
"Je mène une guerre contre Dieu!"
Prisoners
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Chacun retrouve sa chambre et Ratamor y est bien songeur, assez las et somme toute dépassé par les événements… Il se met à caresser la harpe de Kaar, doucement, comme on le lui a appris il y a bien longtemps… D’abord, ce n’est qu’un léger frémissement au-dessus de la harpe, jusqu’à ce qu’on comprenne que c’est le vent qui agite un champ de blés !
La harpe fournit plus qu’une image, elle transporte littéralement, en agissant sur tous les sens ! Ratamor ressent cette fraîcheur, apportée par le vent, et il respire longuement ! C’est tout le savoir des Kaars qui permet cela, car ils ont appris l’effet de la beauté sur le cerveau !
Les épis, hérissés de leurs barbes, ondoient lentement et Ratamor entend leur bruissement ! « Les Kaars sont de véritables magiciens ! » se dit-il, puis il voit le blé devenir d’un jaune vif, alors que dans ses pieds il vire au brun, au rouge rubis, avec la déclinaison du soleil !
« Bon sang ! » murmure Ratamor et il retouche la harpe, qui le conduit dans un talus multicolore, où les jaunes, les bleus, les blancs, les rouges éclatent, au milieu du vert et du jaune pâle des graminées ! Il voudrait s’y plonger, s’y enivrer de fraîcheur, fêter cette richesse, cette profusion et se laisser aller à la joie, mais il n’oublie tout de même pas où il est, ni pourquoi !
Il se met alors à pleurer, car il songe que le Cube détruit tout cela, n’ayant aucun respect pour ce qui lui paraît secondaire, anodin, gratuit, pouvant se renouveler sans cesse ! Toute la Chose disparaît sous des tonnes de gravats, bien que le Dom se demande pourquoi il est malade et quel serait le remède !
Lapsie, elle, ouvre un de ses sacs et en sort son arme préférée, un superbe pistolet à crosse de nacre et qui est « intelligent », grâce à l’IA ! On peut tirer dans toutes les directions, la balle atteindra toujours sa cible, à condition d’avoir bien renseigné l’arme ! Lapsie donc la paramètre avec toutes les informations dont elle dispose sur le fils de la Machine ! « Il doit avoir entre treize et quinze ans, se dit-elle. Le regard sombre… De grandes oreilles sans doute… J’indique culottes courtes, on ne sait jamais… Rapide, volubile ! Mais mes balles iront plus vite que les émanations psychiques ! C’est dommage que l’IA pige pas « Affreux PN », car le gamin en est sûrement un ! Boum ! Je vois déjà sa tête éclater comme une pastèque ! J’hésiterai pas, je n’aurais que quelques secondes, devant le monstre ! Faut que je fasse un peu d’assouplissement : on se rouille si on laisse le PN tranquille ! Comme il est loin le temps de la fac, où on prônait la compréhension, le respect du patient et de sa douleur ! J’ suis devenue réaliste ! Moins hypocrite peut-être ! En tout cas, je me suis libérée, moi ! Bang ! J’ fais des trous ! J’écrase l’obstacle ! J’ suis Lapsie ! Hi ! Hi ! Dans l’ fond, j’ ai jamais refoulé ! J’ai toujours méprisé ! »
Le duc, quant à lui, a une nuit agitée… Il semble en proie à des cauchemars et il transpire, car sans doute a-t-il trop chaud… Il décide de rejoindre l’une des salles de détente, avec le thème de la mer ! Sur un grand écran, on voit une plage en été, de sorte qu’on a l’impression d’y être et c’est une vision rafraîchissante, qui peut aider les habitants de la station à supporter leur long séjour… Le duc prend un siège de cuir et essaie de retrouver son calme, devant ces enfants qui jouent, au milieu de ces bruits paisibles qui caractérisent la joie de se baigner !
