrosés et les esprits objectifs, etc.! On entend certains nous parler de la raison, comme si elle était un pont d'or pour l'humanité et qu'eux-mêmes avaient accepté de mourir au bord de la route! Qu'on nous permette de douter d'une telle résignation, car la seule raison ne permet pas de comprendre toute la réalité!

        D'ailleurs, comment guérit-elle de sa peur? Il n'y a qu'une seule solution, c'est que sa domination soit assurée! Il faut qu'elle occupe dans la société un poste, qui lui donne le sentiment de sa valeur! Elle sera professeur, psychologue, ministre ou bien elle aura un succès littéraire, qui la confortera dans ses idées!

        Elle ne reconnaît donc pas le phénomène de la domination, puisque c'est lui qui la soutient et je vous rappelle que c'est moi qui vous l'explique et non la science! Mais cela veut aussi dire que, si la raison est menacée dans son amour-propre, elle aura le réflexe que nous connaissons tous maintenant! La peur la pénétrera et provoquera sa haine! C'est ce que j'exprime à travers le poème que je vous ai joint, car bien souvent un bon poème a l'effet d'une bonne caricature et fait mieux comprendre qu'un long discours!     

        La seule raison ne permet pas d'échapper à "la chaîne de la domination", au contraire de la foi, qui s'y attaque d'emblée! C'est ce que Jésus veut dire par cette parole: "Vous êtes du monde et je ne suis pas du monde!" "Etre du monde", c'est accepter la domination, y trouver son compte! C'est lui donner son sens et satisfaction! C'est encore nous maintenir dans une impasse, un fonctionnement qui nous détruit! Ainsi, enfin, la seule raison ne peut constituer notre avenir, ni sauver la planète!

        "Ne pas être du monde", c'est refuser de dominer, grâce à la foi! C'est véritablement changer la donne! Mais ce n'est pas non plus s'amputer de soi-même, se mortifier! Ce que permet la foi, c'est de guérir de sa peur, sans avoir besoin de l'autre comme marchepied! C'est donc de se libérer, d'être soi entièrement!

        Ainsi, on connaît la joie et on peut admirer, à côté de la société, le ciel et ses nuages; tandis que la majorité croit bêtement que le monde tourne autour d'elle!

     

                   LE PSY

     

    "Oui, oui, je comprends, oui!

    C'est normal: j'ai l'air grave!

    Vous avez peur de lui,

    Vous craignez une entrave!

     

    Ouf! Voilà le suivant!

    Mais, diantre, il me domine!

    Il paraît tel le vent

    Et moi un fonds de mine!

     

    Où sont mes théories?

    Je veux crever ce type!

    Indiquez-moi le prix,

    Je vous envoie le TIP!"

  • Dom riche!

    Dom riche

     

     

     

     

                                                                "C'est triste, car c'est pas tes tics!"

                                                                                                 Blague OED

     

     

        "Parlons de l'ineffable Dom riche, fit Joord Krabbe, et comprenons pourquoi Jésus a dit: "Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des Cieux!"

        Evidemment, le riche a aussi ses soucis, ses problèmes et il a d'ailleurs souvent un psy qui lui est attaché! C'est que son éducation bourgeoise a laissé des traces, des traumatismes, dans les circonvolutions de son cerveau! En fait, que ferait un riche s'il ne s'occupait pas de lui-même, s'il ne se prenait pas au sérieux? Il se choit et c'est bien normal: il en a le temps et les moyens!

        Il a pour lui-même beaucoup d'affection, de considération et c'est même celle-ci qui le fait tenir debout! Son univers est en effet très codé et hiérarchisé, car les riches se reconnaissent entre eux, s'évaluent et se placent sur une échelle! Cette femme a un trou dans son bas! Elle n'a pas de boucles dorées sur ses chaussures et elle ne va pas à la messe!

        Au contraire, cet homme a un lourd manteau, est grand et rit fort: il est des nôtres! Le petit salue le grand! C'est tout un monde! C'est encore toute la société, même si les pauvres jettent des cailloux sur le train qui passe! Ils voudraient le confort des premières! Ils jouiraient bien du velours des sièges et de l'ambiance feutrée du voyage! C'est d'ailleurs pour ça qu'ils agitent des drapeaux rouges: c'est pour eux la couleur du luxe!

        Mais patience! "Les aristocrates à la lanterne!" et "La vengeance est une boiteuse!" dit le dicton. Toujours est-il que toute la société se tient par le pouvoir ou la domination! Elle est irriguée comme un corps humain! Il y a le cœur, qui rit sous sa pluie d'or, qui pompe, mais qui aussi dispense jusqu'aux extrémités, qui se réchauffent à peine, où on maugrée, après sa vie laborieuse, à cause de l'anonymat; où on rêve devant la télévision, des étoiles pleins les yeux!

        Mais tout cela au fond est hors de la réalité! Ou plutôt c'est édifié contre elle! Sur l'affiche, on voit une plage de sable blanc, bordée de cocotiers, et des riches vêtus de paréos, qui s'amusent en soufflant dans des conques! Ils veulent faire envie, car c'est leur importance qui donne un sens à leur quotidien!

        Ils comprennent donc la colère du pauvre, même s'ils la réprouvent et s'en défendent! Car celle-ci met encore le riche au centre de tout, ce qui quasiment le comble! Qu'il y ait du tirage par le bas montre que le système fonctionne! C'est comme avec beaucoup de femmes! On peut presque tout leur dire, à condition qu'on parle d'elles! Ainsi, même une certaine impudeur est excusée! (Notez qu'il y a bien des hommes aussi coquets!)

        Mais ce qui affole le riche et provoque sa haine la plus terrible, c'est l'indifférence qu'on lui marque, non par mépris, mais parce que simplement on ne le voit pas! Et on ne le voit pas, parce qu'on ne veut plus dominer! On n'est plus dans le jeu du riche, pour ainsi dire! On a dépassé ce stade, car on a jugé la domination stérile, impuissante, ridicule même! On ne saurait se satisfaire de la soumission des autres!

        Dans ce cas, le riche est perdu! C'est comme si on ouvrait brusquement une porte sur le cosmos! L'effet est d'autant plus fort que le riche est âgé, car il a ses aises! Mais, soudain, tout s'écroule! Toute la construction, qui soutient l'existence, vole en éclats! Et la réaction du riche est toujours la même: il ne veut plus que détruire la source de sa peur!

        Car le riche s'est réfugié dans la domination à cause de sa peur! Et c'est pourquoi nous disons que les sociétés sont fermées! et qu'elles luttent contre la réalité! Car sinon le riche n'aurait pas de haine! Sa réaction, face à l'indifférence, ne serait que curieuse ou compréhensive! Le fait qu'il y ait irritation, colère ou mépris, montre qu'il y a incertitude, inquiétude et qu'au fond nulle solidité n'assure la vie du riche! Et comment pourrait-il en être autrement?

        Qu'est-ce que la parade du riche, face à l'immensité de l'Univers? Qu'est-ce que sa renommée, face au pouvoir de la mort? Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour ne pas devoir affronter sa peur, le riche, et donc la société, réclament à tout crins le droit de vivre comme les animaux! C'est-à-dire que la vie soit réglée par la domination! A partir de là, le riche est chez lui et tout va bien, ou presque! Car c'est encore cette attitude qui fait que nous détruisons notre planète!

        Nous voulons que notre système fermé s'étende sur tout le globe, ce qui n'est pas possible! C'est la fable de la grenouille, qui voulait être aussi grosse que le bœuf, qui se répète! Nous ne pouvons faire la Terre à notre image! Nous devons comprendre la nature comme elle est, avec sa vie propre, sans qu'on la domine forcément! Elle n'est pas à notre botte! Mais, pour la respecter, il est nécessaire de se libérer de sa domination et par là de sa peur!

        Pour l'instant, les sociétés prennent des mesures, formulent des lois, pour calmer le climat, mais ce n'est qu'un pis-aller, que nous avons déjà bien du mal à établir! La situation est telle que nous ne comprenons plus grand-chose... L'économie, par exemple, est l'une des grandes énigmes de notre temps! Sommes-nous à son service, ou est-ce le contraire? Qui a créé ce monstre? Il faut consommer, mais pour quoi faire? Le riche n'est pas heureux! Nous avons déjà tout dans nos sociétés, et ça ne va pas!

        Certes, l'absence de consommation est un signe de dépression! Le moral des ménages est un baromètre éprouvé! On dépense quand on a confiance! Mais c'est justement celle-ci qu'il faudrait retrouver et ce ne sera certainement pas en jetant de l'argent, d'un hélicoptère!

        La confiance! Voilà ce qui manque le plus au riche! Ben dame, a-t-on confiance, quand on s'est protégé de tout côté? Le riche s'assure de sa sécurité, d'autant que c'est son apparence qui doit impressionner, le faire dominant! C'est un mirage, c'est entendu, mais le compte en banque est bien fourni et on ne craint pas les mauvaises surprises!

        Mais, alors, quel rapport a-t-on avec Dieu? Celui qu'on entretient avec la nature ou la beauté, le dimanche? Le considère-t-on comme accessoire, une chose abstraite ou hygiénique? Et qu'est-ce qu'une foi qui n'est pas éprouvée? Qu'est-ce qu'un amour qui n'est pas nourri?

        Force est de penser que la religion sert encore pour la vitrine du riche! La respecter, c'est faire partie du meilleur monde, celui du pouvoir! Et la religion accepte cette hypocrisie, car elle y trouve son compte! Sans le riche, elle aurait encore moins d'influence et il en a toujours été ainsi! La religion et le riche ont formé dès les premiers âges un couple, qui est devenu avec le temps infernal!

        Au commencement s'éveille la conscience et l'idée d'une intelligence supérieure, qui a inventé cette conscience, s'impose naturellement aux hommes! Aujourd'hui, c'est le contraire: on parle de l'invention de Dieu et d'une modernité, caractérisée par la gouvernance de la raison!

        Cependant, si on veut bien être honnête, il faut bien voir que c'est le chaos! Le climat, le Covid, la violence forment la tempête qui s'abat sur le navire société, et son commandant, la raison, n'a véritablement aucune solution! Nous n'entendons rien de valable, sinon des cris, des ordres, qui ne font que répondre à une nécessité bien précise, comme si on réparait une voie d'eau! Mais un sens, un espoir, un apaisement, point!

        Toujours est-il que le culte, censé comprendre les choses, s'est naturellement associé au pouvoir politique, car ainsi la cohésion de la société était assurée! Cela est certainement venu d'abord de la meilleure volonté, mais le couple pouvoir culte, non seulement va régulièrement se déchirer (voir les relations Empire, papauté!), mais encore il sera le mauvais exemple, car vous ne pouvez pas vous assurer vous-même de votre importance, de votre sécurité et demander en même temps aux plus pauvres de ne pas avoir peur et de renoncer à leur amour-propre! ("Vous imposez des devoirs que vous-mêmes ne touchez du bout des doigts!" Evangile.)

        Cette fausseté finit par provoquer la furie du peuple, jusqu'aux conséquences que tout le monde connaît! Nous en portons encore l'héritage: la droite donc compte ses sous et va à la messe; quand la gauche veut renverser le capitalisme et est paranoïaque, dès qu'il s'agit de la laïcité! Cependant, pour les uns comme pour les autres, c'est le pouvoir qui est à conquérir, c'est la domination qu'on veut, même si certains s'abusent par l'anarchie, le communisme ou la vision d'un pays qui ne serait plus qu'une gigantesque Assemblée!

        L'animal qui est nous se gausse de nous!

        Le riche, comme le pauvre finalement, tiennent à une société qui les protège et qui conserve leurs valeurs; où la domination est nourrie comme un bébé! Personne ne prend son courage à deux mains, pour éclairer la nuit du dehors! C'est pourtant ce qu'offre la véritable foi, celle qui est sincère! C'est de mettre un pied dans l'inconnu, pour grandir, pour que se développe la conscience et l'homme de demain, aussi surprenant que cela puisse paraître; car, évidemment, rien qu'au nom de Dieu, beaucoup jettent leur torchon et donnent leur démission, comme s'ils avaient mieux à proposer, à part leur petite personne!

        Combien d'intellectuels ne sont pas leur propre dieu?

        Encore une fois, il faudrait déjà reconnaître le désastre ambiant et l'absence de réponses! Nous sommes dans la nuit! Mais c'est la sincérité qui fait peut-être le plus défaut, à cause de l'orgueil! Combien n'avouerons jamais qu'ils sont perdus, car ce serait voir une vie apparemment ratée? Ils meurent de soif, à côté du puits! Rien ne pourrait leur faire admettre leur détresse! La tête haute toujours! On est broyé avec un visage impassible! On coule près du drapeau!

        Ce n'est que quand on est seul, à l'abri des regards, qu'on gémit et qu'on pleure! Où sont alors les fanfarons de la pensée? Qui guérit? Qui peut consoler, sinon celui qui vit dans la joie, dans la paix? Ce n'est pas le cas du riche, ni du pauvre, ni même du champion de la raison!

        On ne peut pas être disponible, tant qu'on ne s'est pas libéré soi-même de la domination! Ce n'est pas possible! La foi permet de danser, car elle donne la force! Est fort celui qui joue avec son ego, qui n'a pas peur de manquer, d'être injurié! Est fort celui qui sait attendre, qui est détaché de lui-même! Est fort celui qui a exploré les ténèbres, c'est-à-dire le monde sans lui! Et c'est seulement la foi qui rend possible ce tour de force, car c'est seulement l'amour, la force de l'amour, qui fait qu'on est prêt à subir, à faire confiance!

        C'est seulement l'amour qui fait qu'on se dépasse! Mais comment meurt le riche? Voilà une question intéressante, et qui occupera facilement les longues soirées d'hiver!

     

           LE RICHE

     

    Le riche aime être odieux!

    C'est l'orgueil qui ruisselle!

    C'est plus puissant que Dieu!

    C'est du fier la ficelle!

     

    Le riche est là au mieux,

    Dans son habit bien net!

    La nuit, c'est pour les vieux

    Qui n'ont pas de planète!

     

    Le riche est dévotieux!

    Il salue quand ça sonne!

    Car on a fait des cieux

    Exprès pour sa personne!

  • Dom pommé!

    Dom pomme

     

     

     

     

                                                                              "Noël, fête du stress!"

                                                                                         Maxime OED

     

     

        Le vaisseau PAX III se matérialisa dans l'espace proche de l'exoplanète Actarius, avant de plonger dans son atmosphère agitée. La mission du vaisseau était de rechercher de la vie et son équipage fut soudain sidéré! Il voyait une ville gigantesque et donc l'œuvre d'autres êtres intelligents! Cela fut comme un coup de tonnerre, mais, à mesure que le vaisseau se rapprochait, il devenait évident qu'on était devant des ruines!

        Les tours étaient prodigieuses et atteignaient des hauteurs jamais vues! Elles scintillaient au soleil, mais elles paraissaient désespérément vides! Cette impression était renforcée par l'absence d'oiseaux et même de nuages! Un azur immarcescible trônait au point de paraître empoisonné! Mais c'était surtout ce silence qui semblait une condamnation et qui révélait l'emprise de la mort!

        Que s'était-il passé? Une navette et trois Terriens se posèrent dans une avenue. Il n'y avait aucun trafic et nul ne circulait sur les trottoirs. Par contre, du sable avait commencé à envahir le pied de certains édifices, comme une marée qui progresse. Soudain, la navette se mit à trembler; elle sautait littéralement sur place! "Bon sang, on arrive en plein tremblement de terre!" fit Braxton, qui était aux manettes. 

        _ Le sismographe est négatif! coupa Cooper, son supérieur.

        _ C'est bizarre! ajouta le professeur Morgan."

        Une explosion coiffa la vue. "Qu'est-ce que c'est qu' ça? s'écria Braxton.

        _ On nous tire dessus, figurez-vous! répondit Cooper. Mettez fissa la navette à l'abri, sinon on va y rester!

        _ Mais... mais pourquoi? demanda dans un murmure Morgan."

        La navette, maintenant, essayait d'échapper à des tirs de plus en plus puissants et précis! Des flammes et des rayons l'environnaient et Braxton suait à grosses gouttes! Un instant, le ciel se dégagea et ce que virent les hommes les glaça d'effroi! Un géant écumant, aussi haut que les tours, faisait feu avec ses yeux!

        " Bon sang! Quelle horreur! laissa échapper Morgan.

        _ Là! Enfoncez-vous sous terre! ordonna Cooper, qui avait déjà combattu!"

        La navette prit une large bouche et arriva sur un quai désert. "On est où là? demanda Braxton.

        _ Devant un canal dématérialisant, expliqua Morgan. Il transporte les gens comme notre vaisseau! Ces gars-là sont plus avancés que nous!

        _ Et ça leur réussit! rajouta Cooper. Engagez-vous, Braxton, ça nous mènera bien quelque part!"

        La navette s'éparpilla telle une poussière de diamant, avant de retrouver une autre station. "Pffft! C'est rapide! s'écria Braxton. Y a une inscription, mais évidemment on n'y comprend goutte!

        _ Leur alphabet est quand même près du nôtre, fit remarquer Morgan.

        _ Approchez-vous de l'objet qu'on voit à l'entrée de ce passage, demanda Cooper.

        _ On dirait... on dirait...

        _ Une ration de survie! précisa Cooper. Brax, faites-nous entrer dans le passage!

        _ Et hop, on allume les phares!"

        La navette s'enfonça dans l'obscurité, elle survola des tas de déchets, puis la tête apeurée d'un vieillard apparut! "On en tient un! fit Braxton.

        _ Ils ne sont pas très différents de nous, dit Morgan. Le lobe frontal peut-être plus élevé... et encore!

        _ Branchez le traducteur émotionnel, Brax! enchaîna Cooper. Faut qu'on cause!"

        Le traducteur émotionnel lisait les émotions des individus, avant de les transformer en sons. Un langage universel se dégageait ainsi! Cooper parla: "Ne soyez pas effrayé! Vous avez en face de vous une navette en mission d'exploration! Nos intentions sont uniquement pacifiques!

        _ Vous êtes d'une autre planète?

        _ C'est exact, nous sommes des Terriens et nous avons voulu découvrir votre monde... Mais nous avons été attaqués... et apparemment la ville n'a plus d'habitants!

        _ Oui, ils ont été exterminés... par le monstre qui est dehors!

        _ Vient-il lui aussi d'une autre planète?

        _ Oh non! C'est nous qui l'avons créé! Mais je suis fatigué... Je vais m'asseoir, si cela ne vous dérange pas..."

        Le vieux prit place sur un tabouret de bois et alluma une bougie. Sa cachette apparut, misérable, avec un grabat sale dans un coin. Les Terriens en profitèrent pour sortir de la navette et on se regarda! Puis, Cooper demanda: "Mais qu'est-ce qui s' passe?

        _ C'est une longue histoire, répondit le vieil homme, en se passant une main faible dans les cheveux. Le pire, c'est que je suis sans doute le principal responsable de cette tragédie! En tout cas, c'est moi qui ai initié le projet Dominium! Vous êtes un scientifique?

        _ Moi, je le suis! s'écria Morgan.

        _ Eh bien, notre connaissance de la nanotechnologie était telle que nous avons réussi l'union parfaite de la cellule et de la technologie! Nous avons donné naissance à une vie aussi bien biologique que mécanique! L'individu nouveau était né! Il avait l'intelligence des Actariens et l'efficacité de la machine! Il était normalement sans défauts! Encore devait-on le faire fonctionner suivant un principe essentiel Et c'est là que je proposais la loi Dominium!"

        Ici, le vieux eut une grimace de douleur et baissa la tête... "Mais en quoi consistait cette loi? demanda Morgan aussi curieux qu'impitoyable. "Oh! Elle était issue du règne animal, répondit l'Actarien, et elle voulait que notre créature fasse valoir sa domination, c'est-à-dire développe sa personnalité, suivant les stimuli de l'environnement!

        _ Je ne vois pas où est l'erreur, rajouta Morgan. C'est bien ainsi qu'on assure sa survie et qu'on s'adapte!

        _ Oui, sur le papier... Si l'environnement devient hostile, l'individu cherche davantage à s'imposer, pour conserver sa place et pouvoir se nourrir! Si les conditions sont favorables, il n'y a donc pas de danger... et dans un premier temps, nous avons été enchantés du travail de Ryn, comme nous l'avons appelé! Vous avez vu la ville? Elle a rapidement fait notre fierté! Ryn était plein de projets et il nous communiquait son enthousiasme, au point que nous lui avons donné de petits frères; des êtres comme lui, qu'il a pris sous son aile... Quel rendement! L'outil et le cerveau inlassablement en action! Des prouesses techniques qui soufflaient la population! Puis, il y eut des alarmes... On ne peut détruire la nature impunément, sans qu'elle se rebelle... Des tempêtes à répétition nous accablèrent! Des inondations ravagèrent des terrains, en semant la désolation! La mer même semblait en colère et il y eut des raz de marée! Le nombre de morts imposait qu'on diminuât l'extension de la ville et nos industries... et pour la première fois, nous nous heurtâmes à Ryn!"

        De nouveau, le vieil homme se perdit dans ses pensées et ce fut Cooper qui dut demander: "Et quel a été le résultat?

        _ A votre avis? Ryn a très mal réagi, puisqu'il rencontrait une opposition! Nous avons eu beau lui expliquer qu'à terme il se condamnait lui-même, s'il ne se modérait pas, il est resté déçu, haineux et sournois! Plusieurs de mes collaborateurs ont disparu subitement! Nous ne faisions pas le poids face à Ryn et ses pareils! Ils ont fini par prendre le commandement... et notre extermination a commencé! Nous étions devenus des êtres périmés, juste bons pour la poubelle! J'entends encore les cris! Je vois la nuit! Plus nous résistions et plus Ryn et les autres grandissaient, se métamorphosaient! De prodigieux instruments de morts! Quelques uns ont échappé comme moi, mais nos existences sont désormais celles des rats!"

        _ Je suis désolé, fit Morgan.

        _ La question est celle-ci: puisque notre environnement n'était pas hostile, pourquoi ne sommes-nous pas arrivés à un équilibre? Pourquoi avons-nous mis en péril notre planète? Il y aurait dû avoir un ajustement, même chez Ryn! Mais le problème, c'est la conscience, si je peux dire! En effet, elle nous fait peur, car elle nous place devant l'inconnu! Ainsi, nous sentons la vie comme une menace! Nous sommes tout le temps inquiets, d'où notre acharnement à dominer et donc à détruire! Il eût fallu d'abord guérir notre angoisse et celle de Ryn!

        _ Mais... mais comment?

        _ Bon sang! Mais pourquoi ne nous demandons-nous pas si Dieu existe? C'est la moindre des choses! Mais nous nous abusons grâce à la domination; soit par la richesse, soit par la lutte! Le résultat, c'est que nous sommes perdus, à la dérive! Là voilà, la vérité! Et vous voulez que je vous dise, ce que nous recherchons au fond, même si nous ne l'avouons pas ou ne le comprenons pas, c'est Dieu! C'est lui notre paix, notre joie! Ah! Mais nous sommes d'un orgueil achevé, pommé! Le projet Dominium! Non, mais vous vous rendez compte?"

        A cet instant, des serpents de lumière sortirent des murs et électrifièrent le vieil homme! "Bon sang! Mais qu'est-ce que... ? s'écria Braxton.

        _ C'est Ryn qui a trouvé son créateur! fit Cooper. Allez, tous dans la navette!"

        Les serpents de lumière les rejoignirent, mais ils se heurtèrent à la coque qui les protégeait! "Direction le vaisseau, commandant? demanda Braxton.

        _ Oui, mais avant on va régler le compte de l'autre affreux! Vous préparez l'éjection de notre charge explosive!

        _ Mais ce n' sera qu'un pétard pour un tel géant!

        _ Pas s'il l'ingère!

        _ Comment? Vous voulez que Ryn avale votre pastille? s'insurgea Morgan.

        _ Mais oui, le vieux nous a donné la solution! La navette au niveau de la tête de Ryn, Brax, et les haut-parleurs à fond!"

        Ce qui fut dit fut fait et Cooper parla au géant: "Nous sommes des Terriens, Ryn, et nous sommes subjugués par vos capacités! Que diriez-vous d'un petit séjour sur notre planète, car ici vous êtes dans une impasse, non? Mais il faudrait convaincre nos dirigeants! Je suis sûr que vous pourriez en raconter!

        _ En raconter? Ah! Ah! Oui, oui, elle est bien bonne! Ah! Ah!

        _ Il ouvre grand la gueule, allez-y Brax!"

        La navette retrouvait le vaisseau, tandis que Ryn en dessous se tordait et vacillait.

         "Eh! Mais l'Actarien nous a laissé un message aimanté! fit soudain Braxton.

        _ Décryptez!

        _ C'est un poème:

     

               Les Gens

     

    Ils sont aussi perdus

    Qu'ils sont odieux et vides!

    Et la peur est leur dû,

    Sous leur masque et leurs rides!

     

    C'est le trafic haineux,

    Le m'as-tu-vu du riche

    Et de l'orgueil les nœuds!

    C'est qu'on pleure et qu'on triche!

     

    La bête a plus de prix!

    Et le ciel et ses îles

    Font qu'ici-bas on crie:

    "Allez, tous à l'asile!""

  • Sacré Dom!

    Sacre dom

     

     

     

     

                                                              "Aie confiance!"

                                                                Le Livre de la jungle

     

     

        "J'aimerais revenir sur les DTN, fit Joord Kraabe, à Diane Castillon et Dan Curtis, car on peut dire qu'ils caractérisent notre époque! Oh! Les DTN, ou Doms Trous Noirs, ont sans doute toujours existé, mais on les voyait moins! On les voyait moins, parce qu'il y avait des structures, des pouvoirs qui les masquaient!

        En effet, rappelons que le DTN ne supporte la vie que s'il est le maître du monde qui l'entoure, si celui-ci est sous sa domination et à son image, fait uniquement pour lui, selon ses humeurs! Et le DTN a pu trouver dans les structures existantes, dans leur autorité, un moyen, une place, une force, pour transformer ou maintenir la société telle qu'il la voulait!

        Ainsi, il a pu utiliser la religion catholique, dans notre beau pays, mais aussi le parti communiste ou tout parti en général, puisque, il y a peu encore, les clivages politiques étaient exclusifs! Tout mouvement assez solide peut constituer une carapace, un abri, une cause, mais aussi un bélier, une épée ou un tank contre tout ce qui peut représenter la différence, la diversité, l'inconnu et bref, tout ce qui est à même de générer de la peur, voire de l'épouvante!

        Aujourd'hui, la situation est spéciale! Le seul pouvoir qui reste est celui de l'Etat, qui se présente comme un château fort attaqué par les flots! Le ciel est noir au-dessus de sa tête et la tempête bat ses pieds! Chaque samedi, nous avons droit à des émeutes! A croire que nous sommes gouvernés par le diable et que seul un exorcisme public pourra nous débarrasser de la bête!

        Mais les structures qui servaient aux DTN ont disparu et pire, l'avenir n'est même pas envisageable! Il se dissout dans un brouillard délétère, où n'évoluent que des ombres dépressives! "Passez-moi l'addition, s'il vous plaît! Merci! Voyons voir... Mazette, vous êtes sûr que vous n'avez pas compté aussi la table d'à côté! Ou alors vous avez dû fouler la vendange, avant de servir le vin? Non? Tout est exact! Bon, bon, ça vous gêne pas, si je refais le calcul? Alors, pays surendetté! Nous sommes d'accord... Réchauffement climatique, comme un trou de serrure pour l'humanité... Evidemment... Covid! Mais oui, c'est vrai, il est là! Gilets jaunes, violences, la mort de Giscard... Non, celle-là n'est pas comptée! Non, mais de toute façon, c'est plombé pour nous! Tu veux payer, chérie?"

