Sur le temps

Le temps 2

 

 

 

 

     Tout le monde a entendu parler des théories d'Einstein, qui disent que le temps est relatif et qu'il dépend de la position de son observateur, et la mécanique quantique imagine même qu'il pourrait tout "simplement" ne pas avoir d'existence propre!  Quoique je ne sois pas physicien, j'arrive au même point de vue, mais en nous observant et en essayant de nous comprendre... Evidemment, ce que je vais dire ici n'aura pas de valeur sur un plan strictement scientifique, mais ce sera plus important pour nous que la théorie des Cordes ou que l'Univers en rebond!

    Prenons un exemple simple, pour commencer... A chaque retour du froid, c'est la même chose, le même cirque! Nous sommes inquiets et énervés! Devant ma fenêtre, les voitures passent comme des bombes, alors qu'elles ont une pente assez raide à gravir! Certaines passent à une telle vitesse, qu'elles ont l'air d'arracher l'asphalte! Et si un tremplin terminait la rue, elles iraient se fracasser sur la lune!

    Evidemment, les sirènes se font plus nombreuses... Des conducteurs, en proie à l'angoisse, ne sont plus à ce qu'ils font... et c'est l'accident! C'est un accrochage, ou plus grave c'est une blessure qui conduit à l'hôpital! C'est une convalescence qui dure des semaines, voire des mois! C'est une vie ralentie, avec très souvent un membre paralysé, et dont on souffre... Malheureusement, la plupart des gens ne font pas le lien entre leur anxiété et ce qui leur est arrivé..., l'orgueil les en empêchant! Car ils vivent dans une illusion, protégée, nourrie par leur hypocrisie!

    S'ils admettaient leur trouble, leur défaillance, leur peur, ce serait comme faire voler en éclats leur vitrine!

    Aussi ont-ils  été victimes de la malchance ou de la maladresse d'un autre, voilà tout! Pire, ils cherchent à intéresser leur entourage sur leur malheur, leur héroïsme face au mal! Et ils n'apprennent pas, ou ne veulent pas apprendre, et les voilà de nouveau prêts à subir le même sort, la même mésaventure!

    Pourtant, dès qu'on s'observe, les choses se révèlent profondes... et claires! D'abord, pour expliquer notre énervement face au froid, nous devons de nouveau nous reporter à la nature... Bien entendu, quand l'hiver arrive, chez les animaux, c'est une inquiétude générale... Il y a ceux qui s'empressent de terminer leurs réserves, quand d'autres savent déjà que la nourriture va devenir plus rare... Ceux qui n'hibernent pas se préparent à la lutte!

    C'est une tension dont nous avons hérité, mais l'homme a peut-être encore plus besoin de nourrir sa conscience que son ventre! C'est son individualité qui commande! Il doit être fier de lui pour se sentir existé! Son amour-propre doit être excité; son égoïsme apaisé, sa dominance assurée! Et j'ai déjà expliqué tout cela...

    Mais les conditions hivernales raréfient aussi nos succès! Nous nous blottissons, nous nous isolons; nos forces diminuent et nous sommes peu enclins à sortir. Le mauvais temps nous rends fragiles... et soucieux. La facture du chauffage, par exemple, nous trottine dans la tête... Nous devenons exsangues; notre personnalité, elle aussi, affronte le "désert blanc"!

    Comme un renard affamé, nous recherchons la moindre satisfaction; la plus petite réussite serait pour nous comme un croûton! D'avoir fait un peu de ménage ou un peu de jardinage nous sauve du sentiment de notre nullité! Nous sommes prêts à abandonner toute dignité pour une étincelle de chaleur humaine, celle qui montrera que nous sommes toujours vivants!

    La télévision notamment joue alors le rôle de foyer, et nous nous perdons dans ses flammes..., car comment trouver quelque chose de nourrissant dans son flot de bêtises?

