ULTIMA (11-15)

Le 20/06/2026

R143

 

         "Est-ce que ça vous gratouille ou ça vous chatouille?"

                                                    Knock

 

                                 11

     « Hum ! Hum ! fait le duc en pénétrant dans le bureau de Mox, où il savait trouver Ratamor.

_ Ah ! Vous voilà duc ! Vous en avez fini avec les stocks ?

_ C’est-à-dire… Il s’en est passé des choses en bas…

_ Ah bon ? Quelles choses ?

_ Eh ben, vous savez les… émanations psychiques !

_ Ah ! Ah ! Elles vous ont joué des tours aussi ?

_ Oui, j’avoue que je n’y comprends rien… Mais ça me donne froid dans le dos !

_ Et à moi donc !

_ Vous avez investi le bureau de Mox ?

_ Oui, je cherche des réponses… et comme il était le seul apparemment à être lucide…

_ Et vous avez trouvé quelque chose ?

_ Non, pas pour l’instant…

_ Dites, ces émanations psychiques… Elles viendraient d’un monde essentiellement psychique, comme de l’herbe qui sort de terre…

_ « Comme de l’herbe qui sort de terre... » Vous êtes un génie, duc !

_ Oh ! Il ne faut pas exagérer !

_ Vous voyez cet objet sur le bureau de Mox ?

_ Le petit morceau de bois ?

_ Ce petit morceau de bois, comme vous dites, c’est une harpe à herbes de la planète Kaar !

_ Quoi ?

_ C’est un objet très rare et que je possède aussi ! Je ne sais pas comment Mox a pu le savoir, mais il semble que ce soit l’une des raisons qui l’ait poussé à me contacter !

_ Mais qu’est-ce qu’il a de spécial, cet objet ?

_ Les Kaariens prennent très au sérieux la beauté… Ils ont connu une évolution très différente de la nôtre, car ils ont compris que la nature ou la Chose a une face spirituelle, puisque son développement est aussi d’une fantaisie infinie ! La vie, c’est la différence, mais elle est unie dans la beauté !

_ Je ne comprends pas !

_ Peu importe ! La harpe que vous voyez là fait naître des herbes illuminées par le soleil ! Leur « arrangement » dont tout le monde se moque, car il est très commun et au ras du sol, prend ici une toute autre valeur, puisque c’est l’objet qui le crée sous nos yeux ! Encore faut-il savoir s’en servir ! Il faut caresser doucement le côté de la harpe, comme si on la sollicitait gentiment... »

Mais au lieu des herbes sort de la harpe une image holographique… On distingue mal d’abord ce qu’elle représente…, mais on finit par comprendre qu’elle vient d’une caméra fixée au poignet de quelqu’un, qui est sans doute Mox !

En tout cas, on avance parmi une foule hostile, qui crie : « A bas le pédophile ! », « La mort, pour la sécurité de nos enfants ! » Visiblement, Mox est emmené par des gardes et on le fait entrer dans une pièce, que le duc n’a aucune peine à reconnaître ! « Mais…, mais c’est un sas de sortie ! » s’écrie-t-il.

La tension monte autour des images, puis on voit Mox se tourner vers la caméra et qui dit : « Ratamor, si vous voyez ces images, alors vous êtes bien l’homme que j’espérais ! Écoutez, il ne me reste plus qu’une dizaine de secondes, mais c’est le gamin qui a tout manigancé ! Il m’a accusé à tort d’attouchements et il a placé dans mon ordi des images pédopornographiques ! Il tient tout le monde sous son pouvoir et on m’a condamné sans que je puisse me défendre ! C’est le fils de la Machine le problème, Ratamor ! C’est lui qu’il faut abattre ! Attention, il a des pouvoirs inconnus et... »

Mais Mox ne peut en dire davantage… Il y a un sifflement et on voir derrière lui la porte du sas qui s’ouvre sur le cosmos ! Immédiatement, le visage de Mox se tord de douleurs, puis son corps est éjecté vers l’extérieur, avant d’exploser ! La caméra envoie encore quelques images, car le bras de Mox tourbillonne dans le vide, puis la harpe devient muette !

« Seigneur ! » murmure le duc, tandis que Ratamor reste silencieux… « Vous l’avez entendu ? reprend le duc. C’est ce… fils de la Machine qui tire les ficelles et qui est sans doute à l’origine de tout ce qui s’ passe ici !