        C'est l'incertitude qui regarde le monde dans les yeux! Les DTN se multiplient donc, puisque c'est la peur qui les fait naître! Ils veulent une vie fermée comme un coffre-fort, afin que la frayeur n'y rentre pas, et aujourd'hui il leur faut l'acier le plus dur! Nous avons des DTN à un degré jamais vu! De vrais malades! Un extraterrestre débarquerait, il signalerait notre planète comme un asile de fous!

        Tout en haut de l'échelle de l'absurde, le mot convient assez bien, il y a notamment les casseurs! Ou comment mieux faire triompher son monde, sinon en détruisant celui des autres? Le casseur n'a pas inventé l'eau chaude, d'autant qu'il n'y a aucune raison d'être violent, quand on n'a pas peur! Mais cette trouille viscérale, terrifiante même et qui vient sans doute du sentiment d'être exclu, est occultée par le fonctionnement du clan, du groupe, dans lequel s'établit une hiérarchie, qui fait qu'on ne doit pas déchoir et qu'on se lance des défis! Mais, prenez le casseur tout seul, il est perdu! La société l'effraie, il ne peut en être autrement!

        Les casses sont parfois agrémentés de pillages et c'est un coup dur pour l'idéologie! Car il y a l'idée d'aller faire le beau ailleurs, en accord avec le système! Derrière le casseur se cacherait-il un m'as-tu-vu de la destruction? Quand je vous dis que la peur est larvée, puisque l'apparence compte!

        On parle sans doute de marques, entre deux attaques! Cependant, la logique du casseur se retrouve dans tout DTN! L'individu, homme ou femme, jeune ou vieux, qui presse les autres dans une file d'attente, ainsi qu'ils seraient du bétail, celui-là également veut que le monde soit le sien, qu'il fonctionne à son rythme, qu'il le commande; car ainsi il se sent important, tellement que l'étrangeté de notre condition mortelle d'être humain, sur une planète perdue dans l'espace, ne lui apparaît même pas!

        C'est comme si, pour ne pas sentir le grand vent du dehors, on se recroquevillait dans un état fœtal, dont le symptôme est un super égoïsme! Mais entre ce comportement et celui des casseurs, il n'y a qu'un cheveu, même s'il est rédhibitoire et il s'agit bien entendu de la barrière de la loi, mais c'est tout! On effarerait la majorité si on pouvait lui faire comprendre qu'elle n'est qu'une bande de casseurs disciplinés, éduqués, si on veut!

        La chose est facile à prouver! Qu'est-ce qui provoque la haine du casseur? C'est l'ordre de la société, car il témoigne de la différence et constitue un obstacle, pour tout monde personnel qui voudrait s'imposer! Qu'est-ce qui suscite la haine de tous ceux qui pèsent sur les autres, à la boulangerie ou ailleurs, mais c'est l'ordre de la file d'attente! Le fait que ce soit à chacun son tour et qu'il faille patienter heurte le DTN et semble aussi une entrave!

        Et si vous vous montrez absolument indifférent à son influence, vous déclenchez sa haine et son mépris! Le voilà animé du désir de vous détruire, et il peut effectivement encore vous donner un coup de coude, ou vous empêcher le passage! C'est que derrière toute haine, tout mépris et toute violence, il y a de la peur! Il ne saurait être autrement! Vous n'avez qu'à vous observer et vous verrez qu'à chaque fois que vous cédez à la colère, c'est parce que vous êtes inquiet! C'est un phénomène suisse!

        Et comme notre époque est rongée par l'incertitude, on a une immense pétaudière, agressive et violente! Le mouvement contre la loi de sécurité globale est encore une réaction de DTN! Est-ce que cette loi change leur quotidien? Non, mais ils se sentent oppressés, dès que le gouvernement fait ressentir son autorité! Ils sont hypersensibles à l'environnement, car ils sont comme des pieuvres qui étendent leurs tentacules!

        Le fort, lui, est libre à l'intérieur, parce qu'il n'est plus sous le joug de sa peur! Il n'a pas besoin que le monde lui ressemble et la diversité l'enrichit! Le DTN, lui, parle haut dans son téléphone, comme si la rue lui appartenait, ou bien il passe avec de la musique plein pot, comme s'il conduisait une voiture de cirque! On l'aura compris, pour sortir de ce cercle vicieux, diminuer la violence et y voir un peu plus clair, il faut d'abord combattre sa propre  peur et c'est tout un apprentissage, un chemin! Cela se pratique chaque jour; c'est même l'œuvre de toute une vie, mais elle en vaut la peine! Non seulement vous connaîtrez la joie, mais vous la diffuserez! Vous deviendrez inestimable, malgré Drouot! Hum!

        Alors, quel est le mode d'emploi? L'Evangile ne nie pas la peur, bien au contraire! Jésus dit (Matthieu 6, 33-34): "Ne vous inquiétez donc point et ne dites pas: Que mangerons-nous? Que boirons-nous? De quoi serons-nous vêtus? Car toutes ces choses , ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même."

        Evidemment, voilà qui fait toujours tousser! Surtout le maçon, on le comprend bien! La nourriture, il faut bien la payer, et la graine ne se plantera pas toute seule! Le banquier  se passe de pitié, en disant que les chiffres sont les chiffres et les factures ont l'air d'orphelines! Pourtant, le message de Jésus évoque bien des lois "souterraines", puisque "Le lendemain aura soin de lui-même"! 

        Ce sont bien ces lois qui constituent le royaume de Dieu et qu'il s'agit de connaître! Car la réalité n'est pas le cri de l'homme de la rue, quand il réclame justice! Observez, par exemple, les gens faire leurs courses dans un magasin Bio... Ont-ils l'air heureux? Pas vraiment! Leur visage est fermé, comme s'ils faisaient là une corvée! Pourtant, les aliments qu'ils achètent devraient avoir de quoi les enchanter, à condition qu'ils viennent juste apaiser la faim!

        Mais cela demande déjà d'être disponible, attentif et même simple! Or, dans le magasin, les bras prennent comme s'ils avaient peur de manquer! L'esprit est inquiet et c'est lui qui produit la crispation des visages et cette tension qui affleure en permanence, pour une tâche qui est une chance! Il devient évident que pouvoir dompter son inquiétude, grâce à la connaissance des lois du royaume de Dieu, permet de mieux sentir la valeur des choses! Nous sommes là loin du raisonnement par trop hypocrite de "notre maçon"!

        On se rend bientôt compte que l'essentiel est ailleurs! Dans la rue, les gens se guident selon leur domination; c'est elle leur boussole, qui contrôle leur angoisse ou leur équilibre! Très vite, par conséquent, la haine et le mépris apparaissent, quand l'individu ne s'impose pas et qu'il rencontre de la résistance! C'est ce qui fait que notre quotidien est si éprouvant! Il y a ceux qui écrasent et ceux qui plient!

        Le message évangélique prend justement le contre-pied de cette chaîne de comportements, puisqu'il invite à "remettre" à Dieu! Qu'est-ce que cela veut dire? On ne va plus chercher à dominer! à répondre à l'injure par l'injure, à la blessure par la blessure! On va laisser à Dieu le soin de la justice et de nos inquiétudes! C'est une histoire d'amour qui commence, une histoire de confiance, d'où le nom de foi!

        Pour que cela réussisse, il est impératif que Dieu soit tout sauf sacré! Donc, dès que vous entendez ce mot, notamment dans la bouche d'une religion, hurlez! Car vous avez affaire à une foi hypocrite! C'est très simple à vérifier: une foi qui a de la haine est une foi sans confiance en Dieu, puisque la haine naît de la peur! C'est imparable! Si vous avez peur, vous n'avez pas confiance, etc. Toute violence, au nom de la foi, est une aberration, fût-elle pour défendre la foi!

        Que vous n'ayez plus peur, dans le secret de votre cœur, en vous efforçant de ne plus dominer, demande que Dieu soit un confident, un ami, la simplicité même! Le sacré, c'est comme une boîte postale; rien à voir avec notre expérience amoureuse! Vous devez être l'enfant devant l'angoisse! Car toute autre attitude trouve sa solution dans la domination, même si elle a l'étiquette religieuse!

        Plus vous remettrez à Dieu et plus il vous sera donné; ne serait-ce que parce que vous faites de la place! Evidemment, ici le temps joue un grand rôle, car Dieu ne force personne, mais chacun est soumis à ses lois..., comme tout objet obéit à la gravitation! Ses lois sont justes et ne privent personne de sa liberté! Mais ainsi, vous ne pouvez guérir de la peur par la domination! Si c'est triompher sur l'autre qui vous soulage, on voit facilement que vous n'en avez pas fini! Vous voilà un concentré de haine! Où est la joie? Pas sur votre visage en tout cas, car on a l'impression que vous avez une pendule dans le rectum!

        Certes, chacun est blessé par la vie; c'est comme un héritage des peurs qui nous ont précédés et nous sommes donc tous poreux, plus ou moins fragiles psychologiquement et enclins au doute! Nous pouvons nous blesser, sous le joug de nos traumatismes, en allant au-delà de nos forces, en nous trouvant haïssables et dans la crainte de déplaire..., mais, s'il en est ainsi, c'est surtout que le monde semble très bien vivre sans foi!

        Celui qui croit, qui aime Dieu, se retrouve dans la peau d'un parfait étranger! même au sein des religions, où on lui montre Dieu comme un portrait de famille, l'air de dire: "Pas touche!" Cependant, bien que la société, aux yeux du simple, soit comme un asile d'aliénés ou un train rempli d'hallucinés, chacun, le gouvernement, ses opposants, n'importe qui dans la rue, paraît plein de bon sens, à l'aise, sûr de ce qu'il fait!

        C'est ce désert, cet absence d'écho qui perturbe le cœur aimant et qui peut le détruire! et qui en tout cas le mine et le désespère! Comment pourrait-il en être autrement, car qu'est-ce qu'un individu face à des millions d'autres? On peut rajouter comme caillou dans la barque la soi-disant explication de la foi par la psychanalyse, et il y a encore bien d'autres cauchemars!

        Pourtant, le trésor de Dieu est bien réel! Celui qui s'en nourrit suscite bientôt l'interrogation! "Comment fait-il celui-là pour avoir l'air aussi tranquille, aussi paisible, sans vouloir marcher sur les autres? Quel est son secret? Par quels fils est-il tenu, alors qu'autour tout n'est que chaos?"

        Il est l'enfant qui chante! l'enfant de lumière! Il est l'enfant léger, qui admire les flaques du soleil et les oiseaux!

        Il est l'ami des nuages, sous l'œil plein d'amour de Dieu!"   

     

        PS: voir le poème Dieu sur la page d'accueil, à la suite du texte Les Doms!

  • Doms Aiguilles!

    Dom aiguille

     

     

     

                                            "Coûteux, mais kafkaïen!"

                                     Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour...

     

     

        Joord Krabbe sortit de chez lui et eut l'impression d'être à Guernica, sous le bombardement de la légion Condor! En face, une grue toussait pour élever un bâtiment qui ressemblait à un mur de fenêtres, ou comment effacer le ciel avec du béton, et à l'intérieur on entendait comme des coups de mitraillettes, sans doute pour anéantir quelque poche de résistance!

        Plus près, un camion avait la benne dressée, où venait "se nourrir" une pelleteuse, qui manœuvrait dans un chantier étroit comme une chambre à coucher! Démesure! Au bout de la rue, une autre entreprise de rénovation étalait ses camionnettes! "Comment nous nous traitons? songea Krabbe. Et tout cela principalement par peur! Quel monde absurde!" Krabbe se rappela l'histoire de ce maire, qu'on avait dû enfermer, parce qu'il ne supportait plus les arbres!

        Mais l'ancien directeur de l'OED, ce matin-là, n'était pas au bout de ses peines! Il croisa cinq ou six Doms Queues! Tous pareils! Tous fiers de leur membre et invitant à ce qu'on se concentre dessus! Egoïsme exacerbé! Nulle perspective! Nulle recherche! Nulle humilité! Nulle trace de spiritualité, ni d'âme donc! Seule compte la supériorité sur l'autre! Vie de la jungle! Là encore, la peur est derrière, mais elle n'excuse pas! Et c'est une impasse! Triomphons-nous de la mort?

        Qui essaie de trouver un sens? ou Dieu? Qui regarde? Qui admire? Qui passe outre sa petite personne? Qui essaie de faire le bien? Mais il n'y avait pas que les hommes qui étaient concernés, des femmes également pressèrent Krabbe, malgré son grand âge, car sa tranquillité donnait un sentiment de sécurité et par ces temps troublés, cela marchait encore mieux que d'être un sex-symbol!

        Là encore, Krabbe dut lutter pour échapper au désir insistant qu'on lui montrait et après avoir subi quelques autres incivilités, il arriva tout de même à l'OED, où il devait à nouveau faire cours à Dan Curtis et Diane Castillon! "En Europe, se dit encore le Néerlandais, on ne s'imagine pas combien on se sucre, car la véritable souffrance mène au doute, à la quête, au respect! Quand je pense que dans certains pays les armoires à pharmacies sont vides et les médecins considérés comme des dieux!"

        "Ah! Diane et Dan, vous êtes là! Très bien! s'écria Krabbe, en retrouvant ses élèves. Si je vous ai demandé de venir dans cette petite salle sans fenêtres, c'est parce que nous allons traiter, aujourd'hui, d'un sujet quasiment tabou! Et il ne faudrait pas qu'on m'abatte d'un tir lointain, alors que je suis tout près de la vérité! Un peu comme le mâle de la mante religieuse, qui a toujours son orgasme, bien qu'il n'ait déjà plus de tête! Hum!

        Diane, il va vous falloir du courage, car le sujet du jour est la domination féminine! On ne peut pas toujours parler de la masculine... Vous devez le comprendre!

        _  J' pense que j' tiendrais le coup, professeur!

        _ Bien! Je savais que vous aviez de la trempe! Mais la domination féminine existe bien, quoi qu'on en dise... Pourquoi je chuchote et transpire? Hum, ça va passer! Mais il y a des femmes qui agissent comme les hommes dans la rue! Elles vous repèrent et soudain, vous vous sentez "accroché", comme une cible par un nouvel engin militaire! Sur le trottoir, la rencontre est inévitable! Vous avez beau regarder le ciel, à droite ou à a gauche, une légère oppression ne vous quitte pas! L'autre s'impose à vous et il l'a voulu ainsi! Enfin, la femme qui vous a choisi arrive! Que veut-elle exactement? Elle ne doit pas le savoir elle-même, mais ce qui est sûr, il faut que vous la regardiez! Et généralement, ça vaut le spectacle! La toilette est soignée, sexy en diable, et votre œil tombe sur une hanche magnifique ou sur une poitrine comme les canons du Potemkine!

        Mais cela reste de la domination! Ce que ne sait pas celle qui vous fait son numéro, c'est qu'elle agit ainsi par peur, sous le joug de son immaturité! En effet, elle se sert de vous pour se donner une existence, une importance! Elle n'est pas curieuse, ni en paix, mais elle attend des hommages, d'être le centre d'intérêt! D'ailleurs, les femmes se trahissent par des toilettes trop sophistiquées, comme les hommes! Les femmes ne se méfient-elles pas des hommes qui semblent s'admirer, en faisant rouler leurs muscles par exemple? Pourquoi les hommes n'en feraient-ils pas autant, devant des femmes qui ont l'air de belles fleurs en serre? Ce sont des personnes seulement préoccupées d'elles-mêmes! On en devient esclave ou on les fuit!

        Mais se raisonner et continuer sa route seul, c'est bien plus facile à dire qu'à faire! On a peur, on voudrait de la compagnie, obéir même et puis il y a le désir! La chair est faible, comme on dit! Mais comment la femme assure sa domination dans le couple? Rappelons le principe: plus nous avons peur et plus nous avons recours à l'instinct, à la domination, c'est-à-dire à l'égoïsme!

        Ceci explique notamment les manifestations actuelles et leurs violences! Ceux qui cassent sont le jouet d'une telle peur que le besoin d'un affrontement devient irrépressible! Ce n'est pas courageux de leur part, quoi qu'ils puissent en penser! Mais, on le comprend, plus la femme a peur et plus elle va s'attacher à rendre l'homme dépendant, en le plaçant sous son contrôle! C'est elle qui va dominer, car elle sera irremplaçable!

        Alors de quelles armes dispose la femme? Il y a évidemment le sexe! La femme va pénétrer profondément l'esprit de l'homme! Elle sera absolument entêtante, du moins dans les premiers temps! A chaque instant, elle propose ses formes, elle "rend dingue", pour parler vulgairement! Le type est cuit, drogué; il baigne dans la dopamine! Il y a des heures pour le sexe, mais tout de même, la tension est toujours là!

        Cela est fait en toute innocence, remarquez! La femme a l'air de dire à l'homme: "Qu'est-ce qui t'arrive? Ai-je commis une faute? Tu as l'air tout chose?" Cette espèce d'ingénuité excite encore plus le désir! Le type a juste envie de déchirer les vêtements de la femme!

        Mais, comme on se lasse de tout, celle-ci doit bientôt utiliser d'autres liens, quasiment aussi forts! La "bouffe" par exemple! Le pauvre type! On le tient aussi par l'estomac! Il fait froid et c'est la pause de midi! Le gars, dès l'entrée, il est pris par le fumet! Il vient s'asseoir comme un enfant sage! Et puis, c'est la fête! dans son assiette, sur son palais! Circé avec son chien de Pavlov! Elle lui raconte ce qu'elle veut et l'autre fait oui, oui! presque ouah, ouah! Le voilà à la vaisselle, docile! Et toujours ce corps qui passe, qui embaume, qui ensorcèle! C'est une véritable symphonie! Peu importe l'imbécile, s'il est heureux!

        Mais la toile est chaque jour tissée plus large! Maison propre! Linge frais!  Enfants! Amis! Représentation sociale! Voilà le type préparé comme un cosmonaute russe! Il fera bientôt l'attention de la Terre entière! C'est dans le plan! Tout est prévu! Toujours plus fort, toujours plus haut!

        La femme est le manager! A chaque gong, elle s'occupe du type! Elle le rassure, l'éponge, lui dit ce qui ne va pas, ce qu'il faut faire! Elle est toute proche et murmure à l'oreille! Le type repart au combat plein de son parfum, avec le souvenir de ses lèvres, de sa voix! Il va casser son adversaire, le réduire en bouillie! Pavlov, j' vous dis!

        Mais le rouleau compresseur n'a pas de limites malheureusement! Souvenons-nous que la peur dirige la domination, c'est son poison! Encore un bref résumé de notre situation... Grâce à sa conscience, l'homme est à même de s'affranchir de ses instincts et il est ainsi face à l'inconnu! Il ne peut donc pas ne pas en ressentir de la crainte, de l'angoisse!

        Pour se tranquilliser, il se réfère à des règles, à un quotidien, qui lui semblent les plus naturels du monde! Cela vaut pour la religion, la politique, ou la pêche côtière! C'est de la domination, de l'autorité dans n'importe quel domaine! Si vous ébranlez ces territoires, si je puis dire, la réaction est toujours la même: c'est la haine et l'hostilité! C'est la réaction animale, même pour les religions, ce qui fait passer Dieu pour un blaireau qu'on dérange!

        Vous avez déjà été confronté à un blaireau en colère? Moi, j'en ai entendu un, alors qu'un matin j'étais dans les bois... Je peux vous dire que je m'en menais pas large! La civilisation paraissait avoir totalement disparu! Mais, tant que vous ne voulez pas affronter votre peur, celle que nous éprouvons au quotidien, et lui donner un sens, vous devez monter le cheval de la domination, car c'est lui qui vous permet d'échapper aux morsures de l'angoisse! Mais qu'est-ce que cela veut dire concrètement?

        La femme n'en aura jamais assez! Poussée par sa peur, qu'elle transforme en domination, elle va broyer l'homme! Sur le ring, il n'est pas suffisamment mordant! Qu'est-ce qu'il fait par terre, KO? Il faut qu'il se relève! Ouais, on a gagné des combats, mais c'était en province! Il faut des adversaires de renommée internationale! On n'est pas des minables! Les autres si! Mais nous, nous sommes au-dessus! Tu m'entends? Alors, demain, on reprend l'entraînement, d'accord? Bien!

        Et ainsi de suite! L'homme est même manipulé, roulé dans la farine! On ne lui donne pas d'ordre, ce qui pourrait le heurter! On le culpabilise, le mine, l'abrutit, l'use! On le réduit en poussière! Il n'est pas rare qu'il redevienne dans ces conditions un enfant! L'épouse se comporte alors comme une seconde mère, qui est pleine de mépris pour ce rejeton qui a été son amant! Elle le juge incapable, quand lui rend des comptes comme un écolier!

        Puis, le fruit pressé pourrit! La maladie le ravage! Certains se désagrègent, malgré la façade! Le corps dit stop à sa manière, par exemple par la maladie de Parkinson! Le cheval exténué tombe, se couche! Il n'ira pas plus loin! D'autres sont soufflés comme une bougie, par une embolie! Ils étaient déjà tellement maigres, à cause des inquiétudes! D'autres encore vivent tels des lapins peureux et sursautent au moindre bruit! Leur effroi peut même les rendre idiots, ce qui leur vaut des sarcasmes supplémentaires!

        Des cancers foudroyants en cravachent quelques uns, car la femme tue comme l'homme, mais son meurtre ne tombe pas sous le coup de la loi! Il serait en effet très difficile de prouver un lien direct entre la domination de l'épouse et la maladie de l'homme! Il est encore vrai que bien des maris ont d'abord trouvé leur compte, à être ainsi poussés par leur femme! La "team" a bien fonctionné au début, mais elle a fini par dévorer le plus faible! Et tout cela à cause d'une peur souterraine, qu'on ne veut pas voir, qu'il serait indigne de considérer, bravo!

        Ces femmes, qui sont des monstres, on les trouve facilement au quotidien... Il suffit d'aller faire ses courses! Elles sont à la boulangerie, aux halles, dans n'importe quel magasin! Elles ont toutes le même comportement... Elles ne respectent aucunement les autres, elles font pression sur eux, car leur angoisse est telle qu'il faut les servir immédiatement! Cela est d'autant plus vrai que la femme est âgée, puisque la menace de la mort ou de la précarité s'accroît!

        Ce sont des femmes qui enveniment le quotidien, qui le rendent âpre et dur et qui vont pourtant dénoncer l'augmentation de la violence! Elles ne perçoivent pas qu'elles sont pour une part à l'origine de celle-ci! Mais toute leur vie elles ont cherché à dominer, à satisfaire leur égoïsme, pour fuir leur peur et le résultat est un désastre, pour elles comme pour les autres! Quand la peur devient une terreur, la domination ne peut qu'être abjecte et l'orgueil hideux et dépourvu de pitié!

        Si les hommes tuent physiquement, on peut dire que les femmes, elles, tuent, psychologiquement! Cependant, on en vient à se demander ce qu'est l'amour, car même si le couple a une relation destructrice, celle-ci n'est pas dénuée de sentiments et d'affection, ce qui fait qu'il est difficile d'y voir clair! Combien de scènes ne se terminent pas par des câlins? 

        Mais qu'est-ce que l'amour? Je vais sans doute vous surprendre, mais l'amour et la paix ne sont qu'une seule et même chose! La paix, c'est l'absence de peur et donc la domination devient inutile! On peut alors respecter l'autre quel qu'il soit, on aime, car aimer, c'est respecter!

        Comment donc ne plus avoir peur? Mais la réponse est simple, on n'a plus peur, quand on a confiance, c'est-à-dire quand on a la foi! Encore faut-il avoir fait un pas vers l'inconnu! Encore faut-il déjà admettre sa peur et ne pas la nier, à cause de son orgueil!

        Encore faut-il s'ouvrir, se montrer humble! Encore faut-il renoncer un tant soit peu à sa domination! Encore faut-il écouter, arrêter de vociférer, de brailler, de mépriser! Cigares? Non? Vous avez raison!

        Quant à moi, j'essaie en vain d'être médiocre! J'essaie, mais j' y arrive pas!"

     

     

  • Ras Dom!

    Ras dom

     

     

     

                                  " Tu veux savoir pourquoi j'ai mis la bagnole dans le décor? J'ai eu les j'tons!        

                                   Voilà, t'es  content! Car ça fait vingt ans que vous attendez ça!

                                     _ Oh! Je pavoise pas!"

                                             "Pourquoi... vous m'avez flingué, com... missaire?

                                             _ Tu peux pas comprendre, c'était mon pote!"

                                                                                                                     Le Pacha

     

        Jack Cariou était chez une vieille amie, pour prendre le thé... Enfin, une vieille amie! C'était plutôt une femme épouvantable! Il était impossible de lui donner un âge, tant elle avait de rides! Ses mains étaient crochues et elle avait une langue de vipère, mais surtout ses deux grands yeux noirs paraissaient vides, insondables et finissaient par glacer le sang!

        Malgré cela, Jack l'aimait bien: elle était vraie! Sa méchanceté ou sa dureté ne laissaient pas de place au mensonge et on apprenait beaucoup avec elle, à condition de pouvoir la supporter! C'est ce que faisait admirablement Jack et il dégustait son thé, en habitué de la maison! Cela ne voulait pas dire qu'il fût totalement à l'aise, mais il maîtrisait sa peur et la panique ne pouvait le gagner!

        Ainsi, il était à peu près le seul à tenir compagnie à cette femme, que tout le monde fuyait, rien qu'à voir son apparence! Elle avait l'air d'un autre monde et peut-être même revenait-elle d'entre les morts! Elle paraissait à tous incongrue et on faisait mine de ne pas la voir! Pourtant, elle était toujours là, inexorable; on ne pouvait s'en débarrasser! Jack adorait au fond les histoires de la vieille et elle en avait des tonnes! Au bout d'un certain temps, ils rigolaient tous les deux et toute peur avait disparu entre eux!

        Ils étaient devenus complices, au point que Jack saluait celle qu'on détestait partout où il allait! Il n'était pas ingrat, ni snob, et jamais un riche, ni un pauvre n'auraient pu le rendre infidèle à son amie! "Encore un peu de thé, Jack? demanda la vieille dame.

        _ Volontiers! Raconte-moi encore de tes histoires!

        _ Tu es gourmand, Jack... Tu sais cela?

        _ Bah, rien n'est pire que de manquer de cœur, n'est-ce pas?

        _ Hi! Hi! Tu as raison! J' t'ai raconté celle de l'homme qui avait la queue qui gonfle?

        _ Hum! Tu vas pas dépasser les bornes, j'espère!

        _ Ne t'inquiète pas! Jamais je n' serai graveleuse, c'est pas mon genre! Tu m' connais! Mais elle est tordante!

        _ Ah! Ah! Alors, vas-y!

        _ Eh bien, dans l' quartier, y avait un type qui avait décidé de me faire peur avec la grosseur de sa queue! C'était destiné à m'en imposer! J'aurais dû être écrasée face... à la chose! C'pendant, tu t'en doutes bien, Jack, que c'était parce que le type avait d'abord peur de moi!

        _ Of course!

        _ Alors, j' sais pas comment y s'y est pris, mais effectivement il avait quelque chose d'énorme entre les jambes! à un tel point qu'il en avait l'air embarrassé pour marcher! J'ai tout d' suite détourné le regard! J' suis pas prude, mais qui aurait l'idée d'habiter là d'dans! Eh bien, figure-toi que c'est sa femme qui a tout pris!

