La Nuit des Doms (83-86)

  • Le 31/01/2026

R119

 

       "Pardonnez-moi Bouddha, je suis un moine concupiscent!"

                                             Taï Chi master

 

 

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     Le professeur Ratamor se promène au bord de la mer… La nature y est austère, car ici la Chose prend ses aises ! Le ciel est gris ardoise, très nuageux et il se reflète dans les flaques des rochers, de sorte que son éclat semble occuper tout l’espace, avec majesté, mais aussi en produisant un sentiment teinté d’angoisse, comme si les lieux n’était qu’une vaste pièce de marqueterie aux tons sombres !

L’esprit du professeur s’en ressent et voit sa solitude d’une manière bien plus évidente ! Les mots lui sortent de la bouche : « Qu’ai-je fait ? dit-il. Je suis là tout seul, sans sentiments… En quoi dois-je croire ? N’est-ce pas moi le scientifique ?  celui qui cherche et trouve ! celui qui analyse et explique ! N’est-ce pas moi le Cassandre du monde, le bourreau du fanatisme, le pourfendeur du névrosé, le dératiseur de l’obscurantisme, le martyr de l’objectivité ? »

« J’ai condamné le rêve et la beauté ! J’ai traqué l’esprit ! J’ai construit ma propre prison ! Mais n’était-ce pas pour un monde éclairé, libéré des préjugés ? Et me voilà livré aux vents ! Et me voilà plein de soupçons et de désespoir ! Ne m’approchez pas ! J’ai la lèpre de la connaissance ! Je fais un dur métier, celui d’être un homme ! debout sur ses jambes, sans illusions ! Je suis l’homme moderne, qui défie les dieux, ah ! ah ! Les dieux, ces enfants maniaques et sanguinaires ! »

« Et me voilà livré aux vents ! Je dois croire en quelque chose ! Sinon c’est trop dur ! Je dois inventer une nouvelle spiritualité, sans dieux ! Ce n’est pas facile ! Moi aussi, je pourrais être lyrique ! L’art n’est que de la névrose au fond ! Chantons les confins ! O Big Bang, ô fermions, ô positrons, me voilà devant vous, fier, avec l’épée de la lucidité ! Donnez-moi la force de frapper mes ennemis, car de vous je suis le champion ! O fermions… Fermions la porte, ouais, car maintenant il flotte ! »

Ratamor avise un rocher creux et se protège de la pluie… De là, il voit le grain s’étendre et assombrir l’horizon, tel un voile qui danse ! « Dire qu’il y a des milliers d’années, les premiers hommes s’abritaient déjà ainsi… et qu’ils se gavaient même de coquillages ! Ici ont été allumés les premiers feux de l’humanité ! Qu’est-ce qu’ils avaient dans la caboche, en c’ temps-là ? Quel chemin parcouru depuis ! Et maintenant ? »

Aux pieds du professeur frissonnent de la salicorne et le vent fronce les flaques… Puis des ombres, avec des airs de mendiants, sautent de rocher en rocher ! « Qu’est-ce que c’est qu’ ça ? s’écrie le professeur. J’ai la berlue ou quoi ? Myodésopsie ? Ah ! J’y suis ! Toujours ces Illusions qui sont à mes trousses ! Bon sang, si je pouvais dormir ! Mais je suis insomniaque ! Qu’est-ce que j’y peux ! Inquiétudes ! Inquiétudes ! Arrière démons d’illusions ! Arrière chimères ! Comme si le Nobel pouvait encore m’intéresser ! »

« Je dois avoir encore des traumatismes, pour être anxieux comme ça ! Ah ! Je m’en veux d’être encore traumatisé ! Toute cette faiblesse dégoûtante ! Mais qu’est-ce que je dis ? C’est moi la victime ! La victime de quoi ? Il n’y a rien ! Je pleure ! Je pleure sur moi-même et notre abandon ! Ah ! Être comme ces pierres tachées de lichens ! sans âme, sans espoir ! objectif enfin ! La marée monte, la marée descend ! Voilà le bonheur ! La description seule ! Ne plus souffrir ! Ne plus s’agiter, comme le Cube ! »

La pluie a cessé et le professeur sort de son abri… Il s’étire, le corps légèrement douloureux et l’esprit vague, il s’approche de la houle… Elle est là, comme toujours, répétitive et pourtant à chaque fois différente ! Elle glougloute, translucide, dans les failles… Les algues ruissellent, avant de se balancer, de danser au rythme du flot, comme si elles étaient ivres ! Le professeur soupire… Au-dessus, une mouette glisse dans le vent et Ratamor admire son aisance : « Magnifique oiseau ventolier ! » se dit-il et il se sent soudain mieux, ragaillardi !

