
"Je ne supporte pas qu'on foute le bordel dans mon train!"
Money Train
16
« Quoi ? Elle aurait eu peur d’une paire de jambes ? Vous vous moquez de nous ? s’écrie monsieur Nuit, alors que tout le monde est de nouveau réuni dans la salle d’accueil.
_ C’est en effet ce qu’a montré l’analyse du corps de K 35 ! riposte Lapsie.
_ Oh ! Une analyse effectuée par l’IA ! Oh ! Et vous prenez ça au sérieux !
_ Cette analyse, précise Ratamor, repose sur un ensemble de faits, de données qui sont vraies ! L’interprétation de l’IA peut être erronée, mais elle nous formule aussi des pistes !
_ Donnez-moi un exemple de faits pris en compte par l’IA, je vous prie !
_ Eh bien, répond Ratamor, nous savons, par l’affaissement du corps, ses points de faiblesse, etc., que K 35 prenait la navette pour rentrer chez elle et qu’elle avait peur dans cette même navette !
_ D’où cette paire de jambes !
_ Il est possible, grâce au programme, de savoir quand le cerveau avait peur et quelle était alors la hauteur de vue ! Elle correspond à la position assise !
_ Et donc, vous en concluez que cette paire de jambes appartenait au fils de la Machine ? Vous en revenez à votre théorie fétiche !
_ Je n’en conclus rien…, mais je n’écarte pas ce cadre d’hypothèses effectivement…
_ Et tout ça, pour protéger votre ami le pédophile Mox !
_ Je crois monsieur Nuit que vous n’êtes plus en état de discuter !
_ Quoi ? Je…
_ Il est tard, il est vrai, coupe le duc en vue d’apaiser la discussion. Je propose que chacun regagne sa cabine... »
Personne ne s’oppose à cette idée et monsieur Nuit, comme les autres, prend la direction de sa cabine, passablement énervé cependant ! Il entre dans son intérieur en maugréant : « Mais bon sang ! Qu’est-ce qui m’a pris de venir ici ! Je pouvais voir l’état de mon béton, par les images qu’on m’aurait rapportées ! Non, j’ai encore voulu faire le malin et me voilà dans de beaux draps ! Le fils de la Machine, un possible pédophile nommé Mox, la fin tragique de K 35, des émanations psychiques, un type à la casquette rouge ! Eh ! Oh ! Oh ! Faut arrêter les conneries, c’est plus de mon âge ! »
Monsieur Nuit se prépare pour une douche et comme il a ses petites habitudes, il met un superbe peignoir sur le lit, pour quand il sortira de la salle de bains ! Puis, il file sous le jet d’eau chaude pour se détendre ! Il se surprend même à retrouver un peu d’entrain, puisqu’il chantonne ! « Allons, se dit-il, cela ne va pas si mal que ça ! Le duc ne tiendra pas longtemps devant les mystères mis en avant par Ratamor, au sujet de la station ! C’est pas un intello et quand il en aura marre, hop, de nouveau cap sur le Cube ! Tant pis pour les émanations ! Ah ! Ah ! »
Monsieur Nuit sort de la salle de bains, le sourire aux lèvres, en sifflotant, mais il s’arrête stupéfait : son peignoir n’est plus sur le lit ! « Bon sang ! Je suis sûr de l’avoir posé là pourtant ! » fait-il. Monsieur Nuit est tout nu et il se décide tout de même à regarder sous le lit…
« Beurk ! fait un petit voix derrière lui. Les affreuses fesses de Boomer ! »
Interloqué, monsieur Nuit se retourne et se redresse, s’efforçant néanmoins de masquer sa nudité ! « C’est ça que tu cherches, Boomer ? demande un gamin, car il s’agit bien d’un gamin, tenant le peignoir de Monsieur Nuit.
_ Exactement ! C’est bien ça que je veux ! Et tu vas me le donner ! Je ne sais pas d’où tu sors, la petite crapule, mais file-moi le peignoir avant que j’ te taloche !