        _ Violence conjugale?

        _ Mais non! Elle a reçu toute la semence! une dose de ch'val! La pauvre! Elle a sans doute cru qu'elle allait périr noyée, car elle a quitté le bonhomme!

        _ Je croyais qu'on devait rester délicat...

        _ Faut bien dire les choses comme elles sont! Mais, depuis, le type a encore plus peur de moi, car le voilà seul maintenant!

        _ Evidemment! Ton histoire est assez amusante!

        _ Assez amusante? Tu sais, Jack, je me demande si tu manges assez! Tu es un peu pâle! Reprends un gâteau, si tu veux...

        _ Merci, ils sont délicieux!

        _ Et puis y a cette jeune femme qui me méprise... J' l'avais pourtant ménagée, en lui faisant sentir combien il est important d'être solidaire, surtout dans mon voisinage! J' m'attendais donc à ce qu'elle me dise bonjour dans la rue... et je m'apprêtais à la saluer, quand elle est passée raide, comme si je n'existais pas!

        _ Tu sais comment ils sont... Snober leur donne de l'importance!

        _ Oui da, mais pas seulement! Ils s'attendent aussi à ce qu'on les poursuive, pour qu'ils nous reconnaissent! Ils veulent lire sur le visage de l'autre du trouble, de la timidité, de la supplication même! Mais ma petite grue s'est trompée d'adresse: ce n'est pas moi qui ai besoin de compagnie, mais elle! Et la fois d'après, c'est moi qui l'ai ignorée! Tu l'aurais vue! Elle était perdue! Elle eût voulu faire de grands signes, comme quelqu'un qui se noie! 

        _ Elle ne pouvait plus te mépriser, donc elle était face à sa solitude!

        _ Exactement! Faut leur apprendre! Ils se croient vraiment tout permis! C'est comme l'autre gros sale, avec sa moto!

        _ Quand t'es remontée, tu deviens vulgaire...

        _ Oui, bah! Il passe dans la rue, en faisant rugir son moteur! On dirait qu'il pète! Et on s'attend à trouver du crottin derrière lui! Car il est comme les chiens avec son bruit: il le répand pour marquer son territoire! Alors, un jour, je l'ai vu réparer son engin et je me suis approché silencieusement, avant de crier "Bouh!" Ah! Ah! Tu l'aurais vu! Il tremblait avec ses clés et il n'avait qu'une hâte, c'était de faire repartir sa moto! Il fallait à tout prix qu'il retrouve son pet habituel! Et il n'y arrivait pas! Le moteur crachotait, c'était la panique!

        _ Ils sont fragiles dans le fond!

        _ Bien sûr! Mais ils sont encore méchants comme la gale! Y en a un qui, quand je le croise, me regarde avec une haine! Il a l'air de me dire que je ne perds rien pour attendre, que je vais faire partie de la prochaine charrette! Mais je ne le connais pas c' monsieur! Sais-tu que certains réagissent à ma présence par de la terreur! C'est leur manière à eux de s'imposer, de diriger!

        _ Oui, ils te contrôlent ainsi! Ils se voient tels des maîtres! Et quand on ne sent plus son pouvoir, il reste la terreur pour le faire respecter!

        _ Eh bien, figure-toi que ça marcherait presque! De retour chez moi, je suis inquiète, envahie par un sentiment de culpabilité! comme si je devais payer une faute!

        _ Pourtant, tu sais bien que c'est toi qui fais peur! Mais beaucoup ne supportent la vie que s'ils s'érigent en chefs! Malheur à ceux qui les font douter!

        _ C'est ça que j'aime particulièrement chez toi, Jack! Avec toi, tout devient limpide! Tu ramènes les choses à l'essentiel!

        _ Mais, c'est à ton contact que j'ai compris tout cela!

        _ Et flatteur avec ça! Je vois mal quelle femme pourrait te résister! Pourtant, Dieu sait si je suis détestée!

        _ Moi, j'ai appris à t'aimer! Oh! Tu n'es pas d'un abord facile! Mais le reste m'a toujours paru artificiel! Tu sais ce que tu es au fond? Tu es l'inconnu! la nouveauté, l'aventure, l'espoir!

        _ Hi! Hi! Tu me combles! Je ne rougis pas trop?

        _ Quand je pense à tous ces veaux qui gueulent dehors... et qui se croient courageux! Pouah! Toujours les mêmes cris, la même impasse! Et puis, si tu veux les raisonner, ils se transforment en chiens enragés!

        _ Encore un peu de thé? Tu es en train de t'échauffer, Jack, et ton désespoir va refaire surface! Chante plutôt encore mes louanges!

        _ Tu as raison! Si je te disais que tu es éternelle, magnifique, incroyable, par ce que tu contiens et révèles, ce ne serait qu'un début! Tu me fais croire au soleil! Avec toi, j'ai envie de danser dans le ciel bleu, pour l'éternité! Ce s' rait un rire comme on n'en a jamais vu! Une farandole merveilleuse! Tu es un trésor inouï! Je me permets de t'embrasser!

        _ Ouh! Hi! Hi! Que sot garçon tu fais! Et voilà que je pleure maintenant! Moi, la vieille dame abandonnée!

        _ Ils ne savent pas ce qu'ils perdent! Ils sont morts! Tiens, approche-toi de la fenêtre! Regarde-les! Ils ont le poing levé contre une loi liberticide du gouvernement! Ils sont persuadés d'être responsables! Et à côté, y a les riches qui les méprisent, qui font les importants! Aucun d'eux n'est sensible à la magnificence du ciel! Tiens, le soleil dore cette gouttière et c'est somptueux! Ils n'admirent rien! Ils ne connaissent rien!

        _ Ils ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche...

        _ Exact! Brailler et parader, ils ne font rien d'autre! Tu sais pourquoi ils ne veulent pas de toi?

        _ Tu l'as dit toi-même, je leur fais peur!

        _ D'accord, mais pas seulement! Tout ce qui les intéresse au fond, c'est eux-mêmes! La voilà leur grande hypocrisie! Ils réclament la justice, l'égalité et ils ont de la haine, dès qu'on leur demande de respecter les autres, parce que c'est moins d'attention sur eux!

        _ De vrais bébés!

        _ C'est toi la vraie richesse, la vraie libératrice! Mais de te sonder, d'essayer de t'aimer, de  prendre patience, de recueillir ce qui paraît pauvre, cassé, petit, leur est insupportable, leur donne l'impression de déchoir, d'être bernés, de perdre; tellement ils sont orgueilleux et égoïstes, les riches comme les pauvres, les hommes comme les femmes! Ils croient qu'on peut vivre en t'ignorant!

        _ Tu fais encore monter ta bile... Viens t'asseoir! Ton amour pour moi me touche profondément!

        _ Tu me le rends au centuple!

        _ Tiens encore! J'ai deux voisines qui ont trouvé un truc impayable, pour me repousser! Elles ont une ribambelle de p'tits chiens, au moins trois chacune! Quand j' les rencontre, elles me mettent leurs boudins dans les pattes et, évidemment, c'est le plus chétif d'entre eux qui est le plus agressif! Il est aussitôt rappelé à l'ordre, par l'une de ces dames, avec une suavité! On s' croirait dans leur appartement!

        _ Elles vont finir par te demander un loyer!

        _ Mais non, tu sais bien qu'on ne peut guère me supporter!

        _ Bon, faut qu' j' y aille!

        _ Oui, oui! Ta visite m'a charmée, comme toujours!

        _ Tu sais, tu ne quittes jamais vraiment les cœurs! Aucun blindage, somme toute, ne te résiste! Tu es la meilleure! Bisous!"

        Jack sortit dans la rue, en passant devant la boîte aux lettres de son amie et sur laquelle on pouvait lire: "Madame L'Angoisse"!

  • Cas Dom!

    Cas dom

     

     

     

     

                                                            "Le Marines s'adapte! Le Marines improvise!"

                                                                                                 Le Maître de guerre

     

        "Pom! Pom!" De nouveau Joord Krabbe faisait cours à Dan Curtis et Diane Castillon. "Pom! Pom!" chantonnait-il, en posant son cartable sur le bureau. "Je pourrais imiter mes anciens professeurs, dit-il. Avant de commencer, je regarde le tableau, en essayant de comprendre ce qu' y a laissé mon collègue précédent... Une large moue dubitative en dit long sur ce que je vois et la folie supposée du corps enseignant! Ainsi, je me valoriserais, aux yeux des élèves, et je serais plus tranquille, pour me lancer moi-même!

        C'est une astuce pour calmer son angoisse et elle est plus efficace que de grimacer, en s'étonnant tout haut qu'il n'y ait plus de craies, avant de commander d'aller en chercher! Ceci, c'est transmettre son inquiétude, dans l'espoir qu'elle sera moins lourde partagée! Mais, mettre le feu à la forêt, parce qu'on est en flammes, soi-même, n'a jamais arrangé les choses! 

        On est en plein dans le sujet du jour et même dans tout sujet en général! Notre attitude est toujours influencée par notre état mental et spécialement, bien entendu, par l'angoisse! Il faut bien savoir lire les choses et c'est pourquoi nous sommes là! Tant qu'on s'en tient aux apparences, aux conventions, à l'hypocrisie, on ne comprend rien! Du courage est nécessaire, pour regarder par-dessus la palissade, si haute, si dure, si habituelle soit-elle!

        Nous allons continuer à étudier nos réactions face à l'angoisse et nous nous rendrons compte qu'elles montrent qui nous sommes, quel est notre milieu et quel stade nous avons atteint, dans notre propre évolution! Et nous allons faire le triste constat que toutes nos réponses, ou peu s'en faut, sont stériles, impuissantes et ne font que prolonger le trouble, le chaos, la violence et la misère!

        Il y a des solutions, mais nous n'en voulons pas! Evidemment, dans notre façon de vivre, il y a une question d'intelligence... Nous n'avons pas tous les mêmes capacités intellectuelles et on peut dire que la grande majorité est dans la nuit, sans lumière: "Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu'ils font!"

        Mais il n'y a pas non plus de désir de chercher! On se contente de la facilité, de ce qui nous arrange le mieux, nous préférons garder nos illusions et ainsi nous ne guérissons pas, nous avons toujours peur, nous ne sommes pas heureux et pire, nous accablons les autres! C'est ce "poil dans la main", ce "cheveu" de l'égoïsme, qui est condamnable, d'autant qu'il est défendu avec haine et mépris!

        Ainsi, nous ne sommes pas innocents, même s'il est dit: "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés!" On ne peut pas mettre la vérité sous le boisseau, devant tout ce gâchis et toute cette bêtise! C'est même la fête des bébés Cadum!

        Mais ouvrons la boîte de Pandore! Observons le jeu des acteurs! Levons le rideau sur la ville! Regardons comment ça grouille... Donnons à la plaie un coup de scalpel, franchement, un sourire aux lèvres, pour épater l'infirmière! Un vieux truc qui marche toujours!

        C'est samedi, un jour qui fait revenir notre angoisse... Pas toujours, mais c'est souvent le cas... Pourquoi? Il y a sûrement plusieurs raisons, mais l'une d'entre elles paraît évidente: c'est la fin de la semaine; une certaine fatigue est là et surtout, le rythme du travail diminuant, nous voilà devant l'inactivité, c'est-à-dire face à nous-mêmes! 

        Rappelons comment fonctionne l'angoisse! Elle est en rapport avec la conscience de soi... Nous la ressentons quand nous doutons et que nous n'avons plus le sentiment de notre valeur! A ce moment, nous étouffons, avec l'impression que nous sommes dans une prison, sans avenir!

        Notre isolement nous donne soudain le vertige! Instinctivement, nous essayons de retrouver notre domination, notre importance, notre influence, notre force! Nous allons donc enregistrer l'augmentation d'une agressivité physique chez les hommes, sexuelle chez les femmes! Une domination qui veut supplanter, voire détruire, côté mâle et séduire, côté femelle!

        C'est les deux compteurs qu'il importe de ne pas quitter des yeux! Ils renseignent sur la température de la chaudière et donc si on va vers l'explosion! Ceci est capital, car cela permet de ne pas être blessé! Il faut quand même que d'être clairvoyant serve à quelque chose!

        Donc, c'est samedi et l'angoisse arrive en ville, avec son baluchon! Elle est en terrain connu et fait comme chez elle! Son mal-être monte dans les cœurs, les glace et voyons comment les uns et les autres se défendent!

        Commençons par un classique, malheureusement, mais dans le square d'à côté, il y a les "paumés", la zone! On ne va pas discuter ici de l'histoire de ces marginaux... Nous risquerions de perdre patience nous-mêmes! Hum! Mais quel est leur remède contre l'angoisse? C'est glou! glou! glou! l'alcool évidemment!

        Ils picolent, avec de la musique plein pot! Ils s'enivrent et reprennent confiance! L'angoisse les quitte, mais nullement fâchée, car elle leur laisse son poison! En effet, bientôt, les marginaux défient les passants, qui leur semblent indifférents ou supérieurs! Il faut rabaisser ceux-ci, leur faire peur, leur montrer qui est le maître! C'est la domination physique dans toute sa splendeur, dans ce qu'elle a de plus primaire! L'incident n'est pas loin, le pire non plus!

        Mais ainsi on ira jusqu'au soir, où abruti on trouve enfin la paix! Evolution, progression: 0! Angoisse: 1! On peut refaire le match chaque semaine et on aura toujours le même résultat! Les marginaux ne vont jamais en finale! Triste vie, mais passons avec gourmandise au cas suivant, celui du bourgeois, de la droite en fait! N'ayons pas peur de ce raccourci, car il va s'avérer juste!

        De quels moyens disposent les riches ou la droite, pour apaiser l'angoisse? Voyons voir... Que permet l'argent? Ici, on gare avec soin sa belle voiture... C'est un plaisir qui doit faire envie! Là, vêtu d'un beau manteau, on parle avec une voix grave, profonde, virile, comme si on était sûr de soi, éternel, et des femmes qui ont peur écoutent, ainsi qu'elles se raccrocheraient à une bouée, qui toutefois dérive elle-même!

        Plus loin, on éclate d'un rire sinistre, creux, artificiel; à la fois pour se détendre et réaffirmer sa position dominante! On forme, sur le trottoir, le groupe important, notable et qui sait, puisqu'il paraît à l'aise! On veut que la "galerie" soit impressionnée et se convaincre soi-même, alors que le bateau coule et que les corps s'enfoncent dans l'eau froide!

        Mauvaise période pour le riche, somme toute, car le Covid, en fermant les magasins, interdit l'oniomanie, du grec achat et manie! Aujourd'hui, on parlerait de dépenses compulsives, mais ce trouble morbide était déjà défini au dix-neuvième siècle! On invente moins qu'on croit! 

        Evidemment, ce n'est pas l'apanage des gens aisés... Les pauvres, eux, s'abrutissent autour des halles, où ils farfouillent dans les articles, comme les merles cherchent des insectes sous les feuilles! Mais l'opulence conduit à une ivresse bien plus capiteuse! On voit ces femmes mûres, qui ressemblent à des ados, sortir du magasin avec plein de petits sacs, qui déjà eux-mêmes paraissent précieux!

        Les rides sur les visages rappellent quand même que l'angoisse n'est pas vaincue, ni par le pouvoir, ni par l'argent! Le riche ne combat pas mieux sa peur que le marginal, même si, d'après certaines études, il dort plus paisiblement! Sa domination est simplement plus civilisée, plus feutrée, mais au final elle fait les sépulcres blanchis de l'Evangile! Le riche est mort et il ne le sait même pas!

        La gauche, les revenus modestes, s'en sortent-ils mieux? Vite, prenons le drapeau rouge ou jaune! Et pressons-nous vers la place de la mairie, car le gouvernement vient d'annoncer une nouvelle loi liberticide!

        Aux armes! Aux postes de combat! Sonnez le tocsin! Et on voit effectivement la gauche, le pauvre peuple rassemblé devant la mairie! Il demande des comptes, veut la justice, et ainsi ne ressent plus son angoisse! C'est par la mobilisation, la lutte que la gauche trompe sa peur! Elle s'abuse elle-même et les autres également!

        Le peuple prend l'Etat pour une super maman! Si ça va mal, c'est à cause d'elle: soit elle prend trop, soit elle ne donne pas assez! La gauche est incapable de tenir toute seule sur ses jambes! Elle pourrait jouir de sa liberté, grâce à une richesse intérieure, mais alors elle devrait reconnaître et affronter son angoisse!

        Elle vit avec l'illusion que le problème, c'est le pouvoir, comme si le renverser, ce n'était pas le remplacer par un autre, souvent pire! J'ai eu l'occasion d'interroger des militants CGT, avant qu'ils ne défilent... C'était bien avant le Covid! Eh bien, chacun d'eux avait une raison différente de manifester, mais on était là justement à cause de l'inquiétude: celle-ci finissait par revenir, si on ne luttait pas! 

        Angoisse:1, gauche: zéro! On est là encore dans une impasse! La gauche est comme l'insecte qui butte contre la fenêtre, alors que la porte est grande ouverte! Elle suit sa domination, qui est de réclamer ses droits, de faire reconnaître sa force, comme si on ne pouvait pas aller à la pêche et vivre heureux!

        Cependant, on voit le résultat: sous l'effet de l'angoisse, la droite resserre son égoïsme, quand la gauche se sent prête à en découdre! On a là les deux ingrédients majeurs de la guerre civile ou des révolutions! Le bain de sang est toujours latent, car chaque camp se ferme sur ses positions, parce qu'il est esclave de sa domination! S'il lâche, s'il fait preuve de compréhension ou de compassion, il ouvre la porte à la peur, ce qui est insupportable!

        Mais on a raison: vaut mieux la haine qu'un courage bien sain! C'est plus sûr! Mais surtout que ni les uns, ni les autres ne parlent de maturité! La droite, la gauche et les marginaux tournent en rond et nous pouvons assister à leurs tristes farandoles!

        Revenons plutôt sur la séduction, car plus l'angoisse oppresse et plus le sexe paraît le remède! C'est effectivement un moyen de s'échapper de soi-même, si je puis dire! Mais nous ne parlerons pas du vice et de la dépravation, qui ne servent qu'à certains pour avilir et humilier!  Il y en a qui trouvent parfaitement normal de dominer grâce au sexe, ils le méritent, ils sont supérieurs! Mais malheur à leurs victimes! Elles sont traînées dans la boue et détruites!

        Ce qui nous intéresse, c'est la séduction féminine, qui s'intensifie à mesure que l'angoisse monte... A priori, ce mouvement ne semble pas une domination, car la femme se propose et laisse l'homme libre de son choix; encore que certaines haïssent et montrent tout leur mépris, si on leur résiste! Mais il est nécessaire de comprendre que nous sommes fondamentalement seuls! Nous pouvons, comme les Italiens, faire vivre notre maman avec sa bru ou ne jurer que par la famille, il n'en demeure pas moins que notre individualité est unique et que ce nous voulons, c'est nous développer entièrement, nous connaître le mieux possible, et c'est même ainsi que nous pouvons offrir le meilleur de nous-mêmes, être les plus utiles!

        Que se passe-t-il quand nous cédons à l'autre, pressé par l'angoisse? Mais tôt ou tard nous reprenons notre marche en avant, notre domination se remet en route et nous commençons à traiter l'autre, comme un jardinier taille à la française ses arbustes, c'est-à-dire en ne leur laissant aucune liberté! Le couple devient alors orageux et agit comme un pressoir! C'est la séparation ou la destruction! C'est l'autre qui est maintenant responsable de notre angoisse! On n'a pas pris le bon train! On poursuit une chimère, en laissant du sang derrière soi; encore faut-il avoir des scrupules! Certains ou certaines mettent fin à une relation, comme si on les avait injuriés! Ils ne risquent pas l'ulcère et Dieu lui-même doit se faire tout petit!

        Angoisse: 1, séduction: zéro! Même s'il est naturel de rechercher de la compagnie, on ne doit pas perdre de vue l'essentiel! Les autres, quels qu'ils soient, ne sont pas des paillassons! Il faut donc savoir regarder madame l'angoisse dans les yeux! Il faut d'abord lutter contre sa propre domination, en suivant notamment les préceptes évangéliques! Le serviteur de Dieu se détache de l'animal, il met en berne sa supériorité et sa haine! Il prend patience, par amour, par humilité! Il se tient droit, alors que l'ombre de la peur et même du chagrin vient le couvrir!

        La domination est du vent, face à l'angoisse, comme nous l'avons montré! La foi véritable permet d'avoir les pieds solides! C'est un bien, une liberté, un trésor dans le cœur, que rien ne peut ôter! L'angoisse tourne autour, sans pouvoir l'entamer!

        C'est la paix et le jeu! C'est l'enchantement et l'émerveillement! C'est le chant et la gloire!

  • Free Dom!

    Free dom

     

     

     

     

                                            "Non, moi ce qu'il me faut, ce sont les tours du vieux Blade Runner!"

                                                                                                                          Blade Runner

     

     

     

        Dan Curtis et Diane Castillon étaient dans le petit amphithéâtre qui servait à l'OED, pour des réunions générales ou même pour des cours, comme c'était le cas pour l'instant. Les nouvelles recrues attendaient un personnage, quasi une légende! C'était Joord Krabbe! Ce Néerlandais avait été directeur de l'OED avant Andropov et il était maintenant très âgé!

        En fait, il paraissait antédiluvien! Il avait l'air d'une autre époque, celle des tableaux noirs, de la poussière de craie et des cartes de géographie, exposées aux murs! En le regardant, certains se rappelaient les craquements de l'estrade et leur tête qui tombait, sous l'effet de la somnolence, jusqu'à ce que la sonnerie les fît bondir vers la sortie, pour aller manger!

        La moustache et les cheveux blanchis de Krabbe accentuaient bien entendu cette impression, au point qu'on crût être en face d'une micheline, en pleine bataille! Une scoliose, des lunettes épaisses et des manies ou des tics, qui semblaient isoler l'énergumène du monde extérieur, finissaient par faire hausser les épaules de tous ceux qui ne juraient que par leur Smartphone et qui croyaient à un monde heureux grâce à la technologie!

        Pourtant, Krabbe était redouté même au sein de l'OED, où on l'avait naturellement surnommé Le Crabe, car il savait ridiculiser mieux que quiconque, en pinçant fort et en ne lâchant rien! D'ailleurs, ses ennemis disaient qu'il n'était mû que par une inflammation du côlon, puisqu'il avait souvent la main sur le ventre, comme s'il voulait en prévenir les douleurs!

        Sous son apparence de vieillard cacochyme, Krabbe avait donc gardé un esprit acéré, unique et c'est pourquoi, bien que membre honoraire de l'OED, il était encore employé pour des cours, quand Andropov ou d'autres ne sollicitaient pas son avis! Son expérience lui permettait de ne jamais perdre de vue l'essentiel, comme si toute la complexité du monde se réglait dans l'anfractuosité de son rocher, ou se calmait dans la barbe de goémons qui entourait ce dernier!

        Il voyait clair, le vieux Krabbe, et ses mots étaient comme des bulles de champagne, qui illuminaient le cerveau! Rarement, il se mettait en colère, même si alors sa pince rouge et noire pouvait dépecer n'importe quelle coquille! Mais il ne se faisait guère d'illusions, car pour lui les fous étaient nombreux et les changements extrêmement lents! L'important était d'être en paix avec soi-même, afin de faire du bien autour...

        Mais, sur le sujet du bonheur et l'avenir des sociétés, Krabbe avait plus d'un tour dans son sac! Il possédait des philtres que personne n'avait jamais vus! Et pourtant nulle magie là-dedans! La logique la plus simple animait le Néerlandais! Une logique implacable, à condition qu'on voulût l'écouter! Car il était comme un agent des chemins de fer, au milieu de la ruée des vacanciers, ce qui ne le faisait même pas soupirer outre-mesure!

        Cependant, enfin, il entra dans l'amphithéâtre... Il portait une blouse blanche et un gros cartable, qu'il posa sur le bureau. Puis, il se moucha et finit par regarder Dan et Diane. "Vous êtes deux, dit-il. Bon, bon, trois, on eût dit Woodstock! On se s'rait buté d'dans, en titubant: "Eh! t'aurais pas un peu d' matos, man?" "Ouais, cool!" Bon, bon, thème du jour, la liberté! Vaste programme! Mais la liberté, c'est... "Macron, dégage!" Ah! Ah! je vous ai fait peur! Hum!"

        Il retourna derrière son bureau, ouvrit son cartable et en sortit quelques cahiers, qu'il laissa tomber sur la table. Il grimaça, car il venait de se fouler légèrement la cheville! Il boita un peu, puis repartit! "Ah! Hem! fit-il en se raclant la gorge. Pour entrer en matière, on pourrait se demander qu'est-ce qui différencie l'homme de l'animal? Ouais, je sais, j' commence fort! loin des médiocres et des malades! Vous vous frottez les mains, en vous disant: "Chic, chic, le spectacle commence! Le vieux assure!" J'ai l'air d'un radiateur, pas vrai? Et pourtant, j'suis mal payé! J'ai même pas d' retraite! "Bien fait!" me crie la fourmi! Quand je vous dis que not' thème, c'est la liberté!"

        "Mais imaginons que nous sommes des extraterrestres... Dans notre vaisseau, nous contemplons les galaxies innombrables... Nous rêvons dans un océan d'étoiles, mais nous avons quand même un but: une planète située en banlieue de la Voie lactée... Evidemment, c'est un grain de sable, mais elle a quand même de la gueule! Elle est bleue, avec une atmosphère, et chose tout à fait remarquable dans l'espace délétère, elle abrite de la vie! Celle-ci a d'ailleurs une sacrée histoire, peuplée de créatures de cauchemars, mais nous allons nous intéresser particulièrement à l'espèce qui domine, au point de menacer sa "maison"!

        "Notre vaisseau invisible survole maintenant une rue et que voyons-nous? Des hommes qui jouent les caïds et qui se croient des dieux! Des femmes impérieuses et qui attendent des hommages! Partout de la saleté et du bruit! On a l'impression d'être dans une machine à laver, et, si nous étions vraiment des extraterrestres, nous repartirions dare-dare, en rigolant d'autant que nous nous éloignons! Le problème, c'est que nous sommes nous aussi des êtres humains et qu'il nous faut suivre le troupeau, si je puis dire! C'est comme si nous avions signé!

        "Mais alors pourquoi est-ce si dur? Car que les animaux se pourchassent et s'entretuent, c'est normal! Mais les hommes? Ils ont tout de même quelque chose en plus, c'est la conscience... Elle permet de raisonner, d'analyser, de choisir, etc. On peut donc dire que ce différencie les hommes des animaux, c'est leur liberté! puisque les animaux ne peuvent s'affranchir de leurs instincts! Pour cela il faut la conscience! Krabbe:1, les médiocres:0! La balle au centre! J' vous préviens, il va pleuvoir des buts! Pour une partie de football, y aura un résultat de basket! On va encore m'accuser de dopage!

        "Mais bon, qu'est-ce que les hommes font de leur liberté! La réponse vient toute seule: rien! Par peur, ils s'empressent de devenir esclaves! Ils se marient, font des enfants, contractent des crédits et ils passent le reste de leur vie à crier contre des entraves, qu'ils se sont eux-mêmes infligés! Personne ne leur a demandé de se marier, d'avoir des enfants et encore moins de consommer au-delà de leurs moyens! Il faut bien vivre, c'est entendu, mais on nie sa peur! On ne veut pas la voir! C'est pourtant elle qui commande!