« Ah ! Ah ! fait-il. Je suis là, bon sang ! Je suis là ! Merci... » C’est dit dans un murmure et des larmes réapparaissent dans les yeux de Ratamor ! « Merci… reprend-il. C’est beau et je suis là ! Et je vous remercie ! C’est merveilleux ! Je suis là… et c’est quasiment un miracle ! Ces rochers, cette mer immense, avec ses sourires d’écume, sur cette toute petite planète ! perdue dans l’espace, sans oxygène, infini ! Je suis là debout sur cette pointe ! »

Ratamor respire l’air frais et brusquement il éprouve de la faim ! « Voyons voir… se dit-il. Un vin frais d’Alsace, du pain beurre, en attendant une bonne soupe chaude ou un poisson cuit à la vapeur, ou bien en sauce ! Qu’à cela ne tienne ! »

Et voilà le professeur sautant de rocher en rocher, comme ses illusions, heureux sur le sable, rejoignant la dune, en route vers le Cube ! Il chante ! Le cœur s’est ouvert, telle une fleur !

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     Le trio Paschic, Web et l’elfe sont maintenant dans un drôle de paysage… Il fait chaud, il y a des cactus et de gros rochers ! « C’est un drôle de paysage ! fait Web.

_ Ouais, approuve l’elfe, et pas une goutte d’eau à l’horizon ! J’ai une de ces soifs !

_ On pourrait tuer un d’ ces lézards… Ils doivent avoir un peu d’ jus à l’intérieur ! »

A peine Web a-t-il prononcé ces mots qu’un coup de feu retentit ! Le trio se met aussitôt à l’abri derrière un rocher, alors que l’écho du tir se prolonge tel un coup de tonnerre !

« Bon sang ! On nous canarde encore dessus ! s’exclame Web.

_ Paschic ? Tu m’entends, Paschic ? crie une voix féminine.

_ C’est Lapsie…, dit Paschic.

_ Paschic, tu m’entends ? C’est bien simple : tu viens à moi et tes amis pourront partir ! Tu m’entends, Paschic ? »

L’elfe fait mine de quitter le rocher et un second coup de feu érafle la pierre, avec le même écho percutant. « Elle rigole pas ! fait l’elfe.

_ La franchise est une force pour les femmes ! répond laconiquement Web.

_ Alors qu’est-ce qu’on fait ? demande l’elfe.

_ Eh bien, dit Web. Il serait temps que Paschic fasse un effort ! Il rejoint Lapsie et nous, on continue not’ route, comme si de rien n’était ! Paschic, après tout ce temps, nous doit bien ça !

_ Ça va pas non ? s’insurge l’elfe.

_ Il plaisante, corrige Paschic. D’ailleurs, il y a peut-être une autre solution… Regardez, une tornade arrive… »

Effectivement, là-bas, une colonne noire avance vers le groupe ! Elle soulève tout sur son passage et bientôt, tout le secteur est pris dans la tourmente ! On n’y voit plus rien et on se couvre le visage, à cause du sable qui le frappe ! Chacun se blottit, Lapsie comme les autres ! C’est une impression étrange, comme si le temps était suspendu et que la nuit était brusquement tombée !

Lapsie lutte contre la panique, tandis que son cheval s’est depuis longtemps enfui ! Elle est d’autant plus terrifiée que de petits créatures noirâtres apparaissent dans la tourmente, se dirigent vers elle et finalement s’en saisissent !

« Vous avez entendu ? demande Web. On aurait dit des hurlements !

