ULTIMA (3-5)

Le 06/06/2026

R135

 

    "Un solat préfère la mort à l'humiliation! Tuez-les tous!"

                                      Valérian et la Cité des mille planètes

 

 

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     « Qu’est-ce que ça veut dire ? demande le duc. Pourquoi nous voit-on dans le passé ?

_ Je ne sais pas… lâche Ratamor. Il doit y avoir un bug quelconque… Je ne m’y connais pas en informatique…

_ Toutes les autres caméras ont l’air de fonctionner, précise monsieur Nuit.

_ Est-ce qu’elles couvrent toute la station ? interroge Lapsie.

_ Non évidemment, seulement les secteurs clés, comme les croisements…

_ Cela veut dire qu’il faut continuer à explorer la station, pour savoir s’il y a encore des survivants !

_ Je me demande si…

_ Oui, professeur ?

_ Eh bien, nous sommes devant un mystère complet, non ? Quand on voit ces images, on pourrait se demander si elles ne sont pas d’une autre réalité quantique !

_ Vous parlez d’un monde parallèle ? Mais il eût fallu un passage, non ? Nous aurions senti quelque chose !

_ Évidemment, je n’émets qu’une hypothèse…

_ Bon, ben, en attendant, conclut le duc, on va faire comme le suggère Lapsie ! On se répartit en deux groupes et on continue de visiter la station ! On sera de nouveau sur du solide ! »

Personne ne fait d’objection et Lapsie et Ratamor, ainsi que trois soldats, se retrouvent ensemble et sont chargés des étages inférieurs de la station… Ils suivent des couloirs, puis découvrent un secteur visiblement consacré au sport… « L’activité physique est indispensable pour une bonne santé mentale ! », approuve Lapsie et le groupe pénètre naturellement dans une immense salle, qui paraît tout de même démesurée !

« C’est curieux, dit Ratamor, je ne vois aucun équipement ! » En effet, là où l’on s’attend à trouver par exemple des panneaux de basket, il n’y a rien et aucune trace sur le sol, qui indiquerait le sport pratiqué ! On voit tout de même sur les murs d’étranges slogans : « Sois fort contre la Chose ! », « La Chose ne t’aura pas ! », « A mort la Chose ! »

« Vous avez déjà vu ça, professeur ? demande Lapsie.

_ Jamais à vrai dire… et ça n’a rien de rassurant ! Mais qu’est-ce que… ? »

Un soldat, un peu plus loin, manipule un tableau de bord et un changement se fait sentir dans le plafond, qui s’ouvre ! Soudain, une pluie froide, glaciale même, commence à tomber de plus en plus forte ! Des boules de givre viennent marteler le groupe, obligé de courber le dos, pour se protéger !

« Mais arrêtez ça ! Nom de Dieu ! » crie Ratamor au soldat, mais celui-ci montre toute son impuissance ! « Tous vers la sortie ! » hurle à son tour Lapsie et on file tant bien que mal en direction de la porte, qui malheureusement est fermée ! Au même moment et sans doute à cause des efforts du soldat, la grêle et la pluie s’arrêtent, mais elles sont remplacées par un bruit énorme de soufflerie et rapidement la température augmente !

Au début, cela sèche les vêtements et fait du bien, mais la chaleur ne cesse de croître et on halète bientôt, avec l’impression d’être dans un four ! « La canicule maintenant ! s’écrie Ratamor. Dingue !

_ Et les portes sont toujours fermées ! rugit Lapsie. On va suffoquer ! »

Ratamor, en transpirant, se dirige vers le soldat, qui essaie toujours de trouver la bonne solution… « Arrêtez ! lui lance Ratamor, je vais... » Mais il est coupé par la descente d’un des côtés de la salle et ce qu’il voit lui glace les sangs ! Une vague, une vague immense en sort ! « Un tsunami ! » murmure le professeur et la vague déferle sur le groupe, l’emportant telles des brindilles !

C’est la panique ! On a la tête sous l’eau ! On cherche de l’air et quand on refait surface, on voit qu’on nage à mi-hauteur de la salle et que le niveau continue de monter ! On ne voit pas de solutions et toujours ce grondement autour ! On se débat et le plafond se rapproche ! « Cette fois, c’est la fin ! se dit encore Ratamor et il ferme les yeux…

Mais une sirène se déclenche et c’est sans doute une alerte, car l’eau stoppe à quelques centimètres du plafond, avant que la salle ne commence à se vider ! On descend rapidement, presque aussi vite qu’on est monté, et on est laissé sur le sol humide ! « Ne touchez plus à rien ! crie Ratamor au soldat.

_ Mais enfin qu’est-ce qui s’est passé ? lui demande Lapsie.

_ J’ai idée, répond le professeur encore essoufflé, j’ai idée que cette salle servait à s’entraîner contre les « attaques » de la Chose, si je puis dire !

_ Non ? Sérieux ?

_ Vous voyez une autre explication ? N’oubliez pas le but de la station : vivre sans la Chose, ce qui pousse aussi à lutter contre elle !

