La Nuit des Doms (87-92)
- Le 14/02/2026

"Que se passe-t-il à 100 %?"
Lucy
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« Eh ! Pssst ! Psst ! Est-ce qu’on est en sécurité ici ? Non parce que moi, j’ai la trouille ! Et y a d’ quoi ! Imaginons, imaginons, je dis bien imaginons, car rien que d’y penser, ça m’ fait frémir ! Mais imaginons qu’avec mon loyer et les traites de ma voiture, mon patron vienne me dire « On a des difficultés économiques et nous allons devoir vous licencier ! » Qu’est-ce que je fais ? Je panique ! Je lui saute à la gorge, en lui criant : « Et ma sécurité, salopard ? »
Excusez-moi… Je me laisse emporter… mais vous voyez que la sécurité, c’est important, c’est même vital ! Moi, c’ que j’ voudrais, c’est que tout soit parfait ! J’ travaille, d’accord, mais en même temps je me développe, j’atteins mon autonomie, je vis selon les règles ! J’ai ma petite amie, on s’embrasse, elle est jolie et je fais les magasins avec elle ! On achète ceci, cela, pour meubler notre intérieur, on invite des amis pour leur montrer combien on les aime et comme nous avons du goût et réussi !
C’est cette vie de magazine que je veux, normale, sans aspérités, avec un contrat social équitable, stable, réconfortant, douillet… Est-ce possible sans sécurité ? Non ! Il faut une sécurité de fer, en béton ! Si je pouvais passer ma vie dans un coffre-fort, je le ferais ! Je ne bougerais plus ! J’écouterais l’or ruisseler… mais attention, j’ suis pas un richard ! J’ viens d’un milieu modeste ! D’ailleurs, je hais le patronat ! J’ veux dire les riches ! Euh, les capitalistes, tout le monde l’aura compris ! Ceux qui sucent le sang de la planète, quoi !
Vous allez m’ dire que ce sont eux qui m’donnent un travail, eh bien non, ils m’exploitent à la vérité, mais ça, je peux pas le dire, sinon j’aurais pas le poste… et pas la sécurité, évidemment et donc pas d’appartement, ni de voiture, ni même sans doute de petite amie ! J’ s’rais tout seul, tout nu dans l’univers !
J’ai d’autres rêves ! J’ voudrais aussi crever le plafond ! créer la surprise ! Mais bon, il faut à la base que ce soit stable ! Hein ? Je pourrais ne pas avoir d’appartements, ni de voiture ? Je pourrais être sur les routes à chercher un sens à la vie ? En étant riche spirituellement, je pourrais être pauvre matériellement et donc je ne craindrais pas pour la sécurité ?
Eh ! Eh ! Oh ! Oh ! Où on va comme ça ? C’est pas écrit pigeon sur ma tête ! Et pendant que moi, j’aurais du courage, le patronat ferait la fête ? Y s’ moqu’rait d’ moi ? Et il aurait raison ! Moi, je veux pas voir le monde extérieur ! La nuit, les questions, l’aventure, c’est pas pour bibi ! J’ cotise dès maintenant, j’ prépare ma retraite ! Sinon plus dure sera la chute ! J’ai pas les moyens d’être croyant ou extravagant ! La foi, c’est bon pour les riches hypocrites !
D’accord, je suis déjà vieux ! J’ peux déjà rien supporter, si on veut ! Vous m’ voyez comme un médiocre, un p ‘tit bourgeois en somme ! Mais attention, je vais vous dénoncer au parti, moi ! Pour dissidence, parfaitement ! Ah ! Comme je serais heureux quand ils viendront vous chercher, dans leur camion ! J’ vous dirais au revoir et mieux adieu, car on les revoit jamais, ceux qui ont été dénoncés et quel soulagement j’éprouverais ! Dame, c’est qu’elle m’est chère ma sécurité !
Le soir, après le travail, quand je rentre chez moi, je fais tinter mes clés ! Je paye mon loyer, ma voiture, tout est en règle, éternellement ou quasi ! Je téléphone à un ami, on rit, ouais, ouais, on est bien et les jours passent, dans cette douce euphorie ! De temps en temps, je suis scandalisé par l’actualité ! Je me dis que trop, c’est trop ! Je suis un instant vraiment en colère, tellement que ma compagne vient me réconforter, en me disant que c’est mauvais pour ma santé ! Comme toujours, elle a raison et nous voilà de nouveau en sécurité !
