L'ego et la lumière

  • Le 26/08/2023
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L ego1

 

 

      "Non mais, je rêve! Le Plouc enlisé dans le fech-fech! Il y a tout un désert autour et une seule nappe de fech-fech... et il faut que le Plouc aille dedans! C'est plus fort que lui!"

                               100 000 dollars au soleil

 

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     Les egos sont en vacances ! Grande étape ! Merveilleux moment ! durement gagné ! C’est la sonnerie de la récréation ! l’opium du peuple ! (Le peuple qui, comme chacun le sait, est manipulé par le gouvernement, les riches, les profiteurs et… et les Vénusiens ! Mais attention, c’est top secret !) Donc, les vacanciers soufflent et réclament ce droit, loin de la bêtise du monde, pensent-ils, puisqu’ils échappent enfin à leur quotidien !

     Et que font-ils ? Mais ils s’amassent sur un terrain de camping, face à un cadre idyllique, de sorte que leur installation ressemble à un bidon ville ! Pan ! Ça, c’est un coup entre les dents de la reine Beauté ! elle, qui voudrait une attention quasi religieuse, pour la comprendre ! elle, qui est un trésor infini, qui a le secret de la paix des hommes ! Mais, ce premier direct va être suivi de beaucoup d’autres, car, malheureusement, les vacances peuvent se résumer à un combat de boxe, entre les estivants et le paysage !

      Que dit ce dernier ? Mais : « Regarde ma majesté ! Vois la puissance du soleil ! Considère la vieillesse de mes rochers érodés ! Sens la finesse de mes plages, la délicatesse de mes vaguelettes ! Respire l’immensité du ciel, détends-toi ! Rêve devant mes algues qui ondoient ! Joue avec mes coquillages, le crabe, sans le brusquer ! Observe les changements de l’eau, comment elle s’assombrit au passage du nuage, elle se transforme en un miroir, à l’abri du vent ! Laisse libre cours à ta mélancolie, au couchant, car la vie est plus vaste que toi et elle a son mystère ! Le temps, ici, peut t’apaiser ! »

     Voilà de vraies vacances, quand le paysage délasse les hommes de leur propre tourbillon, de leur avidité, de leur rancœur ! Mais comment se comporte le vacancier, une fois qu’il a posé ses valises ou sa caravane ? Voyons, il transporte la ville avec lui ! Il la reproduit partout où il met le pied ! Il n’arrive pas à s’en détacher et comme on le voit entre les magasins, il est au bord de la mer ! Il circule d’abord pour se faire voir et vlan ! un uppercut vient frapper la reine Beauté, qui se retrouve à chercher sa respiration dans les cordes ! Le paysage est secondaire ! Ce qui compte, c’est comme toujours le nombril de l’individu ! sa parade ! Même les mouettes querelleuses sont battues ! En été, elles ne sont plus que spectatrices, sidérées !

      Ici, une famille Cro-Magnon attend, d’une manière hostile, qu’on quitte son territoire ! Là, un emballage plastique est jeté nonchalamment d’une camionnette ! Le cirque commence ! Des cris viennent de la plage, où des ados muent ! Il faut s’y faire… Mais plus loin, ça se corse ! Au bout du sentier côtier, on affronte un regard de haine ! De quoi s’agit-il ? Un camping car s’y est installé, avec un auvent et on sent vaguement une odeur de cuisine ! Le véhicule pourrait très bien finir par vendre des frites ou se transformer en bazar du genre « T’y trouves tout » ! Le regard haineux du propriétaire s’explique : il est là comme chez lui et nul ne doit contester ce fait ! C’est la détente, la bonhomie des vacances ! Son altruisme rayonnant ! Mais faisons un pas de plus vers le pire…

     En plein milieu du chemin, pour continuer à suivre la côte (cette merveille de la nature, rappelez-vous !), il y a deux chiens, tels des sphinx, c’est-à-dire qu’ils montent la garde et que pour passer, il ne faut surtout pas les effrayer, comme si on pénétrait un terrain privé ! Derrière, en effet, un couple joue au palet et on se demande comment ne pas compter les points, puisqu’il bloque le parcours ! Mais là encore, c’est l’ego qui veut montrer son importance, par l’occupation du sol !

