Paschic sent le printemps (11-14)
- Le 14/03/2026

"Allo, la police, j'ai tué un homme!"
Marie Octobre
11
Paschic et Web reprennent leur marche, mais très vite ils sont alertés par une femme qui court vers eux et qui crie au secours ! La femme est élégante, avec une manteau luxueux, qui laisse voir un corps superbe, mais le visage a été « massacré » par la chirurgie esthétique, de sorte qu’il en est repoussant !
Mais enfin la femme appelle à l’aide et Web l’attrape au passage ! « Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
_ Il… Il est là derrière moi ! répond la femme essoufflée.
_ Qui ça « Il » ? Un homme qui vous veut du mal ?
_ Non… Enfin… C’est… mon cœur !
_ Votre cœur ? Il est pourtant accroché à votre poitrine !
_ Ce n’est pas de celui-là dont je parle…, mais du cœur symbolique !
_ Du cœur symbolique ?
_ De mes sentiments, si vous préférez !
_ Vous fuyez vos sentiments ?
_ Oh ! Je vous en prie, protégez-moi ! Il peut surgir à tout moment !
_ Allons parler dans un endroit plus tranquille… Ne vous inquiétez, moi, je m’appelle Web et voici Paschic ! Nous veillons désormais sur vous ! »
Le trio s’installe à une terrasse de café, où la femme paraît plus rassurée ! Elle en vient bientôt à raconter son histoire… « Il y a quelques années, j’étais une star incontestée du cinéma ! J’étais une vraie bombe, pour parler crûment ! Encore très jeune, je rayonnais de toute ma beauté et on s’arrachait mes photos ! Le moindre cliché me représentant un peu dénudé mettait en émoi la planète masculine !
_ Je vous crois sur parole ! dit Web.
_ Oui, j’étais au sommet ! Mais un jour…, un jour il est venu ! Oh ! Au début, ce n’était presque rien ! D’ailleurs je le cachais avec un peu de poudre ! Et pourtant, il revenait… et à chaque fois, il était un peu plus marqué !
_ Vous parlez de votre cœur ?
_ Oui, enfin non ! A l’époque, je ne savais pas que c’était lui ! Ce que je voyais, c’était un pli…, un pli amer, comme si un hameçon avait été coincé derrière ma joue !
_ Je vois…
_ J’en doute, car plus je regardais ce pli et plus je le voyais sournois, méprisant, quasiment égoïste ! C’était une véritable catastrophe !
_ Alors là, je ne comprends pas !
_ Mais…, mais je n’étais plus cette créature supérieure, totalement lumineuse, supraterrestre, presque divine !
_ Oh !
_ J’étais rattrapée par ma petitesse, vous comprenez ? Mon véritable caractère affleurait ! Le pli disait à tout le monde : « Regardez, elle n’est pas la déesse que vous croyez ! Elle aussi est mesquine ! »
_ Mais vous devez avoir aussi de bons sentiments ! Ceux-là aussi devaient être visibles !
_ Mais je ne les voyais pas ! La seule chose qui perçait, c’était ce pli moqueur ! Oh ! J’aurais tout fait pour l’effacer !
_ Et vous avez effectivement tout fait...
_ Hélas ! J’ai eu recours à la chirurgie esthétique… C’est une catastrophe, je sais, mais au moins on ne voit plus le pli !
_ Non, on en voit des dizaines… »
A cet instant, la femme sursaute, car un homme élégant vient de lui saisir le bras ! « Mais enfin où étais-tu ? dit-il. Je t’ai cherchée partout !
_ Monsieur, veuillez laisser cette femme tranquille ! intervient Web. Sinon…
_ Sinon quoi ? Je suis son cœur, ses sentiments ! Si je ne lui plais pas, elle n’a qu’à changer de comportement ! »
Devant tant de justesse, Web se calme et la femme s’alarme ! « Mais enfin ! crie-t-elle. Vous n’allez pas le laisser m’emmener ?
_ Vous l’avez entendu ! répond Web. La solution est en vous ! Le pli, vous auriez pu le faire disparaître en vous acceptant !