Vous avez entendu ? On eût dit… Non, j’ai dû rêver Un jour, j’ai vu une lettre de licenciement tomber du troisième étage ! Elle a éclaté juste à côté de moi ! J’aurais pu y passer, il a suffi d’un cheveu ! Le méchant patronat, toujours à perdre les gens dans l’ombre ! Il faut rester sur ses gardes ! Avancer la tête haute ! se dire : « Ne suis-je pas en sécurité ! » Voilà l’essentiel !
Sinon j’économise pour un nouveau matelas ! Le challenge est relancé ! La fourmi de nouveau frappe fort ! Elle évite tous les pièges ! Elle arrivera au bout avant le lièvre, comme la tortue ! Je flambe, ça chauffe, pas une minute de répit !
Il y a peu, la nièce de ma belle sœur a été touchée par une leucémie ! Ma petite amie et moi, on a vécu des moments très durs ! On compatissait dans notre petit nid ! On soupirait ! On trouvait la vie injuste ! Il est bon parfois de sentir que nous ne contrôlons pas tout ! Cela nous fait grandir !
J’ai l’impression d’être mûr ! de faire partie de cette humanité qui regarde l’abîme en face ! Je suis peut-être un héros des temps modernes ! Ah ! Ah ! En tout cas, j’idolâtre la sécurité ! Elle est mon église, mon temple, mon refuge, ma niche, ouah ouah ! »
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Chanson des Scientifs !
Nous, les Scientifs, avons fait le monde matérialiste !
Y avait urgence !
Le monde était dans les ténèbres, gouverné par l’obscurantisme !
Nous, les Scientifs, avons libéré le monde !
La raison, la preuve, la loi sont nos amies !
Nous, les Scientifs avons pourfendu les illusions, les fausses croyances !
Au nom de la liberté de l’individu !
Nous, les Scientifs, avons ridiculisé l’art !
Nous avons pissé dessus !
Fi des névrosés !
Remercie-nous !
Et puis nous sommes aussi des artistes !
Nulle magie dans tout cela !
Nous, les Scientifs avons libéré le Cube, qui peut bétonner à tout va !
Nous n’avons aucune lumière !
Nous guidons pourtant dans le noir !
C’est le chaos et la misère, mais c’est pas not’ faute,
A nous les Scientifs !
Le monde matérialiste est perdu !
Mais c’est pas nous !
Le climat se réchauffe !
Mais c’est pas nous !
Le Cube est fou !
Mais c’est pas nous !
Nous avons ridiculisé la beauté !
Mais c’est pas nous !
Nous avons pissé sur l’art !
Mais c’est pas nous !
Le monde est malheureux !
Mais c’est pas nous !
Qu’est-ce qui peut nous sauver ?
C’est pas nous !
C’est le matérialisme
Qui bétonne la planète,
Mais c’est pas nous !
Nous suivons seulement la vérité,
C’est pourquoi nous avons pissé sur l’art !
Nous nous sommes moqués de la beauté !
Nous sommes tellement intelligents !
D’ailleurs nous savons tout !
Ou plutôt rien !
Nous sommes les bienheureux de l’univers !
Innocents jusqu’au tréfonds !
C’est pourquoi nous méprisons la beauté
Et nous pissons sur l’art !
Le Cube est fou !
Mais c’est pas nous !
Coincés dans nos haines,
Nous avons aussi nos chaînes !
Nous, les Scientifs !
A la vanité jamais rétifs !
Le Cube est fou !
Mais c’est pas nous !
Pouvons-nous guérir la peur du Cube ?
Avec des médocs, oui !
Sinon que dalle !
Le Cube a peur et détruit tout !
Mais c’est pas nous !
C’est pourquoi nous pissons sur l’art !
Car nous ne savons pas !
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Le trio Paschic, Web et l’elfe se retrouve dans un drôle d’endroit… C’est une partie du Cube immaculée, qui se développe dans l’espace ! « Est-ce qu’on est dans un de vos couloirs numériques ? demande Paschic à Web.
_ Non pas qu’ je sache, répond Web. Remarquez, rien du Cube n’échappe aux couloirs numériques !
_ Tout est si étrange ici… » poursuit l’elfe.
En effet, l’impression d’une pureté intérieure envahit les visiteurs et bientôt un Dom en toge vient vers eux : « Êtes-vous membre du club ? demande-t-il.
_ Non pas vraiment… fait Web, en grattant sa barbe naissante.