     On échappe malgré tout à ces gens éminemment sympathiques, qui respectent les autres, et on arrive dans une presque-île, où des femmes se promènent, exhibant leur toilette, dans l’attente d’hommages et de rencontres ! Certaines font plus, sans pudeur, et prennent des poses qui mettent en valeur leur silhouette et même leurs fesses, ce qui est plus explicite ! Par delà, la mer et le ciel, mais aussi la lande, s’agitent avec de grands signes, l’air de dire : « Mais on est là bon sang ! Regardez-nous ! » C’est peine perdue, car on se croirait plutôt en plein centre-ville, un samedi après-midi, quand la séduction règne ! La nature, pour le coup, vient de recevoir un échange gauche droite qui l’a minée ! Elle a maintenant une sale tête grise !

      Pourtant, ce n’est pas le fond, la lie… et comme le couchant approche, ce moment carte postale, on voit des jeunes boire sur une éminence et ils lèvent bien haut leurs bouteilles, n’éprouvant apparemment aucune gêne ! Au contraire, quand on s’attarde un peu sur eux, ils affichent un visage dur et ils nous défient de venir leur faire la leçon, car ils seraient heureux de libérer toute leur agressivité ! Il s’ensuivrait un débat houleux, sur la liberté, l’oppression causée par la société et il faudrait entendre que le monde est pourri ! Dans le meilleur des cas, on aurait à répondre que non, en tapotant sur le dos du garçon, avec des « Allons, allons ! »

      A côté, d’autres jeunes ont pris possession d’un gros rocher : ils sont là debout, guettant l’intrus ! Il ne leur manque plus que le fusil ! Mais il y en a, plus malins, qui font savoir qu’ils ont plus de privilèges, qu’ils sont plus riches, moins grossiers et ils attirent l’attention du haut de leur balcon ! Eh oui, une villa, même si elle plus en retrait, c’est quand même moins rugueux qu’un bloc de granit ! Bref, la reine Beauté est au tapis et l’arbitre commence à compter : « Un, deux, trois… huit, neuf, dix ! » Elle est KO ! L’ego est le champion ! Le seul moment où il pourrait en apprendre sur lui-même, d’une manière intelligente, en admirant plus grand que lui, se révèle un échec ! L’ego garde sa ceinture de la bêtise !

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     Nous sommes les egos ! Go, go ! Nous allons au boulot ! Go, go ! Faut bien vivre ! Faut bien suivre ! sur cette planète perdue dans l’espace ! Que nulle tête ne dépasse ! Nous sommes les egos ! Go, go ! Nous allons au boulot ! Go, go !

      Nous sommes des titans ! Nous défions le temps ! Nous avons la politique, comme un chien a des tiques ! Le gouvernement nous ment, c’est dément, alarmant ! Nous crions pour rester debout ! pour pas mettre les bouts ! Nous vociférons, car le diable, c’est Macron !

     Nous sommes les egos ! Go, go ! Nous allons au boulot ! Go, go ! Ce sont les vacances ! Quelle chance ! Car nous avons plein de problèmes, en dehors des matins blêmes ! Nous luttons pour l’eau, en disant : « Allo ! Allo ! » Au royaume des Francs, tout est incohérent ! Pour la liberté, il faut le pouvoir à l’échafaud !

     Nous sommes les egos ! Go ! go ! Nous allons au boulot ! Go ! go ! Milliards de nombrils, toujours sur le gril ! Nuée de sauterelles, sans cervelle ! Dévorons, grognons, haïssons ! Nul nous f’ra la leçon ! Le respect, la patience, la paix, le silence ? La beauté, l’humilité, la confiance ? L’amour de l’enfant ? Graoumf, de tout effort on s’défend !

     Nous sommes les egos ! Go, go ! Nous allons au boulot ! Go ! Go ! Nous piétinons, en criant : »Non ! Non ! » Nous voulons la justice, mais nos dols sont factices ! Et l’œil d’or du pigeon ? Et la toile d’araignée qui brille ? Mais c’est que nous rageons ! On nous prend pour des billes ! Quoi ? Le roi et la reine, c’est nous ! Le reste à genoux !