_ Bande de médiocres ! Pourquoi vous ai-je parlé ? Vous ne savez pas ce qu’est le pouvoir ! »
12
Paschic et Web s’en vont songeurs… Un type leur coupe la route, en tenant une enseigne qui semble n’avoir pas de fin ! C’est pour une entreprise de nettoyage, lit le duo, qui ne bouge toujours pas, car l’enseigne continue de défiler !
Enfin, le gars qui en porte l’autre extrémité apparaît, ce qui fait estimer l’enseigne à une cinquantaine de mètres ! « Pas facile pour manœuvrer ! fait laconique Web.
_ Non, mais c’est un bon moyen pour calmer sa peur !
_ Vous croyez ?
_ Plus on occupe l’espace et plus on le fait sien, ce qui diminue la peur ! En fait, le principe est toujours le même, plus on a peur et plus on étend sa domination !
_ Moi-même, je vais finir par piger !
_ Vous voyez cette femme là-bas ? Elle attire nos regard sur ses fesses ! C’est la manière générale des femmes pour diminuer leur peur…
_ Vous voulez dire qu’elles rappellent qu’elles tiennent les rênes du plaisir !
_ Exactement ! Cela peut paraître une offrande, mais la femme ainsi réaffirme sa domination, car le sexe, la séduction est son terrain ! Maintenant, regardez l’homme qui arrive vers nous…
_ Je rêve ou il gonfle son gourdin !
_ Vous ne rêvez pas, il concentre les regards sur son paquet de devant ! Ici, la domination est plus claire ! C’est celle de la virilité, du mâle ; le membre représentant la force ! Et pourtant, ces deux attitudes sont une forme de faiblesse, car elles révèlent la peur ! Là où il y a de la domination, il y a forcément de la peur !
_ On gagne beaucoup à vous avoir pour guide ! Mais vous voulez dire aussi qu’il y a une autre solution à la peur que la domination !
_ Oui !
_ Et c’est laquelle ?
_ Ne plus avoir peur tout simplement !
_ Tout simplement ! »
Un Dom va les croiser sur le trottoir et Web se met un peu derrière Paschic, pour lui laisser le passage, mais le Dom s’empresse de descendre du trottoir, comme si le petit effort de Web avait été vain ! « Ce que vient de faire ce Dom n’est pas innocent ! dit Paschic.
_ C’est curieux, oui, il a bien vu ma prévenance…
_ Mais il a préféré nous éviter comme si nous étions un obstacle ! Or, c’était bien son but : nous faire sentir combien nous sommes gênants !
_ Vous ne croyez pas que vous exagérez ! Il a très bien pu au fond vouloir ne pas nous déranger…
_ Vous seriez étonné, Web, des milles manières des Doms pour faire sentir leur domination ! Il faut se rappeler que rien n’est normal ! qu’aucun Dom n’a de solutions réelles pour vivre ! que tout ce qui se joue autour de nous n’est qu’une construction ! qu’une réaction à la peur ! Le tissu de la société n’est qu’une apparence !
_ Tout de même... »
A cet instant, un Dom, qui les croise, descend ostensiblement du trottoir, en s’excusant ! On dirait qu’il est confus, comme s’il avait manqué à tous ses devoirs ! Web ne peut s’empêcher de lui sourire et le Dom passe… « Voyez-vous, Web, reprend Paschic, même une politesse exagérée peut être une source de domination !
_ Hein ?
_ Que voulait ce Dom ? Attirer notre attention ! Prendre vie à nos yeux, ce qu’il a parfaitement réussi avec vous !
_ Mais…, mais je ne pouvais pas rester de marbre !
_ Méfiez-vous, car on vous prend pour un idiot ! Et vous encouragez encore la domination, or, elle n’est pas la solution !
_ Mais, mais vous n’êtes pas humain !
_ C’est la domination qui n’est pas humaine, mais animale ! C’est elle qui fait des ravages et qui est à combattre !
_ Mais comment ?
_ En n’ayant plus peur tout simplement !
