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Macramé!
- Le 03/07/2021

"Ma chère, on peut trouver Wagner boursouflé ou grandiose, mais pas charmant!"
Le Président
RAM souffre d'un mal étrange! Ses habitants ont le visage grave, fermé et sans doute leur a-t-on annoncé quelque calamité! Ils semblent détenir un lourd secret! Peut-être savent-ils que le monde est condamné à une explosion nucléaire et ils comptent ainsi les derniers instants qui leur restent à vivre!
Des jeunes sont là, accablés, figés, sans avenir, au bout de la plus profonde impasse! Leur sort paraît d'une cruauté impitoyable et en effet, ils voudraient qu'on reconnaisse leur malheur, qu'on les plaigne, qu'on s'attache à eux, qu'on prenne conscience de leur abîme!
Et qu'on passe indifférent, énergique, heureux, les stupéfie... et suscite malheureusement leur haine! S'il y a une solution, un remède, pourquoi le détestent-ils? Pourquoi ne courent-ils pas après? Si on a vraiment mal et qu'il existe un baume, un calmant, ne serait-on pas prêt à tout pour se le procurer?
Non, ils se contentent de mépriser, de vouloir détruire... et donc étrange mal qui les ronge! Ceci est surtout valable pour les hommes, car les femmes, elles, ont une autre façon de montrer ce désespoir qui règne dans RAM! Elles s'habillent volontiers tels des clowns! A leurs vêtements disparates, outrageusement colorés et qui les rendent presque nues, il semble ne manquer que des grelots dorés ou un chapeau pointu!
Que veulent-elles? Ecraser le regard? Pourquoi susciter le désir, au point de faire preuve de mauvais goût ou d'impudeur? Quelle peur, quel mal-être les excitent, les inquiètent autant? Hélas, la malédiction, qui mine les hommes, les agite au contraire, mais partout c'est le même poison: ombre ici, folie là-bas!
Lourd destin que celui de RAM! Les hirondelles le savent, elles, qui toute la journée font de la voltige pour se nourrir; elles qui jusqu'aux dernières lueurs s'empressent et qui de temps en temps, en couple, s'amusent à des merveilles de figures et de vitesse!
Car au-dessus de RAM, en effet, il y a un miracle, quelque chose d'extraordinaire! Il y a un ciel d'un bleu saphir et cristallin! avec des vagues de nuages, qui semblent des charges de cavalerie en coton! C'est que ça bouge magnifiquement là-haut aussi! Il y a des marées immenses, tachetées, sanglantes, orangées, évanescentes; ou plutôt massives, noirâtres, mauves, empêtrées dans des barbelés de lumière!
Mais RAM ne peut pas s'en rendre compte, car sa tête repose sur son nombril, pesante! C'est cela que regarde RAM tout le temps, son nombril! C'est sa maladie incurable, son fléau, sa damnation!
Passe étranger! Laisse RAM à sa douleur! Respecte-la! C'est un combat de titans! un cancer aux dimensions cosmiques! Ce n'est pas pour toi, étranger au pas léger et innocent! Va te distraire, pendant que RAM la grave, la tourmentée, réfléchit à son triste exil!
RAM ne connaît pas l'éclat des fleurs, ni les insectes infatigables qui y puisent! RAM courbe sous le poids de son égoïsme et sent toute l'amertume de sa prison!
Monde de RAM, mercredi 30 juin... Il est des rites de RAM qui semblent dépourvus d'humanité! On prend soudain une personne âgée, car sans soute sont-elles les plus vulnérables, et la foule menaçante, excitée, la pousse vers un magasin! Là, on force la personne âgée à acheter et commence son calvaire!
On la surveille de loin cependant, à cause des mesures sanitaires, mais elle doit faire un choix et devant elle s'étalent mille sortes de fromage et de chocolat! Les yaourts les plus fins sont aussi de la partie et voilà notre victime qui souffre, qui s'exprime d'une voix dolente, et on la comprend, car comment peut-on faire subir pareil supplice!
La peine, l'amertume, la haine se peignent sur le visage de la vieille dame! Elle éprouve le plus grand des dégoût à mesure que son panier se remplit! On doit la plaindre! Ce n'est pas le bon yaourt! Il faut un au caramel et l'autre au citron! La main tremble, l'atmosphère est plus que tendue!
Ce fromage est un peu trop sec! Cet autre, oui, peut-être, mais c'est à regret! La commerçante ne se départit pas de son calme! Elle sait comme c'est dur, dans quel piège on a enfermé sa cliente! Elle ne désire que l'aider, afin qu'elle sorte, qu'elle échappe à l'épreuve! Et voilà justement la vieille dame qui retrouve la rue, hagarde, ivre de douleur! Comment ne pourrait-elle pas susciter la pitié?
D'ailleurs des migrants qui passent ne s'y trompent pas! Ils réclament la fin du rite! Ils font appel à la compassion, en mettant en avant leur histoire! Ils disent que dans leur pays d'origine ils n'ont rien et c'est pourquoi ils seraient infiniment plus civilisés! Ils soutiennent que jamais n'a existé chez eux une telle barbarie, qu'il est possible même de vivre sans ses traditions délétères et qu'on peut quasiment aller le ventre creux!
Bien sûr, ils plongent RAM dans l'incrédulité, car ici les choses sont habituellement à foison! On s'écarte d'eux, on les prend pour des hâbleurs, des rabat-joie! On continuera de faire souffrir les anciens! Qu'ils aient l'air d'expier, même si on ne comprend plus bien pourquoi! Qu'on se réjouisse encore de notre cruauté, devant ces atermoiements que l'on voudrait gourmands! Ecoutons encore ces plaintes, si douces à l'oreille qui sait les reconnaître!
Qu'est-ce qu'il y a de plus drôle? RAM est là dans toute sa gloire!
Monde de RAM, jeudi premier juillet... On raconte que RAM défia les dieux! qu'il se dressa contre eux! qu'il voulut les abattre! les anéantir, les supprimer!
Alors sa haine était sans pareille! Elle avait longtemps été accumulée et enfin elle éclatait! RAM coupa la tête des fanatiques, les creva à coups de baïonnettes, détruisit leurs maisons, leurs temples, brûla leur sol, viola leurs femmes, égorgea leurs enfants, car plus rien ne devait subsister de l'ancien monde, celui des croyances et des dieux!
Le flot de sang semblait ne jamais vouloir s'arrêter et pendant ce temps-là, RAM édifia des lois et salua la naissance du libre-arbitre, le gouvernement de la raison! RAM devenait maître de son destin! L'esclave avait fait tomber ses fers et il respirait l'air pur, d'un ciel débarrassé de ses maîtres!
Une vie nouvelle commença! Il suffisait d'être sans parti-pris et de faire évoluer la loi, quand c'était nécessaire! On chantait, on avait écrasé le fléau, l'abjection et on parlait de fraternité, de liberté et d'égalité! Il y eut encore quelques guerres, mais le bon sens était pris et quand on ne discuta plus des territoires, le bonheur tant espéré aurait dû être là!
Mais on continua à se mordre les uns les autres, à se haïr, à se détester, à vouloir détruire! Où était le ciel serein? le rêve? l'idéal? la raison triomphante? Ah! Mais il y avait encore des gêneurs, des ennemis! C'est que les dieux ont la vie dure! d'autant qu'ils sont attachés aux riches, qui pullulent, qui écrasent, agissent dans l'ombre!
RAM n'en finissait pas de se déchirer, de se mettre à feu et à sang! Que lui manquait-il? Un jour, Dieu eut pitié de lui et revint le voir et lui demanda: "Pourquoi me hais-tu?
_ Parce que tu n'existes pas... et que je veux être libre!
_ Mais tu m'as rejeté, fait disparaître! Me voilà sans influence, ridiculisé, balayé! Alors que crains-tu?
_ On sait jamais! Tu pourrais revenir! Les gens sont faibles et ils ont besoin de superstitions!
_ Si tu étais si sûr de toi, tu n'aurais que compassion pour eux! Tu changerais les autres en les aimant, car tu sais à présent que la violence est inefficace! N'est-ce pas plutôt que tu as besoin de ta haine? N'est-ce pas plutôt que tu es incapable de vivre en paix?
_ Bientôt, on y arrivera! Ce n'est qu'une question de progrès, de lois, de raison! La science nous aidera!
_ Ah bon? Mais aujourd'hui tu as tout! Mais peut-être as-tu déjà oublié ce qu'est d'être pauvre? Je pourrais t'aider, tu sais, et sans te priver de ta liberté, bien au contraire! Car, regarde-toi, tu es esclave de ta haine! Tu ne peux vivre sans te donner un ennemi, ce qui explique ta violence et ta peine! Tu as soif et je suis une aventure! Tu veux aimer et la foi te donnera le vertige! Tu veux être puissant et je te rendrai invincible parmi les hommes!
_ Laisse-moi! Je dois travailler pour vivre! C'est la seule réalité!
_ Non, tu veux aussi vaincre, te sentir supérieur et demain sera plein de tes larmes!"
Station Charcot, vendredi 2 juillet... Je regarde toujours Morizur, qui tient maintenant dans la main une drôle d'arme! "Cariou, je vous présente le pistolet au rayon fracturant! Il brise tout champ psychique, produit par la domination et... wwouuf! On s'évapore!
_ J'imagine que c'est comme ça que les deux soldats ont disparu...
_ Exactement! Vous ne pouvez pas savoir combien j'étais impatient d'essayer ma nouvelle arme!
_ Et Cressant, dans le réfectoire?
_ Simple mise en scène macabre, afin de tendre un peu l'atmosphère!
_ Somme toute, vous êtes resté un cabotin!
_ Cariou, ce seront vos dernières paroles, car, malheureusement, vous ne serez pas du voyage de retour, vers RAM! Adieu Cariou!"
Morizur tend son arme et je ferme les yeux, puis j'entends la voix de Godefroy dire: "Ne tirez pas Morizur, ou votre tête explose!" Le colonel s'est glissé dans la pièce et il applique maintenant son propre pistolet, contre la tempe de Morizur... Celui-ci hésite une seconde, mais il prend conscience qu'il n'a aucune chance... et il tend finalement son engin à Godefroy!
Mais, à ma grande stupeur, Godefroy fait malgré tout feu et Morizur a une horrible grimace, avant de tomber! Il est désormais vraiment mort, puisque je vois pour la première fois de la cervelle, sur le sol! "Mais vous êtes fou, Godefroy!
_ Cariou, les choses sont un peu plus compliquées que vous ne le croyez! Voyez-vous, RAM se perd, se désagrège, devient même la risée du monde entier! Le gouvernement permet tout et les crimes, les abus de toutes sortes, deviennent légions! Où est notre esprit, Cariou, celui qui a fait notre grandeur? Il faut reprendre les choses en main... et c'est l'armée qui agira! Maintenant que j'ai cette nouvelle arme, je serai un interlocuteur crédible!
_ Je pense que vous ne valez pas mieux que Morizur!
_ L'histoire jugera, Cariou! Cependant, je ne peux laisser un témoin tel que vous derrière moi...
_ Oui, vous êtes, vous aussi, victime du devoir... C'est typique des fous! Ils ne sont jamais responsables!
_ Adieu, Cariou!"