    Le Net aussi nous entraîne... Il y a là un concours... et si je participais? Et si je gagnais? Oh! Comme ce serait bon! J'aurais un soleil dans le ventre..., je me mettrais à chanter, je crierais: "Les affaires reprennent!"

    Et l'on se met à discuter sur la toile; à s'engager dans des débats houleux; on s'y blesse, on s'y énerve; on en ressort épuisé, amer; on s'est sali!

    On a trouvé plus fort que soi, plus méchant... et comment pourrait-il en être autrement? Le monde n'est-il pas peuplé en premier de tyrans? Et n'ai-je pas déjà dit que plus les conditions deviennent difficiles, et plus les tyrans se montrent durs et sans pitié?

    Mais que se passe-t-il réellement pour le tyran, pour celui qui ne donne que comme seul sens à la vie la satisfaction de son égoïsme? Mais il faut alors nourrir un ogre! en plein hiver! Et c'est des projets! Et c'est des chantiers! Surtout pas d'inaction!  Et c'est de l'agitation, de la fatigue, des inquiétudes, des rages, des injures, des haines, des cris, du bruit; de l'usure, de la peine, des maudissements! des emportements!

    Et le temps qui file! qui est compressé, serré, traité en esclave! en bourrique! qui n'est jamais assez! Et de là notre premier précepte: "Notre perception du temps dépend de notre degré de maturité!"

    Plus nous sommes maîtres de notre égoïsme, et plus nous sommes maîtres du temps! J'ai déjà donné quelques pistes pour grandir... Par exemple, exercer sa patience dans la file d'attente, à la boulangerie... Il est toujours bon aussi de rejoindre la nature, de se laisser pénétrer par son spectacle; son rythme devient alors un peu le nôtre, et notre retour dans l'agitation des hommes nous fait voir celle-ci aussi absurde que pénible!

    Mais surtout la compréhension des grandes lois qui nous régissent, qui sont à l'origine de notre développement et qui l'assurent, est le meilleur moyen de sentir notre valeur, sans pour autant imposer notre supériorité, ce qui ne peut s'effectuer qu'au détriment des autres...

    Constater combien on a raison, combien notre pensée était juste, jusqu'à prévoir ce qui va arriver, nous donne une assurance, une réalité que la plupart des hommes sont incapables d'imaginer, tant ils sont à poursuivre un but fugitif, qui leur échappe irrémédiablement, comme l'eau entre les doigts!

    En effet, chacun veut être libre et heureux, et comment peut-on alors espérer dominer les hommes? Il est impossible de les intéresser et de s'en faire admirer longtemps; à moins bien entendu de les tyranniser! Mais que valent des sentiments contraints, forcés? N'est-ce pas folie de bâtir son équilibre là-dessus?

    Celui qui découvre la sagesse avance en terrain solide; il n'est pas assujetti aux autres, comme il ne cherche pas non plus à les rendre esclaves! Il n'est plus aveugle; il est l'arbre qui arrive à maturité et qui donne enfin de beaux fruits! Il est un ouvrier de paix, ce qui implique que les inquiétudes n'ont plus prises sur lui... Il est devenu un maître du temps, car le stress est bien entendu l'ennemi juré de ce dernier!

    "Tout ça, c'est bien joli!", allez-vous me dire, mais vous avez un travail, des horaires à respecter, des comptes à rendre; vous faites partie d'un système, d'une organisation, etc.!

    Hélas! Nous sommes tous plus ou moins victimes d'une vie qui profite surtout aux tyrans, dont ils sont largement à l'origine!

    Pourtant, si nous devions travailler uniquement pour manger et avoir un toit, le monde serait radicalement différent! Il n'y aurait pas par exemple une seul grosse et belle voiture dans la rue! Nous travaillons aussi pour notre plaisir... et la question que nous aurions tout intérêt à nous poser est celle-ci: "Que faisons-nous qui ne soit pas pour notre plaisir?"