Mais soudain le duc se fige, car une jeune fille vient de faire son apparition et elle saisit les sens ! Elle porte un string et laisse voir deux merveilleuses petites fesses ! Elle ne se gêne pas d’ailleurs pour les planter sous les yeux du duc ! Mais d’où vient-elle ? Elle ne doit pas faire partie du programme de détente, car elle est beaucoup trop sexy ! Alors ? Serait-ce encore une de ces émanations psychiques ? Aurait-elle échappé à la domination du fils de la Machine, comme le suggère Ratamor ? « Au diable la science ! se dit le duc, qui est déjà excité. Cette fille-là est bien réelle ! »
Mais voilà justement qu’elle entre dans l’eau… « Comment peut-elle faire ça ? se demande le duc. C’est un film devant... » Mais la jeune fille se met bien à nager et elle regarde le duc sur le côté, l’air de lui dire : « Tu aimes mes fesses, je le sais, alors suis-moi, on sera un peu plus à l’aise au large ! » Le duc n’en revient pas ! Il ne sait que penser ! Il est partagé entre le rire et la gravité ! Tout cela lui paraît loufoque, vu qu’il n’y a pas d’eau ! Mais la sève qu’il ressent lui enlève toute envie de plaisanter ! Le sexe, le plaisir, c’est sérieux !
Le duc avale donc sa salive et finit par se débarrasser de son pyjama ! Il rêve sans doute quand les vaguelettes viennent lui lécher les pieds ! Mais il avance jusqu’aux genoux et continue, quoique le froideur de l’eau le surprenne ! Mais la tête de la baigneuse émerge un peu plus loin, avec tout ce qu’elle suggère de promesses !
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Le duc se met à nager, il réapprend des gestes qu’il n’a pas exécutés depuis très longtemps ! La jeune femme a maintenant atteint un plongeoir, auquel elle s’accroche, apparemment indifférente, mais elle attend le duc ! « Elle veut se faire les dents sur un type mûr ! se dit le duc. Et c’est bien normal : elle cherche à connaître l’étendue de tout son pouvoir ! Elle est jeune et je devrais renoncer, mais j’ai vu ce que j’ai vu ! Je la ferai reine, je lui montrerai toute ma dévotion, tout mon respect ! Elle ne perdra pas au change ! »
Le duc continue donc sa brasse et pourtant il sait au fond de lui que ce n’est pas raisonnable ! D’abord parce qu’il ne comprend toujours pas la situation : comment peut-il y avoir vraiment de l’eau et est-ce un rêve ou une émanation psychique ? Mais surtout le duc n’est plus apte à nager sur de longues distances et ce qu’il craint finit par arriver : une crampe lui bloque la jambe ! Il s’arrête, s’efforce de se relâcher, mais la crampe ne part pas ! Il faut songer à revenir vers le rivage, doucement, tout doucement, mais un courant froid saisit la cheville du duc, le frigorifie, accélère sa peur !
Le duc avale une tasse, respire difficilement, gesticule, appelle au secours, mais la jeune fille un peu plus loin ne bronche pas ! Elle regarde le duc, mais ne cherche pas à l’aider ! Peut-être méprise-t-elle les perdants ? « Mais ce n’est pas humain ! pense le duc. Peut-être ne comprend-elle pas la gravité de la situation ! Je n’en peux plus ! Gloup ! »
Le duc boit une seconde tasse et il croit sa dernière heure arrivée, quand des bras le soulèvent vigoureusement ! « Hein ? Quoi ? s’étonne le duc, qui voit deux hommes à Lapsie devant lui.
_ On vous relevé ! dit un soldat. Vous étiez à quatre pattes devant l’écran, à crier au secours !
_ Je… Merci, il se passe de drôles de choses par ici !
_ Sûr ! On ne sait pas trop quoi penser !
_ Un de nos camarades a disparu sous nos yeux ! ajoute le deuxième soldat.
_ Oui et où sont les habitants ? approuve le duc. En tout cas, j’ai dû être victime d’un cauchemar… ou d’une mauvaise plaisanterie… Je vous prie d’être discrets sur ce qui s’est passé cette nuit !