_ On formait ici des guerriers contre la Chose ?

_ De même que vous avez été formée à combattre ! Bon, reprenons tout avec calme ! »

Le professeur est maintenant devant le tableau de bord : « C’est l’ouverture des portes qu’on veut ! dit-il. Et voilà ! » On entend un clic et Ratamor a un sourire pour Lapsie, avant que le groupe ne quitte les lieux !

                                                                                                               4

     Deux soldats de Lapsie se retrouvent à explorer un endroit étrange, qui semble plongé dans l’obscurité, pour mieux faire ressortir des éclairages, des figures, des signes… « Où est-ce qu’on est ? demande l’un des soldats.

_ Chais pas…

_ Sinistre ! »

L’autre approuve de la tête, mais ils doivent tous deux prendre un escalier biscornu, qui monte bientôt jusqu’à un palier vertical ! C’est normalement impossible, mais, à la grande surprise des soldats, leurs pieds continuent d’adhérer et les voilà eux-mêmes perpendiculaires au mur ! Ils poursuivent et ils ont maintenant la tête en bas, alors qu’ils descendent d’autres marches ! Ils commencent à suer à grosses gouttes et l’un d’eux s’écrie : « J’ai envie de vomir !

_ Moi aussi ! Mais on est où ici ? »

Soudain, sur un écran, on voit de pauvres gens derrière des barbelés ! Ils ont le crâne rasé et sont vêtus d’une sorte de grossier pyjama… Leur regard est vide et pourtant ils interrogent la caméra ! « Les pauvres gens ! fait l’un des soldats, malgré sa position extraordinaire.

_ Ouais, tout ça, à cause des fascistes ! répond l’autre.

_ Les rouges ont fait pareil…

_ Hein ?

_ Ben oui, ça pourrait être aussi bien un goulag qu’un camp de concentration !

_ Non mais, écoutez-le ! Je savais pas qu’ t’ étais fasciste !

_ J’ savais pas qu’ t’ étais rouge ! »

Les deux hommes se regardent avec colère, puis s’empoignent ! Ils cherchent à se déséquilibrer et finalement ils chutent dans l’escalier, dévalent les marches et s’arrêtent sur le sol ! Mais ne sont-ils pas au plafond ou bien la pièce n’a-t-elle pas tourné ? Ils ne savent plus par où ils sont entrés ! Ils ont perdu tous leurs repères ! S’ils étaient à l’envers, le sang leur remonterait dans la tête et ils le sentiraient ! Mais ils n’ont pas non plus l’impression de s’être remis à l’endroit, depuis qu’ils ont pris cet escalier, qui descendait vers le plafond !

Un sentiment de profonde angoisse étreint les deux soldats ! « On ne va jamais pouvoir sortir d’ici ! fait l’un.

_ Si ! On va y arriver ! répond l’autre. C’est juste une question de patience ! Faut surtout pas qu’on cède à la panique !

_ Et tu crois que je vais faire confiance à un fasciste ?

_ Hein ?

_ Mais oui, t’es un fasciste ! J’ l’ai bien vu tout à l’heure ! Sale ordure !

_ Espèce de sale r… ! Eh ! Attends une minute ! Et si cet endroit servait justement à ça !

_ A ça quoi ?

_ Ben, à exacerber nos haines !

_ Tu crois ?

_ Ben, nous voilà ennemis, alors que nous devrions être frères d’armes ! On nous a d’abord fait peur, puis choqués, comme si on avait voulu nous ouvrir !

_ Peut-être…

_ Écoute, tu me traites de fasciste, mais ce n’est pas vrai…La seule chose, c’est que j’ai peur du désordre, du chaos ! Je tiens à certaines valeurs, à l’ordre, à la tranquillité, ce qui fait que je suis hostile aux changements et même aux étrangers… Je sais que je dois faire des efforts, mais lutter contre sa peur, c’est dur !

_ Et moi aussi, j’ai peur ! J’ai toujours peur d’être manipulé, exploité… par les riches, par ceux qui ont plus d’éducation ! J’ai peur d’être rejeté, de ne pas avoir ma part ! C’est pourquoi je hais le pouvoir, l’autorité, les chefs ! Et puis il y a la misère...

_ Oui, je te comprends ! Alors voilà ce qu’on va faire… On va garder la tête froide, parce qu’on est les meilleurs et qu’il doit y avoir une solution ! Ça va, je te commande pas trop !

_ Non, j’ suis avec toi à 100 %!

_ OK ! »

Les deux soldats se serrent la main et ils entreprennent de ramper en haut ou en bas, peu importe ! Ils sont maintenant à leur affaire et ils sentent bientôt un courant d’air, qui provient de l’extérieur ! Leur épreuve dure depuis trop longtemps, pour qu’ils n’utilisent pas les gros moyens et des grenades sont placées devant ce qui doit être une porte !

C’est l’explosion et la sortie ! Les deux soldats reconnaissent le type de couloirs qui courent dans toute la station ! Ils vont rejoindre les autres de la mission, quoiqu’ils marchent encore comme des vieillards usés !