    Ne répondez pas tout de suite! Ne vous récriez pas, en songeant déjà à toutes les corvées que vous vous attribuez! Car ma question est encore celle-ci: "Que faisons-nous qui au final ne soit pas pour satisfaire notre égoïsme?"

    Nous parlions du travail..., mais quand travaillons-nous pour ne pas d'une manière ou d'une autre flatter notre orgueil, nous sentir plus importants, plus forts, plus puissants? N'est-ce pas à élever notre statut social que sert au bout du compte notre salaire? N'est-ce pas cela qui rend supportables les contraintes d'un métier?

    Beaucoup d'hommes crient après leur travail... Selon eux, c'est leur fléau, leur entrave... S'ils étaient libres, on verrait un peu! Et s'ils étaient riches, alors là! ils crèveraient le plafond!

    Comme si agréer leurs désirs allait enlever leurs inquiétudes! Combien ne puisent pas justement dans leur travail le seul sentiment de leur utilité, de leur valeur? Et la richesse, qui conduit à l'oisiveté, ne laisse-t-elle pas le champ libre à toutes les angoisses? Combien de temps faut-il avant que celles-ci n'emportent le sentiment de la sécurité matérielle? Comme si un équilibre s'achetait!

    Le travail est un parfait bouc-émissaire (les enfants aussi souvent), qui masque la défaillance de nos pensées, de nos questions! Nous voulons être heureux? Sachons alors d'abord reconnaître que pratiquement tout ce que nous faisons, c'est pour notre plaisir! Il n'est pas possible d'évoluer en restant hypocrites!

    Je reprends mon exemple de la boulangerie..., car s'il y a bien un lieu où nous sommes pour notre plaisir, c'est bien celui-là! "Minute! me dit cette femme. j'ai une famille à nourrir, moi! Vous ne croyez tout de même pas que ça m'amuse d'être ici?

    _ Mais vous êtes venue dans cette boulangerie et pas dans une autre, parce que vous jugez que le pain est ici meilleur qu'ailleurs... N'est-ce pas vrai? C'est un choix qui est déjà une preuve de votre plaisir...

    _ Euh...

    _ Et puis, il y a des pays où pour avoir du pain il faut d'abord allumer un feu! Ensuite, on pile le grain, jusqu'à ce qu'il soit de la farine... On peut alors pétrir la pâte... et enfin on la met à cuire! Et ce n'est que bien plus tard qu'on peut se sustenter et que vraiment commence la journée! Ici, vous allez donner simplement un euro et on vous donnera votre pain... Pourtant, vous aurez encore le même visage fermé que vous aviez à l'entrée!"

   Quels regards de haine ne m'attirerait pas un tel discours? C'est qu'on touche là à l'orgueil, au mensonge du tyran! Rappelez-vous: si le tyran ne connaît pas le bonheur, il ne veut pas non plus que les autres le possèdent!

    J'affirme cependant que notre agitation, notre environnement agressif et destructeur, n'est pas légitime! puisqu'il est le fruit de notre égoïsme et de notre plaisir! et de nos peurs!

    J'ajoute que devenir maître du temps conduit à une espérance illimitée! En effet, dégagé de ses inquiétudes et de celles des hommes, l'individu ne craint plus rien... Il voit par exemple combien la nature est généreuse... et combien nous l'ignorons! Il vieillit certes, mais son temps ne cesse de s'élargir, pour rejoindre l'infini!

    Inutile de dire encore que la plupart de nos maladies viennent du stress...

    Enfin, la question: "Qu'est-ce qu'il y avait avant Dieu et qu'est-ce qu'il y aura après?" n'a plus de sens, quand on prend conscience de l'infini... Bien entendu, cela donne le vertige; mais c'est une sensation aussi apaisante qu'enivrante! Elle dépoussière notre société, la fait exploser même! Elle donne à la vie une éternelle jeunesse!

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