_ En ce cas, nous allons devoir vous rejeter dans le vide cosmique ! Car l’accès au club est réservé aux seuls membres !
_ Mais nous aimerions en savoir plus sur les activités du club, rectifie Paschic. Notez que nous sommes là sous le parrainage du professeur Ratamor !
_ Comment ? Vous connaissez l’illustre professeur Ratamor ?
_ C’est un vieil ami…
_ Mais cela change tout ! Nous serions très heureux d’expliquer nos activités à des amis du professeur !
_ Il y sera sûrement sensible ! »
Devant tant de toupet, Web regarde incrédule Paschic, qui reste indifférent et voilà le trio à la suite du Dom en toge… « Sachez que je suis le membre 456, M 456 pour faire court ! explique celui-ci. Mais voici la salle de cérémonie... »
Les visiteurs lèvent les yeux et découvrent un vaste dôme transparent, qui permet de voir les étoiles ! « Mais, s’il y a une salle de cérémonie, qu’y célébrez-vous ? interroge Paschic.
_ Comment ? Le professeur Ratamor ne vous l’a pas dit ?
_ Eh bien, figurez-vous qu’il s’est montré très secret !
_ Ah ! Je reconnais bien là la sagesse du professeur ! Notre existence est encore balbutiante, fragile et il ne faudrait pas qu’elle prête le flanc à la moquerie !
_ Bien entendu !
_ Nous sommes le club des Dix puissance moins quarante secondes, plus simplement appelé Dix moins quarante !
_ Je vois… C’est sans doute en relation avec les premiers instants de l’univers !
_ Exactement ! Nous développons ici une nouvelle spiritualité, avec pour objet les particules primaires ! Il faut les aimer, vous savez, car elles sont la cause de notre origine ! Mais venez que je vous présente M 1, notre grand maître à tous ! »
On s’approche d’un Dom à l’allure d’un patriarche et M 456 lui dit : « M 1, laissez-moi vous présenter des amis du professeur Ratamor !
_ Les amis de Ratamor sont aussi nos amis ! déclare sentencieusement M 1, qui se lave les mains, visiblement après une cérémonie. Alors, mes gaillards : Cordistes, Inflationnistes, Spinistes, adeptes des causets ? Enfin, peu importe ! Il ne faut pas laisser nos querelles intestines prendre le dessus ! Tous unis dans notre culte de la matière ou du commencement ! Capturer l’insaisissable, l’invisible, l’indistinct ! cet instant magique à Dix moins quarante secondes ! où la matière oscille, hésite, vibre, sans doute chatoyante, imprévisible ! tellement adorable ! Ne me dites pas que vous faites partie de la vieille école, celle qui croit encore en cette vieille baderne de Dieu ?
_ Bien sûr que non ! répond Paschic. Nous ne sommes pas des imbéciles !
_ A la bonne heure ! Vous êtes mes invités ! Allons déjeuner, voulez-vous ! Au fond, notre seul but, c’est de souffler un nouveau printemps sur Terre, un vent de fraîcheur ! Régénérescence, messieurs !
_ Et puis, il faut bien se raccrocher à quelque chose ! rajoute Web.
_ Exactement ! Notre jeunesse ne doit pas être laissée sans perspectives ! A nous de lui donner du sens, maintenant que toutes les anciennes croyances sont mortes !
_ D’autant qu’il y a le réchauffement ! » renchérit l’elfe.
On s’assoit et on commence à manger et il y a une bonne nourriture au club des Dix moins quarante ! Soudain, Paschic envoie un bon coup dans le dos de M 1, qui en recrache sa bouchée ! « Alors, comme ça, vous croyez encore dans le Dom ? fait Paschic. Vous ne le savez pas prisonnier de sa domination ? Curieux ! Très curieux ! »
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Un instant interloqué, M 1 se reprend en se tapotant la bouche, avec une serviette, puis il lâche : « Mais qu’est-ce que vous voulez dire, bon sang ?
_ Eh bien, je trouve très curieux que vous, un Scientif, vous ne sachiez pas que nous sommes tous sous le joug de notre domination et que cela nous empêche d’être lucides !
_ Je vous avoue que je ne comprends toujours pas…
_ Non, vraiment ? Pourtant vous avez déjà remarqué qu’il est impossible de faire entendre raison à bien des complotistes ! On a beau leur soumettre les meilleurs arguments, les preuves les plus évidentes, ils demeurent dans le déni, ils s’y enfoncent même, comme dans une bulle qui seule pourrait les protéger !
