Paschic sent le printemps (19-22)
- Le 28/03/2026

"Monte te coucher bébé, j' te rejoins..."
Razzia sur la chnouf
19
Le duo retrouve le Cube, car on n’échappe pas au Cube, puisqu’il envahit de plus en plus la Chose ! Mais Paschic et Web découvrent une agitation particulière, car la ville est en pleine campagne électorale ! Les panneaux d’affichage trahissent une rude bataille, car on y voit des portraits déchirés, maculés ou bien qui viennent en recouvrir d’autres ! L’étal d’un vendeur de légumes se trouve non loin d’une de ces zones et c’est naturellement que Paschic essaie de mesurer l’ambiance ! Il demande au vendeur : « Alors, c’est les élections ! Vous suivez un peu ça ? »
Le vendeur ressemble à un moine hébété ! Il fait penser à ces religieux négligés du Moyen Age, et ce qui prédomine chez lui, au-delà de sa négligence, c’est sa sensualité, sa gourmandise ! « Ah ! Ah ! rigole-t-il, avec une peau rouge. Y a belle lurette que je ne m’intéresse plus à la politique ! J’ai lâché ! Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, ça me passe au-dessus ! Ah ! Ah ! » L’homme montre une véritable satisfaction pour sa personne et Paschic ne peut pas lui demander plus !
Soudain, il dit : « Excusez-moi, mais faut qu’ je boive ! La chaleur, vous comprenez ! » Paschic acquiesce, même s’il fait froid, et le vendeur porte à ses lèvres un litre de vin rouge, qu’il boit goulûment et longuement ! « Ah ! C’est bon par où ça passe ! rajoute-t-il. Bon, qu’est-ce que je vais vous servir ?
_ Rien, merci… je voulais juste me mettre un peu au courant, au sujet des élections !
_ Pas d’ problèmes ! »
Paschic et Web s’éloignent, mais bientôt ils sont abordés par un candidat en campagne ! Celui-ci, accompagné par son équipe, serre des mains à tout va ! Paschic et Web prennent le pli et se mettent eux aussi à serrer des mains, en souriant à l’un ou l’autre ! Mais bientôt, cela n’en finit plus ! On entend encore des « Bonjour, ça va ? », mais les mains ne se comptent plus, ni les visages ! Que se passe-t-il ? Paschic en ressent de la gêne et regarde Web, qui lui aussi a l’air dépassé ! Ce n’est pas normal et on a l’impression d’entrer dans une nouvelle dimension !
C’est un piège du Cube ou des Doms ! Il faut parler, échanger, ne pas s’arrêter ! C’est très curieux, car Paschic ne se rappelle même plus comment il s’appelle ! Mais quelle importance, car un sentiment de sécurité vient l’envahir ! Qui est-il ? Ou plutôt qui était-il ? Comment vivait-il ? N’a-t-il pas rêvé jusqu’ici ? Ne sort-il pas d’un cauchemar, dominé par sa solitude ? Ça y est ! Il fait partie du Cube ! Il est devenu un citoyen actif ! équilibré ! Il est un nouveau gagnant, sur la place publique !
Il cause, cause, fait valoir son avis, en écoute d’autres, les contredit ou les approuve ! Des femmes lui apportent leur présence chaleureuse ! C’est une sorte d’ivresse, qui est brutalement interrompu ! Un coup de feu vient de retentir ! Comment est-ce possible ? Pourtant, l’homme qui fait face à Paschic montre maintenant un visage tordu par la souffrance et du sang s’écoule sous sa main, plaquée contre son cœur ! Paschic veut lui porter secours, mais il tombe si lourdement qu’il échappe à toute étreinte !
On vient de déchirer le « voile » du Cube ! son tissu de liens, qui apparemment n’est qu’un aveuglement, puisque la haine y surgit tel un élément étranger ! Paschic se réveille et voit des gens plus compétents s’occuper du blessé ! Mais autour, c’est la panique, comme si le Cube n’était qu’un rêve, anéanti par la réalité ! La police, cependant, arrive rapidement et on entend de nouveau tirs ! Puis, quelqu’un crie que le meurtrier est mort !