Je ferme de nouveau les yeux, mais il ne se passe rien! Godefroy s'énerve, car il presse en vain la gâchette de la nouvelle arme. "Bon sang! ça ne marche pas! fait le colonel. C'est du vent!"
A cet instant, un autre soldat entre: "Mon colonel, je..." Godefroy ne l'écoute pas et tire brusquement vers lui! L'homme nous regarde surpris, puis un effroi insoutenable gagne son visage, tandis que son corps s'éparpille en particules!
"Mais... mais alors, pourquoi ça ne fonctionne pas sur vous?" fait le colonel. Je pourrais tenter de lui répondre, mais il va finir par comprendre qu'il peut utiliser son arme traditionnelle et je le bouscule, pour qu'il perde l'équilibre, avant de m'enfuir! C'est une habitude maintenant!
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RAMINAGROBIS!
- Le 26/06/2021

"Mais il nous embête, ce vieux!"
Poulet au vinaigre
"Bonjour, Léa, tu vas bien?
_ Je ne sais pas...
_ Ah bon?
_ Ben oui, tu m'appelles Léa..., mais tu pourrais aussi bien m'appeler Léon!
_ Tiens?
_ Mais oui, je ne me définis pas comme binaire! Je ne suis pas plus une femme qu'un homme et surtout je n'ai pas à choisir entre les deux!
_ Faut bien que je te parle tout de même!
_ Oui, mais sans me discriminer!
_ Parfait! Tu as faim?
_ Oui, j'ai bien un p'tit creux! Hi! Hi!
_ Tu veux du chocolat!
_ Je veux bien!
_ Le problème, c'est que maintenant je te sens coercitive!
_ Qu'est-ce que tu racontes?
_ Sans char! Ton appétit fait que je me sens subitement oppressé!
_ J' te comprends pas! Tu m' proposes et v'là que tu donnes pas! C'est quoi c' délire?
_ Mais j' t'assure! Tant que ton désir était latent, je me sentais à l'aise, généreux! Et puis tu te dresses devant moi, avide, telle une bouche grande ouverte! J'ai plus qu'un sentiment d'effroi, d'abandon même!
_ Bon sang, t'es une poule mouillée ou quoi?
_ Oh là! Oh là! J' croyais que t'étais contre toute forme de discrimination! Moi aussi, j'ai ma propre sensibilité! Il faut la respecter et non m'injurier!
_ Pauvr' connard! Ah! Tu t' sens vraiment balèze! T'as réussi ton coup! Tu jubiles, pas vrai?
_ Alors, quand ça va pas, quand on est différent, on a seulement droit à ton mépris? Et tu sais pourquoi? Mais parce que ta lutte pour toute liberté, c'est d'abord une manière pour toi de te donner encore plus d'importance! Tu refuses quoi que ce soit du système, parce que tu aurais l'impression de te diminuer!
_ Vas-y Boomer, chante toujours!
_ J' vais t' dire! Le jour où tu s'ras capable de recevoir l'affront sans sourciller, alors tu s'ras vraiment humaine!
_ Sale rat!
_ C'est ton côté "ruisselant d'amour"!"
Monde de RAM, mardi 22 juin... "Qu'est-ce que tu nous ramènes là, La Frim? Mais c'est la star de la télé en personne, celle qui fait cette semaine la couverture du magazine TV! Ben, on est drôlement gâté!
_ Mais qu'est-ce que ça veut dire tout ça? C'est un enlèvement?
_ Presque! Oh! mais dites donc, vous avez salement vieilli depuis cette photo! Ou bien, ou bien, ils vous ont superbement arrangée! La peau lisse, lumineuse! Une véritable étoile dans le cosmos de la séduction!
_ Apparemment, ça vous plaît d'être grossier! Mais enfin me direz-vous ce que je fais ici?
_ Et puis, il y a vos propos! votre leçon de vie! votre sagesse! Eh! dame! Il faut un message, pour tamiser votre exhibition! Sinon elle serait indécente! Et que racontez-vous? Votre foi en l'amour, qui témoigne que vous êtes restée pure! Eh! Eh! Vous voilà encore plus jeune et attirante!
_ Mufle!
_ Moi, c'est le Boss... et celui qui vous a amenée jusqu'ici, grâce à son joli minois, c'est La Frim!
_ Bon... et qu'est-ce que vous voulez?
_ Ben, la vérité! On veut un peu d'air! On en a marre d'être pris pour des billes, toute la sainte journée! On est désormais attentif à notre santé mentale et à celle du plus grand nombre!
_ J' comprends pas!
_ La vérité, c'est que tu as cinquante ans, que tu vieillis et que tu es complètement paumée!
_ Ah! Ah! Vous rigolez!
_ T'es tellement paumée que tu es folle de toi-même! On doit te voir partout et tu te comportes comme une ado! Sur certaines photos, tu aguiches sans vergogne et quand tu n'es plus la vedette, tu deviens agressive, voire odieuse, à l'égard de ton entourage! On veut des aveux filmés pour les réseaux sociaux! Crois-moi, ça fera du bien à tout le monde, même à toi!
_ Et si je refuse?
_ La Poiss, s'occupera de toi!"
A ce moment, un petit homme ventru s'approche de la star et la touche, ce qui lui donne l'impression d'avoir un serpent sur la peau! Elle veut crier, mais le Boss la coupe: "Ah! j'oubliais! La Poiss a une spécialité: le chevalet!"
Palais de RAM, mercredi 23 juin... L'orgue à quartz s'éteint peu à peu! Les fermions, les bosons, la matière noire ne sont plus qu'un murmure, avant le silence! "Ah! fait la voix du président Romuald, alors que lui-même n'est plus qu'un disque irisé. Cet allegro de spins, avec cette fonction d'onde lancinante! Je ne m'en lasse jamais!
_ Quel hommage rendu à notre origine aléatoire! renchérit le professeur Bourdon, lui aussi réduit à l'état d'une mémoire numérique. Quand je pense à la lourdeur du déterminisme! Fi de la causalité!
_ Et vous, Fauconnier, ne trouvez pas là le sommet de la régénérescence? demande le président à son ministre.
_ Certes, certes! répond le dernier disque irisé. Mais j'aime encore les cymbales de la relativité générale! C'est sans doute mon enfance populaire qui parle! A l'époque, nous n'avions pas de cuisine quantique! Il fallait encore porter les casseroles!
_ Hein? Oui, oui, bon! Mais la situation est mauvaise, monsieur le ministre! Les émeutes succèdent aux émeutes! Nous frôlons l'insurrection! Mais enfin que veulent les gens?
_ Ils disent qu'ils sont trop loin du pouvoir, qu'ils n'ont plus voix au chapitre! Ils demandent à participer plus à la vie politique, au développement de RAM!
_ Ah! Ils voudraient plus de responsabilités! Mais notre système est déjà démocratique!
_ Et les dernières élections ont été un fiasco, avec une abstention jamais vue!
_ De quoi s'arracher les cheveux, si on en avait encore!
_ J'ai peut-être une explication... fait Bourdon timidement. Imaginons que ce que veulent vraiment les gens, ce serait qu'on s'occupe d'eux, pour qu'ils se sentent plus importants, ce qui encore les rassurerait! Dans ce cas, leur demande, qui ne pourrait pas évidemment s'exprimer directement, se traduirait par un désir de réforme des institutions...
_ Hmmm! Mais il faut des élus, des délégués! Il ne devrait pas y avoir d'abstention!
_ Vous oubliez le virus! Il nous lamine, nous rend exsangues! Alors, comment pourrions-nous, dans ces conditions, nous intéresser à un autre que nous-mêmes? L'autre nous exaspère!
_ Hmmm! Pas bête, professeur! Et vous voyez une solution?
_ Non, j'ai bien peur que nous soyons plus compliqués que la physique atomique!"
Journal de Jack Cariou, station Charcot, jeudi 24 juin... Nous avons pris nos quartiers, comme on dit..., mais seulement après avoir cherché assidûment les deux soldats disparus! Sans résultat et nous sommes maintenant extrêmement tendus, comme toujours, quand la menace reste inexplicable!
Dans mon ancienne chambre, je me dis que les événements nous ont détournés du commencement, à savoir la fouille de la chambre de Morizur, pour comprendre ce qu'il est devenu... et je m'y rends. Elle est vide bien entendu et paraît aussi abandonnée que la mienne, mais, avant de sortir, alors que j'éteins la lumière, je remarque une raie qui brille dans le mur!
En m'approchant, je constate qu'il y a là un panneau qui coulisse et je descends quelques marches, dans une pièce entièrement éclairée! On dirait un laboratoire et un vaste tableau montre des formules mathématiques compliquées! "Ainsi, vous avez trouvé mon antre! fait une voix derrière moi, que je reconnais être celle de Morizur. Ce n'est pas un problème, car j'allais de toute façon révéler ma présence!"
Je me retourne et regarde Morizur à peine changé, peut-être un peu plus hâve! "Morizur! Je vous croyais mort!
_ Moi aussi! Mais je me suis réveillé dans la chambre froide! La porte était ouverte et des hommes en combinaison agissaient à la hâte! Ils m'ont transporté dehors et j'aurais pu leur montrer que j'étais vivant, mais je me suis vu plus tard en prison! J'ai donc tenté ma chance! Placé à côté d'autres morts, j'ai réussi à me cacher et subitement ce fut le silence: tout le monde était parti!
_ Et la balle?
_ Toujours là! Mais j'ai soigné la blessure! Je me ferai extraire le plomb dans RAM, car il va y avoir une suite, Cariou! Il s'est passé quelque chose, à cause de mon coma... Une idée de génie m'est venue! Une révélation! J'ai imaginé une arme nouvelle!
_ Evidemment, ça ne pouvait pas être un nouveau pansement!
_ Vos sarcasmes, Cariou, me laissent indifférent, car j'ai maintenant la toute puissance! Mais, curieusement, vous êtes le seul à pouvoir me comprendre! Car vous travaillez pour l'Oued ou l'OED, n'est-ce pas? Vous connaissez donc la domination et comment elle génère chez chacun de nous un champ psychique! Or, qu'arriverait-il si on pouvait anéantir ce champ?
_ Eh bien, je suppose que l'individu serait en proie à la panique! Il devrait lutter contre la folie!
_ Mieux que ça, Cariou! Il se retrouve soudain sans défenses, face à l'infini cosmique! Et, tenez-vous bien, la différence de pression est telle que toutes les liaisons atomiques sont rompues! L'individu est proprement désintégré!"
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RAMONAGE!
- Le 19/06/2021

"Mais c'est vous-même qui créez ce monstre!"
Planète interdite
RAM ne sait pas vivre en paix! Voilà une vérité qu'il devrait admettre! Mais le peut-il? Pendant longtemps, RAM a combattu ses ennemis, pour sauvegarder son territoire et donc, la guerre ne lui étant pas étrangère, son incapacité pour la paix ne lui a pas paru évidente! Mais aujourd'hui?
L'époque contemporaine commence dans les années 2000, il y a tout juste plus de vingt ans, au moment où se termine la guerre froide, avec la désagrégation de l'"empire soviétique"! Contrairement aux idées de Marx, c'est le capitalisme ou le libéralisme qui "reste sur le ring"! Pourquoi? Mais parce que, s'il est inégalitaire, il laisse quand même a priori toute liberté pour se développer! Tout régime qui contraint trop est appelé à disparaître!
