Sur l'angoisse

L angoisse 2

 

 

 

 

 

     Le mot angoisse vient du latin angustus, qui veut dire étroit, et c'est bien quand notre personnalité nous paraît prisonnière que nous sentons monter en nous la gêne, la nervosité et la peur!

    L'angoisse peut rendre nos mains moites, nos articulations douloureuses, notre voix inaudible... Elle est comme un poison qui se répand dans tout le corps; même si elle attaque principalement le cerveau.... C'est une reine cruelle, qui veut que ses sujets gémissent, se tordent, aient envie de hurler, pour enfin demander pitié; mais elle n'a pas de sentiments, elle est sourde, car c'est l'individu qui est son propre bourreau... C'est lui qui tient le scalpel, qui inflige les blessures, qui choisit la torture, qui sait trouver les points faibles!

    La danse qu'inflige l'angoisse semble inextricable, dévorante, comme se passant dans les flammes; et pourtant son origine est simple, franche, et ne pas la perdre de vue agit comme un seau d'eau sur le brasier de nos douleurs...

    Ce qui nous constitue, c'est le sentiment de notre valeur... C'est lui qui nous protège et nous entraîne... S'il vient à défaillir ou même à disparaître, nous devenons comme une masure ouverte à tous les vents! Les planchers pourris s'effondrent, il fait froid, on ne sait où aller, la toiture tremble, et finalement le goutte à goutte d'une fuite nous brise les nerfs!

    Croire en soi, avoir le pied solide, la base saine sont donc nécessaires pour lutter contre l'angoisse, et apparemment il y a ceux qui réussissent, qui rient en famille, qui ont un rôle important dans la société, dont l'avis, l'expérience comptent; qui sont des modèles d'équilibre et qui doivent susciter l'envie des autres...

    Les autres, ce sont les araignées; ceux auxquels la psychologie tend les bras, comme une mère qui retrouve son enfant repentant! Les autres, c'est le règne de la nuit; ce sont les grands nerveux, les maladroits, les esprits fragiles! Les roues carrées! C'est quasi la cour des miracles! Ceux-là sont regardés comme des pestiférés, quoiqu'on les plaigne dans le meilleur des cas!

    Mais il ne font pas partie du voyage pour Mars! Ce sont des clandestins sur le vaisseau du bonheur! Ils n'ont pas les clés du paradis! Ils pourraient eux aussi habiter le soleil, mais ils sont trop paresseux ou trop médiocres, pour changer, s'améliorer!

    Ils fuient les solutions, et pourtant elles existent! Pourquoi ne suivent-ils pas une psychothérapie? Des professionnels sont à l'écoute... La société est bien faite! Encore faut-il avoir le courage, la modestie, la simplicité! de reconnaître qu'on a besoin d'un médecin, d'un traitement!

    Le névrosé est un paria somme toute, qui fait son propre malheur, qui est responsable de sa peine... Honte à lui! Et cette position est nourrie par les idées fausses de la psychanalyse ou de la psychologie, bien que celles-ci aient tout l'air d'ambulances sur le terrain!

    Car à quoi correspond le soi-disant équilibre de la masse ensoleillée? Qu'est-ce qui tient la cour des stars, des marquis des affaires, des éminences de l'art, des barons de la politique, des prélats de la science et des valets de la gloire?

    Quel est leur secret? leur sagesse? Qu'est-ce qui fait que l'angoisse semble les recracher comme du savon? Quel est le métal de leur armure?

    Observons-les, sans ciller... Essayons de trouver la raison de leur force, de leur énergie, de leur vitalité! Apprenons! Soyons dociles! humbles! Il en va de notre santé mentale! Cela mérite d'être patient, attentif, comme on regarde la mer monter... On va certainement découvrir un trésor! On va retenir la leçon!

    Le moteur ronronne, le garagiste est bon! et on reviendra chez lui...

    Comment marche le peuple élu? Voyons un peu son fanal..., question de s'y chauffer un peu!