        "C'est que le choix, c'est la fenêtre ouverte sur le cosmos! C'est un géant, nommé angoisse, qui rentre dans la maison! C'est l'inconnu à table et qui ne parle pas! A force, il donne froid dans le dos! Pour se rassurer, l'homme va chercher des règles, des lois, une obéissance, qui va le soulager de réfléchir, mais en plus il essaie de retrouver le sentiment de son importance, pour chasser le doute, et cela le conduit à se confronter aux autres, afin de les dominer! C'est le retour de l'animal, qui réaffirme sa suprématie, et ainsi s'explique l'état de guerre permanent, qui règne sur cette planète perdue dans l'espace! Par peur, l'homme ne veut pas évoluer!

        "Aaatchoumm! Excusez-moi... C'est la poussière! Snif! Tant qu'on évite son angoisse, par la domination, on est dans une impasse! On passe son temps à vouloir supplanter l'autre, le soumettre, et s'il résiste, s'il ne nous admire pas, s'il demeure lui-même, on le hait, on le méprise, on le voue aux gémonies! Merveilleuse ambiance! Une chatte n'y retrouverait pas ses petits!

        "Cela donne des comportements proches de la folie, notamment sur le Web! Certains y fonctionnent comme des machines! Leurs commentaires sont toujours les mêmes, quel que soit le sujet! Ils rejettent tout! Ils sont un disque éternel, incapable d'empathie, de nuances! Car ils se nourrissent de leur mépris! C'est l'aliment de leur domination! Il est impossible de raisonner ces individus, de leur montrer leurs contradictions pourtant évidentes! Bien entendu, ils n'ont aucune difficultés à imaginer des complots, de vastes conspirations, car le drame leur donne de l'importance, alors que la normalité les rebute! On a affaire à un mur et ils désespèrent, comme les vrais fous! Merveilleuse ambiance! Une chatte n'y retrouverait pas ses p'tits! 

        "Mais, issus du même filon, nous avons les rebelles au confinement ou ceux qui refusent le masque! Ces derniers vous regardent avec défi dans la rue! Ils s'attendent à une confrontation, qui leur permettrait d'aboyer comme des chiens! Ils retrouveraient leur domination et calmeraient leur angoisse! Bien entendu, vous seriez sourds ou choqués pour un mois! Merveilleuse ambiance! Une chatte n'y retrouverait pas ses p'tits! (Ici, Krabbe tourna sur lui-même, avec grâce, ce qui plongea dans l'étonnement ses élèves!)

        "Car il faut bien comprendre une chose: se montrer respectueux, gentil, aimable, patient et même discipliné, c'est autant d'efforts pour retenir, maîtriser sa domination! C'est affronter son angoisse et voilà pourquoi la légalité, ne serait-ce qu'elle, pour un grand nombre est inquiétante! On préfère parler de dictature sanitaire, c'est bien plus marrant! On pourrait maintenant observer une minute de silence, à la mémoire de tous ceux qui sont tombés, au nom de la résistance antimasque! Clairon! (Krabbe paraît emboucher l'instrument et fait entendre un air plaintif!)

        "Quelle est la solution, pour être un homme de paix! un homme quoi! Imaginons un type qui fasse à peu près ma taille... et qui aurait même mon sublime profil de médaille! C'est impossible, vous allez me dire, mais on va quand même aller dans cette direction! Imaginez ce type dans la rue... Il ne veut pas dominer! Mais... mais alors, l'angoisse devrait fondre sur lui, comme l'aigle sur la marmotte imbécile! J'ai reçu des plaintes à ce niveau, de la part d'un groupe de marmottes... Je ne donnerai pas son nom, pour ne pas augmenter le ridicule que déjà il suscite...

        "Mais notre personnage est là tranquille, paisible! Mon Dieu, comment peut-il sentir sa valeur, s'il ne veut pas l'autre inférieur! De quel repère dispose-t-il? Peut-on imaginer un sportif, sans compétition? De quel droit pourrait-il dire qu'il est le meilleur? Qui peut dire qu'il est le roi, sans esclaves, sans sujets? Pourtant, notre homme est le "best"! (Krabbe tourne de nouveau sur lui-même et ondule du bassin!)  

        "Il a la connaissance! Il comprend notre fonctionnement! Il voit bien pourquoi on le hait! C'est un jeu pour lui! Il lit la vie, comme si un guide l'accompagnait! (Krabbe prend une voix un peu solennelle...) "Ici, vous pouvez remarquer un mépris du quinzième! Notez les poivrières saillantes, pour bien faire mal dans les coins!" Notre homme prévoit chaque comportement, comme le chef de gare voit son train arriver! Comment alors pourrait-il se sentir abandonné, moins que rien, insignifiant? Autant dire à Neptune que son propos est vague! Ah! Ah! (Krabbe encore danse!)

        "Il est le maître, sans blesser personne! Et l'angoisse le suit comme un chien fatigué! Dans le chaos, il est la lumière! Il apaise, guérit, rend justice, fait grandir! protège la veuve et l'orphelin! Il donne du sens, car il y en a! n'en déplaise à tous les benêts de l'absurde! Il n'est pas féroce, ni martiale; il est l'antithèse de la folie! Il est de la pluie sur les cœurs secs! Sa paix a la transparence du cristal! Sa vison est infinie! Il respecte même les escargots!

        "Son secret: il voit la domination! Il la voit, car il s'en est affranchi! Comment? Mais, en suivant le mode d'emploi! en aimant Dieu! en ayant confiance! en développant sa foi! en jetant son cœur dans l'inconnu! C'est comme ça qu'il a acquis la science! qu'il a eu les yeux ouverts!

        "En faisant confiance! par la preuve de son amour! de sa bonne volonté, de sa douceur! Il n'a pas bondi! Il n'a pas mordu! Il ne s'est pas moqué, il n'a pas méprisé! quand sa domination le lui commandait! Il n'a pas suivi celle-ci, jusqu'à ce qu'il s'en libère! That's it!

        "Il a lutté contre l'instinct! en y mettant toutes ses forces, par amour! et la compréhension, la lumière, la vérité est venue! Il n'a pas besoin de dominer, pour faire taire son angoisse! Il est divin ce type! (Krabbe ondule!)

        "Cependant, je dois vous mettre en garde! Il ne s'agit pas non plus de se laisser dévorer, car l'autre va essayer de vous bouffer, pour soulager sa peur! Manquerait plus que d'être sous sa botte, alors qu'il ne fait aucun effort! Etre détruit par des paresseux! "White America! White America!" (Krabbe crie!)

        "Pour résister et avoir la pêche! Rien ne vaut le Rap! "White America! White America!" Eminem, Dr Dre, Tupak, c'est du sérieux, du costaud! Bach aurait adoré ça, tellement c'est puissant!

        "White America! White America!" crie le morveux de Detroit!"

  • Dom mage!

    Dom mage

                                      "Démissionner! Démissionner! Mais vous me prenez pour les galeries Lafayette!

                                       Allez, disparaissez!"

                                                                                                         Capitaine Conan

        On était de nouveau au sous-sol du bâtiment de l'OED, où s'étaient réunis Fédor Andropov, Dan Curtis, Diane Castillon et bien entendu Hugo Sacripante, puisque ce secteur était son domaine, celui de la recherche!   

         Les nouvelles recrues Dan Curtis et Diane Castillon étaient toujours en formation et Andropov voulait les faire réfléchir sur le rapport qui existe entre domination et angoisse! "Comment le Dom réagit-il, quand sa domination est menacée?" était la question du jour!   

         "Bonjour, Sacripante! fit Andropov.   

         _ Vous savez pourquoi l'Armée rouge a commis autant de viols, en allant sur Berlin?   

         _ Je vous en prie Sacripante, pas de politique ici!   

         _ Oh! Mais nous sommes au contraire en plein dans le vif du sujet! Répondez, ce sera très instructif!   

         _ De toute façon, je n'y couperai pas! Eh bien, j'imagine que nos soldats devaient en avoir gros sur la patate! Le pays a bien failli disparaître!   

         _ Evidemment, c'est une explication, mais même les femmes russes, délivrées des Allemands, étaient aussi violées! C'était visiblement irrépressible!     

         _ Je crains le pire!   

         _ Voyez-vous, l'Armée rouge s'est soudain défoulée! Ce qui maintenait les hommes, jusque-là, c'était la forte autorité du gouvernement communiste! Ce qui n'entraînait nullement les hommes à se contrôler eux-mêmes! Le résultat: débarrassée de la férule, l'Armée s'est déchaînée! Non seulement elle avait été trop serrée, mais encore sa maturité ou son civisme n'existait pas réellement!   

         _ Hum! Possible!   

         _ Pas possible! Vrai! Nous sommes ici dans une partie scientifique! Les stratégies de la haute sphère nous sont inconnues!   

         _ Sacripante!   

         _ On comprend alors pourquoi le communisme s'est désagrégé, alors que lui-même prédisait la fin du capitalisme, parce qu'il est viscéralement contre nature! En fait, il ignore ou nie sa propre domination!   

         _ Très bien! Mais...   

         _ Ceci nous amène à la règle suivante: plus un régime est directif et moins les individus s'y développent!   

         _ Ouais! Et en quoi cela concerne notre affaire?   

         _ Comment? Vous ne voyez pas? Mais notre premier cas est celui d'un croyant dont la religion a une autorité forte!     

         _ Oh! I see! dit plaisamment Andropov. Eh bien, Sacripante, qu'est-ce que vous attendez pour nous montrer l'individu?"   

         L'OED avait mis en place une série d'expériences, avec des volontaires, qui ignoraient le véritable but de ce qu'on leur demandait! Ils étaient utilisés comme cela se fait couramment pour des tâches menées par la psychologie sociale ("psy soss" pour les intimes...)   

         Le groupe OED se retrouva dans une vaste pièce, dont un mur était tapissé d'écrans, qui montraient des personnes devant leur ordinateur. "Chaque écran, expliqua Sacripante, correspond à une expérience... Chaque sujet est ici pour quelques jours et dispose d'une chambre, mais les repas se prennent en commun au self et on peut aussi se promener dans le jardin... Ce n'est pas une prison, bien entendu!   

         Comme je l'ai dit, notre première expérience porte sur un croyant, un musulman... Nous aurions pu prendre un catholique et nous serions arrivés au même résultat, mais avec beaucoup plus de peine, car la religion catholique a été tellement malmenée que son influence n'est plus qu'un souvenir!   

         Ce qui n'est pas le cas de la religion musulmane, qui continue à régler le quotidien des fidèles, malgré le fonctionnement de la société... Par exemple, beaucoup de jeunes musulmans regrettent aujourd'hui de ne pas pouvoir prier librement, notamment sur leur lieu de travail! Mais c'est justement ce genre de situations qui nous intéresse, car comment le croyant, qui est inquiet de devoir renoncer à sa prière, voit Dieu, sinon comme un maître d'école, qui va le punir, parce qu'il ne suit pas la règle!       

         Or, s'il y a bien quelqu'un, entre guillemets, qui peut comprendre, c'est Dieu! Ou il est la compréhension infinie, ou il n'est pas! La vision du croyant est donc immature, infantile! Elle n'est pas développée! Son embarras, qu'on pourrait voir obsessionnel, est en rapport avec la règle, la religion et non avec Dieu lui-même! A cause de l'autorité de sa religion, le croyant n'est pas conduit à donner à Dieu toute sa dimension! Mais penchons-nous sur l'expérience n°1...   

         _ J'espère que vous n'en perdez pas une miette, les enfants! dit agréablement Andropov à Dan Curtis et Diane Castillon.   

         _ Voici le profil de notre sujet, reprit Sacripante. Homme de trente-cinq ans, musulman donc et professeur de physique! Un esprit ouvert et tolérant! Il a été invité ici, pour participer à un espace de chat, sur le thème de la place de la religion dans la société moderne... Mais l'un des participants est chargé de détruire la règle! Il "attaque" non pas la foi, mais la religion! Il veut élargir, si je puis dire, la vision de Dieu, au-delà des principes, ce qui le rend d'autant plus redoutable, car il abonde dans le respect, l'admiration qu'il a pour Dieu!   

         _ Est-ce que vous pouvez nous donner un exemple, Sacripante? demanda Dan Curtis.   

         _ Vous savez que la religion musulmane interdit la reproduction du prophète ou de Dieu, car ce serait comme diminuer la divinité! Mais notre agent, lui, s'interroge sur ce Dieu qui ne donne pas toute liberté à sa créature, qui limite son pouvoir de création! Est-il avare, mesquin? En fait, c'est la règle elle-même qui réduit l'amour de Dieu!   

         _ Et quels sont les résultats? questionna Andropov.   

         _ La règle établit la domination! Elle est rigide et constitue une frontière! Il y a ceux qui suivent la règle et les autres! La règle dirige et donne donc du pouvoir: elle est au final un facteur d'équilibre! Evidemment, si vous la menacez, vous provoquez de l'angoisse et un moyen de défense, qui est la haine! Regardez notre sujet, c'est l'heure du "chat"! Voyez comme il est agité, nerveux! Le professeur avenant, maître de lui-même, a complètement disparu! Et pourtant, nul n'a remis en cause la grandeur de Dieu, bien au contraire!   

         _ C'est effrayant! fit Diane Castillon.   

         _ Tant que la religion est un pouvoir, elle est un poison! ajouta un peu sentencieusement Andropov.   

         _ En fait, la domination empêche l'amour sincère de Dieu, ce qui explique la haine du sanhédrin à l'égard de Jésus! renchérit Dan Curtis.   

         _ Hum! Nous allons maintenant passer à un cas plus léger..., celui d'un kitesurfeur! Vous allez me dire: "Qu'est-ce qu'on peut attendre d'un type, qui toute l'après-midi tire des bords, comme un chien court après un bâton?" Ah! Ah! Vous ne riez pas? Hum! Bon! Mais de mon temps on apprenait réellement à naviguer! On connaissait les allures, on savait ce que ça coûtait de remonter au vent, de bien gréer un bateau! Aujourd'hui, symbole de notre époque, tout doit être fun! sans efforts! O tempora, ô mores!   

         _ Dites donc, grand-père, fit Andropov, si vous nous parliez du cas numéro 2!   

         _ Mais j'y viens, j'y viens... Caméra 2...   

         _ Mais... mais qu'est-ce qu'il fait? s'écria Diane Castillon.   

         _ On dirait... qu'il noue ses draps..., rajouta Dan Curtis.   

         _ Oui, il va essayer de s'évader cette nuit! expliqua Sacripante.   

         _ Quoi? dit Andropov. Je croyais que c' n'était pas une prison ici!   

         _ Mais oui, mais oui! Mais, vous le voyez bien, notre sujet perd la tête!   

         _ Comment est-ce possible?   

         _ Eh bien, il a été lui aussi invité à un espace de chat, mais... on a un peu bidouillé son ordi! Il ne reçoit que nos infos... et un prolongement de confinement, de plus d'un mois et inventé par nous, l'a mis dans cet état! Notez que le confinement officiel le troublait déjà! Il disait que faire du Kitesurf est nécessaire à son équilibre, comme si être libre et profiter du grand air ne l'était pas pour tout le monde! Enfin, il a incité ses interlocuteurs, des agents à nous et qui s'étaient également présentés comme des kitesurfeurs, à participer à un grand mouvement de contestation, qui se serait tout de même rendu sur les plages, malgré l'interdiction..   

         _ Je vois...   

         _ Dans le même temps, on lui a fait voir un reportage sur les infirmières, qui s'occupent des malades du Covid... Elles doivent passer par un sas, enfiler une combinaison et c'est très pénible, et c'est pareil pour la sortie! Notre idée, c'était que ça aurait dû toucher particulièrement le kitesurfer, qui lui aussi enfile une combinaison... Sa facilité à lui et leurs difficultés à elle pouvaient faire contraste dans son esprit! Malheureusement, il est resté complètement sourd ou aveugle et il n'en a que plus encouragé son insurrection, si je puis dire! C'est à ce moment qu'on lui a prolongé le confinement!   

         _ Et vous allez le laisser s'échapper? demanda Diane.   

         _ Bien sûr! Vous avez déjà essayé de retenir un kitesurfeur!   

         _ Sacripante!   

         _ La question que vous devriez vous poser est celle-ci: qu'est-ce que ça à voir avec la domination? N'est-il pas simplement angoissé, parce qu'il est privé d'une grande dépense physique?   

         _ J'imagine que non, fit Andropov.   

         _ Bien sûr, les choses ne sont pas aussi simples! Il y a d'abord la compétition, qu'il y a entre eux! Des dominants et des dominés se dégagent! Mais y a aussi plus pernicieux! Ils font partie d'une sorte d'élite! C'est un monde à part! Ils s'imaginent même être hors de la société, avec des codes, une philosophie particulière! On retrouve une frontière, une limite, un territoire, comme pour le croyant! A partir de là, si vous menacez cette identité, vous ouvrez encore la porte à l'angoisse, d'où de nouveau la haine, un égoïsme forcené, aveugle, et même ici l'envie de jouer les filles de l'air, car la folie n'est jamais loin! Pour récupérer leur domination, certains sont prêts au pire, même à tuer!   

         _ Conclusion?   

         _ Eh bien, il faut m'augmenter! Les crédits nous manquent! Vous voyez comme c'est vétuste ici! C'est très soviétique en fin de compte!   

         _ Justement Sacripante! Nous ne tolérons pas les revendications personnelles! Vous voyez l'étoile rouge qui brille dans mes yeux! C'est signe que je suis à bout!   

         _ Eh! y a le kitesurfeur qui ouvre la f'nêtre! jeta Dan Curtis."

  • Dom Haine!

    Dom haine

     

     

     

     

             "Si vous pouviez l'arranger un peu, docteur, car je ne voudrais pas que sa mère le voie comme ça!"
                                                                                                                       Le Parrain

     

       (Chanson de Dom Haine, sur un air de Rap!)

     "Je suis Dom Haine! Nom de domaine: Dom Haine! Je suis en toi, le bourgeois! Je te contrôle, quand je te frôle!
        Je suis Dom Haine! Nom de domaine: Dom Haine! Je suis le phare de la cité, par le pouvoir excité! Je suis le type cassant ou le serpent glaçant! Je suis le Dom queue, des fois que... Je suis en baskets ou d'un bisness en quête! Si tu nies mon totem, c'est l'anathème!
        Je suis Dom Haine! Nom de domaine: Dom Haine! Touche pas à mon pognon, c'est pas tes oignons! Touche pas à ma religion, sinon c'est des gnons! Touche pas au lion, ni à l'action!
        Riche, mon béton t'écrase! Pauvre, à mort je te rase! Riche, je suis le froid DTN! Pauvre, bouillante est ma haine! Je danse, je danse, immobile ou plein de bile! Je suis Dom Haine! Nom de domaine: Dom Haine!
        Laisse mon pognon, c'est pas tes oignons! Laisse ma religion, sinon c'est des gnons! Laisse le lion et l'action!
        Ma banque, c'est pas pour les chiens! Mon dieu est plus fort que le tien! L'argent, c'est le pouvoir! La foi, c'est le pouvoir! C'est la scie: "Assis! Assis!" Craque et raque! Le billet vert ou le ventre ouvert! Choisis ou moisis!
        Je suis Dom Haine! Nom de domaine: Dom Haine! Touche pas à ma religion, sinon c'est le lion! Touche pas au pognon, sinon c'est des gnons! L'action, la foi, c'est pas tes oignons!
        Danse ami! Meurs ennemi! Pense à ma religion! Pense à mon pognon! Pense à ma case! Pense à l'occase! Ne vois-tu pas l'animal? Ne vois-tu pas le mal? La bourse me lève! La course de mon glaive! Dans la dèche, c'est Daesh! La richesse, c'est la pêche!
        Je suis un dieu en ville! Fais-toi servile! Où est ma reine? Où est l'arène? Longue est ma caisse! C'est que j'encaisse! Nom de domaine: Dom Haine! Vois mes haillons et vois ton sang! Vois mes picaillons, c'est indécent! Nom de domaine: Dom Haine! Où est ma reine? Où est l'arène?
        Mon dieu étend sa main! Il fait demain! A bas! Abat! C'est mon combat! Spirale, râle! Dollar, lard! Economie! Ennemi! Gratte-ciel! Gratte-fiel! Costume, thune! Je martèle, attèle! Bloque la loque! Nom de domaine: Dom Haine!
        Je suis le plus fort! Pan! T'es mort! Le loup chasse le loup! Je suis la bombe! Je suis la ronde! Mon dieu, c'est moi! Quel émoi! Mon dieu c'est la règle! Touche pas à la règle! Touche pas à mon dieu! Il est dans mes yeux! Touche pas à Dom Haine, sinon c'est la peine!
        Pétrole, quel rôle! T'es un chevalier? T'as pas de paliers? Broie le roi, crois! Puissance, essence! Pétrole, quel rôle? Sacré, paré? Mépris, écrit! Je te hais, Dom Haine! Je te hais, le riche! Je te hais, le pauvre!  Je hais ton costard! Je hais ton retard! Quel est le prix de ton mépris?  Vois je danse, à cause de ma puissance! Je suis le feu et tu es déjà feu!
        Eh! je suis l'image! Eh! je vis chez les mages! Eh! je suis rutilant! Eh, je suis faible et lent! Eh! Tu te moques! Moi, mastoc! Dans les étoiles, je me voile! Galaxie, pour l'occis! Eh! dans l'univers, je suis Dom Haine! Eternel! C'est moi Dieu! Je suis la haine! Je veux casser tes os! C'est mon réseau! Eh! où est ma reine, où est l'arène!
        Poésie, je suis fort! Duel à mort! Je veux ta peau, c'est pas du pipeau! Ma montre, c'est sacré! Mon culte, c'est barré! Animal, où est le mal? La Terre est plate et je te latte! Combien tu coûtes? Eh! Tu m'écoutes? Regarde la planète... Vois les manettes! C'est pas net! On dirait des chiens! On dirait des riens! Rien que la mâchoire, pour ne pas déchoir!
        Qui est Dom haine? Quel est son domaine? Je suis la grimace! Je suis la menace! Je suis la masse, qui pousse! Je bous sous la housse! Sens ma secousse! T'es sous ma botte! C'est le cadeau de ma hotte! Quoi? T'es encore là, chochotte? Je te veux sous ma botte! Quelle est ta cote? Zéro héro! Dom haine détruit! Dom haine est sans fruits! Dom Haine est comme la truie! Il a l'animal dans les yeux! Il a le mal dans les yeux! C'est ce qui fait de mieux! C'est le cadeau de son dieu! Car c'est lui Dom Haine, qui mène!
        Regarde Dom Haine! Comme il est séduisant! La haine est le feu nuisant! Je suis Dom Haine! Regarde mon corps! Encore et encore! Vois ma beauté! C'est l'amirauté! Je te dépasse! Toi dans la nasse! Dom Haine: 1! Et toi, Hein? T'es qui riquiqui! Vois plus loin! Vois ton coin! Je suis mieux! Tu es vieux! Tranchant du dollar!  Ouvrir ton lard! Pour que tu voies mes yeux... et mon dieu! Je suis de la city, je suis tout petit! Je suis Dom haine et c'est moi qui mène!
       Ma banque est mon épée! Mon mépris ma mitraillette! Je fais le mal, chaque jour animal! Oh! Viens dans ma nuit, sinon c'est l'ennui! Oh! Viens à ma religion, sinon c'est des gnons! Oh! Viens à mon action, sinon c'est le lion! Le reste, c'est pas tes oignons!
        J'ai l'air d'une vieille femme! La justice m'affame! J'ai l'air d'un travailleur! privé de radiateur! J'ai l'air d'un enfant! Et déjà je vais bouffant! J'ai l'air d'un politique! et suis plein de tics!  J'ai l'air pieux! et suis un pieu! Je suis le psy sérieux! et suis furieux! J'ai l'air dévot! et suis un veau! J'ai l'air malin! et de peur je fais le plein! J'ai l'air mûr! et suis dur! Je suis Dom Haine... et c'est moi qui mène! Tout ici est mon domaine!
        J' suis un titan! J'ai pas l' temps! J'écrase la planète! Faut que tout soit net! La sagesse te tient en laisse! La patience, c'est la méfiance! Sans Dom Haine, tu t' démènes! Sans la haine, c'est la chaîne! L'égo dit go!
        Touche pas à mon pognon, sinon c'est des gnons! Touche pas à ma religion, sinon c'est le lion! Touche pas à mes canons, c'est pas tes oignons!
        Je suis le feu originel! Et je danse éternel! Je suis dans la venelle! avec mon opinel! Je suis à Wall Street! Et je frite! Je suis au Vatican! Et c'est mon camp! Je suis à Jérusalem! Et l'étranger jamais je ne l'aime! Je suis la Kaaba! Et te vois tout en bas! Je suis du Koramchar... et déploie mes chars! Je suis journaliste... et t'es pas sur ma liste! Jai reçu un prix... et ai mal écrit! Animal, je fais le mal! Je suis Dom Haine... et c'est moi qui mène!
        Viens dans mon domaine! Mon dieu est dans une boîte d'allumettes!  Où veux-tu que je le mette? Mon cœur est plein de rancœur! Mon dieu est ma chaîne! Normal pour Dom Haine! Mon dieu est sans amour! J' suis pas pour! Mon honneur, c'est le sonneur! Je cogne et je rogne! Là, j' rigole! comme la tôle! Moi, mon dieu est dans une boîte d'allumettes! Où veux-tu que je le mette! Moi, l'amour, j' suis pas pour! Le respect, j' l'ai pour la haine! J' l'ai pour Dom Haine!
        Trafic à fric! Vitesse, altesse! Toujours plus! Toujours luxe! Klaxon qui sonne! J' suis fort! J'ai pas tort! Je fonce, j' démolis! Des ronces et des lys! Tête en cube! Tube en tête! Oiseau, ciseau! Pognon! Gagnons! Ma tête dans une boîte d'allumettes! Je ne vois rien, car il n'y a rien! Quantique, pathétique! Ma mort, sans remords! Qui suis-je? Un souffle, un courant d'air? Invisible et le der! Pognon, gagnons!
        Je vais, je viens, je suis la flamme! la victoire, le vrai! Eh! C'est moi sur l'écran! C'est moi le cran! C'est moi le grand! au premier rang! Plus haut, plus fort, plus beau, voilà le vrai! Voilà mon sentiment! Voilà ma raie, au milieu je mens! C'est mon ego qui dit go! Obstacle? haine! Différence? Haine! Patience, attente, haine! Univers, grandeur, infini, haine! Animaux, plantes, haine! Autre, haine! Plaine, haine! Silence, haine! Mesure, haine! Effort, haine! Beauté, haine! Ce qui n'est pas moi, haine! Ce qui n'est pas mon choix, haine! Dormir, haine! Regarde la flamme qui danse! C'est celle de mes yeux, de mes vieux, de mon dieu, des envieux! C'est celle de Dom Haine! Eh ouais! Ouais! c'est celle de Dom haine! Eh ouais! Danse! dense! C'est le chant de la puissance! J'écrase! J te rase? Haine!   
        Si j' domine plus, j'suis foutu! Si j' domine plus, tu me tues! Si j' domine plus, quelle est l'actu?
        Touche pas à mon élection, sinon c'est des gnons! Touche pas à ma religion, sinon c'est la dent du lion! Touche pas à mon pognon, c'est pas tes oignons!
        Tu entends ma musique? Elle abrutit la clique! Elle fait place nette! Elle fait ma planète! Je suis le roi! Je sème l'effroi, à coups de décibels! C'est que j' suis rebelle!
        Eh! Mate mon tag! Il crie au goulag! à la dictature, car c'est super dur! J' peux pas mettre de crop! C'est pas top! Liberté, j'veux être libre! J'en ai la fibre! J'suis contre tout, sauf moi-même! Je suis moi-même contre tout! Et je danse, c'est une évidence! Je brille, je suis super divin, divine! Qui je suis? Devine!
        J' suis ton miroir! Suis ton mouroir! Suis ton espoir! Suis pas ta poire! Suis ton soir! Suis ta trajectoire! Suis à voir! J' suis divine! Citadine!
        Projecteurs! Producteurs! Mode! Ipod! Flash! Smash! J' suis la reine! Mais pas dans l'arène! Car j'ai peur des barbus! Au rebut les barbus! Mon plaisir, c'est l'avenir! J' suis dans ma bulle, en conciliabule! Je rejette, sauf mon jet! J' suis jet-set!
        J'ai le turban! Le reste est au banc! J' suis dans ma bulle, en conciliabule! J'ai peur de l'occidental! Au rebut l'occidental! Mon plaisir, c'est l'avenir! Je rejette, sauf mon dieu! Attention tes yeux! Avec moi, tu seras pas vieux!
        J' suis contre l'injustice! J' suis dans l'interstice! S'il y a du mal, c'est à cause du riche! Faut qu'on l'empale, chiche! Allez, j' suis dans ma bulle, en conciliabule! Je rejette, sauf mon parti! T'es pas déjà parti! Révolution, attention! Finis les millions!
        J' suis vert sévère! J' suis pour les animaux, pas pour les mots! Le réchauffement climatique, c'est mon tic! Normal, c'est mal! C'est la mort du monde, immonde! Tu m'échauffes la bile, immobile! J' suis pour le bûcher, si t'es pas touché! J' suis dans ma bulle, en conciliabule! J' rejette tout, sauf si c'est vert! Rouge ou vert, choisis! Sinon moisis!     
        Vois, je danse, c'est une évidence! Car au fond j'aime! L'amour, tu sèmes? J' crève, sans rêves! Je danse, c'est une évidence! Car c'est froid autour! Y a que des tours! J' suis l'enfant dans l'univers! J' suis un fan dans l'univers! Mon cœur brûle! C'est la rule! J' suis l'enfant et le fan!
        Je suis le feu, qui veut! J' veux aimer, j' veux semer et rêver! J' veux danser plein d'"ave"! Je suis le feu des étoiles! L'énergie des voiles! J' suis le brasier! sans casier! J' suis pas Dom Haine! J' veux qu'on m'aime! quand même! J' veux être libre! J'en ai la fibre! J' suis fort, pour aller encore! J ' veux pas d' murs! J 'suis pas mûr! En baskets, je pars en quête!
        Et je danse, c'est une évidence! J' suis la beauté, sans privauté! J' donne et pardonne! J' suis fort, car j'suis pas mort! J' suis vivant, car plus doux qu'avant! J' suis l'espoir! pas la poire! J' suis pas Dom Haine, car j 'veux pas d' chaînes! La haine est une prison et j' suis un tison, tendu vers le soleil, cette merveille!
        C'est la lumière, mon adoration première! Je suis né étoile! Je suis né force! Je suis né beauté! Et je danse, c'est une évidence! La haine m'enchaîne! L'amour me délivre! J' veux être libre, j'en ai la fibre!  Comprendre, attendre, respecter, voilà mon programme, ma politique! Voilà ma musique!
        Eh! j' suis l'animal sans mal! J' suis l'œil de la biche, le vol de l'oiseau, le puissance de la baleine! Rapide comme le serpent! Dom Haine? J 'le mène! Et je danse, c'est une évidence! J' suis comme la vague, fort comme elle et aussi doux qu'elle! J' suis une aile dans la nuit étoilée! Je suis la comète, boule de feu comme elle!
        Regarde, je danse, c'est une évidence! Ma haine se dissout! Elle ne vaut plus que dix sous! J' suis divin! Plus fort que le vin! J' suis un mystère, au-delà d' la Terre!"