L'égalité n'est même pas à souhaiter, même si l'exploitation, elle, est à combattre! Mais la différence nous est nécessaire pour nous construire! C'est en nous mesurant les uns par rapport aux autres que nous arrivons à nous déterminer, à nous connaître et à donner à notre personnalité toute sa valeur!
Mais aujourd'hui nous avons tout, comme nous le signalent les migrants! Et que se passe-t-il? Les milieux aisés, c'est-à-dire financiers, produisent des crises, par leur rapacité et leur comportement voyou! Les milieux modestes, pour leur part, sont également dans la tourmente! Ils réclament plus, parce que d'autres ont plus! Ils veulent plus d'écoute, de justice ou même n'ont pas de revendications précises, mais sont poussés par un mal-être!
Nos sociétés, qui ne sont plus menacées par les guerres, sont en pleine ébullition, comme si l'ennemi était nous-mêmes et effectivement, notre héritage animal fait que nous avons besoin de dominer l'autre! C'est cela qui nous rend incapables de vivre en paix et non un salaire trop bas, mais encore faudrait-il pouvoir le reconnaître et malheureusement, nous restons comme des enfants!
Or, nous affirmons ici qu'il n'y a pas de paix sans spiritualité! Nous ne pouvons pas nous affranchir de la domination sans foi! Mais qu'est-ce que la spiritualité, sinon la découverte de soi sans l'égoïsme? Qu'est-ce que la spiritualité, sinon la liberté?
Journal de Jack Cariou, station Charcot, mercredi 16 juin... Nous restons silencieux devant le cadavre de Cressant, alors que le vent semble la plainte même des damnés! "Vous le connaissez? me demande Godefroy.
_ C'est Cressant, l'assassin de Gestin! Il n'a pas l'air dans son assiette!"
Personne ne goûte ma plaisanterie, mais je m'en moque, car le second degré permet parfois d'échapper à l'épouvante! "La dernière fois que je l'ai vu, il était allongé dans la chambre froide! je reprends.
_ Il n'a pas pu venir là tout seul! rajoute Godefroy.
_ Il manque Moreau et Blaise! coupe l'un de ses hommes. Je les avais envoyés s'occuper du générateur!"
Godefroy relève la tête, inquiet. "Bien, allons voir! fait-il. Vous deux, vous montez la garde ici!" Les deux soldats, auxquels il s'est adressé, acquiescent sans enthousiasme, mais notre petit groupe est déjà reparti et de nouveau le faisceau de nos lampes vient relayer la clarté lunaire, dès qu'elle s'absente!
Nous voilà devant le générateur et nous n'y trouvons effectivement personne! Pire, je remarque que les soldats ont laissé des traces qui vont vers la machine, mais qui n'en repartent pas! Je le signale à Godefroy, dont la tête s'allonge de plus en plus! Mais au même moment le générateur se remet en marche, sous l'action des deux hommes qui nous accompagnent, et les lumières et le chauffage reprennent vie!
Nous pourrions en éprouver une certaine satisfaction, si une musique très forte ne venait pas maintenant à nos oreilles, d'autant qu'elle a le don de crisper nos nerfs! C'est un chant d'opéra, apparemment d'un fou, qui se réjouirait de manger des enfants! Nous avançons tendus vers la source du bruit et nous rejoignent les soldats du réfectoire, qui eux aussi sont à cran!
Je reconnais la chambre de Douguet et je me dis que l'histoire se répète! Mais cette fois-ci, il n'y a pas de corps sur le lit, juste un radio-réveil qui hurle! Je l'éteins avec soulagement et je fais: "Il a dû se déclencher avec la remise du courant!
_ Possible..., dit Godefroy.
_ Colonel, en manipulant le générateur, nous avons vu qu'il n'avait pas été arrêté depuis longtemps!"
Nous nous regardons sans un mot... Tout cela pourrait sembler une mauvaise farce, n'étaient les deux hommes qui ont disparu! Comme s'il devinait ma pensée, Godefroy lâche: "Inutile de vous dire, Cariou, que j'ai sous mes ordres la crème des combattants!"
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 17 juin... "Bienvenue RAM!
_ Hmmm!
_ Prêt pour le parcours?
_ Hmmm!
_ OK! On y va!
_ Hmmm!"
RAM s'avance dans la rue artificielle... Soudain, un étranger en carton sort de sa cachette! Le révolver de RAM tonne trois fois et la figure est découpée! RAM reprend sa marche... Un petit bruit et le virus apparaît! Bang! bang! Le virus pendouille! Hmmm!
Puis, c'est le régionalisme, les taxes, les bas salaires, l'Europe, le centralisme, le pollen, les crottes de chien, les hommes, les nuages, les femmes, les éoliennes, les taxis, les oiseaux, RAM lui-même! La rue sent la poudre et on n'y voit même plus! Les douilles ne se comptent plus! Mais RAM recharge! Hmmm! "C'est fini, RAM! On est au bout du parcours! Et c'est pas brillant! Deux bébés et des tas d'innocents tués! Et puis les oiseaux et surtout les fleurs, était-ce bien utile! Ne vaudrait-il pas mieux réfléchir un peu plus! Le problème est peut-être plus profond que vous ne le croyez, RAM?
_ La ferme! On refait le parcours!
_ Vous n'êtes jamais las!
_ Si tout le temps!
_ Alors?
_ Alors envoie les cibles!"
Ailleurs... 35°! Je m'essuie le cou et le visage, mais ça sert pas à grand-chose: la ville est juste en train de fondre! Et puis voilà qu'elle entre dans mon bureau! J' peux pas dire qu'elle fasse de l'effet tout d 'suite! Elle est pas du genre poupée! Non, sa beauté apparaît peu à peu, mais alors vous pouvez plus cessez d' la r'garder!
"Vous êtes Véronique le détective? demande-t-elle d'une voix qui vous prend aux tripes!
_ Lui-même! je fais la gorge serrée, alors qu'elle croise ses longues jambes!
_ Voilà... Un type me harcèle! Il écarte tous mes amis, en les effrayant! Il fait le vide autour de moi! Il parle en mon nom, au point de me faire passer pour ce que je ne suis pas! Il m'étouffe et je crains qu'à force il ne devienne violent!
_ Pouvez-vous me le décrire?
_ A première vue, c'est un type sans histoires! Il est marié, bourgeois, médecin, mais lui seul serait objectif et saurait de quoi j'ai besoin! Il n'a pourtant jamais regardé une fleur ou un arbre! La beauté lui est parfaitement étrangère! Il dit qu'avant lui je n'étais rien, que je vivais dans la nuit, la superstition! Bref, il affirme que je lui dois tout et qu'il m'a sortie du ruisseau!
_ Vous avez été sa maîtresse?
_ Disons que je lui ai accordé quelques privautés, mais guère plus! En tout cas, il n'a aucun droit sur moi!
_ Et que voudriez-vous que je fasse?
_ J'aimerais que vous alliez le voir, pour lui montrer que le monde est bien plus vaste qu'il ne le croit! Qu'il ressente deux ou trois vérités qu'il ignore... et peut-être ainsi me laissera-t-il tranquille!
_ Bien! Je vais m'en occuper! Comment s'appelle ce monsieur?
_ Freud! Sigmund Freud!
_ Et vous, vous êtes?
_ Madame Réalité!"
Elle m'a laissé un chèque, mais pour elle j'aurais travaillé gratis! Quelle classe!
Sur les remparts de RAM, vendredi 17 juin... "Ils arrivent, RAM!
_ Je sais... Ils sont tous là!"
Au sommet des collines entourant RAM se massent maintenant des hommes, au point de former une ligne noire! On entend déjà les cors qui rassemblent et les étendards sont levés!
Viennent en premier ceux de la tribu des Autistes, l'air mauvais, pleins de défis et crachant et insultant! ou bien indifférents, plongés dans leur monde musical, dont la cacophonie vient battre RAM, telles les vagues de la mer!
A côté, avec leur drapeau rouge, les syndicats! toujours sûrs d'eux, défenseurs de la veuve et de l'orphelin, mais qui dédaignent évoluer, qui méprisent l'histoire et qui restent prisonniers de leurs discours, comme de vieux disques rayés!
Puis se reconnaissent aisément les Gilets jaunes! ramassis de violents ou cohorte de perdus! le poing levé vers RAM, responsable de tous leurs maux! se battant pour qu'il n'y ait pas de chefs! demandant pourtant le pouvoir! inquiets, soupçonneux, bien que déterminés!
Les Purs sont là aussi! les amoureux de la solution simple! avec leur armure blanche et noire! Chacun y a son épouvantail, sa cible! On y fait volontiers rôtir l'étranger... ou le fasciste! C'est toujours la faute du voisin! Nulle introspection! La bêtise éternelle!
Les Verts camouflés, comme il se doit! impitoyables! tuant au nom de la santé de tous! répandant le sang pour mieux respirer! le cerveau d'un seul bloc! adorateur du climat! pleins de chiffres! ignorant tout d'eux-mêmes et donc des autres! méprisant eux aussi l'histoire, réducteurs en diable!
Puis traîne après la Guimauve, bien que respectueuse en apparence de RAM! tous ceux qui se vouent un culte et qui n'ont qu'un seul dieu, l'hypocrisie! stars, starlettes, vedettes de la télévision, qui sapent le système à leur manière, qui bouchent l'horizon, qui font croire aux calembredaines, qui brouillent tout! fumigènes de l'égoïsme!
Et il y en a encore bien d autres! "Savez pourquoi ils nous attaquent? demande RAM à son ministre. C'est à cause de la domination! Quand elle n'est pas employée pour la guerre, contre un ennemi extérieur, elle se retourne contre la société; c'est inévitable! C'est soit la guerre, soit la crise sociale! Et il en a toujours été ainsi! Rien ne change, ou si peu!"
Soudain, une immense clameur précède l'assaut et déjà des boules de feux sont catapultées depuis RAM, alors que les nuages de plus en plus sombres les rendent particulièrement brillantes!
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RAMURE!
- Le 12/06/2021

"T'as qu'à prendre le train de minuit! Hi! Hi!"
Midnight Express
Comment va RAM? Des piétons traversent comme si la rue leur appartenait! Des conducteurs fulminent parce que leur Bob ne prend pas toute la chaussée! On dit bonjour pour mépriser! On devient fou furieux quand on est rappelé à l'ordre! Au fond, l'existence de l'autre nous est insupportable et tels les enfants, nous ne voulons le monde que suivant nos goûts!
Peu à peu, RAM découvre son affreux petit visage!
Mais à quoi encore comparerais-je RAM? A un sultan parmi ses coussins et qui s'ennuie! Il est repu, entouré d'or et il se plaint! Il ne se passe jamais rien de son côté et le mépris rafraîchit sa bouche!
Il est une créature de RAM très particulière! Elle est comme un morceau de scotch! On ne peut s'en débarrasser! Ou plutôt il n'existe qu'une manière d'en être libéré, c'est de lui laisser le dernier mot! C'est d'accepter qu'elle vous quitte avec le sentiment qu'elle a raison, qu'elle vous est supérieure!