_ Oui, j’ai entendu, mais cela ne nous explique pas qui est vraiment ce môme, ni comment on pourrait le combattre ! Pauvre Mox ! »

                                                                                                             12

     Tout le monde est réuni dans la salle d’accueil, les uns buvant du café, les autres mangeant un morceau… Le duc explique ce que lui et Ratamor ont vu dans le bureau de Mox… « Apparemment, le fils de la Machine, dit le duc, a pu faire condamner Mox à mort !

_ C’est impossible ! coupe Lapsie. Les Doms n’utilisent plus la peine de mort depuis longtemps !

_ C’est exact ! Mais n’oubliez pas qu’une station spatiale, c’est comme un navire sur la mer ! Certaines décisions peuvent être prises, pour sauver l’ensemble du péril ! C’est comme s’il y avait une juridiction spéciale… Ici, nous savons que la Machine avait un rôle important, dans le commandement de la station… et son fils se plaint d’attouchements de la part de Mox...

_ Vous avez raison, approuve Lapsie, il a sans doute été facile de faire craindre le pire aux habitants de la station… Mox a été vu comme une menace horrible pour les autres familles !

_ Certainement ! D’après Mox, qui s’est dit innocent…

_ Voire ! s’écrie monsieur Nuit.

_ Comment ça : « Voire » ?

_ Mais le gamin n’a peut-être pas raconté d’histoires ! Il a peut-être bien été la victime de la pédophilie de Mox ! Et d’ailleurs, j’ai du mal à imaginer un môme de douze ou treize ans machiavélique, assez intelligent ou pervers, pour faire condamner un adulte ! A cet âge-là, on joue aux cow-boys et aux indiens !

_ Vous oubliez les circonstances étranges qui ont entouré la naissance de cet enfant ! corrige Ratamor.

_ Oui et comment nous avons eu connaissance de ces circonstances soi-disant étranges ? Par Mox, toujours lui, le possible pédophile ! N’a-t-il pas inventé toutes ces histoires pour se défendre, discréditer le fils de la Machine ?

_ Ce n’est pas impossible en effet, reprend Ratamor. Cependant, Mox est un confrère, un scientifique et j’aurais tendance à le croire, d’autant que nous sommes face à un mystère complet, quant à la situation actuelle de la station !

_ Admettons… poursuit monsieur Nuit. Et comment avez-vous appris la fin de Mox ?

_ Grâce à ceci ! réplique Ratamor, qui met l’objet Kaar au centre de la table.

_ Qu’est-ce que c’est ?

_ Une harpe Kaar !

_ Kaar ? fait songeuse Lapsie. C’est une planète lointaine, qui n’a pas beaucoup d’intérêt…

_ A première vue, non, reconnaît Ratamor. Mais c’est parce que les Kaars ont justement choisi une voie opposée aux Doms…

_ Et comment ça marche ? questionne monsieur Nuit.

_ Il suffit de « caresser » la harpe d’une certaine manière… Normalement, de l’herbe illuminée par le soleil en sort…

_ De l’herbe illuminée par le soleil ?

_ Oui, mais Mox l’a remplacée par une vidéo… C’est celle de sa fin et je vous préviens, elle est difficilement soutenable !

_ Allez-y... »

Ratamor caresse la harpe, mais elle reste muette… « Étrange, fait le professeur, contrarié. Tout à l’heure, ça marchait !

_ Hum ! reprend monsieur Nuit en se tournant vers le duc. J’avoue duc que si vous-même n’aviez pas vu la vidéo, je ne croirais pas à son existence ! Ce petit objet en bois, qui est censé être une harpe, m’a plutôt l’air d’une farce, même si je ne veux pas blesser Ratamor ! Mais nous savons tous que les scientifiques peuvent être entraînés par leur passion, jusqu’à perdre le sens de la réalité ! Et puis, je n’ai jamais eu beaucoup de respect pour les Kaars, qui passent pour des illuminés aux yeux du reste de la galaxie !

_ Je ne peux vous donner complètement tort, répond le duc, moi-même je suis troublé. Mais j’ai tout de même bien vu cette vidéo…

_ Une seconde ! fait Ratamor. Il est possible que la harpe réagisse à la domination qui est dans la pièce !

_ Comment ça ? demande monsieur Nuit.

_ Eh bien, nous savons que les Kaars ont justement suivi une voie anti-Doms, si je puis dire ! Après avoir constaté que la domination, qui est universelle, mène les sociétés dans une impasse, les Kaars se sont demandé comment s’en débarrasser, s’il existait un moyen de la contrôler, afin qu’elle ne soit plus destructrice !

_ Et alors ?