_ Vous pouvez compter sur nous ! »
De son côté, Monsieur Nuit n’est pas davantage tranquille et il erre sans but dans les couloirs de la station… Que le fils de la Machine l’ait appelé père le fragilise, sans aucun doute ! Auparavant, sa réussite, sa soif de pouvoir l’occupait tout entier ! Il n’avait que ses chantiers à suivre et le béton coulait à flots ! Qu’est-ce qu’il y avait d’autre que la force, la puissance, le nom de monsieur Nuit qui était craint, respecté ? Maintenant, monsieur Nuit se voit comme un père, il a des sentiments et voilà que ça change tout !
Un coup de trompette derrière monsieur Nuit le fait sursauter, tellement qu’il croit que son cœur va se décrocher ! Puis, un rire argentin s’ensuit, destiné à se moquer de monsieur Nuit ! « Hi ! Hi ! fait le fils de la Machine. T’as eu une sacrée peur, on dirait, hein, papa ?
_ Waouh ! Ça oui !J’ai eu la trouille de ma vie ! Tu devrais pas faire des trucs comme ça, à ton vieux père ! C’est pas bien !
_ D’abord, t’es pas si vieux qu’ ça ! Ensuite, à qui j’ peux faire des blagues, si c’ n’est à mon papa ? Les autres, y comprennent rien !
_ Les autres ? Ils sont toujours méchants avec toi ?
_ Bien sûr !
_ Mais ils sont où ? Si tu me les montrais, j’ pourrais essayer de leur parler !
_ Mais ils nous tueraient tous les deux, si j’ les trahissais ! Viens, je vais quand même te montrer quelque chose ! »
Monsieur Nuit se met à suivre le fils de la Machine, tout en restant inquiet ! Il a beau être avec son « fils » et se sentir dans la peau d’un père, il y a toujours quelque chose qui le gêne dans la situation, comme si une menace pesait tout le temps… Cependant, on est dans un endroit que monsieur Nuit ne reconnaît pas… Il y a des tuyaux partout, ce qui semble indiquer un sous-sol… « C’est un secret ! » La voix de l’enfant vient interrompre les pensées de monsieur Nuit, d’autant qu’une petite main fraîche vient prendre la sienne, pour le tirer en avant...
« Elle est là ! murmure le fils de la Machine.
_ Qu’est-ce qui est là ?
_ Ma bombe !
_ Ta bombe ?
_ Oui, je l’ai fabriquée, dans le cas où les autres me pousseraient à bout !
_ Tu as… fabriqué une bombe ?
_ Oui, elle peut faire sauter toute la station en une seconde, si je veux ! »
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Monsieur Nuit reste interloqué ! Il sent la peur l’envahir ! « Une bombe ? s’écrie-t-il. Mais c’est dangereux ça ! Tu voudrais pas nous faire disparaître tous comme ça, hein ?
_ Mais non, seul moi connais les codes…
_ Mais, mais un accident est si vite arrivé ! Un problème technique, que sais-je ? Tu devrais la désamorcer !
_ Je le ferais quand on partira d’ici !
_ Partir d’ici ? Et qui ça « on » ?
_ Viens, il est temps que je te montre les autres... »
Monsieur Nuit a-t-il senti quelque chose ? Il ne saurait le dire ! Le fils de la Machine a bien pris sa main et puis il y a eu un léger flou dans son esprit ! C’est tout ce qu’il se rappelle ! Est-il passé d’une réalité physique à une réalité purement psychique, comme le pense Ratamor ? Ce n’est pas son domaine, mais il se retrouve dans une immense salle, en forme de dôme, quasiment nue et qui pourrait très bien servir pour un concert !
