De la solitude

  • Le 06/04/2018
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    La solitude est effrayante, perturbante et dans bien des cas, elle semble insupportable! Mais nous allons voir qu'elle est notre futur, qu'elle ne peut être que le fruit de notre maturation! Attention, je ne dis pas qu'il faut vivre seul, mais que nous sommes naturellement conduits à prendre conscience de toute l'étendue et même de toute l'importance de notre individualité! C'est si vrai que ce qui caractérise peut-être le mieux le tyran, c'est son incapacité à vivre en toute indépendance, sans blesser les autres! Mais, pour bien comprendre les choses, nous devons d'abord revenir en arrière, en un temps où l'homme n'existait pas!

    Nous l'avons déjà vu, l'histoire de l'Univers est une lente complexification de la matière et nous pouvons logiquement penser que celle-ci est sans doute à l'origine de l'Evolution et qu'en tout cas elle se poursuit en elle! Plus les organismes apparaissent tard sur l'échelle de l'Evolution et plus ils sont complexes; ce qui veut dire aussi qu'ils sont davantage distincts, différenciés! Ainsi, on peut dire que l'Evolution est l'histoire d'une individualisation! Plus les espèces sont tardives et plus elles peuvent être fières d'accrocher leur boîte aux lettres, devant leur maison, chef d'œuvre de leur vie! Oubliée l'existence obscure des amibes!

    Cette individualisation est encore renforcée par la sélection naturelle: le plus fort se dégage et clame sa suprématie! C'est lui qui aura droit aux meilleurs morceaux et à la joie de se reproduire! A ce stade, la conscience de soi reste bien entendu indéfinissable et pourtant son chemin est déjà tracé; comme si chez les grands mammifères nous n'en étions plus qu'à la lisière; tandis qu'on cherche toujours à joindre la méduse errante! Il ne manque plus en fait qu'un changement biologique déterminant et nous savons déjà qu'il sera produit par la station debout; celle qui permettra théoriquement à notre cerveau de se développer d'une manière exceptionnelle, vertigineuse, superbe, magnifique; puisque nous en sommes toujours à nous demander ce que nous "faisons là", à puiser en nous-mêmes comme dans un rêve sans fin! 

    Evidemment, mon résumé aura de quoi faire blêmir certains scientifiques, car, ne l'oublions pas, l'Evolution se compte en millions d'années, et j'ai l'air de m'y promener comme si c'était le parc d'à côté! Mais comme les scientifiques eux-mêmes ne sont pas avares de bêtises, j'estime pouvoir exposer mon point de vue, d'autant que sa portée dans notre quotidien va se révéler vérifiable et même capitale! Je suis un peu comme un naufragé, qui doit s'organiser avec ce dont il dispose, car autour il n'y a rien pour le faire espérer, ni de vraiment utile!

    Avec l'homme, la conscience de soi devient exponentielle! C'est l'inflation galopante! Mais c'est d'abord le comportement animal poussé à l'extrême! Il n'y a jamais eu de "bons sauvages"! Ce débat des philosophes du siècle des lumières, pour ne citer que lui, n'a plus aucun intérêt! Croire en un âge d'or, en une civilisation antérieure et meilleure que la nôtre est une utopie, une farce! On peut comprendre néanmoins que certains, face aux destructions et à la violence de nos sociétés, puissent idéaliser des peuples du passé et regretter leurs qualités, car bien entendu moins on est nombreux et plus on est solidaire ou plus on respecte la nature par exemple; mais c'est aussi nier l'Evolution, c'est ne pas voir que plus on recule dans le temps et plus l'homme est voisin de la bête! Notre civilisation accorde a priori à la vie humaine plus de prix qu'aucune autre avant elle! 

    Ce qui a préoccupé les premiers hommes, c'est inévitablement la lutte pour le pouvoir, et donc si on habitait une île, on devait se rendre sur celle qui était la plus proche et y casser autant de crânes qu'il était nécessaire, pour que chacun comprît qui était le chef! Toute autre vision est enfantine! Ce qui n'empêche pas la conscience de déjà être à l'œuvre... Elle introduit dans l'esprit des choses étranges, des peurs inexpliquées, des connaissances embarrassantes! L'homme est comme "appelé" vers un destin qui dépasse celui des animaux! Il découvre notamment qu'il va "mourir"! que l'autre peut ressentir de la souffrance! La pensée interroge, place dans une position instable, ce qui favorise le développement! On cherche parce qu'on est troublé! L'humanité sent qu'elle a quitté le port de l'instinct; elle doit partir à l'aventure; même si on continue "allègrement" à tuer!