C’est fini ! Malgré les sirènes et les pleurs, on s’apaise progressivement ! C’est l’incompréhension, le choc qui se lisent sur les visages, alors que la haine est partout présente dans le Cube, chaque jour ! Certes, elle ne prend qu’exceptionnellement les armes, mais tous ces gens ont l’air de la découvrir seulement maintenant ! Et dire que Paschic, un moment, s’est cru de retour à l’adolescence, comme quand on est amoureux et que seuls comptent ses propres sentiments ! Comme alors on peut être heureux ! Mais n’est-ce pas une illusion due au sens ? On ne connaît à cette période rien de la vie et on croit qu’on peut passer outre l’égoïsme ou la domination, qu’on ne discerne à peine !
La connaissance rend-elle amer ? Regrette-t-on un printemps qu’on enjolive ? Paschic apprécie sa lucidité, quand il regarde tous ces Doms perdus, hagards ! Leur bulle est détruite ! Ils ont vieilli d’un coup ! Ils ne reconnaissent même pas la haine qu’ils distillent au quotidien, tout en restant dans les limites de la loi ! C’est la même haine qui vient de les frapper ! Ils accusent on ne sait quel monstre, quel groupuscule ! Ils sont encore plus égarés qu’avant ! Ils crient même vengeance, contre eux-mêmes ?
20
Paschic et Web ne restent pas plus longtemps et les voilà contraints d’emprunter un passage souterrain! C’est un vaste escalier sale qu’il faut emprunter ! Il paraît même interminable, mais il aboutit finalement dans un lieu sombre, à peine éclairé par quelques lumières discrètes ! Il y flotte cependant une odeur de café qui n’est pas désagréable ! « Ça a tout l’air d’un bar ! » fait Web et effectivement, en face d’un imposant comptoir, des tables en bois sont dispersés, avec leurs clients !
Pourtant, on perçoit aussi un relent de graisse poisseuse et somme toute l’air n’y est pas très sain ! Mais les clients sont à la page, car la plupart sont plongés dans leur ordi, quitte à avoir le visage tout bleu ! Ils ne se déplacent guère, rivés à leurs écrans et leurs corps en semblent même déformés, comme s’ils avaient perdu leurs membres, jugés inutiles !
Soudain, il y a un incident : le patron du bar s’en prend à un jeune consommateur ! « Alors, t’as pas d’ quoi payer ton café ?
_ Non, je suis désolé ! J’attendais un copain...
_ Un copain ? Il est où ton copain ?
_ Justement, il devait v’nir…
_ Taratata ! Si tu paies pas ton café ! On te renvoie à surface !
_ Non, vous ne pouvez pas faire ça !
_ Mais si, on va l’ faire ! »
Le patron siffle et deux types à la carrure imposante accourent ! Le gamin renverse sa chaise et cherche à s’enfuir, mais il est rapidement coincé et saisi ! « Non, pas la surface ! Par pitié ! crie-t-il.
_ T’as pas d’ quoi payer, allez ouste dans l’ascenseur ! répond le patron. Jetez-moi ça à l’air libre, les gars ! »
Le gamin supplie encore, mais il est emmené de force vers la porte d’un ascenseur. « Ah ! Ah ! fait le patron, le pauvr’ petit ! Dès qu’il reverra le soleil, il n’y résistera pas !
_ Qu’est-ce que vous voulez dire ? demande Web qui s’est rapproché.
_ N’êtes pas d’ici, pas vrai ? ajoute le patron. N’êtes pas des Cérébraux !
_ Des Cérébraux !
_ Ouais, des Têtes bleues, si vous préférez ! On les appelle comme ça, parce que leur tête devient bleue, à force d’être devant l’écran !
_ Mais qu’est-ce qu’ils cherchent comme ça ?
_ Pfff ! Que voulez-vous qu’ils cherchent comme ça, sinon eux-mêmes ! Ils sont accros à leur image ! tellement qu’ils ne supportent plus la lumière du jour !
_ Mais n’est-ce pas de leur âge ?
_ Monsieur est psychologue, j’ présume ! En tout cas, l’ gamin là-haut, il doit danser !
_ Qu’est-ce je dois imaginer ?
_ Bah, vous connaissez la légende sur les vampires, comme quoi ils seraient anéantis par l’ soleil ! Ici, c’est pareil ! C’est un vrai déchirement, quand ils s’ retrouvent dehors ! C’est comme si on leur arrachait la peau !
_ Mais vous vivez d’ ces gosses !
_ Exact ! Et c’est pour ça qu’on doit m’ payer ! Maintenant, messieurs, j’ai du boulot...