                                                                                                         5

     Dans la salle d’accueil, au centre de la station, les petits groupes se retrouvent et on fait le point ! « Alors, comment ça s’est passé pour vous ? demande le duc à Ratamor et Lapsie.

_ Pas très bien, à vrai dire…, répond Lapsie. On a atterri dans une salle où…

_ On s’entraîne à lutter contre les attaques de la Chose, comme la canicule, les tsunamis…

_ C’est pas vrai ?

_ Si, enchaîne Lapsie, même qu’on a failli y rester !

_ Bon, barrez la salle en question sur le plan électronique ! On saura qu’il ne faut pas y aller !

_ Et vous deux, vous étiez où ? »

Les deux soldats, qui ont marché à l’envers, doivent répondre… « On est entré dans une sorte de musée ! dit l’un. Il y faisait très sombre et c’était très bizarre, car on s’est retrouvé la tête en bas !

_ Et vous n’êtes pas tombés ? Bizarre, en effet !

_ On pense, poursuit l’autre, que c’est un endroit pour exciter la haine… ou bien pour se réconcilier ! On ne sait pas trop ! En tout cas, on a eu toutes les peines du monde à en sortir !

_ Oui, approuve le premier. Il faut bannir cet endroit !

_ Mais on vous croit sur parole ! Faites comme Lapsie : barrez sur le plan votre musée des « horreurs » !

_ Et vous ? demande Lapsie au duc et à monsieur Nuit. Vous avez découvert quelque chose ?

_ Peut-être que tu pourrais leur raconter, dit le duc à son ami monsieur Nuit. Moi, j’ai pas vraiment le courage !

_ D’accord, d’accord ! Nous aussi, on est entré dans une vaste salle…, où il n’y avait rien ! En tout cas, aucune indication !

_ Sur le plan, la salle a tout de même un nom, coupe le duc, la salle du Temps présent !

_ Voilà un titre bien énigmatique… lâche Ratamor.

_ J’ raconte ou j’ raconte pas ? jette monsieur Nuit. Enfin, nous aussi, on se demandait ce que ça voulait dire ! On était un peu inquiet, quand tout à coup…

_ Whouf ! fait le duc.

_ Un énorme sac, sorti de nulle part, nous heurte de plein fouet !

_ J’en ai encore des bleus ! précise le duc. Car il n’y avait pas qu’un sac, il y en avait plein !

_ Oui, comme s’il en pleuvait ! reprend monsieur Nuit. On ne savait plus où aller ! On recevait des coups de chaque côté ! Finalement, on s’est couché sur le sol et j’ai fermé les yeux ! Et là, les sacs se sont arrêtés ! Incroyable !

_ C’est là, poursuit le duc, que j’ai fait le lien entre les sacs et le nom de la salle ! Et si les sacs étaient animés par nos inquiétudes ? Et si le Temps présent était justement celui qui est sans inquiétudes, quant au lendemain ou au passé ?

_ Pfffiou ! siffle Ratamor admiratif. Vous aviez mis en marche la cafetière !

_ Eh ! On n’avait pas envie de prendre encore des coups !

_ En tout cas, reprend monsieur Nuit, on s’est dit qu’on allait sortir tranquillement de la salle, sans inquiétudes… et ça a marché ! Les sacs sont restés immobiles !

_ Inutile de dire, précise le duc, que nous avons dû piocher sur notre capital nerveux !

_ J’imagine !

_ Bon, encore une salle que l’on peut barrer ! jette le duc. Et…

_ Eh ! Mais, lance un soldat, écoutez-vous ! On dirait une maison de dingues !

_ Quelque chose qui ne va pas, soldat ? demande le duc.

_ S’il y a quelque chose qui ne va pas ? Vous trouvez que la situation est normale ? Où sont les habitants de la station ? Y faut pas s’ leurrer ! Ils sont tous morts ! Et c’est ce qui va nous arriver aussi, avec toutes ces salles qui sont comme des pièges !

_ Nous devons fouiller méthodiquement la station, explique le duc, pour savoir s’il y a des survivants et comprendre ce qui s’est passé ! C’est là notre mission !

_ Exact ! fait Lapsie. Soldat, reprenez-vous !

_ Colonelle, n’approchez pas ou je serai contraint de tirer sur vous ! Vous allez me donner les clés codes du vaisseau… et ceux qui veulent rentrer à la maison peuvent venir avec moi !

_ Soldat, baissez ce fusil…

_ Colonelle, ne tentez pas le diabl… Eh ! Mais qu’est-ce… ? »

A cet instant, le soldat devient de moins en moins visible, comme s’il se diluait dans l’air ambiant ! Paniqué, il se met à crier et les autres se jettent pour l’aider, mais ils ne saisissent que du vide ! Seule l’arme est encore là et n’étant plus retenue, elle tombe lourdement sur le sol ! Le soldat a complètement disparu !

Au même moment, un écran géant s’allume et l’image de Dominator apparaît ! Il demande : « Alors, les enfants, ça se passe comment sur la station ? »

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