    Mais malheureusement la réalité est navrante! L'or cache la rouille! On avait l'intention de pénétrer dans un palais éblouissant, et nous voilà goules à déterrer des cadavres qui puent! L'azur a disparu! Les ténèbres sont tout autour; les loups aussi, dont les yeux brillent de convoitise!

    Mince! On devait être accueilli par des sages, recevoir d'eux la paix et la consolation; et nous voilà les seuls à rester sur le pont, face à la tempête! Tout ce beau monde est dans la cale; à se plaindre, à pleurer, à crier, à se battre! Mais, bon sang! où est leur rayonnement, leur assiette, leur puissance?

    On les regarde encore et ils baissent la tête... Ils sont là traînants, presque silencieux; les plus mauvais grinçant encore des dents!

    On comprend qu'ils étaient fous, aveugles..., qu'ils sont des enfants! On voit que leur équilibre reposait ou repose sur leur tyrannie, leur égoïsme! Le sentiment de leur valeur? Mais ils l'éprouvent au détriment des autres! C'est ça leur grimoire! leur recette de sorcières! C'est en écrasant, en piétinant, en humiliant les plus faibles, qu'ils sentent leur importance et qu'ils échappent à l'angoisse! 

    C'est en paradant qu'ils disent au revoir à l'anxiété! C'est en trônant qu'ils glissent sur l'inquiétude! Leur savoir? Mais c'est leur hypocrisie! la mosaïque enchantée de leurs pensées! Ils s'absolvent pour briller! Leur apparence paisible, compréhensive? Mais c'est un cloaque de haine, de rancœurs, de méchancetés, de sournoiseries!

    Leur réussite? Mais elle a dans son sillage tous ceux qui boitent, qui hésitent, qui balbutient! L'homme de fer? Mais une limace traîne sur ses lèvres! La dame du rêve? mais ses ongles sont empoisonnés!

    Le dragon de l'angoisse? Mais ils le domptent en lui offrant des victimes! Ils sont chefs et c'est l'esclave qui souffre!

    Laissons-les, ils n'en valent pas la peine! Cherchons la vérité, car elle seule résistera au souffle brûlant de la crainte! au froid polaire de la peur! Elle seule nous protègera; car ni les médicaments, ni la cigarette, ni l'alcool, ni le mouvement, ni le sexe, ni le travail, ni même le sport, l'art ou la science nous donneront un refuge sûr! Certains de ses remèdes amplifient le mal et tuent; quand les autres sont tout de même dangereux, pris avec excès!

    Mais d'abord, entrons dans l'antre de la bête... Faisons amis avec elle, ce sera tout à notre avantage! Pour l'instant, le monstre sommeille et c'est tant mieux... Mais il va se réveiller... et c'est normal! Eh! que seraient nos vies sans lui?

    On serait tous des idiots du village! On aurait l'intelligence d'un melon, dans un pays éternellement de cocagne! L'ombre du dragon nous est nécessaire pour grandir! Son effet jauge notre évolution!

    Enfant, on guettait le monstre sous le lit; adulte, on l'attend de pied ferme... On connaît ses attaques; l'acier de notre épée s'est forgé de nos expériences, de tous nos combats, de tous nos efforts!

     Plus nous sommes maîtres de l'angoisse, et plus notre clairvoyance est grande! plus notre chemin est vrai! Elle est l'épreuve, par excellence! Et c'est pourquoi elle existe et revient!

    Ce qui est faux fond devant elle! Sa flamme dégage le diamant! Et on peut le regarder avec fierté!

    Un jour, on regarde l'angoisse avec amusement... On lui ouvre la porte comme à une vieille amie! On se demande patiemment quels tours elle a encore dans son sac! On sourit en songeant à tout le mal qu'elle nous a fait! C'est signe qu'on est immense!

    On provoque l'étonnement, car on tient le dragon en laisse, derrière soi! On l'appelle toutou! alors que les visages autour sont marqués par l'effroi! La jalousie et la haine ne peuvent pas grand-chose devant un tel prodige!