_ Oh ! Qu’il est méchant le Boomer ! Mais si tu veux ton peignoir, le Boomer, ben, va falloir venir le chercher ! »
Monsieur Nuit se jette sur le gamin, mais celui-ci a été plus vif que l’éclair ! Il est à l’autre bout de la pièce, assis sur une chaise, le peignoir dans les mains ! « Ah Ah ! Le Boomer, on n’a plus l’âge des galipettes ! Trop de graisse, trop de confort, trop de pouvoir, Ah ! Ah ! »
Nouveau bondissement de monsieur Nuit, dont les bras se referment encore sur du vide ! « Ah ! Ah ! fait le gamin. T’es dans un film au ralenti, le Boomer !
_ Tu vas voir, tu vas voir, ma petite ordure ! réplique monsieur Nuit. J’ai un remède pour les cancrelats de ton espèce ! Un truc qui fait boum et qui fait de larges trous dans les sales petites gueules ! »
Fou de rage, monsieur Nuit se précipite vers sa table de nuit, dont il ouvre le tiroir, pour prendre un pistolet. « Où t’es le cafard ? Où t’es l’avorton ? » crie-t-il. Le gamin est encore là, un peu plus loin, toujours en possession du peignoir. Monsieur Nuit ouvre le feu, tel un dément !
17
Pan ! Pan ! Les coups de feu réveillent tout le monde, particulièrement le duc qui sursaute et qui fonce vers la cabine de monsieur Nuit, puisque c’est de là que semblent venir les détonations ! Le duc, suivi par Lapsie et Ratamor, ouvre la porte de la cabine, voit monsieur Nuit tout nu, avec un « flingue » encore fumant à la main ! « Mais vous êtes dingue ! s’écrie le duc.
_ Mais il était là ! riposte monsieur Nuit.
_ Qui ça « il » ?
_ Le… Le fils de la Machine ! Il m’a volé mon peignoir !
_ Votre peignoir ? Il est là par terre, devant vous ! Mettez-le je vous prie ! Ce sera plus convenable pour discuter !
_ Le p’tit salopard ! dit encore monsieur Nuit, alors qu’il enfile son peignoir.
_ Donnez-moi votre pistolet ! intime le duc.
_ Hein ? Mais le gamin peut revenir ! Vous ne savez pas quel démon c’est !
_ Et si vous tirez dans un hublot, il y a de fortes chances pour que la moitié de la station explose ! Allez, donnez-moi cette arme... »
Monsieur Nuit s’exécute à regrets… « Bon, fait le duc, en récupérant l’arme, et si vous nous racontiez tout depuis le début !
_ Ben, je sortais de la douche, répond monsieur Nuit, quand j’ai vu le gamin me prendre mon peignoir !
_ Le gamin ? coupe Lapsie. Et vous l’avez tout de suite appelé le fils de la Machine ! Il vous l’a dit, qu’il était le fils de la Machine ?
_ Non, mais qui voulez-vous qu’il soit d’autre ?
_ Il y a encore quelques heures vous doutiez de l’existence du fils de la Machine, ou si vous l’admettiez, vous étiez prêt à jurer qu’il était innocent que c’était Mox le pédophile ! Je trouve que vous avez vite retourné votre veste !
_ Mais qu’est-ce que ça vient faire là ? Je suis choqué ! Je sors de la douche et j’ai une espèce de démon en face de moi ! Excusez-moi, mais pour l’enquête policière ou la psychothérapie, vous repasserez Lapsie ! D’ailleurs, tout le monde ici connaît votre passé un peu trouble !
_ Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ?
_ Je dis ce que je dis ! Alors, vous ignorez ce qu’on raconte sur vous, que vous tuez du PN pour soigner votre hystérie !
_ Espèce de sale Boomer !
_ Voilà, c’est comme ça que le gamin m’a appelé ! Vous n’ seriez pas d’ mèche avec lui par hasard ?
_ Ça suffit, monsieur Nuit ! coupe le duc. Qu’est-ce vous en pensez Ratamor ?