     

  • Chat Dom!

    Chat dom

     

     

     

     

     

                             "Vous croyez quand même pas qu'on va s' faire des papouilles sous la douche, non?"
                                                                                                                    Le maître de guerre

     

     

        "Je vais vous parler de ma journée, bien qu'elle soit toujours la même, ou plutôt parce que justement elle est toujours pareille! Car c'est cela qui me blesse! Mais d'abord je suis devant une pâtée, qui n'est ni vraiment appétissante, ni particulièrement rebutante! "Le service est correct." pourrais-je dire! Cependant, au fil du temps, mon rapport à la nourriture a profondément changé!
        Autrefois, je mangeais sans y penser, par pur plaisir, car j'avais faim et je dévorais la vie! J'étais enthousiaste, joueur et j'exerçais mes talents! Je me détendais sans efforts, pour attraper au vol un papillon! Je ne quittais pas des yeux un bourdon, ce qui peut rendre dingue, croyez-moi! J'allumais ma vision nocturne, pour terrifier le rongeur, avant de le promener tel un trophée ! Mais je pouvais encore prendre l'apparence d'une pierre, de sorte que l'oiseau s'y laissait prendre!
        Tout cela maintenant a l'air d'un rêve, tellement c'est loin et oublié! On mange différemment et même on considère bizarrement son corps, à partir du moment où on ne se libère plus, quand les circonstances conduisent à se recroqueviller, parce que l'espoir meurt et que le monde constitue un obstacle trop grand, infranchissable! On est alors comme dans une prison et l'attention, qui ne peut plus s'exprimer au dehors, ainsi qu'elle serait portée par un nuage, se porte sur soi et trouve des maux, des anomalies, des troubles, qui se développent justement à mesure qu'on s'y intéresse! C'est la force empêchée, contrainte, désorientée, qui nuit à son propriétaire!
        Comme vous le voyez, j'ai eu tout le temps pour devenir savant! Toujours est-il que je me nourris aujourd'hui, avec brutalité, parce que c'est mon seul plaisir et que j'ai l'impression de n'en avoir jamais assez! Le résultat est pitoyable, à pleurer! J'ai l'apparence d'un tuyau de poêle, qui se meut lourdement! Si je devais chasser, les moineaux auraient l'air de se moquer de moi et un rival pourrait me prendre en pitié! Mais, de toute façon, ces situations, qui me font rêver, ne me sont plus possibles et donc je me laisse aller! C'est l'œuvre destructrice du désespoir!
        Pourtant, mon maître me croit heureux! Ce qui est plus exact, c'est qu'il ne me voit plus, ainsi que je ferais partie des meubles, pour ainsi dire! Mais, après m'avoir nourri, il me tapote un peu la tête, en me laissant à ma chance, croit-il! En effet, j'ai accès libre au balcon et je ne suis donc pas enfermé, comme d'autres que je connais et qui suivent le monde derrière un carreau! De temps en temps, ils s'arc-boutent contre leur prison de verre, comme s'ils priaient muettement, pour toucher les choses animées!
        Apparemment, je suis mieux loti, mais il n'en est rien! Au début, certes, je trouvais mon "nid d'aigle" fantastique!  A l'époque, tout n'était que vie, ciel bleu et blancheur d'ailes! Dans la rue, des chiens en laisse reniflaient dans les coins, avant de laisser éclater leur fureur contre un autre! C'est manifestement une manière de se croiser! Le trafic me semblait aussi dense que passionnant, mais surtout des goélands passaient à proximité! J'étais à leur niveau, comme à celui des merles et des pies! Je sentais qu'il n'y avait pas loin entre mes griffes et leur plumage!
        Quelques insectes encore venaient m'égayer et je m'amusais même avec des jouets de l'enfant de la maison! Des plantes vertes enfin reposaient mes yeux et me tenaient compagnie..., mais un jour il y eut des cris et mon maître se retrouva seul et mon balcon devint complètement nu! La vérité sur ma situation m'apparut clairement, car je dus me rendre compte que toute la vie, l'animation, qui me plaisait tant autour, m'était en définitive inaccessible! Je n'étais qu'un spectateur de toutes ces merveilles! En aucun cas, je n'y participais! Mon nouveau désert me dessillait les yeux!
        Une autre existence commença, car je ne pouvais pas, bien entendu, faire un saut de plus de trois mètres, jusqu'en bas! Que dire? Que je connais chaque centimètre, oh! avouons-le! chaque millimètre de mon balcon? Que j'ai respiré l'odeur de son béton, au point de m'en soûler? Que j'ai passé la tête entre tous ses barreaux? Que j'ai fini par me désintéresser totalement de la fête autour? Puisque je n'en suis pas un des convives! que je n'ai pas reçu de carton d'invitation, qu'on m'a oublié sur le bord de la route, comme un pestiféré, comme si je n'existais pas!
        Oh là! Le camion! Tu mugis dans la côte et tu triomphes à son sommet! Adieu donc! Le prisonnier reste ici! Même si tu es moche et puant, tu es libre et tu vas vers de nouvelles aventures, de nouveaux paysages! Moi, je vais boire l'endroit jusqu'à la lie! Salut la mouette! Ouais, ouais, c'est encore une question de territoire et tu cries pour te faire respecter! Tu es censée avoir de la peine, mais je donnerais mille ans pour une querelle, un contact, un incident, une brèche, une rupture, un éclair, un foudroiement même! Enfin, il arriverait quelque chose!
        Et vous, les moineaux braillards, les virevoltants imbéciles, alors que je suis fait pour vous attraper, vous foncez vers une urgence et effectivement: "Pi!Pi!" fait votre escadrille! Ah! Ah! Ah! Hum! Moi, je reste seul dans l'ombre, peut-être sous les sarcasmes de l'oiseau au corps d'orque! à moins qu'il ne soit noir avec un tricot blanc! C'est de la pie dont je veux parler... Elle va et vient, implacable, raillant avec un bruit de serpent à sonnettes, un reflet émeraude à la queue! En voilà une dont on n'est pas prêt de rabattre la fierté! "Oh là! sur le balcon, y a quelqu'un?" "Non, y a juste que la touffe d'un balai à cirer!"
        Des enfants vont à l'école, des chiens pissent, d'autres chats sont plus malheureux que moi, le soleil brille, les nuages étincellent, ça me laisse froid, ça ne m'intéresse plus! Les jours alternent, la lune est pleine, il pleut, peu importe! Je n'ai plus goût à rien! Je suis dans une impasse radicale! Ma seule préoccupation, c'est comment supporter la journée, l'heure, la minute, la seconde qui s'écoulent!
        Comment meubler le vide? Par la philosophie? Mais oui! Je vais m'interroger sur la réalité... Je vais commencer par distinguer ma conscience de ce qui est objectif, ce qui ne veut pas dire que je ne peux pas moi-même être objectif, comme dirait le photographe, hi! hi! Voilà que je deviens fou! Sans doute faudrait-il s'attacher à quelque chose de plus simple... Par exemple à comment réparer son vélo! Qu'est-ce qu'un pignon, une cassette, une fourchette? Des freins V-brake, peuvent-ils avoir des bras de frein ou des étriers? Je pourrais faire suer des professionnels!   
        L'ennui, c'est que je suis un chat et donc fait pour chasser! Les moyens d'évasion des humains ne sont pas pour moi! Aujourd'hui, je vais me tenir uniquement de ce côté du balcon... Il faudra être fort, patient, imperturbable! Pourquoi un tel travail? Mais parce que demain je me tiendrais dans le coin opposé et qu'ainsi j'aurais l'impression d'un changement! Hein? Y en a sous la cafetière! Survivre, c'est pas pour les nantis, ceux qui galvaudent leur temps et qui se goinfrent! Tenir dans le désert, c'est tout un art et je suis devenu un maître! Je côtoie le désespoir, comme s'il était l'air que je respire! Je suis quasi un linceul!
        Il me reste tout de même un rayon... Il est faible, mais il existe bien: c'est le voisin! Il habite un pavillon en face et de ses fenêtres, à l'étage, il n'est pas insensible à mon sort, je le sais! Il observe mon mal-être et dernièrement il m'a vu faire le poirier, car je me suis effectivement tenu à l'envers et verticalement contre le mur! C'est une de mes ultimes trouvailles, pour sentir une nouveauté!
        Mais, tenez-vous bien, le miracle a eu lieu! Le voisin a traversé la rue, il est allé à la rencontre de mon maître, alors que celui-ci était sur le trottoir! Cela s'est passé juste sous mon balcon, où j'étais aussi avide qu'un reporter devant Kennedy et Khrouchtchev! La tête sous la rambarde, j'ai miaulé comme pour dire: "Oui, c'est bien de moi dont il s'agit! Ma peine est entre vos mains!"
        Mais voici le dialogue (avec mes commentaires): "Excusez-moi, monsieur, mais votre chat a l'air malheureux..., a commencé le voisin. (En plein dans le mille! O douce musique! Celle de la clé qui ouvre la cellule, qui rappelle qu'il y a un dehors, un horizon, des arbres, le vent!)
        _ Ah oui! C'est un vieux chat! a répondu mon maître. (Un vieux chat! Qu'est-ce que ça veut dire?  Que je suis comme un bibelot? Que je n'existe déjà plus? Qu'il ne faut plus se soucier de moi? Quelle réponse étrange! Mais elle suffit à ébranler le voisin! Le voilà qui doute, qui se reproche peut-être de s'être mêlé de ce qui ne le regarde pas!
        Non pas ça, par pitié! T'as vu juste le voisin! Accroche-toi! Crois en toi! Il en va de ma vie!
    )
        _ Ah! Bon... Excusez-moi, je me suis sans doute trompé! Je n'ai pas voulu vous importuner!
        _ C'est rien! C'est un vieux chat! J' l'ai depuis des lustres!" (Mais qu'est-ce que ça veut dire à la fin? Horreur! Le voisin s'en va! Il devait être fragile lui-même! Il a laissé partir la lumière! Il a été vaincu par les ténèbres, le chaos, l'égoïsme! La foi est KO! Je suis assommé et je tombe dans un gouffre sans fond!)
        Je ne repartirai pas pour un autre tour! Non! Car c'est sans espoir! C'est le vide absolu! Je regarde la nudité de mon balcon et je ne referai pas les mêmes efforts! C'est fini! Je ne ferai plus l'âne! Qu'on trouve un autre pigeon! J'ai résisté tant qu' j'ai pu! On peut pas m'en demander plus! Comme si c'était pas moi, la victime!
        J' veux crever! Là, à cet instant même! Que le dégoût soit un poison foudroyant! J' veux crever, que j' dis! Tout le reste m'indiffère, me fait vomir! Est-ce qu'un animal peut se suicider? Oui, il se laisse mourir! Il se force à mourir et il adresse même une prière au grand manitou là-haut, qui doit le prendre en pitié!
        Tout de même, j'ai de la haine, car tout ça n'est pas fatal! C'est la conséquence de comportements humains! Comment peut-on broyer un autre, par son indifférence? C'est facile, il suffit de ne pas chercher à devenir meilleur! Il faut avoir pour seul objectif la satisfaction de son égoïsme! Alors, les autres sont là pour servir! Ils sont faibles, on les écrase! Ils résistent, on les respecte (ou du moins on s'en méfie!)!
         Ce que j'aimerais, c'est qu'un fléau vienne briser les hommes! Une épidémie par exemple! Elle bousculerait leur univers, les désorienterait, leur ferait perdre la tête! Ce n'est pas par cruauté que je dis ça, c'est pour qu'ils doutent, qu'ils deviennent humbles et attentifs! Mais ils ne changeront pas, tant qu'ils ne seront pas à genoux! Leur orgueil leur sert d'armure et ils méprisent à l'abri!
        Il faudrait au moins qu'ils aient soif, qu'ils soient perdus, hagards, qu'ils connaissent ma situation! L'épidémie les confinerait! Ils ne seraient plus libres, tout puissants! Evidemment, cela susciterait au départ beaucoup de haine et de violence, mais la maladie serait inexorable! Son indifférence broierait, comme la leur m'a détruit et continue de détruire!
        Ils seraient eux aussi face au vide! Ils verraient d'abord qu'ils ne sont pas les maîtres! que la Terre n'est pas un paillasson pour leurs appétits! Ils tourneraient également en rond! Peu à peu, l'angoisse les envahirait! Ils éprouveraient ma peur, ma détresse! Leur cœur inévitablement s'ouvrirait, car ils demanderaient de l'aide! Ce serait un centième de ce que j'ai connu! Un millième serait plus exact!
        Ils n'ont aucun savoir! Ils ne regardent pas la fleur, la feuille colorée par l'automne, le nuage qui passe... Ils ignorent leurs richesses! Ils s'estiment lésés, car ils n'en ont jamais assez! Ils sont aveugles et vivent dans la nuit, mais ce n'est pas une excuse! Il y a mon balcon nu et la foire de leur ego triomphant!
        Il y a ma misère et le luxe de leur colère!
        Il y a mon attente et leur vanité boulimique!
        Il y a mes craintes et leur insolence!
        Il y a ma prière et leur bruit!
        Il y a mon respect et leur destruction!
        Qu'ils soient maudits, car ils se gorgent! Que la peine les humilie! Je ne verrai pourtant pas ce jour! Je ne retrouverai pas l'espoir! C'est trop long, l'obstacle est trop grand! Demain, ou dans quelque temps, mon maître trouvera mon cadavre et il dira: "J'avais raison, c'était un vieux chat!""

     

  • Dom déni!

    Dom deni

     

     

     

     

     

                                                    "Les deux macs! Faudrait pas qu'on les retrouve morts, les deux macs!                                                                                                          après tout c' que t'as dit sur eux hier soir!
                                                      _ T'as pas fait ça, dis?
                                                      _ Nooon!"

                                                                                Coup de torchon

     

     

        "Dom Déni, bonjour!
        _ Bonjour!
        _ Dom Déni, un nouveau livre! Un roman, intitulé Le Grand massacre, édité chez nos amis des Editions du Boucan... Alors, c'est un livre foisonnant! On y retrouve tout un tas de personnages hauts en couleurs! Ils sont d'ailleurs facilement reconnaissables!
        _ Euh...
        _ On va y revenir! Mais j'ai envie de dire que c'est le roman de la maturité! On sent, Dom Déni, que vous avez passé un cap! que vous maîtrisez encore davantage votre plume! Dom Déni serait-il devenu un sage?
        _ Eh bien, je l'espère, figurez-vous! Je pense être d'abord un homme de convictions! La vérité ne me fait pas peur, eût-elle le goût de la mort!
        _ Hum!
        _ En tout cas, je ne suis pas hypocrite! Il faut appeler un chat un chat!
        _ Bien entendu! Allons tout suite au personnage du père, qui est truculent en diable! Il parcourt son domaine pour le détruire! Car vous avez situé le roman au dix-huitième siècle! Pourquoi ce choix, Dom Déni?
        _ J'ai supposé que placer le père, comme noble et propriétaire terrien, ferait mieux ressortir son aspect despotique!
        _ Et c'est réussi! On voit le père chevauchant par monts et par vaux! Il arrive dans une manufacture, pour quasiment repartir aussitôt chez un artisan! Il harangue la foule au port! Il donne des ordres aux marchands et il va même contrôler des charrettes de foin, Dom Déni!
        _ Oui, oui, c'est un vrai feu follet! Il est comme un aigle, qui veut recouvrir le pays de ses ailes, mais, malheureusement, celles-ci sont trop petites!
        _ Il tient sa maison de la même façon! Il paraît aimer sa femme, qui cependant garde un rôle effacé! Par contre, son autorité est indiscutable sur ses gens! Ils en ont peur même!
        _ C'est qu'il semble avoir un droit de vie et de mort sur eux! Ce n'est pas vraiment effectif, car nous sommes tout de même au dix-huitième et la civilisation est en marche, mais ce qui est sûr, c'est qu'il peut les renvoyer à tout moment! Ils sont donc absolument tributaires de ses décisions!
        _ Il va avoir une idée géniale, pour asseoir encore son pouvoir! Il va imaginer un virus! une épidémie! Pour éviter la propagation, il va imposer des fermetures, des couvre-feux, des confinements! Il brandit partout la menace de la maladie et de la mort! Il demande de respecter le personnel hospitalier, dont les moyens et les forces sont limités! Et ça marche, Dom Déni!
        _ Oui, absolument! Bon nombre prennent peur et certains ont une vraie conscience civique! On limite ou on arrête donc ses activités! On ne se déplace plus ou seulement si on ne peut pas faire autrement! Les nuits deviennent particulièrement calmes... Les fêtes, si importantes pour le peuple, sont bien entendu supprimées! C'est tout un pays qui est bouleversé!
        _ Mais Dom Déni, ainsi le père se ruine lui-même, car ce sont ses propres terres et revenus qu'il met en péril! Pourquoi agit-il ainsi, Dom Déni? Est-ce qu'il est fou?    
        _ Comme vous l'avez dit vous-même, il veut dominer toujours davantage! Il a une vision des choses, qui fait que les autres sont comme de la pâte à modeler pour lui! Le pays devient un outil au service de son ambition! C'est un dictateur intransigeant, fermé, hautain, qui méprise ceux qui se sont appelés le Tiers état!
        _ Et là Dom Déni, vous êtes emporté par votre sujet! Car on n'arrête plus votre lyrisme! Sous votre plume, pleine de fougue, le père acquiert une dimension titanesque! On lit, page 70: "Il surgissait de la nuit, tel un Zorro négatif! Il entrait dans l'auberge, suivi par son bailli et des soldats qui portaient un collier de fer! Tout le monde était saisi! "Qu'est-ce que c'est qu' ça?" criait-il. Alors on fait la fête! Et le couvre-feu?" On essayait de fuir par la fenêtre! Des chiens aboyaient, hurlaient à la mort! Des femmes pleuraient, en demandant pardon! Des ivrognes sautaient de l'étage et se cassaient une jambe!
        Puis, le dictateur passait dans la cuisine, renversait des casseroles, jetait des cuillers au visage de l'aubergiste et de son épouse; pendant que ses hommes éteignaient le feu dans l'âtre! Le chaudron, avec sa bonne soupe, se déversait sur le plancher! Les lumières étaient éteintes; le silence remplaçait les rires; l'odeur de la cendre celle des sauces! L'éteignoir du genre humain avait encore frappé! Le rabat-joie terrible avait de nouveau sévi! La chauve-souris avait bu la joie du monde! La glace avait figé le gigot! L'homme était comme ces marécages brumeux, dont nul ne revient! Il avait le sourire et l'œil ardent du loup!"

        Quel style, Dom Déni! Mais on a un peu l'impression que vous avez fini par haïr votre propre créature!
        _ C'est possible... Vous savez, la passion dépasse souvent la fiction!
        _ Ouais... Cependant, vous donnez à l'épidémie une réalité! Vous racontez comment des bourgeois se lèvent, un beau matin, avec de gros boutons rouges sur le visage! C'est la stupeur, la panique! On va quérir le médecin, on veut des remèdes! On se dit que le microbe est bien là, que le châtelain finalement n'était pas dérangé!
        _ Honnêtement, si j'ai agi ainsi, c'est pour rajouter à la confusion! Car très vite, on n'y comprend plus rien! Les cas d'infections se multiplient, mais apparemment la santé de l'ensemble reste bonne!
        _ Le soupçon revient donc... Mais comment, Dom Déni, comment ne pas reconnaître le président Macron dans votre personnage?
        _ Eh! Eh! C'est vous-même qui faites ce rapprochement! Pour ma part, je préfère laisser juge le lecteur... S'il croit voir dans mon fossoyeur le bonhomme qui s'agite à l'Elysée, il ne fera que suivre son penchant!
        _ Ouais! Admettons, mais l'analogie entre la situation actuelle et votre livre ne s'arrête pas là! D'autres individus ont un masque bien fragile!
        _ Ce qui peut être dangereux, par les temps qui courent, hi! hi!   
        _ L'oncle par exemple! Vous le brossez si grossièrement qu'il apparaît peu sympathique! On lit page 114: "Il avait une grimace éternelle! C'était un braillard né, comme si le monde entier lui devait une facture! La vérité: il s'admirait, contemplait le tribun qui était en lui et sa colère venait de l'indifférence et de l'insoumission qu'il rencontrait!" C'est bien le portrait de Mélenchon, non?
        _ Ouh, là! Vous allez vous faire des ennemis! Encore une fois, il vaut mieux laisser le lecteur libre... Il sera bien mieux en sécurité, comme ça!
        _ Bon! Bon! Mais il y a encore la belle-mère! la marâtre, comme vous l'appelez! Blonde, grinçante! Vous lui donnez une mâchoire de fer, cadeau de la chirurgie de cette époque!
        _ Oui, l'ancêtre du dentier...
        _ Inutile de se demander qui vous a inspiré pour ce cas! Mais la belle-mère et l'oncle ne se privent pas de critiquer votre dictateur et puisqu'ils sont dans l'opposition, ils ont naturellement toutes les réponses! Ils savent parfaitement ce qu'il faudrait faire face à la maladie!
        _ Mais ils n'ont peut-être pas tout à fait tort, car le danger est sans doute fictif!
        _ Il y a un autre individu, qui a un rôle curieux... C'est un journaliste, un gazetier, une véritable mitraillette à éditoriaux! Après avoir dénoncé les manques du pouvoir, il réclame à celui-ci toujours la même chose: des idées, des idées!
        _ Oui, l'absence d'un fonds chez le dictateur est patente! On a l'impression d'avoir affaire à une gestion capricieuse, improvisée, inique!
        _ Le problème, c'est que votre journaliste n'en a aucune, des idées! Somme toute, il se ne contraint nullement... Il ne se rend même pas compte du privilège qu'il a de donner son avis! Il est seulement pressé de transmettre son analyse, tellement il la trouve précieuse!
        _ Mais c'est bien son rôle, non? Le journaliste n'est pas là pour avoir un programme!
        _ Je vous remercie, vous m'enlevez un sérieux poids!
        _ C'est bizarre... Depuis quelques minutes, vous m'avez l'air hostile!
        _ Mais non! Je suis tout comme vous..., bien intégré dans le système, une belle olive dans son bocal d'huile!
        _ Ah! Je regrette! Moi, je lutte justement contre le pouvoir en place!
        _ Vous l'avouez donc!
        _ Pfff! Où est-ce qu'on est subitement?
        _ Vous êtes perdu? Pourtant la fin de votre livre est parfaitement claire! En bref, car il faut laisser le lecteur la découvrir, la révolte gronde et on rejoint évidemment la révolution de 89! On chasse le tyran et ses calembredaines! On installe une Assemblée constituante, on sépare les pouvoirs, on veille au bien-être des plus pauvres, en muselant l'égoïsme des riches!
        _ Exactement!
        _ L'aurore de la justice illumine le ciel et enfin, enfin, l'humanité peut être heureuse! Ah! Ah!
        _ Mais pourquoi vous riez?
        _ Excusez-moi, c'est nerveux; c'est plus fort que moi! Ah! Ah!
        _ Je vous trouve bien désagréable!
        _ Mais même Jaurès aurait honni les gens comme vous! Pour lui, ou on s'en sortait ensemble, ou on s'en sort pas! Les sectaires de la gauche lui paraissaient des imbéciles!  
        _ Il est toujours resté chez Jaurès une part de catholicisme naïf!
        _ Mais c'est vous qui êtes naïf, Dom Déni, et vous êtes encore un hypocrite!
        _ Ben voyons!
        _ Mais demandez-vous au moins pourquoi il y a des capitalistes! Faites au minimum cet effort, car Jaurès, lui, a bien essayé de définir l'origine du mal! Vous et vos pareils, vous êtes des paresseux, des orgueilleux, malgré votre condition ouvrière!
        _ Espèce de salopard!
        _ C'est vrai, je me dégoûte moi-même!"