    Le tyran, lui aussi, voudrait connaître un tel enchantement, mais à peu de frais, comme à la sauvette! Il faudrait que son orgueil n'aie pas l'impression de déchoir! que sa position dominante soit conservée! Il pense qu'on peut opérer de la rétine, sans que le patient ouvre les yeux! ce qui est impossible bien entendu! Alors, il râle, fulmine, rêve de meurtres: le sage doit mourir! Il est l'attention de tous, ce qui est insupportable!

    Le tyran prive le monde de la lumière... Il gémit dans sa geôle, mais pas question que les autres s'ébattent en plein soleil!

    Pour lutter contre l'angoisse, le tyran devient le dragon lui-même! La souffrance des autres le fera roi! Ainsi, le monde se durcit... et tourne en rond!

    L'environnement agresse de plus en plus; le climat lui-même rebute et abat! Le sédentarisme s'installe et fait le nid de l'angoisse... Violence, drogue, alcool, bêtise! On parle, on cause pour ne rien dire; on ne rêve plus! On serre les dents! Ou on achète, maussade!

    L'arc-en-ciel est pourtant possible... Il demande même peu d'efforts! Il suffirait juste d'ouvrir un œil, un seul!

    Mais la chape du mensonge est lourde! Il est comme un fleuve de boue, qui écrase lentement tout ce qui est sur son passage!

    Sentir sa valeur... pour rire de l'angoisse, mais à quel prix?

    Soit on opprime de plus en plus... Soit on se libère, en libérant les autres...

    Soit on crie, on fait valoir ses droits! Soit on pense et on devient doux...

    Soit on possède, on est avide! Soit on se détache et on se calme...

    L'ennemi de la sagesse, c'est l'égoïsme; son allié, c'est la patience...

    Peut-on sentir plus fortement sa valeur qu'en chevauchant le monstre? Cet exploit ne vaut-il pas tous les honneurs, toutes les distinctions? La paix de l'esprit ne vaut-elle pas toutes les richesses, tous les trésors?

    Plus le tyran vieillit et plus il fume! Ses forces diminuant, son pouvoir se réduit à peau de chagrin... Les proies se font rares... On n'opprime plus que le vent... ou les souvenirs! L'angoisse, elle, frappe à la porte... Elle a pris l'aspect de la mort... et on la regarde en tremblant!

    On n'a plus de défenses contre elle (en a-t-on jamais eues d'ailleurs?)! On fait la grimace, on a bâti sur du sable; on peut encore donner quelques coups de dents, mais la nuit arrive...

    Malgré les apparences, l'angoisse n'est pas individuelle (c'est le cas de la joie aussi); quand elle vous touche, elle est générale; elle étend son manteau d'ombre, à cause du temps, des saisons... Cela reste à définir... Mais celui qui lutte isolé contre l'angoisse se sent bientôt misérable; tandis que s'il va voir ses contemporains et la manière dont ils se comportent en cette occasion, tout s'éclaire!

    La majorité est nerveuse, hargneuse, agressive; elle n'a que le seul recours de satisfaire son égoïsme et les tyrans sont partout! Les pires attirent incessamment l'attention sur eux; ils épuisent leur entourage, le navrent; ils ont les meilleures qualités du monde, il faut qu'on les admire, on n'existe que pour ca!

    Mais le fait de comprendre cette agitation, cette frénésie, rassure, apaise, guide, renforce la valeur de ce que l'on est et donc aide à calmer l'angoisse... C'est l'éveil qui commence; on est hors du tourbillon!

    Par ailleurs, c'est le patient qui donne son importance au psychologue; c'est lui qui le met dans la position de celui qui sait! Mais s'il résiste, s'il ne flatte pas la vanité du thérapeute, il sera la victime de ce dernier...

    Ainsi, le psychologue est aussi un tyran face à l'angoisse; il n'a pas les bonnes réponses, n'en doutez pas!

 

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Commentaires

  • Claudius
    • 1. Claudius Le 30/04/2019
    Formidable!

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