Pour changer le monde

     Le monde

 

 

 

 

    Si on veut changer le monde, c'est parce que nous en souffrons; à cause du mal qu'on nous fait ou qu'on voit..., et donc la première question à se poser est celle-ci: qu'est-ce que le mal? d'où vient-il? Car si on ne connaît pas sa nature, ses causes; si on ne le comprend pas, il sera vite vain d'espérer le transformer en bien!

    N'en déplaise à la science, elle ne m'a fourni aucune réponse sérieuse là-dessus, et j'ai dû mener mes recherches moi-même; trouver des solutions tout seul! Cela n'a pas été facile; c'est l'œuvre de toute une vie en fait, que de donner un sens à la sienne! Mais cela donnera encore plus de prix à mon témoignage... Je ne peux pas dire qu'il est absolument unique; ce serait sans doute faire preuve d'aveuglement, mais avant de crier le contraire, il faudra bien peser les choses, car longtemps je me suis débattu dans la nuit... et où étaient alors les beaux parleurs et autres fanfarons de la psychologie!

    Bien entendu, la science est nécessaire... et elle peut même parfois se révéler utile! Pour ma part, je "bénis" Darwin et Wallace d'avoir découvert l'évolution, car elle nous débarrasse de la Genèse! L'expression n'est pas trop forte..., mais il est vrai que pendant très longtemps je n'ai pas trouvé une autre explication au mal que celle du péché originel, parce qu'il me semblait étrangement pertinent (et il l'est dans une certaine mesure!) et qu'aussi les scientifiques croient toujours au père Noël: il n'y a rien de pire notamment que le chercheur qui voit un avenir radieux grâce à la science! (celui-là est soit sémillant, et alors aussi plein d'air qu'un ballon de baudruche et il mériterait d'être lâché dans le ciel, pour la plus grande joie des enfants; soit au contraire il est grave comme une tombe... et il serait peut-être plus utile en scaphandrier...)  

    Toujours est-il que l'évolution et la Genèse sont incompatibles... et il n'y a donc jamais eu d'Eden, ni de péché originel, ni de diable, ni même de peuple élu... et Dieu merci! ai-je envie de dire. En fait, il a existé une civilisation hébraïque ou juive, comme tant d'autres avant ou après elle, comme celles des Egyptiens, des Incas, des Celtes ou des Indiens d'Amérique du Nord, pour ne citer qu'elles!

    C'est l'histoire des peuples et du développement de l'humanité... et il est parfaitement normal que chacune de ces civilisations ait cherché, élaboré une explication quant à l'origine du monde et à son sens... C'est ce qu'on peut appeler une cosmogonie, et elles ont d'ailleurs beaucoup de points communs... A vrai dire, il ne saurait en être autrement, car l'homme a toujours été rendu perplexe par l'étrange mélange qu'il a sous les yeux: d'un côté l'enchantent la beauté et l'idée d'harmonie; de l'autre la cruauté et la souffrance ne font aucun doute! On s'entre-dévore dans un monde merveilleux, si je puis dire...

    Cette dualité a fait naître dans les cosmogonies des trahisons, qui affectent le dieu créateur... Par exemple, il est trompé par son cousin le requin (animal craint comme le serpent), chez certains peuples polynésiens; et chez les djihadistes, encore de nos jours, il voit les neuf dixièmes de ses créatures lui échapper, pour être possédées par le diable! (Quel imbécile!)

    Le dieu de la Genèse obéit à cette logique: il y a d'abord un paradis, un cadre parfait; mais cette fois-ci c'est l'homme lui-même qui déçoit, qui navre son créateur... et voilà le premier errant, souffrant pour l'éternité! Quel dieu sympathique, n'est-ce pas? Il est à peine plus aimable, plus intelligent qu'un animateur de jeux télévisé! "Voici ce que je vous offre: le paradis, le bonheur avec votre épouse! Tous les animaux vos copains! Personne ne se bouffe! A condition! à condition que vous n'ouvrez pas cette valise!

    _ Et que contient cette valise?

    _ Ah! C'est la valise mystère!"

