Paschic sent le printemps (1-3)

  • Le 21/02/2026

R121

 

               "Cela vous chatouille ou vous gratouille?"

                                                  Knock

 

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     Par un couloir numérique, le trio formé par Paschic, le docteur Web et l’elfe, débouche dans un terrain vague du Cube ! C’est une zone d’apparence anodine, entre deux lotissements! Sans doute voyait-on là auparavant des champs ondoyer sous le vaste ciel… « Bon, eh bien, moi, le Club dix moins quarante m’a donné envie de m’ébattre au grand air ! s’écrie l’elfe, qui marche devant. Soudain, il y a une explosion et le corps de l’elfe gît maintenant au sol, ensanglanté, muet !

« Bon sang ! fait Web. Qu’est-ce qui s’est passé ? Eh, l’elfe, réponds-moi ! Est-ce que ça va ?

_ On est en plein dans un champ de Doms mines ! répond Paschic. Ne bougez plus Web !

_ Des Doms mines ? Mais l’elfe…

_ J’ai bien peur qu’on ne puisse plus rien pour lui… De toute façon, faut sortir d’ici !

_ Ah ouais ? Et comment ?

_ Il faut déjà repérer la mine… Elle a la forme d’un visage sur le sol…

_ C’est pas vrai ?

_ Si, regardez bien devant vous et avancez, tant que vous ne voyez pas de visages !

_ Bon sang ! Y en a un juste devant moi ! Qu’est-ce que je dois faire ?

_ Comme vous le savez, les Doms ont besoin de leur domination… Cela implique que vous leur accordiez de l’attention, pour qu’ils se sentent importants !

_ Et si j’en ai pas envie ?

_ Alors ils vous explosent à la figure !

_ C’est ce qui est arrivé au pauvre elfe ?

_ Exactement !

_ Mais il ne faisait que vivre sa vie ! Il ne pensait pas aux Doms !

_ Et c’est une chose qu’ils ne permettent pas ! C’est vital pour eux ! Sinon le vide cosmique les menace et…

_ Ça va, ça va, j’ai compris ! Mais concrètement, ça donne quoi ?

_ Souriez au Dom, montrez que vous l’avez repéré, qu’il compte pour vous…

_ Seigneur !

_ Mais, attention, n’en devenez pas esclave ! Contrôlez votre attention ! Vous la donnez pour ne pas froisser, mais vous la reprenez parce qu’il faut tout de même que la vie continue ! Faites appel implicitement à la raison du Dom ! Conservez-le dans le doute, quant à sa valeur ! Qu’il y réfléchisse, ça l’occupera !

_ J’ai juste envie de lui rentrer d’ dans !

_ Observez-moi, avec l’habitude, ce n’est qu’une formalité ! On donne un peu et on passe ! Hop ! Hop ! »

Web voit Paschic progresser sur le champ et il en prend son parti ! Il se tourne vers le Dom mine et lui dit : « Eh ! Eh ! J’ vous vois ! Bien sûr, vous êtes un sacré visage ! On en fait peu des comme ça ! Euh...

_ Ne vous enferrez pas ! lui crie Paschic déjà loin. Sachez être souple ! Parfois un simple coup d’œil suffit !

_ Ouais, mais c’est que j’ai la trouille, moi ! Faudrait pas qu’elle explose, celle belle tête-là ! Allez, Web, un pas, on avance ! Ouf, j’ suis passé ! J’ suis passé, Ah ! Ah ! Mince, en voilà une autre ! Bon, ben, c’est clair, vous êtes jolie intéressante, mais le cours du temps ne s’arrête pas ! Chacun a des choses à faire !

_ C’est bon, Web ! Vous prenez le coup !

_ Eh ! Eh ! J’ suis pas plus bête qu’un autre ! Et hop ! Bon sang, y en a partout ! Eh, Paschic ! Elles sont des centaines ! J’ vais pas pouvoir tenir ! On est foutu !

_ Dans ce cas, y a certains trucs…

_ Des trucs… Quoi par exemple ?

_ J’ peux pas, Web, c’est pour les initiés !

_ Bon sang, Paschic, vous rigolez ? On est au milieu du champ et vous me parlez de gnose ?

_ Ah ! Ah ! Très bien, Web, fermez les yeux…

_ C’est ça vot’ truc ? Faire un pas en avant, les yeux fermés, pour que la mort soit comme un dernier sommeil ?