_ Il est possible en effet que le fils de la Machine ait décidé de nous rendre visite…
_ Mais dans quel but ?
_ Je dirais pour nous tester…
_ Nous tester ?
_ Depuis le début, nous avons affaire à un gamin particulier… D’abord, il est le fils de la Machine, qui est connue pour sa domination importante, débridée diront certains ! Elle accouche à soixante-dix ans, ce qui est hors norme ! Son enfant, d’après Mox, grandit à la vitesse de l’éclair, ce qui fait de lui un prodige !
_ Tout ça, ce ne sont que des suppositions !
_ Je ne peux pas dire le contraire, mais je dois aller au bout de mon raisonnement ! Mox sent que le gamin n’est pas normal et qu’il est même dangereux ! Résultat Mox est accusé de pédophilie et jeté dans l’espace ! J’en déduis que le fils de la Machine a hérité de la domination de sa mère et qu’il a porté celle-ci à un degré dont vous n’avons même pas idée, puisqu’il aurait comme « englouti » dans une sphère psychique le reste de la station !
_ Mais quel rapport avec l’attaque de cette nuit ?
_ J’y viens… D’après monsieur Nuit, le gamin l’aurait appelé Boomer, ce qui est un terme de mépris ! Pour moi, le gamin a voulu se mesurer avec monsieur Nuit, pour l’humilier peut-être ! Monsieur Nuit est un Dom éminent, avec du pouvoir, et c’était la nouvelle génération contre l’ancienne !
_ Le fils de la Machine testerait son pouvoir selon vous...
_ Oui, c’est ce que je pense… Ce n’est encore qu’un enfant, qui veut savoir jusqu’ où il peut aller !
_ Rendez-moi mon arme ! coupe monsieur Nuit ! Je saurais rectifier l’ gamin, lui montrer ses limites !
_ Hors de question ! répond le duc. C’est déjà un miracle que nous soyons encore là ! Et je conseille à chacun de retourner se coucher ! On aura besoin de forces demain matin, pour établir la marche à suivre ! »
18
Le lendemain, tout le monde est maussade et chacun part dans une direction différente, avec quelque chose en tête… Tout de même, Ratamor arrête Lapsie pour lui dire un mot… « Surveillez monsieur Nuit, indique-t-il. Je crains que le fils de la Machine ait fait plus que le tester…
_ Ah bon ? Vous pensez à quoi ?
_ Je pense que le fils de la Machine veut comprendre comment nous fonctionnons, afin de mieux nous gouverner… A travers monsieur Nuit, c’est tout le système qu’il veut circonscrire et atteindre !
_ Mais concrètement que peut-il arriver à monsieur Nuit ? Il pourrait devenir dangereux ?
_ Je ne sais pas... et c’est pourquoi nous devons garder un œil sur lui ! »
De son côté, monsieur Nuit n’est pas content : « Il faut voir comment ils me regardent depuis ce matin ! se dit-il. Ils pensent que je suis fou… Eh bien, qu’ils pensent ce qu’ils veulent ! Ils valent pas cher de toute façon ! Moi, le roi du béton enfermé dans une station de seconde zone ! Moi, le roi du Cube traité comme un sous-fifre ! Faut que j’ récupère mon flingue ! Le gamin pourrait revenir me voir… et alors j’ ferai un gros joli trou dans sa sale petite tête ! Ouais ! J’ suis comme ça ! Moi, le roi du béton ! Combien d’ouvriers ? 500 ! J’ commande 500 bonhommes, moi ! »
Monsieur Nuit tout à sa colère, après l’ascenseur, enchaîne les couloirs, les escaliers, les portes, semblant savoir où il va, mais au vrai s’enfonçant toujours plus dans les méandres de la station !
A un angle, quelque chose vient frapper ses jambes ! « Mais qu’est-ce… ? Comment ? C’est toi, l’ gamin ?
_ Je vous en prie, monsieur Nuit, aidez-moi !
_ Moi, t’aider ? Je vais plutôt en profiter pour t’étrangler !