    Le candidat regarde son épouse, puis il demande: "Et si la valise contenait un million d'euros...?

    _ Je vous l'ai dit, fait l'animateur en levant les bras au ciel, c'est soit le paradis, soit la valise!

    _ Eh ben, j'vais choisir la valise!"

    Ici, on entend une musique lugubre; les lumières s'éteignent un moment... "Je suis désolé, reprend l'animateur. Il fallait choisir le paradis!" "Ah!" fait le public consterné... "Je n'suis pas complètement vache..., ajoute encore l'animateur. Vous n'allez pas repartir dans le froid et la dureté les mains vides! Voici une de mes images, elle pourra vous aider... N'est-elle pas déjà un enseignement?

    _ Merci, dit le candidat abattu et néanmoins poli...

    _ Mais c'est moi qui vous remercie, d'avoir voulu jouer! A la semaine prochaine, pour une nouvelle émission!" (Générique...)

    Comment la superficialité, la petitesse, pour ne pas dire la folie (car faire naître une créature et la tenter, quand on sait qu'elle est friable et curieuse, n'est-ce pas quasiment du sadisme?), du dieu de la genèse ne nous sont-elles pas apparues d'une manière évidente? Il y a plusieurs raisons à cela... D'abord, comme je l'ai déjà dit, nous savons soif de réponses et la Genèse, mettant en cause notre orgueil, nous semble contenir un fond de vérité.

    Ensuite, la civilisation hébraïque était monothéiste et elle préparait "déjà" le monde moderne, puisqu'elle plaçait Dieu dans le ciel, pour ne pas dire l'esprit, et qu'elle libérait donc la matière de toute présence divine. Le monde physique pouvait ainsi devenir un objet d'étude, tel que nous le connaissons aujourd'hui, et c'en fut fini des dryades et autres limonades!

    "Oui, Dieu a reculé, tellement loin qu'on ne le voit même pas dans le cosmos!", rajouteraient volontiers certains chercheurs, mais si ceux-ci pouvaient se regarder avec mes yeux, ils verraient combien ils s'abusent eux-mêmes et ils se montreraient infiniment plus prudents, au point par exemple de ne pas appeler le boson de Higgs, présumé expliquer la matière noire, la particule de Dieu! Le peuple scientifique est étrangement sans mémoire!

    Mais surtout la Genèse avait et a toujours la caution du message sublime de l'Evangile! Celui-ci n'est pas obsolète, mais au contraire il est d'une modernité "quasi éternelle", comme on va le comprendre au fil de ses pages... Mais tout texte, toute parole fait partie d'une époque, et c'est pourquoi je tique un peu quand j'entends un chrétien ou un musulman dire que les Evangiles ou le Coran sont sacrés! Si Jésus ou Mahomet devaient revenir aujourd'hui, ils ne pourraient pas ignorer l'évolution; ce qui ne veut pas dire non plus que l'essentiel de leur message changerait... Mais il faut avoir le courage de voir sa foi passée au tamis de la science, sinon c'est la porte ouverte au fanatisme et on finit par tuer les gens! Et derrière toute violence, il y a la satisfaction de l'égoïsme, la domination sur l'autre! Rien à voir donc avec Dieu!

    Cependant, comment replacer le mal dans la logique de l'évolution? J'ai déjà expliqué dans mes pages "Contre les faiseurs" et "Contre les tyrans" que nous étions d'abord gouvernés par notre soif de dominer, qu'elle-même était issue de la sélection naturelle et qu'elle poursuivait l'histoire d'une individualisation. J'ai encore dit que assouvir cette soif conduisait au comportement du tyran et j'ai patiemment décrit celui-ci... Mais il me reste tout de même à mettre en lumière la relation que nous entretenons entre la raison et l'instinct, car ainsi nous serons à même de définir le mal!

    Prenons un exemple simple et pratique, celui du racisme! A priori, rien ou presque ne nous serait plus naturel que d'être raciste! En effet, pour les animaux, toute différence entraîne inquiétude, méfiance; puis très vite hostilité et rejet! Car chez eux une présence étrangère est le plus souvent synonyme de mort! Nous avons hérité de ce comportement et il se traduit d'abord par des remarques quasi anodines: "Ah bon! Vous n'êtes pas du coin!", "Ah! vous habitez le haut du bourg...", "Donc, vous venez de la province!", "Parisiens, têtes de chiens!", "Comment peut-on être Allemand?" etc.