      Nous sommes les egos ! Go ! go ! Nous allons au boulot ! Go ! go ! Au pays des tops ! Au pays des taupes ! Nous aimons not’ porcherie et nos groins derniers cris ! Tu bavasses, il bavasse…, vous bavassez, ils bavassent ! A la chaîne les thèmes ! Tapons sur le système ! Et la fleur et le ruisseau ? Non, mais tu nous vois comme des sots ! C’est ça l’injure suprême ! C’est nous de l’Univers la crème !

     Nous sommes les egos ! Go, go ! Nous allons au boulot ! Go ! Go ! Acheter ! Acheter ! Magasins zinzins ! Broute route ! Broute route ! Béton égale tétons ! Sexe au complexe ! Agent, argent ! Rien ne vaut notre orgueil ! C’est pour ça qu’on gueule ! Et l’autre ? Quel autre ? Avec l’abîme en prime ! On est en prison et on voit pas la raison ! Jamais contents, sale temps !

     Nous sommes les abrutis, avec nos appétits ! Et les nuages ? Plutôt le carnage ! Et notre gravité, not’ sérieux ? C’est vieux et l’amour-propre irrité ! Nul don ! Nul sacrifice ! Nul renoncement ! Nul amour ! (C’est pour les anoures!) Nulle grandeur ! Nul pardon ! Dans not’ boîte à chaussures ! Mais la haine, le bruit, l’avidité, l’égoïsme, ça c’est sûr ! La sournoiserie, le mépris, ça c’est mûr ! Seule la mort nous délivre ! Seule la mort nous fait moins pitres !

     Nous sommes les egos ! Go ! go ! Nous allons au boulot ! Go ! go ! Et nous voilà bien à plaindre, avec nos maladies ! Et nous voilà bien à plaindre avec nos non-dits ! Parkinson, Alzheimer, cancer, schizophrénie ! Que de souffrance qu’on nie ! Car toujours le culte de soi, la haine courent derrière, comme sous la soie ! Et nous voilà bien à plaindre avec nos mensonges et nos pauvres songes ! Et nous voilà dans la nuit, maudissant notre ennui ! Mais rien ne vaut l’orgueil et c’est pour ça qu’on gueule !

     Nous sommes les egos ! Go ! go ! Nous allons au boulot ! Go ! go ! Et le chant de la pluie ? Et l’épi mûr ? Et la rosée dans l’herbe ? Et le vent et le silence ? Et l’oubli ? Et l’espoir ? Et la pierre qui craque au soleil ? Et la mer glauque et froide ? Mais nous disons : « Rien ne va plus ! Faites vos jeux ! » C’est la prison du je ! Rengaine du nombril, jamais rassasié ! Malheur de l’ego sans pitié ! Fatigue, esclavage, maladie, c’est notre joug ! Où est l’enfant qui joue ? Où est l’innocence ? Pas dans nos ersatz de sens ! Perdus, nous réclamons notre dû !

     Nous sommes les egos ! des héros et des zéros ! Go ! go ! Nous ne cherchons pas ! Nous avons peur… à chaque pas ! du ridicule surtout ! Et nous voilà bien à plaindre avec toute notre violence, nos meurtres, nos viols, notre destruction, notre folie ! Ah ! Mais changer, ça non ! C’est pas moi, c’est lui ! Ah ! Mais changer, ça non ! Ouvrir son cœur, devenir une fleur ! Être doux avec les fous ! Rire de sa haine, aimer même le méchant ! Être grand, être immense dans le chant ! Ne pas gagner, ni triompher, mais aimer encore et encore ! Voilà l’aventure, loin des durs ! Voilà le chant immense ! Voilà que tout commence !

     Mais nous sommes les égos ! Go ! go ! Nous allons au boulot ! Go ! go ! Rien ne vaut notre orgueil et c’est notre deuil !

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     A est un ego de première classe ! C’est un décideur, un notable ! Il n’est pas riche cependant et n’est même pas issu de la bourgeoisie ! Il s’est élevé quasiment seul, a fondé une famille et s’est engagé politiquement ! Il a un idéal en ce qui concerne la société, la justice, la droiture ! Il a une vision qu’il veut faire partager, ce qui passe par rendre service à l’autre, pas seulement personnellement, mais encore en aménageant la cité !