     

  • Poulet en Dom!

    Poulet en dom

     

     

     

     

     

                                                                                          "La baronne serait-elle devenue émotive?"
                                                                                                                              Le Ruffian

     

     

        " J'ai jamais vu le soleil! C'hais même pas c' que c'est! J'ai jamais vu un brin d'herbe non plus! ni une fleur! J'ai jamais senti l'air frais! J'ai jamais respiré un matin, à pleins poumons! pour saluer une nouvelle aube! J'ai jamais vu mon haleine sortir de ma bouche! J' connais pas la rosée non plus! ces petites perles fines! Les couleurs du monde, c'est pas pour moi! Le vent, les nuages étincelants, les maïs bruissants, les cours d'eau murmurants, jamais vu!
        J' connais pas la terre chaude, l'odeur des racines, le tranchant des pierres! J' voudrais humer d' la résine, paraît qu' c'est enivrant! Et les tapis d'aiguilles rougeâtres, paraît qu' c'est quasi élastique, silencieux même! Et l'éclat des feuilles, nom de D...! Si j'ai bien compris, c'est comme des cristaux émeraude au printemps! mordorés en automne! et même pourpres! Chapeau! Et les écorces, alors comme ça les arbres auraient chacun un type de peau! lisse ou crevassé! rouge ou gris! Et en avant la musique!
        J' connais pas non plus la pluie! J'entends parfois son bruit, mais j'ai jamais été d'ssous! Y en a qui s' lave avec, mais moi, j'ai jamais été nettoyé! Au contraire, j' vis dans une crasse immonde, dans une odeur pestilentielle, depuis toujours, depuis qu' j' suis né! Bon D...! Faut pas qu' j ' pleure! A quoi ça sert? Faut mieux rêver! Oh, ça, c'hais faire! Y paraît qu' a plein d'animaux dehors! Ah! Ah! des vaches idiotes! mâchant et mâchant encore! déféquant! mais dans l'herbe verte, connais pas!
        Y aurait plein d'oiseaux dans l' ciel, chantant merveilleusement! Y sont en liberté, comme on dit! Y piaillent dans l'azur, heureux de vivre apparemment! Y' s nourrissent d'insectes, moi, mon truc, c'est le vers de terre, jamais vu, jamais mangé! Faut pas qu' j' pleure! A quoi ça sert? Paraît qu' a des chiens qui font ouah! ouah! et qui courent après un bâton! Les c...! Mais au moins y 's dépensent, ils existent! Paraît qu' a des chats, qui font les fauves et qui détalent au moindre bruit! Des guignols quoi! Mais ils vibrent, y sont dans la fête! Pas moi!
        J' vais vous raconter ma vie! Mais faudra pas pleurer! A quoi ça sert? On est des centaines les uns sur les autres, les pieds dans nos excréments! Et toujours cette odeur qui vous noue les tripes, à cause de son aigreur! On a juste assez de place pour se tenir debout! On se regarde horrifié! Qu'est-ce qu'on fait là? C'est un cauchemar, dont on va certainement se réveiller! Mais non, on est toujours immobile, avec les mêmes yeux autour!
        Il y a encore le bruit: c'est comme une mer abrutissante! un degré de plus dans la folie, le dégoût! Qui a organisé ça? Qui peut nous mépriser ainsi? Qui peut piétiner la vie de cette manière? Qui n'a pas d'âme? Qui est autant monstrueux? Mais faut pas pleurer! A quoi ça sert? Faut serrer les dents ou le bec!
        De temps en temps, y en a qui meurent! J' les vois qu' y s' tendent, comme s'ils voulaient appeler! Puis, ils s'écroulent, dans l'indifférence générale... Ben dame, qu'est-ce qu'on peut faire? Leur cadavre fait tel un trou parmi la multitude, de sorte qu'on a l'air de danser autour! La tension ne diminue pas et la peine est complète! Peut-on pleurer en enfer? Oui!
        Les morts sont cependant enlevés, par les mains de créatures géantes, qu'on appelle des hommes! Ce sont eux aussi qui m'ont empêché de m'enfuir, car je n'en pouvais plus! Certains se contentent de leur ration de grain et on dirait bien qu'ils s'enivrent avec! Il est vrai qu'il n'y a rien à faire ici, à part manger! Mais cette nourriture est insipide, à force d'être toujours la même et elle excite plutôt ma colère!
        Un jour, j'ai rassemblé toutes mes forces et j'ai pu sauter par-dessus ce qui sert de clôture! J'ai atterri sur un couloir de béton et je me suis dirigé vers la source d'un courant d'air. Cela venait du dessous d'une porte et j'y voyais du jour! J'étais comme hypnotisé, quand on m'a saisi par le cou! Sans ménagement, sans un mot, alors que j'étais suspendu et étouffais, on m'a rejeté dans la cohue! Première leçon de vol! J'ai dû perdre quelques plumes, mais, comme vous devez vous en rendre compte, je ne perds rien de ce qui pourrait m'être utile, pour partir d'ici et même alimenter ma haine!  
        Mais l'évasion n'est pas possible, c'est le sombre constat auquel je suis arrivé! Bien sûr, vous vous dites que je ne dois pas renoncer, car ce serait comme accepter votre propre désespoir et la vie veut vaincre essentiellement, mais encore vous voilà soupçonneux, d'autant que vous êtes peu émotifs, et vous en venez à vous demander comment, dans ces conditions, je peux parler de l'extérieur, avec une langue aussi alerte!
        Eh! Eh! Je vous attendais là, comme un arrière, au rugby, voit l'équipe adverse se ruer vers lui! Avec sang-froid, alors qu'on va presque le toucher, il envoie en touche le ballon, d'un long coup de pied magistral! Intact le p'tit gars, devant les armoires à glace qui tirent la langue! Bon, j' vais être moins vachard, je vais vous donner sans tarder la solution! Tout ce que je sais, au-delà de cette fournaise, je le dois à... mon ami Sunny!
        C'est une hirondelle mâle et il faut la voir entrer par un trou du toit! Elle va, elle vient à travers la charpente, avec une aisance, une classe, une légèreté! Sunny, c'est l'as des as, le champion toute catégorie des hirondelles! Même les pilotes japonais, qui s'écrasaient sur les porte-avions ennemis, n'avaient pas un dixième de sa précision! C'est une étoile vibrante! un souffle de liberté!
        Il est venu se poser sur ma petite clôture, car j'ouvrais des yeux ronds, en le regardant! Il a commencé à me parler et m'a bientôt bouleversé! Bon sang! Faut pas que j' pleure, à quoi ça sert? Je calme plutôt mes nerfs et j'écoute Sunny! Il me fait comprendre le monde et j'en apprends des choses! D'abord, je suis un poulet d'élevage, d'élevage intensif! Je n'ai eu aucun mal à deviner le sens de ce dernier mot! Pensez, il fallait encore tendre l'oreille, même sous Sunny, pour bien l'entendre!
        Par contre, j'ai buté sur "eugénisme", ça m'amenait trop loin! Les gènes, c'est quand même compliqué, mais il est question d'une sélection, pour qu'on grandisse plus vite et cela expliquerait alors les arrêts cardiaques, les fractures, les morts subites! Les fumiers! Les ordures! Mais mince, la vie, la vie, c'est pas de la raclure! un filet d'égout! Faut pas que j' crie! Faut que j' garde mes forces, maintenant que j'ai Sunny, que j'ai de l'espoir!
        "Comment tu t'appelles?" m'a demandé Sunny!
        _ Comment j' m'appelle?
        _ Ouais, t'as bien un nom! Moi, c'est Sunny! Il te faut un nom, sinon tu resteras un inconnu pour moi!
        _ Un inconnu? Mais sûr Sunny, j' veux pas rester un inconnu!
        _ Eh ben, on va t'appeler Luigi; ça te va?"
        Tu parles, si ça m'allait! Ce nom, ou ce prénom, je l'ai caressé des heures et des heures! Luigi! Je m'appelle Luigi! Ah! Ah! Le combat commence, les enfants! J' peux faire mal, j' veux dire me défendre, à présent que j' suis quelqu'un! Merci Sunny, c'est le plus beau cadeau (et d'ailleurs le seul!) qu'on m'ait fait! Mais faut pas pleurer, à quoi ça sert?
        Y a des chefs ici, qui ont trouvé mauvaise ma relation avec Sunny! Ah oui! Parce qu'il faut que je vous explique! Même dans notre triste situation, notre drame, certains tiennent quand même à se montrer dominants, supérieurs! Ils exigent qu'on les craigne, qu'on reconnaisse leur autorité! Ils ont dit que Sunny racontait des fariboles, qu'on allait à notre perte, si on les prenait au sérieux! Ils ont même essayé de chasser mon ami!
        J' m'en moque! Quand l'éclairage baisse un peu, pour simuler la nuit et que la plupart somnole, c'est là qu' j' en finis pas de discuter avec Sunny et quelques jeunes suivent mon exemple! "Qu'est-ce qu'on fait là?" j'ai demandé à Sunny. Il n'a pas voulu me répondre tout de suite, il a juste baissé la tête! "Bon sang, Sunny! ai-je repris. Vide ton sac! Dis-moi tout! J' suis prêt; ça peut pas être pire!" Et Sunny a répondu!
        J'ai tout pris! comme si on m'avait giflé avec une sauvagerie extrême! Et bien des choses se sont éclairées! Je ne comprenais pas pourquoi on avançait progressivement vers la porte! Je saisissais pourtant que c'était parce qu'un certain nombre partait: il ne pouvait en être autrement! J'ai beau être un poulet, j' suis capable de logique! Mais on partait pour où?
        Donc (j' le dis froidement), y a un transport et on est conduit jusqu'à un autre bâtiment, qui s'appelle un abattoir! Là, on est accroché à la file, tête en bas et on est plongé dans une eau chargée d'électricité! Cette étape est nommée l'électronarcose, afin que la saignée qui suit soit moins douloureuse, car on nous saigne et c'est la mort! Mais, par conséquent, notre bien-être est pris en compte, même si on n'a jamais vu le soleil! N'est-ce pas touchant?
        J'étais glacé et j'ai dû faire effort, pour avaler ma salive, avant de questionner encore Sunny: "Mais dans quel but tout ça?" ai-je fait. On est mangé! Logique encore! Les animaux se dévorent entre eux, pour survivre! "Eh bien, monsieur, vos papiers m'ont l'air parfaitement en règle! J'avouerais même que je n'ai jamais vu une mine aussi honnête! Allez, passez!"
        Je suis resté abasourdi, car a priori notre sort était dans l'ordre des choses! "Ce n'est pas aussi simple!" a rajouté Sunny et il a de nouveau capté mon attention! Il nous a parlé de la route! Non loin d'ici, il y a un ruban de macadam, qui sidère tous les animaux qui le voient! Pourquoi? Mais parce que dessus circulent dans un vacarme épouvantable toutes sortes de véhicules, absolument indifférents à la nature qui est autour, comme si le soleil, les arbres, les champs ou les nuages n'existaient pas!
        "Les hommes sont perdus! m'a expliqué Sunny, qui a beaucoup voyagé et beaucoup vu. Ils croient que leur vie a un sens, mais il n'en est rien! Ils ont surtout peur et ils se raccrochent à leur égoïsme! Ils veulent donc du pouvoir et de l'argent, d'où les élevages intensifs!"
        J'en ai vomi sur mes pattes! Alors, nous vivons dans des conditions atroces, non à cause de la stricte nécessité, mais pour apaiser les nerfs de ces messieurs dames! Puisqu'ils ne font pas non plus d'efforts pour chercher une vérité, une paix, pour devenir meilleurs, plus humains! Ils préfèrent mépriser, haïr et détruire, plutôt que d'essayer la patience, la retenue, l'humilité!
        "Tu sais, a rajouté Sunny, beaucoup d'entre eux ne se rendent même pas compte de leur cruauté, ni de leur laideur! Ils se traitent déjà entre eux, comme s'ils étaient des déchets!" Oui, oui, ils sont aveugles, mais nous, on était en enfer! J'étais en train de digérer ces nouvelles données, quand je me suis aperçu qu'on avait avancé jusqu'à la porte! On était donc du prochain départ!
        Les chefs, parmi nous, continuaient à rouler des mécaniques et la majorité attendait son grain. Mais, moi, j'étais dévoré par l'angoisse: mes yeux ne quittaient pas la porte et bientôt, effectivement, elle s'ouvrit! Des mains nous jetèrent violemment dans des cages, qui furent empilées sur un camion! On entendait des gémissements et la peur se lisait dans tous les regards!
        Pour la première fois, je voyais le ciel, le soleil et la campagne, mais ce qui aurait dû m'enchanter me remplissait au contraire d'amertume! Je connaissais la fin du voyage! On est passé par un bourg et je fixais éperdu les gens qui étaient sur la place. J'aurais voulu leur crier: "Sauvez-nous par pitié! Nous allons à la mort!", mais chacun allait avec la plus parfaite indifférence!
        Nous nous approchions de la "route de la folie", quand je les ais vus! Les enfants, c'était encore plus beau que la RAF du temps de Göring! Sunny et ses camarades en essaim! Un virage impeccable sur l'aile et tous piquèrent sur notre camion! J'entends encore le chauffeur hurler: "Nom de nom!", car il n'y voyait plus! Le camion est parti à travers champs et s'est renversé, à cause de la pente! Les cages se sont répandues et la mienne s'est ouverte! J'en ai aidé un bon nombre à se libérer!
        "Courez vers le bois!" nous criait Sunny! Ah, les enfants! Je foulais l'herbe! J'ai même buté contre un champignon! Mais je rigolais! On a traversé un ruisseau... Bon sang, que c'était bon! Une fois dans le bois, Sunny nous a dit de continuer, sinon on serait rattrapé et on a marché en file, pendant deux jours, tous les sens en alerte, et on s'est arrêté sur la pente escarpée d'une colline! "Là, vous serez en sécurité!" nous a affirmé Sunny et on a créé un maquis, sous les épines!
        Bien entendu, il faut maintenant trouver notre nourriture et lutter contre les prédateurs, mais aucun d'entre nous ne voudrait revenir en arrière! On est là une cinquantaine et Sunny est reparti en Afrique; on le retrouvera au printemps!
        Si vous voulez nous aider, demandez au moins un poulet "plein air", même s'il reste à voir dans quelles conditions on le sort! Boycottez l'élevage intensif et vous aurez mon bonjour! Parole de Luigi le poulet!

        

     

  • Dom bouteille!

    Dom bouteille

     

     

     

                                                                                              "Just call me Snake!"

                                                                                                               New York 1997

     

     

     

     

        "Peut-être qu'un jour quelqu'un lira ce message... Un survivant des "Furies" le trouvera sur une plage, dans sa bouteille... Je ne sais si on me comprendra, ni si mon expérience pourra être utile, mais il fallait que je me confesse, car je n'en ai plus pour longtemps... C'était plus fort que moi!

        Je m'appelle Karl Rhom et j'ai été l'un des apôtres de la 5 G! Je me présente ainsi, car, à l'époque, la technologie était toute ma vie! Je travaillais dans un technopôle très actif, très performant, et je chantais à qui voulait l'entendre toutes les louanges de la 5 G!

        J'expliquais qu'on allait soulager les réseaux, étendre prodigieusement les possibilités de communiquer, grâce aux nouvelles bandes de fréquence, car je voyais l'homme au centre de tout et il était normal qu'il pût être le plus libre possible, en tous lieux! Certes, je n'ignorais pas que certains trouvaient les ondes dangereuses, mais, sur le plan scientifique, ces craintes s'avéraient ridicules!

        Je ne comprenais pas ces communes qui voulaient rester en dehors des réseaux, alors que d'autres les réclamaient à cor et à cri, et contre ceux, plus raisonnables, qui relativisaient la nécessité de la 5 G, en parlant d'abord de coût, j'avais un argument d'après moi massue: "Nous étions entraînés par le mouvement du progrès! Nous ne pouvions rester sur le bas-côté, si nous voulions garder notre indépendance! Les Chinois, les Américains ne nous attendraient pas! Nous n'avions pas le choix: il fallait que nous-mêmes nous développions notre propre technologie! Le monde était comme un train en marche, dont il était impossible de descendre!"

        Aujourd'hui, je me rends compte combien ce discours était absurde, car au fond, au nom de la liberté, je réclamais l'esclavage! Mais j'étais bien aveugle et... Oh! Que j'ai mal! Ma blessure est sans doute très grave, mais où trouver du secours? Il n'y a plus rien! Mais je veux finir cette confession, pour que ma vie ait au moins servi à quelque chose... et je ne dois pas mettre la charrue avant les bœufs! Je reprends donc la chronologie de mon récit, car c'est aussi le parcours de ma pensée...

        Ainsi, j'étais un fringant chercheur, sûr de lui et pourtant, je n'étais pas totalement satisfait! Non, j'en voulais plus! L'ambition me rongeait, quoique j'eusse tout! Mes enfants jouaient dans le jardin de notre maison neuve et ma femme était aussi belle que responsable! J'aurais dû être heureux, mais j'étais sombre au plus profond de mon cœur! Je rêvais... de quoi au juste? J'en ai honte aujourd'hui, mais je me voyais triompher, être une sommité, avoir l'aura d'une vedette de la télé! J'essayais peut-être d'échapper à une peur, à un sentiment d'insécurité, ou pire écraser, détruire, de toute ma hauteur, de tout mon mépris, m'aurait donné de la joie, aurait comblé un manque!

       J'étais assoiffé de gloire, de pouvoir, et la célébrité m'apparaissait comme une lumière solaire, qui maintenait au-dessus du sol, de l'ennui, de l'effort même! En réalité, ma réussite n'était qu'une façade et toute ma rage se libérait par les réseaux sociaux, où je pris une posture assez étrange, contraire à la pensée commune! Il ne pouvait en être autrement, puisque accepter le quotidien, faire preuve de compréhension, de retenue aurait été comme m'étouffer!

        Je devins la mitraillette de l'ombre, l'organiste de la haine! Moi, qui à la surface poussait au progrès, je combattais devant mon clavier ce que je voyais comme un immense parti pris! Les médias, notamment, qui dénonçaient les injustices d'un Poutine ou d'un Erdogan, me semblaient pervertis! Je m'imaginais repousser incessamment une glu bien-pensante, avec des commentaires acerbes, de véritables "placards" méprisants et destructeurs! A contre-courant, je prenais la consistance d'un rocher!

        Je soutenais Trump évidemment, malgré l'indignation générale! Je criais au scandale, dès qu'on le critiquait! Je réclamais pour lui la plus stricte objectivité! Je demandais qu'on respectât le vote américain, alors que je méprisais les électeurs de Macron! Quelle folie, n'est-ce pas? Mais Trump était un boxeur! Il était le seul à vraiment "secouer le paysage"! Il était la cheminée, pour mon feu! Encore une fois, se résoudre à la monotonie, à la raison ambiante, aurait condamné ma soif de vaincre, mon ambition, m'aurait plongé dans la nuit!

        C'était si fort que je m'aveuglais au sujet du président américain! Je le voyais efficace, quand ses adversaires me paraissaient pitoyables, mièvres, insipides! Lui au moins était vrai! Les résultats d'ailleurs étaient là et il les jetait à la face du monde! J'applaudissais à chacune de ses victoires: il était mon champion! Au fond, il donnait les coups pour moi; il me faisait goûter au sang! J'ai mis du temps à voir l'envers du décor, à retrouver un semblant de lucidité, tellement j'étais fiévreux!

        La fièvre? Je l'ai réellement à présent... Je tremble et j'ai le front en sueur! Je ne regarde même plus ma blessure, car elle est trop moche! Mais où en étais-je? Oui, l'envers du décor... Il était sombre, affreux! Prenons par exemple les accords arabes de Trump, entre Israël, le Liban et les Emirats... A première vue, ils favorisaient la paix et la tolérance! Mais, en réalité, ces alliances ne visaient qu'à l'écrasement de l'Iran et de ses protégés, les Palestiniens! C'était comme si Trump avait donné la permission aux sunnites de détruire les chiites! Avec les chaussures de l'égoïsme, il est facile d'avancer! La difficulté, c'est de respecter chacun!

        Mais ainsi allait Trump! Il croyait à la loi du plus fort, comme Hitler en son temps! On revient à celle-ci, car on ne la reconnaît pas! Trump laissait dans son sillage divisions et larmes et continuait d'injurier ses détracteurs! La "bête" était devenue enragée! La haine triomphait et n'étais-je pas moi-même un de ses étendards? L'ombre s'étendait sur le monde, d'autant que nous n'étions pas débarrassés du Covid! L'épidémie allait moins vite, à cause des gestes barrières, mais elle gardait son caractère exponentiel! A bien les regarder, on aurait dû avoir peur des chiffres!

        C'est sur ce chaos qu'"elles" sont arrivées! On a d'abord pensé à une réplique de la tempête Alex, qui avait déjà été dévastatrice, mais c'était encore plus fort! Surtout, les dépressions se sont enchaînées, sans plus s'arrêter! Les médias, quasi naturellement, les ont appelées les Furies! Car elles avaient l'air de s'acharner! La France, avec la Bretagne pour étrave, s'est enfoncée dans une nuit de cauchemar!

        Si je raconte tout cela, c'est pour une génération qui n'aurait pas vécu ces événements... Qu'elle médite sur mon histoire! Les enfants surtout! Les enfants... Quand la situation s'est vraiment dégradée, j'ai fait partir ma famille vers le Sud, où on avait des parents... Depuis, plus de nouvelles!  J'espère seulement qu'ils s'en sortent mieux que moi! C'est pas difficile, je vais mourir...

        De la pluie, du vent comme on n'en avait jamais vus! Tous les jours, incessamment! Une vraie chape de plomb, avec une lumière juste fugitive! Le pays s'en allait en morceaux! Au début, on voyait des images: des maisons entraînées par les crues ou des zones du littoral noyées par des raz de marée! Puis, tout s'est éteint! Le noir!

        Il n'y avait plus de courant! La télévision et Internet ne fonctionnaient plus! Nous étions isolés, livrés à nous-mêmes! L'essence vint à manquer, faute de livraisons! Sans électricité, notre logistique n'était plus possible! Il y eut des morts aux stations services, et ils doivent y être encore, à la merci des charognards!

        La police, les pompiers, les gars d'EDF, ils... Je dois essuyer mes larmes, mais ils ont tous été tués! C'est qu'on a vu des bandes, des gangs prendre le pouvoir... On eût dit qu'ils n'avaient fait qu'attendre ce moment, tellement ils étaient préparés! Bien entendu, chacun avait une arme...

        On a entendu des coups de feu, pendant plusieurs jours..., puis les pillages ont commencé! Des femmes sont violées, des hommes abattus, des maisons investies! On se terre, on se protège, on essaie de rester en vie! Les combats n'ont pas cessé, puisque des milices se sont créées! Autres couleurs, autres terreurs!

        Trump devrait être content! On y est, dans sa jungle! Vive le plus fort! Que de bêtise, de fausseté, de sécheresse du cœur! Il y a quelques jours, j'ai essayé d'ouvrir la réserve d'un supermarché... Ben dame, il faut bien continuer à se nourrir! C'est là que j'ai essuyé ce coup de feu! J'ai reçu une balle dans la hanche! J'ai même pas vu d'où s'est venu! Un sniper sans doute! Une vraie décharge électrique!

        Je me suis couché, j'ai rampé hors de portée! Depuis, le sang s'écoule lentement... et ma vie aussi! J'ai trouvé refuge dans un bâtiment en construction et tout à l'heure, je vais rassembler mes dernières forces, pour balancer ma bouteille et ce message, dans le fleuve qui coule en dessous! Ce sera mon âme qui partira au fil de l'eau... boueuse...

        Ici, il fait froid et humide... Je me rends compte que je n'ai jamais aimé le béton... Il y a peut-être au-dessus une de mes "belles" antennes 5 G! Communiquer nous est nécessaire, mais pas n'importe comment! Nous étions dans une vraie frénésie, j'en prends conscience dans ce silence qui m'est imposé... Curieusement, je n'ai jamais été aussi calme... Je peux dire que la paix, c'est aimer la vie! Oui, c'est ça, être en paix, c'est aimer l'instant!

        La loi de Trump, c'est la haine! C'est vaincre, terrasser, écraser! C'est se nourrir de son sentiment de supériorité! C'est une illusion! Ce n'est pas l'évolution! Ce n'est surtout pas notre destin!

        Quelques feuilles entrent dans mon refuge: elles ont l'air de papillons! Ce n'est que maintenant, à l'heure de ma mort, que je regarde les choses... Avant, j'étais comme les autres! Mon fonds, c'était mon égoïsme, et dès qu'on me contrariait, je montrais les crocs! Je voulais détruire! Mon petit monde, comme il m'était cher! Mon confort, ma sécurité, c'était sacré!

        Quel silence! Je n'entends plus que le vent, qui semble m'emporter dans un rêve infini! "La 5 G, le monde digital, la génération Z, les sites de partage, la communication horizontale; le "sachant" est le nombre, plus l'individu!" Tous mes arguments de vente me reviennent à présent à la mémoire, et comme ils sonnent creux!

        A force de communiquer, nous créons un tourbillon sur nous-mêmes! C'est notre ego qui se déplace comme une tornade et qui détruit notre environnement! Même si nous sommes pétris des meilleures intentions, pour sauver la nature, encore faut-il l'aimer, la comprendre! Dès que nous faisons preuve de mépris, nous sommes hors sujet!

        Me voilà bien savant tout d'un coup! Tiens, une araignée qui vient me voir... Je pleure, car je suis bien seul! Mais non! Mes idées foisonnent! Un souffle m'entoure, je le sens! Je continue! Nous communiquons frénétiquement par peur! Pour nous étourdir! Comme si le monde n'existait rien que pour nous! En réalité, nous sommes pauvres et perdus, mais je devrais parler au passé, car maintenant, nous n'avons plus le choix: il faut d'abord sauver sa peau! Le débat est court!

        Sait-on que pour être fort, il ne faut pas être égoïste! Celui qui accepte de perdre est sans angoisse! Il n'est pas tourmenté par son amour-propre! Mon Dieu, pourquoi ne recherchons-nous pas l'essentiel? Nous sommes dans la nuit, malheureux; nous nous heurtons, nous nous méprisons, pour des gains, des victoires dérisoires! Nous n'avons nulle grandeur, nul amour même!

        Si on savait! Mais, baste! Ceux qui reconstruiront le monde, ceux-là devront se dire qu'on ne peut pas rester dans son illusion, dans sa "petite vie", ses petites certitudes! Si on veut connaître la vérité, c'est-à-dire ne plus avoir peur, il faut se détacher de soi, se mettre en péril; il faut accueillir l'inconnu!

        Fi du chien méchant qui est en nous! Fi de notre gloire, de notre hauteur! Sentons allègrement l'humiliation! Elle éprouve notre force! Elle nous fait généreux! Le mensonge ne permet pas la paix!

        Ah! Ah! Pas mal, pour un vieux schnock de la 5 G, bâtard du Web! Mes idées se brouillent et peut-être que la fièvre me fait délirer!

        Allez, fermons la bouteille... Ah oui! Nous étions ivres de nous-mêmes... et c'est pourquoi le malheur nous a surpris! Que Dieu me pardonne!"