_ Alors ? Il est possible que cet instrument serve aussi de thermomètre pour la domination, qu’il en mesure le degré ambiant, jusqu’à ne plus fonctionner quand la domination est excessive !

_ Bon sang, Ratamor ! Vous en train de m’accuser d’intimider un morceau de bois ?

_ Votre aversion pour la Chose est bien connue…

_ Espèce de salopard ! Vous essayez de monter tout le monde contre moi !

_ Quel rapport entre la Chose et la domination ? coupe Lapsie.

_ Et tout ça, reprend monsieur Nuit, pour protéger votre ami pédophile, n’est-ce pas Ratamor ?

_ Messieurs, messieurs », fait le duc, pour calmer les esprits.

                                                                                                          13

     « Non, duc, je ne me calmerai pas ! jette monsieur Nuit. Les accusations de Ratamor sont inacceptables ! Je n’aime pas la Chose, c’est entendu, mais je ne vois pas en quoi ce serait condamnable ! Ce n’est pas à un morceau de bois de me juger ! Je maintiens qu’il est possible que Mox ait été un vrai pédophile !

_ Vous n’aimez pas la Chose ? réplique Ratamor. Mais vous êtes de la Chose ! Nous sommes de la Chose ! Votre corps est constitué de milliards de cellules et contient encore plus de bactéries, pour former principalement votre microbiote ! La vie animale continue en nous et notre raison en est le fruit !

_ Messieurs, messieurs, fait le duc.

_ Libre à vous de penser que vous n’êtes qu’une bête ! répond monsieur Nuit à Ratamor. Mais la civilisation a fait du chemin ! Le béton en est la preuve ! »

Ratamor ne dit rien, car son attention est prise ailleurs ! Il a tourné la tête vers le fond de la salle et il voit une drôle de forme venir vers le groupe ! C’est apparemment une femme d’un âge mûr, en surpoids et elle avance péniblement, à la limite de l’épuisement, en s’appuyant sur le mobilier !

Comme Ratamor reste silencieux, on finit par se demander ce qu’il regarde et chacun découvre la nouvelle arrivante ! Elle semble appeler le groupe, comme si elle sortait d’un rêve lointain et ses efforts n’en paraissent que plus énormes ! Enfin, Ratamor et Lapsie se lèvent et se précipitent pour soutenir la femme, qui malgré tout s’écroule !

Ratamor lui tient la tête et elle ouvre la bouche, ainsi que les poissons hors de l’eau ! « Vite, à boire ! » fait Ratamor à Lapsie, qui s’empresse de trouver une bouteille. Le petit groupe s’est rassemblé derrière Ratamor et observe ce qui se passe… « J’é… tais sou… mise…, articule la femme.

_ Ne dites rien ! fait Ratamor. Ne vous fatiguez pas, on va vous donner à boire ! »

Mais la femme serre le bras de Ratamor et répète : « J’étais... soumise ! 

_ Oui, oui ! Tenez, buvez ! » coupe Ratamor, qui s’est saisi du verre d’eau apporté par Lapsie.

Mais la femme a laissé retomber sa tête et ne peut boire. Ratamor vérifie si elle respire et se tourne vers les autres : « Elle est morte ! dit-il.

_ Morte ? Vous êtes sûr ? »

Chacun se regarde avec stupéfaction, puis le duc dit : « Eh bien, il faut la conduire à la morgue… Il y en a une petite dans la station… Lapsie…

_ Oui, je vais demander à mes hommes de la transporter ! » répond Lapsie.

Les soldats enlèvent le corps et le groupe récupère peu à peu. « Elle n’était pas vieille pourtant ! fait monsieur Nuit.

_ Non, approuve Ratamor, mais son surpoids n’a pas dû l’aider !

_ Mais qu’a-t-elle voulu dire par : « Je suis soumise... » ? demande le duc.

_ Aucune idée ! répond Ratamor.

_ C’est tout de même curieux… enchaîne monsieur Nuit.

_ Qu’est-ce qui est curieux ? fait Ratamor sentant une nouvelle attaque de monsieur Nuit.

_ Eh bien que cette personne soit bien réelle ! Depuis le début, vous nous soutenez que nous avons affaire à des émanations psychiques ! Et voilà une femme qui reste avec nous et qui meurt même dans nos bras !

_ Je n’ai aucune réponse certaine à donner ! Je ne formule que des hypothèses, devant l’étrangeté des faits !

_ Bien sûr et donc, en l’occurrence, que suggérez-vous pour expliquer la… réalité de cette femme ?

_ Il est possible que ce soit justement sa mort qui a empêché son retour dans l’autre dimension !