    Les civilisations antérieures ont donc pu avoir, à côté de la plus grossière sauvagerie, des comportements, des coutumes extrêmement complexes, et qui témoignent de la "richesse" de la conscience; mais les progrès sont très lents, on s'en doute, et notre société elle-même a toujours ce profil, d'associer l'égoïsme aux plus hautes valeurs morales! Un barbare sommeille en nous!

    Il existe certainement chez les animaux des exemples de solidarité et ils ont eux aussi leurs "secrets"; mais il n'en demeure pas moins que le mal vient de chez eux! de la nature! Si les animaux avaient une conscience, s'ils étaient capables de juger leurs actes, comment verraient-ils le lion qui supprime les petits de son rival! Ils le condamneraient sans appel, non? Les manchettes des journaux parleraient du monstre de la savane!

    Le guépard qui laisse choir son frère blessé..., ne serait-il pas accusé de non assistance à personne en danger? Le mâle pie qui chasse la femelle, pour manger le premier, pourrait-il continuer longtemps son manège? Le chat borgne, griffé jusqu'à la chair, n'irait-il pas se plaindre au commissariat?

    Faire le mal n'est rien d'autre pour un humain que d'agir comme une bête, mais une bête qui a le sourire, pourrait-on ajouter! Notre individualisation plonge ses racines dans notre égoïsme, mais il reste à savoir si notre feuillage sera lui pleinement conscient!

    Car le tyran ne voit pas la réalité! Si la seule boussole qu'on se donne est la domination, on n'a pas plus de clairvoyance que l'animal qui obéit à l'instinct! Tout au plus sait-on qu'en dehors de soi, il existe un code de la route et certaines lois, dont on a vaguement entendu parler!

    Pour le tyran, le monde est une pâte à modeler, qui doit se transformer selon ses désirs... Par exemple, si le tyran fait son apparition dans un commerce, il doit être servi immédiatement; ou alors chacun verra sa famille menacée! Aux yeux du tyran, les autres n'ont pas vraiment d'existence réelle! Ils sont là pour servir!

    Pourtant, tous, nous avons subi des traumatismes et nous sommes tous fragiles! Cela veut dire que les inquiétudes et les angoisses ont le même effet sur nous que la mer sur les falaises: régulièrement nous sommes la proie de nos tourments et de nos peurs et nous en souffrons! Nous devons leur résister!

    Personne n'échappe à ce régime et la solution, la réponse du tyran est la plus répandue: dominer, pour sentir de nouveau son pouvoir, sa valeur et donc son utilité! L'angoisse n'a qu'à bien se tenir! Que peut-elle faire quand on est rubicond et adulé?

    Adulé? Aimé? Est-ce qu'on aime, respecte vraiment le tyran! Peut-on être sincère quand on est oppressé, menacé, écrasé? Il me paraît vain d'espérer de la sincérité et un dévouement réel de la part de celui qu'on opprime; et c'est bien là l'erreur foncière des djihadistes notamment! Il vaut mieux pour eux qu'ils achètent des chiens, car une foi ne peut pas s'imposer!

    Mais le tyran compte donc se rassurer, dompter ses inquiétudes, en s'appuyant sur des sentiments qui sont faux, chez lui et chez les autres! Le respect, l'amour dont il croit être l'objet n'existent pas: c'est la rançon de la terreur! Et la voie du tyran ne peut être qu'une fuite en avant: il lui faut dominer toujours plus... Nous le savons, c'est une impasse, car on continue ainsi à créer un monde incompréhensible, hostile, désespérant! Le tyran meurt plein de haine, il juge les autres responsables de ce qu'il sent sa vie comme un échec, puisqu'il n'a pas réussi à être heureux! Il ne comprend pas que son attitude ne lui permettait pas un meilleur sort, pas plus qu'il ne peut imaginer que sa fin soit vécue par son entourage comme un soulagement! Il n'y a là aucune lumière, aucun progrès!

    Nous avons une conscience, pourquoi ne pas nous en servir? Pourquoi restons-nous au stade animal? Il ne nous convient pas! Et c'est là qu'entre en jeu la solitude, même si nous avons des proches ou une famille! Il s'agit de trouver un remède à son angoisse autre que celui de sa domination; ne serait-ce que pour avoir des rapports sains avec le monde! Comprendre qu'on puisse faire souffrir les autres demande d'avoir les yeux ouverts! Et l'égoïsme rend aveugle!