     

  • Doms affaires!

    Doms affaires

     

     

     

     

     

                                                                                                                 "Toi, tu sais cuire un lapin, pèlerin!"

                                                                                                                                        Jeremiah Johnson

     

        Le commissaire Julian, de la brigade des Arbres, s'éveilla en plein cauchemar! Il eut l'impression d'avoir été battu comme plâtre et l'anxiété l'assombrit! Il dut se mettre à lutter, pour résister au désespoir et à la peur! Il se demanda s'il connaîtrait encore un matin joyeux, léger, mais au fond y en avait-il déjà eu? Il était six heures et il fallait aller au travail... Il se leva et laissa sa femme dormir.

        Julian approchait de la retraite et à la brigade, on l'appelait "le bougon", mais on le savait aussi matois, tenace et il avait résolu bien des affaires! Le commissaire salua quelques uns dans les couloirs et regagna son bureau. L'aménagement y était simple, quoique avec goût! Une table claire, dépouillée, sous un éclairage discret. Dès l'entrée, on était surpris par le calme de la pièce, comme si le temps s'y arrêtait, et elle reflétait la force de Julian, qui ne cédait à aucune tempête!

        Cette ambiance désarçonnait les accusés, qui arrivaient toutes griffes dehors, prêts à se défendre! Ici, ils pouvaient se reposer, souffler; ils retrouvaient leur dignité et se montraient enclins à coopérer! On les respectait, ils respectaient donc!

        Mais, ce matin-là, le commissaire était encore plus fatigué que d'habitude! Hier, à travers certaines réactions, il s'était rendu compte que rien ne changeait, que la plupart étaient indifférents à ses idées et qu'on lui faisait mal! Il soupira, le front lourd contre la fenêtre. La pluie descendait en nappes, sur les toits d'ardoise... La pluie! Il l'aimait particulièrement, quand son grondement apaisait son sommeil, comme si elle pouvait aussi "nettoyer" les hommes! "La pluie calme les abrutis!" se répétait souvent le commissaire.

        On frappa discrètement à la porte... C'était l'inspecteur Merlot, un jeune, un bon élément, sérieux, capable d'initiative... Il soulageait grandement son supérieur! "Alors? demanda Julian.

        _ Eh bien, toujours pareil! Coray se tient à son rôle de chef d'entreprise! Il parle de réalité économique! Il a juste voulu étendre son affaire, lui donner une autre dimension, pour qu'elle résiste à la concurrence du marché! Il ne comprend pas du tout ce qu'il fait ici! On est des rêveurs! Aujourd'hui, tout va très vite! Il n'y a pas de place pour les faibles, etc.!

        _ Et le maire?

        _ Brrr! Lui, c'est pire! Il est Chamois l'élu! Il dirige sa ville comme il l'entend! Nous sommes juste là pour le seconder! Il s'adresse à nous comme à des subalternes, et donc il refuse de répondre à nos questions! J'ai rarement vu une telle hauteur!

        _ Bien, je vais aller le voir... Toi, tu reprends un peu Coray... Tâche de l'amener au réchauffement climatique et aux contradictions que pose un développement sans bornes... Mais, oh! pianissimo! En artiste!

        _ D'accord! fit Merlot avec un sourire."

        Laissé seul, Julian pensa à Chamois, le maire de Clucy, 80 000 habitants! Il connaissait par cœur ce genre d'individus!  Des êtres actifs, des modèles de responsabilités! Toujours la même chanson! La bataille allait être rude, pour faire avancer le dossier! Pourtant, il y avait bien eu crime! Julian ferma les yeux, voilà que sa douleur recommençait! Il serra les dents, car il sentait le désespoir l'envahir, comme s'il avait été une bouteille d'encre! Il revoyait des arbres fiers, majestueux; des troncs verts et noueux, dressés dans le silence; une pluie douce de feuilles! Il réentendit les coups de bec du pivert et il fut de nouveau aux aguets! L'instant était suspendu... Qu'allait-il arriver? Soudain, il croisa le regard déjà inquiet d'une biche!

        La salle d'interrogatoire  était exiguë, fermée et Chamois était sur les nerfs! Julian n'en avait pas voulu dans son bureau: il y recevait des âmes simples, quoique perdues, mais un notable l'aurait souillé! "Vous n'avez aucun droit de me retenir ici, commissaire! cria d'emblée Chamois. Mon avocat arrive et on va vous faire danser, mon p'tit gars! Vous pouvez déjà réserver votre billet, pour le bas d' l'échelle!"

        Julian ne répondit rien et ouvrit son dossier. Puis, il parla à Chamois d'une voix monocorde: "Vous êtes né en 1971, à Clucy, dans une famille de la petite bourgeoisie. Comme il se doit, vous suivez bientôt les cours du meilleur lycée de la ville! Votre bac en poche, vous montez à Paris et rejoignez l'ESP, l'Ecole Supérieure de Pétrochimie! Vous voilà ingénieur et vous revenez à Clucy, où vous travaillez pour la firme Futury! Mais ça ne vous suffit pas... A l'exemple de votre père, vous vous en engagez dans le combat politique et vous devenez finalement maire de Clucy, il y a cinq ans! C'est exact?

        _ Mais oui! Mon père était un homme de convictions et je suis animé moi-même aujourd'hui de ses valeurs! J'aurais pu me contenter de mon poste d'ingénieur et j'aurais certainement eu une vie plus tranquille! Mais je soutiens à présent la population; j'aide les gens! Au diable mon égoïsme! Je donne tout ce que je peux et bien entendu, je ne compte pas mes efforts, pour assurer l'avenir de ma ville!

        _ Vous reconnaissez ces photos?"

        Julian plaça sous les yeux de Chamois deux ou trois clichés, qui montraient des entrepôts ultramodernes, entourés d'une terre mise à nu et devant lesquels stationnaient des semi-remorques, avant qu'ils ne prennent de vastes boucles goudronnées... "Mais oui, s'écria Chamois, ce sont les nouveaux établissements de la Camex, l'entreprise de Coray!

        _ Et celles-ci?"

        Sur ces autres photos, on voyait un bois avec ses couleurs d'automne, tel un manteau fauve reflétant la lumière. "Mais c'est le bois du Roudot, qu'on a dû enlever, pour la Camex... reprit Chamois.

        _ Vous admettez donc avoir détruit le bois..., dit Julian.

        _ Mais nous avons eu toutes les autorisations nécessaires! Ce n'est pas vrai, commissaire, c'est de ça dont je suis accusé, d'avoir donné quelques coups de bulldozer, afin d'amplifier l'activité économique!"

        Le mépris de Chamois toucha vivement Julian! Le maire n'avait jamais regardé la nature! Il l'avait toujours vue au travers de ses projets! Le monde en dehors du maire n'existait pas, même si celui-ci était persuadé de faire le bien! Le commissaire, sans quitter du regard son accusé, et pour ne pas être gagné par la colère, rêva d'une vasière... De grands roseaux bruissaient, avec le bruit de la mer, et sur l'eau plate et d'argent, des oiseaux marins glissaient silencieusement et de temps en temps, l'un s'envolait, laissant tomber de ses ailes quelques gouttes étincelantes!

        "En fait, reprit Julian, tant que vous n'attaquerez pas directement la banquise, vous ne prendrez pas conscience qu'aujourd'hui il faut respecter la nature: c'est une question de vie ou de mort!

        _ Oh! Mais nous sommes bien d'accord! Pour qui me prenez-vous? Je ne nie nullement le réchauffement climatique, mais la priorité, c'est quand même l'emploi, non? Sinon, comment vous allez donner à manger aux gens?

        _ Bien sûr, mais ce que vous ne comprenez pas, c'est que la situation nous conduit à un changement profond de notre façon de vivre! Ce qui nécessite bien entendu de combattre sa propre hypocrisie!

        _ Mais de quelle hypocrisie parlez-vous?

        _ Vous connaissez Marchevent?"

        A ce seul nom, les traits de Chamois se contractèrent! On réveillait une douleur intense et soudain, le maire eut la bouche sèche!

        "Il y a cinq ans, reprit Julian, il était le maire sortant, mais après trois mandats, il a voulu passer la main! Il vous a naturellement désigné comme son successeur, vous son fidèle premier adjoint, et vous êtes devenu le candidat officiel! Mais il est revenu sur sa décision, peut-être parce qu'il a eu peur de la retraite, et il a posé sa candidature malgré la vôtre! Vous avez demandé à la direction du parti de trancher en votre faveur, ce qu'elle a fait, mais Marchevent ne s'est pas retiré! L'affaire a eu un retentissement au niveau national, car même au second tour, alors qu'il n'était plus dans la course, votre ancien mentor n'a donné aucune directive à ses électeurs! Une telle indifférence a surpris!

        _ Certes... balbutia Chamois.

        _ Ma question est celle-ci: quels sont aujourd'hui vos sentiments, à l'égard de Marchevent!

        _ Mais ceci est du domaine privé, commissaire...

        _ Pourtant, quand vous prenez des décisions, concernant votre ville, ce sont aussi tous vos sentiments qui se manifestent! Il n'y a pas un autre Chamois qui vous attend à la maison!

        _ Mais...

        _ Je vous laisse réfléchir un peu à votre hypocrisie... dit Julian qui se leva.

        _ Mon avocat ne va pas tarder!"

        Le commissaire se dirigea vers la machine à café. "T'as réussi à en tirer quelque chose? demanda Merlot dans son dos.

        _ Non... et Coray?

        _ Il commence à être ébranlé...

        _ Bien..., mais je songe à conduire  Chamois dans un endroit, qui pourrait le faire craquer! Il devrait être possible de nous enregistrer à distance, non?

        _ Bien sûr, il suffit de t'équiper!"

        Julian et Chamois sortirent du commissariat, par une porte dérobée, et se retrouvèrent dans une rue déserte. "Commissaire, je ne comprends pas ce que nous allons faire... dit Chamois.

        _ Un petit tour! Mais vous n'avez pas l'air bien!

        _ C'est que d'habitude je conduis...

        _ Mais vous pouvez quand même marcher cinquante mètres sur le trottoir, non? Allez, venez, ma voiture est juste au bout de la file!"

        Les deux hommes roulèrent une quarantaine de kilomètres, en silence.. Julian connaissait une belle forêt, sur les pentes escarpées d'un fleuve, et il la voyait comme un sanctuaire! Chamois trébucha sur le chemin qui y menait. "Ecoutez commissaire, ça devient ridicule! Retournons d'où nous venons!

        _ Encore un peu de patience, Chamois! Je vous garantis un formidable point de vue! Evidemment, si le sol n'était pas aussi pentu, ce serait déjà labouré ici!"

        On pénétra dans le bois, qui semblait telle une cathédrale naturelle. De hauts fûts de pins montaient austères, dans l'ombre; quoique des doigts de lumière vinssent illuminer des buissons de houx! "Commissaire, je ne me sens pas bien du tout! fit le maire.

        _ Je vais vous dire ce qui vous arrive Chamois: vous avez une crise d'angoisse! Parce que vous n'êtes plus aux manettes! Vous ne dominez plus! Vous n'êtes plus précédé par votre pouvoir et l'environnement ici n'est plus le reflet de vous-même!

        Mais voilà l'hypocrisie dont je vous parlais! Vous dites que vous agissez "au nom de l'emploi", d'une manière raisonnable, mais nous, les hommes, nous détruisons la nature, pour échapper à notre angoisse! C'est la domination qui nous conduit! Mais vous niez votre peur Chamois, comme la haine que vous vouez à Marchevent!

        Mais vous voyez les nuages, là-haut, qui défilent... Ils sont ma consolation, car ils me disent que nous ne sommes pas les patrons!"

  • Doms bases!

    Doms bases

     

     

     

     

     

                                                                                             "Je suis le dernier des romantiques!"

                                                                                                                                   Blague OED

     

        Fédor Andropov faisait la classe à Dan Curtis et Diane Castillon et si le premier était d'origine américaine, la seconde avait grandi parmi les vignes qui bordent la Dordogne! Elle connaissait leurs matins doux et parfumés, leur ordre plein de promesses, sous le soleil cuisant, et leurs soirs roses sur la rivière, qu'effleurent avec grâce les hirondelles!

        L'Américain était jeune et beau et Diane ne passait nulle part inaperçue! Une idylle semblait naître entre eux, ce qui fit tousser Andropov, avant qu'il ne commençât! "Il faut toujours revenir aux bases, dit-il, car nous n'en finissons jamais de connaître la vie et l'ignorance du plus grand nombre entraîne également une usure, qui mène au doute! Or, le problème est aussi profond que clair!   

        Mais j'ai envie de dire: "A présent, oubliez tout ce que vous savez!", car nous allons raconter des choses tellement étranges, qu'elles vont apparemment menacer votre raison! Toujours est-il qu'il n'y a qu'une seule manière d'expliquer pourquoi les hommes vivent sans être perturbés par leur isolement dans l'espace, ni par leur mort! C'est qu'ils sont aveuglés par leur domination! C'est la seule cause! Il n'y en a pas d'autres! Ce n'est même pas la peine de chercher!

        Comment pouvons-nous être aussi catégoriques? Mais parce que la domination, c'est l'instinct! C'est un héritage du règne animal; cela vient de nos origines, au même titre que la pulsion sexuelle ou celle de la colère! Rappelons en quelques mots le mouvement! L'histoire de la matière est une histoire de sa complexification! Les éléments les plus simples se combinant, pour en donner de plus en plus complexes! L'Evolution va toujours dans ce sens: plus les individus  apparaissent tard sur son échelle et plus leur organisme est sophistiqué et donc distinct!

        Or, plus on est individualisé et plus il faut s'imposer, pour se nourrir et se reproduire! L'individualité entraîne inévitablement la domination! Sentir notre valeur, notre importance, autrement dit satisfaire notre égoïsme, c'est d'abord ce que nous voulons, et c'est ce qui garantit notre équilibre! Evidemment, avec l'humain, la domination est l'affaire de la conscience et elle varie donc à l'infini!

        Ceci est valable pour les deux sexes! La domination féminine prend aujourd'hui le relais de la domination masculine, car celle-ci est de moins en moins nécessaire, puisque la défense du territoire est de moins en moins menacée! Si je tiens à préciser ce point, c'est parce que le bon combat est contre la domination des deux sexes et non seulement contre l'égoïsme des hommes! Mais, bon, pour l'instant, il faut que les femmes se vengent! On retrouvera la mesure plus tard...  

        Tant que la domination est notre seul repère, que nous en restons esclaves, nous vivons comme les animaux, qui effectivement n'en ont rien à faire que l'Univers ait quatorze milliards d'années ou que les étoiles déforment l'espace-temps! Voilà notre sécurité, contre le vertige, c'est la domination; il n'y en a pas d'autres! C'est elle qui nous fait trouver normal notre quotidien, alors que nous pourrions le voir, depuis Mars, absolument absurde!

        Cependant, notre raisonnement, au regard d'une histoire qui accumule les millions d'années, rien que pour la Terre, peut sembler à juste titre anthropocentrique et faire tousser le Muséum! Mais c'est parce que nous méprisons toujours l'importance de la conscience et que nous ne mesurons aucunement son incroyable dimension! Mais nous y reviendrons!

        Toujours est-il que tous ceux qui ignorent la domination sont soit des naïfs, soit des hypocrites! En fait, tant qu'on est mené par sa domination, on ne la voit pas! Mais le scientifique, qui bénit la raison, est un cuistre! Le philosophe stoïcien, qui se réjouit d'être imperturbable, est un fumiste! Le psychanalyste, qui vous écoute pour paraître plus intelligent, est un escroc! Et le militant de gauche, qui crie: "Macron dégage!", est un farceur! Pincer l'orgueil de tous ces gens et leur haine vous frappera, encore plus vivement que celle du bénéficiaire du RSA, dont la domination n'a pu qu'être malmenée!

        Nous ne pouvons pas vivre sans vouloir dominer, même si nous avons un amour sincère pour nos proches! D'ailleurs, en fondant une famille, les parents deviennent naturellement des dominants, par rapport à leurs enfants, et ils assurent ainsi leur équilibre! Tout irait bien dans le meilleur des mondes, si la conscience nous permettait de rester des animaux, ce qui n'est pas le cas! La réflexion mène au choix et donc aussi au doute et à l'angoisse! L'inconnu frappe à notre porte incessamment! La peur pèse sur nous sourdement! La conscience est notre richesse, mais elle a un prix!

        Pour échapper à l'angoisse, notre réflexe est le recours à l'instinct, car c'est la pente! Notamment, nous utilisons le sexe, que nous avons dû inventer! Oui, le sexe est une invention de l'homme, car les animaux, eux, ne s'accouplent que pour se reproduire! Nous nous sommes affranchis de cette limite, sous le joug de la tension qui nous habite, afin de la soulager! Mais, plus largement et même bien plus profondément, car la domination règle encore le sexe, dès que nous sommes inquiets, nous recherchons notre supériorité, le sentiment de notre valeur, qui éteint toutes nos craintes!

        Ainsi, dans la rue, où nous affrontons le monde, nous constatons le phénomène de "la couverture à soi"! En effet, chacun essaie d'attirer l'attention, de s'imposer aux autres: les femmes par la séduction, les hommes par le rapport de force! Nous voulons qu'on nous remarque, qu'on nous considère, ce qui prouvera notre importance! Les femmes demandent du désir, les hommes de la soumission!  Ainsi, nous ne sommes plus seuls, puisque nous existons dans un regard qui n'est pas le nôtre! Toute notre angoisse disparaît par l'intérêt qu'on nous porte! La réussite nous rend invulnérable!

        La télévision a une action à peu près analogue, car elle trompe notre solitude! Par sa proximité, elle nous fait croire que nous formons une immense famille et dans ce que nous voyons et éprouvons, notre domination trouve son aliment! C'est si vrai que la perspective d'être privé de télévision, chez la plupart, cause une véritable angoisse! Les réseaux sociaux nous offrent une participation bien plus réelle et nous donnons notre avis, sûrs de sa valeur! Sur Instagram, notamment, nous nous affichons en photos, comme nous avançons dans la rue, en trouvant naturel d'être le centre d'intérêt! Mais ce n'est pas ce qui se passe et pour avoir beaucoup de "J'aime", les femmes se dénudent et les hommes également s'exhibent! On excite, on force le regard!

        Inutile de dire que "la couverture à soi" perturbe notre quotidien! Il est impossible dans nos villes d'avoir une pensée cohérente! On est sollicité, harcelé à tout moment! Il faut regarder tout le monde, comme si on devait "donner à manger à dix mille petits cochons à la fois"! Même celui qui est disponible n'a plus qu'une envie: qu'un nuage lui déroule une échelle de secours! Ainsi, dans le ciel, pourra-t-il retrouver sa tranquillité et donc sa lucidité! Il vient d'échapper à un asile d'aliénés, où des malades attendent qu'on les admire!

        Cependant, "la couverture à soi" fait évidemment que chacun en est pour ses frais, car on ne croise que son semblable, c'est-à-dire un demandeur, nullement un donneur! On se dégoûte donc, comme deux pôles électriques du même signe! L'insatisfaction est permanente et la tension aussi, puisque l'angoisse persiste! Des individus deviennent alors des tyrans, pour faire céder les autres! Ils dominent par la terreur! On doit s'occuper d'eux dès qu'ils apparaissent! Ils oppriment et tourmentent! Il y a des femmes qui marchent sur la ville, comme si elles avaient les bottes de sept lieues, et il y a des hommes qui se tiennent, comme s'ils venaient chercher le condamné à mort!

        La haine est là dès que quelqu'un résiste à notre domination! On voudrait le détruire, l'anéantir! On lui montre une hauteur sans pareille, de sorte qu'il se sente pulvérisé! On ne se demande pas pourquoi il a l'air plus libre, plus à l'aise, plus fort! On ne cherche pas comment il fonctionne, quel est son secret, sa méthode! On ne veut pas s'améliorer, ni trouver une solution pour être plus heureux, non, on laisse aller sa colère! On préfère mille fois la destruction plutôt que la construction ou l'évolution! On est lâche et sans courage et pourtant nous n'avons aucune gêne, aucune honte à détester, à mépriser! En cela, nous sommes impardonnables!

        Mais nous voilà dans une impasse! avec une vie impossible!  Car plus nous semons le chaos et plus nous étendons l'inquiétude et plus nous avons recours à la domination et ainsi de suite! Ce fait-là nous a été masqué jusqu'ici, parce que la domination s'exprimait par les guerres! Notre ennemi était un étranger! Mais, aujourd'hui, nous sommes les uns en face des autres et notre incohérence, notre incompatibilité éclatent! Nous ne savons pas vivre en paix! Nous sommes incapables de guérir notre angoisse! Nous refusons même de la voir! Nous préférons la nuit et ses coups de dents! Nous gardons l'illusion d'être les plus forts! Comme s'il n'y en avait pas de plus terribles, de plus dangereux, de plus violents, de plus fous!

        Car il nous faut maintenant frotter la plaie avec du sel! On comprend bien que plus l'ordre et les idées sont clairs et moins l'angoisse trouve de prises et plus la domination garde des bornes! Mais considérons la recette suivante... Vous prenez un monde assez dodu et vous le dépouillez de toutes ses certitudes! Ce qui est normal, puisque chacun veut être libre! Vous le "farcissez" de confort, pour lui donner le temps de penser! Puis, vous l'embrochez avec une crise économique et vous le mettez au four, en lui parlant du réchauffement climatique! Enfin, quand il est cuit, vous le saupoudrez de Covid et sur la table, sa domination sera à la mesure de son épouvante: délirante, affreuse!

        Concrètement, ce sont d'abord des incivilités toujours plus violentes et nombreuses! La courtoisie est une mendiante! La prévenance une légende! Nous n'avons aucune force, pour être généreux, souples et sans peur de perdre! Au contraire, l'angoisse nous fait aboyer, exploser! Notre domination nous tient comme des épouvantails! Nous voilà prêts à réclamer nos droits! Nous sommes avares, durs! Notre sourire est exsangue et nous donnons notre gentillesse avec usure! Avons-nous faim, froid? Pas du tout! Nous habitons l'un des pays les plus riches du monde!

        Pire, nous vivons dans des bulles; notre smartphone nous servant de schnorchels! Nous fréquentons les autres, comme les U-boot cherchaient à détruire les convois alliés! Nous téléphonons, pour continuer à sentir notre importance, ce qui nous permet de plastronner en pleine rue et d'écraser tous ceux qui nous déplaisent! Le monde n'est qu'une annexe, face à notre supériorité! Pourtant, cela reste du théâtre!

        La domination peut être totale et mener à des comportements pathologiques et criminels! Nous avons déjà été surpris! Crash d'avion pour fêter son anniversaire! Destruction de la mairie, sur un coup de sang! Mutilations d'animaux, pour les Paganini du scalpel! Nous attendons la suite! Nous pourrions décerner des prix! Rien n'est désespérant comme la routine! Un grand merci à ces héros de cauchemar!

        Bien entendu, nous continuons à détruire la nature, quoique tous les voyants soient au rouge! Chaque coup de pelleteuse attaque la banquise, mais peu importe! Au nom de l'emploi, nous sommes prêts à mourir! C'est beau, c'est grand et surtout très intelligent! Mais le confinement ne nous a rien appris! Il va nous falloir un nouveau coup de Covid! La nature ne doit pas nous servir de paillasson! Il faut calmer notre angoisse autrement que par l'agitation et le béton! La beauté peut nous y aider! C'est écrit sur le paquet!

        L'un de nos malheurs, c'est que nous voyons la conscience comme un baigneur l'eau froide! Et comment pourrait-il en être autrement! Cela fait des années que la science matérialiste nous serine la même chose! Ce qui n'est pas objectif est suspect! Nous heurtons les nerfs du Muséum, dès que nous parlons de notre foi, de notre amour!

        Eh bien, nous, à l'OED, nous disons avec force que la gravitation n'existe pas sans la conscience! qu'elle n'a aucun intérêt, si elle n'est pas expliquée! que tout le monde s'en moque sans nous! que l'univers n'est rien sans notre regard! que ce sont nos yeux qui lui donnent toute sa dimension!

        L'homme est la lumière du monde! Il n'en est pas le maître, il l'éclaire!

        Il l'éclaire pour le servir! Car plus il le connaît et plus il est grand lui-même!

        Le courage, c'est la foi! Car la seule raison ne suffit pas!

        Des questions?

  • Dom fleuve!

    Fleuve dom

     

     

     

     

     

                                                                                                      "Mais c'est de la prévarication!"

                                                                                                                                          Topaze

     

        Mamadou Gnoka avait invité ses amis de l'OED, Sarah Taylor et Dieter Stein, dans son pays natal, la République du Congo, encore appelée Congo-Brazzaville! Les deux Européens, à l'aéroport, s'étaient brusquement sentis dans un autre monde! L'air était chaud, parfumé et sur la route menant à la ville, on découvrait une végétation différente, mais surtout des couleurs et des attitudes incroyables!

        Des femmes marchaient sur le bas-côté et resplendissaient tels des arcs-en-ciel! Elles avaient le corps droit et portaient au sommet de leur tête des légumes ou quasi un tronc d'arbre! Leur sourire éclatant apparaissait très vite et d'une manière générale, le visiteur allait de surprise en surprise! Un camion par exemple avait dans sa benne un autre camion, ou un bus passait sans pare-brise!

        Des cases de plus en plus nombreuses signalaient la proximité de la ville, dont le centre était constitué de bâtiments modernes, ce qui faisait bien entendu la fierté de la nation! Mais le dépaysement était extrême et il fallut un certain temps à Sarah et à Dieter, pour s'accommoder de tous les changements du quotidien! L'eau, notamment, reprenait toute son importance, ne serait-ce que par les moyens déployés pour lui donner du débit! Dans la maison de Gnoka, elle devait d'abord monter dans un réservoir situé en hauteur!

        Mais les deux visiteurs aimaient ce qu'ils voyaient! les véhicules qui cahotaient sur le chemin! les enfants qui allaient à l'école, indifférents à la poussière! des citronniers ou des papayers dans le jardin! des exploits! Comment, par exemple, un policier pouvait-il sortir de sa case, où on n'y voyait goutte, avec un uniforme impeccable? C'était tout un peuple qui chaque matin s'éveillait, avec la plus belle énergie, malgré la pauvreté!

        "Demain matin, dit Mamadou à ses invités, nous partirons pour la cambrousse! On va profiter de places libres dans un avion, qui va dans un district où j'ai de la famille! Hein, qu'en pensez-vous?"

        Les deux Européens ne se le firent pas dire deux fois, tant ils rêvaient de découvrir la nature africaine; eux qui jusqu'ici n'avait vu que les abords de la ville; et effectivement ils ne furent pas déçus!

        Le lendemain, à l'aube, le petit avion décolla et très vite le soleil dispensa ses rayons! Des marais miroitants apparurent, tels des éclats de mica! Mais le plus spectaculaire, ce qui rendit muet nos passagers, ce fut la savane qui s'étendait à perte de vue, comme la mer, et qui comme elle était vierge de toute habitation!

        Une campagne sans civilisation leur paraissait proprement sidérant et là-dessus glissait paresseusement l'ombre des nuages, amplifiant ainsi, s'il était encore possible, une impression de majesté, de grandeur imperturbables et infinies! Seuls quelques rochers, d'un ocre rouge, se détachaient, à l'instar de vieilles dents, qui rappelaient l'incroyable ancienneté de ces sols!