Tant qu'on renchérit pour se défendre, pour faire valoir son avis, elle continue de répondre, même absurdement, car c'est une maladie! C'est plus fort qu'elle! Elle ne peut se résoudre au silence! Elle est incapable de s'arrêter, de renoncer, de se plier, d'être intelligente pour deux, de travailler pour la paix!
Car c'est son monde qui doit s'imposer! Sans lui, elle est perdue! Elle le tient à bout de bras, toujours, où qu'elle soit! C'est un chemin de granit! une bulle! un espace clos! dont la créature est la gardienne, tel un chien féroce! Même les courants d'air sont menaçants! La moindre fissure peut provoquer une catastrophe!
C'est l'une des conséquences de RAM! Ce sont des veines de domination qui se fossilisent! C'est un défi animal dans une société d'hommes! une agressivité qui empêche tout dialogue! C'est une misère morale! une rengaine asséchante! qui témoigne que RAM ne donne pas d'eau!
Heureux celui qui peut se taire! qui subit l'injustice! qui comprend, qui accepte de se plier, qui ne cherche pas à mordre! Celui-là prépare en lui la place pour son trésor! Par le vide qu'il accepte, on lui donnera beaucoup! Plus il sera serein et plus il chantera! Plus sa foi sera grande et plus il sera heureux!
Heureux celui qui ne craint pas l'appauvrissement! l'attente! Heureux celui qui se sait aimé, malgré la haine, l'indifférence et le chaos! Car il recevra le soleil! Heureux celui qui travaille pour la paix! Heureux l'enfant de l'esprit!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 9 juin: "RAM! RAM! Réveillez-vous, bon sang!
_ Hein? Quoi? Qu'est-ce que c'est?
_ C'est encore la chaudière! répond le ministre. Elle chauffe!
_ C'est pas possible! Y a pas moyens d'avoir la paix! On peut compter sur personne! On l'a bien fait réparer y a peu, non?"
Le ministre hausse les épaules, pendant que RAM se rhabille! Puis, les deux hommes descendent au sous-sol et devant eux se dresse une énorme machine! "Pff! Quel merdier! fait RAM. Bon, là, c'est l'inflation... Mince, elle est dans le rouge! D'où est-ce que ça peut v'nir? Ici, c'est le niveau des prix... L'import... L'emploi... "Tirez vers le bas, pour baisser les minima sociaux..." J' comprends pas... "Tirez vers le bas, pour..." Et là? "Pression de la TVA"!
_ Qu'est-ce que vous avez RAM? Vous êtes tout pâle!
_ Y a qu' j'en ai marre! Mais marre! Y sont jamais contents! On a tout, vous comprenez tout! Et ils gémissent comme des chiots!
_ Oh là! Restez avec nous! Oh là, quelqu'un! RAM est parti dans le cirage! Vite un médecin!"
Un peu plus tard... "Bon, vous allez l'air d'aller mieux...
_ Qu'est-ce qui s'est passé?
_ Vous avez eu un évanouissement! Le surmenage sans doute... et on vous a conduit dans votre lit...
_ Et vous, vous êtes...?
_ Le docteur Ego! Ecoutez, je pourrais vous prescrire des médicaments, mais je préfère vous donner un bon conseil! Choyez-vous! Ne vous lâchez pas! Adorez-vous! Car à quel moment le ferez-vous? Quand je viendrai vous dire que c'est fini? Mais alors il s'ra trop tard! De toute façon, qui pensera à vous, si vous-même ne le faites pas?
_ Vous avez raison!
_ Mais oui, une belle bagnole, pour épater! Un coffre-fort taillé comme un diamant! Quelque chose de bien, ruisselant de richesse! Ecrasez les autres! Mettez-vous encore en terrasse! Vissez-vous sur une chaise! Trônez, méprisez! Soyez salace! un royal désabusé! Ennuyez-vous à mort!
_ Ah! Ah!
_ Vous voyez, vous allez déjà mieux! J'ai envie de vous dire d'être médiocre, mais vous en êtes incapable, n'est-ce pas! Et puis n'hésitez pas à vous plaindre! Même si ça va, même si vous en avez plein la gueule! Ne paraissez jamais satisfait! C'est naïf! Epongez tout ce qu'il y a! Sinon votre anxiété va revenir! Hein? J'ai une formule: "Réveillez l'animal qui est en vous!"
_ Euh...
_ Vous êtes perdu? Mais mordez, haïssez, soyez vicieux! Faites sentir votre supériorité! Y a qu' vous dans les étoiles! Et votre conscience, que faisons-nous de cette chose encombrante? Hein? Ah! Ah! Ecoutez, mettez-la dans un petit bateau et regardez-la partir au fil de l'eau!
_ Merci, doc!
_ Soyez vain! Paresseux! Ne faites pas le moindre effort qui pourrait contrarier votre égoïsme! Travaillez, mais pour l'argent, la puissance! Je compte sur vous!"
Dans la pièce d'à côté, deux sœurs jumelles pleurent: c'est Fatigue et Doute! "Tu crois qu'ils vont faire la guerre? demande Fatigue.
_ Ils en seraient capables, tellement ils sont perdus et agressifs!
_ Ils ne veulent pas du vrai remède!
_ Tu les connais, ils auraient l'impression de perdre quelque chose!
_ S'ils savaient comme on peut se libérer! danser dans l'infini bonté de Dieu! être comme une étoile vibrante à jamais! comme un coq de feu plein de bonté! comme une lame de lumière, rayonnante! S'ils savaient comme c'est riche! C'est une cascade chaque jour!
_ Mais ils vivent comme des limaces, à s' gratter le nombril... Ils limitent leur espace à un tiroir et ils haïssent tout ce qui est plus grand! Ils s'énervent! Ils s'énervent et j'ai peur!
_ Oui, ils auront tôt ou tard recours à la violence! Il leur faudra des coupables! Tout plutôt que se remettre en question! Tout plutôt que chercher! Ils ont le cœur plus sec que les pierres... et ils en crèvent!
_ Ils sont aveugles!
_ Oui, la nuit s'avance!"
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 10 juin... Ils sont là les enfants de la nuit, de monsieur Nuit! Ils sont là les enfants de RAM, ceux de la domination!
Ils tuent père, mère, copain ou copine! Ils tuent dans le nuage de leur égoïsme et ils se filment sur les réseaux sociaux, ou se dénoncent à leurs parents ou à la police, comme si cela justifiait leur crime!
Ils ne connaissent que leur bulle! Ils ne se sentent pas coupables: ils se sont seulement débarrassés d'un obstacle! RAM, par son mensonge, son hypocrisie, sa naïveté, a été incapable de les éduquer! Ils sont là les monstres et chaque jour ils nous plongent dans la stupeur!
Mais plus l'angoisse s'étend, plus la domination devient féroce et plus les incivilités se multiplient! Il est maintenant impossible de faire confiance! Si on respecte les règles, rien ne dit que l'autre le fera! Cela produit une tension permanente, car chacun doit rester sur le qui-vive!
Le matin, encore sonnés et dans nos rues de plus en plus sales, nous nous regardons comme des étrangers... Mais que va-t-il nous arriver? Beaucoup croient encore que le salut est dans la force, l'argent et la supériorité et c'est ce qui nous conduit à la tragédie, car il en faudra une, une de plus, pour nous abattre et nous rendre humains!
Cariou ailleurs... L'hélicoptère nous laisse non loin de la station Charcot! A côté de notre équipement, le colonel Godefroy dirige ses six hommes et nous sommes donc huit en tout! Puis, nous allons au pas de course, vers le bâtiment, au milieu du blizzard!
Là, premier ennui, la porte est soudée! Mais d'un sac quelqu'un tire un chalumeau et nous observons tous la flamme bleue, comme si elle devait nous réchauffer! Puis, enfin, nous pouvons entrer!
Ce qui frappe d'emblée, c'est l'air abandonné du lieu! On voit bien que personne n'est venu ici depuis longtemps! Les motos neige semblent mortes et au-delà, c'est un vide qui se perd dans les ténèbres! Seule nous parvient la plainte du vent!
Je regarde Godefroy, tandis que derrière nous ses hommes déposent le matériel. Il devine ma pensée et dit:" Je vous assure, Cariou, que le message venait bien de la station! Nous avons vérifié!" Nous sommes parés pour l'exploration, en formant deux groupes, et nos lampes se mettent à fouiller l'obscurité!
A mesure que j'avance, des fantômes viennent me visiter! Je revois Nizou et Covillon perdant la tête et s'échappant vers la mort! Douguet me fait de nouveau face, prêt à combattre, mais c'est son corps sans vie sur son lit qui m'a le plus impressionné!
J'ai de nouveau des larmes aux yeux, au souvenir de Gestin, torturé avant d'être noyé dans sa baignoire! Un homme si doux, si intelligent! Soudain, la belle Sophie Prémel rayonne tout près! Sa bouche corail me murmure une nouvelle fois des mots qui sont comme des braises! L'altière, la magnifique Sophie Prémel, avec ses formes ensorcelantes, mais aussi sa haine féroce et son destin tragique!
Puis, des âmes plus noires s'invitent encore dans ma mémoire... Ce fou de Cressant, ce monstre à lunettes, ce professeur méthodique et sans pitié! Morizur le suit bien entendu, d'autant qu'il est la cause de notre arrivée... Morizur, l'aristo si je puis dire! L'assassin avec des manières, comme tuant de sa caste!
Ma lampe maintenant éclaire mon ancienne chambre... On ne peut parler ici de poussière et pourtant tous les objets sont comme figés, sous une "pellicule de temps"! Tout est un peu gris et me désole! Dehors, le vent continue à mugir, rappelant l'hostilité des éléments et rendant encore plus fragiles sans doute toutes les traces de mon ancienne occupation!
Le talkie du chef de notre groupe se déclenche: nous devons nous rassembler dans le réfectoire! Là, sous la clarté lunaire des hublots, il y a effectivement une anomalie: c'est Cressant, gelé, assis devant les restes de quelque repas!
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RAMEUR!
- Le 05/06/2021

"Elle dit que la jungle fait disparaître les hommes!"
Predator
"A l'assassin! A l'assassin!" cria-t-on cette nuit-là dans RAM! On s'éveilla en sursaut, on alluma des torches et on courut vers la source du bruit! Des hommes en armes étaient déjà là et leur armure luisait sous les flammes! Il y avait bien un mort et c'était un commerçant du quartier, mais sa tête avait été coupée!
On se mit à la recherche de l'assassin, qui ne devait pas être loin, et on le cerna à l'aube! Il ne voulut pas se rendre et chargea, ce qui fit qu'on dut le tuer! Une épée le transperça et on put alors voir qui c'était! Mais son origine étrangère ne faisait aucun doute et on ne le connaissait pas!
Or, ce n'était pas le premier crime produit par ces gens venus d'ailleurs et la colère gagna la ville! On ferma les portes, on chercha les étrangers et des milices, avec des chiens féroces, arrêtaient le moindre suspect! Puis, on découvrit le cadavre d'une femme et la haine fut à son comble!
Mais le mari était le coupable et on finit par le pendre! Une patrouille fut attaquée dans le bas de la ville; des chariots et des carrosses brûlèrent et il y eut des pillages, des viols, des querelles avec des coups de dagues et des suicides chez les soldats! Chaque jour on était dans la stupeur et il semblait qu'une nuit sans fin recouvrât RAM!