_ Ah ! Parce qu’en plus du vent, vous entendez des voix ? » répond l’elfe, qui se rend compte que la tempête s’apaise et que le silence revient. « Oh ! Oh ! On a d’ la visite ! reprend Web et le trio se retrouve face à de petites créatures sombres, qui le menacent de dizaines de pointes de lances ! Il faut obéir et le trio est conduit dans une grotte, qui s’enfonce par un escalier éclairé par des torches, pour aboutir dans une vaste salle, où Lapsie est déjà prisonnière, à côté d’un grand type en robe, avec des plumes sur la tête !

« Bienvenue dans le royaume du Non-dit ! s’exclame-t-il à la vue de ses nouveaux hôtes.

_ Non-dit ! Non-dit ! font entendre les petites créatures.

_ Je suis le grand prêtre du Non-dit ! reprend l’homme à plumes.

_ C’est pour ça que vous êtes souterrain, fait l’elfe, parce que vous êtes non-dit !

_ Mais je vois qu’on a du chou ! répond le prêtre. Mais c’est pas tout ça ! La cérémonie doit commencer !

_ La cérémonie ? Quelle cérémonie ? s’écrie Lapsie. Vous feriez mieux de me détacher, avant qu’il ne vous arrive des ennuis ! Sachez que je suis une représentante de la loi !

_ Ah ! Ah ! La loi de la surface ! réplique le prêtre. Je veux bien vous croire, mais ici nous avons notre propre loi, comme vous allez le constater, puisque vous êtes l’offrande de notre cérémonie !

_ Bon sang, Paschic ! fait Lapsie, qui tire sur la corde qui l’attache. Utilisez vos pouvoirs pour nous sortir de là ! Vous voyez bien qu’ils sont tous tarés !

_ Vous ne nous disiez pas ça, quand vous nous tiriez d’ ssus ! rétorque l’elfe.

_ Une plaisanterie ! rajoute Lapsie. Je ne vous aurais pas blessés ! »

Pendant cet échange, le peuple du Non-dit n’est pas resté inactif et son comportement est des plus étranges ! Le grand prêtre crache ou renifle de dégoût devant les prisonniers, quand les petites créatures viennent les heurter, tout en se parlant comme si elles étaient seules au monde ! Tout cela rend extrêmement perplexes les prisonniers et les met mal à l’aise !

« Mais enfin où veulent-ils en venir ? demande Web.

_ Je suis le Désespoir infini ! » fait une voix derrière lui, alors que toute la salle est envahie par une ombre rougeoyante !

                                                                                                                      85

     Lapsie se réveille de nouveau en sueur ! Encore un de ces maudits cauchemars ! Il en est ainsi depuis qu’elle a quitté le château de la Solidarité, ou plutôt depuis qu’elle connaît l’existence des mutants ! Elle n’a plus de nuits tranquilles, sans doute à cause de son anxiété ! Il faut qu’elle voit un spécialiste et pourquoi pas son mentor, le docteur Pagaille !

Il a un cabinet dans le Cube et il pourra soulager Lapsie ! Ils se connaissent bien tous les deux et Lapsie s’ouvrira quant aux mutants : a-t-elle rêvé oui ou non ? Est-elle malade ? L’avis du docteur Pagaille sera bien utile !

L’homme est dans son cabinet, comme le capitaine d’un ancien cargo, qui s’isolerait du bruit des machines et qui aurait vu toutes les mers ! Son visage est sombre, ennuyé et il est vrai que tous les maux qu’il traite sont d’une banalité déconcertante ! Il est bien loin le temps où, jeune médecin, il rêvait de découvertes scientifiques, en écoutant ses patients, ce qui l’aurait conduit à des conférences, coupant le souffle à ses collègues !

Quand Lapsie le retrouve, elle est déconcertée par le visage marqué et mal rasé de son ancien mentor et elle s’attend à le voir sortir une bouteille de Whisky, proposer deux petits verres et se plaindre de la chaleur, en plein hiver ! Lapsie commence timidement : « Je fais des cauchemars…

_ Tu cotises au moins ?

_ Oui, oui…

_ Diable ! Alors, pourquoi tu fais des cauchemars ?

_ C’est que… C’est assez délicat… Je vois des mutants !

_ De petits hommes verts ? descendus de leur soucoupe ?

_ Non, des jeunes, avec une énergie psychique étrange, oppressante !