_ Vous avez remarqué, Web, coupe Paschic, comme tous ces jeunes ont soif ! Ils attendent tous quelque chose, des réponses, mais ils cherchent dans la mauvaise direction !
_ Possible ! Et c’est quoi la bonne direction ?
_ Eh bien, c’est pas notre ego évidemment, c’est pas notre petite personne ! Mais, comme vous l’avez dit vous-même, c’est de leur âge !
_ Oui, ils ne savent pas qui ils sont et ils sont donc avides de compliments, d’intérêts pour eux-mêmes !
_ Bien sûr, mais la réponse se trouve pourtant à l’extérieur, dans plus grand que nous ! Ils devraient s’ouvrir au soleil et chanter le monde, en même temps que les animaux et les fleurs ! C’est une partie essentielle de nous-mêmes! Notre ego tout seul n’est qu’une plante dans l’ noir !
_ Ils en sont à des années-lumière ! Sans doute dégoûtés par le Cube, ils se réfugient ici !
_ Et ils s’atrophient ! Venez, Web, rejoignons la surface, avant d’étouffer et de devenir ridicules ! »
Les deux amis font demi-tour et prennent d’emblée une dimension plus grande, car l’air de l’extérieur les habite déjà, ce qui leur vaut au passage quelques regards de haine ! Ce sont ceux des prisonniers de l’ombre, qui ne veulent pas être libres !
21
De nouveau à l’air libre, Web laisse éclater son mécontentement : « Les Cérébraux ou Têtes bleues ! Les Scrolls ! J’en ai par-dessus la tête de tous ces machins ! Ouf ! On respire mieux à l’air libre !
_ Revenons au faits… Pendant des milliers d’années, nous avons lutté pour construire les nations… Nous avons fait la guerre, pour étendre ou préserver les territoires et il s’agissait essentiellement d’une domination physique ! Aujourd’hui, tout conflit armé conduit à une catastrophe, d’abord sur le plan économique et ce n’est donc plus la bonne réponse ! La domination psychique a pris le pas sur la domination physique, pour assurer notre développement ! Cela veut dire que nous nous comportons entre nous comme les pays ou les empires se sont jusqu’ici comportés !
_ Attendez… Mépris pour les plus faibles, voir leur écrasement !
_ Oui, vaincre l’ennemi à la guerre, envahir son territoire donnaient le sentiment de la puissance, rendaient fier le pays attaquant ! En plus, cela lui donnait des ressources, des populations esclaves…
_ Mais on ne peut pas vivre la même histoire ! On peut pas semer la haine et le mépris, sans en payer les conséquences !
_ Non et c’est pourquoi nous devons explorer le nouveau territoire psychique, comme nous sommes partis à la découverte du monde physique ! La question étant : « Comment se développer et même se sentir dominant, sans piétiner l’autre, mais en le respectant et en l’aimant ?
_ Nous voilà explorateurs maintenant !
_ Oui, d’un univers apparemment invisible !
_ Ce qui facilite notre tâche ! »
Les deux amis croisent un Dom qui en train de scier un arbre ! « Il était malade ? demande Web.
_ Non, non, j’en avais marre de l’élaguer chaque année ! C’est vite envahissant et ça cache la lumière !
_ Et les oiseaux ? coupe Paschic.
_ Quoi ? Les oiseaux ?
_ Mais les arbres sont leur habitat et aussi leur garde-manger !
_ J’avoue que je n’ai pas pensé aux oiseaux !
_ Non et pourtant nous constatons leur disparition, qui est essentiellement due au manque d’arbres !
_ Qui vous êtes ? Des écolos ?
_ Peut-être un peu plus, car savez-vous ce qui est en jeu au fond ? Quand il n’y aura plus d’oiseaux, nous serons davantage entre nous et nous pourrons de moins en moins nous supporter !
_ Je vois pas…
_ Non ? Mais déjà élaguer cet arbre vous pesait ! O combien alors la différence chez les autres doit vous heurter ! Les oiseaux et la Chose nous aident à vivre ensemble, à nous donner de l’air, par rapport au voisin !
_ Dites, c’est beaucoup pour un arbre coupé, vous trouvez pas ? »
Paschic hausse les épaules et s’éloigne, accompagné par Web… « Mettons ça à la sauce psychique, voulez-vous ? dit-il à son ami. Moins il y a de nature et plus les territoires psychiques sont en contact...
