Paschic sent le printemps (15-18)

  • Le 21/03/2026

R125

            "On dirait qu'il est protégé par la force..."

                                          Stars Wars

 

 

                                   15

     Le duo poursuit sa route et il remarque un personnage troublé, qui se tâte le visage ! « Il y a quelque chose qui ne va pas monsieur ? demande Web.

_ Si, si, tout va bien, je vous assure… Enfin…

_ Oui ?

_ Je voulais juste vérifier que ma tête est bien accrochée à mon corps !

_ Vous êtes sérieux ?

_ Je le voudrais bien, mais là est justement le problème : je ne parviens pas à être sûr !

_ Mais, si ça peut vous rassurer, je peux vous dire que votre tête est bien sur votre corps !

_ Oui, évidemment ! Sinon, comment je ferais pour parler ? Vous devez me trouver ridicule, n’est-ce pas ?

_ Je ne me permettrais pas… Je trouve cela juste un peu étrange !

_ Moi aussi, figurez-vous ! Je m’en veux même, mais c’est plus fort que moi ! Tenez, ça me reprend : il faut que je me tâte le haut du crâne, car ma cervelle pourrait s’échapper par là !

_ Vous vous foutez d’ moi, là ? »

A cet instant, Paschic tire Web par la manche et lui dit tout bas : « Ne vous énervez pas, Web, ce type a été bousillé par les Doms !

_ Quoi ?

_ Il a été détruit psychiquement, de sorte qu’aujourd’hui il ne peut être sûr de rien ! Sa confiance en lui a totalement été anéantie sous les coups de boutoir !

_ Mais on peut vraiment démolir un homme à ce point ?

_ Il suffit de s’y prendre assez tôt, dès l’enfance ! Les connexions cérébrales ne sont pas complètes et on les massacre !

_ Mais… mais pourquoi ?

_ Pourquoi y a-t-il des pédophiles ? Parce que certains veulent assouvir leurs appétits ! D’autres vivent pour leur soif de pouvoir et ne supportent aucun obstacle !

_ Hem ! Hum ! dit Web qui se tourne à nouveau vers le personnage. Si je peux vous aider en quoi que ce soit...

_ Je ne sais pas…

_ Comment ça, vous ne savez pas ?

_ Il ne faut pas m’en vouloir, mais je ne sais pas…

_ Nous voilà bien !

_ En fait, je ne suis jamais sûr de ce que je sais…

_ Venez, Web, coupe à nouveau Paschic, cet homme a surtout besoin de repos... »

Un peu plus loin, une autre homme court éperdu vers le duo ! « Au secours ! Au secours ! crie-t-il.

_ Qu’est-ce qui s’ passe ? fait Web, en arrêtant l’individu.

_ Regardez ! Regardez ! répond l’homme en montrant son bras. Je… je disparais !

_ En effet ! répond Web interloqué. Il vous manque une main et le poignet… C’est sans blessures et très étrange !

_ Et attendez ! Là en bas ! reprend l’homme, en soulevant son pantalon.

_ Il vous manque un pied !

_ Je disparais, j’ vous dis ! J’ suis en train de foutre le camp !

_ Mais enfin, voyons, il doit y avoir une explication logique à tout cela ! une explication médicale ! Il vous faut des soins !

_ Oh ! Une explication, j’en ai une ! A chaque fois que je dis quelque chose, je parle dans l’ vide !

_ J’ ne comprends pas !

_ A chaque fois que je dis quelque chose, soit on ne me répond pas ! soit on me répond le contraire de ce que j’ai dit !

_ Curieux, en effet !

_ Ainsi, à force de douter de ma propre existence, de ma raison, j’ai constaté que mon corps lui-même devenait invisible !

_ Ah ! Ah ! Vous exagérez ! Chacun a à son avis et nul n’est tenu d’être d’accord avec vous ! Combattez que diable !

_ Mais pour aller où ? Je ne reconnais rien du monde dans lequel nous vivons ! Je suis un parfait étranger ! Regardez, ma jambe, elle n’est plus là !

_ On en voit encore un bout, tout de même…

_ Vous aussi, vous me prenez pour une bille ! Adieu !

_ Ne le prenez pas comme ça ! J’essaie sincèrement de vous aider ! »

Mais l’homme reprend sa course et Web se tourne vers Paschic : « Vous avez vu ça ? fait-il. Cet homme disparaît bien ! Mais est-ce vraiment à cause des autres ?

_ Vous oubliez les bases, Web… Un Dom ne concède jamais qu’il a tort, car il diminue alors sa domination !

_ Mais dans c’ cas, que va devenir ce type ?