_ Non, quand la pression est trop forte, il est bon de revenir à la Chose ! Considérez les branches des arbres, Web… Avez-vous déjà remarqué comme elles ressemblent à des flammes, comme elles ont l’air de danser dans l’espace, ainsi que la nature serait animée d’une force rêveuse, pleine de musique ?

_ C’est la première fois qu’on me parle comme ça !

_ Concentrez-vous là-dessus… Les mines ne pourront plus vous atteindre ! »

                                                                                                                       2

     Web et Paschic échappent au champ des Doms mines, mais ils restent attristés par la perte de l’elfe… Cependant, ils marchent vers une cabane en tôle et comme c’est la seule habitation dans le coin, ils s’y intéressent… Mais elle paraît bien misérable, d’autant que le vent fait grincer les bouts rouillés qui dépassent !

Un type maigre en sort, avec une longue barbe : « Tiens des visiteurs ! dit-il. Il y a bien longtemps qu’on ne vient plus par ici ! Mais entrez, j’ai du café... » Paschic et Web pénètrent dans la cabane et sont tout de suite saisis par le froid, qui semble supérieur à celui du dehors ! « Vous ne chauffez pas ? demande Web, étonné.

_ Non, je ne le mérite pas !

_ Ah bon ? Il faut mériter l’ chauffage ?

_ Euh… C’est que je gagne pas beaucoup d’argent… et puis, je suis pas assez important pour ça ! J’ suis pas du show-biz, comme on dit ! Ah ! Ah ! Hem ! Vous m’excuserez, mais je n’ai qu’une seule chaise…

_ On s’assoit chacun à son tour ?

_ Ah ! Ah ! Mais il faut toujours être sur ses gardes ! Imaginez que je doive partir brusquement d’ici… Si j’avais beaucoup de mobilier, je serais bien embêté ! Tandis que là, mon sac et hop !

_ Évidemment, ça se défend… Mais vous ne vous installez pas non plus véritablement… Dites, j’ai petit creux… Vous n’auriez pas quelque chose à grignoter ?

_ J’ai seulement le fond de cette boîte de sardines…

_ Peuh, je voudrais pas paraître impoli, mais y a rien là d’dans !

_ Oui, je sais, mais il ne faut pas s’habituer à manger beaucoup ! Imaginez que je me retrouve vraiment sans un rond… Si j’étais bien dodu, je serais…

_ Bien embêté ! Je commence à comprendre la musique !

_ Oui, il faut se tenir prêt... »

Paschic, qui a trouvé à s’appuyer contre un évier, dit à l’homme : « Il vous ont bien bousillé, pas vrai ?

_ Hein ?

_ Les Doms… Ils vous ont piétiné, méprisé jusqu’au tréfonds ! Ils vous ont détruit de sorte que vous n’avez plus vraiment conscience de vous-même ! Vous vous trouvez détestable et quand vous éprouvez du plaisir, vous vous sentez un imposteur ! »

L’homme se met à pleurer, alors qu’un grand courant d’air passe dans la pièce : c’est la pluie qui recommence à tomber ! On n’entend plus qu’elle et les sanglots de l’homme, qui murmure : « Ah ! Les salauds ! Ah ! Les fumiers ! »

Paschic regarde au loin, vers ses souvenirs et reprend : « Le problème, c’est qu’on ne peut pas vous faire justice ! Les Doms ne le veulent pas, tellement ils sont coincés dans leurs propres turpitudes !

_ J’ai essayé pourtant ! crie l’homme. J’ai essayé de leur expliquer là où il m’avait fait mal, quels étaient leurs torts ! Ils m’ont ri au nez ! Il m’ont chassé de toute leur haine !

_ Vous leur faites peur ! Vous êtes différent d’eux ! La preuve, vous n’avez pas voulu les détruire ! Vous avez préféré vous accuser vous-même !

_ Et regardez ce que ça m’a apporté ! Je vis ici comme un demi-fou, pendant qu’eux se pavanent ! Ils roulent sur l’or et sont heureux !

_ Au fond de vous, vous savez que ce n’est pas vrai ! Comme si vous vouliez être comme eux ! Ils sont misérables, et vous le savez ! Ce qu’il faut, c’est reprendre confiance en vous ! Ne plus avoir peur !

_ Facile à dire !