_ Tu connais le manuel… La névrose est produite par le refoulement… Si tu sublimes, c’est que tu n’es pas épanouie sexuellement ! Peut-être es-tu lesbienne ? Tu devrais réfléchir là-dessus… En tout cas, la peinture ou la musique, c’est moins dangereux que d’inventer des mutants !

_ Mais je n’invente rien ! Je les ais vus ! Ils sont parmi nous !

_ A quoi ils ressemblent ?

_ Eh bien, comme je te l’ai dit, ils sont plutôt jeunes… Est-ce que la notion de territoire psychique te dit quelque chose ?

_ Le territoire psychique ? Qu’est-ce que tu entends par là ?

_ C’est un territoire dominé par le psychisme d’un individu, comme une déformation de l’espace par la masse d’une planète…

_ Et tu crois que je vais gober ça ?

_ En tout cas, le mutant a une énergie psychique exceptionnelle et il demande la soumission de tous ceux qui sont autour… »

Un silence lourd s’installe étrangement dans le cabinet et Lapsie voit que le docteur Pagaille commence à transpirer… Prudente, elle décide de changer de sujet ! « Mais je ne suis pas venue seulement pour moi ! dit-elle. Alors, comment vont tes travaux ? Je me rappelle que tu voulais mettre les artistes et les prêtres sous cloche ! les ranger dans la même catégorie que les zoophiles ! « La science étant son pouvoir ! Rien ne doit lui échapper ! » clamais-tu, triomphant. Ah ! A l’époque tu avais déjà un sacré territoire psychique ! Tu réglais tes comptes, contre la morale hypocrite des sociétés, qui selon toi était à l’origine du refoulement ! »

Lapsie se rend compte qu’elle a gaffé ! Elle n’aurait pas dû parler de domination psychique à son ancien mentor, car c’est le comparer au mutant ! C’est lui prêter le même pouvoir néfaste ! alors qu’il est un champion de l’objectivité ! un humble serviteur de la vérité !

« Petite saloperie ! jette Pagaille. Tu viens chez moi, après toutes ces années, pour me faire la leçon ! Tu oses montrer ton dégoût à l’égard des mutants, tu exprimes tes craintes de chatte affolée dans mon cabinet ! là où je suis le maître absolu !

_ Tu as raison ! C’était stupide de ma part ! répond Lapsie, qui se lève tremblante et qui ne songe plus qu’à partir.

_ Mais, ma vieille, sache que nous avons déjà le contrôle, que nous sommes les plus nombreux ! que bientôt tout le monde nous obéira et même nous remerciera !

_ Bien sûr, mais il faut que j’y aille maintenant !

_ Va, ma colombe ! Dis-toi bien que tes cauchemars ne font que commencer…, car la sécurité c’est nous ! Ah ! Ah ! »

                                                                                                                        86

     « Ça y est : je suis malade ! Cela faisait des années que je me demandais comment sortir de ma petite vie banale, peureuse ! Je travaillais, je cotisais et j’étais comme tout le monde, et c’était bien ça le problème, j’étais comme tout le monde ! Mais maintenant c’est fini ! Je suis malade, je concentre l’attention ! J’ai enfin réussi !

Évidemment, je n’ai pas voulu cet état ! Mes maux ne sont pas feints, je souffre véritablement, mais c’est arrivé comme ça et ma vie a changé ! Désormais, je suis le malade et je montre au monde mes plaies, mon handicap, ma peine ! Ah ! on ne peut plus m’ignorer ! Je suscite la compassion, la crainte surtout, car je dis à l’autre en substance : « Sois sensible à mon malheur, car voilà ce qui peut toucher chacun d’entre nous ! » On s’intéresse à moi, on me plaint et j’en rajoute !

Je grimace, je lève péniblement un bras, une jambe… Je fais voir où on m’a charcuté ! Quel émoi dans le public ! On frémit ! J’adore ça ! Je suis la star ! Enfin ! Et puis, tout est fixé ! Plus de questions existentielles ! Plus d’interrogations sur ce que je dois faire ! Les angoisses sur le don, la générosité, l’amour, finies ! On est au terminus ! Je suis sur la voie de garage, mais attention, je demande des égards, des soins ! Dame, on n’est pas des bêtes !