_ Avec de la chance, il peut trouver sa maison dans la beauté ! »

                                                                                                                  16

     Le duo continue dans le Cube, quand il est interpellé par un type : « Alors les gars, on s’ promène ?

_ C’est ça ! fait Web. On s’promène !

_ La belle vie pas vrai ! Pendant que les autres bossent, pour vous payer vot’ retraite !

_ Non mais, qu’est-ce que vous connaissez de nos vies ?

_ Venez Web, c’est inutile de discuter ! » coupe Paschic et le duo s’éloigne.

« Bon sang ! s’écrie Web. Pourquoi vous ne m’avez pas laissé lui répondre ! Vous avez vu nos aventures ? Elles sont toutes incroyables et difficiles ! Si c’est pas bosser, ça ?

_ Bien sûr, mais l’hypocrisie des Doms, comme leur aveuglement, sont sans limites !

_ Tout de même, nous prendre pour des paresseux ! »

Soudain, le duo fait face à un autre Dom, qui lui dit : « Ah ! Ah ! Faut les voir ces deux-là, les mains dans les poches ! Ah ! Ah ! Mais oui, les mains dans les poches ! Ah ! Ah !

_ Excusez-moi, y a un problème ? réplique Web.

_ Un peu qu’il y en a un ! Faut pas lambiner comme ça ! Moi, dès que j’ai cinq minutes, je nettoie le sol, les carreaux, je coupe ma haie, j’ m’occupe ! L’époque n’est plus à traîner les gars ! Tenez, j’ai une armoire à monter à l’étage ! Vous m’aidez, les gars ?

_ Ben…

_ Allez donc ! Faut être solidaire ! Puis, buller, c’est mauvais pour la santé ! Vous verrez, ce soir, vous vous coucherez avec la satisfaction d’avoir été utile !

_ Bon d’accord ! Je vais vous donner un coup de main !

_ A la bonne heure ! Et vot’ copain, il fait quoi ?

_ Le copain, il aime pas les hypocrites, et c’est pourquoi il ne vous aidera pas ! répond Paschic.

_ Oh là ! On a son petit caractère ! Soit ! Mais pendant qu’on monte l’armoire, vous n’allez pas rester là sans rien faire ! Le temps est si précieux ! Par exemple, profitez-en pour apprendre l’anglais ! Le tout, c’est de ne pas rester improductif !

_ Je veux bien apprendre l’anglais, à condition que vous m’aidiez cinq minutes…

_ Eh ! Mais c’est moi qui ai besoin d’aide…

_ Allez, y en a juste pour cinq minutes…

_ Bon, ben, c’est quoi au juste ?

_ A votre avis, sommes-nous meilleurs que les animaux ? Je veux dire : sommes-nous plus intelligents qu’eux ?

_ C’est pas une question piège ? Ben, j’dirais que oui, on est plus intelligent qu’eux !

_ Donc, on doit pas être plus malheureux qu’eux !

_ Ah ! Ah ! Mais bon sang, où voulez-vous en v’nir ?

_ Vous voyez le muret là ? Je vais vous demander de vous y asseoir juste cinq minutes, pour que vous vous offriez au soleil !

_ Vous vous foutez d’ moi ?

_ Pas du tout ! Les animaux, après avoir mangé le matin, profitent des premiers rayons pour se chauffer, comme s’ils prenaient plaisir à la vie ! Vous ne voudriez pas apparaître plus malheureux qu’eux, ou moins sages !

_ C’est que je n’aime pas perdre mon temps !

_ Mais les animaux non plus ! Ils savent combien ces premières sources de chaleur sont précieuses, après l’hiver ! Il est impossible qu’ils passent à côté, tant c’est bénéfique !

_ Donc, vous vous voudriez que je reste là, sur ce muret, en m’exposant au soleil, sans rien faire !

_ C’est ça, juste cinq minutes, pour que vous vous réjouissiez d’exister !

_ Mais je peux pas ! Je déteste rester improductif ! Il y a mes factures et c’est pas vous qui allez les payer ! Il faut encore que je continue à cotiser ! Tic-tac ! Tic-tac ! J’ai une horloge dans l’ cerveau !

_ Venez Web, vous n’allez quand même pas aider cet imbécile ?

_ C’est moi que vous appelez un imbécile ?

_ Parfaitement ! Les animaux sont supérieurs à vous, car ils apprécient le moment présent !

_ Mais, mais j’ai des inquiétudes !

_ Eh bien, découvrez le monde et sa beauté ! »

Le duo s’en va, quand Web dit à Paschic : « Vous voilà en agence de tourisme !