_ Voyez-vous ça !

_ N’oubliez pas que, quel que soit notre chemin de pensées, nous mourons, que c’est la matière qui a le dernier mot !

_ J’étais sûr que vous alliez vous montrer brillant !

_ Comme vous dans la suffisance ?

_ Messieurs, messieurs, coupe le duc. Il serait bon de savoir de quoi est morte cette femme ! Ratamor, vous pouvez vous en charger ?

_ C’est que je ne suis pas médecin…

_ Non, mais vous avez des connaissances en biologie… Lapsie, vous accompagnera jusqu’à la morgue... Pendant ce temps-là, moi et monsieur Nuit, nous allons inspecter les fichiers… Cette femme doit faire partie de la station et avoir une identité ! »

                                                                                                         14

     Dans la morgue, Ratamor et Lapsie s’affairent silencieusement… Le corps de la femme est nue sur une table d’examen et n’invite pas au rire… Ratamor le palpe, le retourne, aidé par Lapsie… « Je ne vois aucune lésion, dit-il. Un arrêt cardiaque peut-être... »

A cet instant, l’écran de la morgue s’allume et le duc y apparaît : « Lapsie et Ratamor, dit-il, cette femme avait le matricule K 35… On ne connaît pas son vrai nom, mais elle était employée à l’entretien… Elle avait donc un travail somme toute banal et en tout cas qui n’avait rien de secret, ce qui n’explique pas sa fin tragique ! Et de votre côté ?

_ Rien de précis non plus… répond Ratamor. Elle ne présente aucune blessure apparente et je pense plutôt pour une défaillance cardiaque…

_ Bien, tenez-moi au courant... »

L’écran s’éteint et de nouveau Ratamor et Lapsie sont face à la morte, sous un éclairage cru… « Alors les habitants de la station avaient un matricule… fait songeuse Lapsie.

_ Faut croire...

_ Cela n’aide pas dans les relations…

_ Non... Mais j’y pense, toute morgue aujourd’hui est équipée d’un scanner et d’un programme IA ! Avec cela, on devrait mieux connaître K 35 et les causes de sa mort !

_ Très bien, allons-y ! »

L’appareil à scanner est déployé au-dessus du corps et bientôt son image 3 D est visible sur un moniteur… Le programme fait tourner le corps, montre ses points de faiblesse, des contusions, son affaissement, etc. L’IA redonne vie à K 35 et on voit son personnage numérique porter notamment des sacs remplis de provisions, ce qui expliquerait son dos voûté !

« C’est toute une existence qui est retracée sous nos yeux ! s’exclame admirative Lapsie.

_ Oui, le corps et l’état des organes informent le programme, jusqu’à supposer l’histoire et le quotidien de K 35 ! 

_ Mais alors de quoi est-elle morte ?

_ Chut ! Patience ! »

K 35 évolue comme dans un jeu vidéo, dans une ambiance un peu grise, avec des traits simplificateurs et on commence à comprendre peu à peu son caractère ! Elle avance d’un pas lourd, supportant sa chair flasque et épaisse… Depuis combien de temps a-t-elle renoncé à plaire ? Combien de régimes a-t-elle essayé ? Elle semble s’être résignée… Il n’est plus question pour elle de parader, de rêver, d’imposer sa force de séduction, de faire les magasins en rigolant et en toute insouciance !

Elle mange beaucoup, le montre l’IA, d’après l’examen de l’intestin, de la taille de l’estomac, de l’état des artères et elle ne bouge pratiquement plus ! Trop de nourriture pour combler un manque sans doute… L’ennui ? Et la sédentarité ? Elle va de pair avec la dépression : on ne se sent pas à l’aise avec les autres ! On est fragilisé, vulnérable et on fuit les agressions de toutes sortes ! On ne comprend plus non plus ceux qui ont gardé toute confiance en eux-mêmes… On se sent en marge, exclu !

Peut-être que le travail sur la station était un nouveau départ… ou une fuite, ou juste une nécessité, car K 35 ne devait plus penser qu’à sa subsistance… D’ailleurs, on voit à présent les produits d’entretien qu’elle utilisait, puisqu’ils ont laissé des traces à l’intérieur même du corps… Le personnage numérique est vu nettoyant des salles, se cognant ici et là, s’usant dans telle ou telle position, souffrant à tirer des charges, et après la journée, il prend une navette, tandis que des points rouges sur l’image signalent où le corps s’est particulièrement tassé, à cause de la position assise !