     A se voit donc comme quelqu’un de responsable et d’utile, même s’il a une étiquette politique, ce qui lui suscite bien entendu des adversaires ! D’ailleurs, d’un point de vue catholique, A est en accord avec l’Évangile, puisqu’il est de droite (loin des rouges athées!), père de famille, qu’il va à la messe et essaie de faire le bien !

      Aussi est-ce ce portrait « flatteur » que A présente dans la presse, où il est apparaît tel un bienfaiteur modeste, mais déterminé et qui ma foi a conservé des goûts simples, en rapport avec son origine paysanne ! Pour résumer, on a donc un homme d’abord préoccupé par le bonheur de ses enfants, par conséquent dépourvu d’ambitions, et qui se soucie plus de ses concitoyens que de lui-même ; ses détracteurs étant caractérisés par leur manque de rigueur budgétaire et leur amour du désordre !

     En France, la scission, la fracture entre la droite héritière de la noblesse et du clergé et la gauche née de la révolte du peuple, sans oublier la violence des sans-culottes, semble irrémédiable ! Et pourtant nous provenons tous du même moule, à savoir du règne animal, ce qui veut dire que notre comportement tend toujours à la domination, quels que soient notre couleur politique ou notre sexe ! Se croire sans égoïsme, seulement altruiste, au service de la justice, vient d’une hypocrisie foncière ou d’une cécité produite justement par le bouillonnement des appétits ; l’ego de droite maîtrisant mieux sa fureur !

     Cependant, la société vit sans doute grâce à son vernis et son fonctionnement doit être huilé ! S’il fallait à chaque fois, pour n’importe quelle démarche, en venir au fond, toucher à des vérités qui gênent, on n’en sortirait pas et ce serait même par trop épuisant ! Nous nous contentons donc d’obtenir des résultats et laissons ce qui fâche à l’intérieur de nous-mêmes, mais ainsi le malentendu demeure, le malaise aussi jusqu’à la prochaine crise ! Par exemple, la foi reste inacceptable pour la gauche, tant que des gens comme A, somme toute dans l’aisance, en témoignent ! Pour se réconcilier le pauvre, le croyant doit lui-même être pauvre, ce qui veut dire surtout qu’il est rejeté et méprisé, comme Jésus l’a été par le clergé de son temps !

     A ne peut donc pas réparer la fracture entre la droite et la gauche, latente dans notre société ! Au contraire, il l’entretient par son mépris à l’égard du camp adverse, qu’il voit comme irresponsable, sale, braillard, etc. ! De même, A ne comprend pas pourquoi il devrait respecter la nature, car il voit la beauté comme accessoire et en effet, celle-ci ne sert pas ses ambitions et même paraît les ralentir ! A côtoie la beauté seulement le dimanche, quand il se promène en famille, et après avoir dit : « C’est beau ! » et respiré un bon coup, il revient rapidement à ses projets, c’est-à-dire à l’extension de sa ville, ce qui entraîne toujours plus de routes et de béton !

     La gauche ne fait pas mieux de ce côté, bien qu’elle lutte contre l’inaction climatique du gouvernement ! Mais elle voit toujours la nature sous l’angle de son exploitation et pour elle il faut une transition écologique, surtout parce que celle-ci dérange les gros pollueurs, les riches ! C’est encore une manière d’attaquer le pouvoir, afin de l’obtenir, car pas plus que l’homme de droite, l’homme de gauche est capable d’admirer la nature et donc de calmer son égoïsme ! L’illusion, donnée par la haine, est de se persuader que seul le capitaliste est coupable, comme si soi-même on était né dans un chou, échappant à la domination animale ! Pour sauver la planète, il ne suffit pas de diminuer le taux de CO2 ! Il faut encore la regarder autrement, l’aimer dans le sens où la beauté nous apporte la paix, ce qui nous conduit à nous affranchir de notre ego !