    La liste serait bien entendu sans fin et il faut trouver là l'origine de la plupart de nos rivalités..., car tout groupe conduit à l'exclusion des autres: les femmes et les hommes se dénigrent notamment; il y a la famille et le reste du monde...; mais il existe aussi des combats plus subtils, plus complexes: le scientifique et l'artiste, par exemple, se regardent comme chien et chat; c'est l'affrontement larvé entre matérialistes et spiritualistes!

    Si une différence minime (comme le fait pour un jeune homme de ne pas se raser!) produit déjà une réaction, que devient celle-ci quand la couleur de peau n'est pas la même ou quand l'habit suggère inévitablement un ailleurs radical? L'instinct parle évidemment, les nerfs se crispent, les sens ont alertes! Cela est plus fort que nous... et j'avoue que je méfie des gens qui apparemment ignorent le phénomène, qui semblent dire que le racisme n'est que culturel et que même il n'a pas lieu d'être ou qu'il est dépassé! Ce sont généralement les personnes qui nient leur nature qui sont les plus détestables, voire les plus dangereuses, quand elles sont acculées!

    Je préfère mille fois quelqu'un qui voit bien la source de son aversion, à l'égard de l'étranger, mais qui justement va faire appel à sa raison pour s'améliorer, grandir, se civiliser en un mot; car chez nous, humains, c'est la raison, ou la conscience, qui contrôle, gouverne l'instinct!

    Et pour ce qui concerne le problème du racisme, les arguments de la raison ne manquent pas! Tout le monde les connaît! Par exemple: "Nous sommes tous issus de la même famille humaine", "C'est nous qui les premiers sommes allés chez les étrangers, pour leur dire: "Vous êtes inférieurs et vous nous appartenez!"", "Beaucoup d'étrangers sont morts pour la France", "La plupart des jeunes qui peuvent être considérés comme étrangers sont nés en France, c'est leur pays!", "La diversité est une richesse!", "Nombreux sont ceux qui fuient la misère, la guerre, le malheur, à la recherche d'une terre d'asile", etc., etc.

    Chacun peut piocher à sa guise les arguments qui l'aideront au mieux à vaincre sa répulsion instinctive... Et on pourrait alors dire que le racisme apparaît quand l'individu rejette les arguments de la raison, au profit de son égoïsme, qui je le rappelle est notre instinct roi; car c'est bien de notre dominance dont il s'agit! Le raciste tient à rester le plus important, à montrer sa supériorité; il n'est pas question pour lui de faire un effort, qui diminuerait ses intérêts!

      Tenons-nous là notre première définition du mal? Il serait le choix de l'instinct, malgré la raison? le choix de l'animal, malgré l'être humain? le choix de la barbarie, malgré la civilisation?

    Logiquement, oui! Sur le papier, oui! Mais à notre grande surprise, le mal se défend! A nos arguments qui semblent indubitables, il en oppose d'autres, qui paraissent tout aussi valables! Eh! dame! Notre conscience n'est jamais totalement absente de nos actes, et il n'est pas question pour le mal d'agir avec l'étiquette du mal sur le front! Il se veut légitime! Il fait valoir la liberté d'opinion! Il clame son innocence!

    Et au sujet du racisme, ses pensées peuvent être: "Chacun chez soi!", "S'ils vivent ici, ils doivent faire comme nous!", "Ce qu'il faut, c'est aider les étrangers dans leur pays d'origine!", etc., etc. D'ailleurs, l'individu raciste vous dira toujours: "Moi, je ne suis pas raciste, mais..."

    Vous aurez beau débattre, patatras! Le mal vous échappe! Vous pensiez lui tendre un miroir, où il aurait vu sa laideur, et vous voilà dans la galerie des glaces! Le vertige vous gagne! Un sentiment d'abandon vous envahit, comme si soufflait sur vous le froid de l'hiver! Votre épée, qui resplendissait, est maintenant dans la nuit...