_ Vous voyez cet arbuste dehors… De nouvelles feuilles sont en train de lui pousser… Le printemps lui redonne une nouvelle force, mais il n’y a pas qu’à lui ! C’est toute la nature qui en bénéficie, y compris nous, les êtres humains ! C’est l’occasion d’un nouveau départ qui se présente ! Nous ne sommes pas abandonnés, nous participons aussi à cette grande fête ! »

L’homme ne dit rien et Paschic et Web s’apprêtent à partir : « Reprenez confiance, dit Paschic à l’homme. Soyez patient… Réjouissez-vous de ce qui est humble ! Moquez-vous des Doms ! Refaites un pas dans le risque ! Aimez-vous ! Retrouvez la force de la nature ! Enchantez-vous de sa fantaisie, de sa liberté infinie ! »

                                                                                                                         3

     Web et Paschic continuent leur route, mais bientôt ils tombent sur des jeunes qui les arrêtent : « Halte ! fait l’un d’entre eux. Contrôle !

_ Ah bon ? Contrôle de quoi ? demande Web.

_ Des Violents ! répond un autre jeune. Ils sont parmi nous !

_ Les Violents ? interroge Web.

_ Ouais ! Si on n’y prend pas garde, ils vont faire revenir la violence dans l’ pays !

_ Ouais ! fait un troisième. Comme le montre l’histoire !

_ Alors contrôle, pour savoir si vous êtes pas des Violents !

_ Sinon quoi ? demande Paschic.

_ Pourquoi tu demandes ça ? T’es un Violent ? Si t’es pas un Violent, t’auras pas d’ problèmes !

_ C’est quoi les problèmes ?

_ Eh, chef, y a un Violent par ici ! »

Un type massif arrive, en roulant des épaules : « Qu’est-ce qui s’ passe ? demande-t-il.

_ Ben, y a deux Violents qui veulent passer !

_ Pas bon, ça ! Parce que nous, on est contre les Violents ! C’est not’ mission… et elle est historique !

_ Ouais ! Ouais ! C’est not’ mission !

_ On est aussi contre les riches et les exploiteurs !

_ Ouais ! Ouais !

_ Alors, les Violents, qu’est-ce que vous dites de ça ?

_ Ben..., fait Web.

_ Qu’est-ce qui m’ prouve que vous n’êtes pas vous-mêmes des Violents ? demande subitement Paschic.

_ Ben, parce qu’on n’en est pas !

_ Le bel argument !

_ On n’est pas des Violents, t’entends ?

_ J’entends, j’entends… Mais vous n’êtes pas des Violents, parce que vous êtes contre les Violents, c’est ça ?

_ Exactement !

_ C’est not’ mission historique !

_ Ouais ! Ouais !

_ Nous, on supporte pas les Violents !

_ Mais vous êtes peut-être des Violents, sans l’ savoir ! rajoute Paschic.

_ Hein ?

_ Si vous n’êtes vraiment pas des Violents, vous allez nous laisser passer, mon ami et moi, tranquillement ! Comme ça on sera sûr que vous n’êtes pas des Violents ! »

Chacun se regarde, puis l’un des jeunes éclate en sanglots : « J’ peux pas ! J’ai besoin de leur taper d’ssus ! Bouououh…

_ Apparemment, vous avez un Violent parmi vous… », lâche Web.

Tout le groupe regarde celui qui gémit, mais le chef se reprend : « Et alors ? Il veut taper les Violents ! C’est son devoir !

_ Mais quelle différence entre lui et les Violents ? demande Paschic.

_ Admettez plutôt que vous avez un traître dans vos rangs ! fait Web.

_ Toi, j’ t’ kiffe même pas ! jette le chef. J’aime pas ta sale gueule !

_ Tss, tsss, fait Paschic, vous oubliez vot’ mission historique !

_ Ah ! t’es content l’affreux, hein ! Tu l’as, ta minute de gloire !

_ Je pense que vous vous égarez… Je suis moi-même contre toutes formes d’oppression ! Et je comprends même le Violent, parce qu’il a peur !

_ C’est bien c’ que j’ disais ! T’es un des leurs ! Les gars, on va les tailler en bûchettes !

_ Bon sang, Web, on est tombé sur toute une bande de Violents, maquillés en justiciers sociaux !

_ Eh oui, Paschic, tout fout l’ camp !

_ Un p’tit couloir numérique, avant qu’ ces abrutis nous cognent dessus ?

_ A vos ordres, commandant Paschic !

_ J’ai toujours su que vous faisiez un complexe d’infériorité !

_ Seigneur ! »

Le Cube s’ouvre sur un couloir numérique et nos deux amis disparaissent, à la recherche d’un monde meilleur !

 
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