Au palais, les ministres s'invectivaient, se traitaient d'incapables et on prenait de nouvelles mesures, toujours plus restrictives, plus autoritaires! On ne comprenait pas, on suait, on appréhendait, on grimaçait! Quelle était la source du mal? On n'en savait rien! On n'avait aucune vision d'ensemble!
De loin, RAM avait l'air d'un dragon dans sa grotte, qui crachait du feu sur lui-même!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi premier mai: c'était une vieille folle! Elle ne comprenait rien et n'en faisait qu'à sa guise! Elle voulait tout le temps qu'on parle d'elle! Elle boudait dès qu'on quittait le sujet!
Certains jours, elle avait l'air morne et se plaignait! On ne lui donnait pas assez! Les autres avaient une conduite odieuse! On se moquait du monde! Elle se courbait, prenait l'expression d'une victime, si bien qu'on eût dit quelque pauvresse, quelque souillon!
D'autres fois, elle était fière et triomphait! Elle trouvait sa chance et les hommages mérités! Elle brillait comme un soleil! Où était sa peine de naguère, ses plaintes, ses cauchemars? Envolés! Disparus, comme par enchantement!
Elle avait mille tours dans son sac! Elle se déguisait en homme, gonflait son pénis et jaugeait la virilité des autres, en scrutant leurs fesses! Et sa tête, à quoi elle servait? Mais à rien visiblement et pourtant elle était là!
Quand elle était femme, attention! Tenue impeccable, lignes pures! Le regard admirait, soupirait et c'était bien normal! Elle était la maîtresse et on devait lui obéir au doigt et l'œil! Et le cœur? Quoi, le cœur? Les sentiments, le sens de la vie, les autres! Quoi? Quoi? Mais il n'y a avait qu'elle! Bien sûr, il faut aider les pauvres! C'est complexe et il y a la dette de RAM! Mais, mais, il y a d'abord moi!
Qui était cette folle, qui était comme chez elle dans la ville, qui n'apprenait rien, qui n'évoluait pas, qui fatiguait tout le monde, qui ne faisait aucun effort, sauf pour sa comédie et ses intérêts? Qui était ce monstre qu'on devait supporter chaque jour?
Mais c'était et c'est la conscience de soi! le papier buvard du quotidien! le tombeau de nos espérances! la girouette de nos bises! C'est le courant alternatif de notre chaise électrique! "Madame a bien dormi? Monsieur veut-il un peu plus de sauce? Le sel? Où j'ai mis le sel? Madame s'impatiente? Mais madame est merveilleuse, extraordinaire, éternelle même!" La crise? Quelle crise?
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 2 mai: à quoi fait penser RAM, sinon à une éponge? En effet, la ville est pleine de trous, qui ressemblent à celui du fourmilion! Si on tombe dedans, on est écrasé, dépecé, avalé! Chacun veut dominer, que le monde tourne autour de lui! Comment la vie dans RAM serait-elle possible?
"Qui êtes-vous?
_ Euh...
_ Vous travaillez?
_ Non... C'est-à-dire si!
_ Expliquez-vous...
_ Voilà quand je regarde les gens, je les vois vraiment... Je les comprends... Ils sont pour moi une parfaite réalité! Je n'essaie pas de leur marcher dessus... Je m'efforce de leur donner le plus d'espace possible, afin qu'il se développe! Je suis disponible et c'est pourquoi je vous dis que je travaille!
_ J' pige pas!
_ Cela ne m'étonne pas! La plupart des gens que je croise m'agresse tout de suite! Il me place d'emblée dans un rapport de force! Les hommes veulent me supplanter et les femmes me séduire! Je suis contraint de résister, pour préserver ma propre liberté, bien entendu! Mais ces attitudes obéissent à la même logique: on domine pour se sentir exister, d'autant que la peur, l'angoisse est derrière! Plus celle-ci est forte et plus l'envie de dominer l'est également!
_ Hum!
_ Oui, je vous présente un monde nouveau, mais il est facile de comprendre que la domination est une forme de tyrannie et que là où il y a de la tyrannie, la vie est asphyxiante, insupportable! Imaginez des hommes et des femmes qui ne chercheraient pas à dominer, qui n'auraient pas peur, qui voudraient encourager l'autre, lui faire sentir qu'il est aimé, qu'il a droit au respect, quel qu'il soit! Imaginez qu'au lieu de prendre, on donnerait! qu'au lieu d'attirer vers soi, on serait plutôt dirigé vers l'extérieur, telle une source! Imaginez qu'on ne soit pas exsangue, mais riche!
_ Vous n'êtes pas de RAM, c'est sûr!"
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 3 mai: RAM avait un "pote" un peu louche, nommé La Com! "'Lut, La Com!
_ Lut, RAM!
_ Alors?
_ Ben, on est prêt!
_ Ah ouais? On raconte de drôles de trucs sur toi et ta bande de satellites!
_ On raconte quoi?
_ On dit qu' tu pourrais bien t'appeler La Noosphère!
_ Pfff! Qu'est-ce que c'est qu' ça? Une eau d' toilette?
_ C'est qu' j'ai besoin d'être sûr de mes gars, tu comprends?
_ Puisque j' te dis qu'on est prêt!
_ Vrai? Parce que La Noosphère, ce s'rait cette couche de la pensée, répandue par les communications et qui f'rait que la planète deviendrait comme un tout sensible!
_ Tant qu' t'es au manettes, j' s'rai méchant RAM!
_ Bien, Bien! Pas d'amollissement donc!
_ La haine, comme tu veux, où tu veux!"
Cariou ailleurs... Je me réveille à l'hôpital, comme au premier jour dans RAM! Il y a tout de même un changement, car est assis dans la pièce le commissaire Brocart! "Bonjour, Cariou, comment allez-vous?
_ J'ai l'impression d'avoir été concassé!
_ Oui, on vous a bien travaillé! Une idée sur vos agresseurs?
_ Des grands gars costauds, au visage fermé!
_ Ah! Ah! Dites, vous pouvez vous lever? J'aimerais vous faire rencontrer quelqu'un!"
Je m'habille en grimaçant et nous prenons un Bob feutré! Puis, c'est une vaste demeure et de longs couloirs... Enfin, une sorte d'huissier nous ouvre une large porte et nous sommes devant un pupitre que surmonte un disque irisé, étrangement libre dans un liquide verdâtre!
" Je suis le ministre Fauconnier! fait le disque. Ne soyez pas trop surpris par mon apparence, monsieur Cariou, mais l'immortalité a quand même un coût!
_ Mais à quoi bon l'immortalité pour les pauvres?
_ Ah! Ah! On m'avait dit que vous aviez un esprit caustique! Mais vous venez de la station Charcot, je crois? Bien, je vous prie de regarder ces images..."
Je me tourne vers un écran, où je reconnais... le professeur Morizur! "Les morts se réveillent! fait-il. Tremble RAM, car notre vengeance sera terrible! Nous avons été abandonnés! Mais l'au-delà a eu pitié de nous! Il nous a rendus à la vie, pour la justice! Nous arrivons, RAM, nous arrivons, indestructibles, puisque nous sommes de la peur!"
"C'est une mauvais plaisanterie, je fais, quand l'écran s'éteint. Morizur a été tué et je ne crois pas aux revenants!
_ Moi non plus! répond le ministre. Comme vous le voyez, notre corps est voué à la disparition! Mais nous venons de recevoir ce message et il est vrai que l'évacuation de la station, sous la menace du virus, a été pour le moins... bâclée!
_ J'en sais quelque chose... Mais qu'est-ce que vous attendez de moi?
_ Que vous retourniez là-bas, pour faire la lumière sur cette soi-disant résurrection! Moyennant quoi, nous abandonnerons toute poursuite contre vous!"
Je me gratte le menton et cela veut dire que ça m'intéresse... Je pourrais dire que c'est plutôt à moi de me plaindre, mais il y a des moments où il est inutile de discuter, tant la vérité est absente à mesure que la domination est forte! Et puis, comment mieux lutter contre RAM qu'en y étant tranquille?
J'accepte donc et je suis laissé en compagnie de Brocart, pour les préparatifs... "C'est étrange, mais le ministre ne m'a pas parlé du vaccin, je dis!
_ Non, je lui ai fait croire que c'était Friant, la formule sur pattes!
_ Ah bon?"
Nous entrons dans une petite pièce, où nous attend un militaire... "Voici le colonel Godefroy! dit Brocart. Avec ses hommes, il va vous accompagner jusqu'à Charcot!" Je suis face à une silhouette droite, surmonté d'un visage massif, quoique volontaire!
Le colonel a l'air d'un lion apaisé et j'en éprouve quelque gêne! L'œil jaune de ma névrose se rouvre et les chauves-souris de mes complexes quittent leur grotte! Mais j'adore ça dans le fond: être chatouillé par mes peurs, pour sentir combien j'ai évolué!
Sous les vieilles toiles d'araignées brille l'or de la lampe!
Mais, pour l'instant, les soldats sont à la fête, chez eux, dans cet hélicoptère branlant, qui nous emporte vers la glace!
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RAM O!
- Le 29/05/2021

"Szell! C'est Szell!"
Marathon man
RAM contempla la plaine, sous le ciel noir... La bataille avait duré toute la journée et on s'était égorgé avec une furie extrême! Partout des corps enchevêtrés et des foyers qui se consumaient! Le sang tachait la terre et la souffrance restait figée sur les visages!
Le bruit du vent avait remplacé l'appel des cors, les cris de la hargne et les tintements de l'acier! L'ennemi avait fui, comme à présent les fumées! Sur son cheval qui s'ébroua, RAM pensa que le royaume était maintenant en sûreté et il rentra dans son château, alors qu'on enterrait les morts!
Quand il arriva, il fut assiégé par les prêtres, qui lui demandèrent une cérémonie, pour remercier leur dieu, et RAM fut soudain las! Les prêtres avaient le pouvoir sans combattre! Ils imposaient des règles, pour être les chefs! Ils demandaient une foi, des efforts, dont ils étaient eux-mêmes incapables!
"A partir de maintenant, leur dit RAM, le culte sera séparé de mon gouvernement! Vous ne bénéficierez plus de ma protection et croira qui voudra!" Ils furent scandalisés et menacèrent RAM de la pire vengeance divine, mais il n'en eut cure et fit plutôt appel à des savants, des chercheurs!
Ceux-ci s'empressèrent autour de lui, heureux de diffuser leur science! Ils lui ouvrirent l'abîme du temps! RAM se vit cousin du chimpanzé et venant d'Afrique! On lui expliqua qu'il avait une conscience, parce qu'il se tenait débout, et l'âge des premiers hominidés lui donna le vertige!
On lui parla encore de phyla, de l'arbre de vie, et la taille des dinosaures lui en imposa, alors qu'il songeait avec mélancolie qu'il eût pu être une algue, à la dérive dans la mer chaude! On fut plus circonspect quant à l'apparition de la vie, mais il en avait déjà assez!
Pourtant, on ne le lâcha pas et on partit sur le cosmos! On lui dit en riant qu'il habitait une planète sans doute comme tant d'autres et que de toute façon on était dans un univers constitué de milliards de galaxies et probablement né de l'excitation de particules!