_ Certes, mais quel rapport avec…
_ Mais les complotistes ne font que porter à l’extrême un comportement, qui est en chacun de nous ! Si on regarde d’une manière plus large, on s’aperçoit que chaque Dom est un peu fou, enfermé dans son propre monde, et c’est ce qui permet par exemple au tyran de tuer des enfants, au nom de ce qu’il pense être le patriotisme ! Au fond, nous sommes incapables de reconnaître nos erreurs, si le prix à payer est la négation de notre personne !
_ Sans doute, mais…
_ Cela pour vous montrer que la voie de la raison triomphante est à rayer de vos tablettes ! Mais comment expliquer ce phénomène ? cette sorte de paralysie mentale, ce mur qui s’oppose à la vérité ?
_ Exactement ! jette brusquement l’elfe, qui a bu un verre de trop. Comment expliquer ce mur mental…, cette sorte de vérité paralysée ?
_ Oui, comment l’expliquer ? reprend calmement Paschic. Tout devient clair, si notre équilibre repose sur la domination animale qui est en nous ! Nous tenons debout grâce au sentiment de notre supériorité, nous défendons notre territoire psychique et que se passe-t-il quand celui-ci est menacé et qu’on nous demande de considérer notre ignorance et surtout notre lâcheté et nos vices ?
_ Oui, que se passe-t-il ? s’écrie de nouveau l’elfe.
_ Eh bien , la réaction animale survient naturellement ! L’élément étranger, celui qui s’oppose à notre domination, effraie notre territoire psychique et notre peur nous conduit à la méfiance, puis au rejet et à la haine ! Autrement dit, nous voilà sourds et fermés à la raison !
_ Et voilà ! renchérit l’elfe, dont les joues sont déjà bien roses.
_ Maintenant, reprend Paschic, considérez un monde dépourvu de toute idéologie, sans barrières morales, où tous les mensonges sont possibles, où toutes les négations sont permises, où la vérité semble appartenir au plus fort ! un monde essentiellement matérialiste donc, qui nous fait abandonnés dans l’espace, qui nous rend étrangers à nous-mêmes, considérez ce monde et voyez comment il conduit les Doms et surtout les enfants doms à se créer une dominations sans failles, omniprésente, incessante, dévorante, puisqu’elle est la seule bouée de sauvetage dans un océan de chaos !
_ Eh ouais ! Un océan de chaos ! coupe encore l’elfe.
_ D’où les mutants ! rajoute Paschic.
_ Eh ouais, les mutants !
_ Les mutants ? interroge M 1.
_ Oui, ce sont des enfants qui ne vivent que pour leur domination, ce qui implique que tous les autres leur soient soumis, ce qui ne se peut, vous en conviendrez, d’où les crimes possibles des mutants aussi cruels que variés !
_ Cruels et mariés, hips !
_ Aujourd’hui, vous, les Scientifs, vous proposez une nouvelle spiritualité, pour donner du sens, une spiritualité à votre sauce, pourrait-on dire, mais quelle est sa valeur face au mutant ?
_ Eh ouais ! Quelle est sa valeur ?
_ Non, parce que pour guérir le mutant, il faut d’abord le rassurer ! Ce n’est que de cette manière qu’il est possible de diminuer son besoin de dominer, puisque c’est la peur qui produit une domination excessive ! Notamment, peut-on rassurer si on est soi-même à l’aise matériellement ? Quel crédit a une foi bien propre sur elle, sans risques, saluée à la banque, avec une domination intacte, voire avide de conférences et de distinctions ? Comment un « culte » dédié à la matière, aux particules, au vide, sans exemple de sacrifices, témoignant d’une confiance illimitée, pourrait-il aider nos p’tits gars ?
_ Enfoncé, le Scientif ! hurle l’elfe.
_ Cette fois, c’en est trop ! réplique M 1. Vous n’êtes pas envoyé par Ratamor ! Vous êtes des traîtres, des ennemis !
_ Sauf vot ‘ respect, lâche Web, vous défendez vot’ territoire psychique !
_ Tss, tsss ! » fait l’elfe.
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M 1 se lève brusquement de table, en renversant sa chaise ! Il crie : « M 456, allez chercher les M de 10 à 30 ! Qu’on jette ces intrus dans le vide cosmique !
_ Ça, c’est pour not’ pomme ! lâche Web.
_ Non, parce que vous devez bien comprendre ceci, reprend calmement Paschic, plus notre équilibre dépend de note domination et plus nous sommes haineux, quand elle est menacée par la différence !