      Toujours est-il que, partout où il se trouve, A cherche à être le centre d’intérêt : il a réussi et il connaît les arcanes du pouvoir ! Il fait partie de l’élite ou peu s’en faut, et il tient à ce qu’on le sache ! Il n’est pas rare que A s’efforce de captiver son auditoire par de bons mots ou des anecdotes ! Ainsi A ne sépare aucunement son travail de la satisfaction de son orgueil et il serait bien étonné, si on essayait de le faire ! Pour lui, la réussite sociale est parfaitement naturelle et c’est aussi le point de vue de l’Église, qui voit A comme un gardien de sa morale ! Mais l’Évangile nous enseigne bien autre chose, notamment que la foi est une histoire d’amour, de confiance et que celle-ci tend donc à diminuer notre haine ! Or, cela n’est possible que si nous abandonnons notre orgueil ! S’en nourrir ne peut que mener au déchaînement, quand il est contrarié ! On parle alors d’insulte, de scandale et on rêve de vengeance !

     Ce même comportement se retrouve chez la gauche, qui semble toujours à cran ! Cela vient de son sentiment qu’elle n’a jamais le pouvoir et qu’elle est exploitée ! Même quand elle gouverne, elle se dit victime d’une puissance supérieure, comme la finance internationale ! Cette rage, contre des forces obscures, s’explique par la soif de tout contrôler et par la peur de ne pouvoir y parvenir ! Mais, alors que A bénéficie de la caution de la religion, la gauche utilise celle du pauvre : ce n’est pas pour elle qu’elle combat, mais pour les plus démunis, les plus faibles ! A ce compte-là, il lui est également impossible de distinguer son orgueil de sa lutte politique et donc d’en prendre la mesure ! Ainsi, ni la gauche ni la droite ne peuvent sauver la planète ! Car, rappelons-le, c’est la beauté qui nous ouvrira le futur, à condition que notre ego reste sur le bord de la route !

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     Comment regarder la nature ? Jésus dès le début dit : « Vous voyez ce lys ? Eh bien, moi, je vous dis que Salomon dans toute sa gloire n’a jamais eu un tel éclat ! » Puis, Jésus rajoute aussitôt : « Aussi je vous dis : ne vous tourmentez pas pour votre nourriture ou votre habillement ! Car votre père qui est là-haut sait de quoi vous avez besoin ! Mais préoccupez-vous plutôt de votre esprit et de votre amour pour Dieu ! »

      Jésus établit une relation logique entre la beauté de la nature, qui est sans égale, et la foi ! En effet, la beauté nous enseigne que Dieu nous aime à l’infini et que sa générosité est sans bornes, puisque dans une simple fleur, que nul n’a fait pousser et qu’on peut trouver par milliers, il y a plus de splendeur que l’homme sera capable d’imaginer ! La beauté de la nature constitue une preuve, une base, à laquelle d’ailleurs revient souvent Jésus pour se détendre, se ressourcer !

      Certes, la nature est matérielle, les plantes et les animaux s’y livrent une lutte sans merci et nous sommes bien obligés de l’exploiter, pour survivre, mais plus nous l’admirons et plus nous pouvons avoir une idée de Dieu et l’aimer ! La beauté de la nature devrait nous tranquilliser, car que nous sommes chez nous est son message ! Heureux celui qui s’émerveille devant la nature et on comprend quelle tragédie apparaît quand nous sommes coupés d’elle et de son réconfort !

      C’est pourtant ce désastre (le mot n’est pas trop fort!) que nous subissons aujourd’hui, notamment avec le réchauffement climatique, qui nous rend la nature hostile, tout en menaçant notre avenir ! C’est là le résultat d’une longue usure, d’un piétinement inexorable dû à l’ego ! Ce n’est pas le fait d’une population mondiale toujours plus grande et qui a donc des besoins toujours plus nombreux ! Le principal responsable est notre égoïsme !

      Mais encore faut-il le distinguer ! Revenons cependant un peu en arrière… L’évolution est fondamentalement une individualisation, puisque les organismes y deviennent de plus en plus complexes, et cela veut dire, pour nous les hommes, que nous cherchons naturellement à nous développer et à conquérir notre liberté ! Ainsi nous prenons conscience de notre personnalité, ce qui nous conduit à combattre toute entrave, même si nous acceptons les lois qui nous permettent de vivre ensemble ! C’est ce qui fait notre humanisme, le respect de soi et des autres !