RAM alors se tassa un peu plus sur son trône, mais on lui réservait le meilleur pour la fin! Savait-il que le temps dépendait du voyage de la lumière? Connaissait-il la matière noire, qui devait accélérer l'Univers malgré la gravitation? Et la mécanique quantique? A quel moment pouvait-t-on être sûr de la réalité d'un fait?
RAM, d'une voix faible, finit par demander à ceux qui le tourmentaient maintenant, par leur intelligence si brillante, comment ils faisaient pour ne pas se mettre à crier, face à l'absurdité, à l'abandon total que rencontrait l'homme! Ils répondirent qu'ils comptaient sur les progrès de la raison et RAM vit qu'ils ne se connaissaient pas du tout et qu'ils n'étaient que des enfants!
Il les renvoya et cette nuit-là, il eut un terrible cauchemar! Il était naufragé dans une mer noire et autour les vagues montraient leurs dents blanches! Il allait se noyer, quand il aperçut une bouée qui dansait! Il s'y accrocha de toutes ses forces, mais alors un éclair lui montra que ce n'était qu'une effigie de lui-même, avec un sourire grotesque!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 25 mai: sœur Sagesse est une femme médecin, qui va par les routes en marchant, pour soigner les gens et diminuer leurs peines! Elle arriva à RAM un soir d'orage!
Elle vit que les habitants souffraient d'une étrange maladie: ils devenaient de plus en plus durs et méchants! Leur haine était palpable! Leur mépris avait soif de frapper! N'avaient été les lois, ils s'eussent détruits entre eux! Pourtant, RAM regorgeait de richesses, mais c'était comme si une malédiction s'était abattue sur la ville!
Sagesse ne savait que faire et observa... La température, notamment, agissait sur les habitants comme un pressoir! Plus elle était basse et plus l'agressivité, elle, montait! Or, pendant des jours et des jours, un vent du nord souffla avec violence, détruisant les récoltes, grêlant les fleurs et donnant l'impression que nul ne comptait!
Pire, on s'aperçut que certains étaient définitivement changés en statues! On les voyait tels qu'ils avait été surpris! Un affreux rictus marquaient les uns, quand d'autres arboraient un air hagard, teinté de défi! C'était une vision de cauchemar, alors que la bise tourbillonnait! Les sourires n'existaient plus, mais au contraire les attitudes étaient de plus en plus martiales, car on ne comprenait pas le phénomène!
On n'établissait pas de liens entre le temps, la dureté des cœurs et les statues! Sagesse demeurait impuissante et eût-elle voulu intervenir, on l'aurait chassée! Elle assista donc à la troisième étape de la maladie! Les statues se brisaient! Elles tombaient en morceaux! Leurs têtes roulaient sur le sol! Et chose étrange, elles avaient quelques larmes!
Mais ce qui plongeait dans la stupeur, c'était que parmi les débris brillaient des joyaux! Evidemment, ils firent envie, mais, si on essayait de s'en saisir, on était vite déçu! La main les dispersait! leur donnait leur liberté! et sous l'œil médusé, ils s'échappaient avec le vent! Ainsi, RAM devint la ville du regret, de la plainte, des visages fermés!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, même jour: non loin de RAM il existe un marais, dont l'eau est sombre, parmi les joncs que courbe le vent! L'endroit est désert, sous le ciel qui paraît toujours gris, et le silence n'est perturbé que par quelques cris d'oiseau!
Evidemment, les habitants de RAM ne viennent jamais par ici, car ils cherchent plutôt à briller entre eux et pourtant une curiosité se trouve au centre du marais! C'est un monticule effrayant, fait d'arbres tordus, comme s'ils criaient leur souffrance, et de plis de terre si creusés qu'ils ont l'air le fruit de quelque cataclysme; ce qui ne serait pas loin de la vérité!
En effet, les fermiers du coin racontent une histoire... Ils disent qu'il y avait là comme une sorte d'ermitage, mais son occupant ne se dévouait pas à Dieu, mais à la magie! Il était peut-être un ancien druide et en tout cas, il se répandait en invocations et semblait jeter des sorts!
Il aurait eu le pouvoir de commander les arbres et même le sol, car un matin on ne vit plus l'ermitage parmi les troncs et les bosses, mais dans une clairière parfaitement plane! Avait-on rêvé et que s'était-il passé par la suite, pour qu'on montre le monticule telle la tombe du magicien?
On peut imaginer celui-ci repoussant la forêt par sa puissance, en devenant le maître et rêvant d'installer des cités, qui auraient révéré son nom! Puis, cédant sous l'effort, il n'aurait pas pu empêcher le retour de la nature, pareil à celui de la mer! L'homme est-il capable de vaincre celle qui lui a donné le jour?
Bien sûr, voilà un énième conte naïf, de ceux qui conviennent au chant un peu triste de l'alouette et d'ailleurs, le lieu est menacé de destruction par RAM, car la ville ne cesse de s'étendre!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, jeudi 27 mai: connais-tu vraiment RAM? Après tout, ce n'est qu'une colonie d'hommes dans la nature! Des arbres et des fleurs, dans la ville, témoignent de notre environnement, comme les oiseaux!
Ah! Mais cette verdure est si domestiquée et autour, ce sont des champs et des champs! Où RAM n'est plus le maître, d'autant que ses avions sillonnent le ciel et ses bateaux la mer? RAM finit bien par croire qu'il domine le monde et non l'inverse!
Il se répète d'ailleurs ce message chaque jour, de toutes les manières possibles! Il se regarde dans son miroir, au point que la nature semble être secondaire, superfétatoire, à sa botte! RAM apparemment triomphe et d'où vient alors son angoisse, sa violence?
Mais RAM a des ennemis et il pense qu'ils sont l'obstacle à son bonheur, qu'il faut les vaincre pour être heureux! Sacré RAM! Il veut garder ses illusions! Il rabâche et il ne voit même pas que le ciel se moque de lui!
En effet, les nuages qui passent sont bien plus réels que l'agitation de RAM! Ces titans de coton qui filent donnent à la ville la dimension d'une maquette! Et les tempêtes à venir, c'est la nature qui marche sur RAM! Va-t-il enfin se remettre en question?
Cariou ailleurs... Je retourne chez Sacripante... et je trouve la porte ouverte! Mon ami est là dans le salon, couché sur sol, avec le crâne défoncé, à en juger par le sang qui en a coulé!
Sur le mur, il y a une inscription grossière: "L'insolence est payée!" Cela ressemble à une farce sinistre, mais il ne faut jamais oublier que la domination est aussi créée par la peur et que celle-ci peut conduire aux gestes les plus désespérés, les plus violents!
Quelques DTN auront suivi Sacripante et lui auront réglé son compte! Combien ne sont pas malades, trônant dans leur rêve, implacables devant la menace? A côté du corps se trouve le brouilleur, en miettes, mais, en y regardant de plus près, je m'aperçois que ce n'est pas l'appareil en question! Sacripante aura-t-il été génial jusqu'au bout?
Je fais le tour de la pièce des yeux et je me rappelle combien l'Italien avait l'amour des livres! Je repère sans trop de peine la Divine comédie de Dante, juste à côté de Si c'est un homme de Primo Levi! Ce n'est pas un mauvais voisinage et je bascule les livres vers moi. Bingo! Le brouilleur est derrière... et c'est la distinction de Sacripante qui m'a guidé!
Mais je quitte l'appartement en colère, car ceux qui sont dehors ne valent pas mon ami! Je voudrais confondre l'hypocrisie qui m'entoure, la mettre à bas! Le soi-disant équilibre de la société n'existe pas! Il est uniquement fondé sur la domination, ce qui veut dire que nous nous piétinons les uns les autres, en rendant au final la vie impossible!
Ce que nous appelons équilibre, c'est le sentiment de notre supériorité, sur le tas de nos victimes! Or, le brouilleur parasite la puce cérébrale, de sorte que l'individu a le sentiment d'être propulsé en pleine nature, ce qui réduit évidemment à néant et en un instant sa domination! J'utilise l'appareil comme une mitraillette, pour soulager ma rage, et les réactions ne se font pas attendre!
La panique produit aussitôt la haine et on ne rêve plus que de me détruire! Mais je n'en ai cure, car c'est la faute des gens s'ils n'ont pas plus de réalité! Par peur essentiellement, ils ne veulent absolument pas explorer la spiritualité et ne s'en remettent qu'à leur égoïsme, d'où leur superficialité, leur petitesse!
Pourtant, soudain, un Bob s'arrête brusquement à ma hauteur et avant de m'en rendre compte, je suis poussé dedans par deux malabars!
"Mais enfin où m'emmenez-vous?" "La ferme!" Cela a au moins le mérite d'être clair et nous entrons bientôt dans le parc d'une maison cossue! Puis, me voilà conduit dans un salon richement meublé, devant un grand type sec, la soixantaine dépassée! Il prend le brouilleur que lui tend un de ses hommes, l'examine une seconde, avant de se tourner vers moi...
"Je vais te raconter une histoire, me dit-il. Aujourd'hui, je suis à la retraite... Enfin, je vis de mes rentes, de celles qui viennent de mon bisness... Et là, surprise, je prends conscience que la seule chose qui me reste en définitive, c'est mon amour-propre! Je veux toujours avoir raison et l'impression que je contrôle tout! C'est plus fort que moi!
_ D'où aussi sans doute une peur atroce du ridicule! je coupe.
_ J'étais sûr que tu s'rais intelligent! Or, ton... gadget, subitement, a fait le vide sous mes pieds! J'étais dans la rue tout à l'heure et je me suis vu avec la taille d'un atome! Insupportable! Je confisque donc l'objet et Pierrot va te donner une leçon!
_ Avec plaisir patron! C'est du petit bourgeois, sans cals dans les mains, quasiment du sorbet!
_ Bien, mais ne le tue pas!"
Le premier coup m'arrive au plexus et la douleur irradie, comme si j'avais avalé un champignon nucléaire! Puis, le programme de lavage commence, mais, avant de sombrer, j'entends encore tout de même la petite voix de Julie, ainsi qu'un écho qui meurt, me murmurer: "Tu aurais p't'-être dû essayer le rameau d'olivier!"
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RAM N!
- Le 22/05/2021

"Ils arrivent!"
Le Jour le plus long
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 17 mai: comme d'habitude, RAM commença la semaine maussade, inquiet et agressif! Il ne pouvait en être autrement, car le dimanche ne le reposait pas, mais au contraire lui faisait peur, le minait!
Pourquoi? Mais RAM vivait pour dominer et l'inaction, le calme ne lui permettaient pas de se sentir supérieur! Il avait tout essayé! la beuverie du samedi soir, qui le laissait le lendemain assommé et avachi devant la télévision! les promenades dominicales interminables, qui l'épuisaient, le vidaient! les déjeuners familiaux, copieux et bien arrosés, qui se terminaient en débinant les absents, comme si on avait nourri l'amertume!
RAM avait même continué de travailler, ignorant le jour de repos, mais ses bruits de chantiers étaient contre sa propre loi et il avait dû s'arrêter! Il aurait pu encore jouir du silence, du spectacle des nuages, s'enchanter des oiseaux et du vent dans les arbres, mais la nature l'ennuyait, l'effrayait même! Il voulait se voir partout, que toute chose reflète son importance, sinon il angoissait!