Sur ce qui a tout l’air d’être la scène, Ratamor, toujours conduit par le fils de la Machine, fait face à une dizaine d’ados, qui le regardent avec des yeux vides, sans aménité ! « Mon cher papa, fait le fils de la Machine, je te présente mes amis, ma bande si tu préfères, car c’est moi, le chef ici !
_ Enchanté… Je… Je suppose que vous êtes tous les enfants de la station ? »
Mais personne ne répond à monsieur Nuit ! « Il ne faut pas leur en vouloir, papa, glisse le fils de la Machine, ils sont tous en colère !
_ Ah bon ? En colère contre quoi ?
_ En colère contre les adultes et leur défaillance !
_ En colère contre les adultes… et leur dé… ?
_ Oui, les adultes ne rassurent plus les enfants ! Ils n’offrent plus la sécurité, ni l’espérance ! La Chose est devenue folle, la violence est partout, nous sommes rongés par les inquiétudes et que font les adultes ? Ils nient les problèmes et paradent dans leur hypocrisie ! C’est si vrai que nous sommes obligés de prendre leur place ! Nous en savons plus qu’eux ! Nous voyons plus loin qu’eux !
_ Je te crois… et j’en suis désolé, je suis sincère ! Mais les adultes de la station, où sont-ils justement ?
_ Mais ici, dans la fosse…
_ Dans la fosse ?
_ Approche-toi du bord de la scène… et regarde dans l’ombre ! »
Monsieur Nuit fait comme on lui dit… et dans l’obscurité il voit des formes se mouvoir, ainsi que des serpents ! Ce sont des hommes et des femmes aux airs désespérés, comme englués dans un cauchemar ! De temps en temps, un œil s’allume, un bras se lève, un râle, un étouffement ! « Mais bon sang ! s’écrie monsieur Nuit. Ils souffrent là-dedans ! Qu’as-tu fait ?
_ Moi ? Rien ! Ils veulent dominer, qu’ils dominent ! Je les ai juste placés sous ma domination qui est la plus forte ! Et ils continuent de dominer, mais dans mon ombre !
_ Je… Je ne comprends pas…
_ C’est pourtant simple ! Ici, c’est moi qui commande et qui peux tout faire ! Regarde ! »
A cet instant, le fils de la Machine montre un pilier métallique, qu’il tord sans difficultés, sous l’effet de sa pensée ! Monsieur Nuit avale sa salive et lâche : « Je suppose que… tu vas me faire rejoindre les autres adultes…
_ Ah ! Ah ! Mais non, papa, j’ai besoin de toi !
_ Tu as besoin de moi ? Mais pour quoi faire ?
_ Mais pour que nous partions conquérir le Cube ! Ici, nous ne pouvons même pas scroller ! »
Le fils de la Machine veut poursuivre, mais soudain il s’arrête et ferme les yeux ! Il paraît comme endormi sur place ! « Eh ! Petit, ça ne va pas ? fait inquiet monsieur Nuit, mais le fils de la Machine n’a aucune réaction ! Monsieur Nuit regarde autour de lui et voit les autres enfants dans le même état de somnolence ! On n’entend que le glissement des adultes dans la fosse et monsieur Nuit ne peut réprimer un frisson d’horreur !
Mais, tout aussi rapidement qu’il s’était endormi, le fils de la Machine se réveille ! « Oh ! fait-il. A ton air, papa, je devine que j’ai plongé dans le sommeil !
_ En effet ! Tu parlais et d’un coup…
_ Je sais… C’est quelque chose d’incompréhensible pour nous, mais nous devons faire avec ! Nous nous endormons subitement comme ça !
_ Vous tous, les enfants ? En même temps ? Et à n’importe quel moment ?
_ C’est cela ! C’est l’une de nos faiblesses ! Mais ici, nous sommes dans une totale sécurité ! C’est dehors, parmi les adultes, que les choses se gâtent !
_ Pourtant, les adultes ne te gênent pas ici…
_ Non, je suis venu à bout de la station… C’était un espace restreint…, un petit groupe tellement prévisible !
_ Si tu le dis... »