_ Bououh ! Monsieur Nuit, comme vous êtes méchant !
_ Moi, méchant ? Mais c’est toi la peste, oui !
_ Vous dites ça pour hier soir, monsieur Nuit ? Snif !
_ Exactement ! Hier soir, tu voulais m’ faire enrager, pas vrai ?
_ Mais ce sont eux qui m’ont obligé, monsieur Nuit !
_ Eux ? Qui ça eux ?
_ Oh ! Je vous en prie, monsieur Nuit, protégez-moi !
_ Mais de qui, de quoi ?
_ Mais des autres de la station !
_ Les autres ? Où sont-ils ? On ne les voit pas !
_ Ils nous surveillent, monsieur Nuit, et ils veulent me détruire !
_ Pourquoi ils voudraient te détruire ?
_ Parce que je ne suis pas comme eux, monsieur Nuit !
_ Ah ! Ah ! T’as failli m’avoir ! Mais on trompe pas monsieur Nuit, comme ça !
_ Pourquoi j’essaierai de vous avoir ? J’ai jamais eu de papa, moi ! Il n’y a personne pour prendre soin d’ moi !
_ Et ta mère, la Machine ?
_ Elle est vieille maintenant ! Elle n’a plus de forces ! Je suis tout seul !
_ Tu disais pas ça hier soir ! Hein ? T’étais plus malin !
_ Si vous voulez pas m’aider, monsieur Nuit, donnez-moi un peu d’argent ! J’irai payer certains et peut-être qu’ils me laisseront tranquilles !
_ Mais de qui tu parles ? T’es harcelé, c’est ça ? Montre-moi tes harceleurs, je vais leur dire deux mots, moi !
_ Ils sont bien trop dangereux, monsieur Nuit ! Ils sont sans pitié ! Ce sont des assassins ! Je sais, je les ai vus faire ! C’est pour ça que je suis en danger, monsieur Nuit !
_ Mais enfin, c’est insensé ! Si ce sont des criminels, il faut les arrêter !
_ Combien vous avez sur vous, monsieur Nuit ? Je suis sûr qu’on peut les calmer avec un peu d’argent !
_ Je ne sais pas… J’ai un billet de cent, à ce que je vois…
_ Je vais le prendre, monsieur Nuit, et vous savez ce que je dirai aux autres ? Je leur dirai : « Voilà un billet d’ cent ! Il vient de monsieur Nuit, mon bienfaiteur, la papa que j’ai jamais eu !
_ Tu vas leur dire ça ? Mais ils voudront plus ! Ils se moqueront de toi !
_ Pas quand j’aurai prononcer votre nom, monsieur Nuit ! Car ils vous connaissent ! Ils savent que vous êtes important dans le Cube… et ils auront peur de vous !
_ Ah bon ? Ah bon ? Hum, ça change tout ! Tiens, voilà le billet ! Mais il faudrait quand même que je leur dise deux mots !
_ Ça va les calmer, monsieur Nuit, sûr !
_ Mais où tu vas ? Comment je saurais que tu vas bien ?
_ Je reviendrai, papa ! Tu permets que je t’appelle comme ça ?
_ Mais bien sûr, mon petit… Si je peux te rendre service... »
19
Au dîner, chacun est plongé dans ses pensées et l’ambiance est orageuse… C’est comme si on s’attendait à tout instant à ce que quelque chose éclate ! Le duc est le premier à faire le bilan de sa journée… « Eh bien, dit-il, je suis retourné à l’entrepôt des stocks… et je n’ai eu affaire à aucune émanation psychique ! Hum !
_ C’est déjà ça ! lâche Lapsie.
_ Et vous avez pu recueillir des éléments qui permettent de mieux comprendre le sort de la station ? demande Ratamor.
_ A vrai dire…, non ! Mais il faut tout de même qu’on revienne sur ce qui s’est passé hier soir…
_ Pourquoi ? Pour moi, l’incident est clos ! coupe monsieur Nuit.
_ Ah ! Tout de même, monsieur Nuit, vous avez subi une attaque de la part du… fils de la Machine !