Bref, RAM ne savait pas vivre, être en paix avec lui-même et ce matin-là, il enfila son armure avec un air sombre, avant de sortir dans la rue! Là, il voulut écraser deux ou trois types qu'il croisa, histoire de montrer qui était le maître et de donner à sa domination son petit-déjeuner! Puis, il alluma une machine infernale, dont le bruit sema le chaos, car ainsi RAM s'abrutissait, ne pensait plus et faisait régner une sorte de terreur! La ville pouvait alors s'éveiller!
Sa femme Stress ne fut pas de meilleure humeur! Elle sortit de chez elle comme si le monde lui appartenait! Elle était élégante, avec un parapluie transparent! Cependant, elle dut attendre un instant, avant d'entrer dans un magasin, et elle repéra une proie, un homme! Elle le fixa, pour lui dire qu'il était à elle!
Stress avait besoin de sexe, pour se soulager, mais, s'il devait bien y avoir un échange, elle resterait dominante! Pas question qu'elle ne commande pas! On pouvait la satisfaire, si on restait inférieur, à peine existant! L'autre n'échappait pas au brouillard qui l'entourait et qui rendait esclave! Sans doute, tout de même, récompenserait-elle son "étalon", en lui offrant un verre d'eau ou un mot gentil! Elle n'était pas toute en bois!
Ainsi, parfois elle pleurait! Elle avait passé tout son dimanche à s'inquiéter, à se ronger les sangs! RAM n'était pas un bon mari, se désintéressait d'elle et elle avait peur, sans trop savoir pourquoi! C'était encore elle qui avait à charge de faire vivre le couple! Elle pensait pour deux! Si on n'écoutait que RAM, rien ne se passerait, nulle réunion de famille, nulle promenade, nulle fête, nul espoir! On serait enseveli, enterré avant l'heure, sous l'ennui!
Et puis le lundi, elle reprenait le travail! C'en était trop et les larmes lui montaient aux yeux! Elle raconta alors à un quasi inconnu, mais qui semblait s'intéresser à elle, sa jeunesse, très sportive, qui lui causait aujourd'hui des douleurs, des rhumatismes! Elle eut de la tendresse pour elle-même et se sentit légèrement ragaillardie! Un peu de sève la réchauffait!
Comme d'habitude, ce jour-là, le monde de RAM faisait la grimace et il ne lui manquait pourtant rien, seulement l'essentiel! Au loin, retentirent les premières ambulances!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 18 mai: monsieur Nuit n'en revenait pas! On lui avait résisté! Il eût voulu détruire ce... type! ce minable! Il sentit de nouveau une haine atroce l'envahir!
Mais pourquoi s'embrasait-il ainsi? N'était-ce pas indigne de lui? N'était-il pas le plus fort, le centre de tout? Existait-il vraiment autre chose que lui? Mais il avait eu peur! Oui, une peur horrible, nouvelle pour lui! d'où sa haine, son envie de pulvériser!
Il essayait de comprendre... Il vivait à condition de contrôler le monde, que celui-ci se soumette, soit sa chose! Il était comme un aimant, avec de la limaille de fer autour! C'était la condition sine qua non de son équilibre! Bien sûr, il n'avait pas la main mise sur tout, loin s'en fallait! Mais là où il était, c'était chez lui!
Or, cet individu n'avait pas été influencé! Il était resté hors de sa puissance mentale, comme un rocher au milieu des flots! Monsieur Nuit avait eut l'impression que des barbelés avaient déchiré sa bulle, que l'oxygène s'en était brusquement échappé et qu'il avait failli étouffer! Ce type-là, il devait le retrouver, pour savoir qui il était, quel était son parcours, d'où venait son étrange force! Il fallait analyser la menace, pour mieux l'effacer!
Monsieur Nuit s'approcha de la fenêtre et regarda la ville... Elle ne lui était pas hostile, bien au contraire! Comme lui, elle fonctionnait suivant sa domination! Ses habitants se réjouissaient de se supplanter les uns les autres et ils voulaient la nature comme un miroir de leur puissance!
Ici, pouvaient naître et prospérer les enfants de monsieur Nuit! Ils seraient les enfants de RAM, ses futurs adultes! Car monsieur Nuit avait un don funeste: il pouvait semer sa nuit et la faire germer!
Il sortit et sillonna la ville et dans tous les endroits qui étaient plutôt sombres et peu fréquentés, il s'arrêtait pour laisser tomber quelques gouttes de son sang, qui n'était que de la nuit! Et bientôt, les gouttes s'agrandirent, devinrent des poches, dans lesquelles des fœtus se développaient, mûrissaient, avant de se libérer de leur enveloppe!
Des garçons et des filles, en grand nombre, commencèrent à mener leur existence dans RAM! Ils n'avaient pas trop de peine à obtenir ce qu'ils voulaient, tant ils dégageaient un pouvoir obscur! C'était quelque chose d'impalpable, qui avait la force d'une maladie, d'un déséquilibre, d'une pente!
Même les adultes, sans se l'avouer, en avaient peur! Ils étaient bien supérieurs physiquement, mais, sous les yeux de ces jeunes, ils éprouvaient une gêne, un malaise, et ils cédaient ne serait-ce que pour en être débarrassés! RAM changeait! Chaque jour, il y avait des faits d'une criminalité toujours plus étrange, plus grave, plus inquiétante, ainsi qu'un lierre aurait asphyxié RAM, déjà victime du virus!
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 19 mai: RAM avait une fille: Parole! Il l'aimait particulièrement, la choyait! C'était son rayon de soleil, sa joie et il aimait danser avec elle! Il est vrai qu'elle séduisait, envoûtait même, avec ses boucles qui étincelaient comme ses yeux! RAM ne pouvait plus s'en passer et il demandait où elle était, dès qu'il ne l'entendait plus, ne la voyait plus!
Il était inquiet sans elle et il lui arrivait de ne plus pouvoir la quitter! Ils dansaient alors tous les deux jusqu'à l'étourdissement: elle de plus en plus riante, légère; lui de plus en plus lent et comme perdu! Stress, la femme de RAM, ne voyait pas ces jeux d'un mauvais œil et c'est même elle qui les provoquait, ce qui fait qu'elle n'était pas jalouse!
Mais parfois RAM était sujet à un abattement profond, sans savoir pourquoi! Il était là hagard, comme un fantôme, avec des gestes mécaniques et il se montrait volontiers hargneux, coléreux, blessant et tyrannique! Il estimait qu'il en avait le droit, que le petit méritait d'être écrasé! Car lui RAM était malheureux et cela seul comptait!
Sa fille derrière était d'accord! Parole elle-même se montrait agressive, acerbe, mauvaise, comme si jusque-là son temps n'avait pas été occupé par des fêtes, des plaisirs! Elle se sentait étrangement lésée et sa langue de vipère le faisait savoir! La famille était odieuse, crainte, tant qu'elle ne retrouvait pas une période favorable, qui lui redonnait aussitôt le sourire et Parole et RAM recommençaient à danser!
Cariou ailleurs... Je marche dans RAM en retrouvant la domination dans tous ses états, car c'est une journée à angoisse! Quand ils ont peur, l'homme cherche à être le chef et la femme irrésistible! Par là, je vois que chacun est dans la nuit et ne comprend même pas ce qui le motive!
A chaque coin de rue, pourtant, il y a une scène prévisible! Ici, on parle haut pour se rassurer! Là, on me dépasse avec dédain, comme si je n'étais que poussière! Là-bas, on m'offre le galbe d'une cuisse, ou on se tient bien droit, pour montrer la fermeté de ses fesses!
On est en représentation, mais nullement en paix! On n'est pas heureux! On essaie seulement de masquer son effroi! Je m'enchante tout de même du monde, quand quelqu'un me heurte! "Espèce de butor! me crie l'individu. Vous ne pouvez pas faire attention!" Je vais pour répondre, mais je reconnais qui est devant moi: "Excusez-moi, m'sieur! je fais avec une voix de demeuré. J' cherche le Colysée!"
L'homme me regarde quelques secondes... "Cariou?" "Sacripante!" Nous nous tombons dans les bras et très vite nous trouvons un banc, pour nous raconter les nouvelles! On se rappelle que Sacripante est un Italien, qui travaille comme technicien à l'OED (Organisation Ennemi des Doms)!
"Sacripante, vous allez peut-être pouvoir m'expliquer ce que je fais ici, car j'étais à la station Charcot, dans mes derniers souvenirs!
_ Oui, je crois avoir entendu parler d' ça... C'est pas net, mais l'armée aurait joué un rôle! C'est de là-bas qu'est parti le virus et d'après ce que l'on sait, il y a eu une hécatombe chez vous, non?
_ Oui, c'était pas joli!
_ Ecoutez, je vais peut-être vous raconter des bêtises, mais je crois qu'on a réglé la situation d'une manière secrète! En tout cas, on n'entend plus parler de cet endroit!
_ Mais RAM, qu'est-ce que c'est?
_ RAM! RAM a toujours été là! Il avait un autre nom... et puis, vous avez sans doute évolué! Comme moi d'ailleurs, car l'OED n'existe plus!
_ Comment?
_ Oui, certains ont voulu commander, dominer et ils sont devenus eux-mêmes des Doms! Pour moi, nous avions perdu la partie et quand j'ai quitté l'organisation, elle était en pleine crise!"
Je digère ces propos et je reprends: "Venez avec moi, Sacripante! Je vais vous montrer quelque chose et vous allez peut-être pouvoir m'aider!" Nous arrivons bientôt dans une artère... "Vous voyez le jeune homme sur la gauche, Sacripante, celui qui est adossé contre le mur et qui paraît l'innocence même, le nez sur son petit écran? Eh bien, c'est un DTN (Dom Trou Noir)! Il engloutit toutes les énergies autour de lui!
_ Vous avez toujours été meilleur que moi, pour les reconnaître...
_ Maintenant, regardez sur la droite, un peu plus haut, cette jeune fille... C'est aussi une DTN et il y en a comme ça tous les cinquante mètres! Ce que je voudrais, c'est ramener un peu la réalité ici, en trouvant un moyen de troubler ces jeunes gens!"
Nous filons chez Sacripante et il se met au travail, car c'est lui le génie de la technologie, et moi, j'en profite pour passer une bonne nuit! Au matin, cependant, Sacripante me présente un objet: "C'est un brouilleur! m'explique-t-il. Il agit sur la liaison qui existe entre la puce du cerveau et l'écran consulté, comme si d'un seul coup le sujet voyait à travers des lunettes 3D! Il ne reste plus qu'à choisir un univers!
_ Parfait! Je voudrais qu'on soit catapulté dans le ciel, dans les nuages!
Nous retrouvons la rue et essayons le brouilleur, mais la réaction est inquiétante! Elle ne témoigne pas d'une découverte, d'un émerveillement, mais elle est puissamment hostile, haineuse! Le jeune se met à donner des coups et à crier! "Diable! Nous ne sommes pas sortis de l'auberge! je fais.
_ Les gens ne veulent pas être heureux, mais dominer, Cariou!"
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RAM ROUGE!
- Le 15/05/2021

"La lumière tamisée, mais pas trop! Le champagne frappé, mais pas trop!
Mozart, mais pas trop!"
