Des obsessions

  • Le 13/04/2018
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Des obessions

 

 

 

 

 

    Le mot obsession n'a plus de sens véritable aujourd'hui, même pour la psychologie moderne, parce qu'elle croit être à la source de tout et qu'elle ne peut plus concevoir un combat, un engagement en dehors d'elle! En effet, l'obsession est devenue avec le temps une idée fixe, une pensée de laquelle ne peut plus se détacher son auteur; comme s'il était maintenant douteux d'avoir des convictions et de les défendre! 

    A ce compte-là, Darwin et Freud sont des êtres obsessionnels; bien que des scientifiques puissent me rétorquer que c'est faux, puisque la science a démontré la validité de leurs découvertes. En ce qui concerne Darwin, c'est exact, quoiqu'aujourd'hui il soit impossible de voir l'Evolution comme son inventeur; car notamment la nature progresse aussi par sauts; alors que l'inverse était tel le compte en banque de Darwin; mais on ne saurait expliquer autrement la rareté des fossiles mis à jour de par le monde!

    Dans le cas de Freud, il serait assez simple actuellement de montrer avec exactitude, grâce aux IRM en particulier, que la pulsion sexuelle refoulée n'est nullement à l'origine du rêve, mais qu'elle ne fait que participer à sa construction, au même titre que les pulsions de faim ou de colère, pour ne citer qu'elles! Or, la pulsion sexuelle est la clé de voûte de la psychanalyse freudienne et que Freud ait pu expliquer toute névropathie masculine par une homosexualité refoulée ne peut que laisser sans voix! Dans quel monde vivait le savant autrichien? Ignorait-il vraiment que les hommes et les femmes se détruisent pour des raisons naturelles, ce qui produit la plupart de nos traumatismes? Ici, on se rend compte à quel point la science est aveugle sur la réalité, et sa bêtise vient essentiellement de son égoïsme! C'est celui-ci qui nous enlève notre lucidité et nous maintient au pays de Candy! Mais allez expliquer ça à des psychanalystes, alors qu'ils se croient justement dans le secret des dieux! (De toute façon, plus je considère la psychanalyse et plus je suis abasourdi par sa pauvreté d'âme! Ses propos sur l'art notamment sont aussi faux qu'abjects!)

    Mais pour en revenir à l'exemple de Darwin, on pourrait dire que la postérité a donné raison à Van Gogh ou à Baudelaire et que donc ils n'étaient pas plus que Darwin des êtres obsessionnels! A moins que l'on ne considère que l'approbation du plus grand nombre n'a pas force de loi... On prend par là une direction scabreuse, comme beaucoup d'autres concepts de la science... Mais en fait, pour que le terme d'obsession puisse de nouveau être parfaitement utilisable, il faut revenir à son sens premier; celui qu'on trouve dans les encyclopédies médicales des années trente; où on appelait encore la dépression neurasthénie, qui disait bien de quoi il retourne!

    L'obsession est une chose que l'on fait, bien qu'on la sache ridicule ou absurde, parce qu'elle permet d'échapper à une angoisse, une anxiété! Comme toutes les définitions, celle-ci n'est pas claire, mais les exemples l'expliquent immédiatement... Vérifier deux fois (ou plusieurs!) qu'on a bien éteint sous le gaz ou bien fermé sa voiture est une obsession. On sait que c'est inutile, mais on ne peut s'en empêcher; car on n'ose imaginer quel drame se produirait en cas d'erreur!

    Mais il est des obsessions moins évidentes... Par exemple, Nadal est un joueur de tennis obsessionnel, ainsi que beaucoup d'autres, comme Gasquet ou Serena Williams! Après avoir bu et de sa chaise, Nadal replace très précisément ses deux petites bouteilles sur le sol... Elles doivent être à une certaine distance et l'espace qui les sépare est lui aussi rigoureux. Cet acte demande toute l'attention du joueur et sur terre battue, les bouteilles sont légèrement enfoncées, afin que le vent ne les renverse pas!

    Si jamais l'une des bouteilles tombe, au moment où Nadal retourne sur le court, il revient la remettre debout: il ne peut pas jouer tant que les deux bouteilles ne sont pas correctement placées! C'est une condition nécessaire à son équilibre!

    De même, le joueur, avant chaque service, réajuste sa tenue; comme s'il craignait qu'elle n'arrêtât son geste! Ce qui n'est pas le cas bien entendu, mais Nadal se dégage de cette manière de l'oppression qu'il ressent pour servir! Il ne peut faire autrement et on assiste à un rite!