_ C’est le rôle de l’art, non ? »

                                                                                                                                  17

     Le duo ne fait même pas cent mètres qu’il croise une petite vieille assise sur une chaise, à l’air libre… Elle tricote et paraît d’emblée sympathique à Web ! Elle dit aussitôt : « Une maille à l’envers, une maille à l’endroit ! Hi ! Hi ! Je vais finir par croire que ce n’est plus de mon âge !

_ Oh ! Vous n’êtes pas si vieille que ça ! s’écrie Web attendri.

_ Oh ! Un homme galant ! On n’en voit plus beaucoup de nos jours ! Tout de même, j’ai bien du mal à m’éviter les douleurs ! Mes membres n’ont plus leur souplesse de jadis !

_ Ah çà, c’est bien normal ! Nous ne rajeunissons pas, n’est-ce pas Paschic ? »

Mais le compagnon de Web ne répond rien… « Il a pas l’air commode, votre ami, dit la petite vieille.

_ Eh bien disons qu’il a ses humeurs, répond Web.

_ C’est pour ça que vous l’appelez Paschic ? Parce qu’il n’est pas chic ? Hi ! Hi !

_ Web, coupe Paschic, c’est une mutante de l’ancienne génération !

_ Hein ? Vous rigolez ? Cette petite dame serait…

_ Elle ne nous a pas dit bonjour ! Elle a commencé directement par parler d’elle ! Car nous dire bonjour aurait été reconnaître notre existence ! La seule chose qui l’intéresse, c’est sa personne !

_ Allons…

_ Le pire, c’est qu’elle a tellement peur qu’elle parle incessamment toute seule ! Ainsi, elle construit son monde !

_ Disons qu’elle lutte contre la solitude !

_ Non, elle ne veut pas de solutions… D’ailleurs, je vais vous montrer qui elle est vraiment ! »

Paschic fait une geste qui englobe la petite vieille et elle apparaît tout différemment ! Elle est maintenant dans une cellule, avec un air misérable, effrayé, tandis que ses bras passent à travers les barreaux ! « Aidez-moi ! dit-elle. Aidez-moi, je vous en supplie !

_ Mais bien sûr, je vais vous aider ! clame Web, toujours attendri. On va trouver les clefs et…

_ Ah ! Ah ! Si vous saviez comme je vous méprise ! s’écrie la petite vieille malgré elle. Ah ! Ah ! Vous n’êtes rien, vous entendez !

_ Quoi ? Vous me méprisez et vous me demandez de l’aide ! Ce n’est pas compatible !

_ Mais si Web, ça pourrait coller ! réplique Paschic un peu derrière. Si vous-même êtes diminué par la peur, vous pouvez fermer les yeux sur son mépris, tant vous avez besoin d’une relation, d’échanger ! Alors vous perdez tout respect pour vous-même et vous serez traîné dans la boue, par cette charmante personne !

_ Je n’en suis pas là…

_ Non, vous tenez à peu près sur vos jambes… Mais vous comprenez alors comment fonctionne la société : pressés par la peur, les gens s’arrangent et s’aveuglent !

_ Sauvez-moi ! Je suis tellement seule ! reprend la petite vieille.

_ Mais vous nous méprisez ! rétorque Web.

_ C’est pourquoi elle est en prison ! explique Paschic. C’est elle-même qui s’est enfermée, car on ne peut pas se libérer en se servant des autres ! Il faut aussi les respecter ! Venez Web, laissons cette mutante se débrouiller ! Y a rien à en tirer ! »

Le duo va voir ailleurs, avec un Web songeur, car il aurait bien voulu un échange simple et amical… Mais arrive bientôt un homme qui crie et gesticule ! Il effraie les gens alentours, qui s’écartent et qui le regardent avec colère ! L’homme crie au duo : « Je ne suis rien ! Vous m’entendez ! Je ne fais partie de rien ! Même ma famille n’a pas de voulu de moi ! Tous des salopards !

_ Sois fier ! lui répond cependant Paschic. Les autres sont ensemble par peur du monde extérieur ! C’est elle leur ciment ! Ils ne s’aiment pas entre eux, mais vivent dans l’apparence et le mensonge ! Toi, au moins, tu regardes les choses en face !

_ Mais qui peut supporter ça ? Regardez-moi, j’ai l’air d’un clochard ! Je bois pour oublier ! »

A cet instant, Paschic étend la main et l’homme est transporté dans un bois ! C’est le début du printemps ! Les bourgeons sont comme une poudre d’or, déposée sur les arbres ! Des buissons de houx, encore humides, sont illuminés tels de formidables candélabres ! Les nuances de couleurs sont innombrables et se répondent dans une totale féerie ! Un rouge-gorge regarde le visiteur, qui immobile voit un mulot trottiner à ses pieds, sur les feuilles mortes ! Tant d’éclat, de beauté, de simplicité conduisent l’homme à pleurer, comme s’il obtenait réparation !