      Nous nous opposons donc tôt ou tard à tous ceux qui nous disent comment penser et la religion a vu ses dogmes contestés et son influence quasiment réduite à néant ! Ce qui nous a éclairés et soutenus dans cette quête, c’est la raison, l’objectivité et par conséquent les progrès de la science ! Comme la beauté est considérée comme subjective, elle échappe au champ de la science, qui la range tel un ornement, une chose secondaire, un plaisir annexe ! Pire, le freudisme notamment soutient que l’artiste, en s’attachant à la beauté, ne le fait que par impuissance, pour y rechercher un substitut à sa pulsion sexuelle ! L’attrait pour la beauté serait alors maladif, produit par la névrose !

      Tout ce travail de sape, qui était apparemment nécessaire, nous a séparés de la beauté de la nature et a rendu muet son message, à savoir que nous sommes aimés et que nous pouvons en être en paix ! Nous voilà des êtres inquiets, tourmentés, hagards, sans but et de plus en plus violents et désespérés ! Ceux qui se font encore les chantres de la raison sont aveugles et naïfs, d’autant que nos origines se perdent dans le vague ! Notre seule bouée de sauvetage, c’est notre égoïsme ou notre ego ! C’est faire tourner le monde autour de nous, comme s’il était nôtre ! Ainsi s’expliquent tous les replis sur soi et tous les acharnements, même intellectuels ! Ainsi l’anonymat devient odieux et provoque la haine ! Ainsi l’échec est intolérable et l’orgueil notre dieu !

      Pour nous rassurer, nous nous regroupons dans les villes et dévorons la campagne ! Il nous faut la puissance et nous saccageons notre planète ! Nous l’exploitons outre-mesure, pour ne pas en perdre une miette ! C’est que notre ego est insatiable ! Pensez donc : il nous faut la plus grosse voiture, la maison la plus grande, la meilleure position sociale, etc. ! Notre salut est notre réussite, notre supériorité ! Cela donne une foire d’empoigne de plus en plus dure ! Nous sommes incapables de renoncer et d’en sourire ! Nous voilà comptables haineux, à des années-lumière de la beauté et nous n’en finissons pas de rouler la nature, comme un vieux tapis qui gêne !

     Nous avons perdu la clé de notre innocence, de notre légèreté, de notre confiance, alors que nous pouvons la retrouver dans l’émerveillement et l’humilité ! L’enfant qui est en nous ne demande qu’à croire, qu’à aimer et il voudrait s’enchanter, mais notre triste ego est son bourreau !

                                                                                                      40

     L’ego et la lumière discutent… L’ego est très agité : « Je ne sais pas comment tu peux rester aussi calme ! dit-il.

_ Bof ! répond la lumière, qui coupe ses ongles.

_ Comment ça, bof ? Mais… mais tu te rends pas du tout compte de ce qui se passe !

_ Qu’est-ce qui s’ passe ?

_ Mais c’est pas vrai ! C’est pas vrai ! La… la canicule ! Et si on commençait par ça !

_ T’as raison, ça c’est dur ! Mais que veux-tu qu’on y fasse ? Va falloir s’adapter, comme on dit...

_ Mais… mais il faut lutter contre l’inaction climatique, attaquer les gros pollueurs ! Faut qu’ ça bouge, qu’ ça change ! Ça peut pas continuer comme ça ! On étouffe, on manque d’eau !

_ Qu’est-ce que tu vas faire ? Monter à Paris pour brûler des palettes et casser des magasins ? Tu f’rais mieux de t’assurer que tu tries bien toi-même tes déchets, que t’as bien compris à quoi sert le vrac et que tu l’utilises au mieux ! Puis, y a sûrement des ruisseaux à débroussailler dans l’ coin ! Si tu les éclaircis, tu favorises la vie ! Un point pour toi ! Évidemment, t’auras le front en sueur, c’est du taf !