Tous les médecins, je les connais ! J’ dis un tel est bon, un tel est mauvais ! Un tel se mouche avec bruit, un autre joue au golf ! Les histoires avec les infirmières, idem ! Ah ! Y a des coquines, des naïves, etc. ! Des fois, j’ connais mieux l’hôpital que le personnel ! J’aide les nouveaux ! Je salue les autres malades, du moment qu’ils ne me font pas de l’ombre !

Mes premiers supporters ? Mes proches, bien sûr ! Je les bois littéralement ! Leur vie n’est plus la même, elle est suspendue à la mienne ! Je me plains et hop, ils s’inquiètent, ils sont perdus ! Les voilà à genoux, pleins de bonne volonté, se demandant où j’ai mal ! Je les emmène aux urgences sans problèmes ! Ils restent là, à attendre pendant des heures ! Faut les voir recueillir les paroles du médecin, comme un élève écoute son professeur ! Dame, je pourrais disparaître et alors quel drame ! Quel vide ! J’ai tout fait pour ça ! Je suis la star, j’ vous dis et j’ai jamais voulu que mes enfants soient vraiment indépendants ! C’est ça l’amour, rendre esclave l’autre !

Et mon traitement ! Attention du lourd ! du super lourd ! Une pilule quasiment tout le temps ! Si je me laissais aller, je me ferais livrer mes médocs par palettes ! C’aurait de la gueule ! Les voisins s’ diraient : « Le type d’à côté est bien à plaindre ! J’aimerais pas être à sa place ! Y en a d’ la misère, en c’ monde ! Paraît qu’il connaît tous les médocs, dis donc ! »

Bah, je me contente d’un numéro dolent à la pharmacie ! Je me traîne vers le guichet ! Même les africains qui meurent de faim font moins peur ! Encore quelque mètres, mais un siècle de souffrance ! et j’arrive devant la pharmacienne ! Là, j sors le livre de mon ordonnance ! Des milliers de prescriptions ! C’est plus épais que la Thora ! Ça y est : on me regarde autour ! On transpire devant tant d’ souffrance ! Je pompe l’air ! J’ demande des égards ! Je suis la star, je vous dis, comme au cinéma ! Enfin quelqu’un ! Le malade ! J’ suis pas suspect, c’est pas ma faute ! Et qui oserait se moquer d’ moi ?

Je danse à l’intérieur, j’ai trouvé le filon, ma vie a enfin un sens ! Terminées les questions existentielles, les sentiments de culpabilité ! On me doit quelque chose ! Eh ! Si je suis comme ça, c’est un peu la faute de tous, du système ! Eh ! Vingt ans de boîte m’ont mis en morceaux ! Faut bien que je récupère les dividendes, j’ai cotisé ! Héros des temps modernes, je suis ! On me doit de la compassion, c’est mon aura ! On me doit bien ça ! J’ai fait mon devoir ! Je suis le Malade et je fais sonner ma clochette !

Je déteste ces gens en bonne santé, qui ne m’accordent aucune attention ! Pour qui se prennent-ils ? Se croient-ils supérieurs ? Ou bien voient-ils clair dans mon jeu ? Je les hais ! Oh ! Je les hais ! C’est comme si on ouvrait brutalement la fenêtre, alors qu’il fait froid dehors ! C’est qu’ j’ai mon train-train, moi ! Mes représentations théâtrales, mon quotidien de star ! J’ai des moments de gloire particulier, quand tout le monde autour est plein de prévenances ! Oh ! Les trouillards ! Ils savent que ça peut leur arriver ! C’est eux-mêmes qu’ils choient !

Je rêve d’une grande campagne d’affiches sur les murs, annonçant : « Le Grand malade ! enfin dans votre ville, enfin chez vous ! » et qu’on défile devant mes plaies et que j’entende le public pousser de grands oh ! Au moins dix euros par personne ! C’est pas qu’ je sois avide, mais j’ suis pas gratuit non plus ! Ah ! Ah !

J’étais rien et le malheur m’a frappé ! Ayez pitié, je vous en prie ! Je suis le grand dolent ! Attention, attention, je vais m’asseoir, je grimace ! On suit tous mes mouvements… et ouf, me voilà assis ! On n’en a pas perdu une miette ! Qui peut revendiquer un tel succès ? Place, place, je suis un géant cosmique !

 
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