    Bien sûr, il y a les lois... et on ne discute pas avec elles! Mais les lois ne traitent que d'un mal infime, le plus spectaculaire peut-être... Mais qu'en est-il de toute la haine ordinaire? du mensonge quotidien, de l'injustice passagère? C'est pourtant la source du mal qu'on voit dans les journaux!

    Vous revenez à la charge... Vous vous dites: "Les arguments de la raison sont faux, fallacieux, quand ils servent l'instinct, quand ils visent au final à satisfaire l'égoïsme!" La piste est intéressante... Il suffirait de voir si l'argument mène à la civilisation ou au contraire à l'animal... Mais cette seconde direction n'est pas forcément mauvaise, car bien entendu l'instinct nous est toujours nécessaire, et il y a des cas où nous avons justement besoin d'un raisonnement pour nous en convaincre!

    On dirait qu'on n'avance pas! On se ronge les sangs, quand le mal se nourrit de la plus grosse hypocrisie, sans paraître en souffrir! Certains alors ont recours à une idéologie, comme le communisme... ou même le djihadisme! Pour lutter contre l'injustice sociale et toutes les formes de perversion, on va imposer aux hommes une façon de penser et de se comporter! Mais le résultat d'une telle politique est toujours pire que celui qu'on imagine! Et ce pour une raison aussi simple que profonde!

    En effet, l'individu qui fait le mal (homme ou femme) a l'impression que son égoïsme est lésé, que son amour-propre est méprisé, que sa dominance est bafouée! C'est bien le sentiment du manque qui crée le besoin (ce qui ne légitime pas le mal pour autant!)! Mais comment voulez-vous qu'un régime autoritaire, qui prive les citoyens de leur liberté, qui veut les modeler, puisse restituer fondamentalement à ceux-ci le goût de leur importance, de leur valeur?

    Vous ne ferez qu'exciter l'égoïsme, la corruption et la cruauté! Vous serez le pompier qui jette de l'essence!

    Cependant, une petite lueur brille dans notre brouillard..., mais elle est encore plus étrange qu'une luciole! Si on veut changer le mal en bien, mais pourquoi ne pas lui donner ce qu'il demande? C'est-à-dire de la considération, du respect, de l'attention...?

     "Mais... mais vous êtes malade? Vous voulez donner de l'affection à ce qui nous dégoûte, nous révulse, nous menace même?

    _ Oui, mais à une condition cependant..., c'est que cela ne nous demande aucun effort!

    _ Je ne comprends pas....

    _ Je m'explique... Si on se sacrifie, si on va contre soi-même par devoir, tôt ou tard on en fait payer aux autres l'addition! Malgré nos bons sentiments, nous finissons par avoir de la haine à l'égard de tous ceux qui ne pensent pas comme nous! Nous arrivons précisément à la situation que nous voulions éviter, celle de l'exclusion!

    _ D'accord...

    _ Et cela ne serait-ce que parce que nous avons dépassé nos forces! obéi à une névrose! Tandis que si notre disponibilité, notre accueil, notre curiosité débordent naturellement de nous, à cause d'un bien-être qui ne tarit pas, il n'y a pas de risques que nous fassions le mal à notre tour! Plus on est en paix avec soi-même, plus on évolue vers la sagesse et plus la méchanceté des hommes nous paraît enfantillages et ignorance! C'est à ce signe qu'on reconnaît le bon chemin...

    _ Moins le mal nous révolte... et plus on est mature, c'est ça?

    _ Hum! Dans un certains sens, oui..., car les hauts cris, la brusquerie ne permettent pas le remède... Faire le bien, c'est regarder, c'est considérer ce que les hommes ne voient plus ou ne veulent plus voir! C'est ramasser ce que tout le monde évite! Et ce n'est possible qu'à la tranquillité, qu'à la patience! Mais alors le résultat est ineffable... C'est la pierre qui se change en sourire! C'est le réveil de l'humain dans la bête, c'est l'étincelle dans les ténèbres!

    _ Oh! ça fait rêver!"

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