_ Évidemment ! souligne l’elfe. C’est l’enfance de l’art ! Hips !
_ Qu’est-ce que j’ai affaire avec toutes vos salades ! coupe M 1. Gardez-les pour le vide spatial !
_ C’était pas plutôt le vide cosmique ? Hips !
_ En tout cas, c’est pas bon pour nous ! ajoute Web.
_ Pour que les choses changent véritablement, poursuit imperturbable Paschic, il est donc nécessaire de se débarrasser de sa domination ! Mais comment accepter de renoncer, de ne plus même vouloir avoir raison ? Comment guérir de sa peur sans amour ? Comment la matière pourrait-elle remplacer la joie divine d’exister ?
_ Paschic président ! crie l’elfe.
_ Rassurez-vous, vot’ Paschic sera bien président dans le vide cosmique ! Il va être élu par le néant et exploser de joie en même temps ! Ah ! Ah ! fait rageusement M 1. Gardes, virez-moi ces parasites ! Au sas toute cette faune abjecte ! »
Le trio est mené vers le sas d’évacuation, donnant sur l’espace ! M 456 sert de guide et vexé se montre sans pitié ! « Donc, dit-il, vous voilà prêts pour le grand voyage ! Inutile de toquer contre la porte d’en face, pour savoir s’il y a du monde ! Ah ! Ah ! Vous connaissez le programme : vous allez être brusquement aspirés et votre chair va s’éparpiller à la recherche de la vérité ! Ah ! Ah !
_ Monstre ! Hips ! »
M 456 quitte le sas et le trio le club Dix moins quarante ! « Web, fait Paschic, j’espère que vous sentez un couloir numérique dans l’ coin, sinon…
_ Je me concentre, figurez-vous... »
Au moment où le sas s’ouvre sur l’espace, nos amis sont projetés dans un couloir numérique ! Entourés d’étranges lumières, ils s’y déplacent rapidement, mais pas assez puisque des Doms les dépassent, sombres, superbes, trouvant dans leur vitesse supérieure une satisfaction pour leur domination !
« C’est pas très gai par ici… » fait l’elfe, mais soudain le trio subit une radiation vive, oppressante, gênante ! « Des rayons dominants ! crie Paschic dans la tourmente. Y a un mutant pas loin ! » En effet, une des branches du couloir numérique conduit le trio face à un mutant, assis sur un trône, qui fait valoir sa domination et dont la voix résonnante dit : « Soumettez-vous ! »
Il faut y résister et une bonne suée commence pour le trio, mais tout aussi rapidement le rayonnement dominateur s’éteint et le visage du mutant change du tout au tout, car le voilà qui appelle à l’aide ! « Au secours ! crie-t-il. C’est plus fort que moi ! Je ne peux pas m’empêcher de dominer ! »
« Un mutant alternatif ! lâche Paschic. C’est assez rare !
_ C’est plutôt bon signe, non ? interroge Web. Il comprend déjà qu’il dérange les autres et il en souffre !
_ C’est peut-être un piège ! » rajoute l’elfe.
Comme pour lui donner raison, le mutant soudain se remet en mode domination et son rayonnement oppressant reprend de plus belle ! Le trio doit de nouveau lutter et pendant ce temps-là, il n’est pas du tout question d’être solidaire ! Puis, d’un coup, on repasse dans l’émoi, l’appel à l’aide ! « Je ne peux pas m’en empêcher ! jette le mutant. C’est plus fort que moi ! Et ça m’épuise !
_ Je veux bien le croire ! répond Paschic. Mais ça ne se guérit pas comme ça !
_ Oh ! Dormir ! Dormir ! fait le mutant. Me reposer !
_ Vous ne pouvez vraiment rien faire ? » demande Web à Paschic.
Avant même que celui-ci ne réponde, le rayonnement dominateur frappe de nouveau avec toute sa puissance et cette fois, le trio est repoussé dans une autre branche du couloir numérique ! Leur course repart vers un inconnu, plein d’incertitudes !
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A un croisement, à cause de la vitesse, Paschic est séparé de ses deux compagnons ! Il se retrouve subitement… dans une salle d’attente médicale, avec des gens serrés autour qui scrollent avec frénésie ! Paschic n’est pas encore revenu de sa surprise qu’une médecin apparaît en prononçant son nom et qu’il doit la suivre !