_ Tout simplement ! »
13
Le duo continue son chemin dans le Cube, quand une vieille dame lui crie : « Halte ! Contrôle !
_ Hein ? Contrôle de quoi ? fait Web.
_ Je suis la gardienne des bonnes mœurs ! Je vérifie notamment que vous êtes habillés correctement !
_ Mais au nom de quelle autorité agissez-vous ?
_ La mienne ! Mais dites-moi, mes lascars, c’est tout sauf brillant !
_ Hein ? Qu’est-ce qu’il y a redire ?
_ Il y a à redire que vos chaussures ne sont pas bien cirées ! Et puis d’abord, qu’est-ce que c’est ces chaussures de clown ?
_ Mais, mais ce sont mes chaussures habituelles ! réplique Web.
_ Les habitudes, il faut en changer, quand elles sont mauvaises ! Z’avez été élevé dans un cirque ?
_ Mais, mais je ne vous permets pas !
_ Non ? Et qu’est-ce que tu vas faire, tête de lard ? »
Web regarde la petite vieille qui ressemble à un lézard haineux, et il recule : sait-on jamais, l’animal pourrait avoir une morsure empoisonnée ! « Allez dégagez, les caves ! enchaîne la vieille. J’ai bien d’autres choses à faire ! »
Le duo ne se fait pas prier et s’éloigne, mais un peu plus loin, c’est une jeune fille qui leur jette : « Halte ! Contrôle !
_ Hein ? Contrôle de quoi ? fait Web.
_ Je suis la gardienne de la mode ! Je vérifie si vous êtes tout de même à la page !
_ Mais par quelle autorité…
_ Oh ! Là ! Là ! Les nazes ! Qu’est-ce que c’est ces tenues ridicules ? Vous vous êtes trompés de siècle ou quoi ?
_ Mais je ne vous permets pas…
_ Tu permets pas quoi, papa ? Mon dieu, vous êtes le duo de la honte ! Allez, vous porterez désormais le badge Ringard !
_ Certainement pas !
_ Eh ! Les copines, venez voir les deux dindons ! »
Plutôt que d’être ridiculisés davantage, les deux amis s’éclipsent, mais ils n’ont pas fini de tourner dans une rue qu’un petit vieux leur fait : « Halte ! Contrôle !
_ C’est pas vrai ! Encore !
_ Allez, je veux tout voir !
_ Tout voir quoi ?
_ Tous les bulletins de salaires, les cotisations, les déclarations d’impôts !
_ Mais…
_ Pour vous prouver ma bonne foi, voici mon dossier complet ! Tous les chiffres, toutes les années y sont ! Y a pas une erreur ! J’en exige autant de vous ! C’est la moindre des choses !
_ Mais c’est que le dossier est épais… Nous n’avons pas le temps de l’examiner…
_ Le seul reproche qu’on peut me faire à la rigueur, c’est en 56, lorsque ma femme a voulu aider son beau-frère… Il y a peut-être des dons qui n’ont pas été déclarés !
_ Eh ! Eh ! Vous avez l’air de prendre ça à la légère !
_ Ma femme à l’époque avait un cancer… Ceci explique cela…
_ Bref, vous vous excusez…
_ Mais, mais je n’ai encore rien vu venant de chez vous ! Or, il paraît évident que vous n’êtes pas en règle !
_ Ah bon ? Et à quoi voyez-vous ça ?
_ Mais à vos mines d’ahuris ! On voit tout de suite la mentalité de l’assisté, de l’allocataire ! J’ai pas raison…
_ A vrai dire, mon camarade est malade mentalement !
_ Ah ! Ah ! La belle excuse ! La vis, il faut serrer la vis ! Si tout le monde est en règle, ça pourra fonctionner ! Pas autrement !
_ En fait, j’aimerais vous proposer un deal… J’excuse le cancer de votre femme, si vous pardonnez la maladie mentale de mon collègue ! Mansuétude contre mansuétude ! Qu’en pensez vous ?
_ J’en pense que j’ai mis la main sur un gros nids de frelons ! J’ai toujours eu le nez pour les fainéants et les fraudeurs !