_ Ce n’est pas seulement une question de l’épuisement des ressources ou de la survie d’une espèce…
_ Non, car plus les territoires psychiques sont proches et plus ils ne vivent que pour eux-mêmes ! Ils ont alors besoin de toute leur domination, ce qui fait qu’ils méprisent le territoire voisin et sont prêts à le détruire, s’il constitue un obstacle !
_ Le Cube tout seul est condamné à la violence…
_ Il est donc absolument nécessaire que la Chose reste visible dans le Cube, notamment par les oiseaux, les arbres ou les nuages ! Car c’est encore la beauté de la nature qui peut nous permettre de ne plus avoir recours à la domination ! Elle est là l’exploration, l’aventure d’aujourd’hui !
_ Le risque !
_ Exactement ! Les vaisseaux, les caravanes d’autrefois sont désormais psychiques ! Et elles ont comme but, la beauté !
_ En route, mauvaise troupe ! »
22
Très vite, Paschic reprend la discussion : « Mais est-ce qu’on peut admirer la nature, tout en restant connecté ? Pouvez-vous répondre à cette question, docteur Web, vous qui êtes le grand spécialiste de la connexion ?
_ Cela me paraît difficile, voire impossible, si la connexion est comme un cordon ombilical, destiné à nourrir l’ego !
_ N’est-ce pas au fond une question de force ? J’avais un vieux pull sale dans le temps, dont je ne parvenais pas à me débarrasser ! Il était comme une seconde peau ! Le jour, où ma mère, la Machine, l’a jeté à la poubelle, ça a été un véritable drame !
_ J’avoue que je ne vois pas le rapport...
_ Pourquoi croyez-vous que les jeunes garçons ont du mal à s’ mouiller l’ matin, pour faire leur toilette ?
_ Euh… Je perds le fil…
_ Mais vous le dites vous-même, la connexion peut servir de cordon ombilical pour l’ego ! Il est sûr que le monde extérieur peut apparaître hostile et froid… et on peut vouloir ne pas l’affronter en gardant son vieux pull ou sa chaleur, en évitant la toilette !
_ Et on peut rester aussi dans sa bulle de connections, comme dans un cocon !
_ Voilà ! On reste dans un monde où l’ego et la domination restent au centre !
_ On reste dans le Cube, tout en ignorant la Chose !
_ Parce que se mettre debout sur ses deux jambes, c’est difficile !
_ On refuse l’exploration psychique !
_ Tellement que l’on devient violent quand on en vient à être contrarié ! Ceci est aussi valable pour les partis politiques extrêmes, qui ont leurs ennemis et qui ne cherchent pas à comprendre les hommes !
_ Cet état quasi « fœtal » entraîne une dépendance à la connexion, qui a la puissance d’une drogue !
_ On arrive aux mutants qui sont incapables d’arrêter de dominer !
_ Je crois que nous avons répondu à votre question…
_ Oui, il est sans doute impossible d’admirer la nature, tout en restant connecté ! Déjà, il faut accepter le temps de la Chose !
_ Déjà !
_ Or, c’est un temps qui n’est évidemment pas le nôtre ! Si notre ego est souffrant ou effrayé, ce n’est pas la nature qui a priori va nous parler et nous rassurer ! La première impression qu’elle donne, c’est qu’elle est indifférente et vide !
_ Ce qui n’est pas le cas…
_ Non, nous venons de la nature et elle ne nous est donc pas étrangère ! Au contraire, ce que nous sommes doit trouver un écho en elle ! Nous sommes comme les animaux, nous devons nous nourrir et nous reproduire, ce qui, comme nous l’avons dit, conduit à défendre notre territoire psychique ! Mais justement, en allant dans cette direction, nous constatons que la beauté existe !
_ Le travail de la patience commence...
_ Oui, c’est un travail de maturation… On interroge quelque chose de plus vaste que soi…
_ Ce qui demande à mettre en veilleuse les connexions !
_ Oui, plus on se débarrasse de son ego et plus on s’apprête à reconnaître l’autre comme une réalité ! On devient quelqu’un de doux !
_ Et tout ça par la beauté ?
_ Oui, elle en a beaucoup à dire ! Elle chante d’abord l’infini, ce qui est une nouveauté !
_ Celui qui reste connecté, ou qui garde son vieux pull, ou qui refuse de l’eau sous ses aisselles, celui-là n’en profite pas !
_ Non, il continue à vouloir nourrir son ego coûte que coûte !
_ Il reste aveugle, égoïste et violent !
_ Triste fin ! »