_ Une attaque… Une attaque… Il m’a fait une farce avec mon peignoir, point final !
_ Vous lui avez quand même tiré dessus, avec votre pistolet ! coupe Lapsie.
_ Oui, oh ! J’étais énervé, fatigué ! C’est de l’histoire ancienne tout ça !
_ Pas pour nous, monsieur Nuit, corrige Ratamor. Vous avez discuté avec une émanation psychique, qui s’est révélée aussi réelle, puisqu’elle pouvait saisir les objets ! Nul doute que si vous pouviez répéter ce que vous avez vécu, on pourrait peut-être mieux comprendre le phénomène, comment on passe du monde psychique, contrôlé par le fils de la Machine, au monde physique !
_ Je vous ai déjà dit, répond Ratamor, que l’incident est clos ! D’ailleurs, le fils de la Machine n’est pas du tout comme vous croyez !
_ Comment ?
_ Mais oui, il m’a fait une farce, j’ai mal réagi…
_ Quel revirement soudain ! fait le duc.
_ Bof…
_ Le duc a raison, enchaîne Lapsie. Votre revirement, monsieur Nuit, est même suspect !
_ Vous ne vous êtes jamais trompée ? Non, bien entendu ! Lapsie, la grande tueuse de PN, ne se trompe jamais !
_ Cette agressivité cache quelque chose… Bon sang, vous l’avez revu !
_ Quoi ? Qui ça ?
_ Le fils de la Machine ! Vous l’avez revu !
_ Moi, j’ai revu le fils de la Machine ? Ah ! Ah !
_ C’est vrai ? Vous l’avez revu ? questionne le duc.
_ Allons, duc, vous me connaissez depuis longtemps !
_ Exactement et c’est pourquoi je me demande pourquoi vous gardez la tête baissée, quand vous me parlez !
_ D’accord, d’accord ! Je l’ai revu !
_ C’est pas vrai ! s’écrie Lapsie.
_ Et vous l’avez revu quand ? demande le duc.
_ Là, dans la journée…
_ Et vous comptiez nous le dire quand ? rugit Lapsie.
_ Eh bien, je ne comptais pas vous le dire, si vous voulez tout savoir ! Moi et le gamin, nous nous sommes expliqués, nous avons parlé comme deux grandes personnes et le problème est réglé !
_ Mon Dieu ! » s’écrie Lapsie.
Un ange passe, puis Ratamor reprend d’une voix douce, pour ménager monsieur Nuit : « Vous dites que vous vous êtes expliqués, vous et le gamin… A-t-il donné une raison, pour le « coup » du peignoir ?
_ Oui, il m’a dit qu’il n’avait pas eu le choix, qu’on l’avait forcé…
_ Et vous l’avez cru ? coupe Lapsie.
_ Dans le cas où on l’aurait forcé, reprend patiemment Ratamor, est-ce qu’il vous a dit qui…, qui l’aurait forcé ?
_ Oui, les autres habitants de la station !
_ Ah ? Ils sont donc quelque part… et pourquoi, pourquoi ils auraient forcé le fils de la Machine ?
_ Eh bien, tout simplement parce qu’il n’est pas comme eux ! Comprenez, il est harcelé par certains, d’autant qu’il est seul et que c’est encore un enfant sans défenses ! Il n’a jamais eu de père, vous savez !
_ Seigneur ! » fait Lapsie.
20
« Et maintenant ? questionne à nouveau le duc.
_ Quoi, maintenant ? répond monsieur Nuit.
_ Eh bien, est-ce que vous et le fils de la Machine, vous allez vous revoir ? Avez-vous convenu d’un rendez-vous ?
_ Non pas exactement ! J’ai dit à cet enfant que je comprenais bien sa situation, parce qu’il est harcelé, et je lui ai proposé mon aide !
_ En fait, vous avez joué le rôle du père ! jette Lapsie.