        Le vol durait , comme si l'avion franchissait l'océan, et les hommes n'en avaient l'air que plus petits! Mais enfin on aperçut le lit argenté d'un fleuve et on perdit de l'altitude, pour atterrir rudement sur un terrain étroit et herbeux! On était arrivé!

        Tout le village était là, car il était bien isolé et assistait à un événement, d'autant que l'avion transportait également un médecin! Celui-ci fut vite emmené vers les malades, car c'était les soins qui manquaient le plus! Mais une petite foule resta pour Sarah et Dieter: on les regardait avec une attention quasi extraordinaire, qui mêlait aussi bien la curiosité que la bienveillance!

        Il y avait là non seulement des enfants, à peine vêtus, qui ne les quittaient pas des yeux, mais aussi des infirmes, qui n'hésitaient pas à se traîner, pour avoir leur place! Jamais peut-être Sarah et Dieter n'avaient senti une telle chaleur, un tel désir de connaître, alors que la pauvreté des lieux était évidente! Les cases y étaient encore plus rudimentaires qu'ailleurs! Mais qu'importe! On accompagnait les visiteurs, en étant gonflé de vie!

        La barrière de la langue finit tout de même par les laisser plus libres et Sarah alla se promener... Elle était exceptionnellement émue, tant le village lui semblait un miracle accroché au fleuve! Il était si petit, il avait l'air si fragile, à côté de l'immensité qui l'entourait! Comme la vie ici devait être bien solidaire, pour résister!

        Sarah connaissait l'état d'esprit particulier de quelques îles, mais elles étaient déjà si civilisées! Un noyau aussi soudé et fervent, c'était une telle découverte pour l'Anglaise, qu'elle marchait à pas comptés, comme sur la lune!

        Puis, ce fut le déjeuner et le traditionnel poulet au riz, qui avait dû courir toute sa vie, pour avoir une chair aussi ferme! Mais on avait donné aux visiteurs le meilleur de ce qu'on avait et ils devaient donc faire honneur au repas! "Le chaman veut te voir, Sarah! déclara Mamadou.

        _ Le...? fit Sarah, qui se léchait les doigts.

        _ Le chaman, le guérisseur, le sorcier quoi!

        _ Ah bon! Et tu sais pourquoi il veut me voir?

        _ Non, mais il t'a remarquée à ta descente d'avion.. D'ailleurs, toi aussi t'as pas dû l' rater!

        _ Quoi?

        _ Oui, c'est l'homme qui tire sa petite caisse! Il a eu les jambes arrachées par une mine, à une autre époque!"

        L'après-midi, on entra donc dans la case du chaman, où il faisait noir comme dans un four! Mais ici des objets, que jette par tonnes l'Occident, étaient considérés tels des trophées ou des trésors! Un sachet plastique était réutilisé des milliers de fois et gardé avec un soin extrême! Une vieille armoire, fabriquée en série ailleurs, était devenue une marque de dignité! Des embouts de canalisations, qui ne pouvaient servir, semblaient briller dans un coin avec l'éclat des diamants!  

        Devant ce décor, les visiteurs devinrent plus humbles et le chaman se mit à parler. "Il utilise un dialecte, expliqua Mamadou qui traduisait. Il te dit Sarah que tu as le visage comme une fleur... et qu'en toi se développe l'"Esprit"! Il se réjouit pour toi!

        _ Ah?

        _ Il rajoute que tu dois aller voir le fleuve, ce soir, car il te parlera! C'est le fleuve qui lui a tout appris!

        _ Et les crocodiles? demanda Dieter.

        _ Y a trop de courant ici, pour eux! répondit Mamadou. Sarah, nous partons demain... Donc, tu auras le temps, si tu le veux, de faire ce que dit le chaman!

        _ Euh...

        _ Ne fais pas cette tête, Dieter! On trouvera bien quelque veuve désireuse de t'accueillir pour la nuit!"

        Sarah n'avait pas répondu à Mamadou, tellement elle était troublée: son visage donnait du plaisir au vieil homme, de sorte qu'il en riait! Mais elle, depuis longtemps, menait un combat âpre et elle se sentait perdue, vulnérable et même dolente! Ce qu'elle avait suscité lui était étrange!

        Le soir, toutefois, elle se rendit au bord du fleuve et la clarté lunaire était si vive que Sarah avait l'impression de marcher sur du givre! Le fleuve aussi avait sa blancheur, car il charriait de grandes nappes de pollen, qui lui-même brillait! Cependant, c'était le silence qui surprenait le plus l'Anglaise: il était aussi doux que profond et jamais peut-être les oreilles de Sarah  n'avaient goûté une telle sensation de velours, qui confinait à la magie!

        Seul le fleuve glougloutait à gros bouillons et soudain effectivement il parla à Sarah! Elle vit l'humanité se débattre, cherchant toujours à se développer et se débarrassant de tout ce qui l'en empêchait! C'était bien normal, mais elle restait également prisonnière de sa domination et donc de ses peurs! Elle ignorait même son égoïsme et pourtant elle haïssait dès qu'il était menacé et elle était même prête à tuer, pour le défendre!

        Ainsi, les hommes passaient devant la lumière de la vie, sans la voir, et disparaissaient dans la nuit, comme les particules du fleuve, sous les yeux de Sarah! Emportés par leur domination, leur orgueil, ils méprisaient la beauté du monde, alors qu'elle pouvait les sauver! A ceux qui savaient l'admirer, celle-ci affirmait avec force l'existence de Dieu et sa paix!

        Le fleuve courait et autour tout était parfaitement tranquille! Sarah repensa également aux nuages qui glissaient au-dessus de la savane et à leur calme majesté! Alors, elle pleura! Elle pleurait de tristesse, mais aussi de joie! Elle songeait avec douleur à l'immense gâchis des hommes, mais jamais non plus la présence de Dieu ne lui avait paru aussi proche, aussi évidente!

       Elle fut déchargée de son fardeau! Elle rayonna! Elle fut libre, à l'infini! Elle fut comblée d'amour et ses derniers sanglots étaient comme la rosée sur les roses!

       

        Cependant, en France, Dan Curtis se rongeait les sangs! Il devait louer une voiture et il savait ce qui l'attendait! La seule agence, qui ne pratiquait pas de tarifs prohibitifs, se trouvait dans un hypermarché et donc il y avait d'abord les lieux! C'était tellement grand, qu'on avait l'impression que les gens se trouvaient dans une autre ville! Evidemment, quand on était réduit soi-même à la taille d'un atome, on se sentait facilement perdu et même méprisé! Par conséquent, à l'accueil du service, chez les clients comme du côté du personnel, il y avait de la tension, de la peur et de l'agressivité! Comme l'architecture semblait écraser tout le monde, on ne respectait personne!

        C'était une véritable épreuve de force, que de louer une voiture! Il y avait surtout trois DTN (ou peu s'en fallait!) derrière le guichet! Trois femmes! L'une, massive, avec des épaules carrées, essayait d'emblée de vous détruire! Elle n'aimait pas son travail et sa haine débordait! Elle cherchait la faille du client et triomphait si une erreur, une pièce qui manquait par exemple, rendait la location impossible! On suait à grosses gouttes devant elle, alors qu'elle perçait le bateau qui la faisait flotter!

        Une autre luisait de satisfaction, comme un biscuit au beurre! Elle était la discrétion même et ne se trompait jamais! Vous pouviez lui faire un compliment et il était accueilli comme par une tombe! L'univers de cette femme était une quatrième dimension, dans laquelle il valait mieux ne pas s'aventurer! Ce qu'on en apercevait, c'était des soleils morts, une banquise éternelle, que parcouraient d'étranges traces de sang! Et toujours ce petit sourire glacial et suffisant!

        La dernière décrochait le pompon! Elle avait la tête comme une hache et pensait encore séduire! Son attitude était celle d'une directrice, mais elle perdait les clés, les dossiers et même les voitures! On partait une heure plus tard, épuisé, et on n'avait qu'une envie, se garer sur le bas-côté et dormir deux siècles! Elle avait la haine tenace, à mesure que son incurie se révélait! C'était la détresse d'un cœur solitaire, au-dessus d'un chaos de carrosseries!

        Mais Dan devait y aller, car, toujours entre deux voyages, il ne disposait pas de véhicule et il avait promis à sa nouvelle collègue, Diane, qu'il allait l'aider à protéger ses chevaux! Ceux, qui vraisemblablement se trouvaient derrière les mutilations, ne pouvaient qu'être des DTN épouvantables! Ils étaient devenus les maîtres de la nuit, même si beaucoup de questions restaient en suspens!  

        Dan prit un transport en commun et à côté de lui, un couple s'embrassait! "Pourquoi ai-je ouvert les yeux? pensa Dan. Qu'ai-je à faire des Doms? N'est-il pas là le bonheur, dans l'abandon avec un autre?"

        Dan se mit à rêver et croisa le regard de quelqu'un qui semblait lui dire: "Toi, tu perds rien pour attendre! Quand le moment viendra, on s'occupera de toi!" Cette haine réveilla Dan et il eut d'autres réflexions: "Au fond, nous sommes seuls et c'est normal! songea-t-il. Ne voulons-nous pas nous connaître, être nous-mêmes?  Il nous faut nous séparer des autres, de même que nous avons quitté le ventre maternel! Ce n'est qu'en tenant debout sur ses propres jambes, qu'on peut être lucide, voir sa domination et la neutraliser!"

        Ainsi vivaient et pensaient les hommes, quand ils ne faisaient pas le mal!

     

  • Dom tension!

    Dom tension

     

     

     

     

                                                                     "Il faut affronter le monde, car il est plein de salopards!

                                                                       Et il vaut mieux prendre le car que le demi!"

                                                                                                                         Devises OED

     

     

        Jack Cariou et Fédor Andropov étaient au sous-sol du bâtiment de l'OED et c'était là qu'on développait les équipements techniques. Certes, l'"Oued" n'avait rien d'un service secret, mais tout de même la logique qu'on y suivait amenait à construire des choses, qu'on n'avait jamais vues auparavant! D'ailleurs, avant d'entrer dans cette partie, on voyait sur la porte "Dangerous area" et si c'était une plaisanterie, on devait toutefois se faire reconnaître par un œil électronique, pour goûter les joies d'Ali Baba! 

        "Jack, dit Andropov, vous connaissez évidemment Ugo Sacripante, le responsable de ces lieux et notre inventeur en titre! Vous allez voir que le génie italien n'est pas mort!

        _ Pourquoi vous dites ça? coupa Sacripante. Qui a osé penser que notre génie national pouvait mourir? Vous avez reçu un faire-part, réservé à l'élite?

        _ Non, bien sûr que non!

        _ Qu'est-ce qu'ils ont inventé les Russes, depuis le Spoutnik? Vous avez toujours été en retard sur les Américains, en ce qui concerne l'armement!

        _ Ne m'énervez pas, Sacripante!

        _ Non, car alors vous allez me mordre comme un cobra, avec une dose de Novitchok!

        _ Expliquez donc votre dernière invention à Jack! J'ai soudain besoin de me reposer, à l'ombre de mon samovar!

        _ Ouais! Donc Jack, on a fabriqué le RD, le Radar Doms!

        _ Euh...

        _ Je sais, Jack, intervint Andropov, vous pensez qu'il n'y a pas mieux que l'homme, pour identifier les Doms, et vous êtes certainement notre meilleur spécialiste en la matière! Mais vos collègues n'ont pas toutes vos qualités et grâce à... cet appareil, ils pourront se montrer presque aussi efficaces que vous!

        _ Le Politburo a raison, reprit Sacripante, ce qui manque à mon invention, c'est une banque de données! En l'expérimentant, vous allez nous donner moult commentaires et à moi, le brevet et les biftons!

        _ Ah! Ah! d'accord!

        _ Alors, ça marche essentiellement avec la mesure de votre tension, par des capteurs sur votre corps! Le résultat s'affiche sur des lunettes spéciales, comme les informations d'un appareil photo!

        _ Très bien!

        _ On reste en liaison radio et on enregistre tout ce que vous dites! Ce qu'on veut, au final, c'est que n'importe quel agent puisse reconnaître n'importe quel Dom, au moyen même d'une image 3D détaillée!

        _ Bon, bon, mais cela restera de la technique... Il ne faudra pas entièrement s'y fier!

        _ On mettra un avertissement dans la notice! Ah! Ah! Venez, on va vous équiper, avec le doigté d'un communiste posant des micros!

        _ Sacripante!"

        Muni du RD, Cariou se retrouva dans la rue... "Comment ça va, le cobaye? demanda l'Italien dans l'oreillette.

        _ Bien jusqu'ici... Temps couvert, vent de secteur sud, humidité 70%...

        _ Ah! Ah! Bon, rappelez-vous: la dangerosité du Dom va s'exprimer sur une échelle de 0 à 10! C'est votre tension qui va établir le chiffre... Notez que nous aussi nous recevons toutes les informations des capteurs... Tiens, vous avez repéré un Dom, niveau 4!

        _ Oui, il est un peu plus loin à une heure... C'est ce qu'on pourrait appeler un Dom douanier... Il fait partie de ces gens qui se croient importants et qu'on rencontre sur les places... Ils parlent généralement à quelqu'un, tout en surveillant les alentours...

        _ Mais pourquoi un Dom douanier? demanda Andropov.

        _ Mais parce qu'ils veulent qu'on les regarde, comme si c'était un droit de passage! Ils vous fixent donc, bien avant que vous ne les ayez vus, pour attirer votre attention... A partir de là, ils s'attendent à ce qu'on les considère, qu'on les craigne même, car ils sont autoritaires! Mais je n'en ai cure, je passe outre! Je les renvoie au vent de la réalité, par mon indifférence... et ils me haïssent certainement, car, rappelez-vous, si le Dom ne domine pas, il angoisse! La peur et la haine s'entraînent mutuellement!

        _ Je vous avais dit que vous seriez une vraie mine d'or! reprit Andropov.

        _ Si seulement, face à l'anonymat, ils pouvaient réagir autrement, grandir!

        _ Oh! Oh! Un Dom dix! s'écria Sacripante.

        _ Oui, répondit Cariou, et c'est une surprise, car il est tôt et je ne suis pas encore dans une artère principale!

        _ Qu'est-ce que c'est? demanda Andropov.

        _ A vrai dire, je ne veux même pas le savoir... C'est un Dom vicieux, avec un jean crasseux! Un gouffre!

        _ Mais vous tremblez! rajouta l'Italien.

        _ Oui, il suffit d'un peu de fatigue le matin, pour être fragile sur ses jambes! Je suis moi-même étonné de me voir aussi sensible! Mais, bon passons, la tête haute... Y a rien à donner de ce côté-là, tellement c'est gluant! Ce n'est pas non plus exceptionnel, remarquez... Certains ne reculent devant aucune bassesse, pour dominer! Le plus répugnant ici, c'est pas tant le vice, mais un immense égoïsme! Une décharge amoureuse d'elle-même, somme toute!

        _ Belle image! fit Sacripante. Mais tu signales un Dom 5!

        _ C'est une Dom! Elle est inquiète et elle a mis un pantalon orange et très moulant! Evidemment, ça capte le regard et c'est une forme de domination... Il est quasiment impossible d'y échapper! Cela peut paraître séduisant et naturel, mais c'est déjà dévorant! Cette femme ne se calmera que si elle occupe toutes vos pensées! Ce n'est pas la solution, d'autant qu'ici elle montre aussi toute sa cellulite! On éprouve un peu de pitié pour cette Dom, qu'on ne peut pas réconforter, et d'ailleurs, elle rentre chez elle la tête basse... D'autres haïssent, quand on résiste à leur séduction agressive! Bon, je vais m'acheter un croissant!

        _ Et les calories, Jack?

        _ Eh, c'est Nami Sato qui parle!

        _ Oui, pense à tout ce beurre que tu vas ingurgiter!

        _ C'est pour l'expérience, Nami!

        _ Oui et je t'en remercie, Jack... le replet!

        _ T'as un Dom 10, Jack! coupa Sacripante.

        _ Oui, je suis dans la boulangerie... et c'est quasi inévitable! Il est juste derrière moi! Dès qu'il est entré, j'ai senti sa pression! En fait, je le dérange, car je suis indépendant!

        _ Qu'est-ce que tu veux dire, Jack? intervint Andropov.

        _ Mais toujours la même chose, Fédor! Je ne parais pas influencé par la présence du Dom et donc sa domination s'arrête! C'est un abîme qui s'ouvre, car toutes les peurs du Dom reviennent à la surface, en même temps que sa haine! Ce qu'il faut comprendre, c'est que le Dom avance comme dans une bulle, constituée par sa domination: c'est une forme d'immaturité, d'enfantillage! L'individu n'a pas voulu s'individualiser totalement! Mais tiens! Il regarde mes fesses!

        _ Quoi?

        _ Oui, Nami, c'est encore du mépris! On me laisse supposer que si je suis docile derrière, c'est que je suis faible devant! C'est de la domination sexuelle, mais pour nous cela reste un aveu d'impuissance... Notre Dom rame pour me détruire! Mais j'achète mon croissant... Oh! la deuxième vendeuse prend la commande du Dom et il parle d'une voix forte, comme s'il était seul au monde! Il a même un ton badin, destiné à me faire sentir que je ne suis qu'une "plaisanterie", que je n'existe même pas! C'est impressionnant, mais la haine est toujours là, car voilà que sa voix retombe, avec un écho sinistre! Evidemment, car ce n'est pas naturel tout ça! Mais je ne le regarde toujours pas, car je ne perds pas conscience que plus il déploie d'efforts et plus il montre que je suis important, comme un plomb de chasse entre ses dents! Son mépris ne m'atteint donc pas! Bon, je sors!

        _ Mais tu es toujours à dix, Jack! fit Sacripante.

        _ Oui, un type installé à une terrasse m'a fait voir tout son dégoût, dès qu'il a compris qu'il ne m'intéressait pas!

        _ C'est pas vrai!

        _ Mais si, Nami, c'est la réalité! La domination est constante, car comment pourrions supporter notre situation autrement? Il faudrait reconnaître notre petitesse dans l'espace, notre mort et même toute l'absurdité de notre quotidien!

        _ D'ailleurs, tu ne quittes plus la zone rouge, fit remarquer Sacripante.

        _ Oui, maintenant, il y a beaucoup de monde dans la rue... La plupart des femmes font des appels de phares, pour se rassurer... et les hommes continuent leur rapport de force!

        _ Tiens, tu passes à zéro!

        _ J'ai pris une ruelle déserte, où l'on trouve des arbustes en fleurs et l'on entend des oiseaux! C'est reposant!

        _ Eh ben dis donc, fit Andropov, tu es juste sorti faire un petit tour et on voit combien c'est déjà éprouvant! Après, on ne devrait pas s'étonner que nos vies soient si difficiles!

        _ En effet, Fédor! On peut même dire que nous continuerons à nous détruire, tant que nous ne maîtriserons pas notre domination; ce qui implique d'abord, bien entendu, que nous en prenons conscience!

        _ En tout cas, pour moi, c'est tip top! s'écria Sacripante. J'ai déjà une foule de données à gérer!   

        _ Oui, Jack, "l'immersion", si je puis dire, est réussie! ajouta Andropov. Vous pouvez revenir par ici qu'on... vous débarrasse!

        _ Jack! C'est Nami! Qu'est-ce qui pourrait conduire les hommes à ouvrir les yeux?

        _ Pour moi, il n'y a qu'un levier réel et c'est la foi!

        _ Et la "lutte finale"? fit Sacripante.

        _ Tu emploies toi-même le mot lutte! Or, il ne s'agit pas de dominer, mais d'aimer, de respecter, de marcher sans peur!"

  • Dom TV

    Dom tv

     

     

     

     

                                                                               "Votre étoile vous fait mal, shérif?"

                                                                                                                  First blood

     

     

        "On va faire un tour, OK?"

        "Pose ton révolver, Billy, lentement!"

        "T'as le fric?"

        "Et la fille?

        _ On a le temps, non?"

        "Le soir du meurtre, vous avez déclaré: "J'aurais la peau d' ce type! de c' fumier!" C'est exact?

        _ J'étais énervé!

        _ Non, je vous en prie, répondez par oui ou par non! Votre Honneur...

        _ Veuillez répondre par oui ou par non, à monsieur l'avocat général, s'il vous plaît!

        _ Vous avez bien dit: "J'aurais la peau d' ce type!"

        _ Oui!

        _ Bien! Et quand vous êtes passé devant le gardien, vous aviez votre veste beige! C'est bien ça?

        _ Oui!

        _ Pourtant , monsieur Wooh, du pressing, est catégorique: vous avez apporté votre veste beige chez lui, la veille du meurtre! Ne serait-ce pas plutôt la jaune, que vous aviez ce soir-là? Hein? Hum!

        _ Espèce de sale bavard! T'essaies d' m'embrouiller, hein? T'es comme l'autre, tu te crois supérieur? Lui aussi, il me narguait! Et j' l'ai fait taire! Je... Non...

        _ Greffier, qu'on emmène l'accusé!

        _ Formidable, maître, vous l'avez eu haut la main!

        _ Oui, je me suis rappelé une recette de poulpes, de mon oncle Bernie! Je ne vous ai jamais parlé de lui?"

        "Je vous en supplie! Laissez-moi! Pitié! Non!"

        "J'ai trouvé la bombe: elle indique 5 heures, 48 minutes et 25 secondes!"

        "Vous savez vous servir de cette arme?"

        "Où est la came? J 'te demande où est la came?"

        "Eh bien, je suppose que l'assassin aura repris ses clés, pour traverser le couloir, en laissant le chat dans la cuisine!

        _ L'ennui, c'est qu'on a retrouvé ses chaussures sous le lit et non au-dessus! Il ne pouvait donc pas voir que madame Crung avait changé ses habitudes!

        _ Hum!"

        "Alors, doc, qu'est-ce qu'on a?

        _ Eh bien, la lame a sectionné net la carotide! La mort a dû être quasi instantanée!

        _ Une idée sur l'arme?

        _ Peut-être une baïonnette... En tout cas, quelque chose de très aiguisé! Mais il y a une surprise! Je vais retourner le corps... Là, en bas du dos, lisez... C'est fait avec la même arme!

        _ W I A, un truc militaire?

        _ Ou bien: "Who I am?" C'est peut-être un message qui vous est directement destiné, car c'est vous le penseur! Mais toutes ces cogitations m'ont donné faim et c'est l'heure de mon sandwich au thon!

        _ Bon appétit, doc!

        _ Revenez quand vous voulez!"

        "Tu viens dans ma maison! Tu m'insultes devant mes invités, ma famille! Mais t'es complètement givré, Ricardo!

        _ Excuse-moi, Tony! Mais j'ai perdu la tête! Le FBI est après moi! Ils fouillent mes dossiers! Ils...

        _ Tu veux me rendre un service, Ricardo?

        _ Tout ce que tu voudras, Tony!

        _ Meurs en silence!

        _ Tonnyyy!"

        "Holà, la banque, vous m'entendez? Il faut que vous montriez votre bonne volonté! Vous libérez un otage et on discute, OK?"

        "Vous avez dû bien rire, quand vous l'avez vu se tordre de douleur! Il s'est traîné jusqu'au canot... Le poison lui enlevait l'usage de ses membres inférieurs... Et là vous l'avez achevé à coups de serpe!

        _ Vingt ans qu' j'attendais ça! J'en avais l'eau à la bouche! J' l'ai bien regardé dans les yeux, avant d' lui crier: "Meurs ordure!"

        "Objection, votre Honneur! L'avocat général est en train de manipuler mon client!

        _ Objection retenue! Maître, veuillez procéder autrement...

        _ Très bien, votre Honneur... Monsieur Brown, pour 25 malheureux dollars, vous avez battu à mort la victime, parce que vous êtes un ignoble rat puant!

        _ Votre Honneur!

        _ Faites évacuer la salle!"

        "Messieurs, je vous présente le TRG 28, entièrement automatique, vingt balles en rafale, avec un chargeur supplémentaire! Avant même que l'autre lève le bras, il est une passoire sanglante! Cerise sur le gâteau: l'arme est d'un alliage léger, qui passe les détecteurs de métaux! La mort de demain est en marche, messieurs! Et il y a une réduction, si vous achetez dès maintenant!"  

        "J' vais t' crever, t'entends! T'es mort! T'es mort!"

        "J' voulais pas le tuer! C'était un accident!"

        "Vous croyez qu'on a affaire à un tueur en série?"

        "Y avait une voix dans ma tête qui disait:"Tue-le! Mais tue-le!"

        "J' te donne trois secondes, après je fais feu! Un, deux, trois..."

        "J' veux pas mourir! Non, pitié!"

        "Pan! Pan!"

        "Y voulait pas s' taire!"

        "Et tu sais ce qu'il m'a dit, juste avant de mourir?"

        "Ah! parce que vous croyez qu'ils vont nous laisser en vie!"

        "Suis-le et tue-le!"

        "Vingt mille maintenant... et vingt mille après le boulot!"

        "Tous! J' les aurais tous!"

        "Ils vont mettre le chauffage en route et... boum!"

        "J'ai été obligé de tirer! C'était lui ou moi!"

        "J' veux la peau d' c' fumier! Peu importe ce qu' ça coût'ra!"

        "C'est la fin du voyage, Ron!"

        "J' veux un avocat!"

        "Mais qui es-tu?"

        "B'soir inspecteur, c'est pas beau à voir!" Etc.

        Voilà ce qu'on peut voir et entendre sur le petit écran, à peu près constamment, et cela abrutit forcément! Cependant, c'est essentiellement l'angoisse qui au quotidien crée la violence et même le sexe! Elle excite la domination, car dès que nous nous sentons mal à l'aise, instinctivement nous cherchons à retrouver le sentiment de notre valeur, de notre importance, de notre supériorité! Ainsi, la peur d'exister s'évanouit, car nous voilà apparemment avec un but, un peu comme l'aiguille d'une boussole se fixe sur le Nord!

         L'angoisse renforce notre domination et cela se traduit par une agressivité physique chez les hommes et sexuelle chez les femmes, car la domination féminine, rappelons-le, est constituée par la séduction! On voit par conséquent des hommes prêts à en découdre, méprisants, qui se frottent parfois en se croisant, dans un air plein d'étincelles, et à côté, des femmes comme des phares, qui captivent incessamment l'attention, qui n'hésitent pas à poser et qui semblent totalement dépourvues de vergogne; même si certaines tremblent de la tête au pied!

        C'est que l'angoisse commande et celui qui a les yeux ouverts peut remarquer ces jours-ci, par exemple, comment les piétons veulent traverser, quand bien même le bonhomme du feu est rouge, ou combien les voitures ont dû mal à ralentir au rond-point, puisqu'elles ne peuvent pas s'engager de suite! S'arrêter, respecter les règles sont en effet autant d'occasions de retrouver son angoisse!  

        Il est inadmissible de se calmer, en piétinant les autres, et ceci est aussi valable pour la domination féminine, car dans ce cas la relation vide l'homme comme un œuf! De plus, les comportements égoïstes créent un cercle vicieux, puisqu'ils effraient et désespèrent! A étendre le désert, on amplifie encore le mirage de la domination!

        Pourtant, l'angoisse n'est pas notre ennemie, même si sa sensation est désagréable! Elle fonctionne sur la société, comme la vague qui se retire sur la plage: elle laisse à nu l'essentiel! Elle permet donc au sage de comprendre les lois qui nous régissent et d'en être rassuré! La paix, la tranquillité, la joie sont ses remèdes! Il s'agit au fond de s'enchanter du monde, car un jour c'est un jour, ce qu'ignorent les "fantômes" de la domination!

        Mûrir, c'est perdre une peau!