    La superstition est aussi une obsession et la raison devrait nous permettre de nous en moquer! Mais l'individu ne veut pas d'elle ou n'a pas la force de l'utiliser et il préfère obéir à sa peur: il évite l'échelle, le chat noir, le vendredi 13 et il remet le pain à l'endroit! C'est ce qui le soulage!

    Regarder son intérieur, avant de sortir de chez soi, comme si on avait oublié quelque chose, est encore à caractère obsessionnel... En fait, on veut avoir l'impression que tout est en ordre, pour être prêt à se retrouver dans la rue! On fait face à une inquiétude impalpable...

    Se mettre beaucoup de parfum, se laver les dents ou avaler un chewing-gum avant un entretien, ou vérifier encore que sa braguette n'est pas ouverte peuvent être toujours considérées comme des obsessions... En effet, ces actions ne sont pas indispensables, mais elles sont produites par l'inquiétude et servent à nous rassurer; car nous avons tous peur et nous sommes donc tous plus ou moins obsessionnels! Et ceux, qui par leur mépris, leur arrogance ou leur agressivité, font croire le contraire, sont les pires ennemis du progrès! La terreur est le remède de l'égoïsme le plus fort contre l'angoisse!

    Cependant, l'obsession peut être assez grave... Elle peut agir comme une plaie douloureuse dans certains cerveaux... Elle est alors comme une sorte de leitmotiv blessant et qui incite la personne qui en souffre à agir contre sa volonté! C'est un combat amer et très pénible, d'autant qu'il semble inexplicable, dépourvu de sens!

    En tout cas, on l'aura compris, l'obsession signale toujours une fragilité psychologique plus ou moins grande! Elle est là apparemment comme un repère! On doute de soi et on semble avoir besoin d'une "béquille" (le tabac en est une autre...)! L'individu a l'impression qu'il pourrait s'échapper de lui-même, comme si le vent allait l'emporter, et l'obsession agit comme une ancre! On se comporte comme si une menace invisible planait sur soi, comme si un abîme nous guettait... C'est la névrose qui pèse sur l'esprit!

    La psychologie moderne a essayé de remettre au goût du jour l'obsession en l'appelant TOC; mais une obsession est forcément un trouble et elle est forcément compulsive! Ainsi, cette nouvelle expression est du toc, même si cela fait mauvais jeu de mot, car elle n'est qu'un pléonasme long comme un jour sans pain!

    Il faut voir ici l'influence des Américains, qui sont les champions de l'efficacité et qui ont pris l'habitude de nommer certaines choses par les initiales des mots censés expliquer leur processus... Mais l'efficacité ne suffit pas à l'homme! Les Américains ont encore inventé le supermarché, parce qu'ils considéraient que discuter avec le marchand sur la qualité de ses produits, pour mieux les choisir, était une perte de temps! Le résultat est notre fameuse "tête d'enterrement" dans les supermarchés, car notre individualité n'y trouve pas son compte, parmi tous ces rayons parfaitement impersonnels, ce qui fait que nous voyons nos courses comme une corvée!

    Par ailleurs, la fragilité psychologique, dont témoignent les obsessions, peut être dangereuse pour soi... et pour les autres!

    Si on reprend l'exemple de Nadal, nous savons qu'il a gagné dix fois Roland-Garros, mais ses victoires ont toujours l'air d'une grimace sur son visage, car le joueur s'entraîne et lutte au-delà de ses forces depuis tout ce temps! Sa volonté n'a pas de garde-fous; elle s'exerce sur un cerveau qui n'est pas affermi, que des affections absentes n'ont pas consolidé! Nadal est quasiment son propre bourreau et aujourd'hui son corps dit stop, ce qui fait que le champion disparaît de certains tournois d'une manière apparemment inexplicable. C'est pourquoi aussi le suspecter de dopage est une double peine pour lui et montre une ignorance crasse (surtout pour un ancien ministre de la santé!) du psychisme!

    Mais il est possible que la fragilité psychologique d'un seul fasse également souffrir le plus grand nombre... Hitler notamment n'était pas seulement un voyou ou un monstre, car il aurait été incapable de séduire les masses, mais il était encore un mystique, persuadé qu'il remplissait une mission divine, au profit de la grandeur de l'Allemagne, d'où son pouvoir d'attraction! Mais Hitler prenait des décisions, accomplissait certains actes qu'il ne voulait pas au fond de lui-même, qui le mettaient dans un état de tension extraordinaire (voir le putsch de Munich), sous le joug de sentiments mêlant la culpabilité et l'orgueil. Ainsi apparaît-il le plus souvent comme un clown triste, regrettant d'être là et toujours angoissé. D'autres fois, il est comme un zombie, miné par le manque de sommeil, et ses colères incessantes et terribles montrent assez le surmenage de ses nerfs... Mais on ne va pas le plaindre non plus, bien entendu!