_ Bon, ben, nous on y va !
_ Vous n’irez pas loin ! Mes amis du fisc vont adorer ça ! »
14
Paschic et Web échappent à tout ce beau monde et croit avoir trouvé la tranquillité, mais c’est une illusion ! Plus loin, des drapeaux sont levés, au-dessus d’un mouvement de masse ! Il y a là comme une ébullition, mais à quel sujet ? Paschic et Web approchent quelques manifestants et les interrogent : « Qu’est-ce qui s’ passe ? fait Web.
_ Y d’mande c’ qui s’ passe ! lui répond hilare un Dom bedonnant et qui porte un drapeau rouge.
_ Comment ? Vous n’êtes pas au courant ? ajoute un Dom plus jeune à côté et qui tient, lui, un drapeau noir.
_ Au courant d’ quoi ?
_ Mais, mais des moustiques géants sont nés de la Chose… et ils vont attaquer le Cube ! répond le jeune Dom.
_ Il paraît qu’ils empalent même des femmes et des enfants ! renchérit laconiquement le Dom bedonnant.
_ Ah bon ? Et vous luttez en manifestant ?
_ Pardi ! La faiblesse du gouvernement est évidente ! Ils sont tous corrompus ! éclate le jeune.
_ C’est vrai, ça ! approuve l’autre. Ils écrasent le pauvre, le peuple ! C’est une caste de riches, incapables de faire face au danger !
_ Nous c’ qu’on veut, c’est de la vertu, des mœurs saines ! Nous voulons la protection d’un chef, un ordre nouveau !
_ C’est là où nous différons ! coupe le Dom ventru. Ce n’est pas seulement un chef qui doit commander, mais un parti ! Toutefois, il sera fort et dirigera tout le pays !
_ Sans opposition ? demande Web.
_ Oui, c’est là ce qui affaiblit le pays et le corrompt !
_ Donc, vous êtes tous les deux pour un régime autoritaire !
_ La situation l’exige !
_ Le danger est imminent !
_ Finis les débats sans fin de l’Assemblée !
_ Le parti sera un juge efficace !
_ En fait, vous avez la trouille tous les deux ! coupe Paschic.
_ Non, on n’a pas la trouille !
_ Ah ! Ah ! Le mec qui dit qu’on a la trouille !
_ Mais si, vous avez la trouille et c’est pour ça que vous voulez être commandés !
_ Nan ! On veut plus d’une république corrompue, c’est tout !
_ On veut que les camarades mettent fin aux privilèges ! Pour les travailleurs !
_ Foutaises ! Vous voulez du mâle alpha… ou d’une nouvelle maman !
_ Oh ! Oh ! Je sens que j’ vais cogner !
_ C’est vrai ça ! Qui t’es d’abord ?
_ J’ suis un passant pas chic !
_ Eh bien, passe ton ch’min, le pas chic !
_ C’est ça, barre-toi, toi et ton pote !
_ Remarquez, reprend indifférent Paschic, votre réaction est normale… Je veux dire qu’elle est comme celle des animaux, qui se rangent derrière les plus forts pour être protégés !
_ Sauf qu’on n’est pas des animaux !
_ Ah bon ? Les animaux rejettent la différence et c’est bien ce que vous faites !
_ On veut être plus efficaces, c’est tout !
_ Mais vous êtes prêts à vous priver de votre liberté, parce que vous avez peur !
_ Mais on n’a pas peur ! Combien de fois il faudra t’ le dire !
_ On veut plus de justice sociale, c’est pas compliqué !
_ Disons plutôt que vous n’avez rien dans le pantalon ! La différence apparaît et vous courez avec vos drapeaux, demander maman !
_ Maintenant, ça suffit ! Vous ne savez rien de notre idéal ! Notre futur chef vous écrasera !
_ Rectification ! Le parti vous fera fusiller !
_ Mon Dieu, et tout ça par peur !
_ Et les gars, faut leur botter le cul !
_ Ouais, y a des têtes à claques par ici ! »
_ Bande de trouillards ! » crie Paschic de loin, tandis que Web leur tire la langue