                                                                                                                        18

     En fait, Web et Paschic profitent de ce passage en forêt, pour se détendre et ils avancent tranquillement sur un chemin assez large entre les arbres… Les dépasse cependant une Dom âgée, qui promène son chien : « C’est magnifique, hein ? dit-elle au duo en passant. Toute cette beauté !

_ Oui, en effet, répond Web. C’est magnifique… et quel calme !

_ Bien sûr ! Et y a pas besoin d’aller plus loin ! Ici, tout près du Cube, c’est déjà merveilleux !

_ Oui, oui…

_ Il y a quelque temps, reprend la Dom, qui visiblement a besoin de parler, j’ai rencontré un couple, avec un homme qui photographiait… Il me disait qu’il avait réussi à prendre un Pic… Pas forcément un Pic vert, car il y en a de toutes sortes !

_ Bien sûr…

_ Mais il me disait que ça arrivait peut-être une fois sur dix ! Il considérait qu’il avait eu de la chance et il était très heureux !

_ On le comprend…

_ Mais alors j’ai lu récemment le livre d’une philosophe, pas d’une ornithologue ! Mais je vous embête avec mes histoires !

_ Mais non, pas du tout !

_ Le livre s’intitule : « Pensez l’oiseau » !

_ Ah ?

_ Oui, car il ne s’agit pas d’observer telle espèce, mais… de se mettre à la place de l’oiseau !

_ Vraiment ?

_ Oui, l’autrice s’installe dans son jardin, sur une chaise et se dit : « Je vais me mettre à la place de l’oiseau, pour penser comme lui ! » car nous, les Doms, nous ne sommes nullement supérieurs ou au-dessus !

_ Bien entendu !

_ En ce moment, je suis en train de lire un autre livre… C’est « Sur la piste des traces » ! Non, non, c’est « La trace des pistes ! » Mais je vous ennuie avec mes histoires !

_ Mais non, pas du tout, je vous assure !

_ C’est « En piste sur les traces ! » Voilà le titre ! C’est le récit d’un ethnologue, à moitié philosophe… A moins qu’il ne soit plutôt éthologue ? Enfin, on découvre le monde des traces !

_ Ah ! Le monde familier de la forêt doit s’ouvrir à vous… Comment reconnaître le passage d’un sanglier, d’une…

_ Oh bon ! Ah ! Ah ! Les sangliers, c’est tellement évident ! Non, non, on parle de traces de jaguar, de léopard…

_ Ah oui, d’accord, c’est pas par ici !

A cet instant apparaissent deux autres promeneuses, avec des bouquets de primevères dans les mains… « Vous n’avez pas cueilli de violettes ? leur demande la Dom. Il y en a plus loin !

_ Non, non, fait une des promeneuses. On cueille pas d’ violettes, car elles fanent tout de suite !

_ Bien sûr ! répond la Dom. Et puis, les primevères, c’est bien aussi !

_ Oui, et le cadre est magnifique !

_ Oui, c’est magnifique ! Au revoir, mesdames... »

Les deux promeneuses s’éloignent et la Dom reprend : « Où est-ce que j’en étais ?

_ Sur des traces, répond Web.

_ Ah oui ! Mais je vous embête avec mes histoires ! »

Paschic ne donne pas le temps à Web de réagir, car il se plante devant la Dom et la regarde bien en face ! La Dom interloquée se tait, puis lentement son visage se fissure, se met même à couler… Elle hurle bientôt, en proie à la panique, de sorte que son chien l’imite avec un aboiement sinistre !

Enfin la Dom fait volte-face et s’enfuit ! « Bon sang, Paschic ! s’écrie Web. Vous êtes dingue ! Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

_ Mais rien, vous en êtes témoin ! Je l’ai juste regardée, c’est tout !

_ Mais pourquoi a-t-elle été effrayée ?

_ Parce que j’ai détruit sa bulle ! C’est pas l’ tout de dire que la Chose est magnifique ! Encore faut-il arrêter de parler d’ soi ! Pour s’ouvrir à la nature, il faut aussi s’ouvrir aux autres ! Or, cette femme vous vidait Web !

_ Hein ? Vous croyez ?

_ Vous ne pensez tout de même qu’elle était sincère quand elle vous demandait si ses histoires ne vous dérangeaient pas ? C’est un truc qu’elle doit utiliser depuis toujours, pour se tromper elle-même et les autres !

_ Charmant ! Non, c’est vraiment charmant que de se promener avec vous !

_ N’est-ce pas ? Ça a quelque chose de vigoureux ! »

 
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