    La psychologie, et ça ne doit pas être une surprise, conseille, en cas d'obsession vraiment handicapante, une psychothérapie! Mais c'est aller vers un mirage, car il est exceptionnel qu'un traumatisme bien particulier soit à l'origine de la fragilité psychique et donc de l'obsession. C'est plutôt un "état" de guerre, qui produit un terrain sans racines, et les souvenirs du patient, comme ses explications, finissent par se diluer dans une logique qui échappe aux cas individuels!

    D'autre part, la psychothérapie, comme je l'ai déjà dit ailleurs, laisse supposer au patient que c'est lui le "problème"; même si la cure vise à sa révolte, à lui donner justice; même si certains thérapeutes, dont on doute de la sincérité, disent admirer le courage de ceux qui font appel à eux!

    Mais le patient ne retrouvera pas toute sa santé, tant qu'il ne sera pas sûr d'avoir été la victime de gens malintentionnés, ou qui ont trouvé avantage à le blesser! Si vous lui dites que c'est toujours lui qui doit changer, parce que notamment il n'est pas assez fort, nul doute que vous ne continuiez de cette façon la litanie et les coups de matraque dont il a déjà été accablé! La justice, a priori, ne condamne pas les innocents!

    En fait, la réponse n'appartient pas à la psychologie, mais relève d'une considération plus vaste. Par exemple, la psychologie parle de parents abusifs ou possessifs, mais si on comprend à peu près de quoi il retourne, de quels comportements il s'agit, on ignore par contre totalement les raisons qui pourraient les expliquer! Les expressions parents abusifs ou possessifs ont l'air autonomes, comme si les êtres étaient ceci ou cela à cause du Saint-Esprit! Et c'est encore là une occasion révélant les limites de la science, mais cette dernière, dès qu'elle trouve un mot, "joue" avec comme si elle ne l'avait pas inventé! C'est un phénomène d'autant plus troublant, que ce mot changera demain!

    Les choses prennent meilleure tournure, si on revient à mon credo, bien qu'il puisse précisément sembler un rabâchage symptomatique de la dépression! N'a-t-il pas justement un caractère obsessionnel?  N'ai-je pas tort de m'attaquer au cartel de la psychologie?

    Mais je vois plutôt ma pensée comme mon bébé, que j'élève et que je nourris, à l'instar de Darwin ou de Pasteur qui approfondissaient leurs théories. Je souffrirais alors d'un manque de maternage? Ou bien serais-je jaloux de la notoriété scientifique? Tout homme n'est-il pas un gouffre insondable?

    Plus sérieusement et pour ceux qui prendraient le train en route, je rappelle que nous voulons instinctivement dominer et que nous sommes a priori tous des tyrans! Et qu'est-ce qu'un parent abusif ou possessif, sinon un parent qui ne veut pas perdre le contrôle qu'il exerce sur ses enfants, qui cherche à ressentir le pouvoir dont il jouit à leurs dépens! Hésitera-t-il, ce parent, pour arriver à ses fins, à mépriser sa progéniture, à la diminuer, la blesser, la battre et même à la briser? Fera-t-il de sa descendance des êtres respectueux d'eux-mêmes, confiants dans l'avenir, à l'aise en société?

    S'il est facile de répondre à ces questions, encore faut-il comprendre pourquoi la situation qui produit des obsessions est la plus courante! Car la question n'est pas: "Quel est le traumatisme?", mais bien: "Comment pouvons-nous être heureux sans dominer?"!

    Tant que nous voulons être le chef (le Duce ou le Führer!), nous écrasons les autres et les plus faibles en souffrent toute leur vie! Combattre les obsessions demande une remise en question profonde de la société, et ce n'est pas là, bien entendu, la seule affaire de la psychologie!

    Verra-t-on un jour les hommes animés par le souci de trouver un sens à leurs vies, autre que celui de triompher, de se montrer supérieurs aux autres! Les verra-t-on accomplis enfin! ou tout du moins déjà curieux?

    Malheureusement, au train où vont les choses, je ne risque pas d'assister à cette nouvelle aurore!

 
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