On entre dans un cabinet surtout fonctionnel, avec le minimum de décoration et on s’assoit de chaque côté d’un bureau… « Alors qu’est-ce qui ne va pas ? demande la médecin.
_ Eh bien, je…
_ Attendez, vous avez un médecin traitant ?
_ Eh bien, justement, je voudrais en changer…
_ Mais alors, ça veut dire que vous n’êtes pas suivi ?
_ Effectivement, pour l’instant, je... »
Paschic se tait, car la médecin se lève, visiblement mal à l’aise… En reculant, elle fait tomber sa chaise et elle effectue quelques pas, en titubant… « Madame, vous n’êtes pas bien ? » demande inquiet Paschic. Mais la médecin ne répond pas, elle vomit, avant de chercher un boîtier vitré sur le mur ! Au-dessus de celui-ci se trouve un petit écriteau, qui dit : « A briser en cas de patient non suivi ! Tout abus sera sanctionné ! »
Dans un ultime sursaut, la médecin parvient à se saisir d’un minuscule marteau et à briser la vitre du boîtier ! Immédiatement, une sonnerie stridente retentit, assourdissant Paschic, tandis que la médecin s’écroule !
Une seconde infernale, dans une ambiance de fin du monde, et la porte du cabinet s’ouvre à la volée, laissant passage à d’autres médecins, qui se précipitent vers leur collègue ! « Regardez ! fait l’un d’entre eux. Le toit est en train de s’ouvrir ! Le vide cosmique va entrer ! Il faut l’évacuer d’urgence ! »
Paschic suit tous ces mouvements, interloqué, puis un médecin costaud s’approche de lui, en lui jetant : « C’est vous la cause de tout ça ? C’est vous le patient non suivi ? J’ vous préviens : si ma collègue ne s’en sort pas, vous non plus !
_ Il faut quand même le faire sortir lui aussi ! crie un autre médecin. Le plafond se fissure ! »
En effet, du plâtre commence à tomber dans le cabinet et Paschic, à la suite des autres, s’échappe de la pièce ! Mais ses ennuis ne sont pas terminés pour autant, car c’est lui qui semble créer la fissure, puisqu’elle a l’air de le suivre ! « Le vide cosmique va nous anéantir tous, à cause de cet homme ! crie quelqu’un.
_ Il faut le foutre dehors, avant qu’il ne soit trop tard ! affirme une autre voix.
_ Qu’est-ce qui se passe ? demande une patiente en tremblant, alors qu’elle a enfin cessé de scroller.
_ Un patient non suivi, madame ! répond un médecin. Nous contrôlons la situation !
_ Vous contrôlez rien du tout ! crie un petit homme rondouillard. On va tous y passer ! »
Comme pour confirmer son propos, la faille s’étend, en produisant un craquement sinistre, et c’est la panique ! Une jeune fille piétine une maman ! Son bébé pleure ! Un jeune homme atteint la rue, en vérifiant qu’il ne s’est pas sali ! Mais de là le constat est terrifiant : le Cube part en miettes dans l’espace, le ciel s’étant ouvert pour laisser place à l’affreux vide cosmique !
Des mains vigoureuses se saisissent de Paschic et par une vitre déjà brisée, on l’envoie bouler sur le trottoir ! « Plus il s’ra loin et mieux ça vaudra ! entend-on.
_ La salopard ! Il profite du système !
_ Mort au non suivi ! crie une femme.
_ Mort au non suivi ! » fait l’écho.
Paschic, encore sonné, se relève et essaie de comprendre où il est, mais on lui jette maintenant toute sorte d’objets ! Il reçoit des crayons, des classeurs et une agrafeuse lui fait particulièrement mal ! Il va succomber, quand les visages de Web et de l’elfe surgissent au milieu d’un couloir numérique ! Ils lui tendent la main et il se laisse emporter par eux !
« Bon sang ! Où étiez-vous passé ? demande Web. Vous croyez qu’on n’a qu’ ça à faire ?
_ C’est vrai ça ! On peut pas vous laisser cinq minutes ! renchérit l’elfe.
_ Mes amis… Laissez-moi d’abord vous remercier…
_ Et bien, on verra ça plus tard ! Et puis d’abord, dans quel pétrin vous étiez-vous à nouveau fourré ?
_ Euh… Apparemment, je ne suis pas suivi… médicalement…
_ Eh bien, vous devriez, jette l’elfe. Vue votre inconscience !
_ Dites donc, rajoute Web. On dirait que vous leur avez foutu une sacrée trouille ! Ah ! Ah ! »