Mais le scanner arrive au cerveau, dont les régions et les connexions sont aussi traitées par le programme, ainsi que les accidents et les traumatismes qu’elles ont subis ! Cette analyse crée l’expression du personnage K 35, qui n’est pas joyeuse, enthousiaste, dynamique… Elle est plutôt fermée, dolente, abattue, quasiment endormie…, ce qui fait que Lapsie soupire, car elle ne comprend que trop bien dans quelle impasse K 35 s’est peu à peu égarée, mais soudain la colonelle a les sens en alerte, tout comme le personnage numérique !

Il a le visage dressé, inquiet, au bord de la panique et c’est la carte de son cerveau qui permet de le voir ainsi !

                                                                                                   15

     « Vous avez vu ? s’écrie Lapsie. Cette femme a peur !

_ Oui, et ce n’est pas une peur isolée, mais récurrente, sinon le programme ne serait pas capable de la repérer ! C’est un stress répété qui a marqué les organes !

_ Mais peut-on savoir son origine, à quoi est-il dû ?

_ Peut-être… Il s’agit de se faire recouper le plus possibles d’informations… Voyons voir… Là ! Regardez, la peur est associée à la position assise !

_ Elle avait donc peur dans la navette ?

_ Oui, la navette qui assure les déplacements horizontaux dans la station…

_ Très bien ! Mais on peut imaginer K 35 rentrant chez elle, après sa journée, et connaissant un stress dans le transport en commun… Cela ne peut venir que d’une autre personne !

_ Sans doute… Mais apparemment elle n’a pas subi de coups, ni de violences… Alors de quoi avait-elle peur ?

_ N’oubliez pas ce qu’elle a dit avant de mourir, qu’elle était soumise !

_ Soumise… On se soumet à une autorité, pour être épargné, pour continuer à vivre malgré l’oppression !

_ Quel genre d’oppression ?

_ Revenons en arrière, voulez-vous… Voici K 35 dans la navette… Le programme nous donne sa position assise et son expression… On n’a pas de mal à deviner ses sentiments, sa stratégie… C’est un personnage qui a renoncé, qui se contente de faire son travail, qui ne cherche surtout pas d’histoires et qui rentre chez lui, pour retrouver de « petites » joies, comme celle de manger ou de rêver devant la télévision !

_ Exact ! Et c’est cela être soumis : rester dans l’ombre, ne plus contester le pouvoir à quiconque !

_ Eh ! Mais vous avez vu ?

_ Quoi ?

_ Le programme fait apparaître quelque chose dans le champ de vision de K 35 ! On dirait…

_ Vous pensez que c’est la source de sa peur… ?

_ Toutes les informations aboutissent à cette image, qui malheureusement est floue…

_ Agrandissez…

_ C’est bien ce que j’avais cru voir…

_ C’est une paire de jambes…

_ Oui… Quelqu’un se tenait devant K 35 et lui faisait peur !

_ Malgré sa soumission !

_ Il est possible que celle-ci se soit avérée insuffisante… Mais, attendez, ce ne sont pas n’importe quelles jambes !

_ Ce sont celles d’un gamin ! Le fils de la Machine ?

_ Doucement, doucement, Lapsie ! Tout cela n’est qu’une suite d’hypothèses… L’IA crée un scénario, qui n’est sans doute pas la réalité !

_ Mais ces jambes qu’on voit, même si elles sont floues, ne sont pas celles d’un adulte !

_ Effectivement, mais rien ne prouve que la peur de K 35 vienne de ces jambes, ni de leur propriétaire…

_ Hum ! Vous reculez maintenant ! C’est bien vous qui avez parlé en premier d’une dimension psychique… et il y a aussi le témoignage de Mox !

_ Justement, si nous parlons de dimension psychique, comment K 35 aurait pu avoir peur ? Comment un gamin, n’ayant pas la force physique, aurait pu l’effrayer ?

_ Là, c’est vrai, vous posez une colle ! Tout aurait été beaucoup plus simple, si on avait vu un voyou hargneux à l’image !

_ Oui, quelqu’un qui aurait menacé physiquement K 35, pour lui prendre son argent, par exemple…

_ Oui, quelqu’un qui l’aurait rançonné régulièrement dans la navette !

_ Ce qui n’est pas exclu non plus…

_ Non, j’ai l’impression que nous tournons en rond…

_ Pas tout à fait… Nous savons que K 35 n’a pas subi de violences physiques, mais qu’elle a fini par être détruite par le stress…

_ C’est terrible, car elle se croyait en sécurité, en vivant discrètement…

_ Venez, laissons-la dormir en paix… Allons rejoindre les autres ! »

 

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