_ Mais de quoi tu parles ? Moi, je pense aux grosses cheminées ! T’en as déjà vues, j’ suppose ! Hein, celles qui fument à grosses volutes sans s’arrêter ! Et les exploiteurs, les requins de toutes sortes ! Ceux qui accaparent l’eau, qui détruisent les sols, pour le gaz de schiste notamment ! Hein, t’es quand même au courant, dans ta bulle ! Y a quand même du courrier qui arrive à ton château du bois dormant ! Ce sont ces méchants, ces chevaliers noirs, si ça peut t’aider, qu’il faut combattre ! Le dragon du mal est toujours au fond de la grotte !

_ Méfie-toi, t’es au bord de l’apoplexie ! J’ voudrais bien croire à ta sincérité, mais j’ peux pas ! D’abord qui vas-tu rendre responsable, contre qui vas-tu crier ? Le gouvernement, j’ me trompe ? Comme s’il était au service des pollueurs, comme si c’était aussi simple, comme si lui-même n’avait pas intérêt à sauver sa propre peau, comme si nous n’étions pas tous embarqués ? Mais la haine t’aveugle ! Et tu sais d’où vient cette haine ? Du sentiment qu’on te manipule, qu’on te méprise ! C’est ton ego qui souffre ! Mets-le en veilleuse et j’ te dirai bienvenu dans le monde réel !

_ Ça y est, encore un sermon !

_ Sais-tu que certains, pour ne pas dire beaucoup, polluent juste par haine ! Ils lâchent dans la nature leur canette ou déversent des immondices, dans un endroit paradisiaque, rien que pour montrer combien ils méprisent le monde qui les entoure ! Parce que, tiens-toi bien, ils estiment qu’on ne s’occupe pas assez d’eux ! Ils sont en colère contre le système, car ils ont l’impression d’être lésés, tout comme toi !

_ Et l’injustice ? Elle existe bien l’injustice ! C’est elle qui m’ révolte !

_ Comment peux-tu espérer être juste, avec un cœur plein de haine ?

_ Mais je t’emmerde, la lumière ! J’ t’emmerde ! T’as pas vu la rentrée ? Mon Dieu, mon Dieu !

_ C’est si grave que ça ?

_ Revoilà Bambi ! Attends, j’ t’énumère ! Les écoles brûlées ! L’INFlation ! La Récesssion ! Le PIB plus bas que la dette ! Les acquis sociaux en berne ! Toujours le président des riches ! Les promesses sur la baisse des impôts, tu r’passeras, mon bonhomme ! Crois-moi, la coupe est pleine ! On est assis sur une bombe, la lumière, sur une bombe ! C’est un scoop ! Prépare-toi !

_ Bof !

_ Bof ? Comment ça, bof ? Ça te suffit pas ? Y a urgence à Malibu, man ! Pin pon ! Pin pon ! Faut sortir du coma ! On est arrivé à l’hôpital !

_ Et si tu commençais par admirer un peu le ciel ! Il était superbe tout à l’heure ! Et puis tu regarderas les oiseaux ! Non, parce que, quand tu vocifères, eux, ils volent ! On est lourd et comme ils sont légers !

_ C’est tout ce que tu trouves à dire ? On est devant un mur et tu déclames un poème ! Moi, je sais où est mon devoir ! Où est-ce que j’ai mis ma 22… ?

_ Ils doivent reprendre une année et ne voient aucune espérance ! Seulement des problèmes ! Et la porte du futur leur est fermée, par le réchauffement ! D’où angoisse ! D’où colère ! S’ils donnaient un véritable sens à leur vie, ils riraient !

_ Mais de qui tu parles ?

_ De toi… et de tout le monde ! Si vous aviez une source d’eau fraîche dans votre esprit, vous resteriez calmes et dispos !

_ J’ suis d’accord ! Faut pas oublier de penser à soi ! « Cultiver son jardin ! », comme disait Volmaître !

_ Donner un sens à la vie, ce n’est pas penser à soi… Mais bon, j’ vais pas encore m’ fatiguer !

_ Non, surtout pas ! Les autres se crèvent pour toi, c’est largement suffisant !

_ Relax ! J’ t’ai déjà dit que tu t’ fais du mal ! Respire ! »

 
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