_ Et de nouveau la vipère essaye de mordre ! Mais, c’est vrai, j’ai été touché par la fragilité du gamin…
_ Monsieur Nuit, coupe Ratamor, j’aimerais revenir sur les circonstances de votre rencontre… Où s’est-elle produite ?
_ Dans un couloir… Je ne me rappelle plus lequel… Mais c’était au cœur de la station !
_ C’était une rencontre fortuite… ou bien, vous avez vu le gamin venir à vous ?
_ Une rencontre fortuite ! J’ai presque buté dans l’ gamin ! J’imagine que c’était à cause de son désarroi !
_ Et vous avez dû d’abord être en colère, après ce qui s’est passé hier soir ?
_ Effectivement ! Dans un premier temps, je n’ai pas mâché mes mots, croyez-moi ! Mais le gamin m’a bientôt tout expliqué !
_ C’est là qu’il vous a dit qu’il était la victime en quelque sorte des autres habitants de la station… et vous ne lui avez pas demandé où ils étaient, ces autres habitants ?
_ Mais si, figurez-vous ! Mais le gamin m’a très vite répondu qu’il était lui-même surveillé, qu’on nous surveillait tous ! Je voyais distinctement la peur sur son visage !
_ Donc, vous ne savez toujours pas où sont les autres habitants, ni comment on peut les joindre… Et ensuite ?
_ Quoi ensuite ?
_ Eh bien, vous lui avez proposé votre aide, puisqu’il était harcelé !
_ Oui, c’est bien ça… Je l’ai aidé…
_ Ah bon ? Et de quelle manière ?
_ Hem ! J’avais un billet de cent… et il m’a dit qu’il pouvait s’en servir pour calmer ses agresseurs !
_ Hi ! Hi ! Il vous a tapé ! Hi ! Hi ! Il a réussi à vous taper ! se réjouit Lapsie.
_ Espèce de vieille morue ! réplique monsieur Nuit. Pourquoi tu vas pas buter du PN, pour nous faire des vacances !
_ Calmez-vous, je vous en prie ! intervient le duc. Donc, monsieur Nuit, vous lui avez donné un billet de cent… et après ?
_ Après, vous pouvez pas comprendre !
_ Essayez tout de même, mon ami, presse le duc. C’est important… Nous ne vous jugerons pas !
_ Eh bien, le gamin m’a dit que j’étais respecté dans l’autre monde...
_ Dans l’autre monde ? coupe Ratamor. C’est l’expression qu’il a lui-même utilisée ?
_ Euh… je ne sais pas… Mais c’est comme ça que je l’ai compris !
_ Très bien ! Et donc votre nom est respecté dans l’autre monde...
_ C’est ça… et ma caution pouvait aider l’ gamin ! Les autres, sachant que je le protégeais, auraient peur de le harceler davantage !
_ Hi ! Hi ! fait Lapsie.
_ Je vous rappelle tout de même, mon ami, reprend le duc, qu’il a d’abord été question de « voler » votre peignoir ! Cette demande, de la part, des harceleurs, ne vous a pas semblé étrange !
_ Ah ! Comme c’est facile ! Vous êtes assis là et vous voyez les choses rationnellement, lucidement ! Moi, sur le Cube, j’ai des chantiers de deux cents, trois cents personnes ! avec du béton qui n’arrive pas ou une météo exécrable ! J’ dois prendre des décisions capitales, en un minimum de temps, tout seul ! Et tout ça pourquoi ? Pour que des écolos dégueulasses me crachent à la gueule ! Le gamin m’a dit que j’étais respecté ! Lui-même m’a regardé comme un sauveur, comme un père ! Et il eût fallu que je considère tout ça froidement ! que je me demande de quelle nature est le monde psychique qui entoure la station et s’il a des foutues portes temporelles ou que sais-je ?
_ Tu as raison, mon ami, nous ne sommes pas à ta place… et d’ailleurs, nous avons tous besoin de repos… La journée a été longue et il est temps pour chacun de regagner sa cabine…
_ Et vous croyez qu’il va vous rembourser ? » jette encore narquoise Lapsie à monsieur Nuit.