    Vouloir être lucide, ne plus chercher à dominer, conduit forcément à la différence, à la recherche, à s'écarter de la voie commune! C'est faire un pas vers la solitude, inévitablement! Et de suite la température semble baisser; comme si la nuit descendait brutalement! Dans les ténèbres, on voudrait demander: "Holà, y a quelqu'un?"

    Pourtant, l'aventure commence! Comme paraît déjà laid et bête le tyran! Comme a l'air bruyant et superficiel le monde, qui continue de jacasser et de se quereller! quand il ne se détruit pas!

    Evidemment, nous nous construisons dans nos rapports avec les autres et le couple est une bonne occasion de s'améliorer, mais l'attachement est souvent une petite fermeture... Il y a le risque aussi de ne plus dominer seul, mais à deux! La famille notamment peut produire l'exclusion: il y a elle et le monde! (Il n'en demeure pas moins que l'être seul verra régulièrement sa vie comme absurde!)

    Par ailleurs, si la solitude a souvent un goût terrible, c'est bien parce que la majorité n'en tâte pas! Ce qui veut dire que rares sont ceux qui recherchent le bien et le chemin de la sagesse! N'oubliez pas que le tyran préfère haïr tous ceux qui lui échappent, qui ne lui sont pas asservis, qui montrent dans la rue de l'indépendance: c'est tellement plus simple!

    Mais n'est-ce pas triste de rester figer dans son égoïsme? N'est-ce pas misérable d'être le jouet de sa peur? Quelle petite vie que celle du tyran, alors que l'infini frappe à notre porte! Ses grands vents ne demandent qu'à nous porter!

    Les joies de la sagesse sont sans troubles, inaltérables! Celui qui est seul ne peut pas résister à l'angoisse par le mensonge! Sa nourriture est forcément bonne: le pionnier doit trouver des solutions solides, sinon il ne survit pas!

     Et la qualité de sa récolte, de son bonheur est là pour attester de la valeur de son travail! Le sage n'en finit pas de voir qu'il a raison! Ce qu'il comprend se vérifie chaque jour! surtout la cécité, l'hypocrisie, le mal produits par la domination!

    Evoluer, c'est trouver du sens, et c'est pourquoi le sage connaît une joie sans égale! Sa jouissance n'est pas éphémère, elle ne cesse de grandir et doit même s'étendre par-delà la mort!

    Si au contraire c'est sa haine ou son trouble qui augmentent, c'est qu'il se trompe lui-même et qu'il est sur le mauvais chemin!

    Il est vrai que la société commence par nous inculquer l'esprit de compétition, mais il ne peut en être autrement: la jeunesse est un fruit vert et il est normal qu'elle se préoccupe d'abord d'elle-même: elle est aussi inquiète qu'égoïste!

    Galvaniser les énergies, faire croire en soi, stimuler les qualités est un bon départ pour la vie, mais une fois dans le monde adulte, on s'aperçoit que ce n'est pas aussi simple, que les "dès sont pipés", si je puis dire. Tout y devient mouvant, incompréhensible et hypocrite. Même le sport, qui devrait permettre à notre domination de s'exprimer sans danger, est corrompu: l'avidité et les inquiétudes y sèment notamment le dopage!

    Celui qui n'est pas satisfait, dont l'âme est grande, se met donc à chercher. Il veut des réponses et il ne rencontre pas la solitude sans trembler... Celle-ci fonctionne comme la pression pour un plongeur, ou comme un ouragan pour une maison! Il est des moments où l'individu est écrasé, balayé par l'angoisse! Il a beau se rattacher de toutes ses forces à ce qu'il croit, il finit tout de même par se demander s'il n'est pas dérangé!  

    Mais l'expérience enseigne que la patience fait résister à tout et cette récompense est grande: on ne craint plus les tempêtes!

    Aujourd'hui, c'est le printemps et c'est un peu le chaos! Nous sommes comme des bourgeons qui s'ouvrent... Nous sentons nos forces revenir, mais l'hiver nous retient encore... et nous mêlons excitation et repli sur soi, ce qui fait notre maladresse!

    L'égoïsme de certains pourtant éclate déjà! C'est leur tyrannie qui fleurit! Et elle fatigue dès à présent le monde!

    La vigueur du sage va au contraire servir les autres... Son travail dans la solitude l'a rendu disponible!

 
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