Le Guignolo
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, lundi 10 mai: RAM étouffait, enrageait! Il ne se sentait pas libre et en était même en colère! Tout l'exaspérait! le froid, le chaud, le dehors comme le dedans! trop de lumière, pas assez d'ombre!
La moindre contrariété et il explosait! On lui conseilla le sexe, mais il leva les bras au ciel! Le prenait-on pour un imbécile! D'accord, c'était agréable, mais combien de niaiseries accompagnant l'acte! Il faudrait encore rester béat! Et puis, il y aurait tellement d'idiots dans ses souvenirs, une fois qu'il serait dans le lit!
N'avait-on pas quelque chose de plus aéré, de plus fort, de plus vaste! un espoir plus profond! un souffle plus puissant! Il aurait voulu rêver au-delà de toute limite! Il était las de tout! Ses nerfs voulaient de la fraîcheur, se revigorer comme jamais!
On lui parla alors d'un magicien, qui était en ville et qui enchantait petits et grands! "Pourquoi après tout! répondit RAM. Il est même possible que ce... saltimbanque fasse mieux que mes ministres!" L'homme entra et il était vêtu pauvrement! Mais il avait le corps droit, léger et paraissait sans soucis!
Il fit l'obscurité dans la pièce et le cosmos apparut, traversé par une rivière d'étoiles! Puis, soudain, tout s'illumina, aveugla, sous la force du soleil! On vit encore la course des nuages, avec leur liséré de lumière et les vagues australes, mornes et monstrueuses! Une fleur blanche termina la séance et son pétale était comme un drap immaculé et soyeux, tandis qu'une poussière d'or affleurait!
Mais RAM n'avait pas bougé et même bâilla, ce qui fit rire le mage! "Je vois ton mal, RAM, dit-il. Tu ne veux pas être libre, cela te fait bien trop peur! Ce dont tu as besoin, c'est ta haine! C'est elle qui te tient chaud et te rassure!
_ Exact! L'ancêtre! Et qu'on me vire ce cul-terreux! ordonna RAM à ses gardes, en désignant le mage. Bon! Où sont mes ennemis? Que dit-on de moi? Dominer, triompher, casser du bougre ou de l'arrogant! Là voilà ma santé! La discorde, le venin, la dent dure, ô vous mes remèdes! Les affaires reprennent!"
Pourtant, cette nuit-là, RAM fit un étrange rêve! Une voix lui murmura: "As-tu faim? Es-tu à la rue? Dois-tu échapper aux bombes? Ne disposes-tu pas des meilleurs soins médicaux? Alors, tu vas me dire que ça va?
_ Plutôt crever!"
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mardi 11 mai: "Non, non, Friant, je ne peux pas être à la station! Ce n'est pas possible!
_ Mais enfin où pensez-vous que nous puissions être?
_ Je... et comment suis-je arrivé ici, dans ce lit?
_ Mais on vous a retrouvé dans la neige, inconscient, et on vous a ramené dans votre chambre! Evidemment, je me suis calmé, depuis que je vous poursuivais avec une arme! Je suis désolé..."
Je regarde autour de moi, n'en croyant pas mes yeux! Ainsi, le monde de RAM n'aurait été qu'un rêve, qu'un long cauchemar! Il est vrai que lui-même était déjà étrange! Mais c'est bien ma chambre que je retrouve... Je commence à suer, à cause de l'angoisse!
"Non, non, ne vous levez pas! s'écrie Friant. L'infirmier, qui remplace Gestin, a recommandé que vous ne quittiez pas le lit! Vous êtes sous le joug d'une intense fatigue, à laquelle le vaccin apparemment ne serait pas étranger!
_ Vous parlez d'effets secondaires?
_ Exactement! A propos, maintenant que nous ne sommes plus ennemis, vous pourriez me dire où vous l'avez caché, le vaccin?
_ Mais il n'a jamais été avec moi, comme je vous l'ai déjà répété!
_ Voyons, Cariou..."
A cet instant, un homme pénètre à reculons dans la pièce... Il porte un vêtement de ville, ce qui ne va pas du tout avec les températures de l'endroit! Mais il semble craindre un autre individu qui entre à son tour! Celui-ci porte un imper et un grand chapeau!
Friant, qui s'est retourné, est soudain lui aussi en proie à une peur extrême, qui se lit sur son visage! L'homme au chapeau doit avoir quelque chose de terrifiant et soudain il me fixe! Je ne vois pas ses yeux, mais seulement de la nuit! Il s'approche, comme s'il était stupéfait, et je le sens particulièrement haineux!
Mais je ne bronche pas, car j'ai compris à qui j'ai affaire! Cet homme est de la domination pure! Il fait tourner le monde autour de lui et il est partout le maître! C'est un trou noir qui a des jambes!
Mais cela ne me concerne pas! Mon équilibre ne repose pas sur la domination! On ne peut donc pas me soumettre! J'ai traversé des épreuves, dont cette créature n'a même pas idée! Mes racines sont déjà par-delà la mort! Il y a belle lurette que je navigue dans l'océan sidéral et que le pouvoir me fait bien rigoler! Pour celui qui veut commander, être supérieur, je suis à jamais aussi imprenable qu'un poisson!
L'homme au chapeau commence à le comprendre et s'il ne domine pas, si on ne lui est pas soumis, sa carapace se fissure et dans la brèche s'engouffre le souffle du néant et de la folie! Un abîme s'ouvre sous les pieds de l'individu, qui est gagné par la panique! La tête entre les mains, il se met à crier, comme s'il se disloquait, et il prend la fuite!
Celui qui était entré à reculons vient alors près de moi... Il a l'air à la fois épuisé et soulagé! "Je me présente, dit-il, commissaire Brocart, de RAM! Excusez-moi, monsieur Cariou, pour toute cette mise en scène!" Il montre la pièce... "Mais nous avons reconstitué votre chambre de la station Charcot, suivant les indications de Friant...
_ Ils m'ont menacé de m'enlever ma retraite, si je ne collaborais pas! rajoute Friant, en baissant la tête.
_ Euh... Hum! Notre but, monsieur Cariou, était de vous mettre en confiance, pour que vous nous disiez où est le vaccin...
_ Mais il n'a jamais été en ma possession!
_ Peu importe! Peu importe! Vous m'avez sauvé la vie... et cela je ne l'oublierai jamais! Mon collègue Miniers n'a pas eu cette chance... et il a été tué par cet homme au chapeau! Il s'agirait d'un monsieur Nuit et qui par ailleurs est un assassin de femmes!
_ Cela ne m'étonne pas! Il ne peut pas supporter que les autres aient une vie propre!
_ Mais comment avez-vous pu lui résister?
_ Ce s'rait trop long à vous expliquer! C'est aussi le travail de toute une vie! En d'autres circonstances, je saluerais votre talent de décorateur, mais vous m'avez tout de même bien secoué, avec votre supercherie! Je peux donc m'en aller?
_ Oui, vous êtes libre, ainsi que Friant! Je vais oublier pour un temps cette histoire de vaccin!"
Nous sortons, moi et Friant, et sur notre passage, nous découvrons un commissariat sens dessus dessous! Puis, c'est de nouveau l'air libre... "Je pense que vous devez m'en vouloir, me dit Friant. Mais venez avec moi... J'aimerais vous faire rencontrer certaines personnes, qui pourront nous aider!
_ Pourquoi pas? Il faut de toute façon que je marche, pour m'en remettre!"
Journal de Jack Cariou, monde de RAM, mercredi 12 mai: nous avons dormi dans un entrepôt, sur des matelas à même le sol, mais ce n'était pas si désagréable, car on entendait le vent et la pluie, qui rendaient notre intérieur d'autant plus précieux et douillet!
Par ailleurs, des gouttes tombaient sur une rambarde, en tintant, et cela semblait le chant même du temps! Mais, enfin, une aube grise s'est levée et nous avons quitté nos lits, pour un petit déjeuner sobre, accompagné d'un bon café fumant, dont les volutes nous réchauffaient!
Maintenant, je prends conscience que nous sommes en fait dans une salle de réunion et elle se remplit peu à peu de femmes et d'hommes. "C'est un collègue de travail qui m'a fait connaître tous ces gens, m'explique Friant. Et tu vas voir, ils sont très actifs!" J'opine, en constatant que Friant me tutoie dorénavant... Cela doit être le froid, à moins que l'ambiance qui monte...
"Camarades! crie celui qui a l'air d'un chef. Nous voilà au complet! La séance peut commencer!
_ Hem! fait Friant. J'ai amené une nouvelle recrue! C'est Jack Cariou! Peut-être peut-on lui expliquer en quelques mots le but de notre mouvement?
_ C'est très simple, Jack! répond une femme. Nous sommes en guerre contre RAM! contre son pouvoir... et son système capitaliste, qui sert principalement les riches! On veut une vraie République, une vraie démocratie, une justice pour tous! Les privilèges, c'est terminé! On veut l'égalité, que le gouvernement soit entre les mains de délégués, qui pourront être révocables à tout moment! Le pouvoir, c'est le peuple! C'est nous!
_ Ouais! Ouais! C'est ça! Bien dit, ma grande! Reste encore du café?
_ Tu ne peux pas condamner notre idéal! reprend le chef. Car il n'en est pas de plus beau! A moins que tu ne sois un profiteur, un exploiteur! Alors, t'es avec nous?
_ Ben non!"
Un profond silence se fait. Tout bas, Julie me murmure: "Et voilà le grand Jack Cariou, qui nous remet d'dans!" "Et on peut savoir pourquoi?
_ Mais oui! Nous allons à l'individualité! La preuve, c'est que vous êtes là chacun pour vous développer! Or, ce que vous voulez, c'est une fusion! C'est incompatible!
_ J'avoue que je ne m'attendais pas à celle-là! continue Julie.
_ Vous ignorez comment nous fonctionnons! je reprends. Si nous allons à l'individualité, c'est que la domination animale se poursuit en nous! Vous gardez l'illusion d'une fusion, parce que vous vous donnez un ennemi: RAM et les riches! Mais, dès que vous vous retrouverez entre vous, une fois vainqueurs, vous serez en lutte les uns contre les autres, ne serait-ce que pour vous évaluer et vous connaître!
_ Mais on ne peut pas se laisser dévorer! clame la jeune femme.
_ Non, mais RAM est déjà une république et une démocratie! Il y a une hiérarchie et des inégalités, car elles sont inévitables! Mais pourquoi jalouser et vouloir renverser des gens, qui ne savent même pas être heureux! Si vous étiez en paix avec vous-mêmes, si votre ego n'était pas souffrant, vous plaindriez même les profiteurs! Le bonheur, c'est vivre avec ce qu'on a!
_ Je crois qu'il vaut mieux que tu partes! me dit le chef.
_ Bien sûr, je détruis votre rêve! Mais vous faites fi de la nature, alors qu'au contraire il faudrait plutôt l'utiliser! C'est-à-dire reconnaître d'abord que nous voulons tous le pouvoir! Pour nous construire, nous avons besoin d'oppresser! Demandons-nous alors comment tenir debout, sans commander?"
Je voudrais m'expliquer davantage, mais je n'ai devant moi que des visages haineux et je sors. De nouveau seul, je regarde le ciel et les oiseaux